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JOURNAL ASIATIQUE
DlXlEMi: SEKIE
TOMI-: XVII
JOURNAL ASIATIQUE
RECUEIL DE MÉMOIRES
ET DE NOTICES
RELATIFS AUX ÉTUDES ORIENTALES
PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
DIXIÈME SÉRIE
TOME XVII
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
liHISEST LKUOLX, KDITIÎLjH, HUK BONAPAUTli, 28
MDGGGCXl
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Sér. lO
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JOURNAL ASIATIQUE.
JANVIER-FÉVRIER I9I1.
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LES HYKSOS
ET
LA RESTAURATION NATIONALE
DANS L\ TRADITION ÉGYPTIENNE ET DANS L'HISTOIRE,
PAR
M. R. WEILL.
(suite et fin.)
CHAPITRE II.
LA ROYAITÉ DES APOPI ET LES ASIATIQUES EN EGYPTE.
Tournons maintenant notre attention vers le deuxième
terme du problème que posent les traditions d'époque thé-
baine extraites précédemment et mises en évidence un peu
plus haut (Section II, introduction) : \popi, l'ennemi du roi
de Thèbes dans l'une des deux histoires; on se rappelle que
dans l'autre histoire, l'ennemi est un étranger asiatique. Qu'est-ce
v^xiApopi, quelle était sa royauté, ([uelles relations peut-il avoir
eues tant avec l^s Asiatiques qu'avec Ahmès, Tiouà ou leurs
prédécesseurs?
On connaît les monuments de trois \popi certains, dont
les noms solaires sont Akncnre , Aomiirv et N ihhliopcshi^yc ; les
JANVIER-FEVRIER 191 1.
deux premiers uu moins sont nettement apparentés par la
forme de ces noms solaires, mais on ne sait comment les
ranger l'un par rapport à l'autre. Nous allons les examiner
successivement.
AKNENRE APOPI.
Il usurpe, àTanis, les deux statues colossales d'un certain
roi Smcnlihkare Miriiuislidoii |} f ® '^ jj 1 ^ (ïk.''^^'^ ij '
antérieur à lui par conséquent et nommé par le papyrus de
Turin; l'inscription usurpatrice, gravée sur l'épaule droite,
de très négligente façon, est à lire-^^ :
^Le roi Ahnenro Apnpi , aimé de Sit. 55 C'est le même Ak-
nenre, à ce qu'on suppose, qui voulut éterniser son nom sur
'"' La première statue, que nous désignerons par A, fut découverte ])ar
Burton, et ses inscriptions publiées par lui, E.rcerpla hierogl., pi. XL, 1
(Smenklikare), 7 (Aknenrc), puis notées par Lepsius, L. D., 111, aSg c
(Smcnkhkare), Text, I, p. 5 (Aknenre). Mariette, ensuite, retrouva cette
même statue, et peu de temps après découvrit la statue jumelle B : Mariette,
LettvP à M. le Vie. dp Rongé sur les fouilles de Tanis , dans Rev. arch., 9" série,
III (1861), p. 97-111, et Deuxième lettre etc., même série, V (186a),
p. 997-3o5; cf. sa Notice etc., 18G9, p. 276, et ses Fragments et documents
relatifs aux fouilles de San, publiés dans Rec. de travaux, IX (1887), p. 10-1 9.
Les inscriptions de la statue B ont été publiées pour la première fois, à ma
connaissance, par Pétrie, qui retrouva le monument sur place : Tanis, 1 , pi. III,
17 B (Smenklikare), IIl, 170 = XllI, 6 (Aknenre).
Dans rinscriplion d'Aknenre, le nom de Sit est martelé sur B, mais intact
sur A, de sorte que depuis Mariette on le connaît bien à cette place: pour le
reste, les deux exemplaires de l'inscriptio!) , détériorés et martelés irrégulière-
ment, se complètent à peu près l'un l'aulre, mais Mariette n'arriva pas à
lire le nom solaire, à cause du ^ très indistinct sur les deux monuments, et
sa mauvaise lecture, qui passa cbez Rougé, laisse encore sa trace dans Petuik,
Tanis, I, p. 8-9. La vraie lecture Ahnenre, cependant, a été indiquée par
LES HYKSUS ET LA RESTALRATIUN NATIONALE. 7
l'épaule droite des sphinx dont quatre furent trouvés à Tanis
par Mariette en même temps que les statues précédentes, dont
un autre est au Louvre depuis beaucoup plus longtemps, et
sur lesquels, uniformément, les inscriptions trop hâtives de
l'usurpateur furent martelées jusqu'au dernier signe'". Ma-
Mariette lui-même dès 187a , à la suite de la découverte de la table d'offrandes
dont nous parlons un peu plus bas, et où la litulaturo d'Aknenre Apopi est
parfaitement lisible : Mariette, noie dans 3/e7rtng-es d'arch. ég^yplienne et assy-
rionne, 1 (1872), p. 56: cf. Notice etc., 1876, p. 9()9, à propos de ladite
table d'oflVandes. Depuis lors, l'inscription des statues de Tanis a générale-
ment été lue de manière correcle; voir Brugsch, Gesch. Aeff., p. 824 ; Wiedk-
MANN, Aeg. Gesch., p. 29a; Naville, Bubaslis, p. ai: Maspebo dans toutes
les éditions de V Histoire, etc.
Les deux statues ont été transportées au Caire en 190 A (voir note suivante).
''' Description des quatre spbinx de Tanis par Mariette, loc. cit. dans Rev,
arch., 9* série, 111 (1861), p. io4-io5, pi. I et II, loc. cit. dans Rec. de tra-
vaux, IX (1887), p. 10, et dans les diverses éditions de la Notice, \oir note
suivante; les bases sont gravées tantôt aux noms de Ramsès II, tantôt à ceux de
Mineptah, et un Psousennès de la XXI' dynastie s'est encore inscrit sur l'un
des monuments. Quant aux inscriptions des épaules droites, elles sont martelées
si complètement qu'on ne distingue plus, de l'une d'elles (pi. II), que
i.f 1 î ( Wà\ WM rS^5l i "S •
f^ I è Kjm^X fm. \j:ï}M\ i ^ '
mais le tout, dit Mariette,
rappelle si bi<'n la légende d'Apopi sur les colosses de Mirmashaou, qu'on
nliésite pas à reconnaître aussi Apopi dans nos inscriptions détruites. Celle
manière de voir est adoptée par Devéria, Lettre à M. Aug. Mariette etc.,
dans Rev. arch., 2° série, IV [1861], p. 960-9G1 (voir Bibl. Egypt., IV,
p. 221-222), qui expose en même temps avoir examiné, sur l'avis de Mariette
(cf. Mariette, Lettre à M. Alf. Maury etc., dans Rev. arch., 2* série, III [1861],
p. .S.37-3/10) et de concert avec lui, le grand sphinx A. 28 du Louvre, dont
la petite inscription en une colonne, sur l'épaule droite, a été martelée e^acte-
raent comme celles des sphinx de Tanis; ils arrivèrent à lire, plus ou moins
conjccturalement : i ^ "j ta ''^■^ |f^ Ipi ( 1 ( di^ même à
peu près Pétrie, Tanis, I, pi. Il, i /i F). Rappelons que le sphinx du Louvre,
outre cette inscription martelée, porte les cartouches de R.imsès 11. de Miiie-
])lali et. autour de la base, des inscriptions de Sheshonq. La présence des
noms d'un Apopi sur tous ces monuments est généralement admise aujour-
d'hui encore; voir Pétrie, Tunis, p. 7; mais il inqjorte de r.Mnarqiii'r (pion n'en
a aucune preuve certaine. Gauthier enregistre ( /{oix , 11, p. l'ia, n" IV) une
tilulature complète d'Apopi comme provenant d'un des sphinx, mais il > a
8 JANVIER-FEVRIER 1911.
riette considérait les sphinx comme de l'époque même de
l'Apopi des inscriptions martelées ^^^, mais il fut mis hors de
doute, depuis lors, que ces beaux monuments appartiennent
à la XII*" dynastie et, plus précisément, représentent Amenem-
hatlIIC^).
Un autre monument d'Aknenre Apopi'-^^, d'attribution tout
à fait certaine au contraire des sphinx de Tanis, est la table
d'offrandes bien connue qui porte tout autour de la face supé-
rieure, à plat, les inscriptions suivantes ''^ :
^ , / — ~^^ T~N l^t'ux foi'^, symélriquemont , à
T iK^ ■ n I ( ® ^^^ înî 1 partir du milieu dn lonjf
"^ ^ ^ côté supérieur.
simplement confusion, dans ses notes, avec les inscriptions des statues de Mir-
mashaou.
Souvent d'ailleurs on confond entre eux tous les sphinx et leurs inscrip-
tions usurpatrices ultérieures, c(ui en réalité ne sont point identiques entre
elles; voir Wikdkmann, Gench., p. a^h et n. 5, Suppl., p. 33, 1. 19-ao.
Pétrie [Tanin, p. 8) connaît deu:r sphinx seulement, l'un encore en place, et
l'autre qui est celui du Louvre; exactement de même nous renseigne, en der-
nier lieu, (ÎAUTHiER, Rois, II (1910), p. 1/12, n. 3. Le plus grand nombre
des autres sphinx existent encore, entiers ou en morceaux; ils ont été trans-
portés au nuisée du Caire , en 190^, parmi les gros monuments de Tanis laissés
en place jusqu'alors; voir Maspero-Rarsanti , Transpart des gros nwnumpnls de
San au Musre du Caire, dans Ann. du Service, V (igo'i), p. 9o3-9i4, et
particulièrement, p. 310-911, la Hsle des monumenis transportés.
(') Mariette. Lettres à de Rougé, loc. cit. , voir notes précédentes, et Notice
dex priiic. mon., 186/1, p. 233. n° 11. p. sOlt, n"' ii-i3; 1869, p. 278;
1876, p. 258, n" 869.
'^' Maspero . Guide du Visiteur, p. 6i-()5, n° 107, et Arch. Egi/pt., p. 216-
217; GoLÉMScHEKK, Auieuemha III et les Sphinx de San, dans Rec. de travaux,
XV(i8i)3),p. i3i-i36.
'•''' D'après VViedemann, Gesch., p. 99/1-295. la slatue A, 18 du Louvre
appartiendrait à Aknenre Apopi et aurait été usurpée plus tard par Amen-
lintep 111, mais il semble, au contraire, que cette slatue n'a jamais appartenu
qu'à .4menbotep III.
'*' Mariette, Notice des princ. mon., 1876. p. 299, n" 1001. et Mon.
divers, pi. XXXVIll: Maspero, Ilist., II, p. 59; Petiue. Histori/, I(/i'éd.,
1899), p. 2/i3; Ahmed hey Kamal, Ta/des il'oj/randes (dans Cat. gén. Gaire),
I (1 909). p. ()i.
LES HYKSÔS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 9
y ^ ':r^ « ,^, n ^ O (1) Sur chacun des deux petits cùtés
JV i- — " ^Om m 1 "^ — perpendiculaires.
' — ^ ISS _ V ^ 1 I * Moitié gauche du long côté de
-=— • * — • • • -" •==• * * base.
♦ "V '^ /•?\ "^^ — -_ A û 0 Q ** — \ ^foitié droite du long côté de
«L'Horus Sehoteptaoul , le dieu bon Aknenre; fait par lui en
monument de lui à son père . . . , seigneur de sa ville de Ha-
ouarit, qui (a franche ;) a mis tous les pays sous ses sandales;
(^(\ droite :) a décrété, pour lui, qu'il Donne la Vie, comme
Re, à jamais, n L'inscriplion nous apporte, comme on voit, le
nom d'Horus d'Aknenre, et cela nous permet de noter ceci,
qui n'est pas sans importance, que le roi, «Horus Sehotep-
\laoui^ii, paraît très probablement sur un fragment archi-
tectural de Bubaste^-'.
Sur la table d'offrandes dont on vient de parler, le nom du
dieu a été martelé; pourtant, dans l'inscription de gauche, on
voit encore la tête et les oreilles du ^ Sit'^'^K Quant au nom
de la place, sa lecture est complètement sùre''l Ha-ouailt ,
comme résidence de Sit, n'est pas inconnu des textes de la
Basse -Egypte ou qui ont rapport à la Basse-Egypte, f.c roi
Nehsi, sur une statue de Tell-.Mokdam dont on parlera plus
loin <•■'', est ^''^ S i O M ^ '^aimé de [Sit] seigneur de lla-
t" A. Kamal {(oc. cit.) lit ici ® , mais cela ne se confirme pas à Texamon
de la pierre.
(-^ Naville, Huùastis, pi. \XXV, B. Les noms d'IIorus en Seholep... sont
très rares, et il y a toutes chances pour qu'il s'agisse bien ici du Sehotrptaoïii
(pli est le roi Aknenre.
(^' Ainsi l'a vu Aiimkd heï Kamai., loc. cit., dont la lecture est conlirmtk'
pai' l'examen de la pierre.
(*' Pktrik, loc. Cil., à tort, transcrit
5
; la pierre porte très évideiii-
mcul \ . (If. Ahmki) bey knivi,, loc. cil.
'■■' Maiukttk, Mou. tlic, pi. LXIll, ut NA\ii.i.K, Le roi Nchnsi , dans lU'c. ilc
travaux, XV (iS()3), p. çi-y-ioi.
10 JANVIER-FEVRIEH 191 1.
ounritii : la présence du nom de Sit, à cette place, ressort
de ce que le nom divin est marlelé, exactement comme Sit
sur la table d'oftVandes d'Aknenre, et de ce cju'un. prince Nehsi,
qui est peut-être le même que le roi de Tell-Mokdara, est «ai-
mé de Sitw sur un autre monument; ce dernier provient de
Tanis même'", et le dieu y est appelé i^ ^^|,Ti "^^'^
Seigneur de Ro-ahitouv , de sorte qu'il semble résulter de ces
deux mentions que Ha-ouarit est un nom de Tell-Mokdam
et Ro-ahilou, la f^ Porte des Champs», un nom de Tanis. On
est immédiatement, d'ailleurs, détourné de celte conclusion
simple par la remarque que ^ Sit seigneur de Ha-ounrit » pa-
raît également à Tanis, dans plusieurs inscriptions de Mi-
neptah'-', de sorte que le nom de Ha-ouarit pourrait appar-
tenir à Tanis aussi bien. Le Sit de Tanis se manifeste encore
avec une autre appellation au temps de Ramsès II, ^Sit de
Ramsrs Miamon '^' ».
Il ressort de là, pour Ha-ouarit, que cette ville est une place
de Sit, mais que sa situation n'est pas déterminée par les
textes'^'. Aussi ne peut-il être question de suivre Mariette et
Rougé dans leur identification ancienne de Ha-ouarit avec
01 Pktuir, Tunis, I, p. 8-9. |)1. m, 19 A-D.
(-' Mineplali est dit \J ■"•»- [^ ^ V M ^ahné de Sit seigneur de 11a-
ouaritn sur une slatuc colossale iisui-pôe de Ramsès II, à Berlin (Bnucscii, dans
Z.D.M.G., W, 18Ô5, p. 912 et pl. IV, n° 26), et sur une statue analogue
au Caire (Mariette, Notice j)rinc. mon., 18G9, p. 975, n" 3); celte dernière
provient de Tanis.
(^' Mariette, ibid., p. 276-276, n° 5. Banmès Miamon est-il un domaine ou
une enceinte sacrée de Tanis? En tout cas, Sit de Ramsès Miamon est sous le
Nouvel Empire le Sit d'une localité déterminée, comme il ressort àWnast. a,
I,>i = Anast. U, VI, A, du paj)yrus de Leyde, Leemans, Mon., 1, 36o,
h etc., de Sallin- // , XXll (où Ramsès III est dit aimé du Sit de celte
place), et de rinscription du sphinx A. 21 du Lonvre au nom de Ramsès II.
('') En outre des monuments qu'on vient de citer, on a encore rencontré le
nom de m ( ^n "'a"'* "i"' liste de nomes du temps de Ramsès II à Mempliis ,
à côté du nom du nome de Tanis, --j^ ^ (Riuicscii, Dict. géogr., p. i!iti).
LES HYKSUS liT LA HESTAIRATION NATIONALE. Il
Tanis'^'. Ha-ouarit n'est Tanis que pour ceux qui observent
que Tanis est la ville d'un Apopi, qu'Apopi est un Hyksôs, et
que les Hyksôs ont Ha-ouarit = Avaris pour capitale; nous
nous sommes suffisamment mis en garde, précédemment,
contre les considérations de cette forme. Il ne reste des spécu-
lations des anciens égyptologues à ce sujet, que la découverte
d'ailleurs très belle delà lecture de ce nom Ha-ouarit des textes
hiéroglyphiques, et de son identité avec V Avaris de l'histoire
manéthonienne '-'.
Il résulte également des divers monuments qu'on vient de
voir, qu'à l'époque de Nehsi comme sous le Nouvel Empire , le
dieu de Tanis était Sit : rappelons encore, à ce sujet, que de
Tanis également vient la stèle de l'an âoo , où des actes de
culte envers Sit sont mentionnés par Ramsès 11'^^. Gela nous
donne l'explication de l'invocation inévitable de Sit sur les mo-
numents d'Aknenre qu'on a passés en revue : ce n'est pas que
ce roi eût pour Sit un culte particulier, mais simplement que
tout ce que nous connaissons de lui, à moins d'être de prove-
nance inconnue comme la table d'oiïrandes, vient de Tanis
ou de Bubaste. Aknenre Apopi est en somme, comme on voit,
un Pharaon du type le plus ordinaire, assez pauvre si l'on en
O Mariettk, Ijettve etc., dans Ri'v. arch., a' série, III (1861), |>. ()8-i)().
(-' On n'est peul-i'tre pas complètement désarmé j)Oiir tenter la localisation
d'Avaris. Renvoyons le lecteur aux .considérations qui nous ont conduit, plus
haut (voir Section l, chap. iv, S IV), à l'idée qu'Avaris était Héliopolis, et
rap[)eions brièvement les faits : Héliojiulig, ville des ennemis du Nord dans
une forme ancienne de riiisloire des Asiatiques envahisseurs (forme primili\e
extraite de l'histoire manéthonienne des Impurs), Avarix, ville des envahis-
seurs dans des versions contemporaines et peut être rii^urant à c«)té d'/W/o-
polis dans le même récit; les «calamités de la ville (h ll'i dans le tableau de
désolation que le compilateur de Sallicr 1 cousit au déi)ul de Tiiistoire de la
guerre de Skenenrg et d'Apopi; la restitution (hypothétique) de la mention du
sanriiiaire de Re dans le texte connu d'Hatshopsitou . immédiatement après
l'apparition du nom (V.li'aris.
'*' M.utiKTTK, La sièlf lie /"(i« //oo, dans Hi-r. (ircti., :\' série, \l(tH()r)),
p. I ()y et suiv.
12 JANVIER-FEVRIER 1911.
jii<je par la misère de ses monuments, maître cependant du
Delta oriental; il est purement égyptien non seulement par ses
noms d'intronisation, Almenrc, son nom d'Horus Sehoteptnoui ,
mais aussi par son nom personnel Apopi. et le culte qu'il rend
à Sit dans Tanis est celui même qui persistait à la même
place sous les Ramessides, bien qu'à une certaine époque,
probablement dans l'intervalle, Sit du Delta ait été persé-
cuté et son nom martelé sur les monuments. Si l'on demande,
maintenant, dans quelle relation est Aknenre avec Ha-oua-
rit = Avaris, on répondra que Aknenre est adorateur de Sit et
que Ha-ouarit est une place de Sit, et qu'en outre, Ha-ouarit
étant situé sans doute dans la moitié orientale du Delta — le
nom paraît à Tell-Mokdam et à Tanis — il est probable que
le roi l'avait dans son domaine.
AOUSIRRE APOPI.
Le papyrus mathématique Iihmd^^\ à Londres, est une copie
roi Aousirro-n, et faite d'après un original du temps d'un roi
W^É"^ , . . I Qu'on considère généralement comme étant
©
;^ ^ , Amenemhat III. Cet Aousirre, qui a donc régné au
moins 33 ans et dont le nom solaire rappelle de manière frap-
pante, par sa construction, celui de l'Aknenre qu'on vient de
voir, a en outre, comme lui, le nom personnel d'Apopi, que
C BiRcii, Géométrie Ptt])yrus, dans A. Z., i868,iJ. 109; Eisknlohr, Ueber
nltiigiipthrhe Mamse , dans A. Z. , 1870, p. '10-^11, et Ein malhemalisrhpK
llanilhin'h dcr alleu Afigijjjler (1877, ■a' vol.), commentaire, \>. 7,28. VA', encore
EiSENLoHi» dans P.S.B. A., 1881, p. 97-98 (voir notesuiv.), et Gbiffith, The
lihiiul Malheinatical Paptjvux, dans l'.S.B.A.. XIV (1891), p. «7-.S0. La der-
nière puhlication est ceH<» du Hr. Mus. : Facsiviile of the Rhinil Mathpmaliral
l'apynin, 1898.
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 13
nous apportent ies inscriptions des palettes du scribe Alou, au
Musée de Berlin ; on y lit notamment '^ :
•••i«r:1P¥!li!:Uf^225;)
Chose surprenante, cet Apopi si évidemment apparenté
avec celui de Tanis se rencontre à Gebelein, à l'autre bout
de l'Egypte, sur un linteau en calcaire'-^ qui porte deux fois,
symétriquement : "^"jl ( ® ^ A P J ' ^^^ ^^ monument parait
la forme curieuse du signe oiisir monté sur deux jambes hu-
maines, qui est une des caractéristiques de ce groupe royal '^';
on retrouvera le signe fait de même dans les inscriptions de
Sousirenre Khian et chez d'autres rois encore, et sa forme avec
les jambes se rencontre uniformément sur les scarabées d'Aou-
sirre lui-même. On en connaît une dizaine, sur lesquels le
f) Une inscriplion dans Eisenlohr, ^4» Htsloncal Momtmenl etc., dans P.S.
li.A., 1881, p. 97-98, d'après une communication de Stem (Berlin n"'7798),
une autre lisible sur la pliot. de Maspero, Hist., Il, p. 57. Je ne sais s'il existe
une palfUo (Meyrr, Gexch. d. Alt., I, 11, 1909, p. -'97) ou iIpiix iiatcllrs
(Maspero, Hist. anc, 1906, p. 200, n. 4); en tout cas, ies inscriptions do ces
olijets comportent encore dos partios non publiées, comme il ressort do la
description de Ausf. Vei'z., 1899, p. 217.
(^' Daressv, Ao^'.s- i'I Ufiiiurqucx , \\\. dans Hpc. di' (icwau.r, \1\ (i89*î).
p. 96, et Fraser, El kab and (lebelén, dans P.S.B.A., W (189a), p. '197
et n° XVII des planches; cf. Pétrie, History, I (1899), p. ait. La pierre est
au Caire, n° 99338. — Cf. Gauthier, Huis, 11, p. i/io, n" III, ol faire
ntlontioii à la confusion par hupioilo il a oniejjislio l'insciiplion , une seconde
lois (iùid., p. 1 'i:>, n" 11, Bj, coinnio pro\enanl de Biibasle. En roaiité, le nom
d'Aoïisirre n'a jamais été trouvé à Bubaste.
''' La mémo forme se relrouve encore, cependant, dans les carlouclios dv
Ramsès II.
U JANVIER-FEVRIER 1911.
nom solaire, toujours seul, entouré ou non du cartouche'",
est quelquefois précédé du titre très remarquable ^ ou ^,
r^RoiduNord'^Sn
nibkhopesh(?)re apopi.
Apopi, comme norti royal, paraissant bien être restreint à
l'époque des Aknenre et Aousirre que nous venons de voir,
nous ne commettrons probablement pas d'erreur en inscrivant
à cette place le roi connu depuis 1898 par un objet trouvé
dans le tombeau de la reine Apouit à Saqqarah'^l Un cercueil,
au nom d'un certain ^ J v^ , renfermait entre autres objets
un poignard sur une face duquel on lit le nom du propriétaire,
){|l ^ ^1^ ^ , et au revers les noms du roi, | } ^-
r©'^"(?)' J ^ M M ^ -^ . Dans le premier cartouche, la
lecture hésite entre ouahm et kliopesh. Quant aux noms à^Abd
et de Neliemen du cercueil et du poignard, ce sont des noms
sémitiques d'Asie, comme il a été montré de manière absolu-
ment certaine'''^; ils seront à inscrire à côté des nombreux
noms sémitiques qui nous apparaîtront, un peu plus loin, au-
tour de Sousirenre Kbian et de ses contemporains.
Du même roi existe encore un fragment de cuiller en silex
sur lequel on lit l-^' : 1î= (^^W\ ^~ G]] ■ L«
C' Petbie, U'ul. Scar., n°' 721-727, el UIxtory, I (1899), p. 9/12; New-
BERRï, Scarabs, XXIII, 3o-35-, XXIV, 80, 3i, 35. Compléter à l'aide de Gau-
thier, Rois, II, p. 1^1, X, XL
(2) Newberry, Scarabs, XXIII, 33, 3/i; XXIV, 3o, 3i.
''' LoRET dans Bull. Inst. É^^ijfhen, 1899, p. 97.
<''' VV. M. Miller, Neucs Matcrial ziir Gcschichle drr Hyhsàs, dans O.L.Z.,
V (1902), p. 172; Saïce, Notes frnm l'^gypt, dans P.S.B.A., 1909, p. 86;
Daressï, Un poignard du tpmps des rois Pasteurs, dans Ann. du Service, VII
(1906), p. 11 5-1 20 et une planche.
'^' Br. Mus., /iiii98 H (communication directe); cf Pétrie, Ilislory , 1
(1899), p. xxiii; PiEPER, Die Kônige Aejfyptens etc., 190'!, p. 36, et Gau-
thier, //ois, Il , |). 1 /i/i. ^
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE.
15
signe douteux du premier cartouche est mutilé de la manière
la plus malheureuse.
MONUMENTS AU NOM O'APOPI INDETERMINES.
Un fragment de montant de porte en granit rouge, trouvé
par Naville à Bubaste , porte l'inscription à deux colonnes
qu'on voit ci-contre t'^ ; il y est question de
colonnes nombreuses et d'une porte en
bronze données à «ce dieu» — on ne sait
lequel — par le roi. Un Apopi, peut-être
Aknenre dont le nom d'Horus, nous l'avons
vu, s'est rencontré sur un bloc de même
provenance, a donc construit dans Bubaste,
et c'est une indication précieuse pour l'his-
toire de la domination de cette famille
royale dans la partie orientale du Delta.
Le nom d'Apopi se retrouve encore, sans le cartouche, sur
un sceau en bois de Kahun trouvé par Pétrie -' : \'^ | ^, Rt
sur quelques scarabées avec le nom simple, \ ^ | ^'^', ou avec
son titre princier, ^ ^ 1 2) \ \ j^ '*» sans qu'on puisse iden-
tifier les personnages ainsi désignés.
AUTRES ROIS DE LA FAMILLE ©
L^
Il paraît convenable, avant d'aller plus loin, d'inscrire à
cette place comme apparentés avec \-hnen-rc et A-ousir-rc, ou
(" Naviu..:, HulHishs (i8()i), p. 99-93, pi. X\II, A= WXV, C; cf. W . M.
iVIir.LKR, Dif liijhmh (i8()H), p. a"); Pktrik, llistonj, 1 (i8f)9), p. 9/(9 ; Ri dc.e ,
History, III, p. i.5/i; Mkvkr, Gmcli. d. Alt., I, il (i()()()), j). 9()8, 9()() , mais
avoir soin de re.aiarquor que c'est tout à fait sans raison (|u on attribue parfois
ce fragment (par exem|)le W. M. Miiller) à Aknenre Apojii.
'^) Pktrik, lllultuii, kahun and (liiro/j, \11, lO.
(■'') Nkwiikrhï, Scarabs, XLIII, 1/1.
'*> Newrerry. ihid., WIII, 9((.
16 JANVIER-FEVRIER 1911,
susceptibles de l'être , quelques autres rois peu connus et seu-
lement par leurs noms solaires, qui ont avec les précédents ce
caractère commun de commencer par le mot ^ . Mention-
nons d'abord le roi du petit obélisque brisé de Tanis'", dont
deux faces portent, en une colonne, la formule ll'^'©"^
( ® rZj fTl J ^ fl' ^^ ^^^ deux autres faces ^^^
''îli^B J^l' ^^*'^^ «mère» du roi est probablement une
déesse.
Voici maintenant VALlinrc, sans cartouche, d'un scarabée de
Berlin '-' : "^ | -^ • -^ ^ . et VAIiotepre de trois scarabées extrê-
mement analogues : "] | -^ -t- ^ ^ sur deux d'entre eux '-'^
"^l-^-A--^ ^ sur le troisième^'*. Sur l'un des deux scarabées
Aliolepre du premier type, celui de la collection Pétrie, le
signe .= — I a une forme d'un cursif particulier, bouclée, tout à
fait spéciale aux scarabées de cette épocjue et de cette famille ;
on la rencontre sur quelques-uns des scarabées d'Aousirre cités
plus haut, et nous aurons l'occasion de la signaler encore. Il
ne paraît pas téméraire de voir dans cette particularité une
vérification directe du voisinage de Aliolepre et des autres
À-[A]-re, avec les Apopi.
On connaît un dernier roi de ce type nominal, sur quatre
scarabées du British Muséum seulement connus, malheureuse-
ment, par citation et sans les reproductions qui permettraient
('■ Mariktïi:, Mou. ilir., jil. CIII, D; Pkthii:, Tanix , I, p. 9 et pi. III. 20.
(-' Berlin n' 8080: Pktrie, Hhl. Scur., n" i3i; Gauthieb, Rois, I,
p. 312.
K Coll. Pétrie : Petiuk, Hhl. Scar., n" i32, et lllstory, 1, p. ii7;_\e\\-
r.Kiinv. Scantijs, \XH, ;!. — Br. Mus., n" 28.097 : NKwisKnRV, Scarahs,
Wll, '.\: BiixjK, litnih nf llie kiiign , 1, p. 99. Cf., pour ces scarabées et celui
menlionrn' ii \a note suivante, Gauthier, Hois, I, p. 211.
(*' Coll. Davis : Ni:\mii;iiiiv , Sitinilis, Wll. 1.
LES HYKSÙS ET LA RESTAUnVTIOM NATIONALE. 17
1(3 contrôle des caractères graphiques'*'. Le nom du roi, Aiiou-
lirre, y apparaît sous les formes orthographiques ®^ Jv,1
et
Lkl
©
SOUSIRENRE KIU\1V.
Le roi qui porte ces deux noms de cartouches est apparenté
avec les Apopi par les caractères graphiques des scarabées que
nous citerons dans un instant, très analogues à ceux d'Aou-
sirre, et par la particularité de l'ows/r bipède, ^, qui ligure
dans le nom solaire et dont la forme spéciale se rencontre sans
une seule exception sur tous les monuments du roi. Le plus
remarquable est la statue brisée de Bubaste, dont le socle
porte, à droite et à gauche des jambes, les inscriptions en une
que
colonne que voici '2'
i
\A)^M
i
\ A)^M
L'œuvre n'est pas du temps du roi lui-même; elle appar-
tient en réalité à la \IP dynastie'''^ et Rhian l'a usurpée abso-
lument comme Aknenre a usurpé à Tanis les statues de Mir-
mashaou et sans doute les sphinx d' Amencmhat IIL Un autre
indice de parenté entre khian et les Apopi réside dans le fait
us.
3877a, 3877/i,
'■' B(JDGE, Roi}k nf tjie Aï/i/|s, 1, |). ()7 : llr. M
ho']',U), /107/io. Cf. Gauthiku, Rois, II, p. 1^7.
(^' Naville, lîubastis, p. siS-aG, pi. XII. xxw. A; MisPEno, ///.vd^II, p. ()i,
ot Hist. aiic. (i()ofi), p. 199; BiiKASTKi). Ilistarii (190:")), li(j. 101, |). ai().
(•■'' BoRciiARnT, kôniir Ihjiii, dans A. /. , XWIII (189.')), p. tia, et AVu7t-
inals Kiinig Hijin, dans A. /., XL (1901}), |i. 9r)-y().
XVII.
i\iMiiuiftir ^«TliOftLIt
18
. JANVIER-FEVRIER 191 1.
([lie Khian, comme Aousirre Apopi, a construit à Gebelciii ; un
bloc de granit trouvé dans cette localité porte ''^ :
i . ^SA<mA^
On a la surprise de rencontrer des objets au nom du roi
dans plusieurs locabtés fort éloignées de l'Egypte. Tels sont le
couvercle^d'albatre de Knossos qui porte en une colonne verti-
cale, dans un cartouche ovale, l'inscription'-' : "] | © p ^ '~~^
-® © I ^ JV ' — ^ ' ^^ ^® célèbre petit lion trouvé à Bagdad qui
porte sur le poitrail, en une colonne ^^' • "1 î ( "^^ P A' — ' j*
Un scarabée de Khian , de même , a été trouvé à Gezer en Pa-
lestine ^'''.
D'autres scarabées fort nombreux sont sortis du sol égyptien (^'.
C' Daressv, Noies vt remarques, LXXKMII, dans Rec. de travaux, XVI
(iSgi), p. /la.
f-' Griffith, Arch. ReporI for iQoo (igoi), p. ^^7; Evans dans Ann. oj' ihe
Br. School of Alhens, Ail, p. 65.
'•^^ Br,. Mus., n° 987; DK\Éni\, Lettre etc., dans Rev. arch., 9^ série, IV
(1861), ]). 266-257, voir Bi/jl. Eijiijtt., IV, p. 217; l'inscription détériorée du
cartouche était lue par De\éria Ra-set-anab (cf. Plf.yte, La religion des Pré-
Israélites, pi. I, fig. ()), et la vraie lecture fut indiquée par GrifTith : voir
Naville, Bubttslis, j). 2.'i-25, avec le monument reproduit ])!. XII. Cf. Mas-
PERo, Hist., II, p. 60. Une photographie de i'ohjet dans Bidge, A Guide etc.,
1909, p. 9 9 5.
'''' Voir Macalister , Excavations of Gezer, dans Quarterly Stalenienl, 190^1,
p. 925, n° 16 de la planche; le scarahée est du type avec liii.- hhasitou dont
on va parier immédiatement.
(^^ Pour le jilus gi'and nombre de ceux dont la découverte n'est pas des
lentes derllières années, voir Pétrie, Uisl. Scar., pi. XXV, el Historij, I (1899),
p. 118 et suiv.; Newrebry, Scar., MI, 7, 10; XXII, 90-96, 99; Frvskr,
Catalogue, p. aS-g/i. Un autre a été trouvé à Abousir cl-Melek à l'entrée du
Kayoum, voir G. Moli.er, Aus^yrahungeii etc., dans Mitl. d. Deutschen Or.
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 19
(icrtains portent le cartouche solaire: "] |^ ( ® P^'~~^ j
^ ^ '• , ou "l|r®P^^^J A f'\ ou encore 1^ Ç® p^^--^^
^.^(■■5;. d'aulres portent 1^ (^M^' — 'j '' ^^^^' d'autres en-
lin, le nom de Khian est précédé du titre liilc I.hasitou relief
des pays étranjjers w , (pf^©^ j^' — ' "" ? moins souvent Itih
nojirou ^ chef de troupes (?) 53 , ] | î © ^ ^ ^' — ' '' • On est assez
tenté de voir dans ce titre hik Uiasitou la forme hiéroglyphique
du nom des Hijhsôs de la relation manéthonienne, depuis que
Grifhth et W. M. Millier, chacun de leur côté et au même mo-
ment, ont attiré l'attention sur la lecture, précédemment
connue, \ JVraÂâ ^^ uiot 4^^, et proposé^ après SleindorfT,
d'admettre cette lecture dans le titre des scarabées ■'. Indépen-
damment de cette question de lecture et de l'explication très
Gf.s., 11° 00 (190G). p. 90, et un autre en dernier ieu à Tel! el-Valioudiyeh
par Pétrie, Hyhsùs and Israélite Ciliés, pi. l\ , A, n" B 3 = 1\. 12^.
C Ni:\vBERny, Scai:, XXII, ^3.
'-' lùid., XXII, 29; un autre, Fkaseii, Cat., p. o3, n° i-yli.
'•''' Le scarabée d'Abousir cl-Melelc cité à l'une des notes prcccdent&s.
''' Newberrï, Scar., XXII, ai, 93, 36; XLH , 6; le scarabée de Tell el-
\alioudiye.h cité ù l'une des notes précédentes.
'■'■ NEWBERnY, San:, XXII, ao-;?2; Caire, n" .'{6027, Newberry. Snals
(dans Cat. gcn. Caire), p. 8, pi. I, et le scarabée de Gezer cité à l'une d;'s
notes précédentes. La même lédacliou , mais avec intercalatiou de (|uel(pies
sijjnes supplémentaires diinciies à lire, sur le scarabée Newberiiy, Scar., Ml, 7,
'"' ^'E^vBE«nY, Scar., \I1, 10. — Un autre scarabée Khian, dont j'injnore
le type, est à Berlin, n" 1891 : voir .4ms/! Verz., p. /»i6. Quelques autres uio-
iiiimenls de Kliian, une iiajfue d'or au Musée de Lcjde, deux frajjuients de
statues au Br. Mus., sont n«t''s par Guîtiiieu, Unis, II, p. 1 .H7 et u. '1.
>^^ GiîirriTii, Tho Klnjim (întiip of K.ni;s, d.ms P.S.Ii.i., XIX (1897),
p. 29/1-298 (équivalence de ^^ et ^ 0 >-«-■ , *[ ^L H "^ . dans
certaines formules de rAnrien Kiiipiro); VV. M. .Mii.i.Kn, /)/(■ //i/A.fo'.s etc..
dans Milt. il. \onlfras. Ces., 1.S98, p. '1-6 et 61 {Ijse des inscriptions tardives.
Ijse-l, lj>ia-t des textes démoti(pies). En 1S96 déjà, StcindorlV lis;iil Ijsivt ou
Ijsinv dans j ^ de l'inscriplion connue de Beni-llassan : /«/• Clrscliiclitc
lier llijl.xth (^hlcini'ro Jhitrajre mr Grsrhiclit"), dans Fpxtsiliri/I :iim (Iriilsrhpn
Uistorilvrlafr in Lcipiifr [\i'ii.y\) , p. 1 c! suiv.
20 JANVIER-FEVRIER 1911.
intéressante de Hyksos qui s'y rattache, le titre chez Khian est
remarquable par sa signification, ç^ chef du désert w, (|ul, en
l'absence de toute autre qualification royale, semble dénoter
un étranger, un Asiatique. Il est' très connu que dans la cé-
lèbre peinture de Beni-Hassan qui représente une troupe
d'Asiatiques en Egypte sous la XIP dynastie, le chef des étran-
gers porte précisément le titre de |^^, qu'on ne peut tra-
duire en la circonstance que par rtchef de tribu ??, sheikh.
D'autre part, deux scarabées que nous appellerons immédiate-
ment en témoignage appartiennent à un j j-i-; P ^ ^ , Scin-
ken^^\ et à un jî-fi^^? Anther^'^^ dont les noms, surtout
le dernier, ont un caractère sémitique des plus évidents'^' et
pourraient se rencontrer à côté de celui d'Absha du tableau de
Beni-Hassan dont il vient d'être question. Ces Asiatiques, qui
portent un titre de sheikh bédouin et sont assez égyptianisés
pour posséder des sceaux hiéroglyphiques, évoquent de ma-
nière saisissante les Hyksôs de la conquête traditionnelle, et
l'on comprend que la plupart des historiens voient la confir-
mation de la tradition dans leur existence ^^l Khian lui-même
porte un nom probablement sémitique, en tout cas non égyp-
tien , qui range le sheikh Khian des scarabées à côté du sheikh
Scmhen et du sheikl) Anther. Faut-il en conclure que c'est un Hyk-
sôs des premiers jours de l'invasion que le khian des monu-
ments si purement égyptiens de Bubaste et de Gebelein, avec
son nom solaire si purement pharaonique?
La question s'est posée en ces termes aux égyptologues non
C' Fraser, Cat. of Scar., n° 17g; Nevvherrï, Scar., XXIII, 10.
(^' Fraser, ibid., n° 180; Aewrerry, Scar., XXIII, 11.
(^' Griffitii, loc. cit. clans P.S.U.A., W\ (1897), p. 294-298; Saïce,
Notex on the Hiji.sùs, dans P.S.H.A., W\l\ (1901), p. 96-98; Ed. Meyer,
Gesch. (J. Ail., 1. II (1909), p. 297. Aloyer rapproche Ant-hpr Aq Jnqolj-her
des scai'ab«!'es (juc nous voirons loul à i'Iieiire, et indique que le premier nom
signifie «Anal satisfailen; Aiiat esl une déesse chanancenne.
-<'') Renvois de la noie précédente.
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 21
seulement pour Khian, mais aussi pour les Apopi , du jour où
l'on eut remanjué que les noms de ces rois se retrouvaient,
écrits Apophis et lannas, dans la XV^ dynastie manéthonienne
et comme successeurs immédiats du conquérant Salatis; et cela
parut toujours aux historiens une grosse difficulté que de voir
ces Hyksôs dévastateurs faire figure, à Tanis, à Bubaste et jus-
que dans la Haute-Egypte, de Pharaons authentiques, bâtis-
seurs, adaptés à toutes les formes indigènes. Ils s'en tirent
souvent d'une manière ingénieuse. VViedemann considère
comme établi ^^' que les Apopi des monuments, Aknenre et
Aousirre, n'ont rien de commun avec les rois de la XV'' dy-
nastie et que ceux-ci les précèdent de beaucoup : les Apopi des
monuments sont bien «Hyksôs», mais de la XVP dynastie —
dont Manéthon n'a pas conservé les noms — et assez égyptia-
nisés, depuis la conquête, pour que leurs monuments soient
explicables. Exactement de la même manière raisonne Mas-
pero*"-', pour qui il existe des lannas et des Apopins de la
XVI" dynastie, ceux des monuments, et difTérents de ceux de
la XV"; lannas-Khian des monuments, en particulier, est con-
sidéré comme le deuxième de son nom. Cette solution va évi-
demment très bien avec la théorie de la chronologie longue,
puisqu'on arrive ainsi à garnir également de faits la XV* dy-
nastie et la XVP ; elle est moins agréable aux partisans de la
chronologie courte, et l'on ne s'étonne pas de voir Ed. Meycr,
en dernier lieu, la rejeter et admettre un seul personnage du
nom de Khian ^^'.
Pour nous, qui voulons tout à fait perdre de vue les dynas-
ties manéthoniennes pour étudier les monuments, la qu(>stion
C' VViedemann, Aefr. Qesch. (1886), p. aQ^-agS.
'-' MASPEno, Hisl., II, p. 50-53, cl flist. une. (ujoi), p. U)C) et siiiv. En
rc dernier endroit, ccpoudant , Maspero incline à unifier, sous ((indilion , les
deux rois j)récédeniment dill'érenciés.
"' Ed. Meyer, Gesch. d. AU., I, 11 (u)Oi)), p. agS-agG.
22 JANVIER-FEVRIER l'.)ll.
ne se pose pas dans les termes d'qne atlribulion à la XV" dy-
nastie citée en détail ou à la XVP dynastie vide; mais il n'en
subsiste pas moins la singularité d'un Pharaon que le caractère
égyptien de ses principaux monuments et de sa titulature
n'empêche pas d'avoir un nom propre étranger et de se qua-
lifier de Tchef de tribu w. Existerait-il deux personnages du
nom de Khian , le roi et le hih hJiasitou ? C'est assez dilïicile à
admettre, car il y a toutes chances pour que le rJuk hhosUoii
Khian -i soit le mémo que le «Fils du Soleil Khian » de quelques
autres des scarabées vus pins haut, et pour que ce «Fils du
Soleil Khian v soit le roi de la titulature complète. Un doute
pourtant subsiste, et l'on peut très bien croire à l'existence de
plusieurs Khian: mais il ne faut pas perdre de vue, alors,
qu'ils seront tous contemporains, car on ne peut songer à
étendre sur une longue durée l'usage en Egypte de ce nom
propre si particulier et qui n'y apparaît à aucun autre moment
de l'histoire. Si l'on admet, d'ailleurs, la présence en Egypte de
chefs asiatiques du nom de Khian, on comprend que c'est
sous leur influence que ce nom sera devenu royal, soit que
l'un des étrangers ait pris le pouvoir, soit qu'un Pharaon indi-
gène, quehjue Apopi, ait laissé donner à son fils le nom d'un
des étrangers qui possédaient autour de lui un certain pouvoir.
De toute manière, on ne peut éviler de conclure que le roi
Khian et le sheikh Khian sont contemporains.
H apparaît ainsi, et nous l'avons déjà entrevu précinleui-
ment, rjue les rois du groupe que nous étudions étaient envi-
ronnés d'Asiatiques. Outre les sheikhs ^m/t'en, Anther et Klnaii
plus ou moins près du roi Khian, nous avons signalé VAbd du
tombeau de Sakkarah et sou contemporain Nelœmeu , ollicier
d'un roi Apopi. Une foule de scarabées de l'époque des Khian
et des Apopi vont nous rendre encore phisieurs des étrangers
dcmi-égyptianisés qui s'étaient fait une place et vivaient en
maîtres sur le sol de l'Egypte.
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 23
lAKEB-UER.
Un Sémite évident, dont le nom est formé avec celui de
Jacob, nous appc-M-aît sous la forme laheh-her dans les inscrip-
tions de plusieurs scarabées nettement apparentés par leur
graphie, notamment par la forme bouclée des ^^ — i, avec ceux
du groupe Apopi-Kliian. Les inscriplions, un *peu sommaire-
ment gravées, se précisent les unes les autres , et sont à lire :
Le dernier élément du nom s'écrit, comme on voit, ^ ou
^ ; Meyer retient particulièrement la première forme, et rap-
proche le nom, avec une grande apparence de raison, de celui
,le ^^ vu plus haut''^ Quant au premier élément, c'est le
(') Newckrby, Scarahs, XXITi, a.
'^) Ilnd., XXIII, 3 = Caire, n° SOoaS; Newberrv, Seals (dans dut. j>rii.
Caire), p. 8, pi. I = Pétrir, DiospoUs Pavva, XLI, 12 : l'objet vient de Hou.
La citalion de l'inscription est ciToaée dans Gautiiier, Rois, II, p. 1^17.
*■*' Nkwiikiuiy, Hcu)-., XXUI, ). Un autre cliez Fraser, Cat., p. 9/1, n" i3i.
Un autre au Louvre, n" C^^ai, d'après Pétrie, Uist. Scar., n" 351. — Un
autre scarabée Juhck-hcr k Rerlin, n" iSiSa, d'après Ausf. Verz., p. Ai (5.
e*' Meyer, Gesch. d. Alt., I, 11 (içiog), p. 297-298. Meyer expli<pie les
deux noms a Aiiot sntisfjiitci et ^Jdl.oh satisfaite, Jakob ('-tant ici, coninio
Anat, le nom d'une ancicnm; diviiiilé chiinanévune , celle niôuie (pi'on reirouvc
dans le nom de lieu Jakolt-el de <|uelques listes {^éoffrapbicpies biér()j;l\plii(|ues,
ot qui devait devenir h hénix iIch Iradilioim israélite.^. Nous reviendrons un peu
plus loin au rôle du nom di- .lacdl» dans ci>s divers noms; boriioiis-nous, ici, à
faire inuiuidiatemciit toutes reserves sur Jttcoh ancien dieu chananèen , peu vrai-
semblable d'après le rôle attribué à Jacob dans les plus anciennes traditions
bibliques.
1h . JANVIER-FEVRIER 1911.
nom de Jacob, bien que dans certains cas il s'écrive lapek par
une sorte de métathèse ; confirmons immédiatement cette der-
nière forme par le nom du ^ ^ t^W ^ ^^^ plusieurs autres
scarabées ^'l *
Le t^Fils du soleil w Iakeb-lier avait également pris un nom
solaire, s'il faut en croire un autre scarabée — unique — sur
le([uel on arrive à lire assez certainement : ^®^^^"-' ^"î"
H^J^iii^-'; ce nom solaire Merousirre paraît seul, d'autre
part, sur trois scarabées qui portent "]| f®^^*"^ j ^ "î"
avec ou sans le cartoucbef^'; dans toutes ces inscriptions, le
signe oîtsir a la forme bipède que nous avons déjà signalée plu-
sieurs fois comme caractéristique de l'époque des Apopi-Kbian.
Jacob, sans l'addition lier, se rencontre sur de nombreux
scarabées d'une autre rédaction et appartient vraisemblable-
ment à d'autres personnes. On note d'abord ^ I i '•^ '^
«Fils du soleil ILeb^''^v — une fois I I ! '^ sans titre '^^ —
assez analogue ortbograpbiquement au ^ ' précédemment
noté, mais avec le signe de l'eau, en outre, curieusement em-
O Newberry, Scar., XXIII, j3, i4; trois autres chez Fraser, Cat., n"' G7,
08, 69; plusieurs autres, de collections diverses, dans Pétrie, Hist. Scar.,
n°' 36o, 3Gi, SOa; un autre encore dans Budge, Kings, I, p. 98. Rapprocher
de ces monuments les deux scarabées du Br. Mus. qui, d'après Bldge (///s-
Krnj, II, p. 178, III, p. i63; Khigs, I, p. 97), portent \\ ^' '^ J .
("^' Pétrie, History, li° éd., pi. XIX; Newberry, Scar., XXII, 37; Budge,
Kingx, I, p. 100 (incorrectement). Quelque désordre dans l'ordonnance des
signes, mais interprétation certaine en raison des autres scarabées Merousirre
qu'on va citer.
W Newberry, Scar., XXII, 28-80; cf. Pétrie, History, I (1899), p. 122.
''') Newberry, Scar., XXII, 7, 9-12, XLIII, ai: XXII, 9 est celui que
Grifkith, à tort, lit -^^ 1 11/ — %, en identifiant ce Nebi supposé avec le
(®îî î ''^' 1 M 1 '''^ '^ petite liste d'Abydos (Griffitii, loc cit., dans
P.S.B.A., Xi\, 1897, P- 29G et suiv.).
'^) Newberry, Scar., XXII, 18.
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 25
ployé pour délerminer phonétiquement la syllabe J.ch. Sauf ce
délerminatif , l'écriture est la même dans le nom du ^ ^
1 1 '— ^ J ^ connu par ailleurs 'i^. Il convient également de
placer ici un ^^'""^J^'^* qui est à joindre aux autres
scarabées Iakeb-lier cités plus haut; il est particulièrement in-
téressant à rapprocher de ceux qui portent ^ | - — ' ^J ^ ^^ \\
^J ^ 1^1 , parce qu'il en ressort très clairement l'équivalence
du j et du -^ pour écrire le nom de Jacob dans ces petites
inscriptions.
Voici ensuite ^ 1 1 ^ — i a~~^ ou M ^ -— • '', qu'on pourrait
elre tenté de lire la (lavé, pur), mais où il semble plutôt qu'il
faille reconnaître notre laheh , Ihch des scarabées précédents,
avec î^ phonétique pour exprimer la syllabe heh non dé-
taillée : on trouve, en effet, une autre graphie encore, ^
^/ — v('i)^ dans laquelle il n'est guère possible d'admettre la
lecture la. Ici encore, probablement, c'est A];eb qu'il faut lire,
de même que sur d'autres scarabées où l'orlhographe est ré-
duite à plus simple expression encore, y^-* — ^'«-~^'''^ ou ^
Tous ces laheh-her, îaheh-cr, Ipch-her, Ipek , Iheh , lakeb ,
désignent évidemment plusieurs personnages et non un seul;
ils sont les monuments d'une époque oii des gens du nom de
Jacob, ou portant des noms formés avec celui de Jacob, fai-
saient figure de princes en Blgypte et s'y arrogeaient la qualité
royale. Quelle était l'origine de ces Sémites? il est utile, tout
d'abord, de remarquer qu'une localité ou un pays de laheh-er,
'"' Newberry, Scar., XLIII, aa.
(2) Ibid., XXII, 8.
W Ibid., XXII, ^-6, et Fkaskr, Cat., iSa.
('') NKWBF.niiY, Scar., XXII, i 't , tf). Un aulro du in('''mi' lypo à Rorlin.
n" iSaSç).
(^' Nkwuebuy, Scar., XXII, iG, 17.
W Ibid., XXII, 18.
26 JANVIER-FEVRIER 10! 1.
Iakeb-el — presque exactement. le nom de certains des scara-
bées qu'on vient do voir — '■ est connu de ia géographie
égyptienne de l'Asie sous le Nouvel Empire. Le nom apparaît
une fois dans la liste de ïhoutmès III à Karnak, sous la forme
\ ^ ^ J \ \ij^ '5 et une autre fois dans celle de Ramsès II,
écrit ^ ^ -: -^ ^ J "^ .— .(•^); chez Thoutmès III, on rencontre
on même temps le nom de ^Illlli^'^ Ishep-eU^\ dans le-
quel on reconnaît le nom de Joseph de manière aussi certaine
(jue le nom de Jacob dans l'autre. Voici donc Inheh-el nom de
lieu Qi\ Chanaan, sous le Nouvel Empire, après Iakeb-el,
ïaheh-her et Inheh noms de personnes au temps des Apopi-
Khian. Une première illusion dont il faut se préserver ici, con-
sisterait à croire que les Asiatiques de ce nom, expulsés
d'Egypte par les fondateurs de la XVIIP dynastie , sont ceux
même que Thoutmès III et liamsès II retrouvent en Asie. De
pareilles i-encontres ne sont guère du domaine de la réalité his-
torique, et il est infiniment plus simple et mieux dans la na-
ture des choses d'admettre que le nom de Jacob, sous le
Nouvel Empire et aux temps qui précédèrent la XVIIP dynastie,
c'est-à-dire à partir du xvn"' siècle, était répandu en Syrie,
dans un domaine assez vaste pour qu'on le rencontrât égale-
ment chez CCS Asiatiques qui à un moment donné s'étaient fait
une place en Egypte. Il ne résulte de là, comme on voit, que
l'indication d'une parenté plus ou moins lointaine des princes
lakeb d'Kgypte avec un Iakeb chananécn qui existait, sans le
moindre douté, dès la même époque ; c'est une simple confir-
ez iVlAniETTE, Les listes géogj-aphiqiifH ih' KurnaL, n° to9 de ia liste; Sethk,
UrI;. (l. 18. Dyn., IV, p. 780. Cf. GiiOFF dans Revue Egi/ptologifiiie , IV, p. 97;
Maspkho, Elude sur le pap. Abbott, p. 3o, el Sur les noms géographiques de ta
liste de, Thnulmès II! relatifs à la Judée, p. 8.
C^) L.D., m 1^1, n" 9 de la liste.
W Liste de Karnak, références de la note anldprécédenlc ; c'est le n" 78
do 1.1 liste. Voir Sktiii;. loe. cit., p. 78').
LES HMvSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 27
malion, d'ailleurs intéressante, Je l'r usialisme :>) et du fséntii-
tisme?3 dés étrangers que les rois Apopi et Khian avaient au-
tour d'eux.
On est renseigné sur le Jacob chananéen, dans une certaine
mesure, par la tradition biblique, qui a fait de Jacob un béros
national d'Israël mais dans laquelle on voit distinctement
passer des traditions pré-israébtes, notamment en ce qui con-
cerne la légende des sanctuaires chananéens dont la fondation
est attribuée à Jacob et aux autres patriarches. Israël, comme
on sait, n'a jamais eu en réalité aucune relation avec Chanaan
jusqu'au jour où il sortit du désert pour conquérir le pays et
s'y fixer'*'; de sorte que la mise en relation des sanctuaires
palestiniens avec l'histoire des origines nationales, est forcé-
ment postérieure à l'arrivée en Palestine. On se doute, d'après
quelques épisodes conservés par la relation biblique, que Jacob
était l'instauratcur de certains de ces sanctuaires dans une lé-
gende indigène qui expliquait l'origine du lieu et de la religion
absohiment comme la légende israélite de Moïse expliquait — -
à l'israélitc — les origines du culle de lahve de Kadesh'-'; et
l'on est amené ainsi à comprendre que Jacob, dans sa figure
primitive, était le héros d'un cycle de légendes cJi(mam'enncs ^-^^
^'' \oir en dernier lieu 11. Wkill, Le hi'joui- des Israrliles au désert etc.,
dans Rp.v. des Eludes Juives, LAIII (1909), p. a/i et passiin.
'-' Moïse a pour rolo cpsenliel dVUrc Tinventeur de la religion de lalivo,
rinstanralcur du sanctuaire de kadesii aulonr duquel le peuple (Hait groupé
pendant la période du séjour au désert, et par suite, le premier prèlre et
rancètre des prêtres. C'est en cela que consiste l'histoire ixraélite de Kadesli à
laquelle nous laisons allusion, et qui difTère de l'histoire réelle par ceci, que le
sanctuaire du désert, iiiduhitahlcinent, existait de temps immémorial lorsque
les Isi'aélites survinient et s'inslallèrenl autoiu' de loasis (voir Wkill, loc. cil.
dans Rev. Et. Juives, L\ll, p. 9ij6, 93G-937, LVIII, p. 98-26, et />«.i.s»h»).
(^' Et non pas un dieu vliananeen comme le veut Ed. Mkykr (Die hvuelilen
und ilire Narliharshhinne , i()o(), p. 080 et suiv , (lesrh. d. Ail., I, n, 1909,
p. '>97-"U)8); l(! héros du ro;///;r/< divin, le persormage qui, selon im procédé
l'aniilier à la mythologie sémiti<pie, se trouve enlrnim'' à lutter contre un riiou
pour arriver à le vaincre, à le roiKpK-rir et di'venir ainsi l'iustnurnteur de <(in
28 JANVIER-FEVRIER 191 1. .
que les conquérants israéliles devaient s'approprier avec le ter-
ritoire. Ce Jacob pré-israélite est celui que la géographie
égyptienne connaît, comme territoire ou tribu, à l'époque de
Thoulmès III et sans doute auparavant. Lorsque les Israélites
conquirent la Palestine, ils y trouvèrent de vieux sanctuaires
que Jacob avait ce inventés 55, des lieux qui portaient le nom de
Jacob; ils gardèrent précieusement les cultes indigènes en les
proclamant d'origine iahviste et absorbèrent Jacob fondateur,
transposé en un ancêtre d'Israël en même temps que toute une
série de héros et d'éponymes palestiniens qui se trouvaient en
situation analogue. Joseph, sans doute, fut de ceux-là.
Lorsqu'on commença, plusieurs siècles après, à réunir les
anciennes traditions Israélites pour en faire une narration sui-
vie, il y avait longtemps que Jacob et Joseph étaient annexés à
la légende nationale. Il est possible alors que les premiers ré-
dacteurs, qui travaillaient vers le viii" siècle et étaient assez
bien informés des cboses d'Egvpte, aient su de source égyp-
tienne que Jacob, et peut-être aussi Joseph, avaient été princes
en Egypte aux siècles antérieurs; ils eurent garde, en ce cas,
de ne pas laisser perdre un chapitre si beau de l'histoire des
origines du peuple, et les épisodes bibhques de Joseph, mi-
nistre de Pharaon, de ses parents établis en Gosen et de ce qui
s'ensuit pour les Israélites en Egypte, n'ont peut-être pas une
autre origine. Il ne faut pas perdre de vue, cependant, que le
rédacteur judéen du vni^ siècle connaissait fort bien la marclu.'
égypto-syrienne et les usages des Egyptiens sur leur frontière"*,
et d'autre part, que Gosen, loin d'être une région imaginaire,
est un canton très authentique du Delta oriental, connu et
culte, ce personnage est un liomme par définition. Sur les combats divins livrés
par Jacob et par Moïse ft qui sont les actes les plus essentiels de leurs liis-
loires, voir VVeill, loc. cit., LVIl, p. 217, aaS-aaô, 23o-23j.
''' Cf. ce qui est observé à ce sujet plus haut (Section 1, cliap. 1, vers la
fin), à propos de celte même histoire de la descente en Gosen.
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 29
nclteriient situé par les documents égyptiens, extrêmement
propre d'ailleurs à être abandonné aux nomades ^^*, comme il
est supposé par la narration biblique; cela ne fournit pas de
preuve d^^l'historicité du séjour d'Israël en Egypte, mais seu-
lement, comme nous l'avons déjà montré après Is. Lévy, l'in-
dication d'une possibilité, et surtout d'une limite, la limite
dans laquelle il est permis d'admettre que les ancêtres d'Israël,
s'ils ont effectivement vu l'Egypte, en sont sortis, un jour,
après l'avoir effleurée et sans y être entrés véritablement^-'.
Mais que le séjour en Gosen, connu du rédacteur du vm^ siècle,
soit historique ou non, il n'en reste pas moins possible que
les Jacob d'une tradition égyptienne authentique aient interféré
avec les Jacob d'autres souvenirs, et contribué à entraîner en
Egypte les patriarches depuis longtemps acquis à la légende
nationale d'Israël''^'.
ANRA (?).
Parmi les scarabées de facture et de gi'aphic analogues qui
nous apprennent les noms d'autres étrangers «pharaonisés»
de la même époque, les plus remarquables par le nombre
sont ceux d'un certain ^S ou ^ dont le nom est didicile à
lire en raison des formes très diverses sous lesquelles il se pré-
sente à nous : les deux précédentes paraissent être les plus
('' La {jôograpliie du Gosen biblique d'après les documents égyptiens a été
établie ])our la première fois par Navillc, à la suite de ses fouilles de Saft cl-
Iliruié. Le pays est situé au débouché occidental du 0. Toumilàt.
'■-) Is. Lévy, Les lloiilcs, Edom el Jacob dans les moiniineiits é[niiiliciis, dans
liev. Et. Juives, LI (1906), p. /i(); Wkill, loc. cit. dans Ilev. El. Juives, LVUI
(1909), p. 96-99.
(^) Alix crili(|iies qui seraient disposés à considérer connue liislorique, dans
les tenues (pi'on \icnt de dire, le séjour en Gosen, il faudrait encore signaler
la couicidence possible île la date des roitelets asiatiques en Kgy|>te, avec la
date de Jacob-Joseph en Gosen telle qu'elle résulte des faits de l'exposé bi-
blique. Nous y reviendrons plus loin, liirs(pic nous aui-ous précisé les conditions
clironologicjues du groiipc des Apopi, Kbian el lakeh-el.
30 JANVIER-FEVRIER 1911.
régulières. Les .=—1, presque partout, ont la forme bouclée
j)articulière souvent rencontrée plus haut; les 1 — v sont dessinés
par petites barres perpendiculaires sur la ligne comme on
l'observe sur les scarabées de Khian-et dans le ^^^les scara-
bées lakch. Quelquefois dans le cartouche ovale, plus souvent
sans cet encadrement, le nom est fréquemment précédé du
signe _t_ , f|ui s'altère parfois en formes variées, intermé-
- chaires entre le »âfl , le »-« et l'on ne sait quels bizarres signes
de plantes; souvent aussi, au bas du nom dans l'encadrement
ovale, on trouve un signe ^— qui paraît n'avoir qu'une valeur
décorative, car dans certains cas un — - et un — encadrent
le nom en haut et en bas dans le cartouche. Voici les diflerenls
aspects orthographiques sous lesquels le nom du personnage
se rencontre (les chiffres sont ceuit de la planche XXIV de New-
BRRHY, Sairahsj :
7, 8 ot 22: 22 = Caire, itU^'i ;
voir Nkwderrï, Seuls (dans Calai
gén. Caire), }>. 99, pi. XI.
1.
G
.3.
O
25.
O
20.
20.
il).
9.
9.
2/1.
27,28.
13.
6.
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*=>
Phtmie, AV(-
(jnda and lialUa,
LX\\, II" /i.->.
/j.
5.
IT).
O
Caire n" ''^6989 ;
Xf\m!i;rry, Seals ((lans
Calai, gén. Caire),
p. f.tii, pi. \i.
Pétrie, kojilos,
XXV, i/io.
LES HYKSOS Eï LA RESTAURATION iNATlONALE. 31
Trois scarabées analogues à ceux des deux derniers spéci-
mens, enfin, trouvés par Pétrie, deux à Tell el-Yahoudiyeh
(Pethie, HyLsàs and Jsr. Chies , YI, /i, IX, 166) et un à Tell-
Rotab dans le 0. Toumilât [ih'id., XXXIII, U-2). D'autres scara-
bées encore sont au Musée Guimet,
Dans ic désordre et l'extrême fantaisie de ces écritures, où
le principal élément du nom se simplifie bizarrement ou se
multiplie à volonté pour remplir l'espace d'une petite colonne,
où les <=> prennent les formes --*. et -^^ on arrive peut-être
à reconnaître un nom Anrn ou Aéra. Le personnage ainsi dé-
signé pense être roi ; quelquefois avec un carloucbe véritable
(8 de Neweerhy, iScrtr., XXIV), quelquefois ^ '^ f 1 , ^î), il se
qualifie le plus souvent de Roi du Nord, ^ (y), |p (â5, 26,
2 "y, 28)ou^ (i3, i5, 22], particularité que nous avons re-
marquée dans des conditions identiques chez Aousirre Apopi.
Une autre analogie de facture qui apparente encore Anrn avec
les personnages du groupe Apopi-Khian. résulte de la présence
sur un de ses scarabées (19) d'une bordure à éléments imbri-
qués et trait interrompu qu'on retrouve, identiquement dessi-
née, sur de nombreux scarabées d'Aousirre Apopi, de kliian,
de Iakeb-er et sur celui de Semken.
Notons, enfin, que plusieurs des scarabées qu'on vient de
voir proviennent de la région de Ballas et de Koptos ; cela
rappelle le scarabée de hiheb-cr trouvé à Hou et le monument
de Kbian , beaucoup plus haut, à Gebelein.
AUTRES PERSOMSAf.ES M GROUPE.
La forme boudée des ..^ — 1 et le déror à éléiuiMits i!nl)riqués
et Irail interrompu qu'on vient de dire, classent à côté des
Apopi, (le ixliKin cl des princes asiatiques, un certain | |
f©^^-#-J ^ j- ^l'i"l>re (^avec ou sans caitoucbe), connu par
32 JANVIER-FÉVRIER 1911. 1
de très nombreux scarabées*^'. Le ^ (m \\ ^"^ ^^ t^ i
(avec ou sans le cartoucbe), d'une vingtaine de scarabées au
moins f-', est peut-être de Ja même époque, et cela, est plus cer-
tain du _^J^'''~~^5 avec ou sans le titre "^1, d'assez nom-
breux scarabées bien situés par les formes caractéristiques du
..>_i et du A~«-v : ils ont été cités plus haut à cause de l'analogie
du nom avec les noms solaires de la famille S-[\]-n-7'e,
groupés autour de Skenenre Tiouâ. Nous savons cependant,
par l'exemple de Sousirenre Khian, que les noms solaires de
cette forme ne se rencontrent pas exclusivement à Thèbes à
l'époque de Tiouâ, et cela nous fait enregistrer sans étonnement
un Skhanrc parmi les voisins probables de Khian et des Apopi.
^^ lî^^S ^^^ scarabée'^' pourrait n'être autre,
avec o en trop^''' et un signe -.— mal fait, que le ^^, laleb,
de plusieurs scarabées vus plus haut. Le "^ | (| ^J ^ ^ , avec
ou sans cartouche'^', semble de la même époque par les parti-
") Un grand nombre réunis par Newberby, Scarabs, XXI, i-8 (coll. cli-
versos),et Scals (dans Cat. gén. Cuire), p. 8-9, pi. I, n" 36o.3o-3()o35 ,
dont aucun ne se confond avec les précédents. Trois de ces scarabées du Caire,
36o32 -36o35, dans Pétrie, Hisl. Scar., n" 119-121. L'un deux est celui
d'Abydos, Mariette, Cat. Ab., q° 1891, p. 538, Mon. div., 52 /' = Gauthier,
Lu: des Rois, I, p. 207. Voir, pour d'autres dans diverses collections, \Vie-
DEMANN, Aeg. Gesch., p. 280, n. i5, et Gauthier, loc. cit.; un autre encore a
clé trouvé en dernier lieu par G. Moiler à Abousir el-Melek, voir Mitt. d.
Deutschen Or. Ges., n° 34 (1907), p. 2-i3. Le lype de tous ces scarabées est
extrêmement uniforme.
<'^' Newberry, Scar., XXI, 9-18, XLIII, 17-18 (coll. diverses); Fraser, Cat.,
p. 2 2-2 3; Gauthier, Rois, II, p. i48 (Fraser, Caire, Rr. Mus., etc.). Un
autre à Berlin, n°8887, Ausf. Verz., p. 4 16.
'•■') Newbkrry, Scar., XXI, 3o.
'''' Le signe du soleil se rencontre de même abusivement en tète du nom
d'/l»(i« sur plusieurs des scarabées passés en revue tout à l'beure; il y a de
nombreux exemples du même fait dans la rédaction d'autres noms de car-
touches.
<^' INewberry, Scar. , XXIII , 7-9 ; bibliographie complète dans Gauthier , Rois,
II, p. 1/17-1/(8.
LES HYKSÔS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 33
CLilarités du décor de l'encadrement, et il en est de même
pour un ^ ^ (sic'j ( ^ v\ ] (^avec ou sans cartouche), Semt'-^\
pour une reine 4"!!*^^^' Oitazit^-\ et pour quelques person-
nages aux noms plus ou moins lisibles dont des scarabées se
trouvent aux planches XXIII-XXIV des Scarabs de Newberry.
Citons la reine 4. ^ (^5=3] (^, Tiouli (?)(^i, un^l^j^J
\ ^, Koupepen'^'", un ^ J ^ -=* '^l Nombre d'autres per-
sonnages sortiraient à un examen attentif de ces petits monu-
ments, qu'il serait sans intérêt de faire à cette place. Notons
seulement encore, sur un joli scarabée^''', indubitablement
-contemporain des Iakcb-er et des khian, la légende ( '^^^^ 1
*|o|*. dans laquelle il faudrait peut-être retrouver le
nom de Aura.
NEHSI.
\0
Voici enfin six scarabées d'un ou plusieurs Nelisi,
(kjh^jl if + V /:i ^IP^^^' etc. (^), qui participent
aux mêmes caractères de décoration et de facture. Ce prince
Nehsi et ce roi Nehsi sont à coup sûr les mêmes que ceux de
deux monuments qui ont déjà été cités plus haut, à propos
de ceux d'Aknenre Apopi, .j)our les mentions du culte de Sit
qu'on y rencontre. L'un est le colosse de Tell-Mokdam dont les
(') NEWBERny, 5car., XXIIl, 19, XLIV, 8. Un autre auBr. Mus.,n" 87668,
RuDGiî, Ki»if.i, I, p. (j8.
(^) NKwitEnuY, Scar., XXllI, 18.
(^) Ihid., XXIIf, 17 (^Br. Mus.); FnASEn, Cal., p. 28.
('■' NEwiiEnny, Scar., XXIII, i5. lO.
W Ibid.,\\l, 28, 2/i.
C) /6Ù/., YIII, 1,
(') Ibid., XXIII, /1-6; FnASEï», Cal., p. <(; Petiiie, llisl. Scar., 889, et
nistonj, [ (/|" éd.), pi. XXII; Gautiiieji, «01», H, p. .f)/i-r)5.
XTII. 3
lurniMi Rir hatioiU.!*
sa JANVlER-FÊVniER 1911.
inscriptions, gravées par usurpation de chaque côté des jambes,
sont à lire^^' :
Le texte était probablement le même de part et d'autre. Il y
a lien, comme nous l'avons dit, de supposer c|ue le nom di-
vin martelé était celui de Sit; il se retrouve plusieurs fois sur
l'autre monument de Nehsi dont nous avons à parler, un frag-
ment de montant de pierre trouvé à Tanis sur lecpiel subsiste
l'extrémité inférieure de trois colonnes d'écriture ^'-^ :
sarr;— .-ii^Vî-nn ■ *
+ VklP^^1^
On ne sait ce qu'est la place de Ro-ahilou, la «Bouche des
Champs V. Quant aux personnages royaux du nom de Nehsi ,
leur présence à Tanis où l'on trouve également les Apopi, leur
qualité d'adorateurs de Sit comme Aknenre Apopi , enfin les
*'^ Mariette, Mon. div., pi. LXIII, où le cartouche est iilisiblei On voulut
loiij'jlcmps y voir Salilis : Eders, Aegijplcii vnd die Biicher Moscs, p. 203;
Ed. Meïer , Sel-Typhon, p. 56; Laiïii, Manetho, p. îî'ig; cf. Devékia,
Lcll)'e etc., dans Rav. arcli., 9" série, IV, p. aSg (voir BilA. Egypl., IV, p. 920),
cl Wiedemann, Aeg. Gesch., p. 296, pour qui la lecture Set. . Ai est cxtrénie-
menl douteuse. La lecture vraie ne fut trouvée, cependant, que j)ar jXaville,
ÏjC roi Nchasl, dans Rec. de travaux, XV (1898), j). 97-101; elle est inconlef-
tco depuis lors.
(') Pétrie, Tanis, I,p. 8-9. pi. iil, 19 A-D.
LES HYKSUS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 35
caractères des scarabées dont on parlait tout à l'heure,
scml)lt'nt des raisons suffisantes de leur donner place à côté
des rois Apopi-Khian et des personnages plus ou moins pha-
raoniques de la même époque ''l
CHAPITRE m.
CONDITIONS HISTORIQUES DU GROUPE DES APOPI-KIIIAN
ET HISTOIRE DE LA RESTAURATION ÉGYPTIENNE.
De tout ce qui précède résulte qu'il y a en Egypte, à une
certaine époque, un groupe royal très bien caractérisé par les
noms que portent ses membres et par les caractères de leurs
monuments, Aknenre Apopi, Aousivre Apopi, un Asahre, un Aho-
tcpre et un Anoutirrc dont on ne connaît pas les noms person-
nels, encore un Apopi, Nihkhopcslii-c Apopi, enfin Sousireiirc
Kliian et un Nehsi dont les autres noms sont inconnus. Ces
Pharaons se rencontrent principalement dans le Delta, où ils
usurpent les monuments de la XIF dynastie, notamment à
Tanis et à Bubaste, mais où il leur arrive également de con-
struire; leur domination s'est aussi étendue, au moins pendant
un certain temps, sur l'Egypte entière, comme le montrent les
débris architecturaux d'Aousirre et de LSousirenre à Gebelein.
D'autres petits monuments de Soiisircnre, trouvés à Bagdad,
C' Ed. Mevkr, JSaclilra^i; zuv iiir. Chron., p. .S/i, et Gesch. d. AU., I, ii
(1909), p. 989, remarque la présence de Nehsi au papyrus de Turiu, fr. 97.
cl expli([ue de manière ingénieuse les relations do Nrhsi , considéré comme roi
indigène de la fin de la aXill" dynaslicj, avec les Apo|)i considérés comme
rrllyksùs''. Le raisonnement de Mcyer consiste à supposer (jue le culte de Sitfnt
introduit dans le Delta par ces con([uéranls, dont les Apopi étaient les rois, et
romme Nehsi, indigène, est déjà adorateur de Sit, on en conclut qu'il y avait
clé contraint par les étrangers, cl par suite que les Apopi l'avaient réduit à la
siliialion do vassal. Il est sujjcrllu de faire remanjucr ([ue toute cette condii-
naison tombe dès qu'on cesse de confondre les Apopi pliaraiini(jues avec leurs
contemporains asiatiques en Egypte.
36 JANVIER-FEVRIER 1911.
en Palestine et en Crète, peuvent y avoir été transportés par la
suite, et ne doivent pas donner lieu de croire, comme on en
est quelquefois tenté, à l'ébauche d'un grand empire égyplo-
méditerranéen^^l
A côté de ces Pharaons certains, incontestablement égyptiens
par toutes leurs tendances, on trouve d'autre part une foule de
personnages qui sur leurs scarabées, seuls monuments qui
nous les font connaître, prennent la qualité royale, et très
évidemment ne sont pas des rois à la manière ordinaire. Ce
sont, d'après leurs noms, des étrangers, sémites et apparentés
avec les Chananéens, comme on le voit avec précision pour
quelques-uns d'entre eux. Les plus remarquables sont un ou
plusieurs Jacob, lakeb, Iakeb-el ou laheh-her, un Semhen, un
Ant-her et un Khian nommé comme le roi Sousirenre ; ces trois
derniers se qualifient de hlk khaskou «chef des terres étran-
gères w. Les scarabées de tout le groupe, d'un type très caracté-
ristique, sont inséparables de ceux d'Aousirre et de Sousirenre,
et la contemporanéité qui en résulte, nécessaire d'ailleurs en
raison de la présence du nom de Khian dans le groupe phara-
onique, est encore confirmée par la rencontre des Sémites Abd
et Nehemen au temps de Nibkhopeshre Apopi.
Bien que la différence entre les rois véritables et les étran-
gers de ces scarabées pseudo-pharaoniques soit sensible, il y a
de nombreux points de contact entre les personnages des deux
groupes. Outre le nom si particulier de Khian de part et
d'autre, on remarque que le plus caractérisé des petits princes
sémites, Iakeb-el, croit devoir prendre un nom solaire, Merou-
sirre, ce qui donne beaucoup de force à l'idée de fonctions
princières exercées, par lui et ses congénères pseudo-royaux,
dans des conditions de très grande indépendance. Leurs domi-
nations s'étendaient peut-être à grande dislance dans le Sud.
'') Cf. Ed. Mkyer, Gesch. d. Alt., I, u (igof)), [>. •.u/)-^ç)(].
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 37
Des scarabées très nombreux du type caractéristique de ceux
des Apopi ont été trouvés à Kahun'^', et d'autres, beaucoup
plus haut, dans la région d'Abydos et de Koptos; parmi ces
derniers, plusieurs des chefs Iakeb-el et Anra eux-mêmes : les
indications qui en résultent confirment ce qu'on sait, par
ailleurs, de la présence d'Aousirre et de Sousirenre encore
plus haut dans la vallée. Ce même Anra s'appelle quelquefois
Roi du Nord sur ses scarabées, au lieu de Roi du Sud et du Nord,
et il est remarquable que la même singularité s'observe sur
certains scarabées d'Aousirre, dont la domination dans la
Haute-Egypte est cependant certaine. Il semble que le titre
Roi du Nord était porté par les princes de la famille des Apopi
antérieurement à l'extension de leur pouvoir dans le Sud, et
qu'il leur fut emprunté par les étrangers avec tout le reste de
l'attirail pharaonique.
L'entrée en Egypte de ' ces Asiatiques et leur installation
dans le pays, sous l'étiquette royale, comme chefs de princi-
pautés autonomes, supposent qu'il n'y avait plus alors en
Egypte aucune organisation nationale. Les bonnes relations
des nouveaux venus avec les Apopi indigènes de Tanis et de
Bubaste, dont la présence d'un Khian sur le trône pharaonique
est à un moment donné le témoignage, indiquent que cette
arrivée ne fut pas à proprement parler une conquête, mais
probablement une immigration, une installation de tribus asia-
tiques sur des terres concédées par le roi qui commandait en
Basse-Egypte; et l'empressement des chefs des immigrés à
consacrer leur nouvelle seigneurie par l'emploi de formes
égyptiennes, montre qu'ils se gardaient bien de manifester
aucune hostilité aux choses d'Egypte. Quand on pense à la
''^ Pktrie, Kahuii, Guro/t and Uawara , pi. X, et lllahun, haliiin and Gurob,
pL VIII. Cf., pour la Moyonno-Kjjypio, les scarabées conlomporains trouvés en
(lornier liovi par (J. Molicr à Alwusir ol-Meiek; voir, plus liaul , scarabées de
kbian et de Maabro, notes.
38 JANVIER-FEVRIER 1911.
pénétration des 'Apopi, leurs patrons et alliés, jusqu'aux limites
méridionales de la Thébaïde, on est tenté de croire que les
Iakeb-el et les Aura dont on retrouve les noms en Haute-
Egypte prirent une part active à la conquête du ,Sud, et l'idée
se présente alors que lorsque les tribus étrangères entrèrent dans
le Delta, ce fut par, échange de services avec le roi de Tanis,
comme mercenaires, et pour apporter à la monarchie trop
faible de la Basse-Egypte les ressources des bandes bédouines,
énergiques et pauvres, qui devaient être payées en terres.
A quelle époque ces événements se placent-ils? Il est extrê-
mement certain que les Apopi, qui usurpent les monuments
de la Xir dynastie, sont intermédiaires entre celle-ci et la
XVIII"; mais pour les situer avec précision par rapport à ces
deux limites, il faudrait avoir mieux que les très rares rensei-
gnements que nous possédons sur l'histoire du Delta dans l'in-
tervalle. On arrive à se rendre compte, cependant, qu'ils ne
peuvent être venus immédiatement après la XII' dynastie, à
laquelle succèdent, comme nous verrons par la suite de celle
étude, l'usurpateur Sekhemre-Khoutaoui, qui possède l'Egypte
entière, puis Sekhemkare au moins dans la Basse-Egypte; on
retrouve ensuite la trace d'autres souverains rattachés à la
même famille ou au même groupe, et parmi lesquels nous ne
citerons ici , comme ayant certainement régné dans le Delta ,
que le Smenklikare Mirmashaou qui usurpe des statues de la
XIP dynastie avant que Aknenre Apopi y grave ses noms à son
tour. Après Mirmashaou, le champ resterait libre en Basse-
Egypte pour placer les Apopi à distance quelconque de la
XVI II'' dynastie, en quelque sorte dans l'indéterminé, si l'on ne
savait, par plusieurs statues de Khanofirre Sebukhotep trouvées
à Tanis et à Bubaste, que la domination thébaine s'est étendue
sur ces capitales du Delta à une certaine époque; on est alors
obligé de se demander si les Apopi sont antérieurs ou posté-
rieurs aux Sebekbotep, et si l'on a, pour placer les Apopi
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 39
cil dernier comme on le fuit généralement, des raisons so-
lides.
Or, l'étude des monuments ne fait ressortir aucune indica-
tion dans ce sens'^', et l'on remarque même qu'il serait extrê-
mement tentant de considérer l'hégémonie des Apopi comme
antérieure à la reconquête ihébaine des Sebekhotep, premiers
artisans d'une restauration dont l'action ne se serait plus arrêtée
jusqu'à l'avènement du Nouvel Empire. On observe en sens
contraire, à vrai dire, que les Sebekhotep ne sont pas les
ascendants directs des fondateurs de la XVllP dynastie, puisque
le grand'père — paternel et maternel — ■ d'Amosis n'avait pas
la qualité royale; mais ce ne serait pas un obstacle à la suppo-
sition d'une continuité dynastique. S'il faut se décider, en iin
de compte, à rejeter les Sebekhotep un peu plus haut dans la
série des événements, pour conserver aux Apopi la place que
leur ont toujours assigni'e les historiens, c'est uniquement
parce que les écrivains du Nouvel-Empire savaient que Apopi cl
Skenenre ont clé en guerre ensemble. C'est la première fois que
nous faisons intervenir la tradition ultérieure dans la détermi-
nation des faits historiques, et l'on se rend compte de la
grande sécurité dont nous trouvons le bénéfice, maintenant,
pour avoir débarrassé cette histoire d'Apopi et Skenenre, au
prix d'une longue analyse, des amalgames que la forme primi-
tive eut à supporter et notamment des éléments de l'histoire
d'Avaris qui y furent introduits de bonne heure; car nous avons
'') On serait trop heureux s'il était vrai, comme le croit Pioytc {Sur
quelques iiutaaiinmtH relatifs au (tien Sot, i863, p. lo, et La 7-eligion des pré^
isi-uélitiis, i8(J5, j). 89), que la gruiulo slaluo do Iviianolino Scliokliolep, au
Louvre, ([ui provient de la Rasse-K;|yple , poi'tàt le uani (VApupliiH jfriirr pnslr-
ricureinnnt ; n\ah il u'y»a là qu'un malcnteniiu , causé chez l'Ieyle par la lecture
(le M.uuKTTK, Lettre à M. Alf. Maury, dans Rev. arch., a° série, lll (>8()i),
p. ;539, où Mariette suppose par anaiojjie que cette statue royale pourrait avoir
(Hé usurpée comme l(!s sphinx d(? Tanis, et demande (pie la ( liose soit exa-
minée. Eu réalité, on n'eu a jamais remar(pié d'indice.
hO JANVIER-FEVRIER 1911.
appris ainsi que la guerre d'Apopi et de Skenenre est un élément
narratif d'ordre premier, non altéré encore ni combiné, et qui a
ainsi les plus grandes chances de représenter, dans l'ensemble,
la vérité historique. Il semble que sur cette base on puisse ad-
mettre que les Apopi furent contemporains des prédécesseurs
d'Amosis et qu'Amosis lui-même, dans sa conquête du Delta,
détruisit ce qui restait de leur puissance; mais on n'en a pas
d'autre preuve que ce témoignage thébain de date inconnue,
postérieur aux événements , et l'historien ne doit pas perdre de
vue l'espèce d'incertitude qui en résulte encore.
Certains indices de contemporanéité, cependant, résident
dans plusieurs analogies onomastiques, tout d'abord dans la
similitude de constitution du nom de S-ousir-n-re Khian avec
le nom de S-hen-n-re Tiouà et ceux de plusieurs rois, précé-
demment cités, du même groupe, S-nahhl-n-re , S-ouah-n-re,
S-ouaz-n-re : on se rappelle que nous avons également ren-
contré un S-J,hn-u-re dont les scarabées déterminent la place à
côté de Khian. Une analogie tout à fait du même ordre est celle
des noms solaires à' A-ken-n-re Apopi et de S-hen-n-re Tiouâ ;
elle a été souvent remarquée^''. L'argument historique à tirer
de là consisterait à supposer qu'à une époque déterminée, des
noms solaires semblablement composés se rencontraient au
C Voir par exemple Maspero, Hist., II, p. 76, n. 3 , et Ed. IMeïer, Gcuch.
il. Alt., I, 11 (1909), p. 298. W. M. Millier va beaucoup plus loin dans l'ana-
lyse de cette analogie nominale-, il fixe son attention sur la forme Tiouâ-Ken
du nom Tiouâ qu'on trouve quelquefois — commet d'ailleurs l'erreur de lire
Ti-d-knen, alors que le deuxième n, dans ce nom, ne se trou\e nulle part —
et pense que le nom ainsi écrit signifie ftcelui qui appartient à A-Kneiiy>, c'est-
à-dire le vassal d'Aknenre Apopi: interprétation qui prend sa source dans cette
idée historiquement injustifiée et probablement fausse, que les rois de Tlièbes
étaient soumis aux f Hyksôsn de Tanis jusqu'au jour où commença la guerre
de restauration. Signalons au passage, à la même place du mémoire de
W. M. Millier, la jolie explication de VApaklmas ou Pakh'nan qui voisine avec
Apophis dans la XV dynastie de la liste grecque : AkHen[re] = Uayvav ou
K-Knyyai, avec l'article, ou bien Ap\jypi\ .l/.;i(';»[rc] = kuayvoLv (W. M. Mi-li-er,
Die Ihjksôs etc., 1898, p. 17-18).
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 41
Delta et dans la Haute-Egypte, au sein de deux familles royales
que les circonstances devaient rendre ennemies mais auxquelles
il était arrivé de vivre en bons termes. Cette situation de division
«amiable 55 de l'Egypte en royaumes indépendants n'a rien d'in-
vraisemblable entre la XIP dynastie et la XVIIP, et l'on a con-
n;iissance, par les monuments, de quelques faits qui portent à
croire que les choses étaient effectivement organisées de la sorte.
Une fois admis que les Apopi et leur groupe précèdent im-
médiatement la reconstitution de l'Egypte par les Thébains de
la famille d'Amosisv il en résulte d'intéressantes conséquences
en ce qui concerne l'histoire de la domination de la famille
tanile. Puisque Skenenre Tiouâ, prédécesseur d'Amosis, avait
déjà assuré son autorité sur toute la Haute-Egypte depuis la
région d'Abydos jusques et y compris la principauté d'EIkab, et
qu'il est aussi bien que certain que les progrès de la monarchie
thébaine ne s'arrêtèrent plus ensuite, on voit qu'Aousirre Apopi
et Sousirenre Kliian, qui commandent à Gebelein, sont forcé-
ment de date antérieure. A leur époque, la puissance des Thé-
bains était anéantie, et c'est seulement ensuite qu'une renais-
sance thébaine fit rentrer dans les limites de la Basse ou de la
Moyenne Egypte d'autres Apopi avec qui Skenenre fut en lutte.
Aousirre Apopi et khian représentent donc l'apogée de la puis-
sance tanite que les Méridionaux devaient bientôt détruire.
(Test d'eux particulièrement, d'après les analogies des scarabées,
que sont contemporains les Iakeb-el et les Aura dont les noms
se rencontrent dans la région abydénienne, et cela confirme ce
que nous avons induit un peu plus haut de la participation
active de ces Asiatiques à la conquête du Sud. D'autre part, la
date qu'on vient d'assigner aux événements quelque lemps
avant la XVIII" dynastie, c'est-à-dire vers i65o ou iG-jo '*, est
C L'aviînoment d'Amosis eut lieu en i58o, el l'on n'est certainement j)as
loin (le la véritô en plaçant l'apojjée (1<' In |iiiissaiire des Apopi une rincpianlaine
d'années auparavant.
42 JANVIER-FKVRIER 1011.
SUsceptiLle d'éclairer le difficile problème de l'origine de ces
étrangers et des circonstances qui les conduisirent en Egypte,
si l'on observe, avec Is. Lévy'^', que cette date peut coïncider
avec celle d'un grand mouvement de peuples dirigé de l'est à
l'ouest, et qui vers cette époque recouvrit le plateau égypto-
syrien d'un flot de population nouvelle.
Il s'agit de l'arrivée des «Hébreux 55 dans cette zone, et parti-
culièrement de l'installation des Edomites dans le Seir, qui est
le grand steppe compris entre le 0. Arabab, la mer Morte et
la frontière égyptienne, et dont la population antérieure n'était
pas «bébraïquew. Les documents égyptiens du Moyen Empire
où des Asiatiques sont nommés, relations d'expéditions, in-
scriptions des mines sinaïtiques, histoire de Sinoubit, montrent
qu'il n'y a encore dans la région égypto- syrienne, à cette
époque, que ces «Horites, fds de Seir» aborigènes sur lesquels
nous sommes renseignés par les listes etbnograpbiques de la
Genèse; et comme d'autre partie nom des Edomites paraît dans
un document égyptien de ré[)oque ramesside (règne de
Séti II) '-^ on voit que l'invasion a forcément eu lieu après la
XII" dynastie et un temps plus ou moins long avant la date de
iqSg : les limites chronologiques ainsi obtenues sont très
largos ou relativement étroites suivant qu'on adopte la chrono-
logie courte, qui place la fin de la XIl" dynastie en 1788, ou la
plironologie longue, qui la met un milHer d'années plus baut.
Nous voulons, pour l'instant, laisser complètement de côté
cette difficile question de chronologie égyptienne, qui d'ailleurs
serait sans influence, même résolue, sur la détermination de
la date de l'invasion édomite. Le peu qu'on arrive à induire à
€6 sujet résulte, en efîet, de la relation de la Genèse, oii l'on
trouve, à la suite du tableau des clans horites qui existaient en
C Is. Lkvv, Lex Hiiriles, Ednm el Jacnh etc., dans Rev. des Et. juives, LI,
(iQoG), |). 3a-r)i.
^^' Auastaiii 0 , vi, l 'i.
(
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. A3
Seir à l'origine''', une liste des chefs édomites qui régnèrent
dans le pays avant les rois d'Israël f^), c'est-à-dire sans doute
avant David; et comme la liste comprend huit noms, on peut
admettre que le plus ancien des rois édomites désignés appar-
tient au xiif siècle, c'est-à-dire au temps même où quelques
Edomites sont signalés sur la frontière égyptienne par les ofti-
cicrs de Séti II. On retrouve donc ainsi la limite chronologique
inférieure déjà rencontrée. Quant à la limite supérieure déter-
minée par la fin de la Xll' dynastie, — plus exactement par la
rédaction un peu plus tardive de l'histoire de Sinouhit, — elle
s'évanouit, pratiquement, comme trop éloignée et évidemment
inutile, car qu'il s'agisse des quinze siècles de la chronologie
longue ou des cinq de la chronologie courte ainsi délimités en
amont du plus ancien roi édomite. même la plus petite de ces
leux durées est hcaucoup trop longue pour qu'on puisse sup^
poser que la période de l'Edom antérieur à la royauté l'a rem-
plie. En réalité, deux ou trois siècles de formation nationale
durent suffire, ce qui conduit à placer l'installation édomite en
Seir aux alentours du xvf siècle. C'est ici qu'intervient l'hypo-
thèse d'Is. Lévy, qui croit pouvoir préciser la date de l'événe-
nement en le considérant comme en relation avec l'entrée des
lakeh-el et des khian en Egypte au xvn'' siècle : non pas assu-
rément que ces chefs de trihu et leurs gens fussent Iî]domites,
mais, qu'on les suppose apparentés aux Ghananéens de Pales-
tine ou aux anciens Ijorites du Seir, ils étaient poussés en
avant par la montée des Edomites qui surgissaient du ouadi
Arahah. Il faudrait encore, de plus, rattacher au même mou-
vement de peuples l'installation sur la frontière d'P]gypte, en
Gosen'-*\ des ancêtres d'Israël, parents très proches des Edo-
O Gtlll., XXXVI, 20-:'.S.
('-> (ii'ii., xjrxvi, ;îi-3(). '
(') Pour l'liisl(iri(il('' |)ossiliIn fin sôjoiir on GosiMi. so roporler à co (|ni est
dit au pmôcicnl chapitre, à propos des laLi'ù-lioi; etc. cl de leurs uionunienls.
44 JANVIER-FEVRIER 1911.
mites'*', en ayant soin de distinguer soi^peusement ce Jacob-
Josepli israélite de l'autre Jacob qui, placé en avant-garde,
entrait résolument en Egypte, s'y faisait une place et très pro-
bablement nen. devait jamais revenir.
Cette théorie extrêmement séduisante a le double avantage
de préciser la chronologie de l'invasion hébraïque en fixant au
xvii" siècle la survenue des Edomites en Seir, et d'expliquer la
pénétration des Asiatiques dans l'Egypte désorganisée de cette
époque, en la rattachant aux mouvements dont l'impulsion
venait du fond de l'horizon oriental. On aurait peine, cepen-
dant, à se représenter sous une même figure les Barbares in-
cultes qui surgissaient de la grande Arabie, et les immigrés en
Egypte dont les chefs, si fièrement, devaient s'y déclarer
princes souverains; ces Iakeb-her, khian. Aura, Ant-her, Cha-
nanéens par leurs noms et certainement voisins de l'Egyple
avant le début du mouvement, avaient subi l'influence égyp-
tienne pendant de longs siècles, et c'est chez eux, dans le
steppe égypto-syrien sans doute et non en Palestine, que les
rois de la XII' dynastie avaient parfois porté la guerre''^*. Ces
nomades, arrivés peut-être à un certain degré d'organisation
nationale, poussés par l'afflux des populations nouvelles sur
leurs pâturages, encouragés par la faiblesse des rois de Tanis
ou de Bubaste qui toléraient leur infiltration, résolurent un jour
de se transporter en masse en Egypte pour y vivre à la manière
égyptienne : de même les Israélites de Kadesh, un peu plus
tard , devaient aller conquérir en Palestine leur installation sé-
dentaire. Ceux qui passaient l'isthme, cependant, ne songeaient
point à hi folle entreprise d'une conquête; leur installation fut
probablement consentie par le roi de la Basse-Egypte, exacte-
'') Unfi tradiiion ancienne place l'élablissemcnt des Edomites en Seir au
temps d'Esaii, (ils de Jacob {Gen., xxxii, 'i; xxxiii, 16; Josué, \^f_, 4).
<^' Senousril III, d'après l'inscription connue d'AI)ydos, Garstang , Kl-Arabah,
pi. IV, V; cf. VVkili, dans Sphinx, VIII, p. 1 et suiv.
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. -45
ment comme les concessions de terres que les Barbares obte-
naient des Romains du iif siècle, et à charge pour les nou-
veaux venus de barrer la frontière qu'on venait de leur ouvrir.
Dès le premier jour, à ce qu'il semble, les chefs étrangers
eurent le pouvoir de s'arroger des droits souverains sur les ter-
ritoires concédés, et cette situation privilégiée fut de nature à
grandement faciliter le cours inévitable que prennent les évé-
nements dans des circonstances semblables. Les Asiatiques
alliés furent employés à la garde du roi, à la police du terri-
toire, ils arrivèrent aux fonctions éminentes, et un jour les
Apopi indigènes furent à tel point dans leurs mains qu'un
étranger devint roi , ou que le fds d'un roi reçut le nom d'un
chef des étrangers. C'est sous leur influence, peut-être, et en
tout cas avec leur concours matériel, que les Tanites s'empa-
rèrent de la Thébaïde; et il n'est pas douteux que les princes
asiatiques surent tirer un bon parti pour eux-mêmes de la
conquête.
Deux au moins des rois du JNord, Sousirenre Khian et
Aousirre Apopi , régnèrent ainsi sur l'Egypte entière. Leur do-
mination était-elle beaucoup plus que nominale, à côté des
étrangers qui jouaient les Pharaons dans les principautés an-
tiques ? Aousirre , qui bâtit à Gebelein . s'appeHe « roi du Nord »
sur certains scarabées, et se rabaisse ainsi jusqu'à être l'égal
d'Anra. Dans le désordre et l'extrême morcellement politique
que l'on devine, il se peut que la royauté ihébaine soit arrivée
à se maintenir et à garder une petite place, jusqu'au jour où
les Méridionaux, s'étant ressaisis, engagèrent contre les Ta-
nitts et leurs alliés étrangers une lutte qui devait rapidement
devenir victorieuse. Nous ne savons si elle était déjà commencée
lorsque arriva stir le trône de Thèbes Skenenre Tiouâ, dont les
guerres avec les Apopi ne nous sont connues que par l'écho
d'une tradition romanesque du Nouvel Empire, mais (jui régna
certainement avec bonheur, puisqu'à son époque la Thébaïde
46 JANVIER-FÉVRIER 1911.
était déjà reprise jusqu'en aval d'Abydos, et puisque son fils
Amosis eut les moyens, dès son avènement, de poursuivre la
lutte. Eut-il encore affaire avec les Apopi? La relation d'Ahmès
d'Elkab, qui raconte avec un certain luxe de détails la cam-
pagne d'Avaris et la prise do la ville, garde le plus discjet
silence sur les ennemis exécrés qui étaient dans ses murs, de
sorte qu'on ne sait si elle fat le dernier refuge de la monarchie
légitime de la Basse-Egypte, ou simplement l'une des dernières
places 011 quelque baron, indigène ou asiatique, défendit son
indépendance seigneuriale. On croit seulement apercevoir que
parmi les défenseurs que les Méridionaux réduisirent en escla-
vage, il y avait des Asiatiques; le même Ahmès d'Elkab, qui
eut pour sa part de butin un homme et trois femmes, nous
donne dans son tombeau l'étal nominatif complet des 1 9 es-
claves des deux sexes qu'il obtint au cours des campagnes
diverses auxquelles il avait pris part, et dans cette liste, ainsi
que l'a reconnu W. M. Millier'*', on distingue sous les n"' 1/1,
1 5 et 16 trois femmes aux noms sémitiques ou demi-égy|)tia-
nisés qui ont toutes chances d'être les trois Avaritcs. Le fait
n'a évidemment pas une grande signification en ce qui con-
cerne la situation politique d'Avaris au moment du siège. Tout
h fait indépendamment de cela, d'ailleurs, il est certain que
la ville était importante, — on rencontre son nom sur des
monuments de Tell-Mokdam, au centre du Delta, et de Tanis,
et l'on arrive à induire qu'elle pourrait être Héliopolis même'-';
— sa prise marqua la fin des opérations sur le territoire
égyptien, puisque aussitôt après Amosis put les pousser au
delà de l'isthme.
A part le siège et la prise d'Avaris on ne sait rien de plus,
0) w. M. MiJLLKR, Die Ihjksôs etc. (1898), p. 8-10.
(-) Voir ce qui est dit à ce sujet plus liant, même section, chap. 11, à pro-
pos de Ha-nuarit snr un monument d'Akncnre Apopî, et auparavant, section I,
chap. IV, S IV.
LES HYKSOS ET LA nESTAlJRATlON NATIONALE. A7
Cil somme, sur la conquête du Nord par Amosis et ses ancêtres ^
que sur ia conquête du Sud par les Apopi qui avait eu lieu
un certain temps auparavant, ou que sur cette première con-'
quête du Delta qu'avaient menée à bien les Sebekhotep de
Thèbes. Par ce qu'on entrevoit de la situation chaotique de
l'Egypte, au temps du triomphe des Apopi, on comprend que
les victoires ainsi remportées par les rois du l\ord ou du Sud
fussent éphémères, et l'on admire davantage Amosis d'avoir
fait œuvre durable. Le mérite, d'ailleurs, n'en appartient pas à
lui seul, et la reconstitution de l'Egypte entre ses mains n'est
que l'aboutissement d'un long effort qui ne s'était jamais inter-
rompu, à Thèbes, depuis le lendemain du jour où les débiles
successeurs de la XII' dynastie avaient laissé se briser l'unité
égyptienne. On rencontrera, à l'étude attentive des monuments
et des faits qu'ils nous apportent, de nombreux indices de ce
sage et patient travail do reconstruction nationale. Pour le
moment, nous avons encore le devoir de fixer notre attention
r
sur l'Egypte restaurée , acheminée vers tous les triomphes sous
l'autorité des descendants d'Amosis, pour comprendre comment
les hommes du Nouvel Empire se représentèrent la période
antérieure, et dans quels termes ils racontèrent l'histoire de
leurs adversaires malheureux.
Il importe de no pas perdre de vue que cette histoire, dans
la seule forme où nous la connaissons par les lambeaux qui
nous sont parvenus, fut élaborée à Thèbes, dans un milieu où
la défaite par les Septentrionaux et l'éphémère, mais humiliante
domination des Tanites et de leurs auxiliaires asiatiques, ne
pouvaient avoir laissé qu'un de ces souvenirs dont l'évocation
appelle des paroles d'exécration obligatoires. Bien que grandie
encore par l'éioigdemcnt, la catnstrophe ne fut pas cependant
racontée d'une manière très différente de la vérité historique.
On savait que les Asiatiques avaient dominé en Basse-Egypte,
on les traitait de Barbares, ce qui était exact, et do dévasta-
48 JANVIER-FEVRIER 1911.
leurs impies, calomnie excusable de la part de gens qui avaient
souffert d'une occupation militaire et de ses inévitables ru-
desses. On se rappelait très vivement, d'ailleurs, le dernier
épisode de la grande guerre, Avarjs prise et Amosis libérateur,
dont le souvenir tendait à rejeter dans l'ombre les événements
qui avaient précédé, les Septentrionaux maîtres de Thèbes, les
premiers eflorts pour l'affrancbissement , peut-être même les
Apopi qui à l'époque du siège d'Avaris avaient disparu ou ne
jouaient plus qu'un rôle secondaire : ainsi sortaient en lumière,
au moins dans l'une des histoires qui avaient cours, les Asia-
tiques et Amris, les deux éléments principaux de l'épopée
d'Amosis telle qu'elle était dite aux premiers temps du Nouvel
Empire. Rappelons encore que nous ne possédons de cette his-
toire originale que des lambeaux, défigurés, hachés, trans-
posés plus tard à la gloire d'Hatshopsitou, de Mineptah, de
Sitnckht, ou utilisés dans un autre récit des origines de la
monarchie, celui de la guerre d'Apopi et de Skenenre.
11 n'est pas douteux que les guerres des Apopi avec les pré-
décesseurs d'Amosis se racontaient en même temps que la lutte
victorieuse d'Amosis contre Avaris, et dès le début de la
XVIIP dynastie trouvaient place dans un même cycle épique.
Toutefois, dans la forme la plus ancienne que nous arrivons à
extraire de la combinaison de Sallier i, et que nous sommes
bien forcés jusqu'à nouvel ordre de considérer comme sa forme
primitive, l'histoire d'Apopi et de Skenenre est de composition
notablement postérieure à celle des Asiatiques et d'Avaris,
comme on le voit par ceci, que dans l'histoire d'Apopi, cet
ennemi du roi de Thèbes est séthieti, abominable et dangereux
parce que séthien, et qu'ainsi il apparaît que la narration fut
organisée sous l'influence des idées qui régnaient au temps où
le culte de Sit était proscrit, et le dieu poursuivi jusque dans
les cartouches royaux de la XIX* dynastie oii figurait son
image. C'est sous la XX" dynastie, vraisemblablement, que
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 49
CL-lle persécution de Sit eut lieu. Il semble qu'à la même épo([ue
l'histoire d'Apopi et de Skencnre, de toute évidence plus an-
cienne, fut rédigée à nouveau, avec une explication nouvelle
de la détestable attitude du roi du Nord, qui dans la narration
antérieure n'était problemcnt l'ennemi des dieux de l'Egypte
que parce qu'il était l'ennemi des Thébains, et de la même
manière que les Asiatiques de l'histoire d'Avaris étaient des
destructeurs de temples; le rédacteur de la XX'' dynastie ag-
grava cela d'une intention malveillante plus précise, en déci-
dant que c'est comme fidèle du dieu abominable ([u'Apopi était
entré en lutte avec le roi de Thèbes.
On remarque, d'ailleurs, que dans celte accusation de sé-
thisme il n'y avait rien que de conforme à l'exacte vérité histo-
rique. A l'époque des Apopi, Sit était un des grands dieux de
la Basse-Egypte, comme il ressort des monuments d'Akncnre
et de Nehsi à Tanis et à Tell-Mokdam , oii le nom du dieu fut
martelé par les mêmes réformateurs, sans doute, qui le détrui-
saient et mutilaient les cartouches du roi Seti dans tout le reste
de l'Egypte. De la part des scribes de la XX" dynastie, il n'y
eut donc pas calomnie vérit;ible, mais seulement contresens
historique, assez analogue à celui que commettent les historiens
d'aujourd'hui lorsqu'ils supposent que Sit était un dieu diîs
Asiatiques et que son culte pénétra dans le Delta avec l'inva-
sion'". Il est bien probaI)le au contraire, d'après ce que nous
sommes arrivés à comprendre de ces étrangers et de la manière
dont leur entrée en Egypte fut consentie et effectuée, qu'ils
n'avaient pas le moins du monde l'ambition d'enrichir le pan-
théon égyptien; tout au plus pourrait-on supposer, comme on
l'a l'ait (|nel(piefois, ([ue dans le Sit égyptien ils crurent recon-
naître quelqu'une dé leurs divinités guerrières. Sit, on le sait bien,
est aussi vieux que les plus vieilles idées religieuses de l'Egypte,
(') Voir en dornicr lieu Ed. Mkyer, Gesch. d. Alt., I, ii (1909), p. aSa-aS.l,
392-993.
XVII. A
I vrKiwi Kl» « ^tiu:*kLl.
60 JANVIER-FÉVRIER 1911.
et l'origine étrangère du dieu, à Tanis, est une hypothèse que
ne justifie pas suOisamment l'absence de son nom sur les mo-
numents de la XIP dynastie dans celte ville. Cette idée de Sit
étranger est d'ailleurs une conséquence de la' traditionnelle
confusion des Apopi avec les immigrés asiatiques, et elle dis-
paraît aussitôt qu'on restitue aux Apopi, adorateurs de Sit, leur
vrai caractère de Pharaons indigènes.
Cette confusion est d'ailleurs d'époque ancienne, et l'on vse
demande si au temps même de la XX" dynastie elle n'était pas
en train de s'accomplir^ lorsqu'on voit, au papyrus Sallier i,
des fragments de l'histoire des Asiatiques et d'Avaris être Uti-
lisés pour le début de l'histoire d' Vpopi et de Skenenre, créant
une localisation d'Apopi dans Avaris que la tradition antérieure
ne connaissait pas. Ainsi, de plus en plus, Avaris devenait le
théâtre de tous les épisodes de la grande guerre dont le sou-
venir subsistait, la capitale des ennemis du Nord depuis l'ori-
{jine; et en joignant à cela qu'Apopi était en passe de se con-
fondre avec l'envahisseur asiatique, dont la réputation de
brûleur de temples et de villes était bien établie, on voit qu'à
la lin de la période thébaine on avait déjà tous les éléments de
l'histoire de l'invasion telle que la tradition grecque, plus tard,
devait la recueillir. Des détails que possède en plus la tradition
grecque, le plus caractéristique consiste dans un nom, celui
des Hyksàs, qui était certainement de provenance hiérogly-
phique et désignait les Asiatiques dans quelque récit, perdu
pour nous, de l'histoire d'Avaris ou d'un autre épisode de la
grande guerre; il est |)robable, comme nous avons vu, que
hyksàs est la transcription grecque du titre /«?/.' khasitoti qui
désignait les chefs étrangers et dont ils aimaient à se parer sur
leurs scarabées hiéroglyphiques. La conservation du mot n'est,
cependant, que remarquable et curieuse. Une circonstance in-
finiment plus importante est qup la tradition grecque sait très
bien que les Septentrionaux. — des Hi/ksos asiatiques, croit-on
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 51
alors, et dont les Apopi sont supposas les rois, — ont été à
un moment donné les maîtres de l'Egypte entière; el comme
ce fait historique, démontré par les monuments d'Aousirre et
de Sousirenre à (iebelein, n'a pu arriver à la connaissance des
Alexandrins que par le canal des traditions d'époque thébaine,
on voit qu'il devait s'être constitué au temps du Nouvel Em-
pire, non seulement une collection de récits épiques sur la
Restauration et les restaurateurs, mais aussi une véritable his-
toire de la catastrophe qui avait précédé la revanche de Thèbes.
C'est une singulière destinée que celle des traditions thé-
haines sur les Asiatiques envahisseurs, leur séjour en Egypte
et leur expulsion. Elles passent, sous diverses formes, chez les
Alexandrins et judéologucs 73 qui y retrouvent avec bonheur le
témoignage du séjour d'Israël en Egypte, et les transposent en
récits çt philosémites w ou « antisémites ?? de l'Exode; ces combi-
naisons judéo-alexandrines, sans lesquelles nous ne saurions
seulement pas qu'il y a eu des «Hyksùsw en Egypte, sont re-
cueillies ensuite par l'Egyptien Manéthon, qui écrit l'histoire
de son pays sans nul souci des choses d'Israël, et de qui nous
ne connaîtrions pas une ligne de narration si le Juif Joséphe,
(jui discute l'histoire d'Israël en Egypte, ne le citait longuement
en même temps que les autres dépositaires des histoires alexan-
drines de l'Exode. Ainsi l'écho de l'antique tradition thébaine
a été sauvé pour nous, deux fois, par l'ardeur polémistiquc
des apologistes d'Israël et de leurs adversaires. On se demande
s'il faut s'en féliciter, lorsqu'on songe aux néfastes et indéra-
cinables malentendus que les llyksôs de Manéthon ont intro-
duits dans l'histoire moderne; et l'on est tenté de croire qu'il
eiU mieux valu que la tradition grecque, en cet endroit, eut
péri tout entière, laissant leur liberté aux égyptologues pour
reconstrune riiistoirc des rois de Tanis et des Asiatiiiues, len-
tement et sainement, d'après les monuments conlemi)orains et
les Iraditiojis du Nouvel l^]nq)ire.
A.
52 . JANVIER-FEVRIER 1911.
Remarquons, cependant, que la tradition grecque n'est cou-
pable par elle-même que d'un très petit nombre d'erreurs
nouvelles. Si nous revenons pour un instant à la meilleure de
ses formes anciennes qu'on arrive à extraire du texte de Mané-
ihon et des Alexandrins, c'est-à-dire à l'histoire des Hyksôs
débarrassée de l'histoire de l'Exode à laquelle elle fut cousue
par le Grec judaïsant chez qui Manéthon la trouva, nous ver-
rons que beaucoup des circonstances du récit ainsi dégagé sont
historiquement exactes : présence et domination des Asiatiques
en Egypte, soumission des indigènes (les Thébains seulement,
en réalité, subirent cette défaite), revanche et victoire finale
des Egyptiens; et nous n'aurons à signaler à côté, comme
erreurs très grosses, que l'irruption violente des Asiatiques,
qui, en réalité, entrèrent sans doute comme concessionnaires,
mercenaires et alliés des rois de la Basse-Egypte, la relégation
dans leurs rangs des Apopi, qui sont en réalité des Pharaons
indigènes, enfin les accusations de dévastation et d'impiété
portées contre les étrangers, qui eurent en réalité le seul tort
de marcher en armes contre Thèbes. Mais la thèse des Asiatiques
dévastateurs triomphait déjà , nous l'avons vu, sous la XVII 1*" dy-
nastie, et la confusion des Apopi avec les Asiatiques était tout
près d'être accomplie à la fin de la XX"; quant au récit de l'in-
vasion et de la conquête, il n'est pas interdit de croire qu'il
avait déjà pris forme au début du Nouvel Empire, et qu'il
provenait simplement d'une extension injustifiée à l'Egypte en-
tière de ce qui s'était réellement passé dans la Thébaïde.
Si la tradition dite matiélhoineiinc a entraîné les fâcheux ré-
sultats qu'on sait, ce n'est donc pas que l'histoire, de la XX^ dv-
nastie à l'époque grecque, fût devenue essentiellement plus
mauvaise; elle était seulement plus nocive pour les modernes
parce que toutes les erreurs déjà développées ou encore en
germe dans les relations du Nouvel Empire, se trouvaient, dans
la rédaction grecque, coordonnées, bien mises en place et
LES HYKSOS ET LA RESTAURATION NATIONALE. 58
comme cristaliisées dans un récit d'apparence homogène, qui
recevait une sorte de confirmation de ses concordances avec des
faits historiques certains, les Apopi des monuments, la prise
d'Avaris de l'inscription d'Elkab. Les témoignages thébains,
dans l'état de défiguration et d'extrême misère où ils nous sont
parvenus, n'auraient jamais exercé une action fallacieuse com-
parable à celle de cette relation suivie, dont Tinlluencc sur
l'égyptologie du xix* siècle fut si forte que les meilleurs des
historiens ont persisté, jusqu'à cette heure, à accepter ses
erreurs fondamentales, et qu'il s'impose à notre patience, au-
jourd'hui, de déblayer les malentendus amoncelés par les Egyp-
tiens antiques et leurs historiens modernes, pour arriver à
une restitution plus exacte des choses.
LES
DÉBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE,
PAR
M. A. FOUCHER.
Le bouddhisme est un fait historique ; seulement il n'est pas
encore complètement rentré dans l'histoire : cela se fera tôt ou
tard. En attendant, la période de ses origines demeure, il faut
l'avouer, passablement obscure. Pour surcroît de ditliculté, le
peu que nous croyons savoir de l'état social et politique de
l'Inde aux temps qui l'ont vu naître, nous ne l'avons guère
appris que par son intermédiaire; et ainsi le cadre n'est pas
mieux fixé que le tableau. Mais la tâche, pour être ardue, n'est
pas irréalisable. Le v" siècle avant notre ère n'est pas d'une
antiquité si reculée qu'il doive toujours se dérober aux re-
cherches archéologiques; entre la mort du Buddlia et les pre-
miers renseignements qui nous ont été transmis sur son compte
l'intervalle n'est pas à ce point considérable que nous ne puis-
sions nous flatter d'entrevoir au travers la véritable physio-
nomie de l'œuvre, sinon — conformément au vœu pieux, njais
trop tardif, des générations postérieures -^— le r^: vrai visage v de
l'ouvrier. Cet espoir est encore plus assuré, et l'ambition moms
hardie, quand il s'agit des débuts de l'art bouddhique. L'appa-
rition de ce dernier est un phénomène relativement tardif,
piiis(ju'il suppose non seulement le développement de la
communauté des moiiujs, mais encore une cerlaine orga-
nisation du culte piiruii les fidèles laïques. Si parmi les |)ro-
diii-tions de cet art les sculpture.^ ont prescpie seuhis survécu,
nous avons du moins conservé, notamment dans les bas-reliefs
intitulés de IJarhul, des documents de tout preinicu' ordre.
56 JANVIER-FEVRIER 1911.
Assurément les pierres sont peu loquaces : mais elles ra-
chètent leur mutisme par l'invariabilité d'un témoignage qui
ne saurait être suspect de remaniement ni d'interpolation.
Grâce à leur grain merveilleux, e.lles sont aujourd'hui telles
qu'elles sortirent, il y a deux mille ans, des mains des ima-
giers (^râpa-hirakay., et nous pourrons bâtir sur ce fondement
immuable des inférences plus rigoureuses que sur le sable
mouvant des textes. Dans le jeu toujours mobile et changeant
des doctrines, nous ne sommes jamais tout à fait certains
que la séquence logique des idées soit exactement parallèle à
la succession historique des faits. Au contraire, le carac-
tère routinier de toute technique manuelle nous permettra
de relever avec sécurité, dans les monuments qui sub-
sistent, la trace matérielle des procédés qui durent être an-
térieurement en usage : inversement, et par une sorte de
contre-épreuve, l'exactitude de ces postulats se vérifiera à ceci
qu'ils seront seuls en état de nous rendre un compte satisfai-
sant du caractère souvent baroque de ce que nous avons con-
servé. Toutes ces raisons nous paraissent justifier la tâche que
nous avons entreprise. Dans l'assaut livré de divers côtés aux
origines du bouddhisme, nous croyons même que l'effort pour
remonter jusqu'aux débuts de son art est, parmi tous les tra-
vaux d'approche, celui qui a pour l'instant le plus de chances
de succès.
I
A la vérité aucun des monuments actuellement connus,
édifice ou sculpture, ne nous fait remonter plus haut que la
dynastie des Mauryas. Est-ce à dire que l'art ait été créé de
toutes pièces dans l'Inde, vers l'an 260 avant notre ère, par
un décret de l'empereur Açoka? Il va de soi qu'il serait absurde
de le croire. Dès les temps védiques, la civihsation indienne
avait à sa disposition les services non seulement du char-
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 57
pentier, du charron, du forgeron, du potier, du tisserand et
autres fabricants d'objets de première nécessité, mais encore
de ceux que nous appelons des ouvriers d'art, peintres, or-
fèvres, sculpteurs sur bois ou sur ivoire. Si les textes n'étaient
pas là pour nous le dire en toutes lettres, le témoignage des
seuls monuments conservés sutlirait à l'établir. Fergusson a
prouvé une fois pour toutes que les plus vieilles constructions
de pierre, par la façon servile dont elles copient des dispo-
sitions et des assemblages de charpente, attestent l'existence
antérieure d'édifices en bois. D'autre part — nous le savons
de source certaine par une inscription explicite — ce sont les
ivoiricrs de Vidiçâ qui ont ciselé, dans le voisinage immédiat
de leur ville, l'une des portes monumentales de Sànchi. Il
saute d'ailleurs aux yeux que les bas-reliefs, si fouillés et si
bien polis, qui sont pour nous les premiers en date, ne nous
présentent nullement des essais de débutants, mais des œuvres
de sculpteurs dès longtemps rompus à leur métier et qui
changent de matière, non de technique. Toute la transfor-
mation qui s'est opérée au m" siècle avant notre ère se borne
à la substitution, dans les fondations religieuses et royales, du
règne de la pierre à celui du bois. Malheureusement il n'est
pires conditions climatériques et historiques que celles de
l'Inde pour la conservation des monuments. Tout ce qui était
en bois était d'avance condamné à tomber en poussière; tout
ce qui était en pierre, et que le climat eut épargné, le vanda-
lisme de l'homme en a eu presque entièrement raison. Ainsi
s'explique que les plus anciens vestiges de l'art bouddhique
soient à la fois si tardifs et si rares. Si nous laissons de côté
aussi bien les grands piliers monolithes, chers à Açoka , (pic
les hypogées creusés pour le bénétice de toutes les sectes reli-
gieuses partout où la formation géologicpie di's roches s'y
prétait, nous ne trouvons guère à relever à Heur de sol, et en
attendant des fouilles plus suivies, que les débris des balus-
b8 JANVIER-FEVRIER 191 1.
tiades de Bodh-Gaya et de Barhut et les quatre portes de
Sànchi. La mention inscrite sur la première des rois Brahma-
mitra et Indramitra, sur la seconde de la dynastie des Çungas,
et sur Tune des troisièmes du rèyne de Sâtakani suffit à les
-
dater en gros, mais avec certitude , du n" siècle avant notre ère.
C'est sans doute à la même époque qu'il faut rapporter, si l'on
en juge parleur style, les plus vieux fragments de balustrades
e.vhumés tant à Amaràvati qu'à Mathurà. Si à ces quelques
épaves de sculptures nous ajoutons les restes des peintures les
plus archaïques d'Ajantà, nous aurons vite fini de dresser le
catalogue de ce qu'on peut appeler ■ — par opposition avec l'école
plus récente, et beaucoup plus pénétrée d'intluenees étran-
gères, de la frontière du Nord-Ouest — l'école indigène de
l'Inde centrale.
Allons droit au trait le plus frappant de cette vieille école
bouddhique. Bien connu des spécialistes, il ne laissera pas
que de surprendre les lecteurs non avertis. Quand nous trouvons
en pleine production les anciens tailleurs de pierre de l'Inde,
nous constatons qu'ils sont en train de tenir très induslrieuse-
ment cette étrange gageure de représenter la vie du Buddha
sans le Buddha. C'est là un fait que, si invraisemblable qu'il
soit, Gunningham a mis depuis longtemps en lumière. Il est
établi sur le témoignage écrit des artistes eux-mêmes. Ceux
de Barhut noua avertissent par une inscription que tel ou tel
personnage, à genoux devant un trône, «rend hommage au
Bienheureux 55 : or, sans exception, le trône est vide; tout au
plus un symbole indique-t-il l'invisible présence du Buddha ''^
Les dernières recherches n'ont fait qu'étendre à nos yeux le
champ d'application de cette règle constante; elle est valable
pour les années qui ont précédé comme pour celles qui ont
suivi la Sambodhi, pour la jeunesse comme pour la vieillesse
'•> A. CuNNiNGHAM, Siùpa (if Barliul , \)\. Xltl-XVII.
LES DEBUTS DE LWRT B0UDDH1Q[JE. m
du Maître. La façade du liuleau médian de la porte orientale
de Sânchi illustre son départ à cheval de sa maison: vide est le
tapis brodé qui sert de selle à sa monture^''. Un médaillon de
Bodh-Gayâ figure sa première méditation : vide est le siège
devant lequel le laboureur traditionnel pousse sa charrue ^"^l
Des panneaux d'Amarâvatî nous montrent sa naissance et sa
présentation au sage Asita ; seuls ses deux pieds — transcrip-
tion idéographique directe de la formule qui servait dans
l'Inde à désigner respectueusement une «personnes —
marquent les langes sur lesquels ici les dieux, et là le vieux
risi sont censés le recevoir dans leurs bras^^^. Ce choix
d'exemples suffit à démontrer que les vieux sculpteurs indiens
se sont absolument abstenus de représenter aussi bien le Bo-
dliisattva que le Buddha au cours de sa dernière existence
terrestre **l Tel est le fait anormal, mais indiscutable, dont
toute histoire de l'art bouddliique devra commencer par rendre
compte.
Pour autant que nous sachions, il n'en a pas été donné
jusqu'ici d'explication pleinement satisfaisante. Tout le premier,
nous avons cherché à nous tirer tant bien que mal d'affaire en
supposant, do façon aussi gratuite qu'évasive, que l'ancienne
école ou bien n'avait pas voulu, ou bien n'avait pas pu figurer
le Bienheureux : aucune de ces deux raisons ne nous paraît
plus avoir la moindre valeur probante. Parlerons-nous d'inca-
pacité? Assurément on conçoit que la réalisation concrète de
<') La porta orienlalo df Sdiicki (Bibl, de vulgarisation du Musée (uiiniet,
l. XXXiV, 1910), |i. i>Ji et |). 70 du tirage à part.
''^' Arl gréco-lioiiddlnijui' (li( (landliàrd , dj'^. 177 et [). 3i5.
(•^' Voir dans i'e calior du Brilisli Muséum les n"' iA et 48, ou J. Fhuciisson,
Trfio and Serpent IFwsAyj, pi. XCl, /i , el LXI, a.
''"' Ajoutons, pour ôlro tout à fait exact : «du inoinH sous la loruie Im-
niiiiiKi'i, rar ou sait (ju'iiii l)as-ri'lief de Barliul roprésonle le Bieuiieureux
descendant dans le sein de sa mère sous la lornio d'un élépliant (cl', plus lias,
p. 73).
60 JANVIER-FEVRIER 1911.
l'image du ç^Buddha parfaitement accompli 7? ne fût pas chose
aisée : et la difliculté ne pouvait qu'aller croissant avec les an-
nées, à mesure que l'on s'éloignait du temps du Maître et que
sa figure s'estompait davantage dans les brumes du passé.
Mais il ne faudrait pas non plus se faire une opinion trop mé-
diocre du talent des vieux imagiers: et, où l'argument devient
d'ailleurs tout à fait caduc, c'est quand on tente de l'appliquer
à la jeunesse du Buddha, Ou'était-il en effet jusqu'au moment
de sa fuite hors de sa ville natale, sinon un çr prince héritier»?
Or le type du rûja-humâra est courant sur les portes de Sân-
chi comme sur la balustrade de Barhut'^'; quel empêchement
matériel y avait-il à s'en servir pour figurer le Bodhisattva?
Cela, il est clair qu'on le pouvait, et pourtant on s'est bien
gardé de le faire. Retomberons-nous alors sur l'autre branche
du dilemme et dirons-nous qu'on ne l'a pas osé ? Assurément
les plus graves membres de l'ordre ont dû longtemps retenir à
la lettre la forte parole que «le Maître disparu, la loi reste'-'»,
et nous sommes tout prêt à croire que seule elle importait
pour eux: le révérend Nâgasena enseigne encore au roi Mé-
nandre que le Bienheureux n'est plus désormais visible que
que sous les espèces du (1harinakàya^^\ du «corps de la doc-
trine»; mais de prohibition expresse des images, nous n'en
avons pas connaissance dans les textes. Depuis quand, d'ail-
leurs, et en quel pays la dévotion populaire s'embarrasse-t-elle
des scrupules dogmatiques des docteurs? Ce n'est assurément
pas dans l'Inde ancienne : car autrement on ne comprendrait
rien à l'enthousiasme avec lequel la vallée du Gange et le reste
C Voir CuNNiNGHAM, 5f(îjirt of Barhut , pi. XXV, h [Miigapakhha-jdlahn ,
n" 538 : cf. Rpprosenlalions de jdtaha sur les bas-reliefs de Barhut, fijj. 12, dans
Bibl. de vulgarisation du Musée Guimet, XXX) et p. yi (mention du Viçvaii-
tara-jâtaLa) ; porte nord de Sànchi, linteau inférieur (^içvauta^a), etc.
(-' Mahâparinibhâim-siitla , vi, 1.
W Miliiidapanha, éd. Trenckneu, p. 78; Irad. Rliys Davids, p. 11 3.
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIOUE. 61
(le la péninsule accueillirent le type indo-grec du Buddha. De
Mathurâ à Bodli-Gayâ et de Çrâvasti à Amarâvatî, nous le
voyons s'installer triomphalement sur le pourtour des slâpn
comme à l'intérieur des temples. Une conquête aussi rapide
prouve assez que les objections de conscience, si tant est qu'il
en existât, étaient loin d'être insurmontables.
Mais, dira-t-on, s'il est vrai (|ue les vieux imagiers indiens
ne demandaient pas mieux que de représenter le Bienheureux
et que, d'autre part, ils en fussent capables, pourquoi donc
s'en sont-ils si soigneusement abstenus ? A cela nous ne voyons
qu'une réponse, d'apparence, il faut en convenir, assez niaise,
mais qui dans l'Inde suffit encore à tout : ç^ S'ils ne l'ont pas
fait, c'est que ce n'était pas la coutume de le faire.» Et sans
doute il serait facile de rétorquer : «Mais vous vous bornez à
déplacer la question: si elle ne se pose plus pour les sculpteurs
dont nous possédons les œuvres, elle subsiste tout entière à
l'endroit de leurs prédécesseurs. . . » — D'accord, et loin d'y
contredire, c'est justement là que nous vouHons en venir. Nous
tenons que cette monstrueuse abstention, telle que nous la con-
statons sur les monuments de Barhut et de Sànchi, reste par-
faitement incompréhensible, à moins qu'on ne s'enquicre des
habitudes traditionnelles qu'elle suppose, et que, parla même,
elle est susceptible de nous révéler. Comme certaines anoma-
lies des espèces animales, elle ne peut s'expliquer qu'à titre
d'héritage d'un passé à peu près aboli, mais que leur survi-
vance nous aide à reconstituer. En d'autres termes, c'est en
vain que l'on chercherait une solution au problème dans les
seuls spécimens relativement tardifs qui nous soient actuelle-
ment bien connus; c'est à l'histoire antérieure — à ce qui est
encore la préhistoire — de l'art bouddhique qu'il faut aller la
demander. A un cas aussi caractérisé de tératologie artistique,
c'est la méthode évolutionnisle de rend)ryogénie qu'il convient
d'appliquer.
R2 JANVlER-KEVRlEli 1911.
II
Tout d'abord nous avons les meilleures raisons de penser
([ue l'habitude d'adorer et même fart de fabriquer des images
liumaines étaient encore moins répandus dans l'Inde des brah-
manes avant Alexandre que dans la Gaule des druides avant
César. Assurément celte absence d'idoLUrie proprement dite
n'excluait nullement l'existence de formes plus rudimenlau'es
de félichisme'^^ : néanmoins le fait reste que le bouddhisme ne
s'est pas développé, comme le christianisme, dans un monde
depuis longtemps infecté par le culte des images et prompt à
le contaminer à son tour. Non seulement le f"^ siècle con-
naissait déjà des représentations symboliques ou allégoriques
du Christ, mais, dès le ii% nous rencontrons son portrait sur
les peintures des (>atacombesf^'. Quand celui du lîuddha fait
son apparition dans l'Inde, la religion qu'il avait fondée était
déjà vieille de quatre cents ans : encore avait-il fallu (ju'elle
vint également à subir le contact de la civilisation et l'influence
de l'art hellénistiques. D'autre part le bouddhisme n'est pas
davantage né, comme l'islamisme, dans un- milieu d'avance
cl délibérément hostile à l'idolâtrie. Nous ne voyons pas qim
les textes védiques en soufflent mot. ni pour ni contre : et leur
silence s'explique justement par le fait que l'idée ne s'en était
même pas présentée à l'esprit indien. Sitôt que le temps en
sera venu, les grammairiens ne manqueront pas de relever,
'*' Nous faisons atlusion au purtim d'or qui entrai! dans ta confection de
l'autel du sacrifice (Ça^ Bmhm., "7, U , 1, i5) et à reffijjie hrtyà des rites
iiiagi(jues [Ath. Vccla , \, i),etc. — Sur ce qu'il faut entendre par les sî/«(//«crn
{jaulois de César [Bell. Gall., vi, 7), voir rartidc de M. S. Reinacu sur L'art
pinsu'qne en Gaule et le dniidisme [Revue Celùque, t. XIII, 189-2, p. 190 et
suiv.) on sont également cités les témoignages correspondanls d'Hérodote (t, i3i)
et do Tacite {Gei-UK, i.\) sur l'inexislence de lidolàtrie cliez les Perses et les
Germains.
'-' M.ïiy.'^'^w.n . Les (Àilacoinbrs (Ir Iloiiic , Paiis, 1 (jixj , p. fio'i , TîtjS , aaS-àâA.
LES DÉBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 68
dans l'usage de la langue savante, le mode de désignation du
fait nouveau des idoles brahmaniques ^^\ De même, quand la
question des images de leur Maître se posera de\ant les fidèles
bouddhistes, leurs écritures y apporteront explicitement les
sokitions opportunes: et si ces solutions successives sont en
outre contradictoires, c'est simplement que, dans l'intervalle,
les besoins de la conscience religieuse auront changé en même
temps que les conditions de la production artistique. Mais,
en ce qui concerne la période la pkjs ancienne dont nous
ayons à nous occuper, les investigations dans la littérature
sont restées aussi stériles au point de vue iconographique que
les recherches sur le terrain. Pour l'instant, l'histoire de l'art
religieux dans llnde, antérieurement au bouddhisme, est,
qu'elle le doive rester ou non, philologiquement une page
blanche, archéologiquement une vitrine vide.
Que dans le boudhisme même, comme dans toutes les reli-
gions , l'art ne soit d'abord qu'une simple manifestation du culte ,
c'est ce que chacun admettra volontiers. La seule question est
<le savoir quelle branche du culte bouddhique a fourni à celte
excroissance d'ordre spécial l'occasion de se produire. Ce n'est
évidemment pas dans les réunions périodiques des moines que
nous trouverons le moindre prétexte décoratif. La vénération
témoignée aux restes mortels du Bienheureux explique le rôle
capital du tumulus funéraire dans l'architecture bouddhique.
Il ne nous échapper,) pas que, par ce biais, c'est encore elle
qui a offert, dans l'entourage obligatoire de ces reliquaires
monumentaux, leur support naturel aux sculptures, dont
l'unique destination fut longtemps de décorer des balustrades
de sliipa. On pourrait, à la rigueur, soupçonner une mar(|ue
'') CI", los sculios sur IViiiiiii, V, 3, 99, ovcelltMimicnt disculécs par M> Stkn
KoNOw clans sou inlorcssantc .'\olr on lUe use of imaufcx in aitcii'nt India (hul.
/1;U. ,1909) : mais elles n'ont ancuno xaloiir prolianlc pour répo(|u<' iirô-mau-
ryenno, dont il osl ici (pK^^tion.
64 JANVlEU-FEVniER 1911.
de son influence dans ie caractère presque uniquement biogra-
pliique qu'a pris cette décoration, de même que, par le rite
de la circuraambulation, elle a fixé le sens dans lequel les
scènes doivent se succéder et se lire. Mais, en dehors de cette
orientation générale, nous ne découvrons au fond de ce genre
de dévotion rien qui ait pu déterminer le mode de compo-
sition des bas-reliefs. Reste la troisième et dernière forme
ancienne du culte bouddhique, celle que le Buddha lui-même
aurait enseignée sur son lit de mort à son disciple bicn-aimé :
«Il y a quatre places, ô Ananda, qu'un honorable fidèle doit
visiter avec une religieuse émotion. Quelles sont ces quatre?... 7'
Ce sont, comme on sait, celles où le Prédestiné s'est illuminé
et a prêché pour la première fois et celles où il est né et mort
pour la dernière*^'. Or, c'est justement dans cette pratique
dévote des quatre grands pèlerinages que réside pour nous
l'espoir de rencontrer enfin le point de départ cherché. Pour
que nous tenions du même coup le germe et le principe direc-
teur de l'art bouddhique, il faut et il suffit qu'on admette
que les j)èlerins indiens se soient plu à rapporter, de ces
quatre places saintes, un petit souvenir matériel de ce qu'ils
y avaient vu.
Nous avons peine à croire que le lecteur se refuse à nous
accorder ce mince postulat. Serait-il à ce point étranger au
monde extérieur qu'il ignorât l'universel empire de la manie,
d'ailleurs innocente, des souvenirs de voyage? Les innom-
brables industriels et boutiquiers, qui partout en vivent, se
chargeraient vite de le lui démontrer. j\'a-t-il jamais, au cours
de ses déplacements, et quel qu'en fut le but ou la cause,
acheté des bibelots, collectionné des photographies, expédié
des cartes postales illustrées? Ce ne sont là que les dernières
modes et l'extension profane d'un usage immémorial et sacré.
C' Maliàparinibbàna-sutta , v, 16-29.
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 6»
S'il en doute, qu'il se penche par exemple sur les vitrines du
Musée de Cluny''' qui contiennent les insignes emblématiques
en métal de tous les grands pèlerinages du moyen âge, tels
qu'ils ont été repêchés dans la Seine à Paris. L'Inde médié-
vale nous a, elle aussi, laissé par centaines des témoins de
cotte coutume. Ce sont le plus souvent de simples boulettes
d'argile , moulées ou estampées d'un coup de cachet et sans
doute à la portée de toutes les bourses, qui servaient à la fois
de mémento et d'ex-voto. On en ramasse aujourd'hui sur tous
les sites bouddhiques, jusque dans la presqu'île de Malacca et
en Annam'-^. Est-ce beaucoup se compromettre que de conjec-
turer que ces «saintes empreintes w sont, dans le bouddhisme,
les vestiges d'une tradition qui remonte jusqu'aux quatre
grands pèlerinages primitifs? Le pis qui puisse en résulter,
c'est que l'art bouddhique aurait dii son origine à la satis-
faction d'un besoin partout et toujours constaté et, l'on pour-
rait presque dire, d'un des instincts religieux de l'humanité. 11
serait difficile d'imaginer théorie plus humble et plus pro-
saïque : elle n'en est, à notre sens, que plus vraisemblable, et
nous ne voyons pas cjuelle autre on pourrait lui substituer, si
du moins on ne veut attribuer à cet art qu'une origine ration-
nelle.
C'est qu'en effet, ce point obtenu, tout le reste suit. Rien
n'est plus facile que de deviner ce que devaient être les c^ sou-
venirs 75 rapportés par les pèlerins des quatre grandes places
saintes. Pour prendre l'exemple moderne le plus familier au
lecteur français, que représentent les images ou médailles
''' A moins qu'il in' lui soil plu-; lomniodo di; faire la môme expérience au
Britisli Muséum où une viliinc du Mcdiœi'al Room contient également une col-
lection de ces signacula , etc.
(■-' Pour des spécimens de l'indtï, voir (;iinnim;ii\m , il/r(/i((7/()(//ii, pi. X\IV,
J.lt.A. S., l()()o,p. 'i.'v> , ("le. : de Kirnianic, Ircliiivl. Siirvcii nf liitlia , Aiiniinl
Ikpori iQo5-tf)o(), pi. LUI; de Malacca, Bull, de la (Joiumission archcolu^rique
de l'Indochine, 1909, p. a3a; deTAnnam, B.E.F.E.-O., 1901, p. 25, etc.
XVII. ^ 5
66 JANVIER. FEVRIER 1911.
offertes et achetées à Lourdes? Avant tout la grotte miraculeuse.
Que (levaient figurer sur étoffe, sur argile, sur bois, sur ivoire
ou sur métal, les premiers objets de piété fabriqués à Kapilu-
vastu, à Bodh-Gaya, à Bénarès,' à Kuçinagarà? Evidemment
ie point caractéristique vers lequel se portait, aux abords de
chacune de ces quatre villes, la dévotion populaire. Or, ces
points, nous les connaissons d'avance par les pittoresques
expressions des textes. Ce que l'on visitait d'abord à Kuçina-
garà, c'était le lieu, marque de bonne heure et de façon tout
à fait appropriée par un stûpa^^\ de la mort définitive du
Maître. De même, le miracle essentiel de Bénarès s'étant passé
au iMrga-dâva, il était inévitable que sa dénomination consacrée
de «mise en branle de la roue de la loi 15 se traduisit en termes
concrets par une roue, ordinairement accostée de deux
gazelles. Ce que l'on contemplait d'autre part à Bodh-Gayà,
c'était le figuier toujours reverdissant au pied duquel le Bien-
heureux s'était assis pour atteindre à l'omniscience. Que révé-
rait-on enfin à Kapilavastu? Ici la réponse est plus incertaine :
assurément la grande attraction locale résidait dans le rappel
de la naiivité du Buddha; mais, sans parler de sa maison
paternelle, le zèle le plus ardent pouvait balancer entre l'en-
droit de sa naissance matérielle et celui de sa renaissance
spirituelle, entre le parc de Lumbinî oii il saillit du flanc droit
de sa mère et cette porte, non moins fameuse, par laquelle il
s'évada des misérables plaisirs du monde. Quel que fut ici l'em-
barras du choix, aucune hésitation n'était du moins permise à
propos des trois autres sites. Un arbre, une roue, un stûpn,
en voilà assez pour remémorer à distance le spectacle de ces
lieux saints, voire même pour évoquer, par une constante asso-
ciation d'idées et d'images, les miracles dont ils avaient été le
"' «Un «((i^rt d'Açoka^ , c'esl-à-diie de forme archaïque, dit Iliuan-tsang:
cl. aussi l-'a-iiian (Bevl, Records, I, p. lu, et II, p. 82).
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 67
théâtre. Encore ces objets pouvaient-ils êlre aussi sonimairc-
nicnt indiqués (|ue i'on voudra : l'imagination supplée à la
pauvreté des moyens arti.sliques si l'humajne faiblesse ne peut
se passer du signe matériel.
Telle est l'unique part faite, dans notre théorie, à l'hypo-
thèse. Tout le développement postérieur de l'art bouddhique
découle logiquement de ces prémisses, et il n'est désormais
aucun des documents conservés qui ne vienne successivement
corroborer les diverses étapes de son évolution. Les plus
anciens monuments qui nous soient parvenus de l'antiquité
indienne sont un petit nombre de monnaies rectangulaires de
cuivre ou d'argent. Or il est. tout à fait notable que, parmi les
symboles dont elles sont poinçonnées, l'arbre, la roue et le
stupa puent un rôle considérable, voire même, sur beaucoup
d'entre elles, prédominant''^. Grâce au hasard de leur trou-
vaille, l'existence des signacula, que nous supposions avoir été
fa])riqués à l'usage des pèlerins, cesse d'être, aussi haut que
nous puissions remonter, une pure conjecture. Mieux encore :
nous pouvons clairement discerner, dans la simplicité enfan-
tine de ces emblèmes, le style des plus anciennes manifesta-
lions de l'art religieux des bouddhistes. Plutôt que des images,
ce sont, à propremejit parler, des hiéroglyphes, dotés poiu' les
initiés d'une valeur conventionnelle : et, du même coup,
nous réussissons à nous expli([uor ce (jue nous avons déjà eu
plus d'une fois l'occasion do noter, à savoir le caractère ahstrait
''* Pour no citer que réliule la plus réconte, cf. D. B. Spoonrr, A non' fmd
of puiicJimurl.ed cohi'f , dans ,'1jt/i. Sun'cy of Inilia, Annnal lieporl Kjoù-tyoO,
1909, |). 1 .")(). D'.iprès i'oxcnllenle nnalysc (|uo M. Spooiior a donncc do ccll*
trouvaille, sur 61 monnaies •mï pdilrnl à la l'ois les trois syniiwlos et aa autres
associent encore les deu\ derniers.
68 JANVIER^FEVRIER 1911.
et quasi algébrique de cet art à ses débuts *^l Par ailleurs l'on
conçoit aisément qu'à force de se colporter hors des grands
centres de pèlerinage, ces sortes de sigles artistiques aient vu
se modifier leur signification initiale. Ils ont été peu à peu
considérés moins comme des mémentos de sites sacrés que
comme des représentations schématiques des miracles dont le
souvenir était attaché à ces sites. En d'autres termes, à mesure
qu'ils se propageaient plus loin de leur place d'origine, leur
caractère topographique et local est sans cesse allé en dimi-
nuant au profit de leur valeur symbobque et universelle, jus-
qu'à ce qu'ils aient fini par devenir le patrimoine commun des
imagiers et par être fabriqués indistinctement partout oti un
donateur bouddhiste en faisait la commande. C'est justement
cet état de diffusion et de généralisation subséquente que nous
attestent déjà pour le iv'' siècle la banalité et la dispersion des
monnaies dites «bouddhiques ?5.
Mais nous avons hâte d'arriver, dans cette rapide esquisse,
aux monuments dont le caractère bouddhique ne peut plus être
discuté. On sait l'élan qu'avait imprimé, vers le milieu du
ni" siècle, aux fondations religieuses de la secte le zèle impérial
d'Açoka. Il n'en est que plus curieux de constater comment,
cent ans encore après lui, l'école de l'Inde centrale continue
à suivre fidèlement les errements du passé. A ce point de vue,
les quatre portes de Sânchi, que nous avons eu l'unique for-
tune de conserver presque au complet, peuvent fournir un cri-
térium assez sur du degré de persistance des vieux usages. Or,
Fergusson y constatait déjà l'extrême fréquence de ce qu'il ap-
pelait «le culte?? de l'arbre, du stâpa et de la roue. D'après
une statistique peu suspecte, puisqu'il l'a dressée au ser-
vice de théories toutes dilférentcs des nôtres, le premier em-
blème ne reviendrait pas moins de 67 fois, elle second de 82 ;
'"' Cl. Ali irréco-bouddliiqiie ilii (jandliàra , p. 6u8, eic.
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 69
et si le dernier ne reparaît que 6 fois, ce nombre sulht néan-
moins à lui assurer la troisième place dans l'ordre d'impor-
tance des sujets'!). Nous n'avons pas, il va de soi, à suivre Fer-
gusson dans les étranges spéculations anthropologiques qu'il a
grefl'ées sur ces constatations. Tout ce que nous serions d'abord
tentés délire dans son tableau, ce serait la prépondérance du
miracle de la Samhodhi ou du Parinirvâna sur celui du Dlinrmn-
cakra-pravartana. En réalité, le nombre supérieur des deux pre-
miers symboles tient à une autre raison. L'on appliquait dès lors
aux Buddhas du passé les formules qui avaient d'abord servi pour
celui de notre âge et l'on se plaisait à les aligner tous les sept
en les figurant tantôt par leur tumulus funéraire, tantôt, et
plus fréquemment, par leur trône vide sous leur arbre de la
Science'-': seule la roue était restée l'apanage particulier de
notre Çâkya-muni et ne revenait par suite qu'à de plus rares
intervalles. Mais ce ne sont là que des détails subsidiaires; à
prendre ces chiffres dans leur ensemble, leur imposant total
témoigne assez haut de la constante n'pétilion, sous leur
forme traditionnelle, de ce que, par le témoignage des mon-
naies, nous savons avoir été les premiers essais de l'art boud-
dhique. Obligés de couvrir les surfaces relativement étendues
qui s'offraient à eux, les sculpteurs de Sânchi ont visiblement
('' Cf. J. Fergusson, Treg and SerpnnI Warship, a" édition, 1878, p. io5
et a'ja. Voiri ce tableau auquel il a joint les données de la porte unique d'un
des petits stilpa voisins :
ADBBE. StÛPA. nOI K.
Grand stùpa , porte sud iG 5 i
— porte nord 19 8 a
— porte est 17 ç) 1
— porte ouest 1 5 10 a
Petit sti'ipa , porte unique 9 (> l)
'^' Cf. Porte nriciUalc ilv Siinclii, p. 1 () et ()8. La raison décisive de In pré-
dominance (les compositions inspirées du type de la Samhndlii aiir toutes les autres
seia donnée un peu plus bas, p. 71-7'-?.
70 JANVIER-FEVRIER 1911.
commencé par rééditer à profusion , en plein milieu du ii' siècle
avant notre ère, les compositions sommaires et hiéroglyphiques
que leur avaient léguées leurs prédécesseurs directs, les fabri-
cants d'objets de piété du v'' siècle.-
IV
C'est là une première vérification, assurément fort impor-
tante, mais purement matérielle, de notre hypothèse. Il est des
contrôles plus subtils que celui de la statistique et qui ouvrent
des vues plus profondes sur le développement de la vieille école
bouddhique. Les années ont passé, l'habileté technique s'est
accrue, le type iconographique des dieux et des génies s'est
constitué , le don de l'observation et le sens du pittoresque se sont
éveillés chez elle : mais elle n'en reste pas moins, sur le point
capital de la figuration du Buddha, la docile prisonnière de la
coutume. Autour des vieux thèmes d'atelier elle brode bien
quelques variations : elle enjolive les stûpa, enguirlande les roues
ou, sans souci de l'anachronisme, donne par avance à l'arbre de
la Sambodlii le curieux entourage de pierre qu'il dut, plus de
deux siècles et demi après le prodige, à la piété d'Açoka^H
mais elle ne sort pas pour cela des vieilles formules. Lasse de
répéter éternellement les miracles consacrés, se risque-t-elle à
traiter quelque épisode encore inédit? L'idée ne lui vient pas
davantage d'en profiter pour rompre avec la routine. Elle ne
peut ignorer que son métier n'est plus de fournir à des pèle-
rins un mémento de ce qu'ils avaient vu de leurs yeux au cours
de leur visite aux places saintes; elle a pleinement conscience
qu'il s'agit maintenant pour elle d'illustrer sur un monument
permanent la biographie du Buddha; mais elle paraît mal
s'apercevoir que, poUr ce nouveau dessein, les vieux procédés,
^'' Cf. Porte (irienla/c de Sibtchi, p. 65,
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 71
jadis parfaitement appropriés à leur but, ne sont plus à pré-
sent de mise. Evidemment il était trop tard pour réagir et se-
couer le joug d'une tradition artistique, que des légendes reli-
gieuses n'avaient pas tardé à renforcer; du moins c'est vers ce
même temps que les textes, jusqu'alors muets sur la question,
s'avisent tout à coup de proclamer — avec une précipitation
excessive et que la postérité devra bientôt contredire — l'im-
possibilité où auraient jadis été les artistes de portraicturcr de
son vivant le visage, inexprimable à voir, du Bienbeureux'^l
Et comment; en effet, expliquer autrement la persistante ab-
sence de son image, tandis que tant de divinités brahma-
niques paradaient sur les piliers de Barhut et de Sànchi/
Dès lors il n'est plus qu'une manière conforme à la réalité
vivante de concevoir l'étude de la vieille école indienne. Son
histoire est celle d'une lutte plus ou moins sournoise entre les
deux tendances qui la divisaient contre elle-même, l'irrépres-
sible désir de scènes nouvelles et le respect superstitieux des
précédents. D'une part, elle ressent un besoin croissant de la
figure du Buddha pour servir de centre ou de pivot aux ta-
bleaux de sa vie; et d'autre part, elle admet comme un axiome
qu'il sullit pour représenter le Bienheureux de faire ce que l'on
avait toujours fait jusque-là, à savoir de l'évoquer par la vue
de l'une de ses trois armoiries parlantes. Regardez-la à l'œuvre.
Le tuniulus du Parinirmna, terme ultime de la carrière du
Maître, est par définition hors de cause, alors qu'il s'agissait
de représenter quehpie incident de celle-ci. Le symbole de la
roue, spécialisé dans la représentation do la «Première prédi-
cation??, ne pouvait guère être réemployé qu'à l'occasion du
pro(lig(> similaire opéré à Çràvasli pour la plus grande confu-
sion des sectes rivales ■-'. Bestait, pour l'usage courant des mi-
• '"' Diviiilradiinn, p. S/iy.
*'^) Gl. Le «Hraiid mirailr 7) dit lUiihlha ii Çriirnuli. dnns 7./I.. jaiivicr-fi'-
vrier 1909, p. 35 et pi. 17.
72 JANVIER-FEVRIER 1911.
rades secondaires, l'emblème héraldique déjà utilisé pour la
Samhodhi. Et nous voyons bien en effet comment les aleliers
de l'Inde centrale se résignent une fois pour toutes à ce pro-
cédé et, tant bien que mal, s'en accommodent. Ils ne peuvent
toutefois s'empêcher de glisser çà et là quelques variantes,
voire même de tenter à l'occasion quelque autre biais. C'est
sous les espèces d'un trône vide, surmonté* d'un arbre, qu'à
Barhut le Buddlia reçoit la visite 'du nuira Elàpatra; quand il
prêche au ciel des Trenle-trois dieux, le motif est en outre
agrémenté d'un parasol; et ce dernier tient à son tour la place
de l'arbre, lors de la visite d'Indra ou d'Ajàlaçalru. Parfois le
trône seul fait l'affaire. A deux reprises même, sur la porte
orientale de Sânchi, l'école s'aventure jusqu'à se servir unique-
ment du «promenoir» ou cahkrama du Maître pour suggérer sa
présence''^. Mais la hardiesse de ses innovations ne va pas
plus loin et nous avons vite fait d'atteindre les limites de son
audace. Aussi bien les avons-nous déjà tracées plus haut (p. 58),
et il eut été superflu d'y revenir, si à présent nous ne croyions
avoir deviné la raison d'être et jusqu'au mode de production
des étranges anomalies qu'au début de cette étude nous devions
nous borner à constater.
JNous avons également dit ci-dessus comment — et nous
comprenons à présent pourquoi — les artistes se sont de
même heurtés à la barrière infranchissable des vieux usages
quand il s'est agi pour eux de figurer le Prédestiné au cours
des vingt-neuf premières années de sa vie, alors que ses atours
princiers dissimulaient encore sous une envebqjpe mondaine
le Buddha près d'éclore. A la vérité nous n'avons pu tout à
l'heure (p. 66) déterminer exactement à l'aide des textes quel
épisode de sa jeunesse les fidèles avaient choisi comme objet
principal de commémoration, ni comment les vieux imagiers
(0 Cf. CuxNiNGHAM , S/»J7;a uflUirhHl, pi. XIV, 3; XVI, 3; XVII, i; XXVllI,
k, elc, el Ln porte oneiUal)' de Sànclii , p. 52 cl Oa,
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 73
avaient du s'y prendre pour le commémorer. Il est curieux de
constater que les sculpteurs du ii" siècle ont partagé à ce pro-
pos' nos perplexités. Ceux de Barhut ont adopté le moment
précis où le Bodhisallva descendit dans le sein de sa mère,
où du moins celle-ci rêva qu'il y descendait sous la forme d'un
petit éléphant ^'^ Ceux de Sânchi ne figurent qu'incidemment
la Conception; en revanche, ils détaillent complaisamment
toutes les circonstances de l'entrée du prince en religion, c'est-
à-dire de sa fuite à cheval loin de sa ville natale : ils figurent
la porte de la ville et, à plusieurs reprises, le cheval, l'écuyer
et les dieux; ils ne sous-entendent que le héros de cette hé-
gire^-'. Quant à ceux d'Amaràvatî, sur les stèles où ils ont
superposé les quatre grands miracles, ils emploient indiffé-
remment, pour remplir le panneau réservé à kapilavastu —
h côté de l'arhre de Bodh-Gayâ, de la roue de Bénarès et du
slùpa de Kuçinagara — tantôt encore un tt grand départ de
la maisons où nous n'apercevons que le cheval passant sous la
porte, tantôt une «nativité» où nous ne voyons que la mère,
ahstraction faite du nouveau-né ^-^^ Laquelle de ces trois com-
positions est la plus archaïque et nous conserve le mieux l'as-
pect des rr souvenirs ?5 dont les pèlerins du v"' siècle pouvaient
déjà faire emplette à kapilavastu? C'est ce qu'il nous esta pré-
sent hien dillicile de dire. Si nous nous en fions derechef sur
sur ce point aux documents numismatiques, ils nous donne-
ront à penser que, dès l'origine, un certain flottement se ma-
nifesta dans le choix des artistes et des fidèles. La plupart des
monnaies bouddhiques consacrent deux abréviations pour une
à la seule nativité; du moins sur les cinq poinçons ordinaire-
'" CuNNiNGiiiM, Stûpa nf Barhut , pL XXVIII, a.
^'-' La porte iirœnlale de Sdiichi , p. 70, et tf. p. oâ.
(^' Fergusson, Tree and Sii-pent Worxhip, pi. XCIIl-XCNHI. — On pinil
remarquer à ce propos que des stèles bien postérieures de Bënarès ronlinucut à
{grouper dans le cadre di' Kapilavastu l'enfanlemenl (avec ou sans la conception,
les sept pas ou le bain) et le {jrand départ {Ane. Mon. Ind., |d. (iy-GS, etc.).
7A JANVIËR-FKVRIER 19 11.
ment associés du lotus, du taureau, de l'arbre, de la roue et
du lumulus, les deux premiers ne peuvent que correspondre
simultanément au premier des quatre grands miracles. Appa-
remment le lotus remémorait ceux qui étaient nés spontané-
ment sous les sept premiers pas du Maître, tandis que le tau-
reau, presque toujours flanqué de son sigle zodiacal, incarnait
la date traditionnelle de la naissance, le jour do la pleine lune
du mois de Vaiçâkha. D'autres fois, mais plus rarement, le
taureau est remplacé par un éléphant, rappel plastique de la
Conception'^'. Il se peut aussi, bien que nous n'en possédions
aucune preuve concrète, que la porte par laquelle sa vocation
avait jeté le Bodhisattva hors du monde, ait trouvé de bonne
heure des copistes et des amateurs. Mais ce ne sont là que des
<|ueslions accessoires : ce qui importe ici encore, c'est que seule
la tradition aniconique, héritée des humbles initiateurs de jadis,
peut nous donner la clef des invraisemblables compositions
postérieures, enfantements sans enfant et chevauchées sans
cavalier.
Ce n'est pas tout : les sculpteurs du n" siècle ne vérifient pas
seulement notre hypothèse en ce qu'ils reproduisent et en ce
O Cf. les tables de D. B. Spooner, loc. laud., p. i5()-i57. Quant aux iii-
tei'prélutions ci-dessus énoncées du lotus et du taureau, nous ne les donnons
que comme de simples conjectures de notre paît. Toutefois, nous pouvons déjà
faire remarquer que le lotus a gardé dans le bouddhisme postérieur' la signifi-
cation symbolique de (rnaissance miraculeuses, et que le taureau figure encore
avec sa valeur astronomique sur Tuii des bas-roliefs les plus connus du musée
de Laliore (cf. A. Grunwedel, limldliistisclie Kiiiisl in Indien, a" éd., p. lai,
ou Hudilliixl Arl in hidia, p. 129). Le regretté D"^ Th. Bloch, dans un de ses
derniers articles {Z.D.M.G., 1908, t. L\1I, p. 6^8 et suiv.), avait cru recon-
naître, sur une photographie défectueuse de ce taureau à la langue pendante,
l'image d'un sanglier, et bâti sur celte méprise toute une théorie : il suffît de
renvoyer le leiteur soucieux d'éclaircir de ses propres yeux celte question do
fait iuiv Ane. Mon. Indin, pi. iH'].
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 75
qu'ils imitent des œuvres du passé : on pourrait soutenir qu'ils le
font encore indirectement en ce qu'ils innovent. Pour irréfléchie
et machinale que fiit leur soumission à l'usage, l'absence forcée
du protagoniste dans les scènes de sa propre biographie ne lais-
sait pas que de ies gêner considérablement. La carrière du Bien-
heureux a beau n'être qu'un monotone tissu d'entretiens plus
édifiants que mouvementés, un petit nombre d'épisodes se prê-
taient seuls à êlre figurés indépendamment du personnage prin-
cipal.
A l'aide de quels sujets couvrir les nombreux médaillons,
les longues mainscourantes ou les hautes portes des balus-
trades de sUipa ? Le premier expédient dont les artistes s'avisèrent
fut de s'adresser aux existences antérieures du Maître, alors
que sous toutes les formes animales, puis dans toutes les con-
ditions sociales, il se qualifiait à force de perfections pour
l'obtention finale de la lîodhi. On s'expHque dès lors pourquoi
les sculpteurs de Barhut ont puisé de préférence à ce trésor de
contes et de fables : en traitant cette matière nouvelle ils
n'étaient plus entravés, comme dans l'illustration de la vie
dernière du Maître, par un usage érigé en loi: aussi ne se font-
ils aucun scrupule de représenter le Bodhisattva à chatjue
scène, et c'est avec une parfaite liberté d'esprit que, lors de
son avant-dernière existence terrestre, il donnent à Viçvan-
lara les traits qu'ils s'abstenaient si jalousement de prêter à
Siddhârtha (cf. plus haut, p. Go). Les représentations de
jàlaka sont loin d'être ignorées à Sànchi : mais les décorateurs
des portes ont encore eu recours à un autre stratagème pour
glisser entre les mailles de la tradition. 11 va de soi en elTet
que, dans toutes les scènes postérieiu'es au Pariiiirvànfi ,
l'absence de la figure du Bienheureux devenait j)arfaitemeut
justifiée et du même coup cessait d'être un embarras pour les
artistes. Aussi se plurent-ils bientôt à cultiver cette partie
de la légende boud(llii([ue. Selon toute probabilité . ils com-
76 JANVIER-FEVRIER 19 1 1.
mencèrent par illustrer la fameuse c^ guerre des reliques 55, que
faillit déchaîner la mort du Bienheureux. Encouragés appa-
remment par cet essai, ils ne craignirent pas de s'attaquer au
cycle même d'Açoka et de représenter tantôt son inutile pèle-
rinage au slâpa de Râmagrâma, tantôt sa visite solennelle à
l'arbre de la Samhodhi^^\ Ainsi, sous le pressant aiguillon de
la nécessité, l'école indigène, incapable de secouer ouverte-
ment son esclavage, s'était artificieusement créé une double
échappatoire dans les légendes antérieures à la dernière re-
naissance ou postérieures à la mort définitive du Buddha. Nous
ne doutons pas pour notre part que, si elle avait continué à
se développer normalement et selon ses règles propres, nous
aurions vu croître le nombre de ces prétendus tableaux
d'bistoire ou de ces illuslrations de conles populaires, aux
dépens du vieux fonds des images de piété.
Ce n'est plus un secret pour personne que la courbe régu-
lière de cette évolution a été brusquement interrompue par un
véritable cataclysme arti-stique. Les sculpteurs hellénisés du
Nord-Ouest, étrangers à la tradition indigène de l'Inde cen-
trale, comblèrent d'emblée et même dépassèrent les vœux de
leur clientèle bouddbique en créant à son usage le type indo-
grec du Buddha. Aussitôt séduits par cette innovation miri-
fique, leurs collègues du bas pays saluèrent avec non moins
d'enthousiasme que les fidèles la rupture du charme magique
qui avait si longuement et lourdement pesé sur la vieille école
bouddhique. Nous avons déjà noté le fait de la rapide diffusion
du type nouveau (p. 61) : il nous apparaît bien à présent que
son adoption ne heurtait directement aucun préjugé dogma-
tique. Interprètes toujours dociles des idées courantes, les
textes vont désormais s'ingénier à garantir, à l'aide de tradi-
tions apocryphes ou à grand renfort de miracles, l'authentique
"' Cf. L(i ■porte orientale de Sdiichi\p. -'.S et 7^1.
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 77
ressemblance de ces portraits dont ils niaient tout à l'heure
la possibilité (". C'est qu'en efl'et la mode nouvelle n'enfreignait
expressément aucune prohibition rituelle : elle ne faisait que
bouleverser des procédés artistiques de composition, et les
liens qui tombaient étaient d'ordre purement technique. Nous
avons assez vu comment les imagiers du bassin du Gange
avaient lentement laissé se tisser autour d'eux la toile d'arai-
gnée de la coutume et comment, sans oser la rompre, ils
avaient déjà tenté de s'en dégager. Sous le coup de la révéla-
tion qui leur vint du Gandhâra, leur émancipation fut aussi
brusque que complète : mais jusqu'à travers ce développement
inattendu, nous sommes prêt à poursuivre l'épreuve à laquelle
nous avons soumis notre théorie et dont elle nous parait
s'être tirée jusqu'ici à son honneur.
L'histoire de l'ancien régime en art bouddhique, avant la
révolution gandhàrienne, peut, en effet, se résumer à peu
près ainsi : nous avons toutes raisons de supposer qu'il y eut,
pour commencer, dès le v*" siècle, création locale aux quatre
j'Tands centres de pèlerinage, et colportage dans l'intérieur de
l'Inde, d'images rudimentaires, exécutées d'après les w saints
vestiges?) subsistant sur l'emplacement des sites miraculeux;
ce sont ces symboles naturellement inanimés qui, grâce au
temps et à la distance , ont fini par être considérés comme
des représentations schématiques des quatre principaux épi-
sodes de la vie du Bienheureux et qui, joints à quelques
variations routinières composées selon la même formule, ont
'') Pur Iradilions a|)oci'}plies nous eiilonduns celles relalives à la slalue de
santal exécutée du vivant même du Buddlia et attribuée par Fa-liian (trad. Legge,
p. 56) à Prasonajitc de Çrùvasti et par Hiuan-tsang (trad. Stan. Julien, I,
j). 983 et 3()())à Udayana de Kau(ùnd)i, dont l'rasonajil n'aurait fail (piMniiter
Texemple (cf. Ukai,, lieconU, I, p. xi,iv et 235; II, p. 'i ). Quant au\ niirailos,
voyez ceux ^ue nous rapporti-nl au sujet de Tiniriye du leuiplo de Maliàhodlii
Hiuan-tsanjj (Irad. Stan. JuI.lK^, I, |). 'i(i!') : Béai,, II, p. i-.!o) et Tàiauàllia
(trad. SciuEFNEii, p. -.îo).
78 JANVIER-FJÉVRlEn 1911.
servi, avant comme après d'Açoka (milieu du \\f siècle), à la
décoration des fondations religieuses; enfin sur les monuments
du n" siècle (toujours avant notre ère) nous relevons déjà des
tentatives pour se dérober à la tyrannie des vieux usages en
recourant à des sujets antérieurs ou postérieurs à l'existence
dernière du Buddha. Cependant l'école du Nord-Ouest entre
en scène. En raison même du fait qu'elle a été presque com-
plètement soustraite à ces influences traditionnelles, elle devra,
dans notre système, présenter des signes caractéristiques tout
différents de ceux de l'ancienne école. Or les conclusions d'une
longue étude, que nous avons dès longtemps consacrée aux
bas-reliefs gréco-bouddhiques, semblent s'être donné le mot
pour prendre point par point le contre-pied des affirmations
précédentes. Ce que nous avons constaté au Gandhâra, c'est
d'abord la disparition à peu près totale des scènes légendaires
postérieures au cycle du Parinirvâm , ainsi que la diminution
considérable du nombre desjâtaka; c'est en second lieu la mul-
tiplication indéfinie des épisodes empruntés à la jeunesse ou à
la carrière enseignante du Maître, dont l'image corporelle occupe
à présent le centre de tontes les compositions; c'est enfin et
corrélativement l'extrême rareté des représentations symbo-
liques!'^ Toutefois — et ceci est notre argument suprême —
les vieux emblèmes ne disparaissent pas complètement. Non
seulement au Gandhâra, mais jusque sur les productions les
plus tardives de l'Inde médiévale, sans parler des images la-
maïques actuelles, ces survivances d'un autre âge persistent
à se montrer. Si le stùpa est considéré comme devenu superflu
sur presque tontes les représentations nomeWes au Pnruiirràna .
l'arbre de la Science ne maïupie jamais de se dresser derrière
le Ikiddha de la Sambodin, tandis que la roue entre les deux
gazelles adossées ou affrontées continue à timbrer le trône de
'' Cr. Arl irréc'hhnudiJhiquo (Ju CaiifUidra, p. 9()(>. •i']0 . hi~, fie.
LES DEBUTS DE L'ART BOUDDHIQUE. 79
celui de la Première pnklication^^' : et. par là, le déclin de l'art
bouddliique rejoint ses plus lointaines origines visibles — les
seules (est-il besoin de le spécifier?) dont il ait été question ici.
Telle est du moins la théorie que nous n'avons pu nous
empêcher de soumettre à l'appréciation des indianistes. A tout
prendre, ce n'est qu'un essai de synthèse, un effort pour coor-
donner d'abord logiquement, puis pour organiser selon les lois
d'un développement historique une série de ftiits déjà connus.
En ce sens, il n'est aucun archéologue bouddhique qui n'y ait
contribué, à commencer par Fergusson et Cunningham : et il
se peut qu'on la trouve en somme passablement dénuée d'ori-
ginalité. Toute notre ambition serait justement qu'elle donnai ,
à la lire, l'impression d'être déjà tombée, même avant que de
naître, dans le domaine. public : ce serait le meilleur des sym-
ptômes, car il n'en est pas de plus propre à faire croire que —
sauf les retouches qu'y apportera inévitablement le progrès
des recherches — elle soit destinée à durer.
''' Cf. Art grécD-botiddhique , fijf. 208 (il nog, et Iconographie houddhiqua
de, l'Inde, fig. 29 et 3o : cette dernière est une représentation du Parinirvâija
encore surmontée d'un slùjia.
DE
L'ALPHABET SOGDIEN,
PAR
M. ROBERT GAUTHIOT.
. Parmi les nombreux et précieux documents rapportés d'Asie
centrale par M. P. Pelliot, figurent un certain nombre de textes
bouddhiques en langue et en écriture t^sogdiennes^?. Ce sont
en partie des rouleaux, en partie des feuillets de o m. hS sur
près de 0 m. i5, percés d'un trou, à la façon des manuscrits
indous, à 0 m. 1 G du sommet, et ils proviennent tous de la
grotte de Touen-houang. L'intelligence de ces textes est enfin
assurée malgré leur état incomplet, leur caractère abstrait et
l'ignorance trop grande oii nous sommes encore de la littéra-
ture du bouddhisme de l'Asie centrale, grâce à un bilingue
retrouvé et identifié avec la collaboration de M. P. Pelliot;
quant à leur déchiffrement, il est acquis dès à présent et leur
lecture est certaine.
L'alpbabel sogdien des documents en question est celui dont
se sont servi les bouddhistes d'une part et les rédacteurs de
l'inscription de Oara Balgassoun de l'autre (voir F. W. k.
MiJLLER, Sitzimgshenchte de l'Académie de Berlin, i90(),
p. yyô elsuiv.), celui auquel les Manichéens ont générale-
ment préféré par la suite l'estranghélo modifié que M. F. AA . k.
Millier a déchiffré avec l'habileté et l'heureuse palience aux-
quelles nous devons tant (voir Sitzungsbericlite de l'Académie
de Berlin, ifjo/i, p» 3/i8 et suiv.; F. W. k. Mï^llkr, Hnnd-
srhrijicn-liesle m Esiran<>elo-SrliriJt dans les AliJifnKllun^<>en de
l'Académie de Berlin, i()o/i), tandis que les chrétiens se sont
servi, à ce qu'il semble, du syriaque (voir F. VV. k. Mii.i.KR,
Silzuni>slMTirli(e de l'Académie de Berlin , i 907, p. .^Go et suiv.);
XVII.
lurniMdtir ^ktittMiF.
82 JANVIER-FEVRIER 1911.
il n'apparaît donc pas à nos yeux comme un inconnu. Sa res-
seml)lance avec les écritures du type dit «ouïgour?' est mani-
feste. Il diffère assez d'aspect des dérivés secondaires tels que
le mongol ou le mandchou, ou même de la cursive ouïgoure
tardive du manuscrit de Vienne du Qutadyu Bilig; mais il se
rapproche heaucoup de la belle écriture, ferme et claire, des
documents en langue turque trouvés en Asie centrale et dont
on trouvera des facs-similés par exemple dans les Uigurica de
M. F. W. k. Millier {^Abhandbmgen de l'Académie de Berlin,
ic)o8). Il s'en distingue surtout par son caractère relativement
archaïque. Si l'on se reporte au tableau ci-joint, l'on constate
sans peine que les caractères transcrits par 7, S, w, n, t, y, k,
z, p, c et r sont sensiblement les mêmes dans le sogdien des
manuscrits de Paris et en ouïgour ancien, c'est-à-dire en sog-
dien récent adapté. D'autre part, l'on voit de suite que certaines
lettres ouïgoures ou sogdiennes tardives sont simplement des
formes cursives, et comme effacées par l'usage, des types sog-
diens correspondants d'une époque seulement un peu plus an-
cienne. Ainsi Vâleph sogdien reste distinct en toute position
du nûn, tandis qu'en ouïgour l'a et l'w se confondent, sauf
dans le cas le plus favorable, à l'initiale. Au /2 sogdien répond
le V ouïgour, qui s'est raccourci et a tendu par suite à ressem-
bler à y. L'm s'est comme aplati en ouïgour et n'y conserve sa
forme ronde qu'à la finale, où, en revanche, il tend à se fermer.
L',s et le s sont très nettement distincts en sogdien en toute
position; en ouïgour au contraire, ils ne diffèrent plus que par
l'inclinaison de la pointe inférieure du caractère, qui se recourbe
sur la gauche pour Vs et pointe droit pour le s. Au total, les
confusions entre caractères, si faciles en ouïgour et si gênantes,
n'existent réellement en sogdien (jue pour Yn et le e (i), qui
ne se distingue que par un point diacrili(|ue souscrit, dans le
cas oïl la différence est faite. Enfin les diverses lettres gardent
dans l'écriture sogdienne leur physionomie propre et leur indé-
Journal ASIATIQUE. — Janvier-février 1911.
ALPHABET SOGDIEN TRANSCRIT.
<
9
^
k
^
1»
^
fn,
-¥
^
l
X
^
^
c
^
t
S
^
3
y
y
Les lellres placées en liice des caraclères sojjdieiis n'en sont [jas la transcrip-
tion phonétique et n'indiquent pas leur valeur. Elles en sont la translitération
mécanique et hasée sur leur signification originelle.
8a-S:i
84 JANVIER-FÉVRIER 1911.
araméen H; ici encore, il convient de se reporter avant tout à
la publication citée plus haut de M. Gowley. De fait, l'écriture
sogdienne est toute sémitique : elle ne note pas les voyelles, à
proprement parler, et se contente de marquer les longues et
les diphtongues au moyen de y, jr et ', ou de combinaisons de
ces trois signes telles que 'y, \v, ". Le cas échéant seulement, le
timbre des voyelles brèves est indiqué par y, w ou ', qui font
alors fonction de maires lectionis. Ainsi, ^quatre» est écrit ct(3'r,
soit -Kr^ ~-t \y^ '*^ et doit être lu cat(2âr, le sanskrit stùpalj est
nolé*'st'ivp AoT^ \y^ fY>t^ et k cinquième -Dimhnyk vy^m^^, ce
qui signifie pancamih. D'autre part, on a mrt ^^m pour mart
«homme 75 et xvyrh mnàjo pour ivirk et non pas *wirh k loup 55,
qui répond à av. ivdhrkô, skr. vj-hah. Ht. vilkas. Sous ce rap-
port , le sogdien a eu la même fortune que presque tous les
dialectes iraniens : le cunéiforme vieux perse, le pchlvi moyen
persan, la notation arabe du persan moderne, le manichéen
et le syriaque n'ont jamais tenu compte du vocalisme que
d'une façon très approximative. Seules les graphies modernes,
comme celle de l'ossèle, ou artificielles et savantes, comme
celle, si tardive, de l'avestique, font exception.
S'il est facile de reconnaître par ce qui vient d'être dit à
quel point l'écriture sogdienne se rattache étroitement aux
systèmes graphiques des peuples de langue sémitique du Nord,
il est beaucoup moins aisé de retrouver le point de jonction
des unes et de l'autre. Les ressemblances du sogdien avec le
palmyrénien et l'estranghélo (et le syriaque) sont frappantes;
mais les différences qui le séparent de l'un et de l'autre ne le
sont pas moins. L'absence de certains signes est naturelle :
le hvlh et le \iin n'avaient pas d'emploi dans une langue ira-
''^ Pour rcndi'o l'aspect ffS('initi(|nci dos mois écrils, on les a reproduits ici
en estranjjhélo, (pii est l'écriture ((iniunte la plus rapprocliée somme toute de
celle dont les types nous font défaut.
•DE L'ALPHABET SOGDIEN. 85
nienne; le qôpli n n'avait pas de place à côté du kâph ::^. L'ab-
sence du hê <n s'explique de même, mais est beaucoup plus
caractéristique. En effet, h est un phonènie qui a été très fré-
quent en iranien commun et qui se retrouve jusqu'aujourd'bui
dans un grand nombre de dialectes; ainsi le persan a conservé
h, tant à l'initiale qu'à l'intérieur, sauf des cas particuliers, et
le 5 de l'arabe y a trouvé un large emploi. Le sogdien en re-
vanche est caractérisé entre autres par le traitement spécial que
le h ancien y subit : à l'initiale, il disparait devant a- par
exemple, et l'on a sogd. '^t .\^~->t^ «sept?; en face de pers.
hajt oouft. C'est d'ailleurs là un phénomène propre à l'iranien
du Nord, dans son sens le plus large : l'on a en ossète aivd, en
yagnobi aivd, en chigni vîiwd , en sariqoli ûwd, en mindjani
oS. en yidgah awdoh et en afghan ôva, tandis que le beloutchi
a hapt comme le persan a hnft; dans la forme hiih du wakhi,
le h initial est secondaire et irrationnel. D'autre part, quand il
est maintenu et en particulier à l'intérieur des mots, ainsi que
l'a indiqué M. Andréas (cf. F. VV. K. Mïjller, Uiffurica, p. 3,
note 3), le /t iranien est représenté en sogdien par x : comme
cette correspondance est toute particulière au sogdien, l'absence
du h dans l'alphabet que nous étudions su (lirait à légitimer le
nom d'alphabet sogdien ou d'écriture sogdienne, et elle nous
montre que la graphie d'origine sémitique a été adaptée au
dialecte après le passage de h intérieur à .r. L'absence du lâmed
est moins significative : elle est simplement l'indice d'une anti-
quité relative, très variable d'ailleurs selon les dialectes. Lu
effet, en iranien commun, la sonanle / avait disparu, et elle
n'a reparu dans les différents dialectes iraniens qu'à date relati-
vement récente et à la faveur d'évolutions phonétiques variables :
ainsi -r^-est devenu -l- en persan, tandis qu'en afglian et dans
certains dialectes du Pamir c'est S qui a abouti à /. Le manque
d'/ indigène nous permet cependant d'opposer la langue de nos
documents bouJdbiques au parler des textes en manichéen,
86 JANVIER-FEVRIKR 1911.
qui ont connu une / issu de^, comme l'a montré M. Andréas
(voir Silzungsherichte de l'Académie de Berlin, içjio, p, 807
et suiv.). C'est par r que les / des mots sanskrits sont réguliè-
rement rendus, à partir d'une certaine date au m'oins, dans nos
textes, où alors skr. haJam est écrit^r^'w ,_j<f\^, et c'est r muni
d'une sorte de virgule diacritique souscrite qui a d'abord servi
d'/ en ouïgour, ainsi qu'on le voit dans les documents turcs
anciens d'Asie centrale (par exemple dans le petit texte, In-
ventaire, n" 3517, des manuscrits de la mission Pelliot) et qui
a donné naissance par la suite à 1'/ ouïgour, au j^ mandchou
et autres caractères pareils ^^'. A côté de ces divergences, qui
illustrent le côté iranien et le système phonétique du sogdien,
on observe des particularités qui, elles, intéressent l'état des
dialectes aramécns qui ont servi d'intermédiaires, de porteurs,
à l'écriture sémitique dont l'alphabet sogdien est l'adaptation
à un parler iranien défini. Le sogdien ne possédait pas de
sonores occlusives, mais seulement des spirantes; comme tous
les dialectes du nord de l'Iran, les évolutions récentes mises à
part, et comme sans doute l'iranien entier tî un certain moment,
il n'avait ni b, ni (/, ni p-, mais seulement /S, ^, y : deux de
ces phonèmes au moins étant notés de façon certaine par hïih et
gâmal, il semble assuré que dans le dialecte araméen qui usait
de la cursivc dont l'écriture sogdicnne est issue existait déjà,
pour ce qui est des sonores, l'alternance que présentent l'hébreu
et le syriaque entre les spirantes et les occlusives. Il n'en était
pas de mémo pour les sourdes dans leur ensemble. A priori, on
doit attendre qu'elles se comportent autrement que les sonores
(') C'est à t)on escient que nous évitons de traiter ici de l'origine de la lettre
(|ui vaut S en sojjdien. Il est manifeste qu'elle ressemble avant tout au làmeil,
qu'elle représente d'ailleurs dans les tfidéogrannnes''i sémitiques; mais on sait
que ceux-ci n'étaient pas prononcés. Dans quelcjues cas isolés , elle sert aussi à
noter d'autres /; mais il est impossiiile jusqu'ici de dire si elle y joue le rôle
d'un substitut approximatif et si l'on a là S pour / comme on a ailleurs r ou
bien si l'on est en présence d'un /.
DE L'ALPHABET SOGDIEN. 87
correspondantes, toutes conditions étant égales, puisqu'elles en
diffèrent par nature : elles sont articulées avec plus de force, en
même temps qu'elles ne sont accompagnées d'aucune vibration
glottale, et chacun sait que dans tels dialectes de l'Allemagne du
Sud et de l'Alsace, par exemple, on entend des b sourds qui ne
sont pas des^. Précisément, le sogdien, qui a emprunté le kâph
^ et dont le système phonétique comprend à la fois k et x,
ne connaît pourtant que le à. r^durn et supplée à l'absence
du ïi. rrmouw par approximative, en notant x par le même
signe que y. Tout se passe donc comme si le phénomène d'ou-
verture des consonnes intervocaliques, que M. Brockelmann
appelle une assimilation des consonnes aux voyelles (^Grundriss
(h vergl. Gr. d. semil. Spr., t. I, p. 20/i) avait déjà atteint dans
le parler en question les sonores plus débiles, mais non encore
la sourde k, dont l'occlusion était par détînition plus énergique.
Ce qui confirme noire hypothèse sur l'état phonétique du dia-
lecte araméen intéressé, c'est le traitement du ^, qui, lui, sert
en sogdien à noter à la fois p ei f, c'est-à-dire y apparaît
sous les deux formes Si et 3^. En effet, il est bien connu que
par la faiblesse constitutive de son occlusion, lej:>se rapproche
des sonores : la tendance qu'il a à s'ouvrir se manifeste par-
tout et toujours de façon éclatante. En indo-européen, c'est le
celtique et l'arménien; en linno-ougrien, c'est le hongrois; en
sémitique, c'est l'arabe, où le p s'ouvre spontanément. Quant
au t il se comporte exactement de même que le k, car il ne
répond pas au tvlh, mais au taw : l'équivalence établie entre les
phonèmes sogdiens et araméens n'est pas du tout celle qui se
retrouve entre le syriaque et le grec {l^l^;!i§} =-= S6y(x<xT(x) et
surtout dès les débuis de l'ère chrétienne entre laraméen et le
grec des premiers chrétiens. Le law nous apparaît en sog-
dien comme une francbe occlusive. Le résultat tout naturel est
que l'on y a S pour 6; par exemple dans Srij ,S^, qui se
88 JANVIER-FEVRIER 1911.
prononçait h peu près certainennont 0"rl, si l'on note par " une
voyelle furtive de timbre incertain destinée à résoudre le groupe
consonantique initial (cf. yagnobi t'rfn).
L'ensemble des particularités phonétiques iqui viennent
d'être énumérées ne donne qu'une idée bien vague du mo-
ment oij a été acconimodée au phonétisme du sogdien l'écriture
d'un dialecte aramécn impossible à désigner avec précision ac-
tuellement. Cependant, il en ressort assez clairement que,
sauf intervention d'un facteur inconnu, le point de départ de
la constitution de l'alphabet sogdien doit être reporté plus haut
que la formation des écritures syriaques. La ressemblance dans
la forme même de l'écriture, la technique graphique, le (Inclus,
ne doit pas faire illusion. Ce qui résulte de la comparaison de
l'araméen cursif des papyrus, de l'estranghélo, du palmyré-
nien des gralhti d'une part, et de l'autre de l'onciale des mon-
naies de Boukhara et de la cursive sogdienne, c'est que le sy-
riaque et le sogdien ne dérivent l'un de l'autre, mais que
tous deux descendent dun prototype commun. Leur ressem-
blance plus étroite réside en somme presque uniquement dans
la liaison des lettres d'un même mot an moyen d'une barre
continue, c'est-à-dire d'un développement parallèle : car la
manière de conduire cette barre n'est pas pareille, et dans le
détail les différences sont nombreuses. Pour ce qui est de la
forme des lettres, l'écriture sogdienne ne présente pas cet
allongement qui caractérise l'estranghélo; elle est restée plus
proche, sur ce point, de l'araméen : Xâleph est resté ramassé et
carré et rappelle beaucoup le K araméen; le gâmcl n'a pas la
longue haste oblique du K^ fcf. palmyr. k, ara m. y)\ l'un
et l'autre sont surtout pareils à leurs équivalents des lettres
Slein (cL Journal of the Royal Asiatic Society, janvier i()i i,
p. 1 5 f) et suiv.). Le taiv s'est comme couché et sa pointe penche
vers la droite, au contraire du palmyrénien i^ , araméen p,
ou de l'estranghélo V ; n'était le degré de l'inclinaison il res-
DE L'ALPHABET SOGDIEN. 89
semble fort au taiv des documents Stein. Le zain a perdu
toute physionomie propre du moment où le sogdien Ta lié
sur la droite comme sur la gauche : il est pareil au nûn, dont
certains manuscrits le distinguent par une virgule ou un point
souscrit. Le sîn enfin ne présente pas la barre horizontale sur
laquelle il repose en estranghélo x. et se rapproche du carac-
tère araméen V, particulièrement sous la forme qu'il affecte
dans le texte , malheureusement trop court , publié par M. Cowley
(Journal of the Royal Asiatic Society, loc. laudA
Il faut ajouter enfin que la place des lettres par rapport au
trait horizontal qui les soude les unes aux autres dans le mot
et qui est si caractéristique du type d'écriture syriaque et
sogdien , diffère. Le t sogdien reste en somme au-dessus de
la ligne, comme le fait le Vv estranghélo et le V\ sertô; Vm et
Vs, au contraire, se rattachent aux lettres voisines par le trait
supérieur, de telle sorte que leur trait inférieur pointe au-des-
sous de la ligne du mot vers la gauche de façon plus ou moins
prononcée, de la même façon exactement que dans les quelques
ligatures des documents Stein i^Journ. of the Royal As. Soc, loc.
laud.) : en syriaque, au contraire, c'est la barre inférieure de
û> et de io qui rentre dans la ligne de soudure. Le c est reporté
au-dessus de la ligne et se relie par le bas, tandis que l'on a
en estranghélo -. Enfin \c p et le h ont pris un aspect tout à
fait caractéristique, parce qu'au lieu de rester, comme ^ et :^,
sur la ligne ou très près d'elle, ils sont descendus en quelque
sorte d'un degré : leur tête seule repose sur la barre du mot
en sogdien et leur boucle descend profondément au-dessous
pour remonter jusqu'à la lettre suivante : ils rappellent par là,
en une certaine mesure, le Lâpli et le pê mandéens, et pré-
sentent en toutes positions un aspect un peu semblable à celui
que le (3 et le ^3 arabes n'ont qu'en finale ou à l'état isolé,
c'est-à-dire lorsqu'ils sont décorés d'une sorte de parafe.
90 JANVIER-FEVRIER 1911.
Dès que l'écriture sogdienne, telle qu'elle vient d'être exa-
minée, a été connue de M. F. W. K. Millier, celui-ci a indiqué
que sa position entre l'écriture ouïgoure d'une part, (|ui en
est une forme tardive et plus cursive, et les graphies sémitiques
d'autre part, dont elle est encore si proche, montre avec clarté
que l'écriture ouïgoure n'est qu'une adaptation de la sogdienne
(cf. Sitzungsberichtc de l'Académie de Bcrhn, 1907, p. 780 ).
M. V. Radloff, abandonnant ses idées antérieures, semble se
rallier à cette hypothèse si naturelle dans la préface de son
Tisastvustik (p. v), bien que dans l'épilogue à son édition du
Qutadyu Bilig, qui est aussi datée de ly 10, il exprime encore
une opinion ditlérente et fort peu vraisemblable sur l'origine
de l'alphabet ouïgour(A^Mf/a//,-« Btlik, t. II, p. 55 1, note 1).
Ce qui est important et ce qui n'a pas été montré encore,
c'est qu'en fait les caractères distinclifs de l'écriture ouïgoure
ne s'expliquent que si l'on admet qu'elle est l'adaptation à un
dialecte turc assez archaïque d'un .système graphique modelé
sur le phonétisme d'un dialecte iranien et, plus spécialement,
iranien du Nord et sogdien. Le premier trait instructif à cet
égard est l'histoire de 1'/ ouïgour. On a vu en effet (voir p. 86)
que cet / est dérivé de Vr muni d'un signe diacritique souscrit
qui affectait la forme d'une virgule renversée. Ceci ne s'explique
que si l'alphabet ouïgour est d'origine iranienne et provient
d'un dialecte qui, comme le sogdien bouddhique ou chrétien,
n'a précisément pas connu d'/; s'il remontait directement à une
source sémitique, il aurait conservé tout simplement le Inmed
à côté du m; si, d'autre part, il remontait à un parler aussi
évolué que celui en manichéen, il aurait pu être amené à noter
VI par le signe qui valait originairement S.
Il y a plus. L'alphabet ouïgour a pour caractéristique prin-
cipale de noter |; et h, k et g (et q ei y quand la série anté-
rieure est distinguée de la postérieure, ce qui est un fait
secondaire) parles mêmes signes, alors que la langue parlée
DE L'ALPHABET SOGDIEN. 91
distinguait parfaitement ics sourdes des sonores. C'est ce qu'ont
établi de façon définitive les beaux travaux de M. V. Thomsen
et en dernier lieu son mémoire si ingénieux sur le système des
consonnes dans la langue ouïgoure i^KeUli Szemîe, t. II, p. ùhi
et suiv.); c'est ce qui a été confirmé par les documents turcs
en caractères syriaques (voir en particulier Sitzungsberichte de
l'Académie de Berlin, 1908, p. /102 et suiv.). Le pbénomène
paraît tout a fait surprenant et était bien fait pour dérouter.
Mais il s'explique tout naturellement si l'on considère (jue
l'alpbabet ouïgour n'est autre que l'alphabet sogdien adapté
à un système phonétique fort différent, auquel il convenait
peu. En effet, on a vu (voir p. 86) que les dialectes du nord
do l'Iran, du groupe dont fait partie le sogdien, n'avaient pas
d'occlusives sonores : le bêtli et le gâmel n'y a[)paraissent qu'en
fonction de spirantes; jamais ils n'y ont la valeur de b, g.
Au contraire, le vieux turc de l'Orkhon et les dialectes très
rapprochés de lui aux(|uels a été appliquée d'abord l'écriture
sogdienne n'avaient ni /S, ni y, mais seulement A et g. Cette
opposition si nette rendait impossible l'emploi des =3 et ^^^
sogdiens, à moins de consentir à noter des occlusives par des
spirantes : et comme ra et ^^ étaient les seuh signes repré-
sentant des consonnes sonores en sogdien, on s'est trouvé réduit
fatalement à faire usage de- ^ et de 2., c'est-à-dire précisé-
ment à confondre dans l'écriture les sourdes et les sonores des
séries labiale et gutturale. En réalité donc , si l'on se place au point
de vue proprement ouïgour, ^ et :i ne sont les graphies ni des
sonores ni des sourdes, mais des occlusives de l'une et l'autre
catégorie. Ce qui montre bien que les signes des spirantes sog-
dicnnes ne poifvaient être enq)loyés à noter des occlusives
tincjues, c'est (jue le bith :d a été aOecté à rendre le v Uwc
bllabial et différent du iv sogdien, qui, lui, s'écrivait par
92 JANVIER-FEVRIER 1911.
La série des dentales n'est, pas d'accord avec celles des gut-
turales et des labiales, et le dâleth est passé du sogdien à rouï-
gour. Mais cette différence de traitement ne fait que confirmer
notre démonstration. En etïet, en fa'ce du g, bieiitôt altéré
d'ailleurs dans les divers dialectes postérieurs, et du ^, qui a
mieux résisté, à ce qu'il semble, le turc des inscriptions de
rOrkhon et les parlers voisins de l'Asie centrale avaient non
pas d, mais S, au moins à l'intervocalique. Dès 1896,
M. V. Tbomsen, qui est à vrai dire le premier linguiste véri-
table sur le domaine turc, auquel il a appliqué d'abord et en
maître la méthode comparative, a montré avec beaucoup de
clarté (^hiscriptions de rOrhhon, p. 190) que dans les inscrip-
tions vieilles turques c'était sans doute S que notaient les
deux caractères de la série antérieure et postérieure employés
à rendre la dentale sonore. Dans ses Forstudier ul tyrlask Lyd-
hîstorie (p. 36 et suiv.), M. V. Gronbech insiste justement sur
ce fait que la sonore dentale a disparu longtemps avant la gut-
turale et la labiale, ce qui donne à penser qu'elle ne compor-
tait pas le même degré d'occlusion. Aussi est-il regrettable que
M. V. Radlofl", sacrifiant à un besoin de parallélisme pure-
ment schématique, ait donné au représentant du Jâ/^?//* en ouï-
gour la double valeur de 6 et S, contrairement au témoignage
des inscriptions vieilles turques et à celui de Rabghousi, que
pourtant il introduit lui-même et qui donne très exactement
i>^\ pour ôS ^ temps 11, ^5i! pour âSgii ^ bon 55, ^iî pour nSnq
t^piedw (IhorbcnnH de l'Académie de Pétersbourg, 1908, t. I,
p. 889). Si l'on se reporte d'ailleurs à la liste de mots turcs
en caractères manichéens que M. von Le Coq a eu l'heureuse
idée de publier dans les Silzungsberichte de l'Académie de Berlin
(1908, p. /io9 et suiv.), on y trouvera précisément Ji^J?)j '^'
'*' Faulo de ty{)cs manichéons, on transcrit iri l'alplialiol citran/fliélo mo-
difié par du syriaque ordinaire.
DE L'ALPHABET SOGDIEN. 93-
aSnqa (n" 2), a^) âSgû (n° 65), parmi bien d'autres
exemples.
Un témoignage curieux et significatif enjfaveur de notre
explication est fourni par les documents sogdiens bouddhiques
eux-mêmes. On y trouve, en effet, illustrée par l'exemple, l'in-
sufïisance de l'alphabet sogdien à noter un système de consonnes
tel que celui du turc archaïque. On y voit le système graphique
iranien, aux prises avec les mêmes diflicultés exactement que
dans le cas de l'ouïgour, aboutir précisément aux mêmes expé-
dients et aux mêmes ambiguïtés. Dans l'un des textes rapportés
par M. P. Pelliot de Touen-houang (Inventaire, n" 35 90),
qui forme un rouleau en assez bon état, mais d'une encre et
d'une écriture médiocres, nous avons retrouvé, non seulement
des emprunts sanskrits comme il y en a dans tous les textes
bouddhiques sogdiens, mais encore de nombreux noms propres
et surtout des citations de textes, c'est-à-dire en somme du
sanskrit en écriture sogdienne. Ces citations comprennent des
vers d'origine inconnue, mais parfaitement reconnaissables et
intelligibles, et deux extraits du Dharmapada. Or le système
phonéti([ue du sanskrit ignore de façon plus complète encore
que celui du turc les spirantes : il n'a pas même de S, et les
scribes sogdiens se trouvaient en face de la langue sacrée du
bouddhisme du Nord dans le même embarras exactement qu'en
face du parler des barbares turcs. Ils ont abouti à la même
solution : t, tli, t et d, dh , d sont notés les uns et les autres
par t '^•, p, ph et h, hh par p a; /.•, kh et g, gh par /. a.. Les
sourdes et les sonores paraissent ainsi confondues, alors iju'il
est probable qu'une partie au moins des Sogdiens ont été en
état, par éduccition ou par rééducation, de prononcer des oc-
clusives sonores'^'. A la page suivante, on trouvera le fac-siuiilé
'•' Quand le s(>|j(lion a <î on face d'une donlale snnskriU-, ro (jui ost tivs
rare, il s'njjit sans doute d'un fait d'adaplallon |ilion<''lii|U(' (l(> r('in|irunt. Kn
cllt'l, on a ainsi <5 dans ênii illianna, qui sondile doNonu ^ojjdicn cl lournil îles
94 JANVIER-FÉVRIER l'Jll.
(n"I), réduit de moitié, d'une des citations du Dharmapada,
qui illustrera mieux que tout commentaire le fait en question.
En voici la translitératipn mécani([ue, conforme aux indications
du tableau de la page 82, et au-dessous la transcription en
sanskrit :
sr^n t'u'n trm t'n'n cyn'Uj srfn rhjn trm rhjn
sarvaiii dânani dharmadânam jinâti sarvam ratini dharmaralim (s/c/)
èyn'ly
jinâti
sr^n pr'n H'nUj pr'n hjn'iij tv^ysn' h'.s^y sr^ sivhk (sic!)
sarvam balani ksânlibalani iinâli trsnâksavali sarvasiikba
cynUy
jinâli
On voit que c'est le correspondant du pâda 35/i du Dbam-
mapada pâli :
Sabbadâaaiu dhammadânam jinâti
sabbam rasam dhammaraso jinâti
sabbam ralim dhammaratï jinâti
tanhakkhayo sabbadnkkliani jinâti.
Mais la recension sogdienne est conforme à la rédaction
du Nord, ainsi qu'il ressort de la comparaison avec le texte
conservé en tibétain (^Udânavarga, trad. Rockbill, xxvi, 33,
p. 12/1) : «The greatest of gifts is tbe gift of the lavv; tbe
greatest of delights is deligbt in the law, the greatest of
strengths is tlie strcngth of patience; tb<' greatest bappiness is
ibc destruction of désire, n La citation est donc en somme très
correcte. Outre la confusion purement graphique des sourdes
et des sonores, elle présente quelques particularités régulières :
la transcription de in par n et de j- par r suivi de y ou de 'y,
dérivés, et dans "ry'^'whSys^r Ârv^valokitoçvara, lo nom peul-ètro lo jilus
])0[»iiliiir(' (lu liouddliisnio so(jdicn; c't'sl-à-dirc (|iio S t'sl iiunsi l)icn juiur la
sonore (//( (jnc pour la sourde t, (|uuiul luni' cL Taulre s'ullèronl.
Journal asiatique. — Janvier-février 1911.
REPRODICTIONS DE SPECIMENS S0GD1E>S.
i
^
îi
î
f
l
'.»^-y«'
DE L'ALPHABET SOGDIEN. 95
l'omission complète du -li final, qui est au contraire noté par
y à l'intérieur. Ces é(|uivalences, qui s'expliquent d'ailleurs par
l'état des systèmes phonétiques du sanskrit et du sogdicn, se
retrouvent dans tous les exemples. En revanche, il y a une
faute de sandhi entre dharmaratim et jinâti, ce qui n'est pas
très surprenant et où il n'y a peut-être qu'une erreur graphique
amenée par le parallélisme entre sarvain dânam \ dharmadânam
jinâti et sarimm ratim \ dharmaratir jmâti. Enfin il manque la
nasale finale dans 5/r/.7.-.
Pour finir, nous donnerons ici la translitération et l'explica-
tion du spécimen d'écriture donné comme deuxième fac-similé
et qui se trouve à la page précédente. Il s'agit de deux lignes
extraites d'un passage où sont énumérés les six organes des
sens (âyatana) :
asty nylc zk ct^'nn fy :^'k zk
pncm t'y civrnc 'pny ivyivsmy
ce qui signifie :
... .le troisième (âyatana) le nez; ce quatrième âyatana la langue,
ce cinquième âyatana la peau et le sixième
Pour l'explication des noms de nombre ordinaux, il nous
sera permis de renvoyer aux Mémoires de la Société de Linguis-
tique (tome XVII, fasc. 3). Les autres mots sont : nyh «nczw,
en pehlvi nâh, en chigni nid:; zjS'Iî, en ossète aztvâg, en vvaklii
zik, en chigni zeiv, en persan ziihân; et hrrnc, en ossèlc car,
varni, jarni, en persan carm. Les idéogrammes sémitiques zk et
'/' (qui était lu ny, ainsi qu'il est indiqué en toutes lettres) sont
en majuscules.
NoTK DK coiiUKCTKiN. - J^'s (l(r()ti\ (M'ii's (•( iM-M'Ialioiis loiicliaiil les cliosos
(PAsio conlralo se !siicct''(l<Mil si xilc (pic iidiis sommes oMijji's do ronvoyor le
lodciii' |Miiii' la |ii'(Mnièi'0 partie de cel article et. en parlicidier, |iour la carar-
l(''risli(|iie el le (N'chillremeiil des leUres rapperlées de (Iliiiie par \l. \. Siein,
à la Ao/i; aur In Inn^ntc cl l'écriliire iiicuniiiiex (Ir.i ilnciniienlx Slciii-(itiivli'ii (pii
doit |»araître sous peu dans le J.ll.A.S.
LE
CALENDRIER MALGACHE,
PAR
M. E.-F. GAUTIER.
D'un manuscrit arabico-raalgache, que j'ai publié ^'^ M. Ga-
briel Ferrand m'a fait l'honneur de tirer par déduction une
théorie ingénieuse et inattendue sur le calendrier malgache;
elle a paru en avril-mai 1909 '-' dans la Revue des Etudes ethno-
graphiques.
M. Ferrand admet cjue, à Madagascar, dans ie Sud-Est,
l'année compte, ou comptait du moins au xvii" siècle, exac-
tement douze mois à 28 jours (quatre semaines juste), ce qui
faisait une année de 336 jours. Cette affirmation est toute la
théorie.
L'année solaire a 365 jours; l'année lunaire 35/i ou 355;
le mois lunaire, de nouvelle lune à nouvelle lune, dure de 98
à 3 1 jours ; il est donc bien entendu que le calendrier mal-
gache ancien n'aurait eu aucune espèce de rapport soit avec le
soleil soit avec la lune, soit avec un phénomène naturel pé-
riodique quel qu'il soit. Ce calendrier ne repose sur rien, sauf
une convention arithmétique; le temps est divisé en multiples
du chiffre 7, groupe de y, 98, 336 jours, auxquels il faut
ajouter la semaine d'années.
Si le fait était exact, il serait, j'imagine, très curieux, et
peut-être bien unique. L'Annuaire des Longitudes , en tout
'•' Vil manuxcril avahico-malgachi' sur les canipaipics ilc La Caso liaits
t'hmtro, par E.-K. Gai;t!ER et H. I"'roii)Kvau\, in Notkesel Kxtiaits , t. \\\1X,
p. 3), 177.
'■-' Noie sur le Calendrier malgache, par Al. Gal)riol FEniiANi), in Revue de»
Eludes elhtiofrraphiques cl sociologiques , avril-mai 1908.
XVII. 7
IvtHtvrRir RtTi.intip.
98 ' JANVIER-FÉVRIER l'Jll.
cas, dans sa partie historique, mentionne des calendriers so-
iaires, lunaires, luni-solaires, mais pas un seul qui ne soit ni
l'un ni l'autre : ce calendrier abst4'nit, dont aucune périodicité
saisonnière ou astrale ne permettait le contrôle et la rectifi-
cation, se serait égrené régulièrement et mathématiquement
pendant des siècles ^'^, dans des cerveaux inconséquents de
sauvages; cela semble surprenant. Notons que dans tous les
dialectes malgaches, le même mot exactement désigne la lune
et le mois (^volana en dialecte merina, fanjava dans les dia-
lectes côtiers); et les Malgaches sont très attentifs aux phases
de la lune.
Notons encore que Flacourt affirme les relations du calendrier
malgache au xvn'' siècle avec les phases de la lune. Son té-
moignage a même été, chose curieuse, invoqué par M. Ferrand.
Flacourt écrit : «Le vingt-troisième d'Août (i653), premier
de la lune Hiahia''^^», les Malgaches du Sud-Est ont célébré la
fin du liamadan. M. Ferrand traduit et met entre parenthèses:
(premier jour du mois de). C'est prendre une grande liberté
avec le texte. La prose du xvif siècle , que Flacourt écrit ho-
norablement, est une langue précise, où les mots lune et
mois ne sont pas synonymes. Tout le monde sait que les Mu-
sulmans , à la fin du Ramadan , attendent impatiemment non
pas la fin théorique du mois, mais l'apparition réelle de la
nouvelle lune dans le ciel. D'ailleurs le problème, si M. Ferrand
croit qu'il y en a un, est facile à résoudre. D'après Flacourt,
le 2.3 août i653 l'ut un jour de nouvelle lune; c'est facile à
vérifier. Dans l'Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1910
prenons les tableaux du nombre d'or et de l'épacte, nous con-
statons que, entre 1910 et 1 653, l'écart des nouvelles lunes
est de 1 8 jours; en août 1910 la nouvelle lune d'août est le 5 ;
î') M. Ferrand a rru pouvoir fixer exactement les équivalences du calendrier
anlaiuioro di> 1G37 à 1909, cf. op. laud.
(^> Flacourt (édition de iGGj, p. 3/i3).
LE CALENDRIER MALGACHE. 99
18 et 5 font exactement 28. Flacourt a donc parfaitement
raison; le ^^3 août i653, premier de Hiahia, fut un jour de
nouvelle lune. Le même Flacourt d'ailleurs, parlant de l'année
malgache en général, écrit encore : ^Le premier mois commence
à la nouvelle lune de Mars, v Comment peut-on équivo([uer sur
un texte aussi précis?
L'existence du calendrier ^dc sept et ses multiples?? n'a
jamais été constatée directement à Madagascar. M. Ferrand
l'établit parle raisonnement et non par l'observation. La to-
talité, moins un, des manuscrits arabico-malgaches connus
jusqu'ici contiennent de la magie et des généalogies. L'exception
unique c'est précisément le manuscrit que le hasard m'a mis
dans les mains et dont j'ai publié des fragments'"; c'est un
récit historique, semé de dates précises en assez grand nombre.
De ces dates, ingénieusement comparées et interprétées,
M. Ferrand tire sa conviction sur le calendrier «de sept et ses
multiples»; et cette conviction n'a absolument aucune autre
source.
I! faut donc que ces interprétations de dates conduisent à
des résultats singulièrement précis; est-ce bien le cas? Les
données du problème sont les suivantes. Le scribe Antaimoro,
quand il donne une date, indique avec précision, outre
l'année, le jour de la semaine, le nom du mois, et enfin il
donne sur le quantième une indication nslmlogique àoni la tra-
duction c/iro/io/o/^'vVywe est relativement précise, à sj ou 3 jours
près; c'est ainsi (ju'Asorotanv '-'par exemple (nom d'un destin)
s'applique indilléremmcnt aux 8% ()" et t o' jours du mois. Si
on relève dans le manuscrit une liste sullisamment serrée de
f' /. c. Voir aussi Notes sur ri'rvilitrn .{nlaiiiinrii, jiar E.-I"\ Gautieh, clans les
Piiljllcationx de l'Ecole dox Lellres dWtgrr, i()03. — Dans ces nu-mcs put>ii-
calions (deveiuies celles clo la Facidlé drs Lettre») le nianiiscril anlaiinoro va
paraître iiUeyraleiiiciil par les soins do M. Mondain, j)asteiii- à iMndajjascar.
(-^ Pour ma commodité personnelle, et dans un (ra\aii (|iii n'est pas |)liil(i-
lo{ji(pie, j'emploie rnrtliofjrajilie usnelie à Aladaj;as(nr.
100 JANVIER-FEVRIER 1911.
dates aussi complètes, on peut essayer de déterminer le ca-
leridrierqui assure la concordance entre le jour de la semaine
et le quantième du mois. C'est ce (ju'a fait M. Ferrand; il admet
que cette concordance est 'assurée par le calendrier de «sept
et ses multiples w. Les détails qu'il donne pourtant n'entraînent
pas la conviction.
Prenant pour base une liste de dates empruntées aux Cam-
fagnes de La Case, M. Ferrand conclut : «Pour que les indi-
cations du texte concordent avec. . . le quantième, il faut, je
le répète, que tous les mois commencent un jeudi et n'aient
que 28 jours de durée ''^ 77 II est évident, en effet, que, si le
mois a régulièrement h semaines juste, il commencera
toujours, immuablement, par le même jour déterminé.
A la même page et en note, prenant pour base une autre
liste de dates, empruntée cette fois à mes Notes sur récriture
Antaimoro, M. Ferrand conclut : t^Les trois dates ci-dessus im-
pliquent un lundi comme premier jour du mois, et non un
jeudi. Ceci tendrait à démontrer que toutes les tribus du Sud-
Est n'avaient pas un calendrier unique et que certains grou-
pements commençaient le mois un lundi , d'autres un jeudi, -n
Il est vraiment difficile de suivre M. Ferrand sur ce terrain;
les deux groupes de dates ont beau avoir été tirés de publi-
cations diiïérentes, ils sont empruntés à deux pages très voisines
du même manuscrit, ils se rapportent à deux épisodes dans
l'histoire d'une même tribu , les Antaimoro ; cette tribu était
sous le commandement d'un chef suprême unique, dont c'est
précisément les hauts faits qu'on nous raconte; elle était étroi-
tement unie , malgré ses dissentiments politiques , par une même
magie, et ce qu'on pourrait appeler une même culture. Les
deux groupes de dates ne sont séparés l'un de l'autre que par
un petit nombre d'années; puisque le personnage de premier
C G. FfinnA.ND, Le, Calendrier nialjraclie, p. n du tirajje à part.
LE CALENDRIER MALGACHE.
101
plan, Andrlamarofatana est le même dans les deux épisodes.
Veut-on nous faire croire que sur le même point, chez les
mêmes hommes, à la même époque, le mois ait commencé in-
variablement à la fois un lundi et un jeudi? Pourquoi fermer
les veux sur cette contradiction choquante?
Dans les notes et le commentaire des Campagnes de La Case
j'avais relevé une erreur d'un an dans la chronolo^jie du ma-
nuscrit; j'entends que le manuscrit, dans deux passages
voisins, place le même événement à deux dates qui divergent
exactement d'une année. A ce sujet M. Ferrand écrit : rt Les
indications du texte sont très nettes; la rectification de Gautier,
p. 168 n. 7, est inexacte*^', w
Voyons donc ce texte : il est assez court pour qu'on puisse le
citer intégralement. Aux pages 167 d'une part et 168 de
l'autre, le scribe Antaimoro nous raconte le même événement;
celte répétition est très justifiée au début d'un nouveau cha-
pitre; les deux récits concordent jusque dans les termes, et
leur date est la même, sauf un écart d'un an juste.
Dressons en un petit tableau synoptique.
Page 168.
Page 1G7.
Ramanirakarivo s'enfuit vers le
Noiil. . . Au mois de Fisakavy
tout le peuple reprend le clieniin
de Mananjary. L'Andrianony An-
diiamaniiakarivo se fixa à Fisanga
au mois de Volambita. Ouand fut
finie l'année du !Aindi^'\ celle du
Mardi commença. Les mois d'Asara-
masay, d'Asarabe, de Valravatra
passèrent; le peuple planta le riz.
Ce fut au mois de Fisakavy
qu'Andriamanirakarivo s'en alla au
Nord; au mois de Volambila Vannée
du Mardi finit. Au mois d'Asara-
masay l'Andrianony Ancb'iamani-
rakarivo bâtit son village à Fi-
sanga. Au mois d'Asarabe et de
Valravatra le ()ou|)le ])lanta le riz.
O G. Ferrand, dans le Journal asialiquc. t. XII, juillel-aoùl 1908, p. 'r9(>
et suiv.
'■'' On sait que les Antaimoro classent leurs années eu j;roupcs de se|)l, et
donnent à chacune le nom d'un jour de la semaine.
102 JANVIER-FEVRIER 1911.
Les indications de ces textes sont en effet très nettes, et je
ne vois pas comment M. Ferrand a pu se soustraire à ma con-
clusion. Préoccupé de dresser la liste des dates il a sans doute
laissé son attention se détourner des faits auxquels ces dates
se rapportent. Un événement considérable aux proportions de
l'histoire Antaimorô, la fondation de Fisanga dans les mois
de Volambila et d'Asaramasay, ne peut pas avoir eu lieu à la fois
à la fin de l'année du Lundi, et à la fin de l'année du Mardi.
Il faut nécessairement faire un choix entre ces deux dates.
M. Ferrand s'y refuse-" et il les admet conjointement toutes
les deux comme éléments de son calcul. Dans ce calcul, qui
s'étend d'après lui à une période de cinq années, il a donc
laissé se glisser une erreur d'une année entière.
M. Ferrand a publié très loyalement les éléments de son
calcul, c'est-à-dire la liste des dates relevées dans le texte
Antaimorô, et qu'il s'agit de faire concorder entre elles. J'y
relève ceci (p. lo, ii et 1 2 du tirage à part) : f^ Mercredi
Asaratan du mois de Maka. Lire jeudi mardi Alahasadi.
Lire lundi Lundi Adabaran rectifier en jeudi, ri En-
tendons bien que ces lectures différentes ne sont nullement
suggérées par la graphie du manuscrit, ou par la similitude de
mots qui eussent pu être confondus; — non. M. Ferrand rec-
tifie mercredi en jeudi, mardi en lundi, lundi en jeudi, uni-
quement parce que sans ces rectifications son système s'écrou-
C H me renvoie, pour me convaincre de mon erreur, à p. i38, ligne 3 (je
suppose du moins ([ue c'est Itien là ce qu'il veut dire car sa référence est
inexacte). Il ne s'est donc pas aperçu ([ue les événements auxquels se rapporte
la date de la page i38 n'ont rien de commun avec la fondation de Fisanga.
Ça se passe dans une autre partie de l'Imoro , La Case y combat de nouveaux
adversaires. Entre les dates préci'dentes et suivantes, celle de la page i38 ne se
trouve donc intercalée qu'au point de vue typographique, mais non pas à celui
d'une liaison chronologique entre les faits. M. Ferrand extrait mécanicjuement
du texte des dates qui lui paraissent se suivre. Mais ce texte; rous dit formel-
lement que les faits datés ne se sont pas suivis. Il faut absolument se résigner
à le lire en l'ntier et à le comprendre.
LE CALF.MDRIER MALGACHE. 103
lerait. Sans doute le scribe Antaimoro était un étourdi. C'est
seulement lorsque le texte est en contradiction avec sa théorie
que M. Ferrand s'en souvient. 11 croit en avoir le droit parce
r^ que sur trente-sept dates relevées. . . . trente-trois concordent
exactement 55. Trente-trois concordances contre quatre diver-
gences, voilà en effet une assez belle disproportion , moins frap-
pante cependant qu'on ne le croirait au premier abord. Le
quantième Antaimoro n'est pas en général indiqué par jour,
mais par groupes de 2 ou 3 jours. Trois jours, c'est presque
la moitié de la semaine : une pareille notation du quantième
donne un jeu très appréciable pour chercher les concordances;
et il est rtyWon vraisemblable, avec un peu de chance, qu'elles
doivent l'emporter en nombre sur les divergences.
Par surcroît, le chiffre de 33 contre k ne nous paraît pas
acceptable d'après les données mêmes que publie M. Ferrand.
Dans le texte Antaimoro, les dates ne sont pas éparses une
à une à travers le récit, comme elles pourraient l'être, par
exemple, dans un manuel européen d'bistoire. Quand le scribe
Antaimoro en vient au récit d'une semaine ou d'une quinzaine
tragique, il date minutieusement l'un après l'autre tous les
jours successifs, du premier au dernier.
Exemple : la première razzia de La Case, dans l'année du
Dimanche, a commencé le 5 du mois de lliahia, et a fini le i i
du même mois. La scribe date avec précision le lundi 5, le
mardi 6, le mercredi -y. Il les date, c'est-à-dire qu'il donne
soigneusement pour chacun de ces jours néfastes la notation
astrologique; que celte notation ait pour nous un sens chrono-
logique, il n'en a cure.
Il nous donne de même dans l'année du Lundi les dates
précises de chacun des quinze jours successifs, qui vont du a 'i
llatsiha au 8 Volasira; et dans l'année du Mardi les dates
précises des i ^i jours successifs ([ui vont du () au -j-î Hatsiiia.
Voilà bien en effet les 33 indications chronnlogicjues de
Il
lOA JANVIER-FEVRIER 1911.
M. Ferrand, mais elles ne nous renseignent que sur trois points
seulement de la durée, exactement sur A mois différents, et
ce sont en somme simplement k dates indépendantes.
En résumé : ayons sous les yeuj; la liste des dates relevées
par M. Ferrand dans le manuscrit Antaimoro: adoptons son
critérium de concordances, qui est bien simple; le mois ayant
toujours, sans exception, 28 jours (soit quatre fois sept), de
toute nécessité il doit invariablement commencer par le
même jour de la semaine, dans l'espèce le jeudi; prenons, bien
entendu, le texte tel qu'il est, sans rectification; et voici les
seules conclusions auxquelles nous puissions aboutir, je crois :
A nm'e du dimanche :
Le mois de Maka n'a pas commencé un jeudi;
Le mois de Hiabia a commencé un jeudi.
Année du lundi :
Le mois de Hatsiha et le mois de Volasira ont tous Iqe deux
commencé un jeudi.
Année du mardi :
Le mois de Hatsiba a commencé un jeudi.
Année du mercredi (d'après M. Ferrand, mais il se trompe
«l'un an et il s'agit encore de l'année du mardi) :
Un mois indéterminé ne commence pas un jeudi. •
Année du jeudi [en réalité mercredi) :
Un mois indéterminé ne commence pas un jeudi.
Voilà le bilan du fragment de manuscrit qui contient les
campagnes de La Case. Dans un autre fragment (publié dans
mes Notes sur l'écriture Antaimoro)^ M. Ferrand a relevé quatre
indications cbronologiques, dont l'examen conduit aux consta-
tations suivantes :
Année du mérc/W* (antérieure aux précédentes, mais de peu,
LE CALENDRIER MALGACHE. 105
puisque le roi Anlaimoro est déjà Ramarof;ilana, que La Case
a connu) :
Trois mois indéterminés commencent un lundi;
Un mois indéterminé ne commence ni un lundi ni un
jeudi.
Voilà très exactement reproduits les éléments de calcul sur
lesquels M. Ferrand appuie sa théorie : et il est bien entendu
que c'en est la seule base. Elle apparaît donc un peu fragile ,
puisque nous constatons y divergences contre h concor-
dances. La seule conclusion possible est que le mois Antaiinoro
avait parfois, mais que parfois aussi il n'avait pas, exactement
2 8 jours.
Je ne doute pas que M. Ferrand ne se soit, laissé entraîner
au plaisir bien naturel de solliciter les textes.
Le scribe Antaimoro n'est pas très digne de foi : M. Ferrand
le sait bien, puisqu'il lui reproche à tout hasard de s'être
trompé sur des noms de jour, sur des quantièmes; et nous avons
vu que ce scribe commet candidement une erreur d'un an.
Grâce à sa façon de grouper les dates, il ne nous donne (pio
très peu d'indications chronologiques utilisables : deux par un
en moyenne. De dates aussi suspectes et aussi rares comment
pourrait-on extraire la connaissance précise d'un calendrier?
M. Ferrand jouit dans les cercles érudits d'une autorité lé-
gitime; à l'étude philologique du malgache et à celle des ori-
gines il a apporté des contributions très précieuses. Sur un
sujet pareil, où tout moyen de contrôle fait défaut à l'im-
mense majorité des lecteurs, une erreur de cet esprit dis-
tingué n'est donc pas indifférente. Néanmoins je ne l'aurais
pas relevée, une 'critique stérile ne m'aurait pas paru valoir
l'impression.
J'ai toujours pensé que cette question du calendrier ancien,
comme tant d'autres questions malgaches, trouverait sa so-
10() JANVIER-FEVRIER 1911.
lution à Madagascar, où les indigènes après tout n'en ont
perdu ni le souvenir, ni même, dans une certaine mesure,
l'usage. Ce n'est pas une matière morte sur laquelle nous en
soyons réduits au témoignage des teMes. J'ai plusieurs fois si-
gnalé à l'Académie malgache de Tananarivo, l'utilité d'une
enquête locale sur le calendrier, et voici qu'on m'a donné sa-
tisfaction. Une enquête sérieuse a été faite; elle conduit à des
résultats intéressants et neufs; nous pouvons nous faire main-
tenant une idée nette du vieux calendrier. Ces résultats ont été
publiés dans le Bulletin de rAcndémie malgache, c'est-à-dire
dans une revue qui paraît quelquefois, à Tananarivo, et qui
est à peu près introuvable de ce côté-ci des mers. Il me paraît
donc nécessaire d'en donner une analyse; et pour ce faire j'ai
dû examiner d'abord la théorie de M. Ferrand.
Le Bulletin de l' Académie malgache vient donc de publier sur
le calendrier un article du R. P. Thomas^'^ Une note delà
rédaction nous prévient que l'article était déjà rédigé en i gof) ;
il a donc attendu quatre ans en tiroir. Les résultats d'une
encpiête intéressante, complètement terminée en ic)o5, n'au-
ront été connus en France qu'en 1910. Et encore faut-il se
féliciter qu'ils aient tout de même fini par l'être. A l'avancement
des études concernant Madagascar, c'est un très gros obstacle
que l'inexistence de communications régulières entre les mal-
gachisants d'Europe et ceux de Madagascar. 11 en résulte natu-
rellement, de part et d'autre, l'impossibilité d'être jamais au
courant.
De l'article précité je crois utile d'extraire d'abord un petit
nombre de faits qui font définitivement la lumière sur le calen-
drier de rr 7 et ses multiples 55 .
M. Ferrand a dressé une table complète de ce calendrier
'"' Bulletin de rAcadémifl ma^jrache , vol. VI, 190g, p. 17 : L'on<pne des
iioiits de inoin à Madagascar, Noies de philnlnjrie comparée. b\a<rwents du /?. /*.
Thomas.
LE CALENDRIER MALGACHE. 107
(Jejîuis l'année 1687 jusqu'à i^0(.)^^'. Je trouve duns celte
table qu'une année du lundi va du 2 mars 1906 au i*"" fé-
vrier 1905. L'administrateur de la province de Farafangana,
cité par ïhomiis, nous atFH'mc que de février 190/1 à février
1906 i'année a porté le nom du flimanche^-K N'oublions pas
que la table dressée par M. Ferrand est, par ailleurs, entiè-
rement incontrôlable sur toute sa durée. Le contrôle n'en est
possible qu'à la fin, à l'époque actuelle; il nous conduit à la
constatation d'une discordance.
Mais voici qui est encore bien plus décisif.
L'article du P. Thomas nous apprend que les Antaimoro
ont conservé l'usage très vivant des quantièmes astrologiques;
aujourd'hui, comme au xvn^ siècle, le mois se divise en 1 9 k grands
destins» et 98 et sous-destins»; ce sont les mêmes, ils portent
les mêmes noms, et ils se suivent dans le même ordre. Hien
n'a changé. Seulement M. Voyron, administrateur de Farafan-
gana, écrit textuellement : ^Le point de départ pour l'appli-
cation des destins n'est pas le premier jour du mois, mais le
jour du premier quartier de la lune du mois'^'.» M. Voyron,
qui n'est pas nécessairement familier avec la précision du lan-
gage astronomique, a voulu dire, j'imagine, le jour où com-
mence à se former le premier quartier, c'est-à-dire la nouvelle
lune. Je ne crois pas que le jour exact où le premier quartier
est complet soit appréciable à l'œil pour un indigène. Cela n'a
d'ailleurs aucune im[)ortance. Il est certain en tout cas que le
jour du premier destin est déterminé par une phase de la lune,
quelle qu'elle soit, et non pas par le début d'un mois fixe
de 98 jours qui n'aurait avec la lune aucune espèce de rap-
port.
'" lii'vui' (h's Kuiilfx ethno^rapliiiiHi'x de. Inc. ril., p. h à 1 d du lirnjjo
il pnri.
'■-' Ijttc. cil. , p. 18 en ndlo.
'■^' Loc. cil. , p. 1 () en noie.
108 JANVIER-FEVRIER 1911.
Cette façon de compter est actuelle en Imeriiia aussi et elle
y est attestée depuis trois quarts de siècle'^'.
C'est celle que Flacourt indique implicitement dans l'Anosy
du wif siècle, on l'a vu plus haut.
Enfin, le P. Thqmas attire l'attention sur un texte qui
m'avait échappé, et qui est catégorique. Houtman en 1609 , à
propos de la côte Nord-Est, écrit textuellement : ^^A Mada-
gascar, le mois commence invariablement avec la nouvelle lune
et prend fin lorsque apparaît la lune suivante'-*, w
Il est donc bien entendu que le calendrier de c^ 7 et ses mul-
tiples ?5 n'a pas d'existence réelle, et il n'en sera plus question.
Essayons maintenant de dégager ce que le P. Thomas nous
apprend de positif sur le calendrier malgache.
Ce qui dans ces dernières années a complètement renouvelé
celte petite question, c'est une découverte philologique. Une
des deux séries de noms de mois en usage à Madagascar est
empruntée au sanscrit. L'honneur de cette johe découverte
appartient à M. Gabriel Ferrand; mais il lui faut désormais le
partager avec le P.Thomas. Dès 1906 le P. Thomas était arrivé
sur ce point par une voie indépendante aux conclusions de Fer-
rand; il eut simplement le tort de publier les siennes quatre
ans après les avoir formulées en manuscrit.
Du moins nous apprend-il sur l'usage des noms de mois
sanscrits à Madagascar des choses que nous ignorions.
Les mois sanscrits ne sont pas restés cantonnés, comme il
était loisible de le supposer, dans le coin Sud-Est de la grande
île. Dix-neuf informateurs les signalent dans dix-neuf districts
difl'érenis, éparpillés sur toute la surface de Madagascar, aussi
bien à la côle Ouest que dans le centre et l'Est. Les mois sans-
('^ Loc. cil., p. lîo note.
(^) Collection dex ouvrages aiiciens concernant Madagascar, publiée sous la
diieclion de A. Grandidier, etc.. Paris. Comité de Madagascar, 1908, l. I,
p. 890.
LE CALENDRIER MALGACHE. 109
crits ont donc été, suivant toute vraisemblance, d'un usage
général dans l'île entière.
Nous savions que, au xvii'' siècle, ils étaient seuls usités
dans le Sud-Est, en particulier dans l'imoro. Le P. Thomas
nous apprend qu'ils y sont aujourd'hui tombés en désuétude.
Ils y ont été supplantés, comme à peu près partout ailleurs,
par l'autre série de noms de mois, celle qui est d'étymologie
arabe. M. l'administrateur Voyron écrit que « seuls quelques
vieillards emploient indifféremment w l'une ou l'autre série. Ce
témoignage est précieux.
Il a été possible de croire, et, pour ma part, j'avais cru,
que les Malgaches avaient emprunté auxArubcs leur calendrier,
(îelui de Tananarivo, le plus anciennement et le mieux connu,
est resté eq, effet jusqu'à l'introduction du grégorien, le calen-
drier musulman pur el simple. Année lunaire de 35/i à
355 jours, mois lunaires de 2() à 3o jours qui errent à travers
toute l'année solaire.
Aujourd'hui sous le calendrier musulman malgache nous en
apercevons nettement un autre, antérieur et à demi effacé, qui
a nécessairement des relations avec l'Inde, puisque les noms
de mois sont sanscrits.
Sur ce vieux calendrier nous n'en savions pas plus long,
mais quelques lignes du P. Thomas jettent brusquement une
vive lumière :
«Un des mois antaimoro (Alahamaly dans la nomenclature
arabe) règle la concordance de l'année avec les saisons; car
ce mois doit toujours correspondre avec le commencement de
la saison sèche et la (in des pluies. Et si les Antaimoro con-
statent . . . que ia saison des pluies persiste dans toute son
intensité à la fin du mois d' Vlahamaly, ils redoublent ce dernier
mois... D'autre part un autic mois peut être aussi bien
redoublé. C'est ainsi que l'année courante ( i yo/i ) aiu'a i .'> mois.
Le mois d'Alakarabo aura en lait soixante jours, parce (|ue sur
110 JANVIER-FEVRIER 191 L
ic point de prendre fin, il n'aurait pas coïncidé avec ia matu-
rité des letchis, s'il avait eu une durée normale, w
Ainsi donc les Malgaches, à tout le moins les Antaimoro,
intercalent dans leur année lunaire un mois supplémentaire
toutes les fois que c'est nécessaire pour la faire coïncider avec
l'année solaire. Leur calendrier, autrement dit, n'est pas solaire
comme le nôtre, il n'est pas lunaire comme celui des Arabes,
il est luni-solaire. C'est la première et la seule fois qu'on
nous ait donné cette information, mais le témoignage est
d'une précision documentée qui ne laisse pas de place au doute.
Dira-t-on que le calendrier luni-solaire est une introduction
récente? Mais d'où serait-il venu? Les Anlaimoro l'auraient-ils
inventé il y a peu d'années? Cela ne leur ressemble guère :
les acquisitions intellectuelles qui ont passé d'outre-mcr dans
rimoro (l'écriture par exemple) y ont dégénéré, bien loin de
f,ermer en nouveautés intéressantes. Le calendrier seul
aurait évolué, lui qui cependant, par son caractère astro-
logique, est sous la protection d'une terreur superstitieuse!
Que le calendrier luni-solaire ait été à Madagascar d'un
usage général et ancien , je n'oserais pas affirmer qu'on puisse
le prouver rigoureusement. Là-dessus pourtant on peut accu-
muler des présomptions qui ne sont pas loin d'équivaloir à
une preuve.
Qu'on en juge : ç^A Marovoay, d'après les renseignements
recueillis par M. Mathieu, la fête des tombeaux des rois saka-
laves se faisait toujours dans le mois de Volambita, lequel
tombait toujours en saison sèche, et correspondait à notre
mois de juin"*. »
«M. le commandant Leblanc signale que le premier mois de
l'année est Volambita, qui tombe toujours en août, chez les
Antandrov. . . Vers le mois de novembre, au début de la saison
!'' Loc. cil., arli(l(> du R. P. Tiidmas, p. q'i, lahlean synopliquo on note.
LE CALENDRJEll MALGACHE. 111
des pluies, dans la région d'Amborombe , la première lune est
Vulravutra. Dans l'Anosy la première lune est en mars^'l»
Chez les Bara , Asaramante correspond toujours à septembre,
d'après M. Demortier; et deux saisons, l'biver et le printemps,
portent des noms de mois'^'.
Voilà donc cinq provinces différentes où on nous affirme,
en 190/1, que les mois lunaires reviennent régulièrement à la
même saison de l'année solaire. On ne mentit)nne pas, il est
vrai, de 1 3" mois intercalé. Mais il faut admettre son existence;
en tout cas, d'une façon quelconque, les mois lunaires sont
accommodés au cadre d'une année solaire.
Le calendrier luni-solaire, de notre temps, n'est donc pas
cantonné dans l'Imoro, il se retrouve en des points très divers.
Dans le passé, au xvii" siècle, Flacourt affirme textuellement
que «le premier mois (celui de Vatravatra) commence à la
nouvelle lune de mars». 11 parle en général, sans spécifier le
moins du monde qu'il s'agisse d'une année particulière. 11 nous
dit encore que la circoncision se fait tous les sept ans^^^ ^tdans le
mois de mai le plus souvent qu'ils nomment Valascira».
Jamais il ne paraît soupçonner qu'il puisse y avoir un écart
entre l'année antanosy et la nôtre. C'est pourtant un bommc
précis et minutieux. Quand il nous parle du Ramadan , il
n'oublie pas d'observer : «Ce jeusne n'a point de mois réglé, et
se fait lantost en un mois, lantost en un autre, rr El ce serait
assez élrange si l'année malgache avait été lunaire, puisque,
alors précisément, comme dans le calendrier musulman, il
aurait été invariablement célébré le même mois. C'est dans une
nnée solaire que le Ramadan «n'a point de mois réglé''.
Le témoignag'e de Iloutman, le plus ancien que nous pos-
sédions (1602), s'accorde avec celui de Flacourt, avec plus de
C Loc. cit.
c^) Ihi,}.
'•') Kdilioii de iGOi, p. (iS.
112
JANVIER-FEVRIER 1911.
précision peut-être. Immédiatement après nous avoir parlé en
détail du recul des mois d'une année à l'autre dans le calen-
drier lunaire musulman, Houtman nous donné en double
colonne une table fixe des concordances entre les mois mal-
gaches et européens. Faut-il admettre qu'il s'est contredit sans
s'en apercevoir à une ligne de distance?
En somme Houtman et Flacourt, l'un comme l'autre, après
avoir afBrmé positivement que le mois malgache est lunaire,
ne nous disent pas explicitement que Tannée élait solaire, mais
ils admettent implicitement qu'elle l'était, ce qui d'ailleurs,
pour eux Européens , devait paraître la chose la plus naturelle
du monde. Devons-nous supposer que ces deux écrivains
sérieux ont commis l'un et l'autre une énorme bévue, et exac-
tement la même?
Voici un autre argument qui me frappe davantage encore.
Grâce au P. Thomas et à M. l'administrateur Voyron, pour
l'Imoro et pour l'année igo/i, nous pouvons, sans incertitude,
dresser un tableau exact des concordances entre les mois mal-
gaches et nos mois européens. Rappelons que les mots arabes,
d'où sont dérivés les noms de mois dans la première nomencla-
ture, désignent les douze signes du zodiaque :
PREMIKRE NOMENCLATURE
((•nij>riint('C à l'arabe ;
sijjnes du zodiaque).
Alaholsy (Pisces).
Alahamady (Aries).
Adaoro [Tmirus).
Aflizaozy ( Gnmmi).
Asorolaiiy ( Cancer).
Alaiiasaly (Lco).
Asoniljola (Virgo).
Adiniizaiia ( Lihra).
Alakai'aljo [Scorpitis ).
Alakaoza (Sagittariits).
Adijady ( Capriconiits).
Adalo [Aquarms).
DEUXIEME
NOMENCLATURE
MOIS FRANÇAIS
(pinprunlce
au sanscrit ).
(correspondants en payi
aiitaimoro cl en igo^).
Asaramasay.
Asarabe.
Mars
Avril.
Vatravaira.
• Mai.
Asolry.
Juin.
Hatsilia.
Juillet.
Volasii-a.
Aoiit.
Fosa.
Septembre.
Maka.
Octobre.
Hialiia.
Novembre.
Fisakamasay.
Fisakavy,
Décembre.
Janvier.
Volambita.
Février.
LE CALENDRIER MALGACHE. 113
Il est bien entendu que ce tableau n'a pas la moindre valeur
générale, il est vrai pour l'Imoro et pour l'année kjoIi, mais
sans doute aussi, d'après M. l'administrateur V'oyron, pour
un laps indéfini d'années avant et après 190/1, puisque les
années Antaimoro actuelles sont {grossièrement mais incon-
testablement solaires.
Le P. Thomas attire l'attention sur un petit fait très curieux;
dans ce tableau les signes du zodiaque sont à peu près exacte-
ment à leur place. D'après l'Annuaire du Bureau des Longi-
tudes de 1910 (le seul que j'aie sous la main), le soleil est
dans le signe du Bélier du 2 i mars au ao avril. Notre tableau
nous donne : Alabamady (^Ariesj = avril.
Coïncidence fortuite , dira-t-on ; et c'est bien possible a prion ,
mais il faut se méfier d'un hasard trop intelligent, et d'une
explication trop commode.
Ces douze mots arabes malgachisés, qui constituent la pre-
mière colonne du tableau, Flacourtles a très bien connus; de
son temps, ce n'étaient pas encore des noms de mois; c'étaient
des a destins w distribués trois par trois entre les quatre saisons;
Voici le tableau qu'il en donne et oii ce sont les accolades qui
sont intéressantes'''.
IAlaliiimali [Aries):
Azoroii ( Taurtis);
Alizozo (^Gemini).
i' Asarata (Cmicpr) :
Alnasadc (J.ro):
Asomboulo {Virgo).
Alimiza (Libm);
t'i'iii(('m^)s. ■ ■ ■ \ Alacarabo (Scorpius);
Macossi [Sagitlarius).
Alizadi ( Capricontiis);
Ksié < Adalou [.\fiinirim);
Aldliotsi (P/.src.vV
t') P. 173.
XVII. 8
lUrnittlBlL ll«Ttt>«âLB
tu JANVIER-FÉVRIER 1911.
L'ensembie des quatre saisons, c'est-à-dire l'année solaire,
était donc divisée en douze parties, qu'il faut bien se résoudre
à appeler des mois; et cbaque mois avait son^destin^? qui
portait le nom d'un signe du zodiaque. Rappelons-nous que
nous sommes dans l'hémisphère Sud oii l'automne correspond
à noire printemps, le premier mois d'automne, c'est-à-dire
approximativement avril, était donc au xvn" siècle le mois du
Bélier, exactement comme au w'' siècle.
11 devient vraisemblable que dans le sud-est de l'ile il en a tou-
jours été de même pendant les deux siècles intermédiaires. Les An-
taimoro ont toujours placé sous l'invocation du Bélier (Alahamali)
le premier mois lunaire delà saison sèche, c'est-à-dire que, à côté
de leurs mois lunaires, ils ont toujours eu une année solaire^'l
A considérer notre tableau, on constate que l'année Antai-
moro semble avoir 1res peu joué en deux siècles et demi. Dans
les manuscrits du wn*' siècle, l'année nouvelle commence inva-
riablement sur les confins des mois de Volambita (Adalo) et de
Asaramasav { Alahotsy). Au w" siècle il en est encore approxima-
tivement de même: wLe 1"% 2% 3', à% 5", y'^oa 10" jour qui suit le
premier quartier de la lune du mois Adalo, ils célèbrent une fête
qu'on peut regarder comme l'analogue du premier de l'an'-'.»
Le seul grand changement apparent dans le calendrier
Antaimoro du xvii'' au xx'' siècle, c'est l'élimination à peu
'■' Le P. Tlionias, citant M. l'administrateur Voyron, écrit : crLes astro-
lo[jiios de Farafanfjaiia , pins instruits que ceux do Tlmerina, savent que, pour
conjurer les destins, il faut : en alaliamady, tuer un bélier, etc. . . ; en asoro,
faire cuire le cœur d'un taureau. . . ; en asaratana, recueillir de la terre sur le
trou d'un cralie. . . ; en alakaosy, couper en deux une sarbacane. . . ; en adi-
jadi, prendre des os de chèvre, etc. . .n Les souvenirs concernant les signes
du zo(lia(jue sont donc restés très vivants dans l'imoro, y compris celui des
mois solaires auquel chaque signe se rapporte. \ oir dans Flacourt, p. 17^, la
traduction d'un liymne malgache au zodiaque.
'-' Loc. cit., p. 18 en note, d'apiès M. l'administrateur Voyron. Rappelons que
dans l'Anosy, le commandant Leblanc au xx" siècle et Flacourt au xvii" siècle
sont d'accord pour fixer le premier de l'an à la première lune de mars.
LE CALENDRIER .MALGACHE. 115
près complète des mois sanscrits remplacés par les niois
zodiacaux. Dans les manuscrits du wii' siècle une lacune est
très frappante. Le scribe donne toujours le «destin du jour»,
mais jamais celui du mois dont il se contente d'indiquer le
nom. li faut que ce nom, à lui tout seul, ait un sens en astro-
logie, et qu'il y ait eu dés celle époque un rapport (ixe entre
le mois sanscrit, tout lunaire qu'il fût, et un signe déterminé
du zodiaque. Il est naturel que l'un de ces deux termes équi-
valents ait progressivement éliminé l'autre. Le nom du « destin »
mensuel s'est substitué au nom du mois, parce que les deux
étaient pratiquement interchangeables. Ils se rapportaient l'un
et l'autre à la même subdivision d'une année solaire.
Nous sommes outillés maintenant pour résoudre une ques-
tion qui a toujours beaucoup embarrassé les malgachisants.
Les Malgaches ont emprunté au calendrier musulman le
nom des jours de la semaine, ils se sont assimilé l'astrologie
arabe, ils ont célébré le Ramadan, et même d'autres fêles
musulmanes'^'; la principale tribu, celle des Merina, a fini
par adopter complètement les divisions islamiques du temps.
L'influence de la chronologie arabe a été si profonde qu'il a
fallu tout récemment une découverte philologique pour faire
soupçonner l'existence d'un calendrier différent et antérieur.
Et pourtant les Malgaclies, Merina compris, non seulement
n'ont pas emprunté l'ère de l'hégire, mais encore ils n'ont pas
emprunté à l'arabe les noms de mois. Est-ce donc ([u'ils ne
les ont pas connus? Mais il les connaissent encore; M. l'ad-
ministrateur Voyron nous donne, pour l'Imoro, en 190A, la
nomenclature malgachisée des mois arabes :
AUAIIK. MALGACHE.
Molianem Alimoharanio.
SmIju- Safaro.
Holiia' el aoiial Rabclavoali», oie.
'■'' \oir HoiJTMAN , liif. cil.
8.
116 JANVIER-FEVRIER 1911.
Non seulement ils ont connu et connaissent encore les noms,
mais pendant longtemps, jusqu'au xvn" siècte au moins et peut-
être beaucoup plus tard, ils ont 'eu besoin de' connaître très
bien le comput islamique, pour fixer la date du Ramadan"^
Qu'est-ce donc qui les a arrêtés?
Et notons qu'ils ont bien pour leurs mois une nomenclature
arabe , mais ce n'est pas celle des mois , c'est celle des signes
du zodiaque.
Les malgacbisants se sont posé bien souvent cette question
sans la résoudre. Elle m'apparaît toute résolue.
Les mois arabes sont des divisions de l'année lunaire, les
signes du zodiaque de l'année solaire. Seules ces dernières
étaient utilisables pour des Malgacbes parce que leurs mois
lunaires devaient se raccorder tant bien que mal avec une
année solaire.
En résumé , dans le Madagascar actuel , au xix" et au xx" siècle ,
l'imerina, sur qui l'attention est restée longtemps concentrée,
est la seule province peut-être qui ait eu un calendrier entière-
ment lunaire; elle le doit apparemment aux musulmans como-
riens, avec qui elle a été en relations faciles et suivies.
Ailleurs , dans beaucoup de provinces, tout particulièrement
dans le pays Antaimoro, qui est un musée d'institutions
anciennes, les Malgaches actuels ont, sans contestation pos-
sible, un calendrier luni- solaire. Les mois sont lunaires,
l'année est solaire, entre les deux le raccord se fait au moven
d'un mois intercalé. Ce raccord est horriblement grossier mais
très simple : la fin de la saison des pluies, ou bien encore la
maturité des letchis en détermine le moment. C'est précisément
'■' FiacourI nous donne la date prcrisc du Ramadan en i653. Ferrand
romnrqiie jusicniont que c'est relie on tout l'Islam jeûne cette année-là. Il croit
nalur'eilcment à une coïncidence fortuite. Mais lloulmau [Inc. cit.) nous donne
les dates du Ramadan à Madagascar pour les années 1600, iGoi . i()02, et ce
sont bien les dales musulmanes.
LE CALENDRIER MALGACHE. 117
là ce que l'Annuaire des Longitudes appelle calendrier luni-
solaire, un type parfaitement connu et classé, auquel appar-
tiennent les calendriers israélite et chinois.
Ce calendrier, il n'est pas rigoureusement prouvé, mais il
est infiniment probable que les Malgaches l'ont depuis des
siècles, et que c'est précisément lui dont les noms de mois
sont sanscrits.
Et alors, ce point acquis, on souhaiterait d'aller plus loin.
L'Imoro est le coin de l'iIe oii ce calendrier est aujourd'hui
attesté. Il y a des raisons de croire que l'Imoro, en tout cas la
côte Sud-Est, en fut le centre de dispersion à Madagascar.
Evidemment il y a été importé, mais de quelle partie de l'Asie
est-il venu , ce calendrier à noms de mois sanscrits? On sait que
le calendrier hindou est luni-solaire, et que des inscriptions
sanscrites nous le montrent en usage à Java dès le iv^-v"" siècle'^'.
Nous avons donc là, après beaucoup d'autres, un nouveau té-
moignage, tout à fait indépendant, sur les relations anciennes
de Madagascar avec l'Indonésie. Avant la période des influences
islamiques, il y a eu certainement une période d'influences,
c'est-à-dire de migrations et de conquêtes indonésiennes; quelque
chose comme une thalassocratic indonésienne dans l'océan
Indien. Sur ce grand fait historique oublié, la connaissance
détaillée du calendrier indonésien permettrait peut-éire de
dégager ([uelques renseignements précis. 11 y a là un j)elit
champ nouveau qui s'ouvre aux investigations.
*'' H. Kkrn, Efii Sniiskril op.ichrifl te Bckasih, diins Hijdvafrcn toi ilv Tnnl-
Lnnd- en Volkenliuiule vaii Ned.-Indiè, ^l's. , X, Saa et siiiv.
VYUTHENA 256,
PAR
M. SYLVAIN LEVÏ.
M. Thomas, en apportant une solution, que je crois défini-
tive, à- la question si souvent débattue des vivâsàh d'Açoka
(^Journal asiatique , 1910, mai-juin, 607 et suiv.), a bien voulu
constater, avec sa courtoisie ordinaire, que j'étais arrivé de
mon côté au même résultat. J'avais, en effet, communiqué
mon interprétation à mes élèves dans plusieurs de mes cours ;
j'étais allé, par une coïncidence singulière, en entretenir
M. Thomas à la Bibliothèque de l'India Office quand son
manuscrit, déjà tout prêt, allait être adressé à notre Société.
Les matériaux réunis par Pischel dans son admirable Gram-
maire des Pràcrits menaient fatalement à la solution. Le chiffre
« cinquante «, pailcâçat en sanscrit, ife peut prendre en pràcrit
que les formes pannâ.m, pannâsatn , paiinâ, et dans les combi-
naisons avec l'unité il se réduit toujours à pamam. La coiipe
nécessaire après painnâ isolait désorniais le mot hui, et lâli
rapproché de vivàna ne pouvait manquer d'évoquer les formules
usuelles du type râtriin vi/usfali. Il semble dès lors évident
qu'Açoka, dans le passage resté si longtemps obscur, parle des
nuits qu'il a passées au dehors.
M. Thomas s'est arrêté à ce point. Je crois pourtant qu'on
peut pousser la recherche plus loin, et peut-être aussi la solu-
tion. Notre confrère, à qui j'avais exposé mon hypothèse, m'a
gracieusement invité à la produire moi-même eu public. Je
réponds volontiers à l'appel (pi'il m'adresse.
Puis(|ue Açoka a tenu à rappc'ler dans un si grand nomhre
de textes le nond)re de nuits (pi'il a passées au dehors, on est
tenté assez naturellement de se demander si ce chiffre n'avait
120 JANVIER-FKVRIIÎR 1911.
pas une valeur plus considérable qu'une simple notation
arilhmétique. Pour que le prince, si soucieux de se rendre
intelligible à tous, pût se contente^ dans les édits de Siddapur
d'une formule aussi concise que, : tyam ca savane sâvâplc
vijulhena 266 , il lui fallait admettre que le simple énoncé du
cbilfre éveillait cbez la plupart de ses sujets une idée assez
précise pour le dispenser d'un énoncé plus complet. Si nous
avons tant de peine à comprendre cette formule, c'est qu'on
la comprenait trop facilement au temps d'Açoka. Mais est-il
absolument impossible d'en retrouver le sens ?
La raison capitale qui a décidé Açoka à entreprendre la
tournée de déplacements commémorée par tant d'inscriptions,
c'est son admission dans le clergé bouddhique. A Sahasram,
à liupnath, à Bairal, à Siddapur, il tient à rappeler tout
d'abord les étapes de ses progrès religieux. ç<: Pendant plus de
deux ans et demi, j'ai été upâsaka. . . Depuis un an, oui,
depuis un an et plus, je suis entré dans le samgha . . , 55
Admis dans l'ordre, il a dû, surtout avec le zèle d'un néophyte,
en suivre les règles essentielles. L'année du moine bouddhiste
se répartit en deux périodes : l'une, de trois mois, correspond
à la saison des pluies; c'est le temps de la retraite dans une
demeure fixe; l'autre, de neuf mois, se passe en tournées
vagabondes, sans abri permanent. Moins préoccupés d'exacti-
tude astronomique que leurs confrères du brahmanisme, les
moines bouddhistes ont conservé la vieille année de trois cent
soixante jours, avec trente jours au mois, et la division du
mois en deux quinzaines. Je n'en citerai que deux preuves. Le
Çârdûlakarnâvadâna, cette encyclopédie de la science boud-
dhique, traduit en cl)inois dès l'an aSo, résume ainsi le calen-
drier : ^Trente jours et nuits font un mois; douze mois font
une année» ilrimmd aliorâlrânii cko viâsah : dvâdaca mâsâh
miiwatsarah , p. 6/1/1, 1. 12). Le Kâlâkâla-sutra , traduit en
-chinois par Jo-lo-yen i^Chc J'ci-clie hhig; ]Nj., 7/10; édit. Tok.,
VÏUTHENA 256. 121
XIV, 8, 29) sous les Si-Tsin, entre 266 et 3 iG, partage l'an-
née en trois saisons, hiver, printemps, été, comprenant cha-
cune huit quinzaines. Dans ce texte, qui est un véritahle
calendrier rehgieux, l'unité de temps est la quinzaine. Et c'est
en effet la quinzaine qui commande la vie du moine, puisque
c'est elle qui ramène périodiquement les assemblées de
paroisse, la récitation du Prâtimoksa et la confession. Mesurées
il cette unité, les 266 nuits d'Açoka donnent exactement 17
quinzaines écoulées. Les neuf mois de tournée (^cârikâ^ pres-
crits aux moines font 1 8 quinzames ; la dernière s'achève sur
«le jour qui introduit la saison des pluies r (^vassiipanâijihâ^, au
lendemain de la pleine lune d'Asâdha ou de (jrâvana. En infor-
mant ses sujets de ses a 56 v'wâsâh, Acoka leur confirme donc
qu'il est véritablement entré dans le clergé, comme il l'avait
déclaré dès l'abord ; il donne ses preuves. La fin de sa tournée
approche; la dernière quinzaine, qui vient de commencer, va
le ramener en bon moine à sa résidence fixe, où sans doute la
vie du siècle le reprendra. Il n'attend pas la lin pour adresser
ses instructions à son peuple, car il tient à lui parler en qualité
de «moine errant 55 (^sâvâpite vyiithenny C'est, en effet, la vie
errante du moine qu'il veut proposer comme idéal à ses sujets,
et il entend prêcher d'exemple.
On a, il est vrai, donné généralement à l'édit une autre
signification : les divergences des rédactions parallèles ne sont
pas faites pour imposer l'accord. Le verbe essentiel, qui revient
à plusieurs reprises pour exprimer l'idée fondamentale, prend
à Rupiiath la ïovmo p(il,/iinali , à Saliasram la [oyiim palaLaiiiali;
la découverte des incriptions de Siddapur, au iMysore, est
venue garantir, pm* un témoignage irrécusable, l'authenticité
du \evhc pnham" dans le document original, issu do la chancel-
lerie royale. Le verbe pdlakatu", employc* dans le texte de
Saliasram, reparaît souvent dans la langue d'Acoka ; d y ch'signe
fcHort moral, la bonne volonté active qui prépare et assur»; le
122 JANVIER-FEVRIER lUll.
triomphe du bien. On ne saurait donc s'étonner de le rencon-
trer ici encore. L'idée qu'il exprime s'adapte sans effort au ton
général de l'édit. Acoka peut dire, sans choquer personne,
que la bonne volonté ouvre aux petits comme aux grands le
chemin du ciel. Un:e proposition, toutefois, persiste à rester
obscure dans cette hypothèse : c'est celle qui vise le rappro-
chement des hommes et des devas dans le Jambudvipa.
1\1. Senart, sans dissimuler les grandes difficultés do l'interpréta-
tion, avait traduit deva par r^ brahmanes et M. Hultzsch, dans
un article paru tout récemment (^J.R.A.S., 1910, i3o8),
adopte encore cette traduction, tout en modifiant à fond le
sens de la phrase.
Le mot pakamati, attesté par Rupnath et par Siddapur,
implique une tout autre notion. M. Thomas a bien saisi la
valeur proprement technique du mot. «Le composé, dit-il,
est extrêmement commun dans la littérature pâlie, et il a tou-
jours la même signification, celle de t^ voyager de lieu en licuw
comme le contraire de «rester en un seul endroits. Dans le
\ inaya-pitaka seul, il doit se trouver presque cent fois. C'est
donc là le sens qu'il nous faut trouver dans nos édits. »
C'est aussi ma conception personnelle; mais cette fois encore.
M. Thomas me semble s'être arrêté à mi-chemin dans la pour-
suite de la vérité qu'il avait entrevue. Il a bien signalé le pas-
sage capital du \ IIP édil sur roc où Açoka rappelle avec tant
de satisfaction sa tournée de piété {dluujimayâiâ^ qu'il oppose
aux tournées de plaisance (^viliiiraijntà) chères à ses prédéces-
seurs, (j'était là une innovation hardie, et qui marquait un
grave changement. Il s'agit sans aucun doute du même voyage
dans les deux textes. La conquête du Kalinga, qui avait décidé
la conversion d'Açoka, datait de la huitième année après le
sacre (XIIL édit); Açoka était resté ensuite upâsaka pendant
deux ans et demi avant de recevoir les ordres ; son départ en
tournée se place donc environ dix ans après le sacre (^fhimvn-
VYITHENA 256. 123
sâbhisilo samto, VHP édit), avec une fraction en surplus. Lu à
cette lumière, l'édit devient un panégyrique du déplacement
religieux à l'instar des moines, ou, pour parler français, du
pèlerinage. Voyons jusqu'à quel point la traduction complète
peut justifier cette hypothèse.
«J'ai été deux ans et demi upàsaka ; mais je n'avais pas
beaucoup pérégriné. Depuis un an, oui, depuis un an et plus,
je suis entré dans le clergé, et j'ai beaucoup pérégriné. » Vient
alors la pierre d'achoppement :
hninâ eu hâlena amisâ sainâiià munisd jainbudipast misa dccehi (Sid-
dapur).
iji iiuâya kâlâya jainbudipasi amisâ devâ husu te dfini mis. katâ (Rup-
nath).
et. . . loua jambudipasi aminisamdecâ sanitd munisâ misamdev. (Sa-
liasi'am).
Bûhler, qui a le premier étudié ces textes, avait traduit :
«Pendant cet intervalle, les dieux qui étaient [considérés
comme] de vrais dieux dans le Jambudvipa, je les ai faits
[je les ai fait considérer cc#iime] hommes et faux, n M. Senart,
tout en protestant contre l'étrangeté des idées introduites dans
cette traduction, déclarait qu'il ne pouvait «que se rallier à
M. lîùhler en ce qui concerne l'analyse des mots pris isolé-
ment, ou, si l'on veut, du mot misa (ou misain^ et amisâ I ou
amisaijty Comme lui, ajoutc-t-il, j'y vois l'équivalent du sans-
crit misa, amrsfni. Bûhler, pourtant, s'était gardé de poser
cette identité. Le mot mml «fauxw n'est connu en pracrit que
sous la forme musâ (^mosâ); cf. Pischel, § 5 i et 78. Açoka
lui-même l'emploie sous la forme musa dans l'édit de Bhabra
{iimsâvâdum). VowY juslilier sa traduction, Biililer s'était gardé
de citer le sanscrit mr.Hd, qui aurait fait dilHculté; il avait posé
(///r/. Atitiq., VI, 1&9) : masâ lî. 3 — misa -^ Stiiisk. niisàl , et
misaiit S. 'i — Sansli. misam. For tJie mennuii»- 0/ mt.viiii Lr sec
Pi'l. Dut. s. r. misa. Celle malice digne d'un pandit avait du
124 JANVIER-FEVRIER 1911.
ravir Bûhler. Mais, à regarder de près, le mot mmi n'est attesté
que dans des kosas de basse époque (Trikândaçesa, Halâyu-
dha, Hemacandra, Medini) ; ies exemples nombreux qu'en
fournit le Dictionnaire de Pétersbourg sont empruntés au
kalhâsaritsâgara et^ à la Rajataranginï, composés tous ies
deux au Cachemire, l'un au xf siècle, l'autre au xn% et aussi
à une inscription de l'Inde centrale (Bhera Ghat, sur la haute
Narbada), datée de 1 155 J.-G. (Kielhorn, List, n°/ii5). Tout
décèle donc le mot comme de date tardive ; on ne saurait légi-
timement s'en servir pour expliquer un texte d'Acoka. Quant à
rex|)ression m'mim kr, ([u'on prendrait pour une expression
consacrée à lire la référence sommaire de Bûhler, le Diction-
naire de Pétersbourg ne la traite pas même comme une locu-
tion; parmi les exemples du mot misa, il cite : misain htm
tadaivdsphutai/â girâ, Kathàs., 6/i , ia5, qu'il traduit littérale-
ment : «cine TJiuscbung bewirkendw. 11 serait oiseux d'insister.
Au reste, Bûhler lui-même avait, au cours des ans, oublié
sa propre malice; en éditant les édits de Siddapur, il donne
comme la transcription sanscrite -.^elena tu kâknàmrsâ saiilo
mnmisijâ misa [hrtâh] demilj [salin], el il traduit: w Pendant ce
temps les hommes qui étaient [considérés comme] vrais dans
le Jambudvqia [ont été rendus manifestement] faux [avec leurs]
dieux. 55 Malgré le respect profond qu'on doit à la mémoire de
Bûhler, j'avoue c|ue cette traduction me semble délier la gram-
maire et le bon sens.
Le mot iiiisa, dans le pràcrit d'Acoka, répond normalement
au sanscrit m/cra «mélangé 55. La construction misa deveh, (jui
gênait si fâcheusement dans la version de Siddapur l'interpré-
tation de Biihler, rentre au contraire dans la règle courante si
on pose cette identité ; le mot miçrn se construit régulièrement
avec un instrumental : visma miçram amrtam c^de l'ambroisie
mêlée à. du poison 55, R\màv., V, ST), 2. Le Dictionnaire de Pé-
tersbourg, auquel j'emprunte cet exemple, en cite une longue
VYUTHENA 256. 125
liste, et renvoie à Manu, à la Vâjasaneyï-samhitâ, au Çata-
patha-brâhmana , à l'Atharva-Veda , au Mahâ-Bliârata, etc.,
en somme à toutes les couches de la littérature. Quant au mot
dera , il n'a dans la langue sanscrite que deux sens réels; il
(îésigne à titre égal les dieux et les rois. Jamais, à ma connais-
sance , il ne s'applique seul aux brahmanes. Le contexte ici
indique clairement le sens de «roi 75. Açoka vient d'énoncer
que, reçu dans le clergé, il est parti en tournée. Il continue :
ç^Et les hommes qui n'étaient pas mêlés aux rois dans le Jam-
budvïpa se sont mêlés avec eux en ce temps 55 (Siddapur et
Sahasram) ou, ce qui revient au même : «Les rois qui jusqu'à
ce temps-là ne s'étaient jamais mêlés dans le Jambudvipa, sont
maintenant rendus mélangés n (Rupnath). C'était bel et bien une
révolution. Les rois que leur essence divine tenait à l'écart delà
foule profane, comme de véritables dieux, venaient d'abdiquer
leur privilège avec Acoka ; l'empereur de l'Inde s'était fait le
confrère des moines, simple aspirant à la sainteté. La loi du
liouddha avait accompli ce miracle. Rien de plus naturel , dès
lors, que la suite des idfes. ç<: C'est là le fruit du départ en
tournée. Et on n'a pas besoin d'être un grand personnage pour
l'obtenir. Le plus chétif, s'il part en tournée, peut gagner le
j)aradis, si énorme que soit le profit. Et voilà pourquoi j'ai fait
cet édit, afin que petits et grands partent en tournée, et que
nicnie les peuples des confins le sachent. 55 C'est la même pres-
cription que répète l'édit de Sarnath, en substituant au verbe
pahaiiinti \e verbe riions çt quitter sa maison 57. Après avoir réglé
les ad'aires ecclésiastiques et enjoint aux hauts fonctionnaires
d'assisler à l'uposatha, il ajoute : «Faites que, dans l'étendue
de votre ressort, partout on quitte sa maison conformément à
ce texte; et aussi faites ([ue dans tous les pays de protectorat (?)
on fasse (pie l'on quitte sa maison. ^1 Comme pour garantir
ridentifé des deux textes, l'édit de Rupnath reprend la fornudc
de Sarnath à la suite du texte complet, tel (|u'il se rencontre
126 JANVlER-FEVRlEn 1911.
à Sahasram et à Siddapur. On voit donc pleinement la valeur
des mots, restés si longtemps obscurs, qui sonl accolés à cctle
recommandation dansl'éditde Hupnath etqui servent de conclu-
sion à Siddapur et à Sahasram : c^ Celui (|ui fait cette proclamation
a (juitté sa maison pendant 256 nuits, w Açoka revendiquait le
droit de se faire obéir, car il avait prêché d'exemple.
MÉLANGES.
LA
DIVINATION PAR L'ÉCAILLÉ DE TORTUE
DANS LA HALTE ANTIQLITÉ CHINOISE
(D'APRÈS UiN LIVRE DE M. LO TCHEN-VV).
Les premiers siècles de l'histoire de Chine sont fort obscurs ;
ia raison principale de cette imperfection de nos connais-
sances est que l'archéologie n'a pas jusqu'ici apporté aux textes
littéraires le complément d'informations dont ils ont besoin.
Cet état de choses changera sans doute lorsqu'on aura entre-
pris de faire des fouilles dans le vieux sol où gisent enterrés
les vestiges des époques di'sparues. A défaut de ces recherches
métliodiques qui n'ont pas encore été pratiquées, un hasard
heureux a fait découvrir, il y a une dizaine d'années, tout un
ensemble de documents qui méritent au plus haut point de
retenir notre attention, car ils paraissent être antérieurs au
premier millénaire avant notre ère.
En l'année i Scjq, on exhuma, dans des conditions que nous
ignorons, plusieurs milliers de fragments d'écaillé de tortue
et d'os, couverts de caractères d'écriture, dans une localité
située à 5 h à l'ouest de la sous-préfecture de Ngan-ynnir ^
[% . qui constitue la ville préfectorale de TclinHg-io ^ f^^ . dans
le nord de la province de flo-min^^K On chercha aussitôt à
C' GeUc iocalisalion, dit />o Tclwn-iju, est la seule exacte. Lieou Tie-yun
avait cru que la trouvaille provenait di< ranciennc ville de )'rou-li f-( f^ ^
^, sur io territoire de la sous-préfccliire de Tanir-iim '^^ ^ : celte assorti(»n
est répétée par M. T-Hanj^-Lidnir •jj^ yj^ (surnom de Lrait/r /v'i->r/i'ffo?) dans
128 JANVIER-FEVRIER 11)11.
tirer un parti commercial Je cette découverte et on apporta un
grand nombre de ces objets à Péking pour les vendre. Un
riche mandarin. Wang Yi-jong î || H, nom posthume Wcn-
mhi 35t %% 5 originaire de Fou-chan jjîg llj dans la province de
Chnn-long, en acheta un lot considérable. Sur ces entrefaites
éclatait en i()00 la révolte des Boxeurs; PFa»^ était mis à mort,
et son fils, obligé de faire argent de tout, devait vendre sa
collection à un certain Lieou T'ie-yun §|J §§, ^. originaire de
Tan-fou f^ ^ (ville préfectorale de Tchen-kiang ^ Jï, dans
le Kiang-sou); ce dernier devait mal finir, car il fut inculpé plus
tard de malversations dans les affaires du syndicat des mines
du Clian-si et mourut en exil; mais, en 1 90 1 , il était dans une
belle position sociale, et pouvait se mettre en frais pour sa-
tisfairc sa manie archéologique; il acheta tous les débris
d'écaillé de tortue et d'os qu'il put trouver et finit par en réunir
plus de 5,000; en 1908, il publiait un ouvrage dans lequel il
reproduisait, par les procédés phototypiques, les estampages
d'un millier de pièces -''.
Quel qu'eut été le zèle de Lieou T'ie-yun pour acquérir tous
les fragments qu'il avait pu se procurer, il s'y était pris trop
tard pour pouvoir remédier à la dispersion de la masse des
documents. C'étaient des marchands du Chan-tong qui avaient
les premiers mis la main sur la trouvaille; après qu'ils furent
une disserlalion où d'ailleurs il explique à tort les fragments d'écaillés de
tortue comme élant d'anciennes monnaies (voir la revue Koiio fong pao ^
J^ ^ , numéro paru le onzième jour du troisième mois de la deuxième année
Siuan-t'ong, 1910).
(') Cet ouvrajjc est intitulé Tieyun ts'ang kouei ^ ^ ^ ^ "(Ecailles de)
tortue de la collection de (Lieou) T'ie-yunv ; il forme 6 fascicules 3Ô8xio3 mm.
Il est accompagné de li fascjcules intitulés T'ie-yun ts'ang t'ao^^ § ^ j^
tf Terres cuites de la collection de [Lieou) Tie-yunv; on y verra reproduits des
sceaux en argile qu'on apposait autrefois sur les missives en bois (cf. M. A.
Stein, Ancient Kholan , p. 3)8). — Ces 10 fascicules se trouvent à Paris dans
la belle bibliotlièque pour la(]uolle les archéologues et les historiens de l'art
doivent à M. J. Douret une gratitude infinie.
MELANGES. 129
allés à Péking et eurent vendu une partie de leur trésor ar-
chéologique à Wang Yi-jong, ils durent, à cause de la révolte
des Boxeurs, regagner au plus vite leur pays d'origine; ils arri-
vèrent à Wei hien "î|| où sont cpielqucs-uns des collectionneurs
les plus célèbres de la Chine et il est probable qu'ils firent
affaire avec eux; mais, si nous ne sommes pas bien informés
sur ce point, nous savons du moins qu'ils trouvèrent bon ac-
cueil auprès des missionnaires américains établis dans cette
ville; l'un d'eux, M. Chalfant, acheta , pour le musée de la China
Brandi ofthe Royal Asiatic Society à Shanghai, quatre cents
fragments environ d'écaillé ou d'os et en copia quelques spé-
cimens qu'il publia à la fin d'un volume intitulé Early Chincsc
ivritmg (Memoirs ofthe Carnegie Muséum, vol. IV, n" i, Pitts-
burg, 1906). Mais comme, les inscriptions n'étaient pas ex-
pliquées, son élude ne fut pas fort remarquée du monde savant
qui conservait quelques doutes sur la haute antiquité des sin-
guliers objets qu'on soumettait pour la première^ fois à son
examen.
En 1907. un Japonais, M. Hayashi Taisuke ^^|f. a
écrit, au sujet des documents trouvés à iSgan-yang, un article
dans la Revue historique japonaise .^ ^ tJîI îè . mais je n'ai
pas pu me le procurer. En 1910, M. Lo Tchcn-iju i^ î^ 3i ,
appellation ('Jiou-ijiui ;jî|^, a ptdjlié ii Péking un petit volume
de trente-deux doubles pages sur le même sujet ^''; c'est au
!'' Cet opuscule est inlilulé : lin Chang lchcu<r -pou wcn Iseu L'un Ê^ 1^
^ Js 3ÎC ^ ^ * ^'^ '•^'''^ est , au promior abord, quelque peu énij^maliqur,
à cause du sens peu usuel dans lequol est pris le mot È ; il sifjnilie ici rrcon-
suitation di's sortsi; c'est 'ainsi que, dans le Tclicoit H, à rarticle concernant
le 1(1 poil J\^ [> (gcand augure), il osl dit : tr Toutes les fois qu'il y a, pour
allairo d'étal, une [jrando consultation dos sorts, soit qu'il s'agisse do tirer
les sorts pour nioltre un priiici' sur le trône, soit qu'il s'agisse do tirer les sorts
à l'occasion do la conslilution d'un grand liot. cost co fonctionnaire (à savoii*
le grand augure) (pii considère la partie supérieure (de l'écaillé) et qui prépare
(ou, suivant d'autres, qui perfore) la tortue. 1 /L^^^^o l^A^o
XVII. Q
lurmiirKir ntTio^tL».
130 JANVIER-FEVRIER 1911.
moyen de ce livre que je vais chercher à donner au lecteur
Européen (|uek|ue idée des résultats qui ont été ohtcnus par
la science des archéologues d'Extrême-Orient.
La divination jouait un rôle considérable dans la Chine
antique; d'après les textes, elle se pratiquait, soit au moyen
d'écaillés de tortue, soit au moyen de tiges d'achillée; nous
pouvons ajouter maintenant: soit au moyen d'os, puisque nous
avons des témoins authentiques de ce troisième mode de con-
sulter les sorts.
Le chapitre llon^ fanàw Chou king (irad. Couvreur, p. aoh-
ao6) énumère les signes qui sont fournis par l'écaillé de
tortue et ceux qui sont fournis par l'achillée; il monire l'im-
portance relative des oracles rendus par l'une et par l'autre.
Dans le chapitre Kiu /«du Li ki (frad. Couvreur, t. I, p. 60-
6a), nous lisons la formule par la(|uelle on interrogeait
i'écaille de tortue et l'achillée sur le choix d'un jour propice :
«Pour le clToix du jour nous avons confiance en vous, ô véné-
rable tortue, qui suivez des règles constantes et assurées; nous
avons confiance en vous, ô vénérable achillée, qiu suivez des
règles constantes et assurées. » Le Kiu H ajoute que ces deux
modes de divination étaient un moyen de gouvernement; c'est
par leur moyen que le souverain triomphait de toutes les hé-
sitations du peuple et qu'il imposait à ce dernier des décisions
que nul n'aurait osé contester. Le Che king et le Chou king citent
plusieurs cas, soit d'mtérét public, soit d'intérêt privé, oii on
eut recours aux procédés de l'art augurai.
Mais si les textes anciens qui nous parlent de la divination
en général sont nombreux, rares sont ceux qui nous renseignent
sur la manière dont elle se pratiquait. En dehors de quelques
h* J^ i'I o W\ HÂ î^ ff^ ^ o Le lilin du livre de Lo Tcheii-ijn doit donc
être tiiidiiit de ia manière suiviinlc : te Examen des inscriplions de l'époque dos
)^î«-C/ian/,' , rolalivcs à la consultation des sorts.» Les mots Yin et Clianjr sont,
comme on le sait, deux noms qui s'appli(juent à une seule el môme dynastie.
MELANGES. 131
indications, parfois assez obscures, contenues dans le Tcheou li,
ce n'est que le chapitre CXXVIH des Mémoires historiques de
Sseu-ma Tsien, le Kouei Iso tchounn ^ 'M %■ i 'Tuquel nous
pourrons nous adresser; à vrai dire, d'ailleurs, ce chapitre n'est
pas tout entier de Sseu-ma Tsien, et, pour la plus grande
partie, il a été compilé par Tch'ou Chao-souen ff >i? ^^, , à la lui
du i" siècle avant notre ère; mais il est évident que cette
circonstance n'ôte rien à l'intérêt qu'il peut présenter. C'est
principalement au moyen du Tcheou-li et du Kouei tsô tchounn
que, sous le règne de K'ang-hi (1662-1-722), un certain Hou
Hiu '^^ B^, composa son p- Examen détaillé de la méthode de
divination par l'écaillé de tortue w [n '{^ t^ ^ , dans lequel il
reconstitue assez exactement les méthodes pratiquées par les
devins de l'antiquité. Nous avons maintenant des informations
plus précises encore , grâce à la trouvaille de Ngan-yanp^.
Sur plusieurs fragments d'écaillé de tortue, on remarque,
d'une part, des trous ronds ou ovales, de 5 à 1 0 millimètres
de diamètre qui ont été pratiqués avec un instnmient tranchant ;
d'autre part, des traces de brûlure. Les hriilurcs étaient des-
tinées à provoquer, à la surface de l'écaillé, des fissures ([ui,
suivant leurs formes, étaient interprétées par l'augure; mais,
pour que ces fissures pussent se produire plus aisément, on
avait eu soin au pr(''alnble de faire ici et là des trous (pii
rendaient l'écaillé plus aisée à fendre.
L'acte de percer les trous est celui qui est désigné dans les
textes littéraires par l(> mol ^. A vrai dire, ce terme a été
mal interprété par le commentaleur Tchetiij K'ang-tc}ien(t ^
J^ ^ (11" siècle p. C.), qui y a vu l'équivah'nt du mot ^
«brûlera et qui a par conséquent confondu l'acte de perforer
avec celui de brûler (commentaire du chap. Chc s<infr h du
Il /<). Son explication a été adoptée par un grand nombre de
lettrés, et c'est pour(|uoi le P. (Couvreur (^-r'/wu /.m/;, p. 3*^7)
est d'accord avec la glose liMdilionnelle lorsciue, dans ime
132 JANVIER-FEVRIER 1911.
poésie du Livre des vers (7« ya, I, ode 3), il traduit les mots
^ ^ ^ S comme signifiant: ^\\ (^Tan-fou) grilla notre tor-
tue w. Mais nous voyons maintenant qu'il faut traduire : «il
perfora notre tortue 55, en vue de consulter les sorts. Ce sens
était d'ailleurs celui qui prévalait avant que la glose de Tcheng
Kang-tcKeng Q\\i brouillé les idées. En effet, Tou Tseu-lch'oucn
z^: ^ ^ (f siècle av. et ap. J.-C), dit, dans son commentaire
du Tclieou /^ (article du tchoiiei che, trad. Biot, t. II, p. 77):
^ W M M,^ M '"^^6 mot k'i signifie creuser les perforations
de l'écaillé de tortue ?5.
Quant aux brûlures, elles ont été faites à l'endroit même où
avaient été pratiqués les trous; c'était déjà l'opinion de Hou
Hiu, et l'inspection des fragments la confirme. Toutefois, un
doute subsiste sur la manière dont on brûlait l'écaillé; d'un
texte du Che sangli du Yi li, il résulterait qu'on employait une
torche de branchages épineux 5^ f,^ : mais, si nous examinons
les écailles elles-mêmes, nous constatons qu'elles n'ont pas dû
être posées directement sur la flamme, ce qui les aurait car-
bonisées sur toute leur étendue; elles présentent seulement
des taches noirâtres, comme si on les avait touchées en certains
points avec un instrument porté au rouge vif.
Quand l'écaillé s'était cra(juelée, on enduisait d'encre les
fissures afin d'en faire mieux ressortir le contour. C'est l'opé-
ration que désigne le Tcheou //(trad. Bior. t. II, p. 75), quand
il dit que le fonctionnaire appelé pou-che h M ? après avoir
allumé le feu pour mettre en état la tortue, y appliquait l'encre
lif ^C .W f^ ^ ^ ^ Il ; de même dans le chapitre yu Isao du
Li /«' (trad. Couvreur, t. I, p. (iSa), on lit que le clerc déter-
minait l'encre ^ !Ê M? c'est-à-dire qu'il fixait l'encre dans les
fissures, ^'est à tort que h; P. Couvreur explique ce dernier
passage en disant : «On prenait une carapace de tortue, on la
couvrait d'une couche d'encre et on l'exposait au feu. Ensuite
on examinait la forme des fissures produites dans la couche
MELANGES. 133
d'encre par Taction du feu. et on y lisait la volonté du ciel.»
En réalité les craquelures se j3roduisaient dans l'écaillé elle-
même et l'encre servait seulement à les renforcer.
« Après c[ue les écaille.s de tortue et les tiges d'achillée ont
été usées, lisons-nous dans le chapitre K'iu li du Li ki (trad.
Couvreur, t. I . p. 67) , on les enterre. » H 5^ i^ M'] M ^- On
voulait par là éviter que ces objets sacrés fussent profanés.
L'examen des fragments de Ngan-yang nous apprend que les
écailles de tortue n'étaient ainsi mises à l'écart qu'après qu'elles
avaient servi à plusieurs reprises ; on ne se bornait pas à les
consulter une seule fois; on les utilisait aussi longtemps (ju'elles
présentaient une surface libre suffisante pour contenir de nou-
velles fissures.
Les diverses opérations que nous venons de décrire sont
indiquées dans des textes littéraires qui, autrefois obscurs, de-
viennent maintenant parfaitement intelligibles. Mais il est une
dernière opération à laquelle nous ne trouvons aucune allusion
nulle part, c'est celle qui consistait à graver sur l'écaillé même
quelques mots marquant pour quelle cause avait été faite la
consultation. A vrai dire les caractères archaïques qui sont
inscrits sur les fragments de iSgnn-yanfr sont extrêmement
difficiles à déchiffrer ; M. Lo Tchen-yu, qui est le premier à avoir
tenté de les expliquer, est parvenu à transcrire d'une manière
plus ou moins complète i3/i de ces formules: malheureu-
sement, il n'a pas pris soin de mettre, à côté de ses lectures,
les fac-similés des originaux, en sorte que nous sommes dé-
pourvus de tout moyen de contj-ôle. Cependant , comme certaines
des expressions qu'il a lues reviennent très souvent et se re-
trouvent sur les pièces reproduites dans le livre de Licou Tie~
yun, il nous semble, après examen, que les lectures de M. fj)
Tchen-yu doivent être suffisamment exactes pour (ju'on puisse
en tirer quelques conclusions générales.
En premier lieu, nous rencontrons plusieurs phrases du
134 JANVIER-FEVRIER 19 11.
type de celle-ci : M. ^ ^ M. ^ "-nous avons consulté les sorts
auprès de Tsou-yiT. Le nom seul de la personne consultée
change; au lieu de Tsou-yi , on trouve Ta-kia ;A;' ^ . Tsou-sin
Il ^ • Tsou-tinir ïl T , P'an-hcng ^ )^ , Tsou keng )pl J^ , elc.
Or ce sont là des noms d'empereurs de la dynastie des Yiii,
au deuxième millénaire avant notre ère. Dans certains cas
nous remarquons des noms qui corrigent ou complètent les
textes historiques; ainsi, le nom de Wen-ting ^ "X, qui figure
aussi dans le Tchon chou li nien , nous permet de supposer que
Sseu-ma Tsien a du se tromper quand il suhstitua à ce nom
celui de Tai-ling -j^ ~X qui figurait déjà une fois dans sa liste des
souverains Yin. De même encore, nous savons par Sseti-ma
7!sVe// ((rad. fr. , t. I, p. 176), qne le père et le grand-père
du fondateur de la dynastie des Yin se nommaient respecti-
vement Tcho7i-jm ;i fE* 6t Tcliou-kouei ^ ^ ; or, sur les
écailles de tortue, on déchiffre les noms iî et |^ qui indiquent,
par l'adjonction du signe de la divinité aux caractères je/t et
kouri, que cns deux ancêtres de la dynastie avaient du être
divinisés. Comme il est de règle à l'époque des Yin, tous les
noms de souverains se terminent par un caractère cyclique de
la série dénaire ; suivant l'cxphcation la plus vraisemblable ,
ce caractère cyclique est celui qui convenait au jour oii était
né le souverain.
Qui avait le droit de s'adresser à ces empereurs défunts? Ce
ne pouvaient être que leurs descendants. Ces documents doivent
donc émaner d'un des derniers empereurs de la dynastie des
Yin. Je ne crois pas qu'on puisse allirmer. aussi nettement que
le fait M. Lo Tchen-yu, que l'empereur Woii-yi |Èt; Zj (119^-
1 196 ou 1 1 59-1 1 25) transporta sa résidence dans l'endroit
même où furent retrouvés les fragments d'écaillé; mais la chose
est possible et, puisque l'empereur Wou-yi K 2* ? 6t son suc-
cessein- l'empereur T'ai-ting ic T î sont eux-mêmes men-
tionnés siu* los écailles comme des ancêtres défunts, il est vrai-
MELANGES. 135
semblable que ces fragments doivent être rapportés au souverain
qui vint après eux. l'empereur Ti-iji '^ 2« , dont le règne
commence suivant les uns en 1191. et suivant les autres
en 1 1 11 av. J.-C, ces deux systèmes chronologiques n'ayant
d'ailleurs l'un et l'autre qu'une valeur relative.
Enfin, c'est une chose bien digne de remarque qu'on em-
ployait l'écaillé de tortue pour consulter, non des divinités
quelconques, mais des ancêtres; les ancêtres étaient les génies*
lutélaires qui protégeaient d'une manière invisible leur lignée
et c'est pourquoi on s'adressait à eux quand on avait à leur de-
mander conseil. Nous comprenons dès lors mieux ce que si-
gnifie un passage du chapitre km t'eng du Chou kùifr (trad.
Couvreur, p. 216) : le duc de Tcheou offrait de racheter la vie
de son frère aine le roi Woit, qui était malade et paraissait
devoir mourir; il s'adressa donc aux mânes de son père, de
son grand-père et de son arrière-grand-père pour leur per-
suader qu'ils auraient grand tort de rappeler auprès d'eux le
roi PFow, car lui , le duc de Tcheou, était beaucoup plus apte
que son frère aine à les servir ; il consulta alors les trois tortues
qui. toutes trois, donnèrent des réponses favorables 75 h H
H — " W ^ • Qu'étaient-ce que ces trois tortues? C'étaient
cellesau moyen desquelles on avait interrogé les trois ancêtres,
et chacune d'elles devait avoir été affectée spécialement à l'un
de ces trois morts illustres.
Les écailles de tortue indiquent assez souvent les victimes
qu'on offrait à l'ancêtre au moment où on l'interrogeait : sui-
vant les cas, ce sont un, cinq, neuf ou dix bœufs, dix porcs
blancs, ou, dans des textes dont la lecture ne paraît pas tout
à fait sûre, des chiens, des moutons, du licpiide fermenté.
Mention est faite aussi du jour où la consultation avait lieu;
ce jour est indi([ué au moyen du cycle sexagésimal qui, dès
celte époque reculée, s'était substitué au simple cycle démiire
de la haute auticjuité.
136 JANVIER-FEVRIER 1911.
On avait recours à la divination principalement pour l'agri-
culture et pour la chasse; voici en effet quelques formules
prises parmi les plus claires : M. ^ ^ ^ «consulté les sorts
pour savoir si nous aurons une bonne récolte 55; T B h ^
]ï|f «le jour ting-sseu, consulté les sorts par l'écaillé de tortue
pour savoir s'il pleuvra 15; M, ^ '^ W l^t -^ & ^ «consulté
les sorts pour savoir si l'Empereur (d'en haut) ordonnera que
ia pluie ne permette pas d'obtenir une récolte sutfisante ?r,
£* ^ h .^ M 'M M ^ ^^^' jour ki-îvei, consulté les sorts par
l'écaillé de tortue afin de demander si, quand on poursuivra
des sanghers, on les prendra 71; M, '^ M MM «consulté les
sorts pour savoir si, quand on tirera de l'arc sur un cerf, on
s'en emparera v. Quelquefois , mais bien plus rarement , il semble
qu'on ait inscrit, non plus la demande faite à l'écailie de tortue,
mais la réponse que celle-ci a rendue; par exemple : '^ M ^
^ «ce mois-ci, il ne pleuvra pasw; "X ^P ^ M «le jour (ing-
mao, il doit pleuvoir 71; il est permis cependant de croire (jue
ces formules sont incomplètes et que, si elles étaient rétablies
dans leur forme intégrale, elles reprendraient la forme d'une
interrogation.
En conclusion ces documents, malgré leur aspect fragmen-
taire, présentent un grand intérêt. Tout d'abord, ils paraissent
bien être les plus anciens monuments écrits de la Chine et ils
permettent de remonter à un stade de l'écriture que nous ne
pouvions atteindre jusqu'ici; pour suivre les évolutions des
formes graphiques des caractères, ils apportent des indications
toutes nouvelles. D'autre part, ils sont gravés au couteau et
on peut se demander si c'était là une pratique réservée aux
écailles de tortue et aux os, ou si on écrivait de la même
manière quand on écrivait sur bois; la question sera peut-être
insoluble, car il y a peu de chances pour qu'on retrouve
jamais des ficbes en bois datant du deuxième millénaire avant
notre ère. A un autre point de vue, ces débris d'écaillé et d'os
MELANGES. 137
ont une haute importance : jusqu'ici la dynastie des Yin était
à demi légendaire; sans doute, Confucius était un descendant
des Yin et il déclarait vouloir se conformer aux rites que pra-
tiquaientses lointains ancêtres; cependant, quand nous lisions
le chapitre de Sseu-ma Tsipïi sur les Yin, nous constations qu'il
était, comme le chapitre sur les Hia, presque exclusivement
composé de citations du Chou /r/«^ insérées dans une liste ^gé-
néalogique et suivies des traditions relatives au dernier sou-
verain qui perdit la dynastie par ses fautes; c'est à peine si
les brèves inscriptions des vases de bronze nous permettaient
de tracer quelques linéaments fermes dans l'imprécision des
légendes; les textes exhumés à Ngan-yang marquent mieux
la personnalité historique des Yin; ils nous font assister à la
vie de ces anciens souverains qui partageaient leur temps
entre l'agriculture et la chasse et qui consultaient leurs an-
cêtres sur toutes les questions qui leur importaient; l'histoire
réelle de la Chine se trouve ainsi reculée de plusieurs siècles.
Enfin , quand ces débris des plus anciens âges n'auraient eu
d'autre mérite que de nous renseigner sur les procédés de la
divination . ils seraient déjà par là même dignes d'attirer notre
attention; c'est grâce à eux en effet que nous savons main-
tenant avec quelque précision quelles manipulations on faisait
subir à l'écaillé de tortue pour la consulter; nous comprenons
mieux des textes qui étaient restés ambigus et nous pouvons
reconstituer des cérémonies qui jouèrent un rôle considérable
dans les préoccupations des hommes d'autrefois.
Edouard (Iiiavannes.
138 JANVIER-FEVRIER lUll.
NOTE PRÉLIMINAIRE
SUR LES DOCUMENTS EN TOKHARIE^
DE LA MISSION PELLIOT.
Les documents recueillis en Asie centrale par les Allemands,
les Anglais, les Français, les Russes ont ressuscité plusieurs
langues entièrement oubliées ou disparues. L'une d'enlre elles,
provisoirement désignée sous le nom de tokharien (par inter-
prétation d'un colophon de manuscrit turc) enrichit la famille
indo-européenne d'un rejeton lointain, original, à peine re-
connaissable sous les transformations qu'il a subies. Pourtant,
les noms de nombre, les noms de parenté sont restés trans-
parents : Irai « trois n ; okdh « huit v ; pncar ^^ le père » ; niâcnr « la
mère v etc. Les Allemands ont recueilli dans la région de Tour-
fan une collection considérable de textes en tokharien. _MM. Sieg
et Siegling, qui les ont étudiés, y ont reconnu deux dialectes
bien caractérisés qu'ils ont désignés par les lettres A et B. Le
dialecte A est le plus archaïque ; il a conservé, entre autres traits
anciens, une déclinaison nominale très riche; c'est à ce dialecte
qu'appartiennent la plupart des textes réunis aujourd'hui à
Berlin. Le déchiffrement en est peu avancé ; MM. Sieg et Sieg-
ling ne disposaient pour l'interprétation que de gloses en san-
scrit dispersées çà et là dans les manuscrits. Les fragments
recueillis par la mission Pelliot, tant à Douldour-Aqour qu'à
Touen-houang, sont au contraire, tous sans exception, en dia-
lecte B. Un fragment recueilli par Stein près de Khotan, lors
de son premier voyage, est aussi dans ce dialecte; il semble
donc que la distribution géographique des trouvailles donne au
dialecte A la préférenct^ dans l'extrême-nord du Turkestan, au
dialecte B dans le contre et [o sud.
MELANGES. 139
La grotte de Touen-houanga fourni deux feuillets bilingues,
d'un texte de médecine sanscrit, en vers, accompagné
d'une traduction, vers par vers, en tokharien. Les fouilles de
Douldour-Aqour ont donné un feuillet mutilé du Dhannnpada
sanscrit, traduit, pàda par pâda, en tokharien. Avec ces res-
sources, j'ai tenté de déterminer la nature des fragments écrits
uniquement en tokharien. Tous ceux quej'ai examinés jusqu'ici
(à peu de chose près le total des trouvailles) sont d'inspira-
tion bouddhique. 11 ne saurait être question d'en donner ici
une liste détaillée. Qu'il suffise d'indiquer qu'on y trouve deux
morceaux tirés du Vinaya, deux rédactions versifiées de sutras
(l'un sur Nanda), plusieurs fragments en vers sur les récom-
penses et les punitions des actes après la mort, des débris de
traités cosmologiques. Le Dluirmnpada, si répandu dans sa
rédaction sanscrite, est représenté en tokharien par un feuillet
de traduction , et surtout par un abrégé où l'esprit de chaque
section est résumé en un seul vers. Le plus surprenant encore
est de rencontrer des restes de deux drames bouddhiques, dont
l'un a pour sujet la vie du Bouddha lui-même; ces œuvres, si
elles ne sont pas traduites d'originaux sanscrits inconnus ou
perdus, attestent l'influence directe de la dramaturgie indienne
hors de l'Inde et comblent une lacune dans l'histoire des rap-
ports enire le théâtre de l'Inde et le théâtre chinois. La méde-
cine est une annexe du bouddhisme; les missionnaires l'utili-
saient alors comme aujourd'hui au service de la propagande.
Elle est représentée par deux fragments, dont l'un est bilingue.
La sorcellerie se range naturellement entre la religion et la
médecine; un texte curieux, et complet, en partie sanscrit, eu
partie tokharie;i, donne le rituel d'une conjuration contre les
ennemis.
Il importe d'observer (jue, pour aucun de ces textes, on n'a
pu relever jusqu'ici de correspondant dans le sanscrit, ni le
pâli, ni le chinois, ni h' lilx'lain. Il apparail donc (pie celle
UO JANVIER-FEVRIER 1911.
langue, dont l'existence vient à peine d'être révélée, a été l'or-
gane d'une civilisation avancée et prospère, et que le boud-
dhisme de l'Asie centrale, au contact des religions nouvelles
qu'il y rencontrait, avait pris sur place un développement
original, peut-être aux dépens de l'orthodoxie.
Sylvain Lévi.
COMPTES RENDUS,
M. JvsTKOw jr. Die Religion Babylomeks ia» /Issyiî/eivs, t. II, livraisons 8
à i5, p. i-Gai. — • Giessen, Alfred Topelmann, 1906-1910 (1 M. 5o la
livraison).
Le D"^ Jastrow, professeur de langues sémitiques à l'Université de
Pennsylvanie (Philadelphie), poursuit la traduction allemande ou plulôt
ia nouvelle édition, considérahlement augmentée, de son grand ouvrage
sur la religion de la Babylonie et de l'Assyrie.
Dans un premier volume de 559 pages, il avait étudié la mythologie
habylonienne et assyiienue proprement dite et une partie de la littérature
religieuse : incantations, prières et hymnes.
C'est encore cette littérature qui fait le sujet des huit fascicules sui-
vants. Ils ne compiennent que trois nouveaux chapitres : xvni, xi\
et x\ en partie seulement. Les Babyloniens vivaient dans une anxiété
continuelle sur les dispositions de la divinité à leur égard. De là, les
noml)reuses lamentations et prières de pénitence par lesquelles ils cher-
chaient à les lléchir, les oracles dans le.squels ils les consultaient pour
connaître leur volonté, et enfin l'étude des présages qui devait leur
révéler l'avenir, c'est-à-dire le cours des événements, tels qu'ils étaient
déterminés par les dieux.
Le chapitre xviii, p. 1-187, est consacré aux lamentations et prières
de pénitence (Klagelieder und Bussgehete).
Tout en nous avertissant avec beaucoup de prudence, à plusieurs
rt'|)rises (p. 10, 106, etc.), que ces distinctions ne sont pas nettes en
réalité, no sont même pas fondées sur la nature des choses (p. 106).
Jastrow divise, pour la conunodité de l'étude, ces lamentations et prières
en trois classes : 1° les er-schem-ma , qu'après hésitation il délinil des
ff hommages (Huldigungen) aux dieux... avec le but spécial de dé-
tourner la colère" ; p" les lamentations proprement dites ou psaumes de
pénitence, que les Bain Ioniens appelaient er-sclia-Loii-mal , c'est-à-dire
prières pour l'apaisement du co'iu-. Les unes et les autres étaient em-
ployées siuldut dans le culte pulilic et dans un but d'intérêt général; cm
les trouve donc de préférence sur la bouche des rois et des princes :
3" la troisième classe au contraire, dont le nom babylonien est perdu, parait
avoir servi iiidiiïéremnienl pour le culte public et pour le cidle privé.
\
U2 ■ JANVJER-FEVRlKn 1911.
dans toutes les circonstances où il fallait calmer ou détourner la colère
des dieux eu les implorant (p. 6-7).
Les lameu talions publiques brodent en réalité sur un fonds stéréotype
et commun, qui dérive probablement d'un i-ituel de Nippour. Mais
beaucoup de celles qui nous sont parvenues sont adaptées au culte de
.Mai-douk. Elles proviennent donc sans doute des archives du temple du
dieu de Babylone.
Le fonds commun est attesté par l'éuumération des dieux, villes et
temples qui en forme un des thèmes; Tadaplation. par les variantes que
[)i'ésente cette énuméralion dans le rang assigné aux dieux, leur nonibre
et leurs épilhètes.
Les lamentations ou psaumes de pénitence d'un caractère plus per-
sonnel (troisième classe ), sont le produit le plus élevé du sentiment reli-
gieux babylonien. Au point de vue purement littéraire, elles laissent bien
loin derrière elles les lamentalions pour le culte public. Cependant , même
là, le Babylonien ne s'est pas élevé jusqu'au monothéisme (p. io5). Si
le suppliant parle de son dieu irrité on de sa déesse irritée, sans les dé-
signej' d'une façon plus précise, c'est uniquement ou pour que la pi'ière
puisse servir en toute occurrence — il sullisail d'ajouter le nom du dieu .
— ou parce qu'il ne les connaît pas, parce qu'il ignore quelle est la
divinité qu'il a offensée.
En lisant les plus belles effusions des pi'ètres ou des scril>es de Baby-
lone, le D' Jastrow s'est souvenu tout naluiellemcnl des Psaumes sacrés.
Il repousse sagement toute influence directe des compositions babylo-
niennes ou assyriennes sur les chants bibliques, et il proclame le carac-
tère plus moral et plus élevé des Psaumes. Tandis que le Babylonien se
lamente avant tout et ne prie et ne fait j)énitence que secondairement,
et taudis que ses dieux agissent au gré de leui- bon plaisir, le sentiment de
la |iénitence domine dans les Psaumes, et le psalniiste a conscience que
Dieu lui-même agit selon les lois de l'absolue justice. L'élément magique
et incantatoire, totalement absent des Psaumes, se retrouve d'ailleurs
dans les plus belles prières babyloniennes.
D'un autre côté cependant , le D' Jastrow admet que les Babyloniens ont
\m e\ei-cer une certaine influence littéraire sur les Hébreux même avant
l'exil. 11 termine ce chapitre par quehpies rapprochements intéressants
entre les textcïs babyloniens et les Psaumes bibliques.
Dans le chapitre xix, p. i38 à 'îo-i, le D' Jastrow traite des oracles.
Les Babvloniens tenaient avant tout, nous l'avons vu, à connaître le
bon plaisir des dieux. Lue des f'ouclions sacerdotales les plus impor-
tantes avait donc poui- but de (Ii-ternii4)er quel était ce bon plaisir.
COMPTES nENDUS. l4â
Des prèlies spéciaux, le barû ou ^voyantu et, d'après l'auleur, aussi
le zatfiqu (?) ''^ , devaient selon les circonstances demander aux dieux
quelle était leur volonté, si la délivrance du mal se produirait, si le
démon de la maladie quitterait le corps du malade, si telle entreprise
l'éussirail, ce qu"d adviendrait des projets de l'ennemi . si telle ou telle
cérémonie rituelle aurait un heureux effet, etc.
Ils employaient pour cela deux moyens : i° l'un immédiat, l'oracle ou
consultation directe des dieux; 2" l'autre médiat, l'étude des présages.
La consultation directe avait lieu dans toutes sortes de circonstances
publiques et privées, par exemple si on voulait connaître le jour favo-
rable pour commencer une construction, — mais plus particulièrement
dans les maladies et malheurs quelconques, pour apprendre le moyeu
d'apaiser la divinité, dans les questions intéressant l'Ktat, dans les cala-
mités publiques , dans les grandes entreprises du roi, ses constructions
el ses guerres, dans les invasions ennemies.
Tous les rois ou princes babyloniens ont consulté les dieux, depuis
les plus anciens, Sargon, Naram-Sin, Goudéa. jusqu'à Nabonide, le der-
nier de tous (p. iAa-i45). Il en a été de même des rois d'Assyrie.
Gomme ceux de Babylone, ils ont consulté surtout les dieux Samas
(dieu du soleil ) et Adad (dieu de l'atmosphère), les j)rincipales divinités
des oracles. Asarhaddon et Assurbanipal nous ont laissé de vériUd)les col-
lections, encore incomplètement connues, de ces consultations sur leui's
entreprises, recueils précieux de renseignements sur l'histoire des inva-
sions des Mèdes, des Gimmérieus et des Scythes (As/ciiza) en Assyrie
(p. i/ig, i5i, 181).
Fidèle à sa méthode habituelle, le D' Jastrow tennine son étude de la
littérature des oiacles par de larges extraits des textes (p. 176-909).
Le chapitre xx s'étend de la page -ioS à la page 696. Encoi-e ne
finit-il pas avec la W' livraison. G/ost un véritable traité de la science
des piésnges el de leur interprétation chez les Babyloniens.
L'homme observait tout ce qu'il pouvait voir dans le ciel, tout ce qui
jwuvait tomber sous ses sens sur la terre, et tout ce qu'il observait avait
une signilicalion pour l'avenir, était un présage. Kn conséquence, pour
se mrtti'c à même de résoudre toutes les occurrences possibles en ces
('^ A la suite do .Icn'inias, il traduit zaqiqii par ffle prêtre Zaqiqun dans la
prière d'Assmbanipal à Nabou, K. 1 'S-"), faro, -iS, au lieu d<> le Iraduiro, rommo
on le fait d'ordinairo, par "soiifTIoi. Apiôs avoir oxaminc do nouveau ce texte,
que j'ai traUM-rit cl traduit dans mes Tr.rtr* n'Iijni'u.r ns.iiiiirns rt linlnjlunii-nx ,
i9oii , p. aS-3() .j'hésite à aduietlre l'inlerprétation de Jérémias cl de Jastrow.
Toiil nu itioins, ils n'ont pas le dioit, scudde-l-il, «l'i'lre 1res alliruialifs.
Ui JANVIER-FEVRIER 1911.
malières, ies iulerpiètes oHiciels des présages, ies prêlres, avaient dû
former des collections cousidérahles de pre'sages accompagnées de leur
signification respective. C'est ce qui explique Ténorme quantité (ïoinina
trouvés dans les fouilles, en particulier clans les ruines de INinive.
Il ressort du contenu de ces tablettes que les prêtres babyloniens se
sont surtout occupés des ]irésages tirés de lexamen du foie et des phé-
nomènes célestes. Le D' Joslrow étudie donc d'abord ces deux catégories
de présages.
A son avis, l'hépatoscopie ou science des présages tirés de l'examen du
foie est basée sui- une conception populaire, tandis que l'astrologie ou
science des présages tirés de l'observation des phénomènes célestes a une
base plus scientifique dans une certaine mesure.
Si dans Tétude des présages tirés du règne animal, le foie joue le rôle
d'oigane révélateur par excellence, c'est que, selon le D' Jastrow, dans
la croyance populaire le foie était le siège de la vie et de lame.
Les Babyloniens l'auraient donc observé dès une époque très ancienne,
au moins au temps de Sargon l'Ancien et de JNaram-Sin , soit vei's
3ooo environ avant Jésus-Christ. Nous voyons par la reproduction en
brique d'un foie de mouton , trouvée dans la bibliothèque d'Assurbanipal ,
qu'ils divisaient sa surface postérieure en 5o parties, et qu'à chacune de
ces parties était attaché un présage spécial (p. 318). Pour interpréter
ces présages, les prêtres se basaient sur la position des phénomènes à
droite ou à gauche, sur la cohésion ou au contraire la dissociation des
concepts et des figures , enfin sur les anciennes collections d'observations
et d'interprétations (p. ^kh-'ih^).
En divers endroits de son travail et particulièrement à la page 3io,
le D' Jastrow décrit leurs jirocédés et les conclusions favorables ou défa-
vorables auxquelles ils aboutissaient. Mais il doit reconnaître que nombre
de points lestent encoi'e obscui-s.
L'observation du ciel ne repose ])as, comme celle du foie, sur ime
croyance populaire, mais sur des spéculations qui, pour naïves qu'elles
soient, n'en supposent pas moins un degré plus élevé de culture et un
ensemljle de connaissances qui constitue déjà comme un système scienti-
fique en un sens très large (p. 62 1-/128).
A un autre point de vue encore, l'astrologie diffère de l'hépatoscopie et
autres divinations. Dans les présages tirés du foie, la divination s'exerce
sur des objets choisis et disposés par l'homme. Au contraire celle fondée
sur l'observation du ciel interprète des objets ou des phénomènes qui ne
dépendent pas de sa volonté, ne sont pas choisis par lui mais s'imposent
à lui.
COMPTES RENDUS. U5
Ce sont avant tout les astres, puis les nuages, les vents, les tempêtes,
les éclairs, les averses, les inondations, le cours des fleuves, les essaims
de saulei'clles.
Les Babyloniens les ont observe's et inlerjirétés de bonne heure. Le
D' JastroAV retrouve des allusions aux pratiques astrologiques dans
Goudéa , et il cite à l'appui de l'antiquité de ce genre de divination les
copies faites par l'ordre d'Assnrbanipal (vu" siècle av. J.-C.) des an-
ciennes collections cVomina, telle que la série ciiuma Anu Enlil qui
remonte peut-être à Sargon l'Ancien , des listes d'étoiles, des calendriers
(ïomi)ia, des tablettes des levers héliaques de quelques étoiles fixes, des
listes de dieux. Les rapports officiels adressés aux rois par les astro-
logues , par exemple sous les Sargonides (fin du vui" et vu° siècle av. J.-G.) ,
supposent eux-mêmes d'anciens modèles babyloniens.
La lune tenait le premier rang dans leurs observations. Tout était pré-
sage dans ses apparitions et dans ses aspects : apparition le 3o° jour du
mois, mauvais présage; non-apparition le i3° jour, présage favorable:
apparition simultanée du soleil et de la lune le lA" jour, présage favo-
rable encore; au contraire, toute disposition anormale de la lune, qu'il
s'agisse d'une véritable éclipse ou seulement d'un obscurcissement, était
un mauvais signe.
Ils observaient encore l'opposition de la lune et du soleil, le degré
d'éclat de la lune, la position des planètes relativement à la lune, l'exis-
tence d'anneaux autour de la lune, la position du soleil et des planètes
vis-à-vis de ces anneaux, la forme des cornes de la lune, la couleur de
la nouvelle lune et des cornes , etc.
Les lettres et les rapports olficiels prouvent que les astrologues atta-
cbaicnt surtout une grande importance à la connaissance exacte : i° du
milieu du mois, pour pouvoir (ixcr la date de la pleine lune, car le
jour de la pleine lune était néfaste, et il fallait s'y abstenir de toute
entreprise; 2° de la fin du mois, pour pouvoir fixer la date de la dis-
parition et du retour de la lune.
Pour les présages tirés du soleil, les documents sont plus rares : les
Babyloniens attachaient moins d'importance à son observation et à celle
des planètes.
Les rapports oflicicls et les collections (Voiniiia se bornent à l'obser-
vation d'un nombre limilé de phénomènes solaires : halo et auneaux
solaires, obscurcissement par influences atmosphériques, éclipses solaires,
position du soleil relativement h la lune et aux planètes, sou cours nor-
mal, phénomènes s'écartant en a|)parence du cours normal.
L'obscurcissement subit du soI(m'I a|)rès son lever étail un présage très
xvu. 10
ivrinurniB n&TioiiALB.
U6 JANVIER-FÉVRIER 1911.
mauvais; de même, les raies lumineuses, raffaiblissement de l'éclat do
l'astre et surtout ses éclipses. D'après les descriptions, il est très difficile
de distinguer entre les e'clipses véritables et les simples obscurcissements.
En tout cas, l'éclipsé vraie ou apparente était un mauvais présage, aux
significations multiples et variées pour chaque mois (p. 687 et suiv.).
L'apparilion du soleil voilé, le 1" jour du mois surtout, était également
susceptible d'un grand nombre d'interprétations, selon le mois et selon
la couleur du nuage.
Dans les dernières pages de la XV*" livraison (p. 6 12-62/1), le D' Jastrow
aboi'de l'étude des présages tirés des planètes. Il commence par \ énus ,
la plus importante comme étoile du matin et étoile du soir. Sa dispari-
tion comme étoile du matin était un mauvais présage, tandis que son
couchei' liéliaque comme étoile du soir, avec invisibilité de courte dm'ée ,
pouvait être un présage favoi'able.
Comme je l'ai déjà remarqué , le D' Jastrow, inspiré en cela par une
})cusée très scientifique, aime à mettre ses lecteurs en contact a\ec les
textes. 11 illustre donc son ex})osilion par des citations d'une étendue
considérable. Mais il ne se borne pas à reproduire des traductions toutes
faites, il corrige, améliore les travaux de ses devanciers, les supplée au
besoin. Tout son ouvrage est émaillé dénotes philologiques, où il cherche
à justifier ses vues. Ces notes témoignent d'un labeur acharné, mais
elles n'entraînent pas toujours la conviction, ce qui n'a rien d'étonnant
dans une matière si difficile et, par endroits, si neuve.
Ainsi, dans le Journal asiatique de juillet-août 1910, j'ai montré que
le j)oèuie du Juste souffrant n'était pas le récit des souffrances d'un roi, et
que la traduction du D' Jastrow était plus d'une fois inexacte'''. Je pour-
rais en dire autant pour quelques passages de la lamentation citée
p. 80 et suiv. (= Rawlinsox, t. IV, pi. 5^); ligne 34, il faut lire :
"Que l'écriture du dieu Ea apaise ton cœurîi, et non : «Par l'ordre d'Ea
que ton cœur s'apaise n; ligne 42, le D' Jastrow a lu à tort ina na-ri
di-id-dra-su au lieu de ina na-ri-ti it-ra-m ffsauve-le du maraisn. Sa note
7, p. 87, est donc fausse. — A la ])age 98, les notes 10 et 11 sont
beaucoup troj) affirmatives et eu tout cas donnent une idée inexacte de
rhy])othèse que j'ai émise sur le j)assage visé. — D'après la traduction
que le D' Jastrow donne lui-même du texte cité page 682, il ne s'agit
pas de la fuite de la femme de l'astrologue mais de la fuite d'une esclave
('^ Dans cet article. Journal axiattqup, julllot-aont 1910, p. 1^11, 1. 91,
lire ^ih-bir-ru qal de cOrni'i , el traduire le passage correspondanl, p. 107,
I. 5 : tria où on rend le jiigemcul des hommes^.
COMPTES RENDUS. 147
quelconque du roi. II fait [)i-euve dans cette interprétation d'une imagi-
nation quelque peu féconde. — P. 600, note 5, ta-ta-ma-ra el taitiarlu ne
viennent pas de taindni mais de :amdru rrvoir , observer n , dont ta-la-ma-ra
est la 2° personne parfait ou imparfait ifteal.
Ces me'prises ne choqueront pas évidemment le grand public. 11 sera
plus sensible aux défauts de composilion qui déparent cet ouvrage. On
pouriait le prendre comme caractéristique de la distance qui sépare
les conceptions d'un Allemand de celles d'un Français en matière de
composition lilléraire.
Cet énorme travail ne comprend que trois chapitres, l'un d'eux compte
plus de /ioo pages (aoS à ôai), et encore n'est-il pas fini! C'est, je
pense, un record. Et dans ces Aoo pages, c'est toujours le même titre
qui règne en haut de la page. L'auleur n'a même pas pris la peine d'y
reproduire les titres des trop rares sections du chapitre.
11 aurait dû introduire un plus grand nombre de divisions et les
annoncer, avec plus de netteté, au début de chaque chapitre. Il aurait
dû aussi mieux coordonner les- notions qu'il a recueihies dans les (extes
mais qu'il a trop souvent dispersées ou répétées un peu ])artout. Pour
n'en citer qu'un exemple, il est question des fonctions des prêtres, inter-
prètes officiels des oracles , aux pages 1/19-1^0, loG, iq'i, ■fîoo-aoï.
C'est une bonne chose sans doute que de j)roduire des textes, mais
c'en est encore une meilleure de les faire précéder d'introductions qui en
dégagent, en classent et en coordonnent les informations utiles, en qucl-
(pies pages aussi claires et aussi |)récises que le sujet le permet.
Enfin, cei'taines notes sont d'une longueur exagérée; elles atteignent
parf(»is une page (p. '^Si), deux pages même (p. rîBS-aSy).
Il est donc peu vraisemblable que les profanes, en France au moins,
lisent volontiers un ouvrage qui aurait pu revêtir une forme plus at-
trayante. Mais il restera un instrument de travail très apprécié des
spécialistes de l'histoire des religions. Lorsque les Indices annoncés leur
permettront (h; l'utiliser plus facilement, ils y recouiront comme à une
mine d'informations des plus abondantes, ne serait-ce ([uc pour la biblio-
graphie. II leur sullira alors de quehpies instants poiu" recueillir le fruit
de l'énorme labeur que s'est inqiosé le D'' Jastrow en se condannianl ;\
lire et à dépouiller les œuvres de tous ses devanciers sur chacun des
sujets qu'il aborde.
Ajoutons que, à quelrpies exceptions près, par oxenqile dans son ad-
niii'ation un peu exagérée pour lis théories mises en avant par \\ inckler,
Zimmcrn et Jéivmias (p. /ji8-Ai()), l'auteur se montre généralement
modéré el sage dans ses conclusions. Il n'hésite même pas à se séparer
to.
\h8 JANVIER-FEVRIER 1911.
de Wiuckler et de Jérémias sur la question si débattue de l'antiquité
d'une astronomie babylonienne sc?V»///?(y«('. A la suite du P. Kuglcr, il
refuse de ci'oire à celte antiquité (p. ASa et /»55), ne serait-ce, dit-il,
que devant l'absence d'une terminologie scientifique (p. Syy).
François Martin.
Post-scriptum. — Le P. Landcrsdorfer 0. S. B. vient de publier dans
les Biblischc Slndicn (Herder, Fribourg-en-Brisgau) une étude intéres-
sante sur le Livre de Job et le poème du Juste souffrant babylonien : Eine
babijlonischc Quelle fur das Buch Job? i38 pages in-8''. Il conclut, à bon
droit, p. 1.38, que rien ne permet d'affirmer la dépendance littéraire de
Job du poème babylonien. F. M.
Ak OuriiNE OF AssiitiAh' GnAMMAit, by Theopliilus G. Pinches. — London,
Henry J. Glaisher, 1910; in-12, vni-6/i pages.
Jusqu'ici on manquait d'une grammaire assyrienne élémentaire oii
les termes assyriens fussent reproduits dans les caractères originaux,
rr L'esquisse de grammaire assyriennen publiée par M. Pincbes vient fort
beureusement combler cette lacune : tout en s'initiant aux règles gram-
maticales, le débutant pourra, par l'étude de ce petit volume, se fami-
liariser avec la lecture des caractères cunéiformes.
L'exposé grammatical est accompagné d'une liste de signes, d'une
liste des caractères babyloniens, de la liste des noms de mois et enfin
de quelques textes. Cette dernière partie n'est pas la moins intéressante
du volume. C'est une agréable surprise de trouver dans ce précis de
grammaire, soit des textes médits (p. 11 et 62), soit tout au moins une
édition revue et améliorée de textes connus [hh et 63). Parmi ces textes
quelques-uns sont des contrats babyloniens avec légende araméenne.
Particulièrement intéressants sont les extraits, publiés p. 6/1, de textes
scolaires qui donnent la lecture de noms propres. A signaler par
exemple : '"'su-tum='"^A-ra-ba-tum. Cette équivalence peut aider à déter-
miner la lecture, récemment discutée par Ungnad {Z.D.M.G., LXII,
p. 791 et suiv.), de l'élément su = *-t:^]-ba dans les noms propres. Il
est probable que, dans ce groupe, >-XJ| se lit, non pas cr ou ri, mais
eri. Comparer >-^]]-is= cris [cri-is) et ''Sin-f^^-ba-am C Sin-eri-ba-
am) en variante de ''Sin-e-ri-ib (Cun. Tcœts, IV, pi. i5 «, 1. G et 12).
Fr. Thureau-Dangin.
COMPTES RENDUS. U9
Catalogue of the Ahahic aud Persiau Mauvscbipts , in the Oriental Public
Library al Banhipore. Vol. IV : Arabie médical ivorhs , preparcd by M.vulavî
'Azîml'd-dîx Ahmad. — Calcutta, Bcngal Secrétariat Book Depot, 1910;
1 vol. {jrand in-S", vii-908 pa<je<î.
Comme pour les tomes déjà publiés du catalogue de la bibliothèque
orientale publique de Bankipore, M. Denison Ross a teuu à présenter au
public savant son collaborateur, Maulavî 'Azhim-ed-din Ahmed, dont
le nom figure seul sur le titre comme ayant préparé la publication du
volume. Le choix qui a été fait de ce savant musulman pour étudier une
partie aussi spéciale que celle de la médecine , provient de ce qu il ap-
partient à une famille distinguée du Behar qui, depuis quatre généra-
tions, pratique la médecine indigène, et de ce que, en dehors de ses
connaissances en langue arabe, il est tout à fait au courant du système
pratiqué par les haldins qui exercent leur profession au milieu des mu-
sulmans de l'Inde. Eu outre, il est suffisamment formé aux méthodes
de l'érudition européenne pour pouvoir se flatter d'avoir approfondi cer-
tains sujets restés obscurs avant lui.
Ces ouvrages arabes n'occuperont pas beaucoup les médecins de nos
jours, mais ils sont indispensables à la connaissance de la médecine au
moyen âge et à l'histoire de son rattachement aux doctrines grecques.
Bien que la préface parle d'anciennes copies, je ne vois guère que le
Tadhkirat el-Kahhdlin de Jesu Haly ('Isa ben 'Ali) qui mérite ce nom; il
a été, en effet, copié en 555 (1 160); on peut y joindre la partie chirur-
gicale du Kitdb el-taçrif, de Khalef ben 'Abbàs el-Zehràwi (datée de
684-1190). Un beau manuscrit illustré du Kitdh el-hachdïch do Dios-
coride, non daté, ne peut guère descendre plus bas que le v' siècle de
l'hégire, parce qu'il provient de l'hôpital fondé à Chii-az par le Chir-
wàn-cliàh Akhlasàn Manoutenihr, le protecteur du poète khûqàni. Les
ligures des plantes et de quelques animaux sont peinles; à côlé de
la transcription des noms grecs eu lettres arabes , on rencontre parfois
des noms écrits en caractères grecs. Les autres sont plus modernes ,
et un certain nombre presque contemporains.
Quelques erreurs se sont produites dans la transcription des lilrcs
arabes : p. xh ^ kildb-u-fi 'l-wabd, lire kitdb""; p. 1 -.? , lidmilii's-saua'ali ,
lire sind'a; p. 36, tndîàral u 'l-liiililidliii , lire kahhdlin; p. 87, dshribdlt ,
Vire ashriba; p. 128, (in-nicliatir :-:iililtliji/alt , lire zalnijtja et cl". Dozv,
Supplément; p. 187, IdUibu-shdJi Ji' t-ljbb , Vn-e hildb"" slidj"; p. liy, md
Id-ijasa'u't-tablbu-juhUihu, lire 't-liiblba; p. 187, (/fl/w/is/, lire quldimi;
p. i^"], baytrali, lue baïlara; p. -joo, hilab u'I-atpval ii'l-h-dfii/ali clc. ,
lire il-hdfiija et ish-shdfuja. Cl. Uuaut.
150 JANVIER-FEVRIKR 1911.
S.iDDAit Nash and Saddaii Bundeuesh. Editecl hy Ervad Bamanji Nasarvanji
Dhadhar, m. a., pulilished by the Trustées of the Parsec Punchayet funds and
propei-ties — Bombay, Britiî^h India Press, Byculia, 1909, in-12, xxxi-
178 pages. . •
Le Aéhat des éludes zoroastriques en Europe est marqué par la tra-
duction latine du Sad-dtr due à Thomas Hyde (Oxford, 1700), qui resta
l'unique source de renseignements jusqu'au moment où Anquelil
Duperron rapporta de l'Inde l'Avesta et la manière de le lire et de l'in-
terpréter. Depuis lors, la lecture du Sad-der est restée quelque peu
négligée. Les fidéi-commissaires chargés de l'administration des fonds
de la communauté parsie de Bombay ont jugé bon de comprendre les
Sad-der (car il y en a plusieurs) non encore publiés parmi les ouvrages
relatifs à la religion parsie qu'ils se proposent de faire paraître, et ils ont
chargé M. Ervad Dhabhar de la publication du Sad-der en prose et du
Sad-der Buudihish. Sad-der signifie crcent portes», c'est-à-dire cent cha-
pitres. La cité élevée par Zoroaslre est comparée à une ville où cent
portes donnent accès; cent sujets principaux, religieux et moraux, sont
incorporés dans ces ouvrages , d'où leur nom. La rédaction en vers, celle
qu'a connue Thomas Hyde, est postérieure à la rédaction en prose; il y
en a même deux, le Sad-der-i Nazhm composé sur le mètre motaqdrib
et le Sad-der-i Bahr-i tawil (au long mètre) écrit sur le mètre rainai à
huit pieds. Le premier parait avoir été rédigé à Kerman, en 1/196, par
Iran -chah, fils de Malek-châh; le second serait dû à la plume de
Rustem-i Isfendiyàr du Khorasan el de Behzâd-i Rustem en i6o5.
Quant à la rédaction en prose, contrairement à ce qu'en pensait West
et pour des raisons données p. vni, n. 1, elle aurait été l'œuvre de trois
dastours, Vardast, Medyomâh et Syàvakhsh à l'époque de la conquête
arabe.
Le nom du Sad-der Buiulihish, que West a voulu expliquer diffé-
remment, signifierait qu'à l'imitation du Bundihish pehlevi, cet ouvrage
commence par la description de la création du monde et se termine par
un chapitre sur l'eschatologie. Sa composition est intermédiaire entre
celle des deux Sad-der en prose el en vers. L'étude qu'en a faite
M. Ervad Dhabhar prouve que Spiegel {Die tradilionelle Literatur der
Parsen, p. iSa) avait raison quand il conjecturait qu'il était identique
avec le Slulijest-nâ-slmiji'st. Les manus(*rits qui ont servi de base à la
publication se trouvent dans des bibliothèques particulières de Parsis
à Bombay et à Nausarî. Le plus ancien texte du Sad-der Bundihish fait
[)arlie du rivdyet de Kâmdin Kbambayeh apporté de Yezd en 89G de
l'ère de Yozdegird (i^qS); les matières y sont pêle-mêle, sans aucun
COMPTES RENDUS. 151
ordre. L'édilion acluelle a suivi la division en paragraphes et seclions
adopte'e par Uest dans sa Iraducliou (t, XXIV des Sacrcd Boohs of the
East). Une innovation intéressante est à signaler : le texte persan, con-
trairement à l'usage généralement suivi en Orient, commence par la
gauche du livre ouvert au lieu de commencer par la droite. L'édition est
fort correcte et fait honneur à l'attention minutieuse apportée par l'édi-
teur à la correction des épreuves.
Cl. HCART.
Edward G. Browne. Tz/js PERsiiy revolvtiqn of igo5-iQog. ■ — Cambridge,
Uiiiversity Press, 1910; in-8°, xxyi-h'jo pages.
Pdijdidè hdd machvovtè-ï Iran! rr Vive la Constitution persane !i^ En
un élégant cartouche carré, ces mois magiques, tracés en helie écriture
nastdliq, symbolisent le contenu de l'ouvrage dans lequel le savant pro-
fesseur de Cambridge vient de rassembler les principaux faits de l'histoire
de la révolution de Perse. Débordants d'un enthousiasme naïf, les Pei'sans
se sont jetés corps et àme dans la politique active, et les rêveurs qui,
il y a peu d'années encore, songeaient, entre deux bouffées tii'ées du
qahjQÛn, à la paix universelle prèchée par Béha-ollàh interné à Snint-Jean-
d'Acre. se disputent aujourd'hui sur la meilleure manière de tirer leur
pays de l'ornière où il était sur le point de verser.
C'est un livre d'histoire que M. Edward G. Browne a voulu faire, et
grâce à ses soins et à son exacte documentation , nous avons , dans ce
gros volume, les meilleurs renseignements, puisés à bonne source, sur
ce laps de quatre amiées d'oîi peut sorlir la rénovation du vieil Iran,
endormi sur ses lauriers plus de vingt fois séculaires. Le pi-emier cha-
pitre renferme une biographie du Sèyyid Djèmàl-oddin connu sous le
surnom ethnique d'cl-Afghànî , bien ([u'il ne fût pas Afghan, étant né,
d'après le général Houtoum-Schindier, non à As'ad abàd près de Kàbnul ,
mais à Asad-àbàd près de Hamadàn. On sait le rôle joué par ce prédi-
cateiu' de Tuninn paiiislamique. L'histoire de la concession tlu tiimhrki ,
le boycottage et les troubles ([ui la suivirent, l'assassinat de Nà(,'ir-od(iin
Chah, l'octroi de la charte par Mozhalfar-oddin Cihàli, l'arrangement
anglo-russe pour le partage des régions d'inlluence, le coup d'Etat du
28 juin 1908, le siège de Tébriz, le soulèvement des j)rovinces et la
niaiche des Haklityàris sur Téhéran, l'abdication de Moliammed-'AU
Chah et l'intronisation d" Ahinad Cliàli. tous ces év<Micniouts qui se suc-
cèdent rapidement pendant ce court espace de lenqjs, forment autant de
chapitres séparés dans cette revue générale.
152 JANVIER-FEVRIER 1911.
Deux appendices complètent utilement la documentation de l'ouvrage
et nous donnent une masse de renseignements qui seraient des plus utiles
aux chorclieurs. Ce sont d'abord la traduction en anglais des bases de la
Constitution, telles que le firman du 5, août 1906, les lois électorales
du 9 septembre 1906 et du 1" juillet 1909, les lois fondamentales du
3o décembre 1906. Puis viennent des notices biographiques sur certains
personnages, les uns peu connus, les autres célébrés à l'envi par la
presse européenne, IJàdji Sayyàh, FuroùgUî, Antoine Kitâbdji, Shap-
shâl-Kliân , Satlâr-Khàn et tant d'autres. Ceux qui ont connu le chéïkh
Abmad Roùhi de Kirmàn trouveront, dans une note substantielle, tout le
récit de l'arrestation par le gouvernement ottoman, delà remise aux
autorités persanes et de l'exécution secrète de l'infortuné poète et agita-
teur. Quarante-six illustrations hors page, reproduction de photogra-
phies, nous offrent un ensemble inestimable de documents figurés de
premier ordre. En dehors des portraits de presque tous les person-
nages cités, on trouvera une vue du Bahàristàn après le bombardement,
des vues du camp des Bakhtyàris sous les murs d'ispahan, des consti-
tulionalistes réfugiés en hast à l'ambassade de Turquie, le fac-similé du
fetwd sur les droits des Zoroastriens , des reproductions de cartes postales
illustrées représentant diverses scènes de la révolution, un fac-similé de
la carte, dressée par les Persans, du siège de Tébriz, et enfin une carte
géographique montrant les limites des sphères d'influence de l'Angleterre
et de la Russie.
Cl. HUART.
»,Uiii! ^^-j HisTOinE DE LA CiviLiSATiny do M. Cliarles Seignouos, professeur
à ia Sorbonne , traduite en arabe par jNIohammed Kurd-'Alî. — Le Caire,
imprimerie Ezh-Zliàhir, s.d. (1908); in-8^ 920 pages (avec changement de.
la justification à partir de ia page ig).
Pour vulgariser parmi ses compatriotes un bon résumé d'histoire
universelle, M. Kurd-'Ali a eu l'excellente idée de prendre Vllistoirp de
la Cioiiisatioii de M. Seignobos et d'en traduire la première partie: les
deux autres suivront plus tard. On sait que les Arabes, dont l'érudition
a de la peine à se dépêtrer du moyen âge oriental, ignorent tout de la
Grèce ancienne et de Rome, et à plus forte raison de l'histoire ancienne
de l'Orient. Afin de mettre les musulmans, désireux de s'instruire, à'
même de se rendre compte du dévelop[)ement des études hislori([ues et
de sortir du cadre éli'oit ol suranné du Tarikh cJ-'ibar dlbn-Klialdoun,
le choix de ce manuel était fort heureux. C'est ainsi que les lecteurs de
COMPTES RENDUS. 153
langue arabe pourront passer en revue successivement les Aryens et les
Sémites, l'Egypte ancienne, l'Assyrie et la Babylonie, les Phéniciens,
les Israélites, les Pei'ses, les Grecs et les Piomains (y^jj", p. 117).
Un certain nombre de transcriptions peuvent prêter à redire. Ainsi
aj^U! vj^ ne signifie pas , comme tout Arabe le croira à la première
lecture, rr les guerres matérielles n, mais rr les guerres médiquesn : j'eusse
préféré *j«>^i!, pour éviter toute chance d'erreur, d'autant plus que
nous avons déjà); transcrit par ^^ dans ^^:>^y^ HpôSoro» (p. 88).
ï.^\ <_>-^ est rrla guerre du Péloponnèse^ ; ce nom médiéval de Morée,
emprunté au turc osmanli qui le tient du grec byzantin, détonne
quelque peu. Dans la transcription des noms des rois achéménidcs. il
règne quelque incohérence. ^.>.<5l~.5'b^l (sz'c), p. io3, est Arlaxercès,
mais ^j^^lSiS (ibid.) est Cyrus le jeune et non Cambyse, comme on pour-
rait s'y attendre; comparer ^ù,y> (•'><c), p. 88, qui est bien Cyrus. En
rapprochant cette graphie du nom d'Artaxercès de ^w-s.5ww>^ Xercès
(p. 88), on voit clairement que ces noms sont transcrits d'après le fran-
çais: l'auteur ignore que Xercès est une graphie facilitante pour Zép^-)}?.
Le ff Grand Roii est rendu par âJici)! yUU^; voilà une expression turque
que les Persans seront peu flattés de voir appliquée à leurs ancêtres.
,^5^^j (p. iGo) n'est pas la ville de Bombay, mais Pompée. JUJ! 3i».j
(p. i63) est ffla Gaulen.
Cl. HuART.
Abu MuFiAMMAD 'Abdiillah bin As'ad al-Yàfrî. JSIaiih.imv l'-'iuu'i-mi'dila,
edited by E. Denison Ross. Fasc. I {Bibliolheca indica, ncw Séries, 11° laiG).
— Calcutta, Baptist Mission Press, 1910; in-8°, ix-(j6 pages.
Le Pansement des maladies incurables est une réfutation de la doctrine
rationaliste des Mo'tazélites écrite au xiv° siècle de notre ère par
l'iuiam el-Vâfi'i, qui fonda la branche des Qâdiriyya appelée de son nom
Yafi'iyya. Né au Yémen vers l'an 698 (1998), il étudia à Aden et y ren-
conli-a le chéïkh el-Tawàchî qui fut son guide spirituel dans la voie
mystique du soufisme. 11 vécut la pliqiarl du lenqis à la .Mpc([ue, où il
mourut en 768 (iSOy). Le manuscrit dont M. DtMiison lloss s'est servi
pour l'édition qu'il offre au public est jusqu'ici le sinil complcl , la l>ii»li(»-
thèque royale de Berlin n'en |)ossédant qu'un abrégé de la seconde
partie; il appartient ù la Société asialicpie du Bengale; les jwints dia-
criti(pios y so'nt rares et plusieurs pa{>('s out clé eudoimnagtVs par les
insectes; il y maïupie plusieurs feuillets, mais un ancien pi)ssesseur du
volume, qui avait un exemplaire intact sous les yeux, a eu soin d'in-
154 . JANVlER.-FEVniER 1911.
cliquer le nombre exact de feuillets manquants. Malgré Tétat défectueux
de ce manuscrit unique, M. D. Ross a eu raison d'en entreprendre
l'édition, à raison de l'intérêt qu'oflVe cet ouvrage. Le premier fascicule,
qui vient de paraître, comprend quai'ajite-cinq feuillets sur cent vingt-
deux, soit, environ ini cinquième de l'ouvrage complet.
Le Marhnm n'est p.as un traité dogmatique divisé en chapitres et sec-
tions numérotés : c'est plutôt un ensemble de traités où chaque thèse
est l'objet d'une discussion séparée. C'est ainsi qu'au début nous avons
lé texte d'une question posée à l'auleur par certains jurisconsultes de la
secte chi'ïte des Zaïdiyya, dont ou sait le rôle prépondérant au Yémen, et
la discussion qui piépare la réponse. D'autres rubriques indiquent que
l'auteur s'attaque aux diOiciles questions de la prédestination des actions
des hommes, du mérite et du démérite dont ceux-ci doivent néanmoins
conserver le bénéuce ou le dommage , en un mot à l'accord de la pres-
cience de Dieu et du libre arbitre, pierre d'achoppement des théologiens.
L'édition est soignée ; on y voudrait un peu phis de voyelles indiquées ,
surtout dans les vers cités, dont le mètre aurait pu avec avantage être
noté en marge ou à la ligne. Celte publication fait honneur à M. De-
nison Ross, que nous sommes heureux de pouvoir féliciter de son zèle
pour la science malgré les fonctions administratives dont il est investi
ot qui risquent de lui prendre le meilleur de son temps.
Cl. HuART.
Conpus scniPTonJM ciniisriAyonuM nniEUTALiUM , ciirantibus I.-B. Chabot,
I. GuiDi, H. HyvEHNAr. — Scriptoros aotliiopici, Séries altéra, Tomus VIII :
Liber Axumae, ediflil et interpretalus est K. Go.xti Rossini. — Parisiis ,
Lipsiae, hdccccx.
Avant le travail de M. Coati Uossini on connaissait déjà un Lwre
(l'Ahsoum. Sous ce titre, J. Rruce d'abord, et après lui A. Dillniann
désignaient à la fois le kebra Nagast et l'ensemble des documents histo-
riques relatifs à la ville d'Aksoum qui se trouvent à la suite de cet ou-
vrage dans la plupart des manuscrils. Avec raison, M. Conli Rossini a
restreint cette délinition, et réservé le nom de Litre (VAksouin à la série
de notices concernant l'ancienne cité royale. Ainsi ramené cà des propor-
tions justes et logiques, son recueil reste d'un capital intérêt et constitue
une des plus importantes contributions à l'histoire d'Ethiopie.
M. Conti Rossini a puisé ses documents à plusieurs sources. En pre-
mier lieu au riche manuscrit n" ify-i de la collection d'Abbadie. conte-
nant des extraits empruntés auv léuillets primitivenient laissés en blanc
COMPTES RENDUS.
155
de l'Évaugëliaire d'or d'Aksonm. el remplis par la suile d'auaotalions
successives et précieuses. Les mauuscnls 2-2 5 et 97 de la même collec-
tion lui ont aussi fourni un nond:)re respectable d'articles, ainsi que le
manuscrit n° XXVI d'0\ford. décrit par Dillmann. D'autres notices enfin
ont été rapportées par lui d'Erythrée et d'Abyssinie.
Le Liber Axutnae est divisé en trois parties. La première comprend
i3 chapitres, presque tous d'un g'rand intérêt à des titres cUvers. C'est
d'abord une poétique légende sur la fondation de la cathédrale d'Aksoum
et une énuméralion des curiosités de la ville (chap. 1). La cathédrale est
ensuite décrite en détail (chap. 9). Des informations très explicites sont
données sur les ressources du sanctuaire. A l'occasion de certaines fêtes
ou solennités, des redevances déterjuinées devaient être payées par dif-
férents districts et villages d'Ethiopie (chap. 3-4, 6-8, 11 el i3). Des
corvées et servitudes étaient également dues, que rappelle le cha|)itrc 5.
L'église s'appelait Syon , était consacrée à la \ ierge et renfermait , coumie
l'indique le chapitre 9 , un nombre considérable d'objets d'art. Le docu-
ment n° 10 est assez obscur : c'est une liste de noms de prêtres et de
leurs dignités. Le chapitre l'J entin est d'ordre liturgique; il énumèrc
les fêtes commémoratives célébrées à la cathédi-ale d'Aksoum.
La deuxième partie, la plus longue, est aussi la plus importante au
point de vue historique. M. Gonti Rossini a rassemblé là 100 notices.
y\ rexce[)tion du n" 80 qui est le dénondjrement du personnel ecclé-
siastique dans une église particulière, il s'agit de donations royales ou
féodales , accomplies la plupart en faveur de la cathédrale d'Aksoum et
quelques-unes au bénéfice de certains couvents. Ces donations consis-
taient le plus souvent en terrain, plus rarement en des objets matériels.
M. Gonti Rossini les a public'cs selon l'ordre chronologique, autant du
moins qu'il est possible de le restituer. Presque tous les rois d"l'îthio[)io
sont représentés par un ou plusieurs actes, savoir ;
Ella Abreha et Asbeha, i-a.
(iabra Masqal, 3-4.
Anbasà Wedem, 5-6.
Sayfa Arad, 7-8.
Dàwit, 9-1 1.
Veshaq ,12.
Zar'a Yàqob, i3-:î-:!.
Ra'eda Màryàni , >j3.
La reine Walatta Màryàm, >.>.'i.
Lelina Dcnjjcl, •}.î>-1\'î.
Galàwdèwos , h 8-5 1 .
Minas, 5ti.
Sai'sa Dengel , 53-59.
Susenyos, Go-61.
Fàsiladas, 6-2.
Ivàsu, 63-64.
Ieze(ivas
iy<
;, 65.
Takia Giyorgis.
(ligàr, 73-7().
^ohaimes. io3.
(ly-CM).
156 JANVIER-FEVRIER 1911.
Celte dernière donation (n° io3) fut faite de nos jours, puisque
Yohannes régna de 18G8 à 1889. Quant à celles qui ne sont pas rap-
pelées ici, elles émanent de rds, de princes ou de chefs.
Des docnments historiques et juridiques, au nombre de ik, forment
la troisième partie. Quelques-uns doivent être signalés d'une façon spé-
ciale. Tel, par exemple, un sommaire chronologique des principaux
événements qui se sont accomplis en Ethiopie depuis l'arrivée du métro-
polite Ahba Salàmù jusqu'aux dernières années du règne de Sarsa
Dengel (n" 9). Tel encore le n" 3, un fragment de chronique résumée,
depuis le règne de Na od jusqu'à celui de Galâwdêwos. Une ordonnance
de morale publique, proiiudguée en ibkk par ce dernier loi, constitue
le n" 5. Un autre édit (n" 61, relatif à ia cathédrale d'Aksoum et à son
clergé, est dû à Sarsa Dengel. Un procès au sujet de diverses taxes indû-
ment perçues sur les couvents, au temps de Susenyos, donne lieu à une
relation curieuse (n" 7 ). Le n° 8 contient, en une double recension , le récit
de la persécution dont les Jacobiles d'Ethiopie furent victimes au début
du xvii" siècle. Enfin, sous le n" 19, on lit un éloge du ràs Walda
Sella se , qui vécut sous les règnes de Hezeqyâs (1 789-1 79/i) et de
Takla Giyorgis ; il mourut en 1816. Le n" 70 de la deuxième partie
enregistre une donation faite par lui à la cathédrale d'Aksoum.
J'ai essayé de donner un aperçu de ce que renferme le livre de M. Conti
Rossini. Ce travail a dû coûter de sérieux efforts au savant éditeur. En
plus d'un endroit, le texte était difficile à restituer, et la traduction de
M. Conti Rossini est parfois conjecturale. Sans réticences d'ailleurs, il
l'avoue telle, quand il y a lieu. Dans d'autres cas, il ne tente même pas
une traduction qu'il sait impossible. Mais il a soin de suppléer aux la-
cunes, aux obscurités, aiL\ incertitudes, par les annotations sobres,
solides et nombreuses qui accompagnent chacun des paragraphes de la
version française. Aussi convient-il de reconnaître que, dans l'état actuel
de la philologie éthiopienne, nul ne pouvait s'acquitter mieux que
M. Conti Rossini do la lourde tâche qu'il a entrepris-e. Sous un petit
volume il a rassemblé une très riche quantité de matériaux divers, sur
lescjuels, pendant longtemps, les éthiopisauts auront à exercer leur sa-
gacité. Le Lihcr Aœiimne est en effet une mine prodigieuse à mettre en
exploitation. Quand il aura été étudié à tous les points de vue auxquels
il doit l'être, il fournira des renseignements d'ordre vai'ié.
D'abord l'histoire religieuse et politique, ainsi que ia géographie
d'Ethiopie en recevront des éclaircissements inappréciables. A cet elfet,
il serait dès maintenant nécessaire d'analyser chacune des donations de
la deuxième partie, d'en dégager les noms propres et de les grouper en
COMPTES RENDUS. 157
des tableaux de concordance chronologique, indiquant les différents di-
gnitaires eccle'sias(iques et civils qui étaient en fonctions sous chaque
règne. La donation u" 53, par exemple, donnerait lieu au tableau sui-
vant , un des plus simples :
ROI. KOMS. DIGNITÉS.
„ T^ 1 , Gabra Mârvàm (donataire). Qaiisa flabaz.
barsa Dengel ,x i at-im*! w * i
II I 1 n IN \ Amda Mika cl. Héraut ra val.
(Mdak Sagad), jj^^^^^^^ Mi,^.,,.,_ ^^,i,^,
fin 1.578.
tara.
Takla ScUis (chef du Sirê). Nebura éd.
Dans le même ordre d'idées, il faudrait établir une série d'index des
noms de personnes et des noms géographiques, qu'il s'agira d'identifier
peu à peu dans le temps et dans l'espace : d'une part, noms de rois , de
fonctionnaires, de dignitaires, de gouverneurs, de chefs, de métropolites,
de supérieurs de couvents, de moines, de prêtres: d'autre part, noms de
provinces, de districts, de régions, de villes, de villages, etc. Davantage
encore il y aurait lieu de dresser la liste des charges ecclésiastiques et
civiles. Sur la plupart d'entre elles nous ne savons aujourd'hui rien de
positif Le temps et des documents du même genre que le Liber Axumae
apporteront sans doute les lumières indispensables.
Ce n'est pas d'ailleurs sous ce seul rapport que le Liber Axwnae con-
tribuera, dans une large mesure, à enrichir le lexique éthiopien. Outre
des noms de charges et de dignités, il contient aussi des termes de toutes
sortes, au sujet desquels on ne peut encore rien avancer sinon des con-
jectui'cs plus ou moins plausibles. Il y a là, en effet, un vocabulaire
nouveau concernant rairhileclure et la construction, les poids ot les
mesures, les substances naluielles et les produits confectionnés, les
impôts et redevances, etc. Ces termes, peu ou pas coimus, se retrouve-
ront sans doute dans d'autres ouvrages inédits et prêteront à des investi-
galions (ulures. Mais dès maintenant il faut les recueillir en des listes ou
des index faciles à manier.
()naM(i des inventaires de ce genre auront été joints au Liber A.vintiac,
le travail de iM. Conti Uossini j)irndra toute son importance et toiili^ sa
valeur. L'une et l'autre, on le verra, sont de premier ordre.
A. CuÉlUNOT.
158 JANVIER-FÉVRIER 1911.
UlUSUM AETIIIOl'ICAniJJI Scnil'TOVES OCCIDENTALES lyEDITÏ ,1 SiECLl.O XVl AD .1 7.1 ,
curante G. Beccari, S. 1. - Vol. X : Rdniiones et Efi^tolae Variorum. Pars
Prima. Libci' I. — Romae, G. de Luigi, 1910; in-Zi".
Avec le dixième volume de sa précieuse collection, le P. Beccari com-
mence Ja publication d'une série de documents de courte étendue, con-
sistant en lettres, relations, îuénioires et instructions. Une première
partie aura rapport à la mission des jésuites portugais en Ethiopie, et
comprendra quatre livres, correspondant aux quatre périodes de celle
mission. Le premier de ces livres forme précisément le volume qui
vient d'être publié.
C'est un recueil de 167 pièces, intéressant une durée de plus de
60 ans, de i53A à iSgS. Presque toutes sont rédigées en langue portu-
gaise, mais le P. Beccari a donné de chacune d'elles un sommaire en
latin. La plupart sont des lettres émanant des Pères de la mission, ou
bien à eux adressées. On y trouve aussi des bulles et missives papales,
des relations sur l'état politique et rebgieiix de l'Abyssinie, et un certain
nombre de lettres signées des rois de Portugal et des rois d'Ethiopie.
Ces documents, tous inédits, ont été extraits des archives portugaises,
des archives de la Société de Jésus et de diverses bibliothèques, comme
la Valicane et le British Muséum. Sur un grand nombre de points ils
confirment les récits dos PP. Paez et d'Almeida, ou jetiènl une bmiière
nouvelle sur des faits qui n'avaient été que brièvement enregistrés par
ces auteurs. D'autre part, ils contiennent des renseignements qu'on
chercherait en vain ailleurs. Ces événements jusqu'ici peu ou pas du
tout connus, le P. Beccari, dans sa préface, les a signalés avec soin et
les a groupés dans leurs rapports hislorifpies. 11 a dressé en outre de
très utiles listes chronologiques et complété son œuvre 2)ar un index
alphabétique détaillé.
Trois magnifiques fac-similés d'autographes ornent ce volume, qui
ne le cède en rien aux précédents quant à l'exécution matérielle.
A. GlÉRINOT.
G. A. Grierson. A^ lymoDucTioy ro tiie MaitiiilI iualect of tue BiiiâiiI
LANGVAGE AS sPOKEN IX NonTii-BiiiÂit , n'' edltiou, pari I : Grammar (Jour-
nal of the Asialic Sociefij nfBcngal, vol. V, extra n° 2). — Calcutta, i»)09;
xviii - 3o5 pages.
Le dialecte maithili esl parlé par quelque dix millions d'hommes dans
le Tirhul et les districts de Piirnea et de Bhagalpur; son domaine est
borné au Sud par celui du dialecte magahi, avec lequel il forme le
COMPTES RENDUS. 159
groupe oriental des dialectes bihâri; la bliojpuri, qui le borde à l'Ouest,
forme à elle seule le groupe occidenlal et méridional. A l'Est la mailliili
conGne au bengali et, çlu cùlé Nord, aux dialectes tibétains de l'Himalaya.
Des trois dialectes l»ilulri, c'est la maitbili qui possède le système gram-
matical le plus compliqué. M. Griei'son a rapporté ailleurs (L/h^. Surccij,
vol. V, p. n, Biliôrl, p. k) cette conq)lexité au conservatisme brabma-
nique et paysan des habitants du ïirhut, proverbial depuis l'antiquité;
le Bhojpuri au contraire , batailleur, travailleur et migrateur, refuserait
de s'embarrasser de ces minuties. Quoi cju'il en soit, la domination
brahmanique a au moins fait delà mailliili un dialecte littéraire; il va de
soi que l'étude et l'édition des principaux textes ont été entreprises d'abord
par M. Grierson lui-même; depuis, uue émulation trop rare dans l'Inde
semble avoir réveillé la générosité des princes et la curiosité des savants
indigènes ■''.
Les publications de textes dont nous parlons se placent dans l'in-
tervalle de vingt-neuf ans qui sépare les deux éditions de la gram-
maire maitbili; dans le même, intervalle aussi, les sept grammaires^'',
et le dictionnaire comparatif de la ijibâri '^'\ ce dernier enlroj)ris avec
M. Hoernle, et dont très malbeuieusement deux fascicules seuls ont paru.
Ainsi la compétence pratique de M. Grierson sur ces dialectes s'approfon-
dissait, tancii? que d'autre part l'étude des autres dialectes de l'Inde,
dont le plus éclatant témoignage est le Linguistic Survey, lui permettait
par la comparaison d'en concevoir la place et d'en dégager le système.
De tous ces travaux, la présente édition a profité; et il n'est point éton-
nant dès lors d'en parler comn*e d'un ouvrage nouveau.
Au reste, il suilit de comparer les dimensions des deux volumes : la
seconde édition est presque triple de In j)remière. Celle-ci donnait une
description nette et sûre, mais sècbe, du dialecte : ce n'était guère qu'une
collection de paradigmes. La présente édition au contraire est enrichie
d'exemples fflnnondu-ablesr, l'auleur le dit avec une fierté légitime, tous
tirés de la littéraliu'c écrite. Ces exemples d'une part, d'autre part les
nombreux recours à l'usage parlé, donnent une impression vivante de
l'emploi des formes, dont l'exposé pur rebute souvent par sa complication
et son apparence abstraite. Des additions considérables concourent au
''' On li'ouvorn la listo de ces pnl)iications dans la grannnairo mailliili,
p. xvui, cf. p. XIV cl XV, ou dans le Lmg-. Survey, vol. V, part ii , p. 19.
'-) Scven graiiimars oj ihc Dialccts aixl Sub-diaJec(s nf tJie liiliilrï languafre,
i883 et suiv.
(^5 A comparative dicUonari/ of ihe Hihân hwfrtuijrc , part I, i885; part 11,
i88().
\
160 JANVIER-FEVRIER 1911.
même effet; ainsi surtout toute la description plionéfique du premier cha-
pitre. Le paragraphe consacré à l'accent est entièrement nouveau ; nouvelle
aussi la fine description, annoncée seulement dans le supplément delà
première édition, des quatre a, des deux e et des deux o : on sait que dans
l'Inde à ^ est plus postérieur que a W[, et cela de toute antiquité: mais la
réalité est plus compliquée ; il existe en maithili un à 5" long et un à ST bref;
à vrai dire ce sont des phonèmes instables : le premier est de pai- son ori-
gine une diphtongue (si du moins le cas de la a' personne du pluriel -fili,
ancien -ahu, est bien unique; l'auteur ne le dit pas expressément, S 6),
et le second est dû à l'action d'une loi rythmique que l'auteur expose plus
loin (§ Sa) et dont nous avons, par exemple, en français un analogue :
c'est l'abrègement progressif de d dans pâte, pâté, pâtissier, pâtisserie;
quant aux e et ô brefs, il est permis, pour une fois, de regretter que les
exemples donnés n'en soient pas plus nombreux : à en juger ])ar paetah
elpaolah" il semblerait que le fait ne se produise qu'en diphtongue, place
où l'abrègement est tout à fait naturel et en quelque sorte fatal. Un autre
phénomène phonétique exposé pour la première fois dans la présente
édition (S 27) est l'opposition des deux traitements du groupe : voyelle
+ nasale + occlusive, donnant soit : voyelle nasale + occlusive, soit :
voyelle + consonne nasale, par exemple : skr. aiiga'^- maith. âg ou âii;
skr. simha > sïgh ou sïiih.
Il est important de noter que les séries en question sont toutes deux
usitées dans la plupart des cas, sans qu'il soit possible d'établir une
règle de choix. Le fait n'est pas isolé : il existe dans les noms et dans les
verbes plusieurs séries de thèmes ayant*une valeur sensiblement équi-
valente. Défait, en ce qui concerne les noms, il semble bien que les
formes primaires soient plus généralement réservées à la langue écrite;
d'autre part les formes dérivées, rf longues 5i et rr redondantes « ont une
nuance de signification — diminutive ou péjorative — identique dans
l'usage : mais l'usage même de la forme a redondante r, est plus famifier
ou vulgaire que celui de la forme frlongue55 (§ ^2, /i8-5o). Dans les
verbes le double ou triple emploi est plus patent : rrces formes ne sont
pas des particularités locales, mais elles peuvent souvent être employées
par le même sujet parlant selon que son caprice ou le rythme de la phrase
le dicte. En beaucoup de cas, ajoute l'auteur, je ne peux y découvrir
aucune nuance de signification « (S lyi).
Cette équivalence de sens s'explique par la multiplicité des formes
disponibles. Un coup d'œil sur les principes du verbe mailhib — principes
dégagés nettement par M. Grierson, et illustrés constamment par
l'exemple — donnera une idée de cette multiplicité. La caractéristique
COMPTES RENDCS. 161
principale du verbe maitliili est l'importance donnée au caractère hono-
rifique ou non honorifique des formes. Celle distinction remplace entière-
ment celle du nombre; ou plutôt se substitue à elle, caries formes jespec-
lueuses sont d'anciennes formes plurielles (§ 188)! Elle conditionne celle
du genre : car les formes personnelles du verbe ont un genre , au moins
celles de 2" et 3' personnes dont le comple'ment est rrnon honorifiquen; mais
le sujet de t" personne, par humilité, les compléments rrvous, lui,euxn,
par respect, ne doivent pas être déterminés avec celte précision (S 186).
De plus les formes s'accordent non seulement avec le sujet, mais avec
le complément, direct ou indirect : en sorte qu'elles se répartissent en
quatre groupes, suivant que le sujet et le complément sont ou non
rr honorifiques n. Si l'on ajoute que les verbes, comme les noms, onl lem-s
formes rrlonguesi et w redondantes n , du moins dans les formes à complé-
ment non honorifique; et si l'on tient compte de la trrègle de ratfrac-
tionn (§ 191) suivant laquelle toute désinence qui devrait contenir la
diphtongue -ai change ai en ou quand le complément, direct ou non , est à
la 9" personne , on se fait une idée de la complexité du verbe maithih. Il va
sans dire que toutes les formes ne sont pas également employées et que
M. Grierson note soigneusement les cas particuliers. — Pour le reste,
le système verbal est édifié sur les mêmes bases que celui des langues
congénères : à savoir, l'ancien présent et les participes présent, futur et
passé.
Ce que le non-spécialiste regrettera le plus dans cet excellent ouvrage,
c'est l'interprétation. On ne saurait en blâmer Fauteur, car l'omission
est certainement volontaire. On pourrait plutôt lui reprocher d'avoir en
quchpies endroits manqué à la règle qu'il s'était lui-même imposée :
au paragraphe qS, il était inutile de rappeler Yiipad/iniâinija sanskrit à
propos de la prononciation i\e^[i^ piilijp ; inutile aussi, et trompeur,
de rappelei- (note p. la) le prâkril mâgadhî à propos du passage de fij
à n; le phénomène n'est qu'un cas delà loi phonétique, exposée ci-dessus.
. du double traitement du groupe consonne + occlusive; et il est d'ailleurs
beaucoup moins usuel que les autres. Au reste le prâkrit mâgadliï joue
peut-être dans le livre un rôle qui, si restreint qu'il soit, est encoriMrop
considérable : il n'est pa's du tout démontré, comme le dit M. Grierson
au paragraphe 87, que lebihâi-i, le bengali, l'assamais et l'oriya "des-
cendent directement^ du prâkrit mâgadliî; il est tendancieux de par-
ler d'un irapabhramça mâgadhî prâkrit?) (S 78) dont on ignore tout, à
})ropos de désinences connues comme appartenant A rrrapabhraiiiça-ï
tout couit; il est imprudent, alors cpTon omet d'explicpier nond)re de
laits i'acilement explicables (mais pas s[»('cialemont par la niâgadliî!), de
XVH. 1 1
tu ni «mit RATIOIALII.
162 JANVIER-FEVRIER 1911.
rappeler le fameux nominatif eu -e à propos d'une désinence nominale -c
isolée même dans la vieille langue, et qui s'applique à l'accusatif aussi
bien qu'au nominatif : en fait, l'exemple donné par M. Grierson est un
accusatif. Voilà ce qui resterait du nominatif en -e : mais oiî sont et le /
caractéristique du prâkrit mâgadhî, et le descendant de hage [= skr.
aliam, vayam)! Au contraire r est normal au Bihar comme ailleurs, et
l'on dit en maithili ?nè rTmoi»? , hatri ffucus» , comme on dit eu hindi par
exemple. Le seul fait qui paraît militer en faveur de la théorie de
M. Grierson est l'emploi dans l'écriture, signalé S 25 , du caractère ST poiu-
représenter s aussi bien que ç, et cela alors que s est la prononcialion
unique dans les tadbhavas : il est tentant de voir là un usage graphique
survivant à une évolution phonétique. Mais cette évolution ne s'entend
pas nécessairement comme fait M. Grierson. En tout cas, si c'est la mâ-
gadhî qui est à l'origine de la maithilï, il faut avouer ff qu'elle a bien
changé sur la routen : el dès lors Ihypothèse est sans utilité scientilique.
Pai- contre la survivance graphique du ç mâgadhî — si c'est bien de
cela qu'il s'agit — ne contiedirait aucunement l'hypothèse dune uni-
formisation générale des prâkrits — ou des apabhramças — aboutissant à
une sorte de rrRomaniaTï indo-âryenne, d'où à leur tour se seraient
détachés les dialectes modernes : hypothèse qui concorde avec ce que
nous savons de la formation des grands empires au début du moyen âge
indieu — celui des Guplas, celui de Harsa, — et surtout hypothèse
beaucoup mieux utilisable, M. Grierson le sait lui-même pour l'avoir im-
plicitement appliquée dans plus d'une occasion, que celle du dévelop-
pement indépendant des prâkrits.
Jules Bloch.
Tuf. Br.MiLi laxovage. Pari I. Inti oduction and Grammar, par Desïs de S. Biîaï,
1. C. S. — Calfutta , Superint. Govemnienl Priniing, 1909; in-8°, vni-
937 payes.
Ce livre n'est pas seulement une description riche et claire , l'une des
meilleures i)armi les grammaires des parlers indiens; son importance
est capitale, du fait qu'a])rès lui on peut tenir pour d('^(inifivement
démoiilrce la parenté, enlrevue par Caldwell, affirmée par Lassen el
par Trumpp, encore imparfaitement établie, faute de matériaux, par
M. Sten Konow dans le Linguistic Survey of India, la jiarenté du braluii
avec les langues di-avidieunes. 11 sullît de regai'der la carte de ces langues
dans le volume du Surceij qui leur est consacré (vol. IV, en face
la page 377) pour se lendre compte combien est invraisemblable
. COMPTES RKNDUS. 163
a priori celle théorie; en plein Beloucliislan , sur terrain iranien, il est
vi-aimenl difficile d'admeltj'e la présence d'un dialecte allié aux langues
(le rinde péninsulaire, et isolé d'elles par toute la niasse des parlers
aryens. Il faut pourtant se rendre à révidence. Le petit nombre même
des preuves — elles sont rares autant qu'elles sont sûres — concorde avec
l'isolement du dialecte. L'ex-klian de Kalat, souveiain de la confédération
des Brahui, n'y reconnaissait lui-même que six tribus (dont la sienne,
s'entend) comme étant de race purement brahui; trois selon lui étaient
belouchi, trois afghanes, deux persanes, quatre jat, deux entîn au-
tochtones. Telle la race, de l'aveu même de son chef, telle la langue
ou du moins son vocabulaire; dans la numération qui, comme le fait
observer M. Denys Bray, en donne en petit toute l'image, les trois pre-
miers noms de nombre seuls — peut-être même seulement les noms })our
rrdeuxTi et rr trois ^ — sont dravidiens; le reste est iranien jusqu'à
ff mille fl, le lak et la liror étant empruntés à l'Inde : les Brahui re-
connaissent celte vérité en insistant sur le fait que les trois premiers
noms de nombre sont bien à eux, tandis que leurs voisins prétendent
leiu' avoir appris à compter à partir de quatre. M. D. Bray nous {)roniet
poui' un autre volume la démonstration détaillée de la relation du brahui
au dravidien: en attendant ce volume qui, s'il témoigne de- la même
richesse d'information et de la même précision dans la descri|)tion, ne
peut manquer de faire époque dans la grammaire comparée du dravidien,
il est dès à présent possible d'entrevoir la place qu'occupe le brahui
dans l'ensemble du groupe.
(lomme ou peut s'y attendre, étant donné son isolement, les traits
qui lui sont propres sont, ou paraissent provisoirement, les plus nom-
breux: certains sont notables, comme l'absence de genre granunalical
dans les noms (S 19 , 78), ou le fait que le génitif est traité comme un
adjectif déclinable (.S 54) : faits anormaux en dravidien, et dont le
second j)résentc une analogie frappante avec les parlers indo-ùryens. De
même la |)honélique. dans son obscurité, laisse entrevoir des correspon-
dances déroulantes : en brahui /, nous est-il dit plusieurs fois, de-
viendrait .s en certains cas: il en est de même, semble-t-il, de r (asi
ffunn, iniisi fflioisfl : lani. oijrii à côté de oru, iiiûijrn, en regard de
bi'. ira (rdeiiXTi: tam. irandn; cf. br. iir frinaisonn: tam. etc. ûr rrvillagen,
br. (l-èr nquii : lam. ij-âr d'une part, et de l'autre br. -s-h- niorphèmc!
du phniel: lam. -r-^'-); purement brahui aussi, l'assourdissemenl de j'
inler\ocaliqueatlesl(' dans /./((// n-oreillc- . gondi hùti , eau. kni de: i\f-k
rreuxn : lam. avn-; -//-morphènic du causalif: tau), -ri- (inaiscoulredil par
let'du lutin-, voir p. 17). Ces faits, d'autres (încore dont nous aurons sans
1 1 .
164 JANVIER-FEVRIER 1911.
doute l'explication dans le prochain volume, ont amené M. Sien Konow
dans sa classification des langues dravidiennes [Ling. Survey, IV, p. 285)
à faire du braliui un dialecte tout à ftiit isolé. Mais il existe, notées déjà
pour la plupart, dans le volume de M. Sten Konow et dans la grammaire
de M. Denys Bray, à laquelle M. Sien Konow lui-même, nous dil-on, a
quelque peu collaboré (préface, p. ii), d'autres correspondances dont le
rapprochement permet de déterminer quelles sont celles des langues
dravidiennes auxquelles le brahui se rattache le ])lus directement, et
par là, vérifier une fois de plus sa parenté avec elles.
Trois mois, Irhaf 'roreiHei, hjirm nœûr, , khal crpierrè" présentent un
kh (c'est-à-dire ia spirante sourde x) là où le dravidien a généralement k :
le brahui partage celle particularité avec lekurukh. A n du tamoul et du
canarais. le brahui répond dans le même mot khan par une dentale:
c'est encore le cas du kurukh et aussi du gondi, du malto, du kui et du
tclugu. Comme le gondi et le kurukh (partiellement), le brahui répond
par /•, par exemple dans le mot këragh rren bas'^, au phonème can. 1^
tel. (/ = kui J = tam. i, I.Le brahui oppose le b initial (bâ rrbouche, ba-
n\emvT>) au «du tamoul. du malayalam et du telugu; le brahui est
d'accord sur ce point avec le kurukh , le malto , le kui , et celte fois avec
le canarais. — Si de la phonétique nous passons à la morphologie ,
nous retrouvons dans les mêmes dialectes des analogies avec le brahui.
Le pronom de i" personne n'a en brahui qu'une forme de pluriel ,
tandis que le dravidien distingue généralement les formes rrinclusiven
et rrexclusiver); or cette innovation importante se retrouve en gondi et
en canarais. Le d de dër rquilr,^ inconnu au tamoul et au telugu, se
retrouve en canarais et en tulu; la cérébrale de at rr combien t semble
correspondre à celle du can. c.s/w, kurukh yrryjr?-, s'opposanl à la dentale
du tamoul ellinci et du telugu enda (peut-être s'agil-il ici d'un fait pho-
nétique). L'absence de thème oblique au singulier (8 33) est fréquente
en telugu, mais constante en kurukh et en malto. L'oblique pluriel se
forme par la suffixation d'un /, qui se retrouve en gondi; l'inslriunenlal
se forme avec t : le kui a /, le kurukh /. Le suffixe du pluriel est soit -/.-, qui
se retrouve tel quel en gondi, soit -.s7.-, qui se retrouve aussi en gondi et
en kui. Les formes verbales, où d'adleurs le système dravidien, recon-
naissable dans Fenscmble, a été fortement remanié dans le détail (cf. la
note, p. 1 39 ) , pi'ésenlenl peu de concordances directement conslatables ;
notons-y cependant un morpiième du jnissé -/,- (jui se retrouve en
kurukh et en malto.
En regard de ces c()rres|)ondances. très rares semblent les cas où les
formes du iiiahui Irouvenl leurs analogues dans le dravidien du Sud
COMPTES RENDUS. 165
à l'exclusion des autres dialectes. M. Deiiys Bray rapproche le suflixe
d'accusatif -e de tara, -ei, mal. -e : mais la forme malayalam, comme on
sait, n'est qu'un de'veloppement re'cent delà tamoule: et la phonétique
des voyelles est trop mal établie pour qu'on puisse choisir par exenq)le
entre lamoul -ei et canarais -a. De même il n'y a peut-être pas qu'en
tamoul que l'on puisse retrouver l'équivalent du morphème thi cau-
satif-//- (p. 11 : cf. Caldwell, p. 169) ou de celui du parfait -un-
(§ 9 25; cf. Caldwell, p. Sgi et suiv. ).
Or si l'on reporte sur la carte des langues dravidiennes les correspon-
dances ci-dessus notées , on n'a pas de peine à constater qtie les lignes
d'isoglosses et d'isomorphes se placeraient avec la plus grande régularité
si le canarais s'étendait, au Nord, sur le domaine actuellement occupé
par le raarathi et peut-être jusqu'au Rajasthan , et comme si le braluii , ou
le langage dont il serait un dialecte, était contigu à la fois au gondi
et au canarais. Il est même curieux que sur deux points le brahui
semble se ranger plutôt avec les langues du centre de l'Inde qu'avec celles
de l'Ouest. Le passage de v initial à b, qui se retrouve en canarais, en
knrukh, en malto et en kui, est un phénomène bien connu dans les
langues indo-âryennes modernes; on sait que seuls y échappent le
kaçniiri à l'extrême Nord, et le groupe occidental : siudhi, guzrati, ma-
ratlii: d'autre ])art un examen rapide des listes et des textes munda du
Siii'cpy ne m'a pas permis d'y trouver un exemple de v initial; ce (jiii
prouve à tout le moins qu'il y est rai-e.^ Tout se passe donc comme si
le brahui faisait sur ce point partie des dialectes de l'Inde centrale; le v
a été rejeté aux frontières extrême-nord, ouest, extrême-sud (tamoul,
telugu). A vrai dire, sur ce point, le penjabi, proche voisin du brahiu,
s'accorde avec lui ; mais il n'en est pas de même pour la nasale n : le
brahui n'a de nasale cérébrale que dansles mots d'emprunt; or le penjabi
comme d'ailleurs le pasto, dialecte iranien contigu au brahui, possède la
nasale cérébrale. D'autre part, ici encore, en parcourant le Smjwi/, je
n'ai pas retrouvé de h cérébral en raunda (peut-être est-ce par suite d'une
notation imparfaite?), sauf en groupe (nd). Tout se passe donc conmio
si le brahui était reporté à l'est du groupe j)eiijabi-sindhi-giizrati-maratlii
où n est normal, pour prendre sa place parmi les dialectes de l'Inde
centrale.
Faut-il conclure h une migration brahuie partie de l'Inde centrale?
11 est tentant de rappeler que la classilicalion indigène des tribus brahui
distingue les autochtones des vrais Brahui, et fait venir ceux-ci de
l'étranger (d'Alep en fait); par contre leurs habitudes actuelles, malgré
des transhumances régidières et une relative instabilité dans un rayon
166 JANVIER-FEVRIER 1911.
donné, sont plutôt sédentaires (p. 5). Mieux vaut sm- ce point attendre
ie second volume, où M. Denys Bray promet de nous apporter la solution
du problème ethnographique qui, pour une fois, éclairera peut-être le
problème linguistique lui-même.
Ce qui fait l'intérêt de cette question, c'est tpie de la solution qu'on
y donne dépend l'idée qu'on peut se faire de la carte linguistique de
l'Inde ancienne, au moment de l'invasion du sanskrit, et par suite, des
inlluences (pii ont agi sur le développement du sanskrit lui-même.
L'apparition en sanskrit d'une catégorie phonétique nouvelle, celle des
cérébrales; d'autre part l'extension énorme de /, à peu près absent du
Pig-veda, avaient déjà frappé Galdweli, et il avait déjà expliqué ces par-
ticularités par riniluence d'habitudes linguistiques diavidiennes. M. Sten
Konow s est rallié a celte théorie et l'a exposée dans le Survey (p. 978-
981 ): et il est difficile en effet d'échapper à la force de ce rapproche-
ment, surtout si l'on comble par la pensée l'intervalle compris entre le
Belouchistan et le domaine du canarais et du gondi.
A vrai dire c'est là une de ces explicafions qui permettent de se lliire
une idée des choses dans l'ensemble, mais n'en rendent pas compte dans
le détail. La recherche des homophones, qui devrait conduire à des
rapprochements explicatifs, aboutit au contraire à des constatations
étranges. Gomment expliquer que / indo-européen ne soit pas devenu
normalement r dans hdla rruoim, alors qu'il devait précisément y être
aidé par l'existence d'un thème har-, de même sens, en dravidien? H
paraît tentant d'expliquer la cérébralisatiou en pràkrit et dans les langues
modernes, de la dentale de pat- f tomber-" , par l'existence d'une racine
dravidiennc/M(/signiliant ffsecouchem'' : mais que dire ôehrui- rrcouper"
devenant hatt- en prâkrit et dans les dialectes indo-âryens, lorsque la
racine homophone du dravidien I>n(t- veut dire "attacher a? Le brahui,
en tout cas, ne semble pas devoir apporter d'importants éléments à la
démonstration tie la théorie : on a vu plus haut comment / et r y sont
imparfaitement conservés, et comment parmi les cérébrales la nasale an
moins a complètement disparu. Mais si les nouvelles recherches de
M. Denys Bray donnent le moyen d'expliquer la position géographique
C N. Sten Konow a tout réccmmenl {J. H. A. S. ,1911, p. h) cru pouvoir sé-
parer pkr. pad- de .skr. pal- et le raltacljer au jjasgali pilt- et au lituanien
piilu, pklti. Mais le p- initiai du mot basgali peut représenter aussi l)ien un
ancien ph- qu'un ancien p- (pi- : skr pi trboiren ; mais pôl : skr. phala ttsoc de
cliarrue'5; v. p. 17); et précisément le p- du lituanien représente sûrement
ici un ancien ph-. Le rapprochement proposé par M. Sten Konow n'cl donc
'pas probant.
I
COMPTES RENDUS. 167
(lu braluii, il aura quand nièaie, par l'étude d'un minime dialecte dû
Reloucliistan , éclairé Tliistoire linguistique de Tlnde tout entière.
J. Bloch.
Textes d'auteubs ghecs et i.iTifis relatifs à L'ExTithrE-OniEMT (Inpnis le
n' xiècle av. J.-C. jusqu'au in' siècle, recueillis eL traduits par George Ciiedks.
— Paris, Ernest Leroux, 1910; ln-8°, xxxi-i83 pages avec 0 cartes, un
index des noms d'auteurs et un index géograpbicjue.
Le présent volume est le premier d une collection intitulée Docuiiienis
historiques et géographiques relatifs à l'Indochine publiés sous la direction
de MM. Henri Goiidiek et Louis Finot, dont la publication élait vivement
désirée et impatiemment attendue par tous les orientalistes, histoiiens et
géographes qui s'intéressent à l'Indochine. C'est une particulière bonne
fortune que des savants tels que l'éditeur des Trnvels of Marco Polo et
l'ancien directeur de l'Ecole d'Extiême-Orient aient bien voulu accepter
la direction de cette œuvre considérable: nous sommes ainsi assurés (pie
la tâche entreprise sera accomplie avec soin, méthode et science, et
menée à bonne fin.
Ainsi que l'indique le titre, les textes grecs et latins s'étendent du
iv' siècle avant au xiv' siècle après notre ère. En vingt pages d'inie sub-
stantielle introduction, M. Cœdès nous indique le cas qu'il faut faire des
témoignages a[)portés, la confiance qu'on doit accorder à tel auteur
plutôt qu'à tel autre, la valeur et l'inédit des renseignements fournis
par celui-ci et celui-là. A propos de l'étude de Pijnappel sur la géographie
ptoléméenne de l'archipel indieu et surtout du récent livre du colonel
(ierini, M. Coedès fr montre le danger — je dirai nn-me l'absurdité,
ajoute-t-il — du procédé ([ui consiste à vouloir traduire en bloc une carte
de Ptolémée. On a beau disposer d'une ou de deux identifications cer-
taines servant de points de r(;père absolument surs, ce n'est pas une
raison sullisante pour que des calculs plus ou moins ingénieux per-
metteiu le redressement et la traduction de la carte entière (p.xxiv-xxv)fl.
On ne saïu-ait mieux dire. En raison nu^me de la diversité de ses source.*,
la topon(jmasli(pie et les indications du géographe alexandrin ne peuvent
pas (Hre toujours exatles et fidèles. Aussi, comme le remar(pie juste-
ment M. G(i'd(''s, la in(''lliode philologique et historique de Uichtiiofen
a-t-elle seu!e donné des résultats décisifs parce (pi'elle a été a|»|)li(pK'e
à des toponyn;es isolés et non à la carte d'Exirc-me-Oricnt (ont entière.
M. Cd-dès n'avait en vue (pie la colleclion el la iradtu-lion des loxies
grecs et latins l'elatifs à l'ExIrc^'uie-Oiicnt ; il s'est donc abstenu de tenter
s
168 JANVIER-FEVRIER 1911.
l'identification des noms géographiques anciens. Celle réserve s'imposait ,
car, à c[uelques exceptions près, les textes ne prêtent pas à des conclusions
définitives. Il aurait fallu apporter dans la discussion le témoignage des
voyageurs et géographes chinois, arabes et européens: ce sera l'objet des
volumes suivants. Celui-ci est excellent à tous égards, et les orientalistes
sauront gré à M. Co'dès de leur avoir fourni un instrument de travail
pratique et sûr.
Ed. de Boor, l'édi'eur du texte de Théophylacte (première moitié du
vu*" siècle), a adoplt'r Xovëhdv comme leçon correcte et mentionne la
variante XouaaSïi' i p. i/ii). C'est au contraire, la variante qui donne
le nom exact de l'ancienne ville chinoise identifiée avec Si-ugan-fou. Les
géographes arabes permettent de choisii- entre les deux leçons des textes
grecs : Xo^ixcihiv = y!«Xî- h/ioiiuhln qui est mentionné, par exemple,
dans la Relation da voijdfjes faits par les Arabes et les Persans dans
l'Inde et à la Chine (p. 70 du texte, p. 66 de la traduction, note
i33 cl passim); le Livre des merveilles de l'Inde (p. 92 et 9i5 sub verbo
yl.>^): \e Manuel de cosmographie arabe du nioi/en âge de Sams ad-dïn
Abu 'Abdallah Mohammad ad-Dimaskï (sub verbo y^-xj- de l'index
alpliabétique du texte, que Mehren, l'éditeur et traducteur, a lu Kham-
dân ) , etc.
P. XXX. Au sujet de la signification du nom de Java, cf. également le
récent article de M. N. Adriani, De naam der gierst in Midden Celebes
in Tijdschrift voor Indischc taal- land- en volkenkunde, Batavia, 1909,
deel Ll, aflevering 3-4.
Gabriel Ferrand.
CHRONIQUE
ET NOTES BIBLIOGRAPHIOUES.
La Société inntliématifjiœ de Calciiftd. — Lfae société matliémaliiiiie
vient (le se fonder à Calcutta sous les auspices non seulement de memhres
de l'enseignement matliémalique, mais aussi de magistrats, d'ingénieurs,
de commerçants , dont les noms indiquent en très gi-ande majorité une
origine indigène. Cette société vient de l'aiie parvenir en Europe le pre-
mier numéro de son Bulletin, daté d'avril dernier.
Or le contenu de ce premier fascicule est bien digne d'attention.
Notons d'abord qu'il se termine par des revues bil>liogra|)hiques fort
bien documentées et tout à fait au courant de l'état actuel de la science.
Mais il convient surtout d'insister sur les articles originaux, au nombre
de trois (articles de M. E. C. Cullis, Ganesli Prosad, Syamadas Mukho-
padbyaya). Ces mémoires insérés dans le fascicule dont il s'agit pré-
sentent une nouveauté et un intérêt qu'on ne rencontre pas toujours
dans les publications similaires d'Europe. Les auteurs — et les indi-
gènes ne se sont pas montrés les moins sagaces — se sont adress'és à des
questions importantes et n'ont pas reculé devant des problèmes difficiles.
Les formes retentissantes et souvent redoutables sous les(|uelles s'est
manifesté récemment le réveil de l'Asie et en particulier de l'Inde, ne
doivent pas faire {)ei'dre de vue l'activité i)acifi([ue par laquelle ce pays
montre aussi sa tendance à vivre de sa vie pi'opre et à [)rendre sa place
au soleil. Cette forme d'activité a droit, elle, à toute notre sympathie,
et c'est avec un plaisir exempt d'arrière-pensée que l'on en peut signaler
les effets. (Remic générale des sciences , 90 décembre 1909.)
— La question de l'hindouisme. — T/une des questions qui font couler
le plus d'encre en ce moment dans la presse indigène de l'Inde est la dé-
finition de l'hindou isnre. Comme il convient, le rajeunissement de l'in-
térêt porté à ce vieux problème est dû à une cii'cnlaii-e du Gouvernement
relative au prochain recensement. Il ne s'ajp't plus colle fois-ci comme en
1901 de réclamations isolées de castes au sujet de la place (pi'on leiu"
attribue dans la hiérarchie sociale; il s'agil d'une (pu^slion fr(pii louche
des millions de gensi , et particulièrement, à ce qu'il send)!e, les moins
170 . JANVIER-FK.VRIRR 1911.
directement intéressés. On sait que la pratique éttiit jusqu'à présent de
compter comme hindoues des tribus ou des castes que Thindouisme reje-
tait comme impures; on n'osait classer francliemenl à part, sous le nom
dVanimistes^ , que certaines tribus sauvages ne prétendant pas se rat-
tacher à rhindouisme. M. Gail, qui dirige les opérations du nouveau
recensement, a demandé par une circulaire du i a juillet 1910 aux fonc-
tionnaires placés sous ses ordres s'ils ne pourraient pas l'aider à déter-
miner les règles d'un nouveau classement, plus rigoureux; il soumellait
en particulier à leur approbation les toals suivants : m" Les mendjres
(le la caste adressent-ils un culte aux grands dieux de l'iiin louisme?
"i" Leur permet-on d'entrer dans les temples hindous et d'y ïnre des
oiïrandes?3° Les Brahmanes authentiques (^00^/ i?ra/iw<«ns) consentent-ils
à leur servir de prêtres? h" Ou s'adressent-ils pour cela à des Brahmanes
inférieurs (deguided)'] Si oui, ceux-ci sont-ils reconnus pour Brahmanes
par d'autres que la caste intéressée, ou ne sont-ils Brahmanes que de nom?
o" Les castes pures acceptent-elles l'eau de leurs. mains? G" Sont-elles souil-
lées (a) par leur contact, (b) par leur approche?^ 11 y a sans doute dans
le questionnaire et dans la circulaii'e des notions flottantes, et ceux qui
ont touché au sujet savent combien il est difficile qu'il en soit autrement.
Cependant la presse nationaliste discute les termes de la circulaii'e avec
un zèle, voire avec une partialité que les questions purement scienti-
(iques provoquent généralement à un moindre degré dans l'Inde; on
d('moiitre dans le Bongalec que M. Gait éciit sous l'empire de préjugés
chrétiens, (jue l'hindouisme n'est pas une église fermée, que les règles
touchant le contact et la pureté rituelle sont de pure hygiène, que les
rapjjorts de caste à caste enfin sont d'origine sociale et non religieuse;
à (pioi M. Gait, sans doute ne contredirait pas. Mais l'agitation ne se
borne [)as à la pi'esse : on a repi'oché à M. Gait de s'adresser aux fonc-
tionnaires, non aux groupements i-eligieux compétents. Et voici que le
5 décembre se tient à Bénarès une assemblée de pandits présidée par
Mahâmahopâdhyaya Çivakumâra Gâslri, et à laquelle assistent câmârs,
doms et autres rrimpursTi; on y démontre en prenant à témoins Manu,
Yâjnavalkya et autres autorités, que les rfimpurs'i sont de vrais Hindous;
on insiste là aussi sur le point que l'impureté est all'aire sociale et non
religieuse et que les vrais Icnh de l'Iiindouisme résident dans la crémation
des morts, dans le port de la crête de cheveux au sommet de la tête
(çihhd), etc. La science ne gagnera pas grand' chose a ces controverses.
Mais il est instructif de voir dans l'Inde les discussions religieuses
prendre naissance dans les circonstances politi(]ues : car le fond do l'af-
faire, du |)ointde vue indigène, est que depuis que l'on appelle aux conseils
CHRONIQUE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 171
des (lifïére!ils gouverncineuls des indigènes choisis par comniunaiilés et
par confessions, ies Hindous craignent de voir leur majorité devenir
moins écrasante ; et en fait ce sont des Musidmans qui posaient publique-
ment la question dans une députatiou à lord Morley en janvier 1909,
all(^guant que les inexactitudes du recensement les mettaient en état d'in-
fériorité injustifiée. J. B.
— M, F. Macler, professeur d'arménien à l'Ecole des Langues Orien-
tales, vient de commencer (chez M. Leroux, éditeur) la publication
d'une Petite bibliothèque arménienne qui, comme ï Armenische Bibliotliek
du regretté A. Joannissiany et la Bibliothèque arménienne de ^L Tclioba-
nian, est destinée à faire connaître au public européen la littérature
arménienne. Le premier volume paru est la traduction d'un petit roman
d'un auteur qui a une grande situation parmi ies écrivains actuels de
l'Arménie russe, M. Chirvanzadê; la traduction a été faite par M. Tcho-
banian, avec le talent et le bonheur d'expression qu'on lui connaît,
li'aspect de ce premier volume (Paris, 1910, in-18, xm-188 pages,
prix 3 fr.) est excellent. - A. M.
— La communication faite à l'Académie des Inscriptions par M. le
commandant d'Ollone sur les résultats de sa mission en Chine a été liire
à part sous le titre de litre de Recherches archéologiques et linguistiques
dans la Chine Occidentale. Paris, A. Picard, 1910, 16 pages, 0 ligures.
l'IvHIODlQUES.
Al-Machriq , d(''cembre 1910:
Le Livre hiédit du Hamzah pai' Abi Saïd Al-Ansàri [suite), édité par
le P. li. CiiiîÏKiio. — P. A. lUiîiUTii. L't'migrant syrien en AnuTicpic. —
P. L. GiiEÏKiio. Christianisme et littérature avant l'Islam (suile). — Les
historiens musulmans et la bibliothèque d'Alexandrie.
Al-Moktabas, vol. V, fasc. y :
Controverse enice le philosophe arabe Al-Kannaï et le grammairien
Al-Sirali. — Issaf Al-Naciiachibi. Les Arabes.
I''asc. 8 :
Les guerres inteslines à Damas au xu" siècle de llu^gire, d'après un
manuscrit. — Les mois syiiaco-aiabes. — La renaissance de la Syrie.
172 JANVIER-FEVRIER 1911.
Fasc. 9 :
Œuvre inédite de l'auteur arabe Ibn Al-Karili. — Les questions reli-
gieuses et les questions temporelles. — Loi sur la formation des sociétés
dans l'Empire Ottoman.
Fasc. 1 0 :
Les biographies musulmanes du vni" siècle de l'hégire [Etude sur iin
manuscrit], — Les Musulmans et les Polonais (Notes historiques et
sociales). — M. Moikauzel. Les mots vulgaires d'origine littéraire et les
mots littéraires d'origipe vulgaire.
Anthropos, vol. VI, fasc. i :
P, Anastase Marie. La découverte récente des deux livres saci'és dos
Yézîdis, — J.-B. CiLAin. Notes sur la médecine annamite. — P. Hausler.
Streiflichler in die Urreligion der arischen Inder.
Archives Marocaines, vol. XVII :
E. Miciiaix-Bellaire. Quelques tribus de montagnes de la région (bi
Habt.
Bulletin de la Commission archéologique de l'Indochine ,
1 () 1 0 , 9 :
L. FiNOT. Inscriptions du Siam ot de la péninsule Malaise (Mission
Lunet de LaJDnquière). - Les bas-rebeCs de Bapuon. — Nécrologie : le (îé-
néral de Beylié.
Epigraphia indica, vol. IX, fasc. 8 :
52. GopiNATUA Rao and T. Raghaviah. Krisbnapuram plates of Sada-
sivaraya. — 53. Hira Lal. Arang copper-plate of Bhimasena 11 [an-
née 282 de l'ère Gupta = 601 a. d.]. — Index, Additions and Cor-
rections.
Vol. X,fasc. 9 :
A. LÏDERS. A List of Brahmi Inscriptions from the earliest limes lo
about A, D. /ioo, wilh the excej)tion of those of Asoka (suite).
Impérial and Asiatic Quarterly Review, January 1911 :
L. A. Waddell. Tibelan invasion of India in 6^7 a. d. and ils
results. — SvED Abdul Maju). Tlie Moslem conslilulional Theory and
CHRONIQUE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 173
rcforms in Turkey, Persia , and InHia. — Prof. Mills. Yasna XXVllï. — ■
H. Beveridge. Some verses by ihe Emperor Bâbur. — M. A. Macalliffe.
The lioly scriptures of Ibe Sikbs. — E. H. Parker. Central Asia. —
J. F. Scheltema. Mubanimadan Inlluences.
Indian Antiquary, Jauuary 1911:
D. R. Bhandarkar. Foreign éléments in the Hindu population. —
Ganapati Rav. Is lobacco indigenous to India?
Journal of the American Oriental Society, vol XXXI, fasc. 1 :
H. Jacobi. Tlie Dates of Ibe Pbilosopbical Sûtras of tbe Brabmans. —
George A. Barton. Hilprecbl's Fragment of tbe Babylonian Déluge
Story. — M. Bloomfield. Some Rig-Veda Répétitions. — G. Everett
GoNAPJT. Tbe R G H Law in Pbilip[)ine Languages. — M. G. Kyle. ïbe
rrField of Abramii in ibe geogra[)bical List of Sbosbenq 1.
Journal o£ the Roysil Asiatic Society of Great Britain and
Ireland, January 1911 :
Sien KoNow. Notes on tbe Classification of Basbgâli. — H. Savce. Tbe
Cuneiform Inscriptions of Van, Part VIll. — Annette Beveridge. The
Bi'ibar-Nama : a passage juged spurious in tbe Haydarabad Manuscri[)l. —
E. Ciiavannes. L'inscription funéraire de Ts'ouan Pao-tseu. Réponse à
M. Farjenel. — J. F. Fleet. Aryabbata's System of expressing nnmbcrs,
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Miscellaueoiis Communications ; E. Hultzsch. Tbe Sâûclii Edict of
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Marathi. — R. Narasimiiaciiar. Daltaka-sûlra. — .1. F. Fleet. R(>niai'ks
on Mr. Narasimhacbar's note. — R. Narashihachar. Tbe Keladi Râjas
of IkkfM'iand Bedrûr. — F. 0. Sciirader. Tbe translation of tbe tenu
Bbagavat. — G. A./îrierson. A case of Hindu syncretism. - Noie on
Dr. Sien Konow's article on Bashgali. — B. G. Mazindar. l'dânam. —
T. \\ . lUns Davu)s. Does AI-Ghaz/ali use an Inchan niela|)b()r. —
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Kliallan Tribes. — D. B. Macdonald. Lost MSS. of ihe rfArabian Nighlsn
and a projected édition of Ihal of Galland. ■ — Gh. G. Torrev. The newly
discovered Arabie texl of rrAli Baba and ihe forly Ihievesr. — La Fon-
dation de Goeje. — First Universal Races Gong-ress.
— Le Monde oriental , vol. III , fasc. 3 :
G. R. SuNDSTRoM. kaunedoni om lakemedel ocli deras anvandning
bland infodiugarne i Mansa. — P. Leander. Die vermutete Pausal-
del)nung o >- â im Hebriiisthen. — A. A. Fokker. Arabie and M; lay.
— K. V. Zetterstéen. Some paris of the New Testament Iranslafrd inlo
modem Nubian by a native. — Martin Hartmann. Aus der Gesellschafl
des verfallenden 'Abbâsidenreichcs. — K. V. Zetterstiîen. An Arabie Ma-
nusci'ipl supposed to eonlain the Zubdal el-likra fi ta'rîh el-higra.
Vol. IV, fasc. 3 :
K. B. WiKLUND. De lapska och linska ortnamuen vid Kiruua och Tor-
nelriisk [Noms de lieux lapons et finnois à K. et T.]. — .1. Kolmodin.
Mcine Studienreise in Abessinien 1908-1910. Vorli'uifiger Bericht. —
K. V. Zetterstéen. Bibiiographieal notes, II. [Sur le dîwAn de
Hàfiz].
Le Maséon, vol. XI, n° 9 :
A. Roussel. Râmâyana. Eludes philologiques. — M. N, Dhalla. The
use of ordeals among the ancienl Iranians. — A. Roussel. Le langage
des Fuégiens h la fin du wii" siècle et au commencement du \vni%
— D' Rivet et H. Beuchat. Affinités des languies du Sud de la Colombie
et du Nord de l'Equateur (fin).
Revue Africaine, n° Q79, A° trimestre 1910 :
Pierre M\kti\o. Les descriptions de Fromentin (suite). — A. Joly.
Ruines et vestiges anciens dans les provinces d'Algei' et d'Oian. —
Biarnav. Etude sur les Bet'l'ioua du Vieil-Arzeu (suilc).
Revue de l'Orient chrétien, vol. V (XV), 1910:
M. BuiiiRE. Ijîx légende syriaque de Nestorius. — L. I>i:ko>. Histoire
d'Abraham le Syrien (y//<). — S. (îrkrai t. La |)ri('rc du Loiiginos. —
\
CHROiMQUE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 175
F. Nau. Hîi{jio{ji'aphie syriaque. — P. Dib. L'iniliation chrétienne dans
le rite maronite. — L. Df.laporte. Catalogue sommaire des manuscrits
copies de la BiMiothèque nationale de Paris. — S. PKTRiDi:s. Le Syn-
axaire de Marc d'Kpbèse. — F. Nai . I>e texte grec de trois homélies de
Nestorius et une Homélie inédile sur le Ps. 96. — F. Nal. La version
syriaque de la vision de Théophile sur le séjour de la \ ierge en Egypte.
— P. DiB. Deux discours de Gyriaque, évéque de Behnésa, sur la fuite
en Egypte. — L. Lerov. La dormition de la Vierge. — S. Grébaut.
Littérature éthiopienne pseudo-clémentine. — F. Nau. La cosmographie
au vu'' siècle chez les Syriens. — L. Leroy et P. Dib. Un apocryphe car-
chouni sur la captivité de Bahylone. — F. Nal. La letlre de Nestorius
aux hahilanls de Constantinople. --E. Blochet. Bahylone dans les histo-
riens chinois, — P. Dib. Jules d'Aqfahs. — K. .1. Basmadjian. — Histoire
du Père EHe de Kharpout. — F. Nai . Saint Cyrille et Nestorius. —
M. Brùmie. Histoire du couvent de Babhan Hormizd de 1808 à i832.
Revue du Monde musiilman, vol. XII, fasc. 1 1 , novembre 1 910 :
A. GoiR. Le Cheikh El-Hadj Mhammed ben Bou Ziyan. — Ismaf'l
Hamet. Littérature arahe saharienne. — D. Menant. Les Khodjas du
Guzarate. — Gustave Cirilli, H, Gade\, A.-L.-M. Nicolas. Noies et
Documents : Du régime de la propriété en Turquie. - Les Salines
d'Aoubîi. - Le Chéïkhisme.
Fasc. 19, décembre 1910:
A. Le Ciiatelier. Ouverture de cours. — Trois maîtres des études
musulmanes: L. B. , Martin Hartmann: - Martin Hartmann. Les Etudes
musulmanes en Allemagne : - L. B., Gloses chinoises-arabes, par ^L M.
Hartmann ; - L. B. , Chrisliaan Snouck-Hurgronje ; - Antoine Cabaton.
L'Enseignement supérieur aux Indes Néerlandaises et le Professeur Dr. C.
Snouck-Hurgronje; - L. B. , Edward G. lîrowne ; - La lîévolution per-
sane, par M. E. G. Browne. — L. Massignon. De Jamal Oud l)in au
Zahaui. — A. Colr. Le Cheikh El-Hadj Mhanmied ben Bou Ziyan (II).
— (îiiii.AN. Michel Pavlowitcii, L. B., Ben-Lamonda. Notes et Docunienls:
Assassinat de Nasr Ed-Din Gliali Kadjar. - La situation agraire en Perse
il la veille de la lîévolution. - L'Annuaire du Vilayct de Mossoul. - iUx
Discours.
Rivista degli Studi oriental!, vol. III, fasc. 3 :
G. Mef.om. Alcuni tenii semantici liaiti dalh^ vosti presso i Semili. —
H. V. \medivoz. An Arabie version ofa llallad ol" Schiller. — E. Grikeim.
176 JANVIER-FEVRIER 1911.
Lisla dei mss. arabi, nuovofomlo délia Biblioteca Arabrosiaua di IMilano
[suite). —G. Levi della Vida. Seuteuze pitagoricbe in versione sii'iaca.
- Nota a R. S. 0., III, 7 ss. — Bolktliiio : IIL Asia Minore, Elaiu, ecc.
Lingua e letleratura Georgiana. - IV. Lingua e letteratura Armcua.
Lingue e ietteralure Indo-irauicbe.
T'oung Pao , vol. \1 , n° û , octobre 1910:
H. GoRDiER. La politique coloniale de la France au début du second
Empire (Indochine, 1 852-1 858) [s?/!'/e]. — Léopold de Sacssire. Les
origines de Tastronomie chinoise (suite). — Georges Maspero. Le
royaume de Champa [suite).
iN° 5 , décembre 1910:
Suite des articles précédents. — J. Marqiart. Die nichlslawischen
(allbulgarischen) Ansfb-iickc in der bulgarischen Fiirslenlisle.
Zeitschrift der Deutschen Morgenlàndischen Gesellschaft,
vol. lAlV, lasc. h :
Richard Hartmann. Die Strasse von Damaskus nach Kairo. — Paul
Ualpt. Elul uud Adar. — Ed. Konig. Die babyloniscbe Schrift und die
Spraclie und die Originalgestalt des bebrâischen Schrifttums. — T. Bloch.
Eiue in(bsclie Version der iranischen Sage von Sâm. — T. Bloch. Die
zoroaslrischeii Gottheiten auf den Miinzen der Kusana-Konige. —
Fr. SciiiLTHEss. Noch einraal zum ffBuch der Gesetze der LaiiderTî. —
H. Jacobi. Ein zweites Wort ùhev die vakrokti und das Alter Dandin's.
— K. OttoFRANiCE. Die Sutlauipâta-Gàlhàs mit ihren Parallelen , Teil 111.
\
INÉCROLOGIE.
PAUL REGNALD.
Avec l'année 1910, s'est dleint M. Paul Rognaud, ancien professeui'
de sanskrit et de grammaire coni[)arée à i'Université de Lyon. Il était né
en i838.
C'est assez tard , en 1882 , que P. Piegnand élait entré dans renseigne-
ment. 11 y apportait un esprit non seulement en pleine maturité, mais
encore d'une vigueur peu conmiune, que les banales scolarités pas plus
que les vains examens ou concours n'avaient ni amoindrie ni énervée. 11
élait ancien élève de l'Ecole des hautes études, où il avait été le disciple
de Bergaigne, et dont il avait obtenu le diplôme par un ouvrage où Ton
})uisera longtemps encore, V Exposé chronoloi>ique et sysiémaliquc , d'après
les textes, de la doctrine des principales Upanishads (fasc. 28 et 34 de la
Bibliothèque de l'Ecole des hautes études, Sciences historiques et philo-
logiques, 187/1-1 876).
Les années qui suivirent, il donna une traduction des Stances de
Bliart rhari [iS'jd) et du Mrcchakatiha ou rrChariot de terre cuite-, le
célèbre drame hindou (1877). Il conquit enfin le grade de docteur
es lettres avec une thèse fort remarquable, ([ui fut couronnée par l'Aca-
démie des Inscriptions et Belles-Lettres, et reste un livre de premier
ordre : Lu r/iéforiquc stniskrito cxposcc dans* son développement historique
et ses rapports avec la rliétoriqiic classique ( 1 88^» ).
Jusque-là P. Regnaud s'était sjn'cialisé dans la littérature sanskrite.
Mais (piand il fut appelé à l'Université de Lyon, les nécessités de son
enseignement l'obligèrent à dédoubler ses ellbrls. A côté de l'indianisme
une seconde disci|)line lui était imposée : la linguistique. Dans l'un cl
l'autre domaine, il n'allait pas tardera se révéler comme un novateiu-
et un initiateur.
En dehors de ses leçons de grammaire et de littérature sanskriles,
c'est vers les plus anciens textes hindous, les Védas, qu'il dirigea ses
recherches personnelles. Bien vite, sou esprit audacieux ol imaginalil
s'acconnnoda mal des méthodes habituelles d'exégèse. Ni la tradition hin-
doue, ni les travaux modernes des savants occidentaux ne lui donnaiiMit
satisfaction. De Bergaigne il avait appiis à voir dans les bynuies vediipies
des chants iiturgiipies. Gomme il arri\e la plupart ihi tem|is, eu des
xvM. la
urntui mr :i*TtoaALA.
178 JANVIER-FEVRIER 1911.
cas de ce genre, il ouïra la méthode du maître. Les Védas apparurent à
ses yeux comme une description métaplioiique et mille fois variée du
sacrifice. Et qu'était le sacrilice védique? Rien d'autre au délnil que la
répétition du geste utilitaire et ordinaire qui consiste à allumer le feu
domestique. Par la suite, et de multiples causes aidant, la signilicaliou
primitive des hymnes védiques s'obscurcit : les mythes prirent naissance,
et avec eux la poésie, la littérature. P. Regnaud dépensa des efforts ré-
pétés à démontrer sa thèse. Le premier ouvrage qu'il publia sur le sujet.
Le Rig-Véda et les Origines (le la mythologie indo-européenne (Annales An
Musée Guimet, Bibliothèque d'études, t. I, 1892), fut accueilli comme
le sont en général toutes les nouveautés trop hardies. P. Regnaud n'eu
persista pas moins dans la méthode qu'il croyait légitime et féconde. En
1894, avec Les premières formes de la religion, et de la tradition dans
l'Inde et la Grèce, il donna un exposé très soigné des idées qui lui étaient
chères. Un peu plus tard, en 1898, il publiait quelques Etudes védiques
cl post-mliques. En 1900 enfin, il ti'aduisail et commentait, selon les
j)rincipes qu'il avait inaugurés, le neuvième maudala du Rig-Véda, et
ce ti'avail était dans son esprit le premier volume d'une version inté-
grale du Rig-Véda {Le Hig-] éda, texte et traduction, t. I, Neuvième man-
dala , Le ( Aille véditjue du Soma, Paris, Maisonneuve, 1900). C'est dans
l'introduction et les notes préliminaires à cet ouvrage cjii'il faut chercher
la pensée définitive de l'auteur sur ses méthodes d'exégèse védique.
En linguistique, le même esprit de novation caractérise P. Regnaud.
Jusqu'en 1886 environ, il cherche en c[uel(]ue sorte sa voie. Les Essais
de linguistique évolutioniiiste , qui n'étaient que le recueil de divers mé-
moires parus depuis 1 883 , •témoignent de ses incertitudes, non moins
que son beau livre sur \ Origine et la Philosopitie du langage (Paris,
FischbacJier, 1888; •^° édition, 1889). 11 lui était impossible de se rallier
aux théories de Schleicher, de Ropp ou de Brugmann. Aussi chercha-
l-il à soumettre la grammaire comparée des langues indo-germaniques
aux principes qui avaient renouvelé les sciences naturelles. Il fonda celte
mélhode linguistique qu'il appelait la méthode historique et évolution-
uiste. 11 serait long d'énumérer les articles et notices qu'il écrivit, de
1888 à 189/1, '^'"^^ divers périodiques tels que la Revue de linguistique,
la Bihliotlièque de la Faculté des Lettres de Lyon, la Revue philosophique , la
Revue de philologie fiaitçaise. En 1896, à quelques mois dinlei'valle,
parurent sa Phonétique historique et comparée du sanskrit et du :cnd, et
ses hlémenls de grammaire comparée du grec et du latin (eu ■? volumes).
D'une façon systématique et harmonieuse, P. Regnaud y atlirme sa
méthode, d'ailleius simple et logique. Toutes les variations phonétiijues
NECROLOGIE. 179
sont ramenées à deux lois fondamentales : la loi d'affaiblissement et la
loi de compensation on d'équilibre. Le second de ces ouvrages eut un
certain succès, au moins à l'étranger, et fut tiaduit en espagnol. Ce fut
un encouragement pour l'auteur. En 1898, il publia ses Eléments de
grammaire comparée des priiicipatt.r idiomes geniiniiiques. Bientôt il porta
ses efforts du côté de l'étyinologie. A part le travail matériel, c'était
comme un jeu pour lui d'appliquer sa mélliode aux diverses branches de
la grammaire. Son Biclionnaire clijmologiqiie de la langue allemande fut
édité en 190/1, et en 1908 son Dictionnaire éti/mologique du latin el du
grec dans ses rapports ai ec le latin. Entre temps, il étendait sa méthode
du domaine delà linguistique à celui de la logique. Son Précis de logique
cvolutionniste ( 1897) et son opuscule sur L'origine des idées éclairée par
la science du langage (1904) en sont le témoignage.
A plus d'une reprise, au cours de sa carrière universitaire, P. Regnaud
sut grouper autour de lui, non seulement des auditeurs, mais des dis-
ciples et dos adeptes. C'eût été une joie pour lui de fonder une école.
Celte satisfaction lui aura été refusée. La vie, et aussi la mort, dispersa
ceux qui fuient ses élèves. Les uns, envers qui la destinée ne se monira
pas clémente, se Airent dans l'obligation d'abandonner des études qui
leur étaient chères à plus d'un titre. D'autres, à qui sourit In fortune, ne
jugèrent pas à propos d'affirmer et d'assurer la ti'adition commeuçanle.
C'est donc en quelque sorte au hasard de l'avenir qu'a semé P. Regnaud.
Mais il fut un laborieux ouvrier, et sa vie fut un apostolat scienlilique.
Longtemps l'Lniversité de Lyon gaidera le souvenir de sou enseignement
personnel el de ses idées originales.
P. Regnaud avait quitté sa chaire en 1908. A Mantoche, près de
Gray, dans la petite maison ancestrale dont le jardin incline en pente
douce vers la Saône, il s'est éteint dans le calme cl la sérénité de l'œuvre
accomplie. Au maître |)our qui j'eus de l'alleclion , j'adresse un cordial
adieu I
A. CiLÉRlNOT.
I :> .
SOCIETE ASIATIQUE.
SEANCE DU 13 JANVIER 1911.
En l'absence de M. Senarl, la séance est ouverte à li lieures et demie
sous la présidence de M. Ciiavannes.
Etaient présents :
MiM. Allotte DE LA FuVe, Amar, Bacot, Blocii, Bodrdais , BorvAT,
A.-M. BovER, p. BoYKR. Gabaton, J.-B. GiiAnoT, DK Gharencey, Decour-
DEMANCiiE, Delaporte, Deny, Devèze , Dussadd , Fevret, Fin'ot, P odcher ,
Gaudefroy-Demombynes, Gauthiot. de Gexouillac, Gecthner, Graffin,
Halévy, Hlart, Mayer Lambert, Lang, Lefebvre des NoiiTTES, S. Lévi,
Liber, Macler, Meillet, Nau, Pelliot, J.-B. Périer, Reby, Toussaint,
ViNSON, VissiiîRE, membres; Thureaq-Dangin, secrétaire.
M. Rapson, professeur à l'Université de Gambridge, assiste à la séance.
Le procès-verbal de la séance du 9 décembre est lu et adopté.
Sont reçus membres de la Société :
MM. Alfred Durand, administrateur des colonies, ancien chargé du
cours de malgache à l'Ecole des langues orientales;
Gérard Devèze, diplômé de l'Ecole des langues orientales;
le marquis Barrigue de Fontainieu, diplômé de l'Ecole des
langues orientales, ancien membre de l'Ecole française d'Ex-
trême-Orient, présentés par MM. Vinson et Yissière;
Jean Paulhan, chargé de cours à l'Ecole des langues orientales,
présenté par MM. Senart et P. Boyer;
Gharles Maybon, secrétaire de l'Ecole française d'Extrême-Oiient,
présenté par MM. Finot et Pelliot;
Attia Waiiby Bey, présenté par MM. Ghavannes et Revillaul.
Les ouvrages suivants sont offerts à la Société :
Par M. Foucher : La Madone bouddhique (mémoire paru dans la Collec-
tion Piot); — par M. Naii : Neslmius, A • lirre d'Iléraclide de Dmiias , tra-
duit <'n français |)ar F. Nau, avec le concours du B. P. Uedjan cl «le
M. Brière , suivi du texte grec de Trois lioinélics de Nestorius snr les tenta-
tions de Noire-Seigneur et de trois appendices (lettre à Gosme, présents
envoyés d'Alexandrie, lettre de Nestorius aux habitants de Gonstanli-
182 JâNVIER-FKVRI.ER 1911.
nople); — par M. Thuriîau-Dant.in, un volume intitulé : Lettres et Con-
trats de l'époque de la première dynastie babylonienne.
Une lettre de la Préfecture de la Seine , adressée au président de la
Société, l'informe que les nouveaux: statuts sont approuvés.
M. Gaitiuot fait une communication à propos de l'écriture sogdienne.
M. Allotte de la Fuïe présente une observation.
M. Halévv explique quelques noms de fleuves suméro-akkadiens.
M. DE Genouillac étudie la question de l'ancienneté du cheval en Ba-
bylonie. Des observations sont présentées par AIM. Allotte de la Fuïe
et Halévv.
M, Nal cite un exemple de la prononciation occidentale du syriaque
au Vf siècle ( voir l'annexe au procès-verbal).
La séance est levée à 6 heures un quart.
ANNEXES AU PROCÈS-VEllBAL.
\
ONOMASTIQUE FLUVIALE SUMERO-ACCADIENNE.
Comme tant d'autres peuples anciens, les Babyloniens divinisaient les
courants d'eau de leur pays. Ces dieux étaient au nombre de sept, ayant
à leur tète les deux plus considérables, le Tigre et l'Euphrate. On les
regardait comme des fils du dieu de l'Océan. Yau (= Yamu = Yawu^ □''
frmer, océan ") et de son épouse Damki (livxt}). Les cinq autres étaient
représentés par les principaux canaux qui arrosaient de leur eau fertili-
sante la plaine sablonneuse qui occupe l'espace intermédiaire. Le court
hymne consacré à leur éloge et employé dans un but de guéiison
magique, conserve toujours son intérêt, bien qu'il soit connu depuis
longtemps. Il est écrit en double rédaction; la mention du Tigre est
perdue dans une fracture de la tablette :
Eaux sacrées [eaux du Tigre. . .,
Eaux de l'Euphrate qui vers un lieu [pur. . .,
Eaux qui dans l'océan fidèlement s'assemblent.
La bouche sacrée de Yau les glorifie;
Les sept fils de l'Océan , ce sont eux ;
Je loue ces eaux, j'exalte ces eaux , je glorifie ces eaux.
En présence de votre père Yati ,
En présence de votre mère Damki ,
(Jii'il (le malade) soit lavé, purifié, resplendissant!
SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 183
Celte vénéralion mythologique qui classe forniellemeut le réseau Ihi-
vial (le la Babylonie dans la famille divine du dieu sémitique éponyme
de rOcëan fait, naturellement, déjà supposer d'avance que le nom que
porte chacun d'eux aura également un cachet sémitique, mais la vrai-
semblance seulement ne sufh't point parce que le peuple qui s'est établi
sur ses rives dans des temps relativement modernes peut lui avoir im-
posé un nom de sa création n'ayant rien de commun avec celui que les
anciens habitants lui avaient donné. La prudence conseille donc de sus-
pendre tout jugement préconçu jusqu'à un mûr examen philologique
des noms en question. La vérité apparaîtra alors d'elle-même.
Accordons la préséance à l'Euphrate.
En assyro-babylonien le nom de l'Euphrate s'écrit : ^•— "]]'- "^^i
complexe qui par suite de la double valeur de bu et àepu propre au pre-
mier signe peut-être transcrit aussi bien bu-rat-tu c^ae pu-ral-tu , mais le
doute disparaît en comparant la forme du mot en transcription alpha-
bétique chez les peuples voisins : hébreu et araméen DIS -^ pcrdtli ,
perse ufralid, grec Etn^parr;*, avsibe c:>\yifourat. Aucune hésitation n'est
donc possible : la lecture correcte et unique est pitraUu.
Dans cette forme babylonienne la syllabe linale tu représente nécessai-
rement la désinence du genre féminin , laquelle est en même temps la
plus authentique garantie du sémitismedu nom propre. Mais d'où vient
le t précédent? La persistance de l'orthographe empêche d'y voir un
simple caprice de scribe. La lexicologie babylonienne permet de penser
aux quatre étymologies suivantes :
puratlii ^ piirnt-tu , racine PTD pW fr séparer (?)n.
piirattu = purahtu . (nniD), racine niD prh nse réjouir (?)t^.
purattu = pura'tu (dN'ID), racine NIDp-' tr rejeton ti, cf. pj'r'»/.
piirattu =puradtu {D~nï>) , racine ~ns pi-d fr aller rapidement, être fort,
violenta.
En rélléchissant on se voit obligé d'écarter les trois premières tenta-
tives : une racine ms n'est en usage dans aucune des langues sémitiques
connues; la chute du n doux est do règle en assyro-babylonien, mais
elle n"a jamais pour conséquence de redoubler la consonne suivante; la
chute de l'aleph entraîne assez souvent ladite réduplication, mais elle
linit par tomber et ne laisse aucune trace. Ajoutons que le X radical
aurait élé conservé en araméen ot en hébreu, surtout en hébreu, par la
boiuie raison qu'une petite rivière du nom de rilp existe aux environs
de .I('rusal('!n (.[('réniie, xiu, 6-7). Si le N t'Iait radical, on aurait écrit
riiXTp connue nXIP^. La seide dérivation de "n-} ne laisse rien à dé-
184 JANVIER-FEVRIER 1911.
sirer. A l'occultaliou puratlu pour puradlu, comparer celle de liéb. nnx
pour riTnN* et étli. walal frfilleB pour tvaîadt.
En face de ce nom propre sémitique indiquant directement un concept
adéquat à la nature d'un grand cours d'eaii , le fcsumérien n n'a pour le dési-
gner que des périphrases dont les plus anciennes sont : a-ûg-hura-nunu et
a-:ig-ti(l-liih-)iun-ki. L'une et l'autre donnent lieu à de curieuses observa-
tions. L'idéogramme délerminalif commun n-:ig = ndru rffleuve^ signifie
au propre : reau-bouillonner^ (de ainmu rrmer, océinnr, + zigu rrsoufflen)
et se lit id ou en abrégé i (de cdu, idu rr cours d'eau, floti). — Première
série d'observations : i" trois éléments sémitiques se combinent pour
exprimer l'idée de fflleuvc! ; 2° celte combinaison ne se lit pas comme
elle est écrite: un terme propre ])our dire irlleuve, rivière'i manque
dans le rr sumérien^.
L'expression essentielle s'elTectue au moyen de deux combinaisons de
signes, à savoir a-rat = eau f canal (= rdtu rrcanal'-, îOnT), périphrase
au lieu de nom propre. En donnant au signe a la valeur bur ou bu et le
sens de rreau-" — les sumérisles se passent de gloses — on obtient la
lecture bu-rat, mais on oublie que ce ne peut correspondre à l'Euphrale
qu'eu admettant que les Sumériens ont tablé sur le nom emprunté à
leurs voisins sémites et fait le calembour avec des syllabes sémites, car
bur rr puits, eau'n est encore sémitique ("l's).
La troisième combinaison consiste dans le groupe a-zig ud-hib-nun-ki
tffleuve de Zimbir = de Si[)par«. A celui qui sait que la ville de Sip|)ar
est située à l'extrême nord d'Akkad, c'est-à-dire de la Babylonie sémi-
tique, il paraîtra extraordinaire que des non-sémites dérivent le nom de
leur llenve de celui d'une ville sémitique; c'est une vétille, répondront
les suméristes. Les plus hardis assureront même que le nom de Sippar
est pris au sumérien Zimbir, complexe qui, inintelligible comme un mot
intégral, est pour tout esprit avisé un calembour qui joue sur le nom réel
existant encore de nos jours sous la forme de Sefêra.
Le rr sumérien n n'est pas moins avide de périphrases pour ce qui con-
cerne la manière de désigner le Tigre. Il y a, il est vrai, id-hni-hnl rr fleuve
Courant bruyant ^trèe rapide et bruyant 51, mais on ne le rencontre pas,
à ce que je crois, dans les textes archaïques. 11 reflète par-dessus l'assyrien
halàlu frpercerri et rrfaire du bruit^^ (cf. 'r'^n et ^Vn). La haute anti-
quité fait exclusivement usage du complexe id-bar-tig-gar que les sylla-
baires ordonnent de lire idigiui (^i-di-ig-iia) ou idigiiu [i-di-ig-nK). Les deux
vaiiantes se ramènent purement à un fait de graphie puisque le signe nu
a aussi la valeur na. Au premier aspect déjà le phonème idigna montre
une analogie indubitable avec le nom babylonien idiglat dont le sémi-
SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 185
tisme est de nouveau garanti par le t du genre féminin qui ne se joint
jamais aux mots étrangers, bar-tig-gar signifiant fr coupure-bord- faire n
pcul-êlre une allusion aux canaux qui en déliouchenl et ne saurait con-
slilucr un nom propre primitif. Reste le phonème cité, idigna, déguisé
du mot réel idiglat. Or de même que niD, ce terme qui formait jusqu'ici
un mystère impénétrable est devenu d'une clarté parfaite depuis peu : c'est
l'hébreu Vpin , et avec le t féminin : n^pin , qui permet de rétablir la forme
babylonienne prélittéraire. Il y a là un babylonisme à noter, c'est l'alté-
nualion de ri / en i d; la forme primitive et sémitique générale élait
n'/pnn (I, 9 ijte'al). Le verbe '?t::i , infinitif h'QVi'X gilmuJii , livre le nom-
adjectif §///««/« ffparfîiit, distinguée, mais permute t eu d au contact de
la palatale douce ^-^ ainsi : agdainar, tadgamar, igdamar, etc. Par la
même raison, dès que le /.' (p) avait assumé dans la bouche du peuple
babylonien le son du §• (;i), la graphie n7J~n , ou plutôt, en y joignant
la disparition encore plus ancienne du n , la seule forme idglt est
devenue prédominante et elle se présente à nous en eiïel sous l'épellalion
i-di-ig-lat t^ ^j^ *'M\-^ V ; p'"s tard , à cause de l'abandon du / initial ,
diglai ^ aram. n'?^~, arabe ïLLL^ . Pour la vocalisation ambiante du d
transformé de /, nous avons un excellent parallèle en : (Belit) ki-di-mu-ri
= (Beiit) hilmuri [ifteal de kamàru ^abattre, vaincre^] rrfdame de la)
vicloiren.
En résumé, le nom du Tigre est un mot babylonien régulièiement
formé et signifie rflleuve qui fertilise les champs-, sémitique {>énéral
'?pri = i)abylonien iidu, cklu. Les phonèmes hiératiques soi-disant su-
méi'iens a-zig idigna et a-zig idigjîu en ont été tirés d'une façon aitilicielle
cl n'ont jamais fait partie d'une langue naturelle.
J. FL\i,Évv.
VS EXEMPLE
DE LA PRONONCIATION OCCIDENTALE DU SYRIAQUE AU Vf SIECLE.
La vie de Syméou le fou, moine syrien du vi" siècle, écrite par Léonce,
évêque de Néaj)olis (île de Chypre) entre les années 5()o et G68. ren-
ferme la phrase suivante : Aa§s;(pe, À<;^èfx, 6 èaliv M») /tiTroO , (xijrep
{ActaSS., juillet, 1, (). i/i8;Mig\e, Patr.gr., t. \GIll,col. lOyy). Nous
avons cherché ce passage dans le seul mauiiscril de la vie de Syméou
qui se trouve à Paris et nous avons trouvé Aa Se^P^ ^'f*^X ("^^- l'i^'^^
fol. tyo v°), c'est-à-dire la même prononciation (avec une interversion
fautive de deux consoiuies): la prononciation n'est donc pas le l'ait d'une
cori'ecliou des éditeurs.
186 JANVIER-FÉVRIER 1011. 1
Grâce à la liiuluclion ajoutée, on recoiuiait aussitôt les mots sy-
riaques :
et on constate qu'ils étaient lus avec la prononciation dite aujourd'hui
orientale, hors le l pron,oncé d, qui est peut-être d'ailleurs une ancienne
faute de transcription (S pour 6).
F. Nau.
SÉANCE DU 10 FÉVRIER 1911.
En l'absence de M. Senart, la séance est ouverte à 4 heures et demie,
sous la présidence de M. Chavannes.
Etaient préseuls :
• MM. Allotte de la Fuye, Amar, Bacot, Barrigie de FoxTAmiEu,
BlANCIIET, BlOCH, BoURDAIS, BoUVAT. p. BoYER, CaBATON, J.-B. (jIIABOT,
DE Charencey, Decoirdemanche, Deny, Devèze, Durand, Ferrand, Fixot,
Foucher, Gaudefroy-Demombynes, Gauthiot, de Genouillac, Halévy,
Ismaël Hamet, Huart, Mayer Lambert, Lang, S. Lévi, I. Lévy, Liber,
Mazon, d'Ollone, Pelliot, J.-B. Péru:r. Beby, Meillet, Schwab, Vinson,
membre.^; Thureai-Dangin, secrétaire.
M. Chavannes, en ouvrant la séance, dit toute la part cpie la Société
prend au deuil récent de son président.
Le procès-verbal de la séance du i 3 janvier est lu et adopté.
Une lettre du Ministère de l'Instruction publique annonce l'ordon-
nancement d'une somme de 5oo francs h titre de subvention à la
Société pour le premier trimestre de 1911.
Les ouvrages suivants sont offerts à la Société :
Par M. Chavannes ; trois volumes contenant la traduction de C/h*/ f«i/s
contes et apologues extraits du Tripilaka chinois; — par ^L Allotte de
LA Fuye: un mémoire sur les Monnaies incertaines de la Sogdiane et des
contrées l'oisines (extrait de la Revue numismatique): — par M. Thureau-
Dangin: le premier volume de Y Inventaire des tablettes de Tello conser-
vées au Musée Impérial Ottoman; — par M. de Genouillac : le deuxième
volume du même ouvrage.
M. SciiwAB dépose une lettre dans la([uelle M. Archambaull donne des
I
SOCIETE ASIATIQUE. 187
renseignements sur la mission aichéologique qu'il diiige en Nouvelle-
Calédonie.
Une proposition d'échange avec la revue Der Islam est acceptée.
Par une lettre adressée au président, M. Gauthioï demande qu'à
l'avenir il ne soit statué sur les présentations de membres que dans la
séance qui suit les présentations et en l'absence des candidats. Après un
échange d'observations entre MM. Chavannes, Schwab, Vinson et Gau-
ïiiioT , l'examen de cette proposition est renvoyé à la prochaine séance.
M. Halévv étudie l'origine de quelques noms de divinités babylo-
niennes. MM. Amar et BouRDAis présentent quelques observations.
M. ViNsoN fait une communication sur le pluriel primitif en -m dans
les langues dravidiennes. Des observations soiU présen tées par M M . Allotte
DR LA FuïE et Decourdemaxche.
La séance est levée à 6 heures.
ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL.
LE PLURIEL PRIMITIF EN -M
DANS LES LANGUES DRAVIDIENNES.
Le signe géni-ral de pluralité en dravidien est évidemment -//«/ ou
-liai, cf. tam. hal, gai; mal. hah, can. galu; tél. lu; tulii kulii ; kudagu
-nga, -à, -yn ; gondî k, hg ; kui itga, kka, ska; les autres langues in-
cultes ne paraissent pas avoir de signes spéciaux pour le pluriel, cepen-
dant le toda a des formes intéressantes en -dm, comme adàm frils, eux,
ces choses-là, ceux-lài, iidiidin rrles éloilesi^. A propos de ce dernier
mot, je ferai remarquer en passant (jue mbi rrétoilen signilie aussi ffj)ois-
sonn et dérive du radical min crbrillem.
Il résulte également de. ce tableau quelesulHxe est formé de deux élé-
ments, le premier commençant par l'explosive gutturale, le second ter-
miné par / cérébral; Caldwell rapprochait ce dernier de ellàm rrtout.
tousn, (pii est a])panMité à vllcl frlimitc'- . dérivé comme lui d'iui radical
cl où l'e initial marque lindélini ou l'interrogation : mais une objection
sérieuse peut être opposée : le / radical étant purement dental, tandis
i\w -gai on -kal se termine par une cérébrale. 11 faut noter d'ailleurs
que ellàm est proprement un pluriel gt'uéral ou un collectif qui varie
en cllir ffvous tousn et clldr rreux tousn.
(pliant nii |)remi(M' l'IémcMU . la gulturale est le sicge expressif d'un
188 JANVIER-FEVRIKR 1911.
mouvement, c'est le suffixe du datitet du présent ancien aoristique; dans
la dérivation des radicaux verbaux, il intervient avec une idée évidente de
mouvement, cf. vamhgu rr adorer, vénérer t^, todahgu rr commencer n,
vilahgu ff luire, être lumineux ii auquel se rattache sans doute vel ff blanc,
éclatante, veljj rrargentn, etc. Or, l'idée de mouvement, d'extension,
d'augmentation est incontestablement liée à celle de pluralité.
Une autre forme de pluriel est r, mais elle est d'un usage restreint et .
d'ailleurs lelativemont moderne, puisqu'elle s'applique uniquement aux
noms féminins et masculins. La distinction des genres était inconnue
aux Dravidiens primitifs et, quand elle s'y est introduite sous l'influence
de l'aryanisnie, elle ne s'est appliquée qu'aux noms d'hommes, de
femmes et d'êtres anthropomorphes; les noms d'enfants restent neutres
et s'appliquent même parfois aux petits des animaux et aux jeunes arbres ;
en télinga, les noms de femmes sont même neutres au singulier; en ta-
moul la terminaison neutre am peut être remplacée par la terminaison
masculine an: on peut dire indilléremmenl nilam ou bien nilan frsol".
Les noms masculins, féminins ou neutres, même ceux d'emprunt, ont
une forme primitive sans acception de genre : araçan «roï-r, a été formé
àcaraçu, idognm 'rmondeTi de iilngn , iiiagaii rrfilsi! et magd rfdler) do
maga ff enfant n. Ce sont donc là des formes récentes et sans intérêt pour
nous aujourd'hui , quelle que soit leur origine.
Mais il est une autre forme (|ui doit retenir toute notre attention, c'est
un pluriel en -m, qui apparaît comme la plus ancienne manifestation de
l'idée plurielle. Les pronoms de première et de seconde personne, ainsi
que le pronom réfléchi, sont terminés au singulier par n et au pluriel
par m : cf. tam. ndn, ydn— nàm, yàm ; mal. non- nàm , can. dn — dm;
tél. nênu - néinii; tuju ydnx - nânu, ycnkiilu; kudagu ndnti - ciiga,
imhga ; gondi nannd — nammd ; oraon ou kurukh en - dm, ndm; kul
ou khand dnu — dmu, aju; malto en - ém, ndm; kôta dne - dme,
ndme; et toda dn - dm, ôm, ém, pour la première personne. Pour la
seconde, on aurait : tam. ni - nir, ntngal ; mal. ni- nihhal ; can. ni- nim ;
tel. nivu - mini: tuju i -îrii, nikulu; kudagu ninu - nliign; gondi
immd - immdl ; kurukh nin — nim; kuî iiiu - iru; malto nin - nim;
kota ni - nime , nive ; et toda ni — ntma. Il faut y joindre le réfléchi
ffsoiii : tam. tdn - (dm; mal. idn — idm ; can. tdn - tdm; tel. tdnu - idm;
tulu tdnu - taiikiiln; kudagu tcmu - tangn ; kui tdnu - tdru , etc.
Je iap|)elle à ce propos que la première personne se rapporte au dé-
monstratif éloigné a, vague, indéfini, imprécis, ne tombant pas sous
l'observation directe, et que la seconde personne dérive du démonstratif
prochain i (pi'on voit, (pi'on louche, qu'on a sous la main.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 189
Dans la conjugaison antique, il y avait des pluriels en -»n; si nous en
jugeons par les formes archaïques que l'on rencontre clans les textes les
plus anciens, le singulier était ti et le pluriel um. Je citerai, par exemple,
le tamoul iireikkô fftlis-je'N ou rr dit-on "N, çéygôydn ftferai-je'h , çei/gum
rr nous ferons 1 , çeijdum ou même çcijgudum cnous avons fait». L'impd-
ratif pluriel ancien, devenu le singulier honorifique ou respectueux,
est m ou plutôt um : kodttm tr donnez n, çpijyum ff faites n ; on en a
formé un pluriel pléonastique par l'addition de gai : çeyijumgal , /coduiignl.
On trouve des exemples de formations semblables dans les troisièmes
personnes neutres des futurs aoristiques actuels; elles sont composées
du radical et de la terminaison um tant au singulier qu'au pluriel et elles
servent également de participes. Or, nous rencontrons dans les vieux
poètes des pluriels en ungal : iduiigal ff(ces choses) donneront». Ces
pluriels doubles sont d'usage courant dans les pronoms ; lorsqu'en
tamoul ndm, nîr, tàm sont devenus des respectueux, on en a dérivé
nàhgal, nihgal , tdngal ; il faut remarquer qu'à la seconde personne le m
reparaît sous la forme du « guttural. Nàngnl a pris le sens particulier
de rrnous autres» exclusif et luhn a gardé la signification plurielle. Dans
la conjugaison, les terminaisons du respectueux sont ôm pour la pre-
mière personne, ir pour la seconde, «r pour la troisième masculine ou
férainirae, et celles du pluriel ôm, îrgal, àrgal. Mais dans la prononcia-
tion po])ulaire, au moins sur la cote orientale, on dit pour la seconde
et troisième personnes honorifiques et plurielles, ihgô, iiigo, dngô, dngo;
ces formes rappellent la terminaison régulière du pluriel des substantifs
en kudagu, en gondi et en kuî : -ng , -nga, ngd , abrégées sans doute de
-ngnl. Ici se pose la question : le n devant gai est-il organique ? est-il
une nmtalion du r? est-il un adoucissement euphonique introduit
après la chute du r ? Je suis pour ma part de la première opinion, quoi-
que la tendance générale du dravidien soit d'intercalçr une nasale eupho-
nique entre une explosive douce et une voyelle [)récédente.
Le tamoul et le malayâla ont un sullixe pluriel spécialement appliqué
aux noms de personnes : uidr; tambi rr frère cadet» et ptirusan rrmari»
font an pluriel tambimdr, ptn'usamar. Caldwell assimile ce mdr au sullixe
verbal de la troisième personne plurielle mav, mandr, qui peut être pris
subslanlivemcnt et à la dérivative vur qui forme des collectifs numéraux
[iidlrar rr(jualre personnes») et il \f voit le dénionslralif «(vn- rfcouv-là-.
Ne seiait-il pas plus lalionnel de le considérer comme im pluriel
double formé de m ou um et de ar? Tainbimdr serait une rédiiclion de
Inmbii/uiiidr. (le (pii confirmerait celte hypothèse, c'est la iorme jiuru-
mnmdr; les grannnaires indigènes disent que la terminaison um du futur
190 JANVlER-FÉVlUEIt 1911.
peut perdre son u après / on n : cnnuiii rfcjui dil^ et çelluin rrqui vai
peuvent s'abrëger en enm, çemn.
Caldwell ramène les pluriels en -m au conjonclif m»* rein (tamoul et
raalayâla : canara am, mn, û; télinga u, nu): il faut remarquer que
celte particule est aussi la terminaison du futur neutre indépendant de
loute idée de temps, de genre et de nombre: d'autre part mn, analogue
au sanskrit ca et au latin que s'ajoute régulièrement à tous les mots de
la phrase; quand le latin dit pnter ftliiisi/iic , le lamoul traduit tagappa-
iiiiit magannm. D'autre part, um joue dans la pioposilion le rôle de déter-
minant et de collectif absolu; on dira par exemple nàiium irmoi-même.
moi aussi T) , ndm iruvarum rr nous deux (et non d'autres) n, immùu'd'um
digdl vuldii rfces deux (animaux) sont nos bœufs»; sans uni, cela vou-
drait dire qu'il y a d'autres bœufs présents tandis que iiin indique qu'il
y en a deux seulement.
N'oublions pas les pluriels en dm (hi loda et rapproclions-cn cHdiii
«•tout, tous t. Peut -on à ce propos examiner les i-ares mots lamouls en
dm : haddm rrsueur érotiijue de l'éléphaiitTî (cf. kaddm rr front, rut,
crucheTi); hijdm (rfoule»; kaldm rr colère, éclat i ; kardm ou kard w croco-
dile a; liildm ou tidd «•bascule"; mardm ou mard, nom donné à diverses
essences d'arbres (cf. niarani "arbre, boisn), etc.? Ce sont sans doute là
des pluriels collectifs comme cUdni contracté probablement de rlld - (r)
- uni. Ella est peut-être pour cU'dld ou ellnlld rrce qui n'a pas de limite îi ;
le sens propre de cl paraît être cf horizon, ligne terminale n, car il a pris
les significations de ffjour, nuit, journée, signe, méprisTî.
On peut voir que la plupart des mois que je viens de citer ont deux
formes. Tune probablement singulière en d ou an , la seconde sans doute
|)luriellc en dm. A varie d'ailleurs en avu qui est ])eut-être le prototype
de (im : cf. çuravu et çurd ffrequinn, nihirii et uild rlune»: on a même
maffa (avec a bref) et magam rrenfant". Quant à la contraction de elld-
l'iim en ctldm, elle est normale : les participes futurs en dvum se rédui-
sent d'ordinaire eu dm : uldcum rrqui se promène» devient >tldm,ei même
on a dm pour dgiim. rrqui devient ».
Les langues dravidiennes ont été arrêtées dans leur développement
formel et sont entrées dans la vie histoiique au commencement de la
période d'agglutination : c'est pourquoi beaucou]) de suffixes de relations
sont encoi-e très nettement distincts. Le verbe n'avait développé (pie
deux formes temporelles, un passé défini et un présent aoristiipie, carac-
térisés par l'addition au radical d'une explosive, gutliuale pour l'aoriste
et dentale |)our le passé, forte à la voix iransilive et faible à la voix
intransilive. On y ajoutait um on m |)ouf distinguer de lindividualilé
\
. SOCIETE ASIATIQUE. 1<J1
la colicclivité inclusive. Plus tard, on siiffixa les pronoms eux-mêmes,
lorsqu'il s'agissait des deux premières peisonnes; des exemples se
rencontrent encore dans les poèmes modernes : mudittunàm rmous
avons terminé», vdjgunam ^nous vivrons heureux n, pour mudittôin,
vàjvom.
Il résulte de tous ces faits que le pluriel primitif" dravidien avait pour
suflixe m poiu' uni , particule collective. Mais ce u'e'tait pas un signe de
pluralité, comme ceux qui sont employés dans les langues mo-
dernes. Le dravidien primitif ne connaissait ni genre, ni nombre; comme
chez tous les peuples, l'idée de nombre s'est formée par la constatation
de l'individualité et sa distinction de la collectivité: les Dravidiens, par
exemple, ont dit d ou dn rmoi», [ ou m frio'in , puis ils ont dit d-iim
abrégé en dm rrnousn et i-um abrégé eu im «-vous», avec le sens de
rrle reste et moi, le reste et toi» ; de ià aussi, surtout à la seconde per-
sonne, s'est produite l'exclusion et en même temps le duel. Galdwcll
pense que le duel a précédé le pluriel; ce n'est pas tout à fait exact, et il
me semble que le duel n'a pu se développer que lorsqu'on. a commencé
à distinguer et à délenuiuer les nombres : la numération primili\e
ne compreniiit partout que un, dcii.x , ({uelquefois trois et plus raiemciit
quatre; au delà c'était l'infini ou l'indélini, à peu près comme lorsque
nous disons cent ou mille pour indiquer un grand nombre, une quanlilé
considérable et indélerminée. Ainsi à l'origine du langage, il n'y avait
pas et ne pouvait pas y avoir de pluriel véritable, le nombre gramma-
tical était une dilïérence plutôt (ju'une somme, en ce sens que la préoc-
cupation principale de celui qui j)arlait était de manifester sa personna-
lité indépendante ; c'est ce qui explicjue notamment des formations
comme celles de l'arabe où les pluriels normaux, dits pluriels brisés, sont
en réalité des collectifs indéfinis qui , grammaticalement, se confondent
avec des singuliers et ont vie traités comme tels dans' les langues qui les
ont empruntés, en liindouslani par exemple où dluvdl, atrdf, lunvdb,
jawdhir, etc., sont des singidiers (jui prennent les terminaisons ordi-
naires du pluriel.
Çaldwell suppose que, uni signifiant fret», ndni et nim pouvaient avoir
primitivement le seiue de crmoi et (autre chose), toi et (autre chose)') ;
mais uni n'est pas réellement ffet», c'est le signe de la réunion, do l'en-
soiiible, de la C()nq)réliension totale, et alois ndni et n'ini sont plutôt rrnioi
compris, toi comprisi. Ainsi la conception de l'Iionnue primitif est
d'abord celle de sa personnalité, puis de sa |)arti(ipatlon à la vie géné-
rale et c'est alors le collectif, le pluriel inclusif; ensuite, il sépare l'indi-
vidu, le subjectif, de la masse objecti\e, cl le duel j)rend naissance: plus
192 JANVIER-FÉVRIEB 1911.
tard, il distingue des unités dans cette masse objective, ce qui est l'ori-
gine du pluriel véritable.
Beaucoup de langues ont des forme? analogues. En basque, par
exemple, le sufllxe du pluriel est k, mais j*ai trouvé au moins un exemple
de son remplacement par un collectif eto, employé d'ailleurs aujourd'hui
seulement pour fret»; à Saint-Pée-sur-Nivelle, j'ai entendu appeler b'mis-
tiak un lieu-dit que le cadastre avait inscrit bisiistieta. Eia au surplus
n'est pas le seul collectif en usage; il y a aussi aga et cgi, qui indiquent
le premier l'abondance et le second l'excès. Je traduirais donc Ezpelcla
ffles buis^o, Harrieta rdes pierres ii , Lharraga rrla fresnaie^i , Zumaresga
ffle bois d'ormes n et Zumalakarregi rr l'endroit où il y a trop de boiu-
dainen.
Julien ViNsoN.
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"AnOiropoH, V, 5-6, VI, 1. — St-Gabiiel-Môdling bei Wien, 1910,
'm-k\
* Archiv fiir Religio7iswissciischaft, XXX, /».— Leipzig, B. G. Teubner,
1910, in-8°. •
* L' Asie française , octobre-décembre 1910, janvier 1911. — Paris.
1910-1911, in-Zi".
* Atli délia R. Accademia dei Lincei. Notizie degli scaoi di antichità ,
1910, 5-8. — Ronia, 1910, 'm-li°.
* Baessler Arcliiv. Baud I. Hefl 9. und Beihefl 1. — Leipzig und
Berlin, B. G. Teubner, 1910, gr. in-A".
* Bessarione , fasc. 1 i3-i i4, — Borna, Libreria E. Coletlî, 1910, in-8".
* Bijdragen tôt de Taal-, Land- en Volhenlîunde van Nederlawlseh-Lidië ,
LXV, 1-2. — s'Gravenhage, Martinus Nijhoff, 1910, in-8°.
* Bolelin de la Real Academla de la Historia, LVII, 1-6. — Madriil,
Fortanet, 1910, in-8°,
Bolletlino délie pubblicazioni italiane ricevute per dii'itto di stampa, Num.
119-121. — Firenze, R. Bemporad e ûglio, 1910-1911, in-8".
[Bibliothèque Nationale Centrale de Florence.]
* Bulletin de l'Académie impériale des Sciences de Saint-Pélershourff ,
1910, n^'i^-iS; 1911, n" 1. — Saint-Pétersbourg, i9io,in-4°.
Bulletin de lu (commission archéologique de l'Indochine, année 1910,
2° livraison. — Paris, Ernest Leroux, 1910, in-8°. [M. I. P.]
Bulletin de l'Association amicale franco-chinoise , II, /i. — Paris, Paul
Dupont, 1910, in-8°. [Dir.]
* Bulletin de l' Institut EgDptien , 5" série, IV, 1. — Alexandrie, Société
de publications égyptiennes, 1910, in-8".
* Bulletin de l'Institut français d'Archéologie orientale, VII, 9. — Le
Caire, 1910, ïn-lx".
* Bulletin de littérature ecclésiastique , novembre-décembre 1910, jan-
vier 1911. — Paris , Lethielleux , 1910-1911. in-8".
* Bulletin of the Archeeological Instilute of America , I, 2 et 4 , Il , 1. —
Nnnvood . Massachusetts , 1910, in-8°.
* Bif:antinische Zeitxchrift, XIX, 3-4. —Leipzig, 1910, in-8°.
SOCIETE ASIATIQUE. 19»
Epigraphia Indica, IX, 8; X, a et h. — Bombay, British Iiidia Press,
1910, iQ-4°. [ Gouvenienieiil de l'Inde.]
*The Geographical Journal, November-December 1910, Janiiarv-Fe-
braary 1911. — London, 1910-1911. in-8".
*La Géographie, i5 novembre-i5 décembre 1910, 1 5 janvier 1911.
— Paris, Masson et C'°, 1910-1911, gr. in-8°.
*Le Globe, t. XLIX, Mémoires. — Genève, R. Burkhardt, 1910, in-8".
VHexa gramme, n" hh-k^. - Paris, 1910, in-8°. [Dir, ]
*Uiiitoria e Memorias da Academia Real das Sciencias de Lishon ,
9° classe, XII, Parte II, n" 1. — Lisboa, 1910, in-4°.
* The Impérial and Asialic Quarterly Review , January 1911.— Woking ,
1911, in-S".
*The Indian Antiquary , Decem])er 1910 , January 1911. — Bombay,
British India Press, 1910, in-^i°.
* Journal and Proceedings of the Asiatic SocieUj of Bengal , V, 9. —
Calcutta, Baptist Mission Press, 1910, in-8''.
Journal asiatique, septembre-octobre 1910. — Paris, 1910, in-8".
JoMnm/ f/es Srtt'«H^s, octobre-décembre 1910, janvier 1911. — Paris,
Hachette et C'°, 1910-1911, in-V' [M. I. P.]
* Journal ofihe American Oriental Society, XXXI, 1. — New Ilaven,
1910, in-8''.
The Journal of the Anlhropological Society of Bombay, VIII, 7. —
Bombay, British India Press, 1909, in-8°.
* Journal of the G ipsy I^ore Society , new séries, IV, 2. — Liverpool ,
T. and A. Gonstable, 1910, in-8'.
*The Journal of the Royal Aniatic Society of Great Britain and Ireland,
January 1911. - London, 1911, in-8" [Dir.]
The Light of Truth of ihc Siddhànla Dîpikâ and Agamic Review, \1,
1-4. — Madras, ffMeykandaU'' Press, 1910, in-A". [Dir.J
*Lu:ac's Oriental List and Book Review, XXI, 5-i9. - London,
1910, in-8°.
*Al-Machriq, novembre-décenil)re 1910, janvier 191 1. — Beyrouth,
1910-191 1, in-8".
Mechroutielle (f Constitutionnel Ultomann , n'" ii-i'i. — Paris, 1 () 1 o ,
in-8". [Dir. I
Mélanges japonais , u" 98, - Tokyo, Librairie Sansaisha , 1910, iii-8".
200 JANVIER-FEVRIER 1911.
* Mittellungen (1er Deutschen Gesellschaft fur Nalur- tind VôUcerhunde
Oslasiens, XII, a. ~ Tokyo, Hol)UDslia, 1910, iii-8°.
* Mitteiluiigen des Seminars fur Oiienlalische Sprachen an der Kônig-
liclien Friedrich-Wilheltns-Universitât zii Berlin. Jahrgang XIII.— Berlin,
Gporg Reimer, 1910^ 3 vol. in-8°.
* Mitteiliiiigeii uiid Nnchrichten des Deutschen Palaestinavereins , 1910, 5.
— Leipzig, K. Bsedeker, 1910, in-8".
*Al-Moktabas, V, 6-9. -Damas, 1910, in -8".
* Le Monde oriental , 111, 3; IV, 3. — Uppsaia, Akadem. Bokhandeln.
1909-1910, in-8°.
Le Miiséon, nouvelle se'rie, XI, a. — Louvain, J.-B. Istas, 1910,
in-8". [Dir.J
La Nouvelle Europe, 26 décembre 1910. — Paris, Librairie nationale,
1910, in-/i. [Dir.]
Nouvelles Archires des missions scienlijiques et littéraires, XVIIl, /i-5.
— Paris, Imprimerie nalionale, 1910, in-8". [M. 1. P.]
Orientalische Bibliographie ,\W\ , 3. — Berlin. Reutlier und Reicbard ,
1910, in-8''.
* Palestine Exploration Fund. Qnarterly Stalement, January 1911.
— Londou 1911, pet. in-8".
* Poli/biblion , novembre-décembre 1 9 1 0 , janvier 1911. — Paris , 1910-
1911, in-8".
Les Questions modernes, 11° 1. — Paris, 1910, in-8°. [Dir.]
* Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei, Classe di Scienze morali,
storicbee filologicbe, série quinta, XIX, 5-io. — Ronia, 1910, in-8".
* Reçue africaine, n"' 278-979. — Aiger , Adolphe Jourdan , 1910, in-8°.
* Revue archéologique , mm-s-décemhre 1910. — Paris, 1910, 111-8".
* Revue biblique internationale, janvier 1911. — Paris, Victor Lecoffre ,
1911, in-8°.
*Revue critique, hk" année, n"' 43-52; 65' année, 11°' i-5. — Paris,
Ernest Leroux , 1910-1911, in-8°.
* Revue d'ethnographie et de sociologie, n°' 8-10. — Pai'is, Ernest
Leroux , 1 9 1 o , gr. in-8 ".
Revue d'histoire et de littérature religieuses, novembre-décembre 1910,
janvier 1911. — Paris, Emile Nourry, 1910, in-8°. [Dir.]
* Revue de l'Orient chrétien, 1910, 3-/i. — Paris, A. Picard et fils,
1910, in-8°.
SOCIETE ASIATIQUE. 201
'Revue des études juives , n" 121. — Paris, Diulacher, 1911, in-8".
'Revue du monde musulman, décembre 1910.— Paris, 1910, in-8°.
"Revue indochinoise , année 190^ et octobre-décembre 1910. — Hauoï,
1910, in-4"*.
Revue sémitique , octobre 1910. — Paris, Ernest Leroux, 1910, in-S".
*Rivistn degli studi orientali, III, 3. -- Roma, presso la Regia Univer-
sità, 1910, in-8".
*Sitzungsherichte dcr Kais. Ahademie der Wissenschaften in Wien.
Philosophische-historischeKIasse, i64, 9-3; i65, 1-9; i64,4-i; 166, (x.
— Wien, Alfred Hôlder, 1910, in-8°.
* Sitzungsberichte der Kôniglich Preussischen Akademieder Wissenschaften ,
1910, XL-LIV. — Rerlin, 1910, in-/i°.
* Sphinx, UlY, 4-5. — Uppsala, Akademiska Rokhandein , 1910, in-8°.
*Tijdschift voor Taal-, Lnnd- en Volkenkunde uitgegeven door Rala-
viaasch Genootschap van Kunsten en Wetenschappen , LÎI, 3-6. — Batavia,
Albrecht en Co., 1910, in-8".
* Transactions and Proceedings of the Japan Society of London , I\, 1. —
London, Kegan Paul,. Trench, Triibner and Co., 1910, iu-8''.
* VerhnndcJingen van het Rataviaasch Genootschap van Kunsten en
Wetenschappen, LVIII, 3. — Batavia, Albrecht en Co„ 1910, in-/»".
* Wiener Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes , XXIV, 2-3. —
Wien, Alfi-ed Holder, 1910, in-8°.
* Zeitschrift der Deutschen Morgenlàndischcn Gcsellschafi , LXIV, k. —
Leipzig-, F. A. Brockhaus, 1911, in-8".
* Zeitschrift des Deutschen Palaeslina-Vereins , 1910, 1. — Mitteilungen
und Naclirichlen, 1910, 1. — Leipzig, K. Btedeker, 1910, iii-8''.
Zeitschrift filr hebrœische RibUographie , XIV, 5. — Frankfurl a. M..
J. KaulTmann, 1910, in-8°.
Az-Zouhour, 1,8-12. — Le Caire, 1910-191 1, in-8". [Dir.]
202 JANVIER-FÉVRIER 1911.
DECRET.
Le Président de la République française,
Sur le rapport du Ministre de rintt^rieur ;
Vu l'ordonnauce royale du i5 avril 18^9 portant reconnaissance de
la Société Asiatique comme établissement d'utilité publique ;
Les délibérations de l'Assemblée générale du 17 juin 1909 et du
16 juin 1910;
Les Statuts de l'Association ; l'avis du Préfet de la Seine ; l'avis du
Ministre de l'Instruction publique en date du 9 a janvier 1909, ensemble
les autres pièces de l'affaire ;
Le Conseil d'Etat entendu ;
Décrète :
Art. 1. — L'Association dite Société Asialique sera dorénavant régie
par les Statuts anuexés au présent décret.
Art. 2. — Le Ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du
présent décret.
Fait à Paris, le 30 décembre 1910.
Signé : A. FALLIÈRKS.
Par le Président de la République :
Le Président du Conseil ,
Minintve de l'Intérieur et des Cultes ,
Signé: Aristide BRIAN D.
Pour amplialion :
Le Chef du Bureau du Secrétariat,
Signé : L. TABARANT.
STATUTS.
[. — But et Composition de l'Association.
Art. 1. — L'Association dite Société Asiatique, fondée en 1822,
a pour but de concourir au développement des études orientales.
Sa durée est illimitée.
Elle a son siège social à Paris.
SOCIETE ASIATIQUE. 203
Art. 2. — Les moyens d'acliou de lAssociation sont :
Les communications ou discussions orales dont ses réunions offrent
l'occasion à ses membres ;
Les ouvrages dont elle entreprend l'impression, et notamment la
publication du Recueil intitulé Journal Asiatique, qui est servi gratuite-
ment à ses membi'es :
Les subventions qu'elle se réserve d'accorder à toutes publications
qu'elle juge utiles à son objet :
La bibliothèque , que , dans des conditions déterminées par le Conseil ,
elle met à la disposition de ses membres.
Art. 3. — La Société se compose :
De membres titulaires en nombre illimité ;
De membres honoraires dont le nombre ne doit pas dépasser trente.
Pour être membre titulaire, il faut être présenté par deux membres
de la Société et agréé par le Conseil.
La cotisation annuelle est de oo francs. Elle peut être rachetée en
versant une somme de 4oo francs, payable soit en une fois soit en
quatre annuités.
Le litre de membre honoraire peut être décerné par le Conseil à des
savants étrangers éminents. Les membres honoraires ne peuvent faire
partie de l'Assemblée générale ni du Conseil ; ils ne sont tenus de payer
aucune cotisation.
Sont en outre, contre versement d'une cotisation annuelle de 3o francs,
admises au service des publications de la Société, dans les mêmes con-
ditions que les membres titulaires, les personnes morales, telles que
Sociétés, Bibliothèques, etc. Toutefois, leur cotisation ne peut être
rachetée.
Art. 4. — Lu qualité de membre de la Société se perd :
1° Par la démission;
a* Par la radiation prononcée, pour non-payement de la cotisation
ou pour motifs graves, par le Conseil, — le membre intéressé ayant
été préalablement appelé à fournir ses explications. — sauf i-ecours à
rAss(>mblée générale.
II. AdMIMSTHATION et FoNniIONNEMKNT.
Art. f). — La Sociétii est administrée par un Conseil éhi |)ar rAsst'n)bl<''«'
générale et choisi parmi les membres titulaires.
204 JANVIER-FEVRIEH 191 1
Il est composé comme suit :
Uu président :
Deux vice-présidents ;
Un secrétaire ;
Un rédacteur du Journal Asiatique,
qui constituent le Bureau de la Société ;
Un secrétaire adjoint ;
Un bibliothécaire ;
Uu trésorier ;
Trois commissaires des fonds ;
Vingt-quatre membres ordinaires.
En cas de vacance, le Conseil pourvoit au remplacement de ses
membres, sauf ratification par la jilus prochaine Assemblée générale.
Le renouvellement du Conseil a lieu par tiers pour les vingL-qualre
membres ordinaires, lesquels sont renouvelables par séries qui ont été
une l'ois pour toutes fixées par le sort ; il a lieu tous les ans poui' les
autres membres.
Les membres sortants sont rééligibles.
Il pourra être nommé à vie un ou ))lusieurs présidents honoraires.
L'Assemblée générale désigne chaque année, parmi les membres du
Conseil, deux censeurs chargés d'examiner et de vérifier les conq)tes de
l'exercice écoulé sur lesquels ils présentent un rapport à l'Assemblée
générale qui en suit la clôture.
Art. 6. — Le Conseil se réunit en séance ordinaire une fois par mois,
sauf dans le mois où a lieu l'Assemblée générale et dans la période des
vacances. 11 se réunit extraordinairement chaque fois qu'il est convoqué
par le Président ou sur la demande de la moitié de ses membres.
La présence du tiers des membres du Conseil est nécessaire pour la
validité des délibérations.
Tous les membres de la Société sont admis aux séances ordinaires du
Conseil et peuvent y faire des communications. La fixation de Tordre
du jour appartient au Président sauf recours devant le Conseil.
Il est tenu procès-verbal des séances. Les procès-verbaux sont signés
par le président et le secrétaire.
Art. 7. — Le Conseil est chargé de l'administration de la Société,
et notamment :
H veille au recouvrement et à l'emploi des fonds : il dirige les travaux
littéraires qui rentrent dans l'objet de la Société, ordonne l'impression
SOCIETE ASIATIQUE. 205
des ouvrages qu'il reconnaît utiles ; accorde des encouragements et sub-
sides, et prononce, lorsqu'il le croit convenable, des acquisitions de
livres, de documents ou manuscrits.
11 désigne cinq de ses membres qui, avec le Bureau, constituent la
Commission dite du Journal chargée d'assister le Rédacteur dans la
publication du Journal Asiatique. Le mandat de ces cinq membres est
annuel ; il peut être indéfiniment renouvelé.
Art. 8. — L'Assemblée générale des membres titulaires de la Société
se réunit au moins une fois par an et chaque fois qu'elle est convoquée
par le Conseil ou sur la demande du tiers au moins de ses membres.
Son ordre du jour est réglé par le Président.
Son bureau est celui de la Société qu'elle élit annuellement.
Elle entend les raj)ports sur la gestion du Conseil d'Administration,
sur la situation financière et morale de la Société.
Elle approuve les comptes de l'exercice clos, vote le budget de l'exer-
cice suivant, délibère sur les questions mises à l'ordre du jour et procède
aux élections statutaires.
Les rapports et les comptes sont insérés au Journal Asiatique qui est
distribué à tous les membres.
Il est tenu procès-verbal des Assemblées générales, tant ordinaires
qu'extraordinaires. Les procès-verbaux sont signés par le Président et le
Secrétaire.
Art. 9. — Les dépenses sont ordonnancées par le Président ou un
membre de la Commission des fonds délégué par lui.
L'association est représentée en justice et dans tous les actes de la vie
civile par le Président.
Le représentant de la Société doit jouir du plein exercice de ses droits
civils.
Art. 10. — Les délibérations du Conseil relatives aux acquisitions,
échanges et aliénations des immeubles nécessaires au but poursuivi par
l'association, constitutions d'hypothèques sur lesdits immcnbh^s, baux
excédant neuf aimées, aliénations de biens dépendant du fonds de
réserve et emprunts 'doivent élre soumises à l'approbation < le l'Assemblée
générale.
Art. 11. — Les délibérations du Conseil d'Administration relatives à
l'acceptation des dons et legs' ne sont valables qu'après l'approbation
administrative donnée dans les conditions prévues par l'article ()io du
Code Civil et les articles 5 et 7 de la loi du fi février 1 ()(>i.
206 JANVIEll-FEVRIER 1911.
Les dt^libérations de l'Assemblée générale relalives aux aliénations ties
biens dépendant du fonds de réserve ne sont valables qu'après l'approba-
tion du Gouvernement.
Art. 12. — Les trois commissaires élus constituent avec le trésorier
la commission dite des fonds , cliargée de veiller spécialement à la gestion
financière de la Société. Cette commission nomme son président.
La commission des fonds reçoit les comptes du Trésorier, les contrôle ,
donne son avis sur toutes les questions importantes d'oi'drc financier.
C'est elle qui soumet au Conseil les comptes de l'exercice expiré dont
l'approbation par l'Assemblée générale, statuant après rapport des cen-
seurs, sert de décharge au Trésorier, et qui prépare le projet du budget
de l'année suivante.
Elle donne son avis sur tout emploi extraordinaire des fonds de la
Société que déciderait le Conseil en cours d'exercice.
Elle propose les valeurs dont il devrait être fait acquisition.
Les ordres d'achat et de vente des \aleurs sont signés du Pré.sident de
la Société et du Président de la commission des fonds.
III. — Fonds de réserve. — Les ressources annuelles.
AnT. 13. — Le fonds de réserve comprenil ;
i' La dotation existante;
•2° Le i/io du revenu net des biens de la Société;
3° Les sonmies versées poin* le rachat des cotisations ;
k" Le capital provenant des libéralités, à moins que l'emploi immédiat
n'en ait été imposé.
Art. 16. — Le fonds de réserve est placé en rentes nominatives
sur l'Etat, ou en obligations nominatives dont l'intéi-èt est garanti par
l'État.
Il peut être également employé à l'acquisition des immeubles néces-
saires au but poursuivi par l'Association,
Art. 15. — Les ressources annuelles de l'Association se composent:
1° Des cotisations et souscriptions de ses membres;
9° Du produit de la vente des publications et al)onnemenlsau Journal;
3" Des subventions qui pouiTont lui être accordées ;
SOCIETE ASIATIQUE. 207
li° Du produit des libéralités dont l'emploi immédiat a élé imposé; des
ressources créées à titre exceptionnel, et, s'il y a lieu, avec l'agrément
des autorités compétentes ;
5° Du revenu des biens et valeurs.
IV. — Modification des statuts et Dissolution.
Art. 16. — Les Statuts ne peuvent êtie modifiés que sur la proposition
du Conseil, en vertu d'une délibération prise à la majorité des 9/3 des
membres présents, ou sur la demande du i/k des membres titulaires,
soumise au Bureau au moins un mois avant la séance.
L'Assemblée doit se composer du quart au moins des membres on
exercice. Si cette proportion n'est pas atleinle, l'Assemblée est convoquée
de nouveau, mais à quinze jours au moins d'intervalle : et cette fois,
elle peut valablement délibérer, quel que soit le nombre des membres
présents.
Dans tous les cas les Statuts ne peuvent être modifiés qu'à la majorité
des membres présents.
Art. 17. — L'Assemblée générale appelée à se prononcer sur la
dissolution de la Société, et convoquée spécialement à cet effet, doit
comprendre au moins la moitié plus un des membres en exercice.
Si cette proportion n'est pas atteinte, l'Assemblée est convoquée de
nouveau, mais à 1 5 jours au moins d'intervalle, et celte fois elle peut
valablement délibérer, quel que soit le nombre des membres présents.
Dans tous les cas la dissolution ne peut être votée qu'à la majorité des
'j/3 des membres
Art. 18. — En cas de dissolution volontaire, statutaire, prononcée
en justice ou par déci et, l'Assemblée générale désigne un ou plusieurs
commissaires chargés de la liquidation des biens de l'Association. Elle
attribue l'actif net à un ou plusieurs établissements analogues, publics
ou reconnus d'utilité publique. Ses délibérations sont adressées sans
délai au Ministre de l'Intérieur et au Ministre de l'Instruction publique.
Art. 19. — Les délibérations de l'Assemblée générale prévues aux
art. 16,17 et 18, ne sont valables qu'après l'approbation du (louverne-
menl.
208 JANVIER-FEVRIER 1911.
V. — Surveillance et Règlement intérieur.
Art. 20. — Le Président devra faire connaître dans les trois mois à
la Préfecture tous les changements survenus dans TAdministralion.
Les registres et pièces de comptabilité de l'Association seront présentés
sans déplacement, sur toute réquisition du préfet, à lui-même ou à sou
délégué.
Le rapport annuel et les comptes sont adressés chaque année au
Préfet de la Seine, au Ministre de l'Intérieur et au Ministre de l'Instmc-
tion publique.
Art. 21. — Le Ministre de l'Instruction Publique aura le droit de
faire visiter par ses délégués les établissements fondés par l'Association
et de se faire rendre compte de leur fonctionnement.
Art. 22. — Les règlements intériem-s qui seraient établis par le
Conseil d'Administration, après approbation de l'Assemblée générale,
seraient adressés au Ministre de l'Intérieur et au Ministre de l'Instruclioii
publique.
Vu, pour être annexé au décret du ao décembre 1910 :
Le Ministre de l'Intérieur.
Pour le Ministre et par délégation :
Le Directeur de l'administration
départementale et communale,
Signé : MARINGER.
Pour amplialion :
Le Chef du Bureau du Secrétariat,
Signé : L. TARARANT.
Le gérant :
\i. FlNOT.
^0^
JOURNAL ASIATIQUE
MARS-AVRIL 1911.
L'AGE DE MAHOMET
ET
LA CHRONOLOGIE DE LA SÎRA,
PAR
H. LAMMENS.
Dans ses efforts pour déterminer l'âge de Mahomet, la tra-
dition musulmane a abouti au résultat suivant : le Prophète
aurait vécu de 60 à 65 ans. Entre le minimum de 60 et
le maximum de 65 années, se placent les diverses solutions
adoptées par les rédactions de la Sîra. Après avoir appelé les
calculs astronomiques à son secours, le savant égyptien Mah-
moûd-cffendi place l'année de l'hégire en Syi de notre ère et
accorde à Mahomet «61 années solaires ou 63 années lunaires
vagues 55(^1 «Peine inutile !w Ainsi ont prononcé des juges
compétents '^l Si, avec le prince Gaetani'^^, nous admettons
pour la chronologie prophétique une erreur possible de trois
années, nous nous voyons ramenés par la tradition islamile,
'"' Cf. Mémoire sur le calendrier arabe avant l'islaniisnie et sur In naissance
et Vàge du Prophète Malinniel , dans Académie royale île lleljrique. Mémoires des
savants élranfrers, t. XXX, p. i-4.^).
*'-' Noi.DKKE-SciMVALLY, (lescliichle iles Qoraiix, I, (ibi , ii. -j.
'•*' Auiinli deir Islam, I, siiy.
XVII. lA
l^trmitrKir ^<Tto^\tr.
210 MARS-AVRIL 1911.
par l'astronomie et par l'orientalisme aux chiffres extrêmes de
60 et de 65 ans^'^, comme à des barrières qu'il serait témé-
raire de franchir.
Dans sa très substantielle étude, Hh Mekhaansche Feest
(p. 66), le professeur Snouck Hurgronje constate les préjugés
ayant faussé la chronologie de la Sîra. Selon lui rda question
mérite d'être soumise à un examen détaillé??. Comporle-t-elle
une solution définitive? Nous ne le pensons pas plus que lui.
Mais il nous parait avantageux de montrer l'inconsistance de
l'opinion traditionnelle. Il faut chercher mieux et dans une
autre direction qu'on n'a fait jusqu'ici.
Mahomet lui-même a ignoré son âge et ne semble pas s'en
être préoccuperai II serait facile de le prouver, le calcul par
années lui demeura pratiquement étranger, comme il le fut
aux Arabes préislamites et aux Compagnons du Prophète, tous
indifférents à la chronologie*^'. Ce souci, la tradition a pensé
devoir le leur prêter et ce, quand les discussions clu'onolo-
giques commencèrent à prendre de l'importance dans le jeune
empire'^'. A ce moment on s'est mis en peine de dater les prin-
cipaux faits de la Sha, en y portant les mêmes préoccupations,
ayant si étrangement défiguré la légende prophétique. Comme
on s'était partout empressé d'y mettre des noms propres, on
a voulu aboutir ici à des chiffres variés et précis. Celte arith-
métique ne vaut ni plus ni moins que l'ensemble de la vie de
Mahomet.
j— J..*>J1 . 11)11 Gaiizi, Ms. BibIJolliikjuo khéclivialo, Sajivai as-Sajwa, 1, 80.
'-' Cf. NoLDEKE-SciIWAI.LY, /oc. SHjJ. fîV., W .Z.K.M. , \U\ , 289.
('' Dans les récils historiques des Bédouins contemporains , les dates font
partout défaut. Cf. Al. AIlsil, Arabia Petraca, III, 27. Pour le 1" siècle de
rislam, comparer la remarque de VVellliauscn : rTageszeiten werden ofters
anjjogeben, Kulçiiderdalea niclit;i [ Hcligids-vppu.sitiunapartnen , 69, n. 9).
'*' Cf. notre article : Qnran el Iradition, comment fui cotnposée la vie de Malm-
mel , extrait de Recherches de science religieuse, 1910 , janvier-février.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 211
Même en admettant en matière chronologique l'existence de
témoignages directs, il faut tenir compte de la mentalité très
différente de deux générations : celle ayant fourni les témoi-
gnages, et l'autre les ayant recueillis et interprétés. La pre-
mière n'avait jamais songé à l'importance d'une chronologie.
Mais ne voulant pas être en reste, elle a donné au petit bon-
heur des réponses quelconques aux interrogations des tnhiîs.
Ceux-ci et leurs successeurs ont pris sur eux d'élaborer dans
un véritable système chronologique les vagues détails, la rmUs
indîgestaque moks livrée par leurs Anciens.
I
Comme point de départ, la Tradition s'est généralement
prononcée pour Vannée de Œléphani^^^ ; elle représenterait celle
de la naissance de Mahomet. A quel fait précis correspond
cette étrange appellation? Ne dériverait-elle pas en dernière
analyse du Qoran (105, i)? Vu la dépendance de la Sira à
l'égard du texte sacré, on a toujours le droit de soupçonner
une pareille relation. Si cette connexion devait être positivement
exclue, alors la date de l'Eléphant pourrait répondre à une réa-
lité concrète. Certains vers anciens et d'une suffisante authenti-
cité engageraient à l'admettre (-'. Mais en toute hypothèse, il
devient impossible '*' de raccorcrer cette date avec notre ère.
Pour ajouter encore à la confusion, la tradition elle-même
se montre hésitante, quand elle s'avise de préciser la relation
exacte entre cette date de l'Eléphant et la naissance de Maho-
''' On parle aussi du ;omj" du Fil. Ibn Sa'd, Talxui., 1', 69-63. D'après Ibra-
liim ibn al-Moiidir, le mailre {saili) du célèltre Holiàri. ir personne ne met en
doule la date de rKU-pliantn. FaiyolmÎ, Al-Aljlxir nl-uiitrifhja (nis. 'A.sir eff. ,
Gonslanliiioplo); Tau., Ainnilcs, l, (jG(i-t)6'7.
'-' (Jl. <iWiî/,, lldinwdu, VII, Tjy-fio, cilations [ioéli()ues.
'■■'' Conip. les synchronismes donnés par Mas'oi'dî, Tnnbih (éd. ne Gowb),
asH-afl»), aSo. D'autre part lo ()oran présente le l'ait avec lotis le,> cliarnies de
la fable comme s'il s'agissait d'un trai( appartenant à lliistoiie ancienne.
la.
212 MARS-AVRIL 191 1.
met. Un Abrégé anonyme de la »Sim'^^ résume ainsi les diverses
opinions : ç^Le Prophète serait né cette année -ià même,
5o jours ou 9 mois après le départ de l'Eléphant, ou encore
10, i5 ou même 2 0 ans plus tard.?? Faiyoûmî^-^ mentionne
également une opinion, admettant dix années d'intervalle
entre les deux événements '^l Gela nous donne une marge
considérable.
Pour achever d'exciter notre défiance, nous nous heurtons
à l'abus des nombres parallèles et symélrujucs dans les rédac-
tions de la Sîra^'''. Impossible de jongler plus naïvement avec
les chiffres f^l Contentons-nous de quelques exemples. Nous les
choisirons de préférence parmi les personnages' en rapports
intimes avec le Prophète.
Ainsi Hadîga lui aurait donné quatre fds et autant de filles'*''.
A la mort de Mahomet, les i8 ans de 'Aisa se décomposaient
ainsi : y avant et 9 après son mariage '^^ D'après certains bio-
graphes, les 20 ans de la carrière prophétique se partagent en
deux sections égales : 10 ans à la Mecque, 10 ans à Médine.
D'autres, tout en admettant pour cette période 28 ans, y dis-
tinguent 10 ans à la Mecque, 10 à Médine. Pendant ces
20 ans il demeura sous l'influence de GabrieP^^; les trois
C' Ms. anon. 11° 5o5i, Paris, Bibl. nat. , p. i']''.
'^' Op. et loc. cit.; Ibn Sa'p, Tabaq., 1', 62, met «25 nuits" entre Mahomet
et l'Eiéphant, «65 jours" plus ou moins après cet événement; Mjis'oùdî, Tan-
bîh, 228-229.
'^' Dans l'histoire préislamique de la Mecque on s'eflbrce de tout ratta-
clier à la date de l'Eiéphant. Maqdisî, Ansdb al-Qorasiyn (ms. 'As'ir eiï.), parle
également de «dix ans d'intervallen, entre les deux faits.
'*' Cf. Caetani, Annali, III , 87, n. 2.
'*' Hakîm ibn Hizâm affranchit 100 esclaves avant et après l'islam; en pèle-
rinage il amène 100 victimes, consacre 100 chameaux à la guerre sainte, etc.
(•^î Tab. , Annales, I, 1767; QonÂ'i, '0//oM>i a/-MaVn-!/" (ms. 'Omoûmiya,
Constantinoplc).
'" IJoiiÀRÎ, i'aMt, 111 , 210, 5.
("' Tab., Annales, 1, )2/i5-i9iG, 12/18-12^9; Ibn Sa'd, Tabaq., I', 12(1-
1 i!7. Le vers de Sirma — voir plus bas — a aussi servi à accréditer cette opinion.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 213
années précédentes Asrafîl aurait joué ce rôle^'l Celle opinion
étrange, et déclarée telle par beaucoup d'exégètes^^^, permet de
constater l'attraction exercée par les nombres parallèles. Les
deux contemporains qoraisites de Mahomet, Hakîm ibn Hizàm,
Howaitib ibn 'Abdarozzâ^^', i'ansârien poète, Hassan ibn Tâbit
auraient vécu, tous les trois, 60 ans avant et autant après
l'islam ^'l La ra^^me particularité est rapportée de 'Adi ibn
Hâtim, de 'Abd llair ibn Yazîd, de Salmâ ibn Naufal. Nous
pourrions nous amuser à compléter la série, si le jeu en
valait la peine '^'.
Tout en acceptant de confiance ces 1 90 ans, certains auteurs
musulmans ont avoué l'impossibilité d'arriver à trouver le
compte pour Hassan ^"^ Que n'onl-ils poussé plus loin leurs
C Même parallélisme dans les noms. AboA Bakr s'appelait 'Atiq, il eut
doux frères : Mo'taq et 'Otaiq; Tab. , Annales, I, ai 33-3 1 3^. Les fils d'Aboii
LaliaL, qui auraient renvoyé les filles de Mahomet, s'appelaient 'Otba ot
Mo'attib.
(^) Cf. loc. cit.
''' Ibn 'Abdalbabr, htîàh (ms. Bibl. kh.), t. 1-, Ma(jdisî, Anxâh al-Qnvasujii
( ms. 'Asir elf. , Constanlinople); Moslim, Salnli, I, ^^7; Osd, 11, /io-^ii, 'j^y \
Ibn Gauzî, Montazam, II, 77'' (ms. 'Asir eff.); Tab., 111, 2619, aSf?^, aSaf).
L'an 2 H., Howaitib — alors octogénaire d'après le calcul traditionnel —
accompagne les caravanes; Ibn Sa'd, Tabaq. , II", 25, 1.
(''' Autre poète, le célèbre poète 'Omar ibn A. Rabi'a : /io ans di''bauclié,
ho ans ascète; A'^., I, 36, bas; cf. Noi.deke, W.Z.K.M., XIII, 189-283.
'"'' Nawawî, Tahdih, 616; Tab., III, 2319, 2325, 235i, 236i; Ibn Gauzî,
Mnitlrnatii (ms. 'Asir e(T. ) xuh anno 68. Le Juif Al'ak, assassiné par Mahomet,
aurait aussi compté 120 ans; Sibt ibn GAizi, Mir'at (ms. Kuprulu), II, 213.
D'après le Monlazani, suf> anno 5o (nis, 'Oraoùmiya), Hassan ibn Tàbit aurait
vécu îo^i ans, durée exacte do la vie do son père, aieul, trisaïeul. On ignore
s'il est mort l'an /io ou 5i H., niais on inainlirnt généralcmenl Tiige de
120 ans! Islîàl), t. I, ifolice de Ilass;in.
(") ()x(l , II, /ii-'i->; Ibn Sa'd, Tnhaq., V, 335 d. I. Comp. les calculs do /!/;•.,
IV, 3. Hassan, moil en Ao ou 5o/5A H., aurait connu Nàbigà Dobiànî, n'a
pu vivre 60 ans dans l'islam, comme après beaucoup d'aiitros l'assure Maqdisi,
Ans(ll) al-Aiis(ir (uis. 'Onioùniiya ). Au nionicnt de riii'giro ; il so trouvait dans
la force de l'àgo. llàsim et 'Abdalmollalib auraient également atteint «20 ans ;
Bai.âdoiu, Annàli (ms. Paris), .'{7, 'u>.
2U MARS-AVRIL 1911.
invesligalions! Ijababî l'a fait, à propos de Salmân al-Fârisî,
un spécimen encore plus merveilleux de longévité ou de
Mo\immaroûn, comme on est convenu d'appeler ces Malhu-
salems arabes. Ils auraient sans nul doute abouti au même
résultat. Après avoir constaté l'unanimité de la tradition pour
accorder à Salmân un minimum de i5o ans, Dahabî n'bésite
pas à faire cet aveu : «Quand j'ai voulu établir le contrôle,
je n'ai pu dépasser le chiffre de 80 ans'^l» Nous savons
d'ailleurs à quelles fins on a voulu vieillir Hakîm ibn Hizâm
et le poète Hassan. Au premier il fallait faire raconter la scène
où 'Abdalmottalib se vil sur le point d'immoler 'Abdallah, le
père de Mahomet''^l Hassan était destiné à attester l'apparition
de Véloile d'Ahmad, le pendant de l'étoile des mages ''^. Tous
devaient pouvoir ajouter : «Jifil bl^, j'avais atteint l'âge de rai-
son w. Un autre — nous aurons à nous en occuper — Qabât ibn
Asiam avait contemplé de ses yeux la fiente verdâtre, laissée à
la Mecque par l'éléphant abyssin ^^'. Malheureusement Hakîm
prétextera plus tard sa jeunesse pour n'avoir pas plus tôt em-
brassé l'islam : «J'avais devant moi, dira-l-il, l'exemple des
vieux Qoraisites, tous attachés à leurs erreurs-^'. 55 Si, comme
on le prétend, il était né l'an 1 2/1 3 avant l'Eléphant, il devait
à la vocation (cajca^) de Mahomet compter plus de 5o ans. On
voit la valeur des calculs de la Tradition et combien peu elle
s'inquiète de s'accorder avec elle-même.
Dans la chronologie prophétique on découvre partout des
(•) jj^jUUI \}^ L« xi! v4li3 JJi jjc ci'JL-?'; *i'; Ibn 'Aqîla, 'Anivâ» aa-
sa'dda (ms. 'Asir efl. ).
(^' Ibn Gauzî, Montazam, II (ms. 'Asir eff.), 7/1 , 76".
'*' Ag., IV, loc. cit.; Ibn Gauzî, Monlazmn, loc. cit.
(*' Tau., Annales, 1, 967; Osd., IV, 189-190.
'^' Ibn Gauzî, Montazam (ms. 'Omoùmiya, Constantinoplc), sh^ «((ho 5'i.
Pour les 60 années passées dans Tislam on les compte [j.i*^^i)) | »^j^ (^
L'->..iLà )t^^ ; INawawî, Tahdib, aiB-aiG. Ilakim ibn Ilizâm n'embrassa l'islam
qu'à la reddition de la Mecque.
i
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 215
procédés analogues et l'intluence des chiffres symétriques.
Pour la vie de Mahomet, le nombre de 60, une fois accepté
comme un minimum'^', s'est vu détailler comme suit : ho ans
avant la vocation -[- 1 0 ans à la Mecque -j- 1 0 ans à Médine^^l
Si certains auteurs se prononcent pour i3 ans à la Mecque,
ils font intervenir* Asraf il et Gabriel pour rétablir la symétrie
entre les 1 0 ans de la Mecque et ceux de Médine-^^ ou bien
ils assignent — contre l'opinion commune — 1 3 ans à la
période médinoise^^^.
Partout ils veillent soigneusement à conserver la symétrie f^^.
Gela nous vaut pour Badr 70 morts et 70 prisonniers^''"'. Aux
70 Qoraisites tués à Badr correspondront les 70 Musulmans
tombés à Oliod^"', la revanche mecquoise de Badr. Par 70 éga-
lement les Ansârs comptent leurs morts, comme à Bîr Ma'oûna ,
dans les batailles islamiques '^l Les sièges des petits établisse-
ments juifs de l'oasis de Médine durent i5 jours; ceux autre-
ment importants de Haibar et de Tâif exigent environ le
double, soit un mois! Ainsi le veut le parallélisme'^'.
Mahomet — c'est la supposition la plus commune — aurait
('' Pour ce nombre chez les Sémites, cf. Vigourodx, Dict. de la Bible, s. v.
nombre.
<^' BouÂRÎ, Sahih, IV, i3; Moslim, Sahih, 11, a 19.
(3) (^f_ Tab., 1, 1268-1349. Voir plus haul.
('■' Balàdorî, Atmlb (ms. Paris), GB-lig; Tirmidî, Samd'il, ms. Bibl. khéd.;
\m 'Abdalbarr, Isttdb, 8", ms. Bibl. khéd.
(^) Dans la Sira, les principaux événements survienncnl un Lundi de
Rabî' 1", naissance , mort , vocation , départ de la Mecque , arrivée à Médine, etc. ;
Tab., Annales, 1, i255; Hanbal, Momad, V, 999; Ibn Sa'd, Tabaq., P, (ig;
QoTAiBA, Ma'drif, 55; Mas'oîidî , Tanbîh, •î-îÇ), 281.
("> A Oliod sept Qoraisites et sept Ansàrs ont tenu ferme; c'est l'éfîalité ab-
solue dans l'éloge; Wâoidî (Kremer), 287.
('' Ya'qoûbî, II, 46; à Honain ou compte 70 morts; Ibn Sa'd, Tabaq., Il',
111, d. I., 112, 1.
W Cf. WÂQiDi (Wellh.) i53; Ibn Sa'd, Tabaq., Il', 3o.
W Pour la période préislamite, /io ans est la durée des longues guerres,
distinctes des razzias banales, comme In lutte di< Rakr-Tnirjib, celle de
Galafàn.
210 MARS-AVRIL 1911.
compté environ 5o ans, au moment de l'hégire. Quand elle
veut préciser ce chiffre, la Tradition se prend à hésiter entre
53 et 55, d'accord avec ses incertitudes sur Tâge exact du
Prophète, au moment de sa mort : 63 ou 65 ans'". Comme
l'ohserve i\I. Grimme'^^, le dernier chiffre est le plus faible-
ment garanti, s'il est permis de parler de garantie en cette
matière'^'.
Mais ce chiffre 63 excite de légitimes défiances. Dans les
annales de l'islam primitif il réapparaît avec la régularité d'un
cHché. Un jour en chaire, le calife Mo'âwia aurait dit : «Je
viens d'atteindre ma 63'" année, l'âge où sont morts Mahomet
et ses deux premiers successeurs ''^ w II aurait pu y joindre les
noms de son rivarAli'^* et d'autres grands Compagnons, leurs
contemporains, comptant à leur mort ç^ quelque 6o ou
•yo ans'^^i. Or dans le style de la Sîrn, la première approxi-
mation se voit fréquemment précisée et traduite par 63 ans^^l
Tout cela trahit la convention et l'horreur des recherches
'') Choix de Iiadit dans Tirmidî, Sttmail,ms. B. Icliéd.
(^' Mohammed, 1, ^7, n. 2.
'^) Comparer Al-Bîroûnî, Chronologie (éd. Sacliau), 3o, 7-15.
'^' Hanbal, Mosnad, IV, 96; Tab., Annales, I, 2129.
'^' Ibn Sâ.'î>, Tahaq., VI, 6; Moslim, Sahih, II, 219. Pourtant au moment
de rhëgire on dît Mahomet de môme âge qu'Aboii Bakr, rs^ Jâ>e J; I. liisvM,
Sira, 386, 7. Nous y reviendrons.
'•*' Ibn Sa'd , Tabaq , VI , 7 : trois exemples , cités en une page. D'après
NôLDEKE-ScHWALLY, op. Cit., 122, n. 7, 'Alî n'aurait compté que 58 ans. En
réalité nous ignorons l'année de sa naissance. Los grands Saliâbis, mêlés à
i'Iiistoire de Koùfa , comptent «quelque 60 ou 70 ansn ou hicn «70 ansn tout
court, pour varier. Ainsi Sa'd ibn Abi Waqqàs, Ibn Mas'oiul, Mogîrâ ibn
So'l)a, etc. Quand on se hasarde à énoncer un cliiflTre, ce sont ceu\-]à. Cf.
Ibn Sa'd, Tabaq., V, 7, i. 3, 21 ; 8, i. 9 ; 9, 5; 12, i3, etc. A 'Omar outre
03 on donne aussi 61 et même «quelque 03 ansn, Ibn Sa'd, Tahaq, IIP, 2t).^>-
aOô; à Aboû Bakr fcOo, 03 ou 05 ansn, Ibn 'Asàkir, Vlll (ms. Damas), notice
d'Aboù Bakr. Le célèbre maulà Soiiaib, l'ami do Aisa, Safwàn ibn al- Mo'atlil
sont morts à trquebpie Oo» ou «<pielquc 70 ansn. \()ir leurs notices dans
Isltdh, ms. B. khéd.
(') 'I'ap.., III, 23in,3, K); •ùUi, fi, 21: a32.^,8;2323, 3.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRO.NULOGIE DE LA SIRA. 217
exactes. La donnée des 63 ans doit donc être acceptée sous
bénéfice d'inventaire.
Celle de B5 ans n'est peut-être pas mieux fondée. C'est l'âge
de Hadîga et autres épouses du Prophète '^^5 en somme une
nouvelle transcription en chiffres de la formule traditionnelle
«6o ou yo ans 55, une façon de couvrir l'ignorance où l'on se
trouvait sur la chronologie de l'âge héroïque. Ainsi a-t-on
fait pour Bilâl, l'affranchi et amid'Aboû Bakr'-l Quand on veut
aller au fond de certains calculs, enregistrés parla Sîra, on
y retrouve fréquemment la combinaison Go/63/65 '■*'. D'après
un texte étrange, cité par Ibn Sa'd, r^un siècle comprendrait
120 ans. Le Prophète reçut sa mission dans le siècle, dont
la dernière année vit mourir Yazîd fils de Mo'âwia ^'''55. Ce ca-
life étant mort entre 63 et 65 de l'hégire, notre auteur a du
penser à ces nombres; de même, pour vérifier sa théorie sur la
durée d'un siècle , il paraît s'être borné à doubler le chiffre 60.
A ses yeux la principale signification de ces nombres, c'était
de représenter autant d'évaluations de l'âge du Prophète.
Les seuls qui se hasardent à prononcer un chiffre exact
'■' Tab., III, 3296, 9i5i; Ibn Sa'd, Tahaq., VIII, 11, 86; Mas'oûdî,
Tanbîh, 2 33.
<■''' Ibn Sa'i), Tahaq., 111', 170; d'autres le disent le Vjj d'Ai)OÙ Bakr,
c'est-à-dire de même âge que lui. Bilàl est un de ces Saliâl)is appartenant,
comme 'Omar, au cycle d'Aboù Bakr.
(^' Pour varier on assifjne ()6 ans à 'Aisa, Go à Hafsa. Saliva devait avoir do
Oo à 65 ans. Pour le r.erclo intiniede Maliometon s'i'caile rarenienlde cesrliilVres:
cf. Ibn Sa'd, Jabaq., Vlll, 56, 60,99. On a fait une exception pour Maimoùna,
ceile-ci ayant survécu trop longtemps. A l'époque de leur mariage avec Ma-
homet, les ffmères des croyants?' comptent cf([n(<lqiie 3o ansi ou a 35 ans?i ;
ainsi Onnn llaiiilia, Omm Salama , Zainali liint Galis', etc.; Ibn Sa'd, Tahaq.,
Vlll, 70, 10; 81, 9. Onaïul ils se marient, le Prophète et son père 'Alulallali
aillaient en tons deux 95 ans. Pour les chiffres 60 et 70 dans la Tradition,
cf. Haiiiaoî, .l<l(ih (nis. R. kliéd.), 1", et Goi.DZiiiKn, lÀIrraliiriri-schirlilc dfr Si'a,
p. 9. Pour les (>.") ans d(> 'Aisa, cf. BAi.Ànoiii, Ausàh, 985, 971.
<'') .l'adopte la correction di' r/'ililciir MiUworli, lus Sa'd, Tahaq.. I',
197.
218 MARS-AVRIL 191 I.
pour la vie de Maliomet, non seulement sont des autorités
suspectes, mais ils l'ont seulement connu à la fin de sa car-
rière : c'est le cas de 'Aisa et d'IBn 'Abbâs'^^ Lies témoins de
sa première prédication ont généralement évité de s'expliquer
catégoriquement; ou Lien ils s'en sont tirés en jouant sur la
double signification de kabîr : f^Qui de toi ou du Prophète,
demanda-t-on à son gendre 'Otman, était le plus âgé?» Il
répondit : «Le Prophète était plus grand, mais j'étais plus
ancien de naissance '-'. » Cette réplique a dû paraître fort
spirituelle, puisqu'on en a abusé. Au même 'Olmân la Tradi-
tion la fait adresser par unSahâbî'^*, nommé Qabât ibn Asiam
des Banoû 'Amrou ibn Lait et plus tard, toujours par Qabât,
au calife 'Abdalmalik ■''. D'où obhgation pour nous ou de rajeunir
Mahomet ou de vieillir Qabât au delà des hmites de la vie
humaine. Même en plaçant cette conversation la première
année du califat de 'Abdalmalik , Qabât aurait dû compter
1 1 0 ans. Mais du poète Nàbiga Ga'di n'a-t-on pas fait le com-
temporain du grand Nâbiga et de Ahlal f^' !
Dans toute la Sira une seule donnée paraît acceptable :
les dix années écoulées entre l'hégire et la mort de Mahomet.
''' Cf. Qoran et Tradition, p. 9. Ibn 'Abbâs serait né 3 ans avant Thégirc
et en aurait compte i3 à la mort de Mahomet; Ibn 'Abdalbabr, htidh (ms. B.
khéd.), I, 8". On a fait l'impossible pour avancer la naissance de ce père de la
Tradition écrite.
(^) ^!iU-ll i *-'-* r*-^' ^' } (s*^ j^^' cs^' • Cl". .x^lyUl ^U» (ms. Berlin),
ija". Réponse, prêtée, avec des variantes, à plusieurs Saliàbis. Le hadit vit de
certains clichés. Des Tàbi'îs ont affecté de les reprendre à leur compte :
:iULc L.5i ^ Lilu/ i>.5l Ljl; luN Sa'd, Jabaq., VI, 65, la; i3o, 20, On a lait
naître "Otmàn l'an 6 de l'Eléphant; Maqdisî, Ansdb al-Qorasiyn (ms. 'As'ir
eff.). Serait-ce une nouvelle preuve que Mahomet est né après cette date ?
(^' De plusieurs années l'aîné du Prophète, puisqu'il avait vu la fiente de
l'Eléphant. Voir plus haut. Cf. Tab. , Annales, 1, 967, 1, etc.
('"' Osd,lY, 189-190; Tab., Annales, I, 967, 17; 'Iqd-, I, 278.
(^' Tab., III, 2897; cf. notre Chantre des Omiades, 175.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 219
Encore, d'après une opinion mentionnée par Maqrîzî ^^^
faudrait-il réduire ces années à huit, ou compter i3 ans, con-
formément à une autre opinion , signalée plus haut ^-l
Le Prophète serait mort à Médine, le i3 de Rabf f , an
11 de l'hégire = 8 juin 682^^^. Cela fixerait son arrivée en
cette ville vers 622 de notre ère: 622, 682, deux dates mé-
ritant d'inspirer une confiance, d'ailleurs relative. Quant à la
période antérieure , celle de la Mecque , elle demeure enve-
loppée des plus épaisses ténèbres. Pour les dissiper on a fré-
quemment eu recours au vers d'un certain Sirma au sujet de
Mahomet f*' :
«Il séjourna parmi Qorais, prêchant penàani quelque dix ans,
essayant de trouver un croyant, un compagnon.»
On pourrait écrire l'histoire exégétique de cette décon-
certante expression : kk^ ïj-jiKS. ^j>^. Ce serait sans doute
lui faire trop d'honneur. Les exemples, cités plus haut'''\
permettent de deviner l'élasticité du vocable ^j^. Cela veut
dire, en style de la Sira : plus d'un et moins de dix ''^'K Sirma
y a-t-il voulu renfermer un autre sens ? Supposition bien in-
vraisemblable, lorsqu'il est question de chiffres chez un poète
arabe. A cette époque et dans le même milieu ne voit-on pas
Hassan ibn Tâbit mettre un nom propre pour un autre,
s'adaptant moins bien au mètre prosodique'"''? Mais dans la
pénurie de renseignements sérieux , la curiosité des biographes
(') Imtn', T (ins. Knpruki, Constantinople ). Voici comment d'après cotte
opinion on rèf[ie la chronologie de la Si'ra : le .i<Ji-^^ à i5 ans-(- 10 ans à
la Mecque, enfin 8 ans à Médine.
(*' BalIdobi, Aiim/i (ms. Paris), 68-69.
(•^' Cf. WCsTENKKLD, Vergleichungs-Tabellen.
(*' L HisÂM, Sira, 35o; Tab., Annales, 1, 1347; AzraoI (éd. WiIstenfeli»),
377.
(•■' D'autres suivront plus bas.
<"' (îf. notre Qoran el Tradition, p. 9-10.
(■) WÂQiDi (Wellii.), 33i; Ibn ^Kn,'Tnhaq., Il', 59, a-f).
220 MARS-AVRIL 1911.
s'est emparée du vers de Sirma '^^ pour l'adapter chacun à son
système chronologique '^*.
Une tradition , attribuée à Ibn 'Abbâs''', parle de k t 5 ans et
plus, comme de la durée de la révélation, reçue à la Mecque».
Une autre'** réduit cette période à 8 ans'^^ Avec raison, sans
doute, la Sîra distingue entre les débuts de cette révélation et
ceux de la prédication publique. La poésie de Sirma néglige
cette distinction.
Pour toute la période mecquoise, impossible de ne pas re-
lever l'inconsistance des chiffres. Seule la durée de la carrière
médinoise paraissait suffisamment connue : lo à ii ans, ou
«quelque lo ansr, comme on l'a peut-être évaluée ''''. D'après
le système du parallélisme arithmétique*^* on l'a, sans hésiter,
appliquée à la période antérieure. Le poète ansârien — s'il a
jamais existé — n'a probablement pas connu d'autre rensei-
C Comme nos sources en conviennent en ajoutant après J'autoritc princi-
pale : ok^i I j^^ .n^aju»!^ .
(-) Ibn al-Atîr , Kàmil , II , Zii , se prononce pour 1 3 , Ibn 'AbLâs pour 1 5 ans ,
Tab. , Annales, I, 12/18. On a suivi le même jirocédé pour les autres faitï^ de
la Sîra (sur le sens et l'emploi de ^-^, cf. Tab., Tafsîr, Xll, lai). Comparer
Ibn Sa'd, Tahaq., II', 71, 19 «quelque dix jours», mais on ajoute j^.yi.fi Jl-M?
à Hodaibiya «quelque i,ooo", quand le minimum des participants était de
1,/ioo; Ibn Sa'd, TaOaq., 11, 71-78, 76, 1. Maliomet a choisi celle expression
élastique dans la seule prophétie risquée par lui, Qoran, 30, i-3. Le sièjje
de Haibar avait duré «quelque dix jours» , QoTAiBA, Madrif, 53, c'est-à-dire
un mois, comme on dit généralement. A Qobà Mahomet séjourne «quelque
dix jours», comprenez plus de i5 jours, et certains iiadil eu conviennent,
mais la Tradition cherche à cacher cet arrêt; SaJ'wal as-Sa/wa (ms. B. khéd.),
I, ^19''. Comparer Ibn Sa'd, Jabaq., Il' 91, 1; 11^, 93, nouveaux exemples
de cotte formule, surtout Mas'oûdî, Tanbih, 287.
(■'' Ibn Sa'd, Tabaq., 1', i5t, 18, etc.; 'Fab., Annales, 1, laiS.
(") Ibn Sa'd, Tabaq., 1', iSa, 23-a5.
(^' Donc presque de moitié.
('■' Comme avait fait Sirma pour la période mocquoise.
('' Encore un exemple : 'Ali avait (piatre frères, tous séparés par dix an«
d'intervalle s^l i Ij^^xj^^, ajoute le o^jL-il «.^U». dTr.v Katîr, vol. 111.
ms. R. khéd.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 221
gnemenl'^'. Les mohaddit s'en sont autorisés^-'. Selon leur façon
plus ou moins large d'interpréter ^^^ les «quelque lo answ, ils
ont obtenu, au moyen de l'addition des lo ou i i années de
Médine, les chiffres de 20 , de aS , ou de 25 ans. Cela con-
duisait jusqu'à la vocation de Mahomet. Restait à trouver
ho ans. Dans leur détresse, les traditionnalistes se sont aidés
d'une expression du Qoran (10, i-y), adressée par Mahomet
auxQoraisites dans une sourate mecquoise^^'. t^ Auparavant j'ai
séjourné parmi vous l'espace d'un ''omor, fJi'^^Kn Dans l'inté-
rêt de leur calcul ils ont décidé : a. la particule auparavant
comprend l'espace compris entre la naissance et la vocation de
Mahomet; b. le terme Wor correspond exactement à ko ans.
Ils arrivaient de la sorte à parfaire le total de 6 0-6 5 ans,
selon l'interprétation particulière donnée au vers de Sirma^''^
Comment ne pas sentir la faiblesse de toute cette argumen-
tation? Si le verset qoranique offre un sens, ce doit être le
suivant : «J'ai longtemps séjourné parmi vous.»
Ce terme de yé, avec on sans l'article, revient fréquemment
dans le Qoran, toujours avec la signification de vie, d'existence
ou de génération humaines ^^', c'est-à-dire une période indéter-
minée, comme la comprenaient les Arabes d'alors, et ceux
C' Voir les calculs irijfénieux de Grimme, op. cit., I, h"], n. 9.
(^' «Ils ont compté, dit lejt Gauzî [Sajwal a.y-SaJ'wa , I, ^0""''), 10, i.S
ou 1 5 ans. n Lui-même se décide pour 1 3 ans : 3 ans de prédication privée et
10 ans do iiiinistôrc pul)lic.
'■'*' Cf. Qoran cl Tradilion, loc. cit. Ibn 'AiiDAi.cvnR, hli'db{m^.B. Kliéd.). 8",
donno /i8 ans à iMaliomet vers l'époque du cioi.^. D'après cette opinion, il au-
rait dû mourir septuagénaire.
('■' Entiéremont m(H'(pioise; cf. Noldeke-Scuwally, op. cit., i58.
t^' Cf. Tau., Tafsîr, XI, Oo-Gi.
(") Ou Sonna, on trouve les deux vocalisations dans les manuscrits. Cf. Li-
sàiial-Arah, XV, s. v. ^ya, a;'.7-a3i. Pour le cliill'ro '10 clicz les Séniilet»,
cf. NoLi)i:Ki;-S(:iivvAt,LV, op. cit., p. G8. La conversion de 'Omar portii à '10 le
cliilfro des nuisulmniis; Unsai-y al-'Asuia (ms. lîerlin), 8''.
i') Qoran, 10, 72; 2Ï, /i5; 22, 5; 26, 17; 27, /.5; 28, /jô; 35, 1 a.
222 MARS-ÂVniL 1911.
d'aujourd'hui, médiocrement partisans du calciii par années.
Celles-ci les intéressaient moins cpie les saisons, ces divisions
naturelles de l'année civile ou astronomique. Decctte dernière
ils avaient pratiquement perdu le souvenir, et pour eux le
terme kx^ était devenu synonyme de disette et d'épreuve ^^^
Le Qoran mentionne fréquemment les années. Il les dit dé-
terminées par la marche du soleil et de la lune*^'. Mais en de-
hors de cette indication, il préfère laisser à cette mesure du
temps une valeur indéterminée. A la Bihle il aime à emprunter
l'expression de 1,000 ans'"', plus rarement 100 ans'^', pour
désigner une période indéfinie. A la même source il a em-
prunté les ko années passées par les Israéhtes au désert^^'.
Ailleurs, il place au bout du même laps de temps le plein dé-
veloppement moral de l'homme, quand en son âme s'éveillent
le sentiment de sa responsabilité et les besoins religieux'^'. La
Tradition a pu penser à ce verset, lorsque, pour préciser
l'époque d'un pareil phénomène chez le Prophète, elle a assi-
gné cette valeur numérique au vocable '^omor. Toutes les hypo-
thèses sont permises dans ce chef-d'œuvre de subtilité qu'est
le hadit*'". Ajoutez les 7 années d'abondance et de disette en
('' Ag., XIX, 5, bas; Bohtorî, Hamâsa, n" h'i^. Voir les dictionnaires;
comp. le liadit : «Envoie à Modar des années [de diseUe], comme les années
de Joseph", les'<epl années maigres; Ibn S\'d, Tabaq., II\ 87, 28; cf les Sahîh,
l'expression y^xÀ*~w«, éprouvés : cj,>s4I ^> a>l^! ^ y^xJ.*»4l ; Ibn (iauzî , iSa/frvti
as-Safwa, I, /17'', ig". Cf. âjJs^s: iU*-; sig., XI, 83; Dârimî, Mosnad (éd. li-
ihogr.), p. 262. On trouve JU-«, -Le et simplement -Le; Labîd, Mo'alUuia,
vers 88; Tab., Annales, III, 2895, 10. Dans le Qoran, il est malaisé de déter-
miner la synonymie de |.Lfi et de iiUk,, cf. 2, 261; 9, 127; 12, ^9, etc.
!2) Qnran, 10, 5; 17, i3.
(3) Qoran, 2, 90; 22, 46; 29, i3; 32, 4; 70, /i.
C) Qoran, 2, 261.
('•) Qoran, 5, ai.
e*) Qoran, A6, li. Comp. Ibn Sa'd. Tnhaq., VI, 70, 26, mettant à ho ans
tria perfection de la jeunesse" ^L^-<i o^.«LSj.
'"' Cf. Qoran et Tradition, p. 10. Pour IVmploi des mois et dos années
dans le Qoran, cf. Opitz, Dip Mi'dizin ini Koran , p. 16-17.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 223
Efjypte (12, ^7), celles passée spar les sept Dormants dans leur
caverne, où il lui arrive d'hésiter entre les chiffres de io3 et
112 ans'''. Noé demeura R 1,000 ans moins 5o ans» à évan-
géliser ses contemporains (29, i3).
En dehors de ces cas, Mahomet, comme il a toujours évité
dans ses révélations de prononcer des noms propres, se refuse
à fournir des chiffres; les expressions vagues «d'années,
quelques années » suffisent a cet esprit peu précis. C'est la du-
rée, assignée par lui, au séjour de Joseph en prison, à celui
de Moïse au pays de Madian et en Egypte'^*. Le nombre des
mois, déclare-t- il , est de douze '^', — • cette remarque a pour
hut d'exclure le 7iâsi ou mois intercalaire [Qoran, 9, 87)
mais il n'ajoute nulle part que ce total constitue une année''*'.
Pourquoi l'aurait-il fait? Les Arabes ont sans doute observé
les mesures du temps qu'on appelle les jours, les mois et les
années. A leurs yeux, ces dernières ont surtout conservé une
valeur théorique. Elles leur rappellent des périodes'^' de mal-
heur ou le retour de l'époque du pèlerinage annuel. De là,
dans leurs anciens poètes, le fréquent emploi de Ipggn, au lieu
d'année, un vocable évité par ces derniers.
En revanche ils insistent sur l'opposition du jour et de la
nuit, ils aiment à marquer leur constante alternative, la suc-
cession régulière et ininterrompue des saisons. Seules, elles
ont une signilication pratique pour ces esprits réalistes, dans
l'existence de ce peuple de pasteurs et de caravaniers, perpé-
tuels nomades devant Allah : «ils calculent d'après le cours des
astres un temps abstrait, stagnant, dont le mouvement ne dé-
C Qoran, 18, 10, a^i.
(■-) Qomii, 20, /J9; '16, 17; ;U», ;5.
'•^' Qoran, 9, 36; /tig^^a — année; ibid., 28, 97.
('"' Il insinue cette conclusion, Qoran, 9, 37. Ibn Sa'd, Tabaii.. 11', i33, '10,
la lui fait énoncer, (jf. Snouck, Hcl Mekl,aannclie Frcxl, GG.
^^' (jonip. jCà-~w'I JU3 j-UJI ioLoI L»[^ y^; Aboù 'Ohiid, Ganh al-liadù
( ms. kuprnin), :!27 ''.
224 MARS-AVRIL ,1911.
place rien sur cette terre immobile 5? (V" de Vogué). Pour ces
hommes en contact permanent avec l'immuable désert, le ca-
lendrier perd de sa valeur; s'ils s'intéressent aux météores cé-
lestes, c'est en vue de leurs déplacements, de leur propre sub-
sistance et de celle de leurs troupeaux. Ces préoccupations
leur rendent indifférente l'évaluation exacte du temps; ce der-
nier ne représentant pas à leurs yeux de la monnaie, ils ne
s'inquiètent pas de partir on d'arriver avec plusieurs jours de
retard. Un seul retard leur paraissait sensible : celui du rabi\
d'où dépendait leur existence'".
Pour s'en convaincre il suffit d'ouvrir le Qorau. De nom-
breux passages attestent une observation fervente, mais naïve
de la nature. En énumérant les signes (iot ) de la puissance
divine, il revient avec complaisance sur la succession du jour
et de la nuit, sur le soleil et la lune, obligés par Allah de
fournir leur course et de marquer ainsi la distinction du
temps'-', ou comme il s'exprime, d'apprendre aux hommes «le
nombre des années elle calcul''^'» chronologique. Le Prophète
ne peut assez s'extasier devant cet ordre providentiel, «effa-
çant le signe de la nuit pour le remplacer par le signe éclatant
du jour, pendant lequel les fidèles doivent'^' s'assurer (les ef-
fets de) la munificence de leur Seigneur 15 (17, i3). Comme
tous les esprits d'une médiocre fécondité littéraire'^', il tourne
et retourne ce thème, il montre Dieu ce repliant le jour sur
la nuit, et la nuit sur le jour 55 (39, 7), forçant le soleil et la
(') Cf. noire mémoire sur la Bâdia et la liira, dans Mélanges de la Faculté
orientale de Beynnith, IV, 91-112.
W Qoran, 6, i3, 96-97; 36, 87-/10; M, 87; 55, 6-8.
W Qoran, 10, 6; 17, i3.
(^' C'est-à-dire travailler ponr assurer leur existence. Cf. saint Jean, ix, !i;
D. NiELSEN, Die altarabische Mondreliijion, 83 et suiv.
(^) Quand il pense avoir trouvé une tournure heureuse, il la ressert à sa-
tiété. D'après Hirschfeld, New Researches inlo ihe Exegesis of the Qoran, (iO,
72 , cette insistance sur les caLl «sijjnes, miracles pliysicfues'i, voudrait piouver
rinulilité des autres miracles pour établir sa mission.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 225
lune à faire leur service'^'. Il jure par ces météores, comme il
jurerait par le Créateur ^^l^ IJ est loin de montrer le même in-
térêt aux mois, aux années, divisions artificielles, unités chro-
nologiques, ayant produit sur son intelligence une impression
trop superficielle pour y avoir marqué.
Les anciens poètes '^* arabes ont éprouvé exactement les
mêmes sentiments, exprimé la même admiration devant le
double phénomène nocturne et diurne, toujours ancien, tou-
jours nouveau yljoCsJ^ "'• ^^ur leur passé, les bardes du désert
aiment à jeter un regard mélancolique. Ce passé, ils ne se le
figurent jamais comme une théorie d'années. Cette abstrac-
tion ne disant rien à leur imagination positive, ils nous parlent
de la succession des jours et des nuits; elle a emporté leur
jeunesse, dévoré leur vigueur'^'. Ils s'en consolent d'ailleurs.
Jadis le jour et la nuit n'ont-ils pas triomphé du sage Loq-
mân? Doû'l Isba', un des plus anciens de ces poètes, le dé-
clare sans ambage : l'homme succombe sous l'assaut combiné
du jour et de la nuit''''. Toute notre existence mortelle ici-bas
se réduit à deux jours, moins encore, à un jour et une nuit!
Ces deux ennemis, sans jamais vieillir, voient tout vieillir,
tout périr autour d'eux'"'. Ils ont terrassé les peuples de 'Ad
et de Tamoûd, Himiar, les Tobba' et Odaina, le puissant sei-
gneur de Palmyre; conire leurs attaques, le héros demeure
désarmé, les plus puissantes forteresses ne peuvent tenir. Ne
possèdent-ils pas la clef de toutes les serrures ''^^ ?
(') Qoran, 39, 'y; 45, 3-5; 57, 6 el passim.
W Qoran, 7/i, 36-38; 8A, 16-iH; 89, 1-6 clpassim.
(^' Sur certains, posU'rieurs à Tislain, on peut admettre linlluoncc du
Qnran. A partir des Marwànidcs, cette inlluonce {îajjno de plus on plus et di-
minue d'autant leur valeur sous le rapport historique et sociaL
''"' HoiiTouî, llainàsa [C'A. Chciklio), n°' 6in, /la'i, '127, ^99.
(^) HoMïoiu', ihid., n'" /ii3, ^ii5, /iiG, /118.
("' RoiiTouî, Ihtd., n°' /117, 'jao.
<'' IJoHTonî, ifiiiL, n"' ^laa, /ia3, '»:îA, 'i3(i.
"' HoMToni, lltoiuisii, n" /|'j5, /ia8.
XVII. i5
iMrHmriiit x(Ti(i:\ti.a
226 MARS-AVRIL 1911.
Il semble donc difFicile de le nier : le calcul par années ne
fut pas familier aux anciens Arabes; de la division du temps,
ils ont surtout retenu la plus petite. Pour eux k mesure chro-
nologique usuelle demeure le jour '^*. En dehors de ce dernier
point de repère, la durée apparaît comme le désert, une
étendue sans bornes, sans interruption, que le regard de leur
intelligence ne se préoccupe pas de sonder. Pourquoi leurs
poètes n'ont-ils toujours gardé la même réserve? La valeur des
années leur échappe totalement. Voilà pourquoi ils affirment
orerolundo avoir vécu des centaines d'années'-' : 3oo, /loo ans
ont passé sur leur tête et ils attendent toujours *^^', plus vieux
qu'Alexandre le Grand, fatigués de se teindre la barbe '''* ! Par
bonheur ils avouent en même temps y voir double'^'. Quand
il s'agit de la notion du temps, c'est quintuple qu'il aurait fallu
dire !
Rien ne nous autorise donc à tabler sur le verset qora-
nique (10, 17) : '^07nor peut signifier 20, 26, comme 35 ou
ho années, ou plus simplement une période d'une longueur
indéterminée. Mais à l'époque où la rédaction de la Sîra com-
mença à se fixer, on sentit le besoin de solutions nettes. Le
contact avec les «possesseurs de l'écriture 55 avait révélé partout
l'existence d'une chronologie ferme. On ne voulut pas rester en
(') Hamâsa, n"' hih, h'xh^ mentionne pourtant les mois et les années J»^^,
-le, mais sous leur dénomination la plus vague; le n° Aaa contient SXm
mais avec l'addition ^U^ , donc dans le sens de disette. C'est moins une mesure
chronologique qu'une succession de saisons malheureuses, eu réalité une
année, où le rabf a fait défaut ! Comp. Tab. , III , 2895 ,10, âju< -Le , année de
disette.
(2) Hamâsa, n"" /160, /.61 , ^65, hCyS.
W ibid.,n'' 1068.
W Ibid., n" 981.
'*' Ibid., n°' 1 069-1 o6i. Manzoùr ibn Zabbàn , appelé Manzour, parce que
quatre ans on aurait attendu sa naissance, Ag., XI, 5/i, 10 d.l. De là les
théories des Arabes sur les longues gestations : ils calculaient mal les années !
Cf. QoTAiBA, Ma'drif, 198; Ibn Sa'd, Tabaq., VI, a 10; Gàhiz, Haiawdn, VII,
Ito.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 227
arrière. Ce besoin valut à J^l, un des synonymes de '^omor,
la signification de 60 ans. Après avoir composé l'hémistiche
^^joJit yx)^l iiSl^j'^', le poète Nâbiga al-Ga'dî a bénéficié de
180 ans. A un autre de ses confrères on a accordé 120 ans
pour avoir «usé trois turbans*'^^?. Toute cette exégèse lexico-
graphique possède la même valeur :j*c, J^Î,*xlS-, on revient
toujours aux chiffres parallèles de ho ou 60 ans. Cette insis-
tance sur les années contraste avec le procédé des anciennes
Smi, où l'on semble les ignorer^'", pour calculer de préférence
par mois. Pendant la période médinoise, au lieu de dater les
événements par la 2", 3% h" année de l'hégire, elles parlent
du 2 5", 27", 33", h']% 59^ mois depuis le înahgar de Ma-
homet (").
Ainsi une fois de plus nous surprenons la Tradition usant
de son procédé habituel : pour se former une opinion elle
interroge, non les souvenirs des contemporains, mais la poésie
et le Qoran. Vouloir confirmer par ces deux sources l'indica-
tion conventionnelle des 6 0/6 5 ans, c'est renverser la marche
du processus. C'est imiter les rédacteurs de la Srra. Dans leur
ignorance, ceux-ci se sont empressés de compulser le Livre
d'Allah et les recueils poétiques'^', sauf à se donner à l'aide de
C GoLDZiHER, ^>*il <->\s^, "^y , 11, avec les annotations de l'auteur; .1^.,
lV,i3o.
^^1 SiGiSTÂNÎ , ^jf-l' v^^i "î^) 8 , avec la remarque : jjyt^»-?)' J-^J^■ *^LlJ! ool5'
*iA«. Le turban était l'indice des grands saiijd, pour cola souvent qualifiés de
^-^. Cf. luN Sa'd, Tahaij., II', Gi , 9 ; laa , 1 1 : le Prophète confère la JUU
aux chefs dos grandes expéditions; cf. notre Califat de ïaitd, I, 319, etc.
<*' Pour l'importanre des mois chez les Arabes, cf. D. Nielsen, Die alt-
ara/)isrhe Mandi-ctininii, pt ho.
(''' Cf. IiiN Sa'd, Taliaij., Il', ai, aA, aT), /|3, 5(), etc. Coiiip. (Joran,
46, 1/1. A partir de l'an (5 i\t' Hn'giiv, la Sird reprend généralement le
calcul par annoc.
(^' Voir les textes cités plus bas. Pour les emprunts poétiques, comparer un
aveu dans Ibn Sa'd, /«/wr/., Il', f);), a-5, au sujot d'uue sariya; un vers de
Hassan ibn 'Pàbil l'a l'ail, mais à lor( , attribuer à Miiplàd.
228 MARS-AVRIL 1,911.
hadit, fabriqués ad hoc, l'air de puiser directement dans le
trésor du témoignage contemporain. En résumé, le vers de
Sirma, le verset du Qorcin (10, 17.), la période décennale de
Médine : avec ces trois éléments de très inégale valeur a été résolu
le problème de l'âge de Mahomet. On a pu procéder d'une
façon encore plus sommaire et sans renoncer au système des
nombres symétriques. La période prophétique a été impartia-
lement partagée en deux sections sensiblement égales. Puis
pour toute l'époque antérieure au mab'al, ou vocation, on
s'est décidé à doubler les 20 années obtenues par le pre-
mier calcul. Le résultat a donné 60, 63 ou G5, selon l'inter-
prétation plus ou moins hbérale du terme ^i, fourni par
Sirma Aboû Qais.
Que penser de la contribution poétique de Sirma? La pa-
ternité n'en est pas d'abord assurée. On en a également fait
honneur à Hassan ibn Tâbit. De l'aveu d'Ibn Hisâm '*', on
aurait dans la Qnsîda de Sirma, introduit des vers du Tagli-
biteAfiioûn, de son vrai nom, Soraim ibn iMa'sar; Soraim,
Sirma, la confusion est facile. L'existence de Sirma'-' n'est pas
mieux prouvée que l'authenticité de ses vers '^'.
Dans la Sîra, rien de suspect comme ces histoires de
('> Stra, p. 35o, d. i. 35i, 1. L'auteur cite quantité de vers apocryphes.
Il a parfois la loyauté d'ajouter alors une noie défavorable, comme lorsqu'il
introduit des modifications; comp. 46â, i63, 5i6, 5i8, 53o, etc. On
voit combien on s'est évertué pour faire concourir la poésie à la confection de
la Stra.
t^' Yâqoût, Mo'gam, III, 567, le connaît seulement comme çs^LsJi)! »-»yo .
A son occasion aurait été révélé le verset qoranique : «io Jl aXJ J^.! . Cf. les
yljiJl Jjy vW-^'î comme le n" 111 , ms. Noûrî 'Otmàni, p. i'' : on l'y ap-
pelle f^jta w^^!.
. W Comp. hliàh (ms. R. khéd.). 7'' : ^^ ( jJ^) ti-b ^^ c:^Loi)l »J^j6 Loj^
caLjljJI JXl !.Xiâ j t5^Lo_ji)l ù-jLMi jv£ (sK~=îî {^ 'f'^^-tr^ (jT uW**" • Ailleurs on
les cite sans isnâd. On \oil ici la source ansàrienno et comment l'antiquité de la
transmission ou de Yisiidd — à supposer son aullienlieitc — ne dépasse sans
doute pas Sofinn.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 229
lunûf, avec leurs apocryphes et fastidieux développements. Or
Sirma se trouve être un de ces vagues personnages, inventés
pour les besoins de la cause, destinés à servir de précurseurs
à Aboû'l Qàsim, et faire croire à l'existence d'un culte hanîfite,
affirmée par le Qoran. Ni son nom, ni sa konia, ni ceux de son
père ne sont fixés '^l Etait-il Ausite ou Hazragite ? Sirma repré-
sente-t-il un ou deux Médinois'-'? On l'ignore également. Qu'on
ait voulu le rattacher au clan médinois des Banoù Naggâr,
cela atteste surtout le dévouement bien connu de ces derniers
à la cause islamique. Son curriculiim vitœ n'est pas mieux
élucidé, à l'exception des généralités, mises sur le compte de
tous les hanîf'. On se décide communément à le faire
mourir la première année de l'hégire.
D'une façon plus ou moins consciente, on l'a confondu
(') t^^Liî_Ji)l ^^-fJi ^j-> iLj»yMs ^.-^ ^! ; Ibn 'Abdalharr, htUdb (ras. Noûri
'Otmàni, Conslanlinople) :;l.s^Ji jjJ <50s.c (^ ^^t j-Jl ^1 ^^, SUyo j^j-?!;
T.VB., I, I2/I7 : j-^jj| ^-^1 (^\ ^^ iUyo ou j-Jl ^I *-«yo ; SlBT IBN G.Vl'ZI ,
Mir'al, H, 193', 19.3'' (ms. Kuprulu) du ^J~i j^ j— Jl ^1 ^^ iitya j^ ^\
t5>^ jjj dJL» j^ *^jo, on ajoute ^--o Lj! (^Sj, MaodisI, Ansdb al-Aiisàr
(ras. 'Omoùmiyà) ou ii»y^ ^\ (Ag., VUI, io5) tout court.
(-) Cf. Osd,, ni, 17-19; /s/r«i, aux endroits cités. On cite une doublure de
Sorma : ^1^?^-" (^^ ^j* J.j J^j <^^)^^ ï^yo ^j! . Puis on énnmère toutes les
variantes possililes de ce namh , où revient constamment la konia -*^ ^! .
Enfin une note marginale déclare que ce doit être le même que le premier
Sorma , parce que ce nom ne se rencontre pas parmi les Ranoù Màzin; htibsùr,
ms. cité.
'■^' SiBT IBN (iAuzi, MAijDisi , loc. cU. Simia est le pendant m^inois du
lianîf mecquois, Zaid ibn 'Amrou ibn Nofail , après lequel on le cite volon-
tiers. Cf. SiBT IBN Gauzî, loc. cit., Hizàiml al-Adah, H, bl^'^-^^lt^r, Ajf., Mil.
io5; Tab., Annales, I, 1 9/17-t 2.'i8 ; !yr\s'oi"jni , Prairies, IV, i4i. MA(.inisi,
Ansdh, loc. cit., donne de lui d'autres vers lianif, à allure très apocryphe.
Aroû Dabb, Sarli as-Si'ra (ms. Heriin); le ms, n" 8^9, Tan'lj , \\. klièd. :
^'-iajill cjLcJl ^ ^Li^JCu/M! . VIsii'dli, ms. cité, notice de Sorma, !<• dit fils
d'Aboù Anas : u>-^Jwc ^^i L-! /ÂC) .... JJL« , ._< H».,^ , ._> ^^ï ^A ,_jl iwJI
AJ^ ij> S^yo «.^.jiÀ*-? JU Lfj 5 *i:-JO x^wli. Le volumi> 111 donne une notice
d'Alïoù ()ais. I)'ii[)rès (Jatàda, il scrail iU y^a ^v.' JJL« .^ï^'l: c'est d'uillour
même personnnjje, les détails fomnis èl.mt idi-nliqucs.
s l.>
230 MARS-AVRIL 1911.
avec d'autres lianîf médinois, comme Aboù Qais ibn al-Aslat,
tout aussi mythiques'^' et également auteurs de vers consacrés
à Mahomet. La Tradition trahit ici sa dépendarlce à l'endroit
de la poésie. Quand celle-ci fait défaut, elle n'hésite pas à la
fabriquer^'-'. La Sîrà d'Ibn Hisâm fourmille de ces morceaux
apocryphes. S'il fallait dans une proportion décroissante for-
muler l'importance des éléments constitutifs de la Vie oj/iclclic
do Mahomet, je l'énoncerais dans l'ordre suivant : le Qoran,
la poésie, la tradition orale. On peut faire une exception pour
la période médinoise où la Tradition prime la poésie. Quoi
qu'il en soit, les critiques musulmans se sont estimés heureux
de citer les précieux smvâhid de Sirma et d'en tirer des
déductions chronologiques. Cette préoccupation les a empêchés
d'y reconnaître une satire déguisée '^^, d'origine ansàrienne,
destinée à flétrir l'incrédulité des rivaux qoraisites'*'. Certains
auteurs de traditions avouent sans détour l'emprunt poétique.
On discutait sur la durée écoulée depuis la révélation jusqu'à
l'hégire; Ibn 'Abbâs se prononça pour une période de i3 ans.
Mais, lui objectait-on, 'Orwa ibn Zobair compte seulement
«dix ans 55. — «C'est vrai, fit Ibn 'Abbâs; il s'est inspiré de
l'opinion du poète^^'.» Impossible de convenir mieux combien
(') On en fait (les ^jj^yjj» , nouvelle circonstance suspecte, Ibn Hagab, hdbai
II, Û86-/487; Osd, III, 17-18; ils sont au nombre des «orakolnden Su'arà''^;
GoLDZiuER, Afjhandhingen , II, p. xiv, n. li.
('^) Ibn Sa'd, Tabaq., IV'-, 9-1-90; Wellhadsen, Shizzen, IV, 16; Goldziher,
[hkamlluiigmi , loc. cit., et dans la revue Dcr Islam, II. io3.
(^) Goldziher, M. S., I, 9G. Scuwallv, op. cit., p. tJS, admet l'authenticité
des vers de Sirma. Hassan ibn Tàbit se vante de répondre aux satires de
Qorai.s. Voir son divan (ms. B.khéd., n° 39), V qasîda. L'apocryphe de Sirma
trahit par la facture des vers une époque postérieure aux Omaiyadcs. Cf.
Hassan ibn Tàbit (éd. Hirchfeld), xix, xxn, xxv, lxxix, 11.
(*' Voir le même thème dans Hassan ibn Tàbit, x, Inc. cit.. Lo faussaire a pu
s'en inspirer, Tab. , III, 9610, 26i3-a'ii/i. Le divan, allrii)ué h Sirma,
célèbre les gloires des Ansàrs, Ag., Vlll, 10.^1.
(^) -^LsJI Jy» ^jA sovi.! Lc!> Ibn 'Abdaibarr, Isli^dli, ms. cité.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 231
dans ses calculs chronologiques la Sira dépend de Sirma, sans
en excepter Ihn 'Abbâs'^'.
A notre avis, un préjugé a énormément contribué à fausser
ce calcul et celui de l'orientalisme , engagé à la suite de la Tra-
dition. On a sans motifs allongé d'une dizaine d'années environ
l'existence du Prophète.
Quand l'homme a dépassé la cinquantaine, il lui manque
généralement les illusions ou l'énergie nécessaires pour se
créer une nouvelle existence. L'exode de la Mecque comportait
cette dernière détermination. Cette considération n'a pas em-
barrassé la Tradition , et bravement elle date la hi^rn de la
53/56* année du Prophète. L'étude de la Sira laisse plutôt
l'impression contraire. A sa mort, Mahomet se trouvait
dans la force de l'âge et il fut surpris par cet événement '^^,
d'ailleurs précipité par ses excès.
On se sent confirmé dans cette conviction , quand on exa-
mine la longévité attribuée à certains contemporains et aînés
du Prophète. Parmi eux , le nombre aurait été grand de
ceux qui lui survécurent au point de faire admettre la fréquence
des centenaires ou des quasi-centenaires au Higàz. La Tradi-
tion, on l'a déjà vu, ne s'effraie pas de cette conclusion. A
l'instar de la Bible elle a voulu posséder ses Patriarches pré-
islamiques. L'imagination arabe et la jactance des poètes anciens
lui ont fourni les matériaux de ces légendes. Elles alimentent
C Moslim (cf. ScHVVAM.Y, op. cit., 69) blànie également ceux qui préfèrent
le vers do Sirma à la tradition. On voit l'influence qu'il a exercée. Un liadil
montre Ibn 'Abbàs fréquentant Sirma pour apprendre les vers : wll séjourna
parmi Qorais'.n Cf. ^ij^ji)! c_.L«Jt ^ ^io..,y-ti.^l , ms. B. khcd.. p. a. C'est un
anachronisme : à la mort de Sirma, Ibn 'Abltàs était encore on nourrice. Il
vint seulement à Médine après \o falk, c'est-à-dire sept ans après la mort de
Sirma. 11 est curieux de constater comment tout aboutit à lui. Sous lo ralifo"
Mahdî, circulait un divan, attribué à Sirma, cf. A]r., Mil. ino.
^^' On ne le voit régler aucuno des j;raves questions on suspens, sa suc-
cession, etc. Cf. noire Triiiiuvlral , dans M.F.O., IV, 1 i3 et suiv.
232 MARS-AVRIL 1911.
la littérature spéciale des Moammaroim, à laquelle l'apologé-
tique musulmane porte un intérêt très marqué'^'. Sans ouvrir
ici un débat sur ce sujet, nous devons examiner jusqu'à quel
point l'extraordinaire longévité des Compagnons cadre avec
l'hypothèse d'un Prophète, mort sexagénaire, comme l'affirme
l'opinion courante.
Par contre on a singulièrement rapproché sa naissance et
celle de ses oncles^-' : Hamza, présenté comme son frère de
lait; 'Abbâs, destiné à lui survivre longtemps. Pour diminuer
entre les deux l'écart d'âge , la Tradition s'est décidée à faire
naître 'Abbâs trois ans seulement avant son neveu '^'. Les com-
binaisons subtiles abondent dans ce chef-d'œuvre d'ingénio-
sité qu'on appelle la Sîni^'^K On n'a jamais le droit d'y sup-
poser la recherche désintéressée, même quand on se voit
hors d'état d'assigner le pourquoi de certaines assertions,
comme les i/io ans libéralement accordés à 'Abdalmottalib '^^
La Tradition n'a jamais travaillé au hasard, mais toujours en
vue d'une thèse déterminée. C'est une tâche, réservée à la cri-
tique, de découvrir graduellement ces thèses ou tendances
particulières.
Par quelle série de calculs on est arrivé à prolonger jusqu'à
la soixantaine la carrière de Mahomet, nous le savons maintenant.
Celte conclusion, érigée en dogme historique, est le fons ma-
lorum omnium, elle a engendré la plus effroyable confusion
chronologique. D'autre part, pour les besoins de la cause, la
Sh-n s'est décidée à avancer la naissance de nombreux Com-
'') Cf. l'introduction de Goldziher à son édition du Kitdb al-Mo'ammarîn.
t-' Ainsi Abon Tàlih serait mort à l'âge do '\H ans; Mas'oi'oî, Prairies, iV,
/|G; cf. Wkixuausen, Shizz^eit, IV, 27.
W WÀQiDÎ ( Wellh.). 54: Ibn Sa'd. Tnha,i., IV, p. i!:Tap,., IH, 2.3 1 1 ajoute
finement : J^ U^».
''■' Cf. notre Qoran et Tradition, p. 10.
(*) Faivoûmî, AhOàr (ms. "Asir efl". ), p. 3'. Dans son Tanlnli , a3a , Mas'oiidî
accorde à Almri Tàlili frquelfpio .Su ans?). Cf. IslCàli(m^. cil/'), p. 8".
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 233
pagnons. Leur témoignage était indispensable pour attester la
réalité de faits merveilleux. Comme, par ailleurs, ces person-
nages ont longuement survécu au Maître , on voit d'où provient
le nombre considérable de nonagénaires et de centenaires
dans les annales primitives de l'islam. Une erreur historique
ne peut aller seule. La Sîra n'a pas vu, ou a refusé de voir,
cette complication.
Parmi ces témoins ainsi vieillis nommons : 'Ammâr ibn
Yâsir, né la même année-^^' que le Prophète; Solaimân ibn
Sorad, le chef des pénitents ou (j_^|^-», tué sous le califat de
Marwân I"'-^; Abou Sofiân, un des chefs incontestés de la Mecque,
lorsque le Réformateur commença à s'y produire, le véritable
saih de Qorais, non seulement par l'influence, mais par la
maturité des années. L'autorité était à ce prix dans les milieux
arabes, où l'on se défiait des saiyd jeunes. En mentionnant
Mahomet, Aboû Sofiân lui donne la qualification de neveu ('^,
une façon de parler, attestant une différence d'âge appréciable.
On s'accorde d'ailleurs à le faire naître l'an i o antérieurement
à l'Éléphant (').
D'après une tradition, citée plus haut, le futur calife 'Otman
aurait été, lui aussi, l'aîné d'Aboû'l Qasim. Une autre pourtant
C Ou môme auparavant, Tab. , HI. 3.317, 8.Arf|am,le propriétaire du dàr
(le ce nom, si célèbre dans les annales de l'islam primitif, mourut en 5.'! '55 H.
La date de naissance no se trouve nulle part indi(|uée, mais ce lut un dos plus
anciens musulmans; Ibn Sa'd, Tahaij., III', i^S-i^'i. Plus loin nous attirerons
l'attention sur la date nécroloffique 54-55 H. D'après Par. , III. 933S,
Arqam serait mort en 5'i; dans Vmde.r, l'éditeur de Goeje met la date 55.
'-' Yv'ooiBÎ, H, 19. Ilm Sorad, du vivant de Mahomet, comptait déjà
x-JLc ^, il meurt en»combaltant à la tête des y^l^ï, donc en pleine vijjuour.
Son titre de Saliàbî me paraît contestable; il le doit à sa ferveur .si'ito; Irn
Sa'd, Talinq., IV', 3o, 5; Ibn llAi'iAn, Isnlia, II, a53-:i54; il serait mort à
93 ans, d'après Mawawî, Tahdih, 3oa; (hd., Il, 35:>;'!'ab., III, 93.'?'i.
'^' Ya'ooi'bî, II, 57, 5, etc.
(*' MaorIzI, hnln\ III (ms. Kiiprulu). Toutes ces dates ont élé calculées
après canp (t furent ifirinrées des contemporains,
23/1 MARS-AVRIL 191 1.
ie fait naître l'an 6 de l'Eléphant '^^ Quoi qu'il faille en penser,
entre 'Otmân et son Leau-père il n'a pu exister une notable
disproportion d'âge : témoin l'extrême déférence de ce dernier
pour cet Omaiyade, deux fois son gendre. Hakim ibn Hizâm
était né treize ans avant l'Eléphant '-1 II faut en dire autant de
l'affranchie 0mm Aiman, si nous voulons lui maintenir son
titre de gouvernante, iijusU^, du petit Mahomet '^^. Les deux
banquiers qoraisites, Safwân ibn Omalya, Howaitib ibn
'Abdarozza, Qais ibn 'Asim^'*^, le célèbre saiyd de Tamîm (•''',
'Amrou, le futur conquérant de l'Egypte, le poète Hassan ibn
Tâbit étaient ou les aînés de Mahomet ou ses égaux d'âge, au
moment oii ils prirent contact avec l'islam. Or tous ces per-
sonnages — la naissance de certains serait antérieure de
i3 à i5 ans — s'il faut en croire les hadît, lui survécurent
de 20 à Zio ans; d'aucuns même, comme 'Adî ibn Hâtim, So-
laimân ibn Sorad et Qabât ibn Asiam, de 6o ans'''^
C MaqdisÎ, Ansàh al-Qurasiyn (ms. 'Asir ell. ).
"(■^) Ibn Sa'd, Tafmfj., VIII, lo.
(■■') Morte sous le califat de 'Otmân , Ibn S.v'i», Tabaq., VIII. iG'i; cï. notre
Mo' envia, 4i3, n. 7.
('■' Tab., III, 289/1, aSaS, 235i, 2/119. Hassan, Hakim, Howaitib, Mahrama
ibn NaufaI, etc., les centenaires célèbres de la S/ia, meurent Tan 54 H.;
cf. Tab., III, 9323-2837. D'où vient cette coïncidence? Les a-t-on fait mourir
alors parce que centenaires ou les a-t-on déclarés centenaires parce que morts
à cette date? Leurs notices dans Vhtî'âh (ms. cité) conviennent qu'on ignore
Tannée exacte, mais on incline toujours vers 5/i! Balâdorî , Ansâb, 59.
(^' Voir sa notice dans Ag., XIII, 1/19, etc.; ses longues guerres avant l'is-
lam, i5/i; on atteste de lui L<y^ ùi^, il fut saiyd avant et après l'islam, 1/19,
7 d. 1.: tout oblige à lui accorder l'âge mur lorsqu'il connut le Prophète.
("' Pour Qabàt ibn Asiam .voir plus haut. INc avant Mahomet, il repond à
une interrogation du calife 'Abdalmalik, Tab., Annales, I, 967. Au ^annoùk il
aurait commandé j^y^^JoJLsîJI ^^o^^l. Cf. Osd, IV, 189-190. 'Adi ibn Hàtim se-
rait mort l'an 68 H. Cf. Ibn Sa'd, Tahaq., V, i3; Tab., III, 2861. Au Yar-
moùk, conformément à la Tradition, il aurait dû compter 90 ans! Autre Sa-
Iiàbî mort à l'àge de ici ans, Tab., III, 2826, 11. Gàbir ibn 'Abdallah meuri
âgé de ijh ans. Il a été vieilli en vue des traditions, qu'on vo\dait lui faire at-
tester, comme Ibn Ga'far, le lils du 'Faiyâr, par les Si'ites, pour lui laisser le
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 235
De là pour la Tradition la nécessité de les vieillir. Ainsi
'Ammâr, AboùSofiân, 'Abbàs, 'Otmân seraient morts nonagé-
naires ''l Assertion en désaccord avec la vigueur déployée par
eux jusqu'à la fin de leur vie, par 'Abbâs à la journée de Ho-
nain, par Aboù Sofiân à la bataille du Yarmoûk, par 'Ammàr
ibn Yâsir, 'Adî ibn Hâtim, 'Amrou ibn al-'Asi à Siffin. Ce der-
nier aurait dû, à l'âge de plus de 96 ans, faire pour le compte de
MoYiwia la conquête de l'Egypte ^-K Voilà beaucoup d'impossi-
bilités. On les diminuerait considérablement en rajeunissant^^^
le Prophète, comme d'autres considérations nous y engagent.
Lorsque la quatrième année de l'hégire t'^, peut-être mémo
plus tard, Mahomet offrit sa main à 0mm Salama, cette veuve
prétexta son âge pour détourner cet honneur. Or la Maljzoû-
mite n'avait pas atteint la quarantaine ou plus exactement
K quelque 3o ans», selon la formule consacrée, Mahomet lui
répondit : «Je suis logé à la même enseignerai» En d'autres
termes, nous sommes sensiblement du même âge. Une foule
d'indices confirment cette interprétation. Ainsi sa faveur auprès
temps d'avoir personnellement connu le Fropliète; Tau., HI, 9889, 1.8;
2 34o, 1.
O MaqdisÎ, Ansâb al-Qorasiijn ('Asdr eff.); Ibn Gaczî, Talqih, ig*". 'Ammàr
ibn Ydsir anrait compté 98 ou 9A ans-, Nawavvî, Tahdîh, 48(5; Tabafj., III',
189.
(-' Comme voudrait Rayàsî, l'IdnL (Ms. B. kliéd.), 1, Uçf". Au ttHandatp
un dos plus vaillants guerriers ([oraisites aurait compte 90 ans; Iiin Sa'd. Ta-
lifuj., IP, ^9, ('). Safwôn iliu Oniaiya avait an moins IVigc du Propliôlo: il mourl
l'an h-^ II.; Maodisî, Ansn/i al-QiirmUjiii (nis. 'Asir éd.). llowailil» ibn 'Alxlal-
'ozz;"i se bat vaillamment à llonain (cl'. Iiin Sa'd, Tabaq. , 11', 97, '1), il aurait
été pourtant octogénarre; Tab., 9317-9818, 9857, 9861.
(^) De //««/(/«« 10 a/i.v , pour employer fexpression reçue.
C"' \Vàqii)Î (Wollli.), \r)9. La date ni l'ordre des mariages de Maliomel no
sont encore lixi's. Voir plus bas.
(*' IIanhal, Mositad, IV, 98, /i; V, i 90. Ailleurs on lui fait dire : tfJe suis
plus âgé que toi. n /A(V/.,V, 1 :i 1 ; Iiin Sa'd, Tabnq.,\\\\, (il, G3, 6'l , G7 ;
morle eu ^)\) 11., àgce de 84 ans; Iiin (jauzî, Montazam, Il ('A.s'ir elV.), 87".
236 MARS-AVRIL 1011.
de Mahomet contrebalance d'abord, celle de la sémillante
'Aisa(').
A sa mort, dit un hadit, Mahomet était corpulent et dans
toute la vigueur de la jeunesse <^*j^I^ J'^t^' JcilS^'-l Un an
auparavant le chef bédouin, Amir ibn at-Tofail l'appelait
rde jeune Ooraisite 55 (_r^ (^ ts^'^^- Quand il arriva à Médine,
nous apprend la Tradition, parmi tous ses sectateurs, le seul
vieillard était Aboû Bakr^*'. La jeunesse de Mahomet empêcha
alors les Ansârs de le distinguer de son compagnon. Lui-
même ne se jngeait pas autrement, A Médine, il se vit une
nuit transporté au Paradis; arrêté devant un palais réservé,
lui dit-on, à un jeune Qoraisite : «Ce doit être pour moi 55,
pensa le Prophète. Or, c'était l'éternelle demeure, préparée à
son fidèle 'Omar^''^
A la mort du Prophète, on ne compta pas plus de vingt poils
grisonnants, dans sa chevelure comme dans sa barbe '''l Sur
ce point tous les renseignements concordent. Quoique l'usage
C Situation en désaccord avec l'hypothèse d'un âge avancé.
î*^ On peut encore traduire : comme le plus jeune des hommes. 0mm Sala-
ma était une heaul('', nouvel indice en faveur de sa jeunesse; Ibn Sa'd, Taliaq. ,
VIII, 66, 17, etc.
(^) Ibn (iauzî, Wafa (ms. Leiden), 157'; 1. Hisâm, Sira, 987, 7 d. I. Cf. Ibn
Sa'd, Tahaq., VlII. 10, 1. iQ-aS; qualifié de oLi, plusieurs années après le
.ioî.^, de ^'ikà. à Médine ; voir plus bas.
(*' SiBT IBN (jAuzî, Mirai (Kuprula) : S:; ^<! ^^ laii! ajLsîsJI j ^-t^- Cf.
Maodisî, Ansâb al-Qoraéiyii : *Là-o ^ Jl^^j wil«^.-l M\ Jj..«,^ cjlaï=l ^^1 yO.
Ibn 'Aqîla, ».>Lji->JI y'>>.c ('Asir ell.) déclare Aboû Bakr beaucoup plus âjjé que
Maliomet : le premier ayant entendu des arbres prophétiser sa venue. No pas
oublier pourtant qii'iui enfant posthume naquit à Al)où Bakr.
(^' Hanbal, Mosiiad, III, 103, 107, 179, 263. 'Omar aurait été son cadet
de i3 ans; Gaetani, Animli, I, i63. La Tradition a encore ici exagéré. A
l'époque de sa conversion, 'Omar apparaît dans loule la fougue de la première
jeunesse.
W Hanbai,, MoHnad, III, 100; Ualq an-Nahi [m^. Leiden), 989-a9i; Tad..
Annales, 1, i7()'!-i793.
1
I
L'AGE DE iMAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 237
de la teinture fût recommandé par Mahomet lui-même, il ne
vécut pas assez longtemps pour devoir y recourir : a^aj ^
dUi"'. A la question : le Prophète atteignit-il la vieillesse?
làtui (j'S'l, un Sahâbî répondit : «Il fut trop jeune pour méri-
ter cette qualification t) JJi (^ cl^ii ^jl^ f"^^. A l'encontre
d'autres prophètes, ses prédécesseurs, comme Noé, Abraham,
il ne fut pas compté au nombre des vieillards ^^'. Contre celte
assimilation son extérieur qvA. protesté. Il venait de voir naître
son dernier fils Ibrahim et n'avait pas renoncé à l'espoir d'une
nombreuse postérité, cette caractéristique des Prophètes d'après
le Qoran^'*\ La mort seule l'empêcha de contracter plusieurs
mariages nouveaux, les fiancées étant arrivées trop tard. La
fin de sa carrière coïncide précisément avec de nombreuses
combinaisons matrimoniales.
En face de son cadavre, Aboû Bakr, après avoir assuré son
élection au califat, viendra pousser cette exclamation : «0 mon
fils ! w &LjoI^ f^), inconciliable avec l'hypothèse d'un Prophète
plus que sexagénaire. Au moment de sa première arrivée à
Médine, après l'hégire, son aspect juvénile empêchera de le
faire reconnaître par les Ansârs et par les Bédouins ^''', rencontrés
sur la route de la Mecque à Médine. A son ami Aboû Bakr,
monté en croupe derrière lui, les nomades adresseront inva-
riablement la même question : «Quel est donc ce jeune
bomme, assis devant toi?» A la Mecque, au début de son mi-
(') On v-~^l ^iJL>j yù , IIan-bvi,, Mosnail , II. atO, aT)!, a6a; IJolij aii-\alji,
Inc. cit.
(^) Hancal, Mosnad, IV, 187, 190; Tab.. Annales, I, 1799-1793.
<•'*' (fl^j-?'j j-jJO 4;j-~sJI JU^ ^j.* lt>j.>oi.« ^^jio yii, IJalq an-Nabi, p. 959.
(*' Cf. Qoran el Tradition, i3-ii.
(*' Cf. notre Triumvirat, i35, n. 9.
("' Les référoncos seront données |ilii> l.nil , ([nand uons raconterons ranivée
à M(''(liiit'. Le IkmIi'I se montre ici préucciipc de [nonver diez le Pr()|ilièl(' la vi-
j[iienr |)liysi([iic jiis([ii'au dernier ninnieiil. Est-il [liiis croyaltle sm- le fait de
(io-GT) ans, surtout ajirès les ronlradiclions releM'es [dus haut?
238 MARS-AVRIL 19,11.
nistère pubiic, les Qoraisites le traitent également de ^oWm^'^
Les Arabes, interpellés par lui aux foires voisines de la
Mecque, se préviennent mutuellement en criant-: «Gare au
jeune Qoraisite '-M w On peut, il est vrai, interpréter le vo-
cable golâm par ç? esclave». Mais en cette voie la Tradition
orthodoxe hésiterait à nous suivre. A-t-elle ignoré le hadît, où
Mahomet est censé promettre à ses sectateurs , comme limites
d'une vie normale, une période de 60 à y o ans'^'? Ce hadît
peut expliquer pourquoi , quand il s'agit de fixer la durée de
la vie du Maître, elle se tient à égale distance des deux
chiffres, et aussi ses efforts pour donner à ses déductions l'ap-
pui moins problématique de témoignages soi-disant contempo-
rains.
Concluons : parmi les chiffres traditionnels, les plus mo-
destes pour la vie de Mahomet s'éloignent moins de la réalité.
Il faut vraisemblablement les baisser encore d'une dizaine d'an-
nées, peut-être même de 20 ans. Une curieuse tradition lui
fait dire : «Pour chaque prophète la date de sa mission corres-
pond à la moitié de l'âge de son prédécesseur. Au début de sa
vie publique 'Isa comptait ho ans^^^. Moi j'ai été envoyé à l'âge
de 20 ans^^'.« Hadît embarrassant pour la chronologie tradi-
(') -5\i OU ÇiLii. Pour la synonymie de t^Li, cf. Ag., XII, i56, 19.
(-) ji-jy» r»^^ !j< js^l , Irn Sa'd, Tahaq. , VI. «7. iS: Ibn Gadzî, Wafa
(ms. Leiden), 5o\
*■'' Cité par Goldzihed, ylhhandlungen , 11, p. xxx-xxxi. Dans la Sira ics per-
sonnages qualifiés de ^^£ complent environ so ans. Cf. Ibn Sa'd, Tabaq.,
Il", i36, 9; Ibn Gabzî, Wafa (ms. Leiden), l58^ Mahomet qualifié de go-
làm, dans un liadit, apparlenanl à la période médinoise, Dàrimî, Mosiiad (éd.
iilliograpliiée), 88, 1.
('') Est-ce une allusion à saint Jean, vu, i)^ : «Tii n'as pas 5o ans et tu as vu
Aliraliam» ? Pourtant le célèbre Ansârien Mo'àd ibn (îabal serait mort à o3 ans
crfâge de Jésusn, Ibn Sa'd, Tabaq., 111-, i2.5.
f'') ^, > ■•«— V^ (g^^^i-i^S 'y^*~>y fyi fj-« 1— **^-»-: S.^-*-; Lï'>J' •^'^ ^' <^' 'i^l-f! ^
^jjyiijj OkXxjj, Tab. , Annales, I, li/io.
L'ÂGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SÎRA. 239
lionnelle de la Sirà. On a donc clierclié à l'y adapter de force.
C'est le but de la variante suivante du même hadît, cité d'après
r//./(/ ; ç^ Chaque prophète atteint la moitié de l'âge de son pré-
décesseur; or le Christ a vécu 196 (s/c)ans'".w En racontant
le pèlerinage d'adieu, il s'est agi de déterminer le nombre de
victimes immolées par Mahomet. La Tradition hésite entre les
chiffres suivants : 7, 3o, 60, G/i, 63. Le dernier ftest en re-
lation avec le nombre supposé d'années que le Prophète aurait
atteint ce jour-là; il est symbolique; les autres démontrent
comment, après la mort de Mahomet, on se décidait arbitrai-
rement au sujet de circonstances qu'on ignorait ^^^ 55. Avec cette
absence de sens historique, on arrive forcément au but voulu :
la moyenne de 63 ans! Mais pourquoi Allah n'aurait-il pas
exaucé la prière de son envoyé, redoutant par-dessus tout l'hu-
miliation delà vieillesse^''?
En rajeunissant Mahomet de dix ans, nous nous rappro-
chons en dernière analyse de la date indiquée par Barlie-
branis^'*' pour la naissance de Mahomet : l'an 892 des Séleu-
cides, correspondant à l'an 58o de Jésus-Christ '^l II n'aurait
donc pas dépassé l'âge de 62 ans. La primitive tradition mu-
sulmane a avoué son impuissance à fixer la date exacte de la
naissance de Mahomet. Seize ou dix-sept ans après la mort du
Maître, lorsque le calife 'Omar songea à établir l'ère musul-
mane, il se heurta, comme nous, à la même dilliculté. Comme
chez les chrétiens, sa première pensée fut de dater à partir de
''' MoiïLATiv, [sàra (ins. 'Oiiinnmiijci , Gonslanliiiople).
C) cj-^-", HiNiiAt,, Mnsnad, 111, ;i;59, cl.i.; N vsÂ'l , SoiHtil (ms. Noùrî'Otmà-
iii) : JLjLéCwy!! v^^; (iÂi.iiz, llaiawdii, IV, 5^1.
l'' SiMiuck, op. cit., td'^.
^''' Mitlli(Mii(Mis('ni(^nl cel, auteur oiililic de nous iiifliqucr coniiiiciil il a oliU-uu
son calcul. Pour 1(! ttinulid , la Tiadiliou iu<li(|Ui> d'ordiiialro Tan M8a
d'Alexandre, Mas'oùdî, Tunlu'li, a;!S-:!U). De r(i|iiiiiiMi dt! Rarludtra'us rappro-
cher celles (|ui uiell(>nl tf 1 o ans d'inlervalle eiilre li- iiuuiliil cl ri''li|ilianlT).
Voir plus liant.
C*' Z^(/y«a.s/iV'.s, éd. Salliani , i()(i.
240 MARS-AVRIL 1911.
ia naissance du Fondateur religieux. S'il lui préféra l'exode de
la Mecque, ce fut pour obtenir une base moins vacillante
dans un événement plus rapproché et observé par de nombreux
contemporains '^l
II
Il resterait à jeter un rapide coup d'oeil sur la chronologie
de la Sîra elle-même, c'est-à-dire sur la suite des principaux
événements, comme elle se trouve fixée dans la rédaction offi-
cielle de la Vie du Prophète. Il ne peut être question d'assi-
gner à chacun la date exacte : autant vaudrait reprendre en
détail toute la Sîra, mais seulement de montrer par quelques
exemples comment en cette matière on s'est déterminé par
des calculs a priori.
Ici encore il faut maintenir comme inspiration première le
Qoran''-\ en admettant une distinction entre les deux grandes
périodes : celle de la Mecque et celle de Médine. Dans cette
dernière, s'il nous paraît téméraire d'exclure toute tradition
orale, il faut également se garder d'en exagérer l'importance!
Moins favorablement se présente la période mecquoise'^'.
En se donnant pour mission de combler le vide de ces années,
la Sîra a consulté les sourates mecquoises les plus nombreuses,
mais aussi les plus laconiques, les plus poétiques du recueil.
Leur inspiration impersonnelle fait regretter le ton plus précis,
plus froid des révélations médinoises, où viennent s'intercaler
des fragments de l'autobiographie prophétique. La Tradition
s'est aidée des sourates mecquoises pour répandre sur cette
C' Cf. Al-Bairoûnî, Chronologie (éd. Sachau), p. 3o. L'hégire fut-elle éla-
Mio en fan 16-17, le fut-elle par 'Omar, comme toutes les grandes institu-
tions? .Nous radmellons provisoirenienL II resterait éjjalement à déterminer
quand Mahomet a supprimé le ndsi ou mois intercalaire. La date exacte de
Qoran, 9, 36-37, est inconnue. Cf. Nôldeke-Scuwally, op. cit., y 23.
'^' Cf. notri' Qoran cl Tiadilio».
'•''' Cf. iNoi-DKKK-SciiwALi.ï, Gesck. (Ics Qorans, 06-67; comp. .^8.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 241
longue section de la carrière du Maître le mouvement et la
vie, vie d'ailleurs factice. A cette intervention, à ce zèle in-
tempestif, nous devons une masse d'événements, où le manque
de témoignages directs et authentiques se fait vivement sentir.
Nous y avons gagné comme une sorte d'Evangile de f enfance de
Mahomet.
A rencontre des modernes, les plus anciens biographes,
comme Ibn Ishâq et Ibn Hisâm fournissent pour la période
mecquoise peu d'indications chronologiques; le plus souvent
ils se contentent de renseignements généraux '^^ : avant ou
après la vocation de Mahomet, l'émigration en Abyssinie. Cette
réserve montre combien incertaine leur paraissait la matière.
Leurs successeurs ont voulu tout préciser. A 5o ans et .3 mois
Mahomet reçoit la visite des ginn de Nisibe; à 5 i ans et 9 mois
il accomplit le voyage nocturne ou isra -'. Une telle précision
ne peut inspirer confiance.
Le mariage avec Hadîga et sa prolixe légende sortent de la
même officine. Cette Qoraisite aurait pu être la grand'mère de
Mahomet en un pays où l'on comptait des aïeules de 22 ans.
Pourquoi aucun verset qoranique, aucune poésie contempo-
raine ou de la période omaiyade ne viennent-elles attester
l'existence de cette grande commerçante, tàgira, comme l'ap-
pelle la Sira ? Celle-ci hésite^ fort opportunément quand il
s'agit de déterminer l'époque de ce mariage et l'Age respectif
des deux conjoints. La différence entre les chiffres, donnés à
ce propos, va de 20 à 28 ans.
Même incertitude quand il s'agit d'indiquer l'année de la
naissance des enfants du Pi'0|)hèle et l'ordre de leur venue au
monde. Ijaissoiis de coté (Jasini ; sa personnalité repose avant
tout sur la konia, AboiVI (JAsini, du Prophète. Auisi du nom
d'7\hori Tàhb, l'oncle; de Mahomet , l'on a déduit l'existence
C Cf. Scinv ALr.Y, 0^). ciV., ()C), i/i.^).
C^' Ibn GauzÎ, Safwat nii-SdJaa, I, 37".
X\II. ili
ItmiuTtiir xitnMi.R.
242 MARS-AVRIL 1911.
d'un fils, nommé Tâlib, absolument introuvable. Pour les
filles nous sommes plus favorisés. L'opinion la plus répandue
parmi les orthodoxes consiste à présenter Zainab comme l'aî-
née; Fâtima serait la cadette. Au sujet de Roqaiya et 0mm
Koltoûm règne la plus grande divergence d'opinion. Pourquoi
s'esl-on accordé à considérer Zainab '^^ comme la plus âgée des
filles? Parce que la première elle paraît avoir trouvé un époux.
Mahomet — ainsi a raisonné la Tradition — a sans doute
commencé par établir son aînée. Pour Fâtima, une argumen-
tation analogue lui a valu d'être déclarée la cadette d'Aboû'l
Oâsim. Cette enfant, assez mal douée, dut patienter jusqu'après
Ohod, avant de rencontrer un acquéreur. Gela lui donnait plus
de 9 0 ans à l'époque de son mariage avec 'Ali. La conclusion
ne pouvait faire le compte de la Si a. Moins enthousiaste pour
les 'Alides, la Sonna s'est pourtant rebiffée par égard pour la
personne du Maître. Pouvait-elle admettre cette indifférence
pour l'honneur de devenir son gendre, le père de ses petits-
enfants? On a donc travaillé à rajeunir Fâtima, et pour cela
on l'a placée la dernière dans l'ordre des filles. A tout prix la
fiancée de 'Alî ne pouvait pas compter plus de i5 ans''^^ : âge
énorme dans un pays où entre 9 et i 2 ans une fille devait
être établie *^^ ! Nous aurons à revenir sur les enfants de Maho-
met. Ces indications suffiront pour juger la valeur des rensei-
gnements traditionnels sur l'âge respectif de la postérité de
Mahomet et sur cette partie de la chronologie mecquoise.
''' Si toutefois elle n'est pas la contrepartie sunnite, opposée à la vénération
idolàtrique de la Si'a pour Fàlima. Seule Texislence de celte dernière est soli-
dement établie grâce à sa descendance. Zainab serait née quand son père
comptait 3o ans; Târîh, ms. 8/19 , B. khéd.
'-' A condition de lui donner une mère sexagénaire. Nos auteurs se débat-
tent entre les 65 ans de Iladiga et les i5 qu'on ne voulait j)as dé])asser pour
la fiancée de 'Aiî.
'^' De nos jours encore, même cliez les sédentaires de la Pélrée, la fille est
mariée à 10 ans, Musii,, Arahia Pclraea, 111, i8i.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 2A3
Nous laissons de côté la retraite dans la maison d'Arqam,
les longs démêlés des Qoraisites avec les Hàsimites au sujet de
Mahomet. Avant d'examiner la chronologie de ces faits, il fau-
drait établir leur valeur historique. Et l'émigration en Abyssi-
nie^^^î La Sîra parle même d'une double émigration africaine.
La criti([ue a heureusement simplifié ce dédoublement. Mais
le fait lui-même demande à être mieux étudié, pour permettre
la critique de la date traditionnelle, d'ailleurs fort vague,
comme toutes celles de cette période ^^l
Nous ne sommes pas plus avancés pour la date des pre-
mières conversions musulmanes : Zaid, 'Alî, Aboû Bakr, Sa'd
ibn Abi Waqqas. Cette abondante littérature a été alimentée et
faussée par l'esprit de tendance *'l 'Omar aurait fait le ào" mu-
sulman. Encore un chiffre quelconque. Avec la conversion de
Hamza, précédant de quelques jours, il doit voiler d'une dis-
crète lumière l'adhésion tardive de ces illustres personnages.
Chaque famille, chaque parti voulurent avoir leurs repré-
sentants dans la primitive église islamite. Les titres de per-
sonne n'étant à l'abri de la critique, on s'entendit tacitement
pour laisser passer toutes ces prétentions. Elles protestaient
indirectement contre l'indifférence religieuse des Qoraisites,
un thème exploité par les rivaux ansâriens. Cet ensemble, suf-
fisant pour déterminer la Tradition, explique le succès de ces
combinaisons chronologiques et en diminue d'autant la
valeur historique.
f' Hypothùse fort commode pour explujiier l'al)sence de Ga'l'ar, frère de
'Ali , et do tant d'autres personnaffes iliusires 1
(*' Cf. ScHWAu.y, op. cil., p. 70.
(•^' Cf. NÔLDKKK, Z.D.M.d., l89^^, p. iH, elc. Le favori Zaid a 6lô. je le
soupçonne, [{randi par la Sunna, pour être opposé à 'Ali. A son lils Osània,
le Prophète témoijjnc non moins d'alfection qu'aux enfants do Fàtima. Dans
les deux cas on répète les mêmes traits; on en fait aulant pour les enfants
de Zaiiial». Nous nous trouvons ici en fare d'une mauduvre de la Tradition
orlliodoxc.
16.
244 MARS-AVRIL 1911.
Pourquoi le voyage à Tâif, les visites aux foires, maivâsim,
voisines de la Mecque — à en supposer la réalité — ont-ils
été placés peu avant l'hégire ? Parce qu'on a voulu laisser au
Prophète le temps d'exécuter un commandement d'Allah :
K Prêche à la mère des cités et aux environs 55, avant de lui faire
prendre le chemin de Yatrib. Aux mawâsim il allait se rencon-
trer pour la première fois avec ses futurs auxiliaires médinois.
Comme dans un drame bien ordonné, il fallait amener au moment
voulu cet épisode, l'amorce naturelle de la période médinoise '^K
Huit ou dix ans? La Tradition se prononce, on l'a vu, pour
ce dernier chiffre, quand il s'agit de fixer la durée de cette pé-
riode. Pour le Prophète, jusque-là monogame, elle donne le
signal d'une grande activité matrimoniale. Les mariages se
succèdent à de courts intervalles : 'Aisa, Hafsa, les deux Zai-
nab. . . Faut-il admettre une simple coïncidence, si les pre-
miers resserrent ses liens personnels avec ses deux successeurs
immédiats? Multiplier les relations des «deux 'Omars^i avec le
Maître, c'est là une des préoccupations constantes de la Tradi-
tion. Pour 0mm Salama, son mari, on le savait, avait été
blessé à Ohod. On a donc uni sa veuve au Prophète postérieu-
rement à cette bataille. Maimoûna vient généralement la der-
nière*-^' dans la série des épouses oificielles, ^\es mères des
croyants w, peut-être pour fournir à 'Abbâs, demeuré à la
Mecque, l'occasion déjouer un rôle en cette circonstance. Nous
nous demandons s'il ne faudrait pas réserver la dernière place
à 0mm Habîba*^'? Son mariage aurait formé le premier acte
''^ ScHWALLY, op. cit., 58, poup cctte période, admet quelques (t traditions
exc[jétiques iiidulùtabiesi^ , par exemple (pic tria sourate /i8 se rapporte à la
paix de Ho(lail)iyan. Maljfré la monlioii de Kl'arl)rc et de la l)ai'a'î en celte
sourate, j'avoue conserver encore des tloules à cet égaT-d.
'*) Sa mort survint aussi la dernière.
<•''' Elle reçoit /ioo dinars comme douaire, et non /loo dihrems, comme les
épouses précédentes. Cola dénoie une é])oque où Mahomet était de\enu riche,
et aussi riiiq)orlanoe atlachéo à cello union.
I
L'AGE DE iMAIlUMKT ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 2/i5
dans la comédie, jouée à propos de la reddition de la
Mecque et où Aboû Sofiân devait figurer un des principaux
acteurs. Mais la Sira n'a pas observé le rapprochement graduel
d'AboiVl Qâsim et du saih de Qorais, à partir du traité de Ho-
(laibiya,
La suite des grandes journées islamicjues se présente géné-
ralement dans l'ordre suivant : Badr ouvre la série, viennent
ensuite Ohod, le siège de Médine, Monta, la reddition de la
Mecque, Honain,Tâif, Taboûk. Cette suite peut, je crois, être
maintenue. Seuls deux noms, Badr et Honain, sont prononcés
dans le Qoran^^\ Ce recueil semble également faire allusion à
Ohod et au Handaq. Ohod ayant été, comme on le savait, la
revanche qoraisite de Badr, cette dernière bataille a dû précé-
der. Le Qoran (3, 119) suppose d'ailleurs cette antériorité.
Honain et Tâif, s'expliquant seulement après la soumission de
la Mecque, ont dû suivre cet événement. A Taboûk on a rat-
taché l'incident du rtmasgid dissident 55, apparemment pour
le faire cadrer avec la chronologie suggérée, crovait-on, par le
Qoran (^9, 107), où l'épisode se trouve narré à la fin des ver-
sets relatifs à Taboûk '-'. Si la conquête de Haibar suit de près
l'expédition de Hodaibiya , c'est encore en vertu d'une sugges-
tion du Qoimti (âS, 18-20), établissant une connexion entre
ces deux événements.
On ne se trouve pas mieux fixé sur les époques de l'année
nu saisons, ayant coïncidé avec ces faits militaires. Ainsi, pour
le siège de Médine par les Qoraisites, le hadît, interprétant le
Qoran, parle de nuits froides, orageuses, quand par ailleurs il
semble que les moissons avaient été rentrées. A Honain la tem-
C 3, 119; 9, af). Ce sont, il fallait s'y attoiidre, deux virtoiros. A causo
(]os Qoraisites, Mahomet a ôvilé de iiienlioDiier Ic/alli et peut-élrc aussi Hodai-
biya.
(*> Comp. WÂoinî (Krcmor), ifio, n : le fait est mis en rolalion avec la
bataille de Hadr.
246 MARS-AVRIL 1911.
pérature aurait été d'une chaleur excessive; d'autres autorités
signalent par contre un temps pluvieux (^^.
Les exégètes musulmans ignorent comme noua quand Ma-
homet a supprimé le nâsi ou mois intercalaire. Cette incerti-
tude n'a pas empêche les rédacteurs de la Sîra d'adopter une
chronologie fixe. Les mois, écoulés avant cette suppression,
ils les ont dénommés comme si elle avait déjà eu lieu'-' et ont
ainsi introduit une nouvelle cause de confusion.
Les wofoûd ou députations des Arabes devaient appartenir à
la dernière année de la période médinoise. Le Qoran paraît y
faire allusion dans une sourate (110), placée à la fin du
recueil'^'. Sur ce point Qoran, Tradition et critique se trouvent
d'accord. Cet accord est trop rare pour ne pas le constater. Si
par ailleurs il fait défaut, cela tient à l'origine de la Sîra.
Celle-ci doit sa naissance non à la curiosité historique —
un sentiment étranger aux Arabes — mais à l'exégèse qora-
nique. Cette dernière a tout d'abord occupé les premiers
musulmans. Ils ont eu à cœur d'établir le sens des versets du
Livre, devenu le code de leur vie rehgieuse et politique. La
masse d'allusions, contenues dans le texte sacré, a donné nais-
sance à une floraison d'anecdotes, d'autant plus exubérante
qu'on s'éloignait de la génération contemporaine des révéla-
tions. Dans le Qoran (68, /i) Allah dit à Mahomet : rTu as un
grand caractère. » A cette expression nous devons la vaste
bibliothèque des Sam.aU^^\ pour nous contenter ici de cet
exemple.
Ce travail exégétique accompli, on se trouva avoir collec-
tionné quantité de faits, relatifs à la personne ou aux
('^ Cf. Ibn Sa'd, Tabaq., II', lia, ii3; peut-être parce que certaines riwô-
yât ont calculé l'année sans tenir compte du nnsi.
''^' Snouck, op. cit. , 65.
(^' Pour rà[;e de ce morceau, cf. Noldeke-Schwally, ap. cit., 919.
(*) Cf. notre Qoran et Trculition, iq-ao.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. Ul
gestes de Mahomet. Collection volumineuse assurément, mais
d'une authenticité discutable, par suite des préjugés ayant
déterminé son origine. L'idée \int alors de réunir à part les
sections narratives, de les ranger sous certains chefs, de façon
à obtenir un récit suivi. Il en est sorti le Kitâb al-Magâzi ou
des campagnes de Mahomet. Pour l'islam, religion mihtante,
il présentait un intérêt capital; dans le Qoran les allusions
abondaient et les souvenirs étaient relativement récents. L'in-
lluence de l'Evangile fit faire un nouveau pas. Mahomet et les
premiers Compagnons s'étaient figuré le Nouveau Testament
comme un recueil de lois, dans le genre de la Thora, ou de
sourates, rappelant celles du Qoran. En apprenant à connaître
l'Evangile de près, leurs successeurs, les Tâbns découvrirent
un récit des actions, une véritable vie du Christ. A leur tour,
ils voulurent posséder la Sîra de Mahomet. Pour l'obtenir, ils
élargirent le plan des Magâzi; ils l'enrichirent des innom-
brables anecdotes, réunies par les exégètes sur la période
mecquoise et sur celle de Médine, non encore utilisées dans les
Magâzi. Voilà comment s'élabora la Sîra : œuvre d'inspiration
exégétique au lieu d'être une histoire dans le vrai sens du mot;
compilation extraite des tafsîr qoraniques et non pas composée
sur documents réunis ad hoc.
De cette origine la trace est demeurée. Fréquemment une
attention ordinaire sutlit pour reconnaître le fil exégétique,
reliant ces hadit isolés au «Livre d'Allah w. Nous avons essayé
de le montrer ailleurs '^^.
La chronologie devait se ressentir de ce vice d'origine : elle
dérive en majeure partie du Qoran. De là son incertitude. Si
les noms propre's, à l'exception de deux, font défaut dans
le Livre d'Allah , les événements historiques y sont encore
moins bien datés, à part certaines batailles et des événe-
('' Cf. Qoran ri Trailillnit.
248 MARS-AVRIL 1911.
ments de la vie domestique : le tout appartenant à la période
médinoise.
Les Arabes ont suivi le même procédé pour l'histoire pro-
fane. Dans les innombrables riwàyàt du Kitâb al-Agàm, le seul
noyau historique sérieux est constitué par les vers anciens,
sauvés du naufrage de la littérature préislamique. Ils forment
les uniques archives des Arabes, t_>^î (j[>:>:>, comme les aurait
appelés 'Omar. La prétendue tradition orale des tribus se con-
fond pratiquement avec ces archives poétiques confiées à la mé-
moire des râwia. Autour de ce noyau solide est venu se grouper
un conglomérat de notices, de commentaires, réunis par les
nnssâba ou généalogistes, par les auteurs d'aiyâm an-nâs «l'his-
toire générale 75, et d'aiyâm al-arah, l'histoire nationale. Sur la
valeur de cette soi-disant érudition historique, les orientalistes
sont fixés, depuis Gaussin de Perceval. Parfois la citation poé-
tique sert de point de départ; mais on la trouve aussi mêlée
incidemment au milieu ou à la fin de la narration, comme une
confirmation de son authenticité.
Qu'on ne se récrie pas sur l'audace de ce rapprochement,
les musulmans n'ayant pu traiter avec cette désinvolture la vie
de leur Prophète! Ce serait oublier la mentalité des Compa-
gnons, leur prêter notre conception de l'histoire. A leurs yeux
Mahomet fut le plus grand, le dernier des propliètes, son
livre «la parole d'Allah 55. Tout se trouvant dans tout, le Qoran
ne devait-il pas d'abord renseigner sur la vie de l'auteur,
comme faisaient la Thora pour les anciens prophètes, l'Evangile
|)0ur le Christ? Interrogé sur la bataille de Badr, 'Abdar-
rnhmân ibn 'Auf renvoie ses interrogateurs au Qoran. «Lisez,
(fit-il, vous vous figurerez être présents f^^. w La favorite 'Aisa ,
sollicitée de décrire le caractère de son mari, s'étonne de
cette curiosité injustifiée : «N'êtes-vous pas Arabes? répliqué-
es Cf. (hiinii cl Iraililinii , j). 1 fi.
L'AGE DE MAHOMET ET LA CHRONOLOGIE DE LA SIRA. 249
t-elle aux tâlnîs réunis, ouvrez donc le Qoran, vous y trou-
verez le portrait d'Aboul Qàsim ! ^'^5 Historiques ou non, ces
hadît trahissent naïvement le procédé suivi et l'étroite dépen-
dance de la Sîra à l'endroit du Qoran.
Quand il s'est agi de fixer les traits de la figure historique
du Maître, les plus anciens Iradilionnalistes ont commencé par
ouvrir ce recueil. S'ils se sont préoccupés des témoignages des
contemporains, c'a été pour les harmoniser, pour les faire
cadrer avec les assertions du livre d'Allah. Dieu parlant dans
le Qoran, comment aller jusqu'à contrôler ce témoignage,
omni excepùone major, par les souvenirs de mortels faillibles?
Pour la tradition orale du f siècle de l'hégire, le cadre
étroit du Qoran s'est transformé en lit de Procuste. Les témoins
oculaires eux-mêmes ont fini par ne plus voir que par les yeux
de Mahomet'-).
Nous pensons l'avoir montré pour la question chronologique,
discutée dans les pages précédentes. A vrai dire, nous avons
surtout collectionné des points d'interrogation, montré le
caractère artificiel, l'absence de sens critique des systèmes
adoptés par la Slra. Résultat négatif! Puisse-t-ii ébranler la
confiance de la critique et engager les érudits à chercher la
solution dans une autre direction ! 11 ne peut être question de
rejeter tout en bloc. Ce serait sacrifier en même temps les
importantes parcelles de vérité historique qui s'y trouvent
mêlées. Au lieu de renverser la lourde construction élevée par
la Tradition , contentons-nous de la démonter pierre par pierre,
|)0ur examiner la valeur des matériaux employés. Opération
fastidieuse mais indispensable! Laissera-t-elle subsister de quoi
•'' Cf. Ibn Sa'd, Ta/xiq., vol. I , ms. de Top Kapoù ou du Vieux sérail , Conslan-
I linople : ylyiJt \yJL3 ^^ J^^ i^>U\; Nouai»!, Mliàia, II, i (i" sorlion (nis.
Kiipiiilii, (ionstanlinoplo), iiiiiond)ral>les liadit on co sens, ronimo dans la
majorité des SaitiniL
'■-' Qovaii cl Tradition, p. (i.
250 MARS-AVRIL 191 1.
«édifier un modeste monument à la mémoire d'un des hommes
les plus extraordinaires de l'Orient médiéval? Les matériaux à
examiner sont tellement considérables; d'autre part, le travail
de revision se trouve encore trop peu avancé pour permettre
de donner une réponse définitive.
PROLEGOMENES
À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES
PAR KHALÎL IBN AIBAK AS-SAFADI,
PUBLIÉS ET TRADUITS
D'APRÈS LES MANUSCRITS DE PARIS ET DE VIENNE,
PAR M. EMILE AMAR.
L'introduction qu'As-Safadi a placée en tête de son œuvre
maîtresse, encore inédite, je Dictionnaire des hommes célèbres
de i'Islâm, intitulé : Ije Complet sur les décès [litt. : Le livre qui
donne inlépralemcnt les nécrologies ou les décèsl^ ( ^^Li^lj ^jî^JI (_>b:^) ,
avait, de bonne heure, attiré l'attention des orientalistes.
Flûgel l'avait signalée dans son catalojjue des manuscrits de
Vienne ''', comme un document important pour l'histoire litté-
raire. D'autres orientalistes songèrent à la publier. On an-
nonça, en 1901, qu'une édition de ces prolégomènes était en
préparation^^', (^e travail n'a pas été entrepris pour des raisons
qiie j'ignore. La publication de ce texte arabe a été si désirée,
que j'ai cru utile d'en donner enfin aux arabisants une édition
critique, accompagnée d'une traduction française annotée'-''.
C Die arahisrhcn Ilandschriften der K. K. HofbUiliothek zu Wien , II (i865),
p. 399-330 (n° ii03).
('^) Hahtwu; Di;iiKNitoiniii, Le» manuscrits arabes de la Collection Schefer à la
UilAiothi'que nationale (1901),}). 3 1 .
(^' Le sysltMiie do Iranscriplion adopté pour les articulations qui n'ont pas
leurs équivalents exacts en fiançais, est le suivant :
^ </i; ^ dj; ^h; t ^^> ^ '^^! J' ^> 'JP ?'■ lT 'A' "^ ?; là ?»•£'.■ £ ff'»." OJ 1-
J /, ; s II ; i£ initial ou consonne y; formant diplitonjjuo avec a : ». — Seules
les trois voyelles n, o {11), i ont été employées dans la transcription.
252 MARS-AVRIL 1911.
Le jurisconsulte, le poète, le philologue, l'historien, le
haut fonctionnaire qu'était As-Safadî, a laissé dans la litté-
rature arabe un nom trop connu et une œuvre trop considé-
rable pour qu'il soit besoin de le présenter longuement au
lecteur. Né à Safad en 696 de i'hégire (1296 de J.-C), il fit
des études aussi variées qu'approfondies à Damas, sous la di-
rection de maîtres justement réputés, tels que Djamâl ad-Dîn
Ibn Nubâta '^^, pour la poésie, Abu Hayyan''^', pour la philo-
logie, Ibn Djamâ'a'^' et Al-Mizzî''^, pour le droit sâfi'ite, Adz-
Dzahabî*^^, pour l'histoire, et occupa enfin divers postes dans
l'administration et les finances, à Safad, au Caire, à Alep et à
Damas ''''. Il mourut, âgé de 68 ans , en l'année 76/1 de l'hégire,
correspondant à l'année i363 '"'^ de l'ère vulgaire.
Son œuvre colossale — M. Brockelmann'^' en a catalogué
trente ouvrages formant près de cent volumes — embrasse
tous les genres littéraires que l'auteur avait étudiés dans sa jeu-
nesse. Mais c'est surtout la poésie, et la poésie légère, la
prose rimée ou cadencée et la biographie qu'il a cultivées.
Dans ce dernier genre , son grand ouvr;jge. Le Complet sur les
décès, qui existe en entier, mais disséminé dans toutes les
bibliothè([ues de l'Europe, aurait mérité d'être édité, si son
immense étendue ne rendait cette entreprise presque impos-
C Voir sur col auteur les renseignemenls et les références données par
M. Rrockelmann, GeschiclUe dcr arnbischen Litternlur, H, 10-12. — Sur son
homonyme et aïeul, cf. op. cit., I, 99, et aussi le ms. araho 9066, de Paris,
aux folios io4 à 1 13.
(■■'' BliOr.KKLMANN, Op. Vit.., Il, 1 0().
(') BnOGKKLMANN , up. Cit., 11,76.
(^' Bbockelmann, op. cit., 11, ()/i.
(^' Brockelmann, op. cit.. Il, l\Ç>.
C*' Cf., pour plus de détails, Rrockki.mann, «p. cit. , II, 3i , et le ms. aralte de
Paris, n° 3070, fol. 56 et suiv.
O C'est sans doute par une erreur typofjraplii(|ue (jue M. Brockelmann
donne la date i3s3. Cf. np. cit., p. 39 , lijjne 3.
W Op. cit., p. ;59 33.
PROLÉGOiMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 253
sible. En toat cas, l'ayant étudié de près, je crois utile de rec-
tifier l'idée erronée que l'on se fait, depuis longtemps, sur le
contenu de cet ouvrage. Ce n'est pas, comme le dit le Cata-
logue des manuscrits arabes de Paris '^^, «un Supplément au
dictionnaire biographique d'Ibn Khallikân'^'n. As-Safadi, qui
est postérieur à cet auteur, mort en 681 {1282), a refon-
du l'ouvrage de son prédécesseur comme ceux de plusieurs
autres biographes célèbres, tels que Dzahabî'^^, Ibn MâkùlcV^^,
Ibn Baskuâl •''^ et beaucoup d'autres, de sorte que, tout en
donnant la biographie des hommes célèbres dont s'est occupé
Ibn khallikàn, il y ajoute celles de tous les personnages omis
ou néghgés de propos délibéré par son prédécesseur, ou qui
lui sont postérieurs. C'est donc moins un supplément qu'un
ouvrage destiné, dans la pensée de son auteur, à remplacer
aussi bien Ibn Khallikàn f|ue toutes les biographies spéciales
ou générales qui l'ont précédé lui-même. Ce qui a accrédité
longtemps l'opinion que l'ouvrage d'As-Safadi n'était qu'un
supplément à celui d'Ibn Khallikàn, c'est le mot ivafaynt, qui
figure à son titre. On a pensé qu' i/-lF«/? kl ivajayât d'As-
Safadî, ne pouvait être qu'un supplément aux Wafayât d'Ibn
Khallikàn, comme le Fnivât al-ivajayàt d'Ibn Sâkir al-Kutubi,
qui est certainement un supplément. Mais le plus léger
examen de l'œuvre d'As-Safadi sullit pour montrer (|u'elle con-
stitue un recueil tout à fait indépendant, no faisant suite à
aucun auteur antérieur.
C'est en tête de ce grand ouvrage biographique qu'As-Sa-
fadî a placé la inuqadditna , dont le texte est ci-après. Ces
Cî (Jiilaldiriu! (Irs mss. nrnfies de la BiliUothèque nationale, n° ïîoOa-G.
(*^ M. II. Di'iriihoifrjf , |toiil-(Hi(' sur la foi du (latalojjuc de Paris, a ron-
sidéi'c égalcmciil ccl oiivra[{e «(iinuie un suiipli'mciil; \oir IjC» iiiss. ani/irs île
la (]oll. SchrJ'ci; \). '.U , lijjne 5.
W Cf. note .5.
C' RuiKKKr.MANN, 0^. cit., 1, lî.5'l.
t'*' BnOCKELMANN, op. flV., 1,3^40.
254 MARS- AVRIL 1911.
prolégomènes débutenl par une doxologie écrite dans un style
très recherché et en prose rimée. Comme cela arrive toujours,
les nécessités de l'allitération obligent l'auteur à exprimer sa
pensée d'une manière très alamhiquée et qui nuit beaucoup à
la clarté dans tout ce passage. Je vais analyser ici cette préface,
avant de donner le texte entier des prolégomènes.
As-Safadî, commence par faire l'éloge des grands hommes
de l'Islam ç^ dont les savants sont comparables aux prophètes
d'Israël; dont les émirs égalent les souverains de la Perse,
pour la magnificence et la munificence ''' n. Il fait ensuite l'éloge
des sciences historiques, et trace le phin de son propre ouvrage,
en le piésentanl comme une très vaste collection de biographies
des hommes célèbres de l'Islam, w Je n'y omettrai, dit-il, aucun
des khalifes orthodoxes, aucun des notables parmi les ashâb
(compagnons du Prophète), les tàbi (suivants), les princes
les émirs, lesqàdîs, les gouverneurs de provinces, les vizirs,
les lecteurs du Qoran, les traditionnistes, les jurisconsultes,
les cAa/Ms, les dévots, les inspirés, les saints, les grammai-
riens, les littérateurs, les écrivains, les poètes, les médecins,
les savants, les hommes d'esprit et d'intelligence, les chefs de
sectes, les hérétiques, les penseurs hétérodoxes, les hommes
marquants de chaque science '^^. »
Dans ce vaste plan , on trouvera sans doute des biographies
d'hommes peu importants, comparés à d'autres. Mais, comme
l'a dit le grammairien Khalîl, «pour arriver à la connaissance
de ce qui est nécessaire en grammaire, on est obhgé d'ap-
prendre bien des choses moins indispensables. II en est de
même de toutes les sciences. » C'est ainsi que l'auteur s'excuse
des longueurs, parfois inutiles, de son ouvrage ^^l
'-' Ce passage a été copié par Hadjî Khalfa , Lexicon hihliogmphicum,
t. VI, p. il 7. Cf. infra, p. 268.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARARES. 255
Quanta la disposition matérielle des biographies, l'auteur
a adopté l'ordre alphabétique, sauf néanmoins une exception,
justifiée par la qualité du bénéficiaire : au lieu de commencer
par la lettre alif, le livre s'ouvre par une longue et intéressante
biographie de Mahomet. Mais, aussitôt après tous les Ma-
homets, on revient à l'ordre alphabétique, qui est suivi durant
tout le cours de l'ouvrage. Malgré l'étendue de la notice qu'il
a consacrée à Mahomet, As-Safadî s'excuse de sa brièveté en
rappelant la multiplicité des ouvrages qui ont été composés
sur ce sujet.
Ce passage vaut la peine d'être traduit ici en entier, car il
complète sur un point spécial la bibliographie donnée plus
loin, à la onzième section.
i
^y-^ ^ v_ÀJi)l (Jf35;-J' tjLiL^ JljCJ aMI X^^ ^^-Lç-g-^l /^wUJt^l
(j^i>^Jt (j^^ Lailii -Ui)l Ujsry^ii *-frJ.^ ^-^^'^^ ^^' ;L^^ *7^S***^'
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256 MARS-AVRIL 1911.
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qO à>.A.^w>*^ .•.j.jb,.n tX>.c /»ii) ^tXJI /olâi^ .'. (KjjtXÂXwy! (-AjkLaàfc. y><i^
(_5;^Uiî ^ J'iJi y^C^ •'• «j-waA^ ^P^J' *^■^^ làslil «j*-*«^ •■• (^^^»>J^
JsJa-wé* /j-^ 4Xj;^ ^^iXJî -#^-A3 Lâ-iLil -L>oiJ! Ijl^>m;^J j^S^'^ J^l-ci^-J'^
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PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 257
Le premier qui ait composé un ouvrage sur les expéditions du Pro-
phète [al-maghàzi) est 'Urvva ibn az-Zubaii"*''. Après lui, viennent iMûsa
ibn 'Uqba ''' et 'Abd Allah ibn Wahb ''>. Quant à la biographie du Pi-o-
phète, le premier qui en ait composé une est Ibn Isliâq'*'. Cette bio-
graphie a été transmise, d'après lui, par un grand nombre d'auteurs
avec des additions ou des retranchements. Parmi ces auteurs, on trouve:
1° Ziyâd ibn 'Abd Allah al-BakkiVi t^' , maître d"Abd AUcAh ibn Hi-
sâm'"', qui a composé un abrégé de la vie du Prophète (wtJ//rA<a«?V as-
Sir a ) ;
2° Salama ibn al-Fadl al-Abras <'' ;
3° Muhammad ibn Salama al-Ilarrânî ''^;
k" Yûnus ibn Bukair al-Kûfi('';
5° Abii-1-Qàsim as-Suhailî ''"' a composé l'ouvrage intitulé : ar-raud
(^^ C'est le fils du fameux Az-Zoubair ibn ai-'Awvvàm , le Compagnon de Maho-
met. Il mourut en 98 ou 9/1 de l'hégire (712 ou 7i3). Sa biographie est don-
née par Ibn Khallikàn, éd. Wïstenfki.d, notice 4 2 7. Cf. aussi Hammer-Purg-
STALL, LiUeratiirgpschichte der Araber, II, 179.
'^' Sur l'auteur (mort en 1^6 = 758) et sur 1 œuvre, voir Rrockelmann, I,
'^^ Abu Muliammad 'Abd Allah b. Wahb b. MusUm al-Qurasi al-Fihrî, juris-
consulte célèbre qui florissait en Egypte. Né au Caire en isli ou 126 de
l'hégire (7^2 ou 7^3), il mourut dans sa ville natale en 198 ( 8i4). Voir
Ibn Kliallikân, éd. Wlstenfei.d, notice 828, Hammer-Purgstall, Lùferari/r-
gcscli., t. III, p. 198, et les manuscrits arabes de Paris, n° 9066, fol. 112, et
n" 9io3, fol. 28.
(*' Mouhammad ibn Islià([ (i 191 =768) Une bonne notice sur cet auteur
est donnée par Safadi, dans le ms. de Paris n° 586o, fol. 182. Sur sa Vie
du Prophète, voir la bibliographie dans Rrockelmann, 1, i35.
'■■''i Cf. Rrockelmann, I, i35; Ibn Kliallikân, éd. WCstenfeld, notice 2^7, et
Hammer-Purgstall, III, lioS. Il mourut en i83 (799).
f") II s'agit sans doulc ici d"Al)d al-Malik (et non d"Abd Allàb) b. Hi§âm ,
l'auteur bien connu de la Vie du Prophète, qui mourut en ai8 (88'i). Sur
cet auteur et son œuvre, voir Rrockelmann, I, i35.
^'' Il était (jàiii de Rayy. C'est le seul renseignement que j'aie trouvé sur cet
auteur. Cf. Tddj nl-'anh, \\\\ , p. 888, et Mas'idî , /liv'iVî'.s'.sï'mcn/, Irad., p. 36i.
<"' C(> trailitiomii-stc, Hont nous n'avons |)as le livre, csl morl en 191 (807)
cf. DzAiiABÎ, Tadihintl (d-lliiJJ'àz , l, •.!89, et Jubatpil, \1, iVi.
("' Ce traditionniste est mort en 19g (81 4); cf. OzaiiabI, op. vit., 1. 299.
''"' Sur l'antcur, dont le nom est 'Abd ar-Rabinàn b. 'Abd Allàb, mort en
58i (118.5), voir les références données par ^HO(:KKl.M\^N, I, '118, et ajou-
ter une intéressante notice donnée par le manuscrit arabe de Paris, n" aoC6,
fol. 1/19 r". Sur son (inivre, voir Rrockelmann, 1, ihid. il p. i8,5.
XVII. 17
l'irniurnir ^\ti»Mi r.
258 MARS- AVRIL 1911.
al-unuf, qui est un commentaire de la Vie du Prophète (as-Sira), dont
il a été parlé ci-dessus:
6° JNotre maître, Sams ad-Din adz-Dzahabî a composé, d'après le
précédent ouvrage, un livre intitulé Bulbul ar-raud (Le Rossignol du
jardin )(');
7° On trouve dans les Tabaqnl al-kuhrd (Les Grandes Classes) d'ibn
Sa'd une longue biographie [sira) du Prophète '^'•,
8° Les Dald'il an-nubuivwa , par Aboû Zura ar-Râzi <^^;
9° Les Dald'il, par As-Saraquslî <''' ;
10° Les Dald'il, parle hdjlz Abu Nuaim, en deux volumes (^';
1 1° Les Dald'il an-nnbuwwa , par An-Naqqâè, l'auteur du commentaire
(ta/sir) du Qoran^''';
19° hes Dald'il an-nubuirwa, \)ar Xt-Tabdii'àni^^^;
1 3° Les Dald'il, par Abu Dzarr al-Mâhkî ''' ;
ifi" Les Dald'il , par l'Imâm al-Baihaqî, en six gros volumes ^°^;
'') Sur l'auteur, voir plus loin, dans la ii' section, le n° i35 et la note.
Hadjî-Kualfa, Lnxicoii bihlio^raphicum (t. 111, p. ^87), au chapitre consacré à
l'ouvrage du Suliailî , ne fait pas mention du Rossignol.
'■^) Sur l'auteur, voir plus loin, dans la 11° section, le n° 2o5 et la note.
Sur l'œuvre, voir Buockelmann, 1, i36. On sait que ce vaste recueil est en cours
de piiblication sous lu direction do i\l. Ed. Sacliau.
'^* Abu Zur'a 'Obaid Allah h. 'Ahd al-Karim, fameux traditionnisto, mort en
ttsh (858). Cf. DzAHABi, Tabaqdt, IX, 35.
**' Hadji-Khalfa (111, aSG-aSy) ne fait pas mention de ces Z>a/a'«/ dans le
chapitre consacré à cette littérature.
*^' Sur l'auteur, voir plus loin, dans la 1 i"" section, le n" 256 et la note.
Sur l'ouvrage, qui est conservé au British Muséum et au Caire, voir Brockel-
MANN, I, 362.
'•^^ Sur l'auteur, Abu Bakr Muliammad, lils de Hasan an-Naqqàs (2GG-
36i = 879-962), voir Ibn KhaLIikàn, éd. Wdstenfeld, notice 638. Son com-
mentaire du Qorau existe au Caire, voir Brockelmann, I, 52 1. Les Dald'il, que
nous n'avons pas, sont citées par Ibn Khallikân, loc. cit.- — Safadî a donné
une notice sur cet auteur dans son Wàjï bd-wafaydt. Cf. ms. araba de Paris ,
n° 58.6o, fol. 23a.
^'' Solainiiin h. Aluuad (t 260 = 870). Nous n'avons pas ses Dald'il. Cf.
Brockelmann, 1 , 167.
<*) Sur l'auteur, Abu Dzarr, inoit en 432 (10/12), voir Dzauabî , Tabaqdt,
XIll, 66; Ibn al-Athir, Chrunicon, 1\, 352 (cf. Brockelmann, I, ]35).
'"' Sur l'auteur, qui est mort en 458 (=1060), sur son ouvr.i;i[e, et sur
l'étude qui en a été faite par K. Nylanders ( Leiden, 1892), voir Brockelmann,
I, 363.
PROLÉGO-AIÈNES À L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 259
. i5° A'Idm an-nubuiviva , par Abù-l-Mutamf, qddi-l-djamâa''^^;
16° Aldm an-nuhavwa , parle philologue Ibn Qutaiba-'';
17° Parmi les ouvrages les moins longs qui aient été composés sur ce
sujet (la Vie du Prophète), ou peut citer un petit livre d'Ibn Fâris'^',
l'auteur à' al-Mudjmal fil -lugha ;
18" yls-Srt/HrtV/ (Les nobles qualités du Prophète), par At-Tirmidzî,
dont le nom est'Abd Allah ibn Muslim '"'. J'ai copié moi-même cet ou-
vrage et je l'ai lu devant mon maître Djamâl ad-Dîn al-Mizzi;
19" As-Samd'il, par le hdfiz al-Mustaghfiri an-Nasafi '^' ;
20" Sifal an-nabi' ( Portrait du Prophète) , par le qàdi Abû-1-Bakhtarî '^':
21" Al-Ahklâq, parle qàdi Ismaîl al-Màlikî *'^ ;
22° As-Sifd, par le qâdi lyàd **>;
2 3° Al-Wajd' (L'Acquittement intégral), par Ibn al-Djauzi, en deux
volumes ''' ;
f'î Ce traditionniste est cité par Mas'ûdî, Avertissement, trad. , p. i3i. Cf.
Hammer-Purgstall, Littéral urgeschichte , V, 807.
^-' Ce fameux auteur (7276 =889) est trop connu pour qu'il soit besoin
de donner ici sa biographie. Nous n'avons pas son ouvrage. Cf. Brockelmans,
I, 120 et suiv.
<'' Il s'agit ici du philologue Alimad b. l<'àris (t 3().5 = ioo5), qui est
connu, en effet, par sou œuvre maîtresse le Mudjmal fU-lugiia. Nous n'avons
pas sa Vie du Prophète. Cf. Brockelmakn, I, i3o.
e*) Mort en 279 (899). Sur l'auteur et l'œuvre, voir Brookelmann, I, 169.
*^' Il s'agit ici d'Abù-l-'Abbàs Dja'lar b. Muliammad an-Nasafî, mort en
/i32 (10/10). Cf. DzAHABi, Taljuqài, XIII, 6.0; Wistenfeld, Gcsch. , n°i92.
'■''1 Sur ce fameux jurisconsulte, dont le nom est Walib b. Wahb, qui fut qâdî
do Baghd;"idz sous Hàroùn ar-Rasid , voir l'inléressanto nolire d'Ibn Kliallikhâu,
éd. VVi sTicNi'Ki.D, n" 796, et noire traduction du l''al>hri, p. 33o, n. 9. Sa
Sifal an-nabi est filée par Ibn KiiAU.ikÂN, ihid.
''^ Ce qàdî se nommait Ismà il b. Isliàq b. Isnià'il b. Ilammàd b. Dirham
b. Bàbak al-Ba^rî al-Azdi ai-Djabdami. Né en 199 ou 900 (81 A ou 81 5), il
mourut à Bagbdiidz en 982 (895), dont il fut grand qàdi sous le règne de
Mu'tamid. Je trouve une intéressante notice sur cet auteur dans le ms. arabe
de Paris n" 9 1 oS , fol. 97 r". Parmi les 18 ouvrages que son biographe lui
attribue, le hilàb nl-aLhldii n'est pas menlictnné. A oir encoie Iim ai.-Atiiîr, ^II,
211, et DzAiiAiii, Tabaijiît, IX. n" i93.
(*' Sur l'auteur, voir plus loin, dans la 1 1' section, h- 11" 918 cl la note. Sur
son ouvrage, qui a été injprimé au Caire et dont il existe un très grand noml)re
de nianusciils, voir Bikkjkixm vnn , I, 3O9.
<"' Sur l'uuteur, voii' plus loin, dans la n' section, le n' 108 et la uote.
Sur l'ouvrage, dont le titre entier esl : ^La.a^l JoLi* i *L»jJI i_'U5^, BsockiiL-
MANN, l, 5o3.
'7-
260 MARS-AVRIL 1911.
26° Al-Iqtifâ', par Ibn Miinayyir ''', le prédicateur [khatib] d'Alexan-
drie ;
26° Nnzm ad-durr (Les perles enfilf^es-), par Ibn 'Abdal-Barr'^';
96° SiVrt (Viedu Prophète), par Ibn Ilazm'^';
27° Hadjdjat aJ-tvadd (Le Pèlerinage des adieux), par le même.
C'est un excellent ouvrage ■*' :
28° Sîra, parle saikh Saraf ad-Dîn ad-Dimyâtî '*';
29° Sira (Vie du Prophète), par le hâfz "Abd al-Ghanî f*^'. C'est un
résumé ;
So" 'Uyvn al-atliar fi-l-maghâztxvas-samd'il was-siyar, par notre maître
Yimâm, le hâjiz, Fatli ad-Dîn Muhammad ihn Saijyid an-Nds. Je l'ai trans-
mise, d'après lui, pour partie d'après l'enseignement oral que j'ai reçu
de \ui{sa7tiaan) , et, pour la totalité, d'après la licence qu'il m'a donnée
à ce sujet (idjdzatan) ^''^ ;
3 1 " Fath ad-Dîn , l'auteur précité , a composé une autre Sira abré-
gée '*', que je lui ai entendu lire de sa propre bouche;
('' Sur l'auteur, Nasir ad-Din Alimad b. Muliammad, né en 620 = 1923,
mort en 683 = i 28^ , voir les références données par Brockelmann, op. cit, I,
4i6 et iSi, et ajouter une intéressante notice donnée par le ms. arabe de
Paris n" 2068, fol. i25 {al-manhal as-sâj't, d'Abû-l-Maliâsin ibn Taghrî
Bardi). Nous n'avons pas son Iqtifa.
(-' Sur l'auteur, voir pins loin, dans la 1 1" section, le n" 216. Quant à l'ou-
vrage, c'est probablement celui qui est conservé au Caire (II, 77), sous le titre
de : jis-.J!j ts^^jU' i ^i-^' v'-^; cf. Brockelmann, I, 368.
W Sur ce fameux auteur, mort on /i.56 = io64, voir les nombreuses réfé-
rences données par Brockelmann, op. cit., I, ioo. Nous n'avons pas sa Vie du
Prophète, ni son Pèlerinage des adieux.
'*' Voir la note précédente.
(^' Sur l'auteur, donl le nom est 'Abd al-Mù'min b. Kbalaf (6i3-7o5 =
12 17-1306), voir Brockelmann, II, hd , et ajouter deux intéressantes notices
contenues dans les ms. arabes de Paris n" 2071, fol. go r° à gi v° {al-manhal
as-sàfi, d'Abû-1-Mahâsin b. Taghrî Bardi), et n° 585g, fol. 11g v° à 191 v"
[A'wân an-nasr wa a'yân al-asr, de Khalîl ibn Aibak as Safadi). Nous n'avons
pas sa Vie du Pi-ophèle.
('^> Il s'agit ici du tradilionniste 'Abd al-Ghanî b. 'Abd al-Wàhid al-Djammâ'ili
(f 600 = i2o3),surqui on peut consulter Brockelmann, I, 357. Son ouvrage est
intitulé : ad-durra al-mudiyifa fi^s-srrn an-nahnwiyya.
P' Sur l'auteur, Muliammad b. Abi Bakr, mort en 73i (i33i), et sur son
œuvre dont le titre exact est : i!^L*i j.^ y^^i **^; >>-^ï-»' ^\yyè. J ySi)! (j^^c
ji-Jl JjUi cjji! g , et dont il existe de nombreux manuscrits, voir Brockel-
mann, II, 71.
'*) Cetle lie abf-ègéc du Prophète est sans doute celle qui est connue sous le
PROLEGOMKNES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 261
32° Notre maître , i'îVwrtm, le hdfiz, Sams ad-Dîn adz-Dzahabî a consacré
en tête de son Tarikh aî-tshlm un tome aux Maghdzi (Expéditions du
Prophète), et un tome à la Sira ( Vie du Prophète). J'ai lu ces deux tomes
devant lui ''' ;
33° On trouve dans le Tarikh (Annales) d'ibn Djarir (Al-Tabarî),
plusieurs chapitres consacrés à Tépoque du Prophète '"'^ ;
34° Un gros tome de Tarikh Dimasq (Histoire de Damas), par Ibn
'Asâkir, est consacré à ce sujet''';
35° L'ouvrage d'ihn Abî Saiba'^' contient aussi une bonne partie
relative à la vie et aux expéditions du Prophète.
Tout cela , sans parler de ce qu'on trouve dans les six Recueils authen-
tiques (sihdh) de traditions, touchant les nobles qualités, les expéditions
et la biographie du Prophète.
Les prolégomènes proprement dits comprennent onze sec-
tions {Jj-"^) qui présentent de l'intérêt notamment au point
(le vue de la grammaire et de la bibliographie. Sous ce dernier
rapport surtout, As-Safadî paraît avoir connu les meilleurs
ouvrages historiques qu'un auteur écrivant à son époque pou-
vait avoir à sa disposition. Au reste, voici l'intitulé de chacune
(le ces sections :
Section L Sur les divers computs et calendriers en usage
chez les Arabes, les Persans, les Juifs, etc.
Section If. Exposé grammatical sur la manière d'écrire la
date.
litre de Nùral-'uyùn et sur laquelle on peut voir Brockelmann, loc. cit., à la note
précédente.
C' Sur l'auteur et l'œuvre, voir, dans la 1 1° section, le n° i 35 et la iiolc.
'^' Sur l'auteur eti'œuvre, voir plus loin, dans la 1 1' section, le n" too ot
la note.
•') Sur l'auteur et l'œuvre, voir ihid. , n" 53 et la note.
''*' Il s'ajfit ici probaI)lement d'Abù Bukr h. Alti Saiba, Iraditionniste men-
tionné, sans indication de date, par le Tàdj al-'nnh (1, p. 3 ^(), I. :i3), et
(|uî est rantcin' d'un muxnail. Cel aiitc.ir csl mort en '.135 (f^'i<)); cl". Ilviui
KlULFA, V, 53;>; BnOCkELMANN, I, 5 1 () ; DZAIIAIIÎ, Tdhaii. , VIII, •\o.
262 MARS-AVRIL 1911.
Section III. Sur la manière d'indiquer par écrit la date d'un
événement.
Section IV. Sur les ethniques ou noms relatifs (oL*ii).
Section V. Sur le nom propre , le nom patronymique {kunya
iUi^), le surnom honorifique i^laqah t-oU), et la manière de
les disposer en même temps que l'ethnique.
Section VI. Sur l'orthographe, l'écriture et certains signes
abréviatifs ou conventionnels.
Section VII. Sur le plan des ouvrages historiques.
Section VIII. Considérations grammaticales sur le mot aU^
« décès ?5.
Section IX. Sur l'utilité de l'histoire.
Section X. Sur les qualités que doit posséder un bon his-
torien.
Section XI. Bibliographie historique (Histoire de l'Orient,
Histoire du Maghreb, Histoire de l'Egypte, Histoire du Yémen
et du Hedjâz, Histoire générale. Histoire des khalifes, Histoire
des rois, Histoire des wizirs et des gouverneurs, Histoire des
qâdis. Histoire des savants, Histoire des poètes, ouvrages
historiques divers).
J'ai eu pour établir le texte :
i" Un manuscrit de la Bibliothèque de Vienne, coté i i63
au catalogue de Flûgel, et dont j'ai obtenu communication
grAce à l'entremise de M. Omont, conservateur du département
les manuscrits à la Bibliothè(jue nationale. .Je prie ce savant
l'accepter mes très vifs remerciements. Ce manuscrit, qui est
l'une écriture médiocre, s6 rachète par une correction relative-
ment salisfaisante. C'est celui que je désigne par la lettre V.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 263
9° Le manuscrit de Paris, 58Go du fonds arabe ^^' (Collec-
tion Schefer), que je désigne, dans les notes, par la lettre P.
Ce manuscrit, d'une écriture agréable et très lisible, pèche
par le nombre trop considérable des fautes et des mauvaises
leçons , dues pour la plupart à l'ignorance du copiste.
3° Le manuscrit de Paris, coté /i8o3 au catalogue des nou-
velles acquisitions. Je le désigne par la lettre S (supplément).
L'introduction d'As-Safadî occupe, dans ce recueil de frag-
ments , les folios /i 9 à 62.
Ce manuscrit, qui me paraît assez ancien, n'est pas daté.
Au recto du folio h 9 , qui est le premier du fragment conte-
nant l'introduction d'As-Safadi, on lit la note suivante, écrite
d'une autre main :
*La>j^^ (jL^i)! /o-^];-J *-^ J-5^ j^JsJUaJî dLo! yji) ci^Li^L) ^\^
g-Lim^ ,LJ^^J!_5 *iX^Î^ J^i_5 ^^j-xjcjUÎI^ iJ^\ ^ ^-^W
^^yL=^ <_«^'jL>J ^y*^'i c-^A>Ji (^Uwl /y£ /j^ÀlaJI OUmO (j^ p)o(amjI^
Le complet sur les décès, par Ibn Aibak as-Safadi; [ouvrage] dans
loquel il a réuni les biographies des notables et des hommes les i^lus
distingués du lem|)s, ()armi les compagnons du Prophèle, les suivants,
les rois, les savants, les médecins, les saikhs, les poètes. Cette notice
est exti'ailf du Ka^' az-zunûn 'an asàmt-l-kniub ival-funùn de KÀtir
TsKMiBi, (hîfunt ''*."
D'après une autre note, le fragment contenant l'Introduc-
tion serait autographe, (^ela me paraît douteux, car, malgré sa
correction rebitive, il renferme encore des fautes grossières,
^'' Cf. H. Derenbourg, Les manuscrilii arabes de la Colleclinn ScIw/it, \). 3o;
E. Blociiet, Calaldifiie de la collection des innnuxcrilx orientanar, araOc» , persans
et lares , foiinéi' par M. Srhefer et ac<ii(isf p<ir l'Etal (l'.iris, ii)iio), p. 11.
'-' (il. IIadjI KiiALt'.v, \i, ^17.
264 MARS- AVRIL 1,911.
que l'auteur écrivant lui-même n'aurait sûrement pas com-
mises. En tout cas c'est là une question qui ne pourrait être
résolue que par la comparaison de ce fragment avec les auto-
graphes avérés d'As-Safadî , c'est-à-dire les manuscrits 1781
et 1 7 3 3 de Gotha , et 1 7 2 2 de l'Ëscurial ^^l Toutes les variantes
ont été notées.
Pour les renseignements hiographiques et bibliographiques
sur les auteurs cités au cours de ce travail, je me borne géné-
ralement à renvoyer, dans la traduction, à l'ouvrage indis-
pensable de M. Cari Brockelmann, Geschîchte der arahischen
Lilteratur (2 vol., Weimar, Berlin, 1898-1902). Il est, en
effet, inutile de multiplier, sans profit, les notes au bas des
pages, alors qu'une seule référence au travail de M. Brockel-
mann ^^' suffit pour donner toutes les indications nécessaires.
Je ne m'écarte de cette règle que dans les cas, forcément
peu nombreux, où je peux donner un renseignement qui ne se
trouve pas chez Brockelmann. . •
C' Cf. Derenbourg, Les inanuscrils arabes de la Collection Scliejer, p. 3i;
Brockelmann, op. cit. ,11, 82.
'-' Les indications de M. Brockelmann permettront de recourir aux sources,
toutes les fois qu'on désire avoir des renseignements plus détaillés que ceux
qu'il donne lui-même.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 265
— o^>c= —
Jlâ «jwj (j_;K_ii*_£5 *_iL« UyÀjo 8tXil oOl5^ <)U/> i.:>.s»^^i JxÀJ!
'"' s. Ce mot manque. — '*'' P yjySiJis .
INTRODUCTION COMPRENANT PLUSIEURS SECTIONS.
SECTION PREMIERE.
Du temps des Banû Kinâna^'^, les Arabes avaient adopté
comme point de départ de leur ère la mort de Ka'b ibn
Luayy^-*. Puis, quand arriva l'année où eut lieu la bataille de
l'Elépbant^^', ils datèrent à partir de cet événement. L'inter-
valle entre ces deux événements fut de cent vingt ans^*'.
") CeUe tribu, dont l'ancôtre, Kinàna, naquit vers 101 avant l'ère vulgaire
(cf. Galssin de I'ergeval, Essai sur l'Hisloire des Arabes avant Vîslàm, p. 19'?-
19/i, et VV. MuiR, Tlic Life of Mahomet, I, cxcvi), descend do 'Adnàn, i'an-
cèlre de tous les Arabes, par la branche dont les auteurs sont Ma'add, Mutlar,
Al-Yàs, Mudrika et Khuzaima. Cf. la table généalogique des tribus isma'ilitos
dans Annali delV Islam, corapilali da Leone Caetani , principe di Teano, introd.,
8 Al, table 1, et S 53, ainsi que les auteurs qui y sont cités.
<'' Ce personnage descend de Kinàna par An-Nadr, Màlik, Fihr, Ghàlib et
Luayy, son père. 11 naquit vers 999 ou 3oo de Tère vulgaire. Cf. Caussin de
Perckval, 1, p. a3o, et Prince de Teano, op. cit., introd., 8 'i 1 et 69.
*'' Sur cette expédition fameuse qui aurait été conduite par le vice-roi du
Yémen, Abraliali, contre la Mecque, voir les versions rapportées par les tra-
ditionnistes arabes dans Teano, op. cit., intiod. , S 69, 108, 109 et 117. Celle
expédition aurait eu lieu en 5^0 de notre ère, ptiis(iue,de l'aveu de la majorité
des historiens arabes, c'est cette ainice que naquit Mahomet. Voir Caissin de
Perceval, op. cit.,l, 38a; Tabarî, Annales, elc, l, 967-9G8. Cf. Tkano, op.
cit., introd., 8 laS.
(*' En tenant compte de cet intervaili" et eu adoptant l'année .^j^o comme
266 MARS-AVRIL 1911.
fa]
4^w_ai. »L>Î L^l Ia.&!>l «tX/o «jUjJ (J»*:?t*' t:^-«^3' f*.^i^ (j^ ^T^ (J^ ^'
i^ wopi Uî^ t->b ^^j^! a^ î*xXd> LàfT^b »^Axa. JwoiJI -Is ylS'iiî
L'auteur de Kitâb al-aghânî, Abû-1-Faradj '^^, a dit : çt Lors-
que mourut Al-Walid ibn al-Mughîra ibn 'Abd Allab ilui
'Amr ibn Makhzûm, la tribu de Qurais adopta la date de sa
mort comme point de départ de son ère, et cela pendant un
long laps de temps, à raison de la considération dont elle l'en-
tourait. Lorsque arriva l'année où eut lieu l'expédition de
l'Eléphant, ils l'adoptèrent comme date. C'est ainsi que la
chose est racontée par Ibn Dâb'^l
date de l'expédition de fÉléphant, la mort de Ka'b ibn Luayy se placerait
vers /i5o (570 — i20 = i5o). Il aurait vécu ainsi i5o ans, si l'on adopte, avec
Caussin de Perceval (cf. note a), que Ka'b naquit en 299 ou 3oo avant Tère
vulgaire.
<') Sur l'auteur et l'œuvre, voir Brogkelmann, Geschichte der arabischen Lit-
tm-atnr, I, 166.
'-) Toute cette rbronologie est bien incertaine et l'ourmille d'erreurs. Le pas-
sage du Kitdh al-aghdin (XV, 11) cité au texte donne à entendre qu'Al-Waiid
est mort bien avant la guerre de l'Eléphant, puisque jusqu'à cet événement
son décès servait de date dans la tribu de Qurais. Or, d'après Tabarî (I,
laGi), Ibn Klialdùn(II, appendiie 16) et d'autres auteurs, Al-Walid mourut
à la Mecque pendant la première année de l'hégire (622), c'est-à-dire 52 ou
53 ans après l'expédition de l'Eléphant (570 de .I.-C). Cf. Prince de Teano,
op. cit., Année 1, § 83, et Index, v" Al-Walid. 11 était né vers 5^17 de l'ère vul-
gaire (cL Caussin de Pkrcevai. , Essai, I, tabl. viii). En admettant qu'il lut
mort non en 62 2 , comme l'aflirment la plupart des historiens arabes , mais l'année
môme de l'expédition de l'Eléphant, il n'aurait eu à celte date que 28 ans
(570-5^7 = 28). Comment la mort d'un jeune homme de 28 ans a-t-elie pu être
considérée comme un événement si important qu'on l'a adopté comme point
de départ d'une ère nouvelle? La diiliculté serait encore plus grande, si l'on
admet, avec rAghdin, qu'Ai- Walid est mort bien avant l'année de l'Eléphant.
PROLEGOMENES A LETUDE DES HISTORIENS ARABES. 267
("' P. Manque.
« Az-Zubayr ibn Bakkâr'^', au contraire, raconte que ia tribu
de Qurais avait adopté, comme date, la mort de Hisâm ibn
al-Mughîra ^-', pendant neuf ans. Il en fut ainsi jusqu'à l'année
où ils construisirent la Ka'ba ^^^ ; ils prirent alors cette année
comme point de départ de leur ère. 55
('^ Qâdi de la Mecque, historien généalogiste de ia tribu de Qurais
(t 256 H. = 870 J.-C). Voir sur cet auteur : G. Brockelmann, hiit. Gesch., I,
p. i4i; Ibn KhallikÂn, éd. WiIstenfeld, notice 289. On trouve encore sur cet
auteur une notice intéressante dans le ms. d'As-Safadî, n° 2o64 (fol. 80 r")
de la Bibliothèque nationale. — Sur tout ce passage concornant la date, cf.
l'opuscule de Soyùli, intitulé : g^^' jt^c ig>U^l cjUS^, éd. Gh. F. Seybold,
où toutes ces traditions sont rapportées; voir aussi Ibn al-Athîh, Chronicon, I,
g-i 1; Maoiùzî, Khitat, trad. P. Casanova, p. aS et suiv.; Mas'ûdî, Avertissement,
p. 26.3 et suiv.; Al-BIrcnî, Chronologie, p. 36 et suiv.
<^' Ce personnage est le frère d'Al-VValid b. Al-Mughira dont il a été ques-
tion plus haut, et il était encore vivant eu ^S6 de l'ère vulgaire (cf. Caussin
i)K PioncEVAi,, Esmi, I, 3ii, 1. l'i) époque à laquelle il commandait une aile
de rarmée quraisite, dans la bataille de Samtù, livrée à la tribu des Hawàzin
{op. cit. p. iJoy). Cette date est vraisemblable, puisque, d'après les historiens
arabes, Mahomet assistait à cette bataille et avait alors i5 ans. Or la nais-
sance de Mahomet est placée géntiralement vers 670 ou .^71. La date de 58(i
(.^)7i -f i'^>)i ^ laquelle Hisàm b. al-Mughîra commandait l'armée quraisite, est
donc exacte. Il doit y avoir cepindant une confusion entre les deux frères,
Hisilm et Al-Walid, imputaiile plutôt à Ibn Dàb, cité par l'auteur de Kitdb al-
nirluiiiî {\o]v supra, p. ;!(>()), puisque al-VValid b. al-Mughirah vivait encore au
moment de la reconstruction de la Ka'/ni {(\ob) et ([u'il eu fui le princi|)al
ouvrier. Cf. Caussin, fessai, p. 3Ao. La version de Zubaii' b. Bakkàr, ([ui s'est
occupé spécialement des généalogies do QuraiS, est plus exacte. Elle est con-
lirmée par Mas'i'dI, Avertissement (trad. Cahua de Vaux), p. n8/!i.
'^) La recouslructiou à Ia<|uell(i il est l'ail allusion ici, est celle (|ui n ou lieu
au temps de Mahomet (il était alors âgé de Sf) ans), vers fio5 de l'ère vul-
gaire. Sur cetle loconstruction et les circonstances miraculeuses qui rncc.onq)a-
giièrent, rf CA^ssl^, Kssui, I, p. 338 et suiv.
2C8 MARS-AVRIL lOl 1.
(J-? s-*'-*-—' *.^_^ ci' *Xx^ (jjï^ ét*^ »Xi^ IJlY-*-' ii> '■^^^V*-*-'' ^:?^ (J^^
Les descendants d'Ismâ'îl (sur lui soit le salut !) adoptèrent,
comme point de départ de leur ère, le c^feu d'Abraham 55 (sur
lui soit le salut!), jusqu'à la construction de «la sainte maisons
{^c est -à-dire : la Ka'ha) ; puis [la construction de la Ka'ba]
jusqu'à la dispersion des Ma'addites; enfin la dispersion des
Ma'addites, jusqu'à la mort de Ka'b ibn Luayy.
Les hommes ont, en effet, l'habitude de fixer la date au
moyen des événements notoires ou des faits mémorables.
C'est ainsi que certains Arabes adoptèrent, comme point de
départ de leur ère, l'année de la morve (Vîm al-khunân^, à cause
de sa célébrité.
An-Nâbigha al-DjaMîd) a dit :
Si quelqu'un s'informe à mon sujet, qu'il sache que j'étais du nom-
bre des adolescents à l'Epoque de la Morve.
"> Sur ce poète, voir Kitàb al-aghàni [éà. BûlÀu), IV, p. i33, où il est cité
à propos d'épigrammes lancées coatre lui par Lailà al-Akhyaliyya; Reisk, dans
ses notes sur Abù-1-Fidà, I, 63; cf. Sacï, Chreslomathie, II, /u 1, et Anlh(>h}i;-iP
Ijrammalicale , p. 129,011 est cité un joli vers de Nàbigha ; cf. aussi de Hammeii-
PiJUGSTALL, LilloraturgescliiclUfi der Arnber, I, 517, et IV, 7^)8; Ibn Qotaiba,
Kùâb rts-srr, p. 1G9; Tàdj al-'arùs, IX, i()3.
PROLÉGOMÈNES X L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 269
y!5Li (Jk_£ o\_*_J^ dJ^ Juoi yl>3 -j-^L» ^J^' U"*>»^ S;>*^' oôOj
(^ c^-^U' (j' ^>fr*J5 ^^J» /o^-^'iï*^ Jlj»^ [ry^ ï *jS>-! i^^^»" '«^
iuoL^'^ *ju« o!i)l Ai'SAj" ^*xjLX**<iJI g^b Jl -!$UJi A-vXfi -:>) j^Jà.
(") V caJJ^. — C") P tjjbL^^. — (') S. Les deux mots précédents
manquent. — (^) V J^^l . — ' (') S *j^JOLi:-«i)l .
Il s'est écoulé cent ans depuis l'année de ma naissance, plus une
année, après cela, et deux pèlerinages'''.
Et pourtant, les vicissitudes du temps m'ont aussi peu entamé qu'elles
entament une épée yéménite.
Anciennement les Arabes fixaient la date d'après les étoiles
(^midjimi). C'est de là que dérive l'expression nndjâjumlu : j'ai
échelonné les payements de telle somme pour un tel, afin qu'il
la paye en plusieurs échéances {nudjùmy
D'après un auteur, les Juifs ont dit : r Le laps de temps écoulé
depuis la création d'Adam (sur lui soit le salut!) jusqu'à l'ère
d'Alexandre'^' est de trois mille quarante-huit ans (3,o/i8). »
D'après les Chrétiens, il serait de cinq mille cent quatre-vingts
ans(5,i8o)(''l
'*' C'i'st-A-dire do^jx autres années, ce qui lui donne io3 ans. Ces vers «ont
rapportés dans le mis. ïn)>'<Ç) (Kildh al-nivil'il d'Ai.-'AsKuii), fol. 7(5 v°; le Tàdj ,
l. I\, p. 193-, Lisait, \VI, 001; Mas'i'idI, Arcrlisspini'iit , Irad. 37'!, où l'on
Irouve l'explication du nom donné à l'ère eu question. Mois voir l'explication
difl'érente (pi'eu donne le Tàtlj , loc. cil.
(■-' Voir plus loin, p. 370, note ».
'^' .'),i8i d"a[)rès Mas'i'idî, /Jivi/wscmrdf , trad. (iviuiv dk \\i\,p. •>().").
270 MARS-AVRIL 1911.
^L-A-i yLS^ (^iXj! jLy-» -U |*^j ^L^o (jfi »^j-)u*-LI iUUJ^ g';^ o^;^'
gsL'ij yLojAxJ j-mj ci-^isT g';lj^ ji>iâ*î' y^r*^' d ^^«Xl,l yù^SX>J^\
(") S. Manque. — «^^ S *j^ja5L,i)l .
Quant à l'intervalle exact qui s'est écoulé de la descente
d'Adam du Paradis sur la terre, jusqu'à la date de la nuit qui
a précédé le vendredi où eut lieu le Déluge, il est, d'après
les Juifs, de mille six cent cinquante ans ( i,65o), d'après les
Chrétiens, de deux mille deux cent quarante-deux ans (2, 2/1 a),
et, d'après les Samaritains, de mille trois cent sept ans
(1,307).
Un autre auteur a dit : « Le laps de temps qui sépare la
création d'Adam et le jour du Déluge est deux mille deux cent
vingt ans ( 2,2 2 0 ) et vingt-trois jours. •>•>
Quant à l'ère d'Alexandre , dont il est question dans le
Qoran '1' Sublime, et à celle de Nabonassar (Boklit-^assar),
''' Alexandre n'est pas expressément mentionné dans le Qoian. Dans ce livre
il n'est question (surate xviii , versets 82 et suiv.) que d'un personnage
appelé Dzù-I-Qarnain, wriiomme aux deux boucles (ou nu deux cornes)'! ; mais
la majorité des commentateurs s'accorde pour identifier ce personnage
avec Alexandre le Grand. D'autres, au contraire, disent que ce Dzù-1-Qarnain
est un roi liimyarile contemporain d'Abraham, cl. Gaussin de Pkrckval, 1, 05
et suiv. On voit qu'As-Sat'adi est plutôt partisan de la première opinion.
PROLÉGOMÈNES X L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 271
ca-^Îj-XJI (oLS^-sî? »L^^ ^r*^^ ^-^ if^^^' Ij-^;^ <J?-S-s2 yU>laJî
U^JLCcJ rSpà g;U3U c^î^! cil^^:. ''^^i \i ^i^53i c:.l^^
o«-Js?j yLi^JaJl y-jo UiXa.._^ sb^vA.^ <îOuL^j)l UxîTTj otli*. <ii kiiîi»
elles sont connues'^'. Au contraire, la date du Déluge est igno-
rée. Nous avons donc voulu la vérifier et la fixer exactement.
En conséquence , nous avons vérifié cette date au moyen des mou-
vements des astres (planètes) et de leurs positions moyennes ^^',
depuisl'époque du Déluge, à laquelle Ptolémée a placé les posi-
tions moyennes des planètes, dans l'Almageste. A l'aide de ces
deux principes, nous avons vérifié la date du Déluge, au moyen
des mouvements des astres, de la même façon (jiie les mouve-
ments des astres se vérifient au moyen des dates, par applica-
tion directe de la règle. Nous avons alors renversé celte règle
et, ayant additionné les laps de temps et ayant exactement
déterminé tout cela, nous avons trouvé entre le Déluge et
Nabonassar — en années solaires et avec la plus grande pré-
<•' Cf. Mas'ijdî, Aveilisseinent, p. aOf).
'*' Ce mol bLwji ne ligure pas avec ce sens dajis les dirtionnaires arabes. La
phrase on il est employé a été, sanscii)ule, empruntée à Ai,-Biui'iNi (('.hronnlngie,
jtartie arabe, p. 'tf), trad. ;m[jlaise (bï M. Kdoiiard Svciivt , [>. •.!()), qui dit (pie
les trposilions moyennes^ [llie mcun j)larc>t of llic xUirs) ont été établies pai' l'as-
tronome Abu Ma'èaral-Balkliî, d'après la date du Délu}je : -b:*.! -f.)^^ ^-^^ JI5
<-S\^\ bLwjl tU^ (s^ tyîiM' vû-«-*>j'- La luème citation se trou»e chez
MaohIzI, kliilat , I, 9()(), I. ly, et dans la traibicli(m de M. (]asvmiva, p. 37. —
Sur Abu Ma'sai', voir Bhockki.mann, I, p. aai.
272 MARS-AVRIL 1911.
/wA-S'^XJij /wA-jLjI^ ioLj^AwJj (j)"^*J^ r_^-»<Xjî vS?»- «^JV urii^y^^ i^^i
_j_tfij l*>UÙ U^olfi (Jl /jxivjiji (_gi> ^vO^ '•^'-^^^ ^ '■Ù^i> iJ'A UiV /OJ ^^^Lw
*_jM*_j 3Lj^_^^_xJÎ jj^ «Jou** otJi f»:») (jiilfi <-r*^3 J^^ y^^^ ij^ (Jy^.
cision possible — un intervalle de deux mille quatre cents ans,
plus deux tiers et un quart d'une année ( 9,^00 + -V^ + V^)'
de Nabonassar à l'ère des Syriens, qualre cent trente ans
(/i3o). Nous en avons fait l'addition, et l'intervalle entre le
Déluge et [Alexandre] Dzû-1-Qarnain s'est trouvé être — ■
après réduction des fractions — de deux mille neuf cent trente-
deux ans (2,982) '^l Puis y ayant ajouté l'intervalle qui existe
entre Dzû-1-Qarnain et nous, jusqu'à cette année-ci, qui est
l'année 671 de l'bégire, cela a donné, depuis Adam (sur lui
soit le salut!) jusqu'à ce jour, un total de six mille sept cent
soixante-dix-neuf ans (6,779), avec la plus grande précision
possible^-'.
(') Mas'ûdî, Arevtissement , trad. Carra de Vaux, p. 265, donne 9995 ans,
en comptant jusqu'à l'avènement d'Alexandre. Mais l'auteur nous avertit (/./.)
que certains font commencer l'ère d'Alexandre à la 7*^ année de son règne. Or
si on ajoute 7 à 2,995 , on obtient les 2,939 de Safadî.
'"-' Mas'ûdî, qui écrivait en 3i5 de l'héfifire, dit que l'intervalle qui le sépa-
rait d'Alexandre était de 1968 ans. Si l'on y ajoute les 5, 1 8 1 qui séparent Adam
d'Alexandre, on obtient 6,^^59 ans, comme total séparant Adam de Mas'ùdi.
Safadî écrivant 826 ans plus tard, on obtient, en ajoutant ce nombre, 6,77.'), ce
qui se rapproclie sensiblement du cbillre donné au texte.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 273
/w„A_>^ A_Â_*<rf A_j Lf-kAfc» -SAwwJ! LgvAAfi ^^^ (^^T^ (i)"^^ *■***' (J^O >
LM(y_A.A-£ (^u»J^^ i^ii LvfrJ^ kXMi ib U\**^ -^5\amJ) LjyAAfi ^'^j'^J <S*'J'^
Wahb^^' a dit : «Adam a vécu mille ans. w D'après la Tliora,
il aurait vécu neuf cent trente ans (g3o). Entre Adam et le
Déluge de Noé, il s'est écoulé deux mille deux cent quarante
ans (2,2/10)^'^); entre le Déluge et Abraham (sur lui soit le salut!)
neuf cent quarante-sept ans (9^7)'^'? et entre Abraham et
Moïse (sur eux soit le salut!) sept cents ans (700 )f^'; entre
Moïse et David (sur eux soit le salut), cinq cents ans (5oo)'^';
entre David et Jésus (sur eux soit le salut!), onze cents ans
(1,100)''^'; entre Jésus et Mohammed notre prophète (sur eux
soient les bénédictions et le salut d'Allah !), six cent vingt ans
(620)''''. Au demeurant, Allah sait mieux que personne ce qu'il
en est.
(•' li s'agit apparemment de Walib b. iMmiabbih (t 1 1 2 ou 1 1 '1 ou 116).
Voir BnocKELMANN, I, 65; Ibn Khallikân, éd. Wlstenfeld, notice 71)6;
DK Hammer, Lhleraturircxchichle , H, 177, a 28.
(^' 2,9^2 d'apn^'s Mas'îdî, Avertissement, p. 281. '
W 1,081. Md.
('' De la naissance d'Abraliam à la mort de Moise âiS ans, ib'ul.
(■•' De Moïse à David ^79 ans, Mas'ûdî, op. cit., 286.
(*' i,o53 d'après Masùdî, Aie. cit.
C Mas'îidI, Avcrtissetiienl , donne 629 ans et 3()i ans, en complaiit depuis
la naissance de Jésus jusqu'à l'Iiégire (p. a85), et Ooo jours, sans préciser les
point limites (p. 280).
XVII. ,8
tniiturnir ^ lTiii% \i*.
Tih MARS-AVRIL 1911.
jjL^jJaJî sXxàJù] vXxf <îoi) ia^tJi g^b g'^î^l -Joj.yl ^(j<><ian> acV
(a) *
(°) Tout ce passage , depuis le mot (.o^ïl , manque dans ies mss, P V.
La plus ancienne ère en usage 'parmi les hommes.
Un auteur a prétendu que l'ère la plus ancienne est celle
des Coptes, car elle commence après la fin du Déluge. La plus
récente des ères connues est celle de Yezdédjerd, fils de
Sahryâr^^', le roi perse. C'est une ère que les Musulmans ont
adoptée, quand il conquirent le pays des Cosroës, c'est-à-dire
le pays qui est appelé Irânsalir'-'.
Quant à l'ère inaugurée par Al-Mu'tadid'^J, je ne crois pas
qu'elle ait dépassé les limites de T'Irâq.
Entre ces deux ères [extrêmes] se placent l'ère des Copies,
des Rûm, des Perses, des Banû Isrâ'îl, l'ère de l'expédition^*'
de l'Eléphant.
('' Celle ère dale du milieu de l'an 632 de J.-G. Cf. Caussin, Essai, 111,
A60, noie 1. Ex^ictement le mardi 16 juin GSa : Noeldeke, Gesch. der Perser
und Arab., p. à'èU.
(^' Sur l'étendue que les géographes orientaux donnaient à ce pays, voir
l'extrait de Yàqùt apud Bariuer de Metnard, Dictionnaire géographique de la
Perse, p. 63.
(3) Voir plus loin, p. a8/i.
'''' Le texte dit: tr L'ère de Tannée de TÉléplianln. Sur la date, voir ci-
dessus, p. 265, note 3. Sur les autres ères, voir Mas'îdî, op. cit., 36/1-266.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 275
(^^-^ Li\ (Ji wiUi c.«— s-»** yl-S^ iwi^ ci\^ iC^ui J^yi ^^ j^ jj
(•) p Ljil . — (*>) P. Manque.
Les gens adoptèrent ensuite, comme point de départ de
leur ère, l'année de la Hidjra (Hégire, ou émigration de Maho-
met à Médine).
Le premier qui ait daté les écrits à partir de l'Hégire est
'Omar ibn al-Khattàb (([u'AUah soit satisfait de lui!), en
Rabî' i"'' de l'année i G [de l'Hégire]. La raison en fut qu'Abû
Miàsâ al-As'arî '•' écrivit à 'Omar: «Il nous arrive des lettres
de la part de l'Emir des Croyants, sans que nous sachions à
laquelle de ces lettres nous devons nous conformer. Ainsi
nous en avons lu une datée de Sa'bân; mais nous ne savons
pas duquel des deux Sa'bân il s'agit ; est-ce le Sa'bân passé
ou le prochain '-* ? 55
'Omar (Allah soit satisfait de lui!) résolut alors d'écrire la
date (l'ère). Il voulut la faire commencer au mois de Ramadan,
mais il s'aperçut que les mois sacrés tomberaient, dans ce cas,
^" Sur co cdinpairnon du Prophcle el le nVIe <|u'il joua dans les premiers
temps do l'islam, voir la Iraductiou (VAI-Fal:lin\ p. 1/17 cl la note 3.
*'-' Ce parajjraplii' a été eiupruiilô, par Saladi à Ain' llii.Ài, At/Askvni, Kildh
al-nmail (ms. df Paris n" .')()8() | collorl. Sclu-fer], fol. a() r" ol v"). (]omp. lo
récit d'IiiN AL-Aiiiiii, dhronicon, 1, y.
18.
276 MARS-AVRIL 191 1.
(') P V. Les 23 mots précédents manquent.
en deux années. -Il lit alors commencer l'ère au mois de Muhar-
ram, qui est le dernier des mois sacrés dont il fit ie premier
mois , afin que les mois sacrés fussent groupés dans une même
année ^'^.
Le Prophète avait émigré un jeudi, quelques jours étant
écoulés du mois de Muharram ^■-'. Il demeura en émigration —
voyage et séjour compris jusqu'au jour où il pénétra dans
Médine — deux mois et huit jours.
Al-'Askarî '^^ a dit, dans le Kkâb al-aivaiW^^ que le premier qui
('' Voir la note précédente.
'^' D'après ia majorité des auteurs arabes, Vhégire (l'émigration véritable) eut
lieu au commencement de Rabî' i", tandis que, d'après notre auteur, cette date
serait celle do l'arrivée du Prophète à îMédine. Mais Safadi n'indique pas son
autorité. Sur cette question, qu'on peut considérer comme non encore résolue,
voir Caussin de Perceval, Essai, III, p. i6 et suiv. ; Prince de Teano, Annali,
I, p. 345 et suiv., où l'on trouve une bonne discussion de toutes les opinions
émises sur cette question.
'^' Abu Hilàl Al-IIasan b. 'Abdallah. . .al-'Askari, grammairien et littérateur,
mort en SgB de l'hégire (ioo5 de J.-C). Cf. Brogkelmann, 1, ia6, et de Ham-
MER, V, 45 1. Sur l'œnvre de cet auteur, on peut ajouter aux renseignements
donnés par M. Brockelmann, que le Kitàb as-san'alain etc. (n° a de ia notice
de Brockelmann) a été édité au Caire, par Muliammad Amîn al-Khànigi
((^UL), et que, sur le Kitdb at-tashtf {n' 9 de la même notice), on peut
consulter la communication de M. Rrônnle, au Congrès des Orientalistes de
Rome, III, 2, p. 6-8.
<''' Sur cet ouvrage, voir Richard Gosciie, Die Kitdb al-awail, eine litlei-ar-
hitlorische Studie , in-8°, Halle, 18G7. Cf. Brockelmann, I, 197. Sur un
ouvrage du môme nom, par Sulaimân at-Tabarânî (t 36o H.), voir Brockelmann,
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 277
-^-Jl (j!^ -^ |V;^ ^%^ CJ^S^ »->^^ ibU>Aj ,j dUxîî ^xLaJb' (j**.cwJî
Ajcj]pi iOuJI ^^ l^s.j ^^yiK&^ ii^m cyLJtyC^ (J-iy-- *^^' isU*-
c) V blvi'. — (') V i.
recula le netrûz est Al-Mutawakkil. «Al-Mulawakkil, dit-il, se
promenait au cours d'une de ses parties de chasse quand il
vit un champ de céréales encore vert. w'Ubaid-AIlàh ibn Yaliyâ''^,
«dit-il, m'a demandé l'autorisation de commencer la perception
f^du A7<a;Y^ (impôt foncier), mais je vois que les récolles sont
« encore vertes. » On lui lit savoir que cet état de choses avait pré-
judicié au peuple, qui en était réduit à contracter de ce fait des
obligations et des emprunts. «Est-ce là, demanda le khalife,
«un rèjjlement nouveau, ou bien en a-t-il toujours été ainsi ?w
On lui répondit que c'était nouveau; puis on lui fit savoir que
le soleil parcourait entièrement le ciel en trois cent soixante-
cinq jours et un quart de jour (365 + i/^)' ^^ ^"^ ^^^ ^^""'
lulercalent tous les quatre ans un jour qu'ils retiennent dans
le calcul, en sorte que, pendant trois années consécutives, ils
donnent au mois 'de Stibàl (février) vingt-huit jours; mais la
I, 519. Le passage cilé au lexlc se trouve daus le ms. unique de Paris rxjSG
(Collect. Scheler), fol. i38 v° à 1/10 v".
C' Wizîr (rM-Miilawakkil. i'X. Iim Kiiai.mkîn, éd. VViisTKNFKi.n, notice i33;
Al-F(iklm, éd. Di;m'.Niioiiiiii , n. 3fl(), '.\'i'.\ , Iradurlioii , ji. '1 1 3 et suiv. et h'M\.
278 MARS-AVRIL 1911.
l_gJiLx-w /»JO j^tX)) ^y*àJu\ {JM>jSj ^_J**J^Ji OOO^ U>^'^j^>w>^j »JtM*.J
ju*_a3J) )<>»wlt>^ 't-6^ *-»-»« T**'*^ *AM<^ liijL* ,J6 jj (j**<\**J) *-».*« Lyf^^
(°) P y^. — WPS J-xiJI. — (■=) P IJvS,; s V IJvJCiûj. — ('•) P V s
quatrième année, celle qu'on appelle bissextile (^kabîs'j, il
résulte de la totalisation de ces quarts de jour un jour entier,
en sorte que Suhât (février) se trouve avoir vingt-neuf jours.
«Les Perses, au contraire, intercalaient l'excédent d'un mois
résultant de la différence entre leur année et l'année solaire,-
tous les cent seize ans ( 1 16). Cet embolisme, malgré sa lon-
gueur, est plus exact que celui des Rûm, parce qu'il approche
plus du résultat que donne le calcul de l'excédent de l'année
solaire.
«Puis, lorsque vint l'Islam, on cessa de faire usage de l'em-
bolisme et il ne fut plus observé et cela préjudicia au peuple.
Mais, à partir du règne de Hisam, il fut remis en vigueur.
Les dihqân^^^ (seigneurs persans) vinrent, en effet, trouver tous
ensemble Khâlid ibn 'Abd Allah al-Qasrî'^', lui exposèrent la
f^' Sur celte noblesse campa^jnarde des dihqân, voir les curieux détails don-
nés par M. NoELDEKE dans sa Geschtchte der Perser, p. l\ho.
(■^' Gouverneur de T'Iriiq sons Hiâàm I). 'Al»d al-Malik. Voir Al-Fahhrt, éd.
Dkrknboijro, p. i^y. Une biographie de ce personnage se trouve dans le ms.
arabe de Paris, n" 9o6i, fol. à v°. Comp. ma traduction d'Al-FaUtH, p. ;>ii
et la note.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 279
,Xh^^J! pL,l yl^ Cto >i53l i »il^ .,^1 Ui dlxj- M\ Jy ^^
(°) Coran, ix, 87. — C') S ^ ^j?.
situation et lui demandèrent de reculer le neirûz d'un mois.
Khâlid écrivit à Hisàm ibn 'Abd al-Malik qui était alors kha-
life. «Je crains, répondit Hisâm, que cela ne rentre dans ces
c^ paroles d'Allah (qu'il soit exalté !) : ^Le nasî^^^ est un surcroît
«d'impiété'^'.»
«Puis lorsque arriva le règne de [Hârùn] ar-Rasîd, les
dihqân vinrent trouver Yaliyà ibn khàlid al-Barmaki, et lui
demandèrent de reculer le neirâz d'un mois. Yahyâ résolut de ce
faire, mais ses ennemis le calomnièrent, en disant : «Il défend
« les intérêts de la religion des mages '^l » Yahyâ abandonna alors
«son projet, et les choses restèrent en l'état jusqu'à ce jour. 55
'') Ce mot désigne tantôt rouiholismc (ou intercala lion) tantôt l'action do
reruler un mois sacré, en le remplaçant par un autre, autrement dit, la
remise de Toljservation des mois do trêve. Caussin dk Pkrceval, I, 2^6 , semble
dire, d'après les auteurs arabes, que cette remise de l'observation de la trêve
ne pouvait s'apjiliquer (|u'au mois de Muharrain , qu'on remplaçait par Safar.
On verra plus loin (\y. 9.S6-'^H']) que d'aprôs notre aulenr on pouvait remollre
celte observation de Safar à Rabî 1", et ainsi de suite.
(■^) Qoran, ix, 87. Ces paroles s; trouvent éjjalomont dans le discours pro-
noncé par iMabomet dttvaul les Musulmans réunis au mont 'Arafat, pendant lo
pèlorinajje dit «des adieux^ {hndjiljal al-inuht') [8 mars (!3a]. (If. Caussin,
III, .'^o/i, d'après la Siral ar-raxiti , (I'Ibn IIisÀm Voir plus loin , p. ^87, une
longue citation de ce discours de Maliouiot.
(^> Los Barmakides, ou Barmécides selon la transcription vicieuse qui a pré-
valu, étaient d'origine persane, et on les a toujours accusés d'/^tro restés alla-
cbésà la religion des mages. Cf. ma traduction (VM-l''akhn\ p. 'îfjfl et note 2.
280 MARS-AVRIL 1911.
^LsxJ! ^Ji ^yi\ jSyiil y^^li ,._^ll Jî éii> J^ J^ «>^ c_yèU
l_;« iXAaxxil 4^ Jo:^! Ui^ (^y-^ J^^; ï ;^*^ V^ ^'^^ ^^ ci**
w
t^ Al-Mutawakkil fit venir alors Ibrahim ibn al-'Abbâs'^' et lui
ordonna de dresser un écrit reculant le ne/rwe, après qu'on
aura fait le calcul des jours. On résolut de le reculer jusqu'au
vingt-septième jour de Hazîrân (juillet). Ibrahim dressa l'écrit
en conséquence. C'est un écrit célèbre parmi les rasail
d'ibrâhîm.
«Quant à Al-Mu'tadid, il ne fit qu'imiter ce qu'avait fait Al-
Mutawakkil, si ce n'est qu'il a raccourci le délai en plaçant le
neirûz au onzième jour de Hazîrân (juillet).
«Al-Buhturî'-' fit alors les vers suivants, à la louange d'Al-
Mutawakkil :
La gloire t'apparfieiit entièrement, et la plus petite de tes entreprises
est immense.
Le jour du neirûz est revenu à l'époque qu'avait fixée Ardésîr.
") Il s'agit ici de Sùlî, dont le nom était, en elTet, Ibrahim h. al-'Abbàs b.
Mubaramad b. Sùl. Sur cet auteur, voir plus loin, dans la 11" section, le
n" 1 8 9. et la note correspondante.
''•') Sur ce célèbre poêle (t 99/i = H97), voir Biiockf.i.m vnn , I, 80.
PRULEGOMEiNES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 281
(^J rfv-d>^-jt^ J_5>_X_ii LT^^ t^yiïa^ (J^il^LJI (^^ij? ^^ «X^l Jld
viXJ«X^ <9lJ «X-^^cïo ikfiU^^ AajLico u>lâJ^ ^)^^ /j*oK~fc. ^ «^^^
^ al *¥ u\^j-Mt.^^ x^\\ ^e^«>v.A^ r*^^^ r*'^'^ tl)y ^^^i ciM^'^
("' Ce deuxième héinisticlie est incompiet dans les trois mss. S Ijj'-a».. Voir
la note qui accompagne la traduction de ce passage. — e"' ^^J^UJI . — <"' V
^j-Ufi. ^ '''' P. Manque. — '"^ S l>Jl3>. — <'' Les 3 mots précédents manquent
dans S.
C'est toi qui l'as rendu à son état primitif, alors qu'il était éf^-ai-é,
ambulant '''.
«Ahmad ihn Yahyà al-Baiâdzuri '-' a dit: «J'assistai à l'au-
«dience d'Al-Mulawakkil, jjendant qu'Ibràhîm ibii 'al-'Abbàs
«lisait l'écrit qu'il avait rédigé sur le reculement du neirùz.\[-
« Mutawakkil témoignait de l'admiration pour la beauté de la
«forme et l'élégance des idées, et les assistants approuvaient.
«Je fus alors en proie à la rivalité et je dis: «Emir des
«Croyants ! il y a dans cet écrit une faute. 5j On l'examina alors
de nouveau , puis on me dit : « Nous ne la voyons pas ; quelle est-
«elle 'h-) Je répondis: «Ibrahim a fait commencer l'année persane
«par la nuit, alors que les Perses calculent la date en commen-
« çant par le jour. He jour, chez eux , est de vingt-quatre heures —
^'1 Le dernier membre de la |tliraso manijui' daii- le texte arabe; jf l'ai
rélaltli d'après le Kilùh al-awail d'Aitii lhi,'u, M.-'Askvni (iiw. .')i)8() de Paris,
fol. i3() v°) auquel ce passage a été euiprunté.
(*) t Q7<) ('^9'j), cf. BnilCKKI.M \NN, I, l'i-.l.
282 MARS-AVRIL l'oil.
("' P. Ces deux mots manquent. — (''' P ooixil^. _ (') S P a^-iv,^. —
C'' V (^t^,. — W V ^o^. _ (0 p V ^.^. — (f) S. Ce mot manque.
« qui comprennent le jour et la nuit — et constitue une fraction
«des trente fractions dont se compose le mois. Les Arabes, au
c^ contraire, calculent la date en commençant par la nuit, car
«leur année et leurs mois sont lunaires; or, on commence à
«voir le croissant de lune pendant la nuit.w
«On reconnut, dit Al-Balâdzurî, la justesse de mes paroles,
«et Ibrahim avoua son erreur et dit : «Cela ne rentre pas dans
«mon domaine. 55 Je me sentis alors soulagé de la rivalité qui
m'avait tourmenté. 55
«Puis Al-Mutawakkil fut tué avant l'arrivée de la nouvelle
année: le pouvoir passa à Al-Muntasir'^', et, le besoin d'argent
se faisant sentir, on demanda l'impôt aux contribuables d'après
l'ancien système. Quant au système établi par Al-Mutawakkil,
il fut aboli et on ne le pratiqua plus, jusqu'à ce que le pouvoir
eût passé à Al-Mu'tadid. Celui-ci dit à Yahyâ ibn 'Ali, l'astro-
(') Klialife 'al>bàsîde (9/17-958 = 861-869). Voir ma traduction dM/-
Fahh'n, p. Ai 5 et suiv.
PROLEGOiMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARARES. 283
^!y.=i ^[juii\ Lgj-XAW /yMOk.^ L^A.5^a». X^ (J^T*^' <.:>Axai. OijçXi ^îy=^
f
<"' V L^Jô^ . — '*'' V. Manque ; P S jJI . La leçon que j'ai adoptée est
celle du manuscrit même du Kitdb al-awaU, dont tout ce passage est extrait.
— (') P *xiljy. — t'') P. Manque. — ("' V xuJ\^.
nome''': «Les réclamations du peuple au sujet du M^rw/^' (impôt
fc foncier) sont devenues très nombreuses. Comment se fait-il que
«les Perses, malgré leur science et leur belle civilisation, aient
« placé l'ouverture de la perception du kharàdj à une époque
«cil il n'est pas possible aux contribuables de le payer?»
«Je lui expliquai alors, dit Yal.iyâ l'astronome, la question
«et j'ajoutai: «11 faudrait que la perception du kharàdj fût re-
« placée à l'époque où elle se faisait, qu'elle fût fixée à tel
«jour d'entre les jours des Rûm, en sorte qu'elle ne soit plus
«sujette à variation.?! Le khalife me dit : «Va trouver 'Abd
« Allah ibn Sulaimân '^^ et mets-toi d'accord avec lui sur
«ce point.» Je me rendis alors auprès d"Abd Allah et m'en-
tendis avec lui. Nous calculâmes cette date de l'ouverture du
hhnrtuij ; elle échut le onzième jour de Hazirân (juillet). La ques-
C Sur ce célèbre astronome, voir Ibn Khvllikàn, Wafaijdt, éd. WiIstknfkld ,
notice 8i3, il mourut en l'année 3oo (919). Cf. Rrockelmann, I,5aQ.
C^) VVizir d'AI-Mu'tadid. Voir li- ms. aral.o do Paris, n" flufifi, fol. So-i. il
mourut en 9S8 (()on), cl. Al-lùil,hrt', éd. I)Kni;Nnorno, p. 'Ah'j et 3'if) (où il ost
nommé 'IJbaid Allnli). Il se trouve également cité sous ces deux formes de
nom différentes dans Ibn KiMLMkÀN, éd. WiisTKNFKt.n , notices 1 11 ot 97H. Comn.
ma traduction d'/l /-/''«/. /ir/, p. Mi-?..
284 MARS-AVRIL lOll.
^^y^ 0»-Li»> *-^-*-J »w>iw^ <^Os-:»-i) i4.«:.»-> |*^.> ^^! t>«.xiXxlî JJb 0<j^
A-aJ»^ ci' (^-^^ ^^-^ ^M (^Y^^*^ M'^'-S^' ^-S^^' '^■w^ 8yàk.li ^jIm^aJ
(jl — i-jî^ (jLXjLo dlJ*Xl ^^Aa« »Xi yl5^ «îuJl »iJ» (j*»>x!l C^jD (^tXJI
r Mt (''' . r M V "1^ ....... (-=) ........
(°) Jil^^l .— ('■) S ; A en plus ^^^.— ^'^ V yp^Jki;,. — C^) P V ^UJ! .
tion fut définitivement réglée en conséquence, et le résultat
consigné dans les àuvàn [de la comptabilité].» •
•s Le neirùz persan, au moment où Al-Mu'tadid l'a déplacé,
tondîait le vendredi onze '^^ Safar de l'année deux cent quatre-
vingt-deux (282=896)^2^, correspondant, parmi les mois des
J{ùm, au onze Msrt/j (avril). Al-Mu'tadid recula donc le neirûz,
conformément à ce qu'exigeait l'embolisine, de soixante jours,
en sorte qu'il revint à l'époque où les Perses l'avaient placé. Il
s'était écoulé alors deux cent trente-deux (282) années per-
sanes, équivalant, en années arabes, à deux cent trente-neuf
ans et un peu plus de dix jours. Après ce reculement, le
neirûz est tombé le mercredi treize '^^ ( > 8 ) Rabf n de l'année
deux cent quatre-vingt-deux^'' (12 juin 8c)5 de l'Ere vul-
(') Littéralement : onze nuits étant écoulées.
(^' Cf. le récit de Mas'ûdî, Avertissement, 288-389.
^■^) Littéralement : treize nuits étant écoulées.
('"' Le ms. 5980 (le Paris, fol. 1 ho v", donne aOo ( Al-'Askarî , Kilàh al-nwnil):,
mais voir Mas'i'dî, Avortissempnt, a88-989. qui confirme la date donnée au
texte ci dessus.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 285
(■) s ÂJLw. — C') Ooran, ix, 87. — ('' P; A en plus *;.
gaire)'^^, correspondant au onze^^^ Hazmm (juin).» Ici s'arrê-
tent les paroles d'Al-'Askarî.
«Je dis, au sujet de ces paroles d'AUàli (qu'il soit exalté!):
c^ Certes le nmî^^^ est un surcroît d'impiété, etc. 75, deux
opinions ont été émises sur la signification du mot nasî^'^\
D'après la première, cela signifierait k l'action de reculer w. En
effet, AJ3Û Zaid a dit : nasatu-l-ibila \ini-l-haud signifie : «J'ai
reculé les chameaux par rapport à l'abreuvoir, w Or le nasî
désignait précisément la remise d'un mois à un autre.
R D'après la deuxième opinion, cela signifie a augmentation ».
En effet, Outrub '^^ a dit : n(isa(t Allàliufl-l-adjal signifie : « Allah
a augmenté le délai (c'est-à-dire la vie de quelqu'un).»
''' C'est la date que donnent les Vevgîeichun^rx-TabeUcn de VVi'sTENFKi.n.
'^' L'auteur donne onze au lieu de douze, probablement parce qu'il con-
sidère que la nuit appartient au jour précédent, dans le calcul des linm , et
que l'on est ainsi dans le onzième jour, le douzième ne commençant que le len-
domain.
'■'' Voir plus liaut, p. 979, note 1.
'*' Ces opinions sont exposées tout au long par le Lisàn al-'avab et le Tàdj
«/ - '«)•»« , V ^'-^ •
*'** Grammairien célèbri' de l'I'^coli' de B^isra , sou vi'iitable nom <''(;iil
Mulianunad b. Alunad al-Muslanir (t 9o() = ba 1). Sur cet luit^'ur cl sou iruvri-,
voir |{iio(;m;i.mann, oj». v\l., 1, ioa-i()3.
286 MARS-AVRIL 1911.
(a 1 ^
<^t tJ-^.Àj Jî^' (J^ Y^i ^'^^ JIaAJI^ i^lii)! liJjj^ x>4«;Kj^ljtx) (ji
»-«—*£> J! -^l-i^Jî ^L„«^_sw '^j-swU »-xi J,\j.^jiJ\ kiUi (»!?7^ by*"'
(J! »^_iw! j-i_Ao /*ts^ <]} i^^ua».î ii>ï^ jÀ^ {jyy^^ if^^^ u.>^^*î^
«L'opinion la plus solide est la première ''*. En effet, on dit :
nusï'at nl-maratu pour : «la femme est devenue enceinte ?5, à
cause du retard de ses règles. On dit aussi : nasatu al-lahana
«j'ai délayé le laitfl, c'est-à-dire «je l'ai conservé (retardé) au
point que l'eau y est devenue abondante».
« Les Arabes croyaient jadis au respect des mois sacrés, qu'ils
tenaient de la religion d'Abraham (sur lui soit le salut !), et il
leur était pénible de cesser la pratique de leurs moyens d'exis-
tence et de renoncer à l'incursion et à la guerre pendant trois
mois consécutifs. Ils ont, en conséquence, recuU (^nasa'ù^,
c'est-à-dire remis l'inviolabilité d'un mois à un autre. Ainsi, il
reculèrent l'inviolabilité de Muharram à Sa far, de sorte qu'ils
déclaraient Muharram profane et Safar sacré. Quand ils avaient
besoin de déclarer Safar profane ^"-^, il en transportaient l'invio-
(•^ La vérité est que les deux opinions sont parfait eracnt exactes, puisque,
comme nous l'avons vu ci-dessus, le nasi dcsignait tantôt i'intercaiation d'un
mois dans chaque quatrième année, qui se trouvait avoir i3 mois au lieu de
19, tantôt la remise de l'observation du mois sacré Muharram à Safar, et
ainsi de suite. Voir supra, p. 979, et cf. Mas'îdI, Averti hss nient, p. 290-291,
Prairies d'or, III, 116.
(^' Je crois que l'auteur s'est trompé en parlant de f^j^', bien que nos
trois manuscrits soient d'accord sur ce point. Il a voulu dire le coulraiie, c'est-
PROLÉGOMÈNES À L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 287
-JL^Jl^ iL^ ^ji^ »J^_*.JLJI ^b> i^\*.l\yKA i^'% -^ iot>^l l^;^ |^-^
(') V. Manque. — C") S yljou.1- — « V ç^o^. — C' P. Manque.
labililé à Rabî'f , et ainsi de suite pour chaque mois, jusqu'à
ce que l'inviolabilité parcourût tous les mois de l'année.
«Puis rislàni vint, alors que le mois de Muharram était re-
venu à son époque primitive, et cela après un long laps de
temps. L'Apôtre d'AUàli prononça alors une allocution pendant
le « pèlerinage d'adieu :'' (Itndjdjnt-al-ivada^, dont voici les termes :
«Certes le temps, dans sa révolution, est revenu tel qu'il était
au jour où Allah créa les cieux et la terre. L'année a douze
mois, dont quatre sont sacrés, savoir: trois consécutifs, Dziï-
l-()ada, f):ù-l-Hidjdja et Muharram, et un isolé. Radjah de Mu-
dar, qui est entre Djumada et Sa'ban '•'. »
« Puis le Prophète lit la station à 'Arafa, durant le pèlerinage
d'adieu, le neuvième jour (de Dzû-l-Hidjdjaj, et prononça une
allocution à Mina le dixième joiu\ Il apprit aux lidèles que les
mois intercalaires s'étaient compensés entre eux, grâce à la
à-dire J^JLsr". On ne comprendrait |>as, en effet, pourquoi on rcnuMIrait à RabC
l'inviolahililo de Safar, si l'on u liesoin de déclarer ce mois-ci inviolable.
'•' Cf. lo récit de NLvs'tDÎ, Averli$seiiioiit , p. ai^a.
288 MARS-AVRIL 1911.
* (I)) w
-0-^ liL» **w^î ^j^5o fJS^ iijLo 0^ ÀxAjo ^3 rfv*J «^-^ J** (jj^
(l'I -^ -
C) p. Ce mot manque. — C' P Jl.x^. — C) V ^^. — ("> V j^.
révolution du temps, et que les choses en étaient revenues au
point sur lequel le calcul des mois a été basé, le jour où
Allah créa les cieux et la terre. Il leur recommanda d'observer
scrupuleusement ces mois, pour qu'ils ne varient plus dans
l'avenir. 7j
Les premiers qui instituèrent le nnsî (embolisme ou remise
des mois sacrés) furent les Banû Mâlik ihn Kinâna, ou les
'Abd ibn Fuqaim, issus de Kinâna"'. Le premier qui pratiqua
le nasî fut Nu'aim'-' ibn Tha'laba, issu de Kinâna. Quand on
célébrait le pèlerinage '^' et que les pèlerins se proposaient de
quitter Mina'''', Nu'aim se levait et prononçait une allocution
en ces termes : et II n'y a aucun moyen de révoquer ce que je
'"' J'ai corriffé ainsi, d'après Caussin de Perceval, I, aio, 2^7, 269, et III,
3oi, et le Tddj , I, 12 4- 12 5.
'-' Sarîr, d'après Muliammad al-Djarkasî, apud Caussin, I, 2^17. D'après
le Kitdb al-awd'il (ms. de Paris 5986, foi. 22 v°, 1. 5), c'est Hudzaila 1). 'Abd
b. Fuqaim, dit al-Qalammas. Corap. le Tddj al-'arûs, I, 12^1 in fine, qui con-
firme cette o[)inion. Peut-être convient-il de corriger le texte, et de lire
Fuqaim, au lieu de Nu'aim, correction d'ordre tout à fait paléographique
{^^ = ^•^^)-
''' Littéralement /ete, solennité; n)ais il s'agit du pèlerinage des païens,
auquel l'auteur n'a pas voulu donner le nom do Hndjdj.
'*' Le mol Mind ue se trouve pas dans le texte, mais le mot ,,X'0 sminra
PROLÉGOMÈNES À L'ETLDE DES HISTORIENS ARABES. 289
(îLJL_A«i)l 'y_j_it^_jLj^ ;'^3^' ij,^"^ r»^T=^ r»^' r^ u'^ Jjj^ *^
(j_^ yl3^ '^;'-^b ^-4^)^^ l^jO^^ ;^3^' I^JOU J^iW JU y|^ 'j'-a^j^'^
(*) p V v'-T»-' • La leçon est séduisante, mais voyez le Tddj, I, i aS. — (""^ P
^b^s)|. _ W p y^^^. _ m P 8jL^. — W V. Manque.
décide ; nul ne peut m'adresser de reproches ni m'accuser. 55
Les païens lui répondaient : ^Lahhaïkal (nous voilà! à tes
ordres 1)55
Puis ils lui demandaient de reculer la trêve d'un mois,
durant lequel ils feraient la guerre. Nu'aim leur répondait :
«Le mois de Safav, cette année, est sacré ^'l 55 Les païens
dénouaient alors les cordes de leurs arcs, retiraient les fers de
leurs lances et les pointes de fer de leurs flèches. Mais s'il disait
(jue Safar était profane, ils nouaient les cordes de leurs arcs,
garnissaient leurs (lèches de fer et entraient en campagne.
A Nu'aim, succéda Djunâda ibn 'Auf, que le Pro|)hète
(qu'Allah répande sur lui ses bénédictions et lui accorde le
salut !) connut '-'. On l'appelait .4/- Qalammas (la mer) '^l Selon
est un terme teclinique, indiquant le retour de Mxnà. Le Ia^a^.^! Ja,%:s:, sous
le mot *t,->ô, dit, en décrivant celle coutume : (J.^ ^^ !^^>Njo !3U trlorsqu'ils
(initient Mina».
'•' Eu ronséqucncc Mtihavrain , qui le précèile, devient profane.
'^' Cf. (Iaijssin, ni), liiiid., 1, ti'i'^. Djnnàda n'osl pas, ronunc le prétend
Safadi, le sncresseur immédiat de Nu'aiin (ou Sarîr); il succéda à son père
'Auf ibn Umayya, (pii oui lui-nn'ino |)lusi(MU's prédécoss(>urs. (If. lor. cil.;
Teano, Annali delV hlàm , I, ()(), ol Ttidj , I, p. ia'i-i;>5; Mas'ûdî, Avt'vùxsi'-
meiU, 390-991.
(■^' Mer de science, par métaphore ((Iatssin, I, 9/10). (]ela si{jnilio aussi :
/(,' ClipJ'. Ce siihiiquel fut porté, pour la [iremiore fois, par 'Amir, issu de Ki-
nàna (Inc. cit.), et l'usuito par tous ceux <pii faisaient le nn.it. Il n'est donc pas
XVII. 19
290 MARS-AVRIL 1911.
^ 1^ ^ j5^ î(^u»-Jî L<j (^ Jjî ^1 jl-^î *J JUj yli^ ^^
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'i5-«-* ^-îij^î i^yo ^l^-^'^ cj^^ C5^*^ (J^ «j-cyJ'^ SJ^^ «S ^^
d'autres, le premier qui fit le 7iasî serait 'Amr'^^ ibn Luhayy ibn
Qama'a ibn Djundub.
SECTION DEUXIÈME.
Les Arabes disent anakhlu ei ivarrakhiu^^^ en convertissant
le hamza en tvâw, car le hcnriza correspond au wâw quant au
lieu d'articulation. Le hamza émane, en effet, du fond du
gosier '^^ et le ivàw de l'extrémité de la bouche ''^', le liamza en
particulier à Djunâda, comme le laisse entendre notre auteur. D'après le
Kilàb al-awuil (ras. de Paris, n° 6986, foi. 29 v°, 1. 5) le chef du nasi, à
ravèneiuent de l'Islam, s'appelait Abu Tliumdtna. Cf. Tddj , loc. cit. Or, c'est la
Kunya de Djunàda. Voir Teano, 1, 99, et Tddj , loc. cit.
") La généalogie de ce personnage est controversée. Celle qui est donnée
dans le texte est peut-être la plus exacte. Caussin de Perceval {Essai, I, 222)
le fait vivre vers 207 de l'ère vu'gaire. C'est ce personnage , alors tout-puissant
à la Mecque, qui aurait introduit le culte des idoles à la Ka'ba, et no-
tamment celui de Hobal. Voir Wellhacsen, Reste arabischen Heidenlums,
p. 1 ^ et suiv. Voir la critique do ce passage dans Prince de Teamo , Annali
dell' Islam, 1, 92 , note .').
'^' Ce passage est emprunté à Abu Hilàl Al-'Askarî, Kitàb al-awà'il, ms. de
Paris n" 5986, fol. 7 G v", où l'auteur dit que de son temps déjà la forme
warrakiitu ne s'employait plus guère.
'^) C'est en effet , une plosive laryngale, qui existe, par exemple, en al-
lemand (prononciation du Nord) : der Adlet\ Cl. P. Passï, Petite phonétique
comparée, p. 70, u° 190.
'*) On ne voit pas la parenté dont parle Safadi , le wàœ est une fricative bi-
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 291
5*X_ffL3^ (J^^/t-C LàçTjyjj l2sCSb jtX^aXî (j_^^ tiJ^-!^ cj"** *^^*-^5 *XaÉ.îj
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dLjL» dJi c>-j^ lit )[^-^ <*-?;!5 u^ ^-^ «-ly^ ^^ :>*x*îî
(■) P jjs£ . - (•■) s V v>s! .
est donc le correspondant. C'est ainsi qu'on dit, également :
'ad pour ivad, 'udjùh pour wi(djûh^^\ 'uthûb pour wiilhûb, et
'fl/;fl^ pour wahad. D'après ce principe, le nom d'action sera
tarîkh ou taivrîkli , avec le même sens.
En matière de date, il est de principe, chez les grammai-
riens, de dater à partir de la nuit et non du jour, parce que le
croissant de lune n'est visible que de nuit. Ensuite, ils donnent
[au numéralif] la terminaison féminine pour le masculin et
la terminaison masculine pour le féminin, selon la règle appli-
cable aux numératifs. En effet, tu dis : tlitilàtluilN gh'dnuur
(trois ^-'jeunes gens) et nrhniuljawâr'" (quatre'-^' jeunes filles).
Sachant cela, lu diras quand il s'agit de trois à dix : iJudàlhu
layâl'", 'arhau la(jât", et ainsi de suite jusqu'à la fui de la pre-
laùiale accompagnée d'un relèveuieut de la langue vers le palais mou. Cf.
P. Passï, oji. cit., p. 81. Il est \rai que c'est le fond de la langue qui se
soulève, c'cst-à-dirc la partie la plus rapprorluie du larynx; il y a dune j)ro\i-
inité f't non similitude. Voir aussi le Tddj al-'arvs \/ ^^L
'■' L'autiMir du la^::-;^! la^s: dit k/ 9^) (|Ui' «elle convereion du triitr en
liamza est Iréqucnle, loulcs les lois (jue le wùw doit être allocti' du son h,
(dainina). Voir aussi le Ttitlj (il-'iinix, l\, '1 1 S , i *^j, qui rapporte la même
opiniou d'apiès Ihu as-Sikkit.
'^) Trois au féuiinin.
'■^' Quatre au masculin.
»9-
292 MARS-AVRIL 1911.
-' fa I ^ «- ^
mière dizaine. Pour les jours, tu diras, de trois à dix : thalâthatu
ai/yâm'", 'arbaatu ayi/âm'", jusqu'à la fin de la première di-
zaine.
Si vous demandiez : « Pourquoi a-t-on fait cela , alors que le
féminin est une branche (dérivé) du masculin , ainsi que cela est
établi au chapitre des mots indéclinables, étant donné que le fé-
minin est un accident dans lu morphologie h^, je répondrais :
«C'est parce que, dans les noms de nombres, le primitif doit
être du genre féminin, vu quo le nombre est une collection; or
c'est le masculin qui est le primitif; on lui a donné alors, dans
ce cas, la terminaison féminine, tandis que le nom de nombre
féminin f' demeure sans terminaison féminine, parce qu'il est
dérivé, et que la distinction (entre le masculin et le féminin) ne
s'obtient qu'au moyen de créments, lesquels sont mieux sup-
portés par le masculin, parce qu'il est de forme plus simple
que le féminin, v
On dit : yavtmi wâliid, yawmonî , thnJâthat" ayyâm"' , et ainsi
('^ Tous les manuscrits portent Z5j4l«le masculin )i , mais le sens exige lio^il
«le fominini, sans aucun doute.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 293
[y^^I j^UJ! J^ (j^ *U. Lo U»li ylrf Jl ^jIaS!
Jj!a.A-sfc. LCaj XkS \y^ Liyû J*XJ«XJJ) iy« <<*m^-^ ^jO
l^-Ljè ê^i j^il cx-Ài (jU à'vXcU y_^' i^ jJUmJI »>j5vA=»j yciiJi <X>Li
de suite, jusqu'à dix, sans annexer les mots ivahid et ùhnàni h
un spécificatif.
Quant à la construction qu'on rencontre dans le vers sui-
vant :
Ses bourses sont si pendantes qu'on les pronrli-ait pour un vase de
vieille femme contenant deux coloquintes ('', [Mètre radja:.]
elle est du ressort de la poésie; or la licence poétique ne peut
pas constituer une règle.
Si tu demandais : «Pourquoi a-t-on fait cela?w, je répon-
drais : «(l'est parce que, si on adoptait cette dernière construc-
tion, cela reviendrait à annexer la chose à elle-même. En elVet,
lorsque tu dis : 'ithnâ yaivmnini ou ivâhidu nidjut", les yairmùm
(deux jours) sont eux-mêmes les ithnâni (les deux) et al-ivàh'uhi
(un) est lui-même ar-radjuhi (l'homme). Or, en disant yaivm""
'"' JJàJL^ UjLà au lieu de ^jUJiiu.^ . D'après le Tàdj al-'arùs , X , i i 'i ,
\J (s'^3^, qui rite ce vers, lo duel ^^buo-tt (avec le c») s'emploie qunnd on
|)arli' des lexticuhfs, taiulis (jue yLj.aiJI sijjniiie les bourses. Lo vers est éj|a-
Icnicnl donné, sans variantes, par Siiuiwuiii («'d. DKnKNiiouBc), II, p. iHa
et 2 10.
29/i MARS-AVRIL 1911.
Cl' ^
(J! »-w,i-nJ! (jl ii-S'^XJJi (^ i*Xxî! i^Lol^ *.A^Î (touJ *Jî :>*K*JI
iLÀ_Crl iLjC_AM^ r-ô-'*'^ '^^*'*^^ J^^ *^;'^ r»'^^ A'S'^iAi" [jJUii aAxÎÎ ?_>!?■
ay_i_5rjî x_«.js? *.jiLiJî ilx» xji) iTj» iij!^' <Jl*j' aJjj U^ ^ji>?-^.j
x_^_sr iLj!5\Jjl yJy» JwyiS'eyUliail ^ ^!vïi)l 9-y*^ ^15^1^ ^.LSl
(') o^It.— C») Oftran, ii, 928. — C^' P ^^y-^y^!.
(un jour) et i^ndjulâm (^àeu\ hommes), tu as suffisamment indi-
qué le nombre et le genre. Il n'en est pas de même avec
'nyyâm (jour.?) et ridjàJ (hommes) à partir de trois, car ces
mots s'appliquent aux petites et aux grandes quantités. On doit
donc leur annexer le nom de nombre pour qu'on sache quelle
est la quantité. »
De trois à dix, les noms de nombre se mettent en rapport
d'annexion avec les pluriels de paucité. Ainsi on dit : thàlathalu
'ayyâm, 'arhdatu adjmâl, kJuimsatu aèhur, sitUitu arghifa (six pains).
Et l'on ne pourrait pas invoquer ici ces paroles d'Allah :
tJialàlhatu quriV^^^ (trois menstruations), oii il a donné comme
spécihcatif au nombre trois un pluriel de grande pluralité,
parce que le sens est que chacune des femmes répudiées
doit attendre l'expiration d'un délai de viduité de trois retours
de menstrues; de sorte que, le total des retours de menstrues
des femmes répudiées étant un nombre considérable, on a
donné comme spécihcatif au nombre trois le pluriel de grande
pluralité.
C Qoran, 11, 928.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 295
* (b) ■"
»^..^jt]! Jsjo (j^ 4-»^' iiXxIÎ jj |_jJLï^ iij:5A5 ^)t«4^ Ji]^ jjer (^^v^Ai
("' Oorfln, XXIX, 43. — C") P (^ ^.
Il n'y a pas de contradiction entre ie passage ci-dessus et
ces paroles d'Alltih '^^ : Allah yaiawajfâ al-anfusâ (Allah fait
mourir les âmes]. On a employé, dans ce dernier cas, le plu-
riel de paucité (^(infus, au lieu de nufâs), malgré que les âmes
atteintes par la mort fussent en grand nombre, pour indiquer
que cette besogne est peu de chose par rapport à ce que peut
faire Allah, qu'il soit exalté! En sorte que faire mourir toutes
ces âmes, dont le grand nombre et la multitude sont connus et
avérés, est, pour la toute-puissance d'Allah, comme s'il s'agis-
sait de faire mourir quelques âmes d'un nombre inférieur à
dix (2).
On ne peut pas construire un nom de nombre inférieur à
six avec deux spécificatifs, l'un du genre masculin, l'autre du
genre féminin, car chacun des deux spécificatifs est un plu-
riel; or le plus [)etit pluriel est trois.
Dans les noms'di; nombre composés, à partir de dix jusipi'à
vingt, c'est-à-dire onze et le reste de la dizaine, on dit :
C Qiiran, xxix, 43.
'*' Puisque le piiiriol i\o paiicitd s'appliqnr» aux nombrof compris onlro 3
et 10.
•296 MARS-AVRIL lUll.
^^ c^a-a-jUc-JI toUjfb /Ov>iijeJ! <J! sJvjtJ U^ ixLJ iij^wfi cij^^Ajj AfiL*(
u
*;_iii /»_-o cU-A-jl-JùJI 0<X.*>^ iL/iiwC Uuul^ ij-it^ ^>Xa».) /w» (wxSj^
(al ■^ -
^j->^^J\ ^j_^C*0 ^j^jjL^I;, jS'J^U s »->^? ^i J^^' ^ i ^^^}:
'"' s. Les 2 mots précédents manquent. — C") P S ^As* ^j^y^- —
iJida 'asrnta lailal'"' (onze nuits), 'ilhnatn 'asrata saat"" (douze
heures), thaldtha \israta lailat"" (tn^ize nuits), etc., jusqu'à
vingt, en laissant subsister le signe du féminin dans les deux
mots de ihdâ '^asrata et ithnatâ \drata, et en le supprimant, pour
le reste, du premier numératif, quand il s'agit du féminin^".
Pareillement, on dit : ahada \imra yaivmn" (onze jours),
ûhnâ \isara yawma" (douze jours) et ihnUthnla 'asam yaivma"
(treize jours), et ainsi de suite jusqu'à vingt, en supprimant
le signe du féminin dans les deux premiers termes, et en le
maintenant, au contraire, dans le premier numératif, pour
toute la suite, quand il s'agit du masculin.
Les hommes du Hidjàz prononcent \isrn avec un sm quies-
cent, tandis que les Banû Tamîm le prononcent ''asira avec un
sîn affecté de la voyelle i^-\
(') En d'autres termes, à partir de treize, les noms de nombre féminins
perdent le » du premier numératif.
(^' Cf. SoYi'iTi, Muzhir, éd. Caire, II, i'i.3, qui ajoute : ffll on esl qui
prononcent 'asara.n Tddj al-'arous, t. III, p. 899 : ftLo/icsrrt (!)est la pronon-
ciation usitée dans le Ncdjd.'î
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. -207
Ji j._^yt (^ JJi» jJLs U c^^^^I^li iJs^ i;;:iif :^ ^i u^
^;J_^^^_;LjJi ^l)i ^j-4 (i-^ ij^ ^^^ y^^ *^^' i ^^ '^ *r^''
/j—Jk-jcJCJi (jLO Cx_3j.-* «Jj-^ (j^ 3oLL«J ^^ÀxJt OkX:*. [i\^
^j Ih-»L> ^15^9 *^ Jla^;' i,^ *^lio li/^ «soi) iàAÀji i ^^y?->*
(•) s Xo^ï. — ('■' s tjL5,. — W s ^y?^. — C* P a en plus : Ij^j
ÂiLèi)l jM t-»y-" . Le copiste a dû se tromper de ligne et écrire deux fois ce
membre de phrase, dont la vraie place est plus loin.
Pour les noms de nombre compris entre dix et vingt et pour
les dizaines suivantes, jusqu'à quatre-vingt-dix, on leur donne
comme spécificatif un [singulier] mis à l'accusatif. Ainsi, on
dit : ahaàa \imva kawkaha" (onze étoiles), arhahia hiilat"
(quarante nuits).
Mais direz-vous : «Pourquoi n'a-t-on pas appliqué à ce
spécificatif la même règle que pour les noms de nombre qui
vont de un à dix''^?» Je réponds : «En ce qui concerne les
noms de nombre compris entre onze et vingt, le dernier numé-
ratif eut dû avoir le tanivin, lequel n'a été supprimé qu'à rai-
son de ce que ce numératif est un mot composé. De sorte que le
tannin demeure [virtuellement] dans le mot, puisqu'il n'a été
remplacé par aucun élément de nature à détruire son inlUi-
ence; il subsiste donc virtuellement. Aussi le mot qui lui sert
de spécilicalif ne peut-il être mis en rapport d'annexion , car
celui-ci ne peut se rencontrer avec le tannin qui se trouve dans
les noms de nombre singuliers ''^l »
<•' C'est-à-dire en mettant le nom de la chose nnmlirée ;ui pluriel et au
d
^'^' Ainsi li> nom d(> nomhro siiiffuiiei' tvoix a le Innwiii liMN(jiril inI isolé,
29H MARS-AVRIL 1911.
(°) V çj^ji^ . — <*'' P. Manque. — ('^ V. Ce mot manque.
Quant aux numératifs compris entre vingt et quatre-vingt-
dix, la raison en est que le nnn [final de ces numératifs] tient
lieu du tamvtn qui se trouve dans les numératifs singuliers; et
c'est pour cela que ce nûn disparaît en cas de rapport
d'annexion, tout comme le tamvîn ^''. Aussi le spécificatif (nom
de la chose nombrée) écliappe-t-il, lui aussi, à l'annexion
pour se mettre à l'accusatif.
Dans les noms de nombre au-dessus de vingt, on interpose
le wâiv conjonctif [entre les deux numératifs], tandis qu'on
l'évite dans les noms de nombre compris entre dir et vingt.
Ainsi, on dit : nhad"" tvdisrnna (vingt et un), mais nhnda
\imra ( onze == un-dix ) .
K Quelle en est la raison? 55, demanderiez-vous. Je réponds :
« On a supprimé le ivâw dans les noms de nombre au-dessus de
Sci'iKi; mais dès qu'il est suivi du nom de la cliose nombrée, autrement dit du
spécificatif, il perd ce tanwîn à cause du rapport d'annexion : JL^^ iLàSLS . Il
doit en être de môme dans les numératifs de onze à vingt, parce que le
deuxième mot de ces numératifs composés est censé avoir le tanwîn, qui n'a
disparu matériellement qu'à cause du i-r-^Py ou état composé.
('' Exemple : «Les vingt de Zaid" ^^ iy^i ^^^^ suppression du niin. Il
est évident que, dans cette con.struction , la chose nombrée doit être déjà
connue, pour rendre possible la détermination du numéralif par Vidafa. Cf.
S. DR Sacy, Grammaire arabe (9" édit. ), II, 819, n° 5^7.
PROLÉGOiMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 299
" «xJL? tijv_i_> IIM »:>yUi iÎJ^fi^i laii (Jx L^-o» L^liJ :>l:»-i)i
("' V p. Ce mot manque. — C"' S a, au lieu de L^jUs, U-xt?. — C' V
^_^! . _ (à) s. Ce mot manque. — <'' P I>juJ.'
r/«'.r, par assimilation avec dix et les numératifs singuliers pré-
cédents, parce qu'ils en sont rapprochés, par suite des noms
de nombre singuliers. Mais, à partir de vingt, les numératifs
étant éloignés des numératifs singuliers, on a employé le
Wâw. 55
Si vous demandiez : «Pourquoi, dans les dizaines, n'a-t-on
pas tiré [un nom de dizaine] du mot ithnnni (deux), de même
qu'on a tiré ihnlàihma (trente) de ihalatha (trois), et ainsi de
suite jusqu'à quatre-vingt-dix? 55, je réponds : ç^ C'est parce que
le mot ithnihii se décline au moyen d'un alif, quand il est au
nominatif, tandis que le mot Sèrûna (vingt) se comporte comme
un pluriel régulier et, en conséquence, se décline au moyen
du wâiv, au nominatif. De sorte que si l'on avait adopté cette
dérivation, le nom de dizaine tiré de itiinâni aurait eu besoin
d'avoir deux décfinaisons''^. Aussi a-t-on adopté le duel de
'(wira (dix) et l'on a dit 'isriinn (vingt). 55 — t Mais, objecteriez-
(') Pour distinguer ijLil «dtnix'' de tj^l , qui serait rcvin|;l'', imi supposant
que cette forme existât.
300 MARS-AVRIL 1911.
w
'") P Xs^Jj; V iÇsJLi-. — C"^ Les deux mots précédents manquent dans S.
VOUS, on aurait dû dire, dans ces conditions, "nmràni^^^ avec la
voyelle fatha i^a^ sur le '^ain, le Un et le ra , puisque ce mot est
un duel de '^akftm. v Je réponds : « [On ne l'a pas fait] parce que
le principe, dans le cas présent, était, comme je l'ai déjà
dit, de tirer le nom de la dizaine du mot ithnâni.v Or la pre-
mière lettre du mot ithnâni a la voyelle kesra (t); on a donc
donné le kesra à la première lettre du mot ^isrhin, rendu quies-
cent le sîn pour alléger le mot, et donné le kesrn (/) au
rà', par assimilation avec les pluriels régidiers, qui se forment
par l'adjonction du wâiv et du nûn. Ne voyez-vous pas que le
rtV reçoit la voyelle damma (m) lorsque le mot est an nomi-
natif ÇisRvnay^
D'autre part le mot '^asdra peut se mettre au féminin, tandis
que son pluriel ne le peut pas. Aussi, dans le cas du pluriel,
a-t-on donné le kesra (i) à la première lettre de ce mot, parce
que le kesra est de la même catégorie que le yâ '-'.
'') La leçon y^yi.* est impossible, si, comme ledit rautcur, on doit consi-
dérer ce mot comme un duel de »yii .
^-' Or le yd est, notamment dans les verhcs, le signe du féminin. Ev. : ^^ï
«lcve-loi75, on s'adrossant à une femme.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 301
(a) -> ''*
(^j_^;c.._;JU l^xx^- ^ ' y^:> Js^yU c:,j^^ iy^L l%^ç^-
(»)
s sjvjo. — (>>) V yï^l . — (■=) V. Ce mot manque.
On dit :
mi'alu yaivm"' (cent jours) et miatâ yaivin'" (deux cents
jours), en mettant le nom de la chose nombrée (le spéci-
ficatif) après cent jusqu'à mille [flf) et au-dessus, au génitif
[singulier] comme complément anneclif. On ne lui a pas appli-
qué la même règle qu'aux numératifs compris entre dix et
(jvntre-vinirt-di.r. Si vous demandez pour qu'elle raison on a fait
cela, je réponds : «C'est parce que le mot»î/^rt (cent) a été assi-
milé à nèara (dix), étant donné que, comme lui, il forme un
7iœud^^K De même cent a été traité comme qualre-vin^rt-dix
parce qu'il le suit immédiatement. Aussi le spécificatif de cent
a-t-il été mis en rapport d'annexion, par assimilation avec dix,
et au singulier, au lieu du pluriel, par assimilation avec quatre-
vinirt-dix. »
'*' On iippelie ainsi , non pas soulenionl les dizaines ( oalyi.^ ) comnir ilil
Sacy (par exemple. Gravi, ar., I, 417), mais, d'après noire anleur, le premier
nombre de rliaqne ordre, antro que ceini des nnilés. Ainsi, on onlre de>
dizaines, cent et inilli' sont des inrinls [:>j'îc ) piure que tliiuun d'enx ferme,
tmouc ronlfi' ipii le pr»'cède. Voir infra, p. 3o3.
302 MARS-AVRIL 191 1.
X t .<l-) ^Jj-fr-f y^^ ^y^'^ *^V^ ^^^ ^■^'^ ^j'^ ^^ ci>^' l^LS^
Ià_iL-Lj *ULX-^I o^-Li viUi j aAjJ! U oJi yli ^J.fft<» ^"iki i^Ui
(»)
V. Ce mot manque. — ^^^ Qoran, xl, 69. — ^''' P l>ijh>.
On dit : thalnthu nu al'" (trois cents), arbau miaV (quatre
cents) jusqu'à la fin de l'ordre des centaines, en donnant
comme spécificatif [au premier numératif] un mot au singulier,
au lieu du pluriel''-', auquel cas on aurait dit : thalâlhu m'iîna
(trois cents) '^^.
K Quelle en est la raison 55, diriez-vous ? Je réponds : «C'est
qu'on s'est contenté du singulier à la place du pluriel. Ainsi,
Ailâh (qu'il soit exalté!) a dit : thumma yuhhridjukum tijt"^^\
(Ensuite, il vous fera sortir en jeune ^«rçon^ c'est-à-dire al/dt"
[en jeunes garçons] ). n
De même, un poète a dit :
Remplissez'*' une partie de votre ventre ^^^ et vous vous abstiendrez de
mal , car vous vivez à une époque de disette. [ Mètre wrlfir. ]
C' En effet, de trois à dix, le nom de la chose nombrée se met au pluriel :
Ex: JLJ ^'ikj trois femmes, tandis qu'on dit . iL>L« ^ù^^ trois cents.
''^' Cette construction, que Tauteur considère comme impossible, existe ce-
pendant, bien qu'elle soit d'un emploi très rare. Cf. Sacy, Grain, av., II, 822.
(■*) Qoran, XL, 69. BaidÀwÎ, Conwi. du Qoran, (Vl. Fleischer, II, 21O, dit
que le singulier a été employé parce que le texte vise surtout l'espèce [djins),
OH encore parce que cela se rapporte à chacun de ceux à qui l'on parie.
'*) Mot à mot : mangez dans. C'est par conjecture que j'ai traduit ce vers isolé,
dont le premier hémistiche est donné par Baidàhî, op. laud., I, 98.
'') Au lieu de vos ventres.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 303
(a) ~/ ^ *
(j_a-jLam iLjU ci>!%' /frQJQ^ ^ îyUJ^ "^LwJT)!^ 'i-j^ Lï *X3 ^i ^J^
oLJt I^Lj»^ d^~^ <i^ V-^^ *^^ ^^'-*-ff*^^ if^yyj (^wyuw i^mo^ aJmw iijL«vM
c' Qoran, xviii, \k. — <'') S iiUj. — « P. Ce mot manque.
Pourtant Hamza et Al-Kisâ'i^^^ ont lu : walahithû fi hahfihim
thalâtha miati simna^'^^ (et ils demeurèrent dans leur caverne
trois cents ans), en mettant le mot nii'ati en rapport d'annexion
avec sinîna^^K Or il y a là une annexion du spécificatif à un
pluriel. De sorte que, d'après cette lecture, et selon le système
de ceux qui admettent que le pluriel commence avec deux et
les nombres au-dessus, la plus courte durée du séjour [des
liomii.es dans la caverne] aura été de six cent neuf ans, vu que le
spécilicatif est en rapport d'annexion avec un pluriel.
On dit : nlfu Idijlnl'" (mille nuits), en traitant le mot alf, au
point de vue de la spécification, comme mî*a(cent). Si vous en
demandez la raison, je réponds : r C'est parce que «//"(mille)
est un nœud de même que mi'a (cent).w
'') (Jélèfjres lecteurs du Qoran et jjiamuiairiens.
C Qoran, wiii, ai : crKl ils cleiiK-urèieul dans leur caverne Irois cents ans,
I plus neuf ansj.n
*^* Ce qui impliqof (|ue .tiinnn est bien an {f('>nitif et (|ue la construction
de cent avec lo plnritl de la chose noniltrée est possiMe. Au contraire, d'après
ceux (|ui lisent |j>JLt»< ibL« ci^Slà, l'annexion étant désormais impossible, on ne
peut plus considérer ^-^-^ (|nc comme un accusatil" sous la dcpeiulanco de
«i»i^i, (|uiexi{;e, enotl'et, un pluriel. Cl. Sacy, Gram. «r. , 1. 4''3 (note) et
BaidâwI, 1, .56o, (pii approuve la lecture de Hani/.a et dAl-kisà'î.
30A MARS-AVRIL 191 1.
aJLaJ oilTo^Aji- I^JU^ Soi^ ^5l.U i^\ ^ '>^'is. ^i)i ^^i) d^JLs
iU^i)! ^^sâ iç,y^\ JJiXXi iivXfiii
e-*-jJ_> w^*x_iî i^»X-xIi y! ^y'ij <Xi^ iL53:5U! ^^^ oi)) À^^^i?
(»)
S oaJ^- — ''■' P /^; S ;.;i^:iJ. — ("^ Ço?-aH, m, 129.
On dit : thaldthatu ahif lailaV (trois mille nuits) en mettant
alf au pluriel, alors qu'il est précédé d'un nom d'unité.
Accompagné d'un nom d'unité, «//"(mille) ne se met pas au
singulier comme nu a (cent).
Si vous objectez que cela contredit le raisonnement que j'ai
donné précédemment, je réponds : fx Mille est une extrémité
comme un est une extrémité, car un est le commencement et
mille la fin; ensuite les mêmes séries de nombres recom-
mencent; c'est pour cela que «//(mille) a été traité comme les
unités. 57
Avertissement. — Le mot alj (mille) est masculin^". La
preuve en est dans ces paroles d'Allàb — qu'il soit exalté ! — :
« Votre Seigneur vous enverra, comme renfort, cinq '-^ mille
''' Cf. Sacy, Anthol. grainmat., p. 3.5 de la partio arabe.
(■-' Cinq au masculin : H-^ .
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 305
* ^ (a) ^
■5 -^ fi)) . • " , ■"
J^ilU», o}-*.^c_à jU_JI -^OJt Ju^ »bi)! .:L.-U>.i1 '" oL^U
(°) P ^^^. — (>>) s !J^. — W S P S jiw; V ,«-o. — Ci P o^o-. —
(') PciLàJI.
anges '''. -n Or, il a été établi que le numératif se met au fémi-
nin, lorsque la chose nombrée est du genre masculin, et au
masculin , lorsque la chose nombrée est du genre féminin ^^'.
On ne saurait invoquer ici cette façon de s'exprimer : hâdzihi
alfu dirham"' (voici mille dirhems), car le démonstratif ne se
rapporte qu'aux dirhems, et non au mot ^/// (mille). L'équiva-
lent logique de cette construction serait : hâd:ilii-d-drâhimu
alf"" (ces dirhems sont mille). De même, les Arabes disent :
alf"" mmm!"'^^^ (un mille complet) et alf"" aqrau (un mille
complet).
Lorsque tu veux déterminer le numératif mis en rapport
d'annexion avec le nom de la chose nombrée, tu ajouteras
l'article à ce deuxième nom ; tu détermines ainsi le premier:
C Qoran, m, i u i.
(^' Celte démonstration jnsi[ir:'i la lin du [laraj^mplie est (>nipnmtéo à la
Dun-at-al-ghaww(ts de IlAnÎRÎ, que l'auteur s'ohstinc à ne pas nommer. Cf.
S. DE Sacy, Âitlholnjjii; grammaticale arabe, partie araho, |). rc". et Irailiictioii,
P- 7^-
*•'' Les leçons des trois manuscrits sont incontestablement fautives; il faut
lire Â*3 et ^y>' . C^omp. Sacï, Anlhologie l-Ic. , parliu araho, p. ro ■ (A. ^^^-^
la^^^l sous y g-ï .
XVU. 30
l4liutirniii RATIunfcl.Rt
306 MARS-AVRIL 1911.
^i JU Juû^! i'^Ls. dU^^ <».d.;j^Jl aZLo^ JLx^l îLTs:^ ^
(°) S rf^JlU!. — C") V oLX..
exemple : thalâthotu-r-rùJjâl (les trois hommes) et miatu-d-
dirhami (les cent dirhems). C'est comme lorsque tu dis :
ghulâmu-r-radjuli (le jeune domestique de l'homme). C'est
ainsi que Dzu-r-Rumma a dit :
Esl-ce que le trépied de pierre et ces vestiges abaiulonnés me ren-
dront le salut ''' et dissiperont mon aveuglement'*'? [Mètre tawil.^
Il ne serait pas permis de dire al-khamsatu dràhinf (les cinq
dirhems), car l'annexion a pour hut de déterminer; or la déter-
mination du premier mot par l'article le dispense de cette
annexion,
('' Cette interrogation est très fréquente dans les vieux poèmes arabes.
Témoin ce vers de Djarir :
«Saluez ces chères demeures et interrogez leurs vestiges; mais les malsons
désertées donnent-elles jamais de nouvelle?" Le mètre est du I=u-.~>i . Cf. Tàdj
('^' Ce vers est donné aussi dans S. de Sacy, Gram. av., II, p. 333, avec la
variante ^LJJJI au lieu de ^y>fJ\ , ce qui ne change pas beaucoup le sens, ni
du tout le mètre. Au contraire, dans le premier hémistiche le ^ qui commence le
vers a été omis, ce qui est tout à fait impossible, au point de vue de la
métrique.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 307
(cl
r,i)
^ ■* ^ y
(°) s iuju:;. — C-) S ^UU. — (=> V ^U. — (••) P. Ce mot manque. —
(') P. Ce mot est répété deux fois. — (') P JùJLjf. — (') S ^U;,.
Quant aux numéralifs qui ne se mettent pas en rapport
d'annexion avec le nom de la chose nombrée, l'article s'ajoute
au premier numéralif , comme dans al-hliamsata "asard dirham'"'
(les quinze dirhems), car, sans l'article, il n'y aurait pas de
détermination.
On trouve cependant quelques exemples qui suivent une
règle contraire.
Avertissement. — La correction exijje que lu dises : 'indl
tluunàuî msivaV (j'ai huit femmes), ihaiminia \tsrata djànijat""
(dix-huit concubines)'^' et thamânî nuati dirham" (huit cent
dirhems). En efl'et, le yâ est ici (dans ihamânî) cehii qiii
termine les mots défectueux; or ce yà subsiste quand le mot est
en rapport d'annexion ou à l'accusatif, de la même façon que
le yâ du mot qm}"".
Mais vous pournez objecter que ce vers d'Al-.Vsà :
J'ai bu huit cl liuit, plus dix-huit '', plus deux et (juaire '^',
'•' Ou jeunes rouîmes csrlaves.
(*) »_ix yli' au lieu de 5-û.c jLc.
'^) Ce vers est ci lé par le Tiulj al- unis )J ^J£ , d'après \e Salidh de Djauhari,
an.
308 MARS-AVRIL 191 1.
W p X5U. — C") s J^. — W *y . — ;■') Qoran, lv, a 4.
est en contradiction avec la règle ci-dessus. Je réponds que
cela rentre dans la catégorie des licences poétiques. C'est ainsi
que cet autre poète '^' a dit :
Alors, prenant mon sabre, je volai à la têle d'excellentes chamelles
dont les pattes (-> de devant battent constamment la roule. [Mètre wdjir.]
Le poète entendait dire al-aulî.
Pourtant, il en est qui lisent : ivalahu-l-djawârv al-mun-
saàtu^^^ «à lui appartiennent les vaisseaux de haut ]}ord7),
avec le damma (voyelle u) du ra.
(i suivre.^
et l'auteur fait observer que , dans le diwân d'Al-A'sà, on trouve la variante:
^J^yii^ . Voir aussi le Muhit al-muhît, I, 199, \/ ^^ji .
'"' Le poète auquel il est fait allusion est : ^^j -^a^^J^ jj? (5«?) ^^ j-y»^"
^^^•m'^S j— i-x-j [jj j^ (^ ^x^i)! ^^ âSji33 ^^ oJLi. cité sans autres renseigne-
ments dans le Tâdj al-'arûs, sous v/' (J~t^' d'après al-Ubdb d'As-Saghânî,
et sous \J ^j£ , où ce vers est cité avec la variante cyJaj donnée également par
le Sahâh et par le Lisdn al-'arab sous 1/ Ia.>à.. Aussi, dans Sisawaiui-Deren-
BouRG, I , p. 98. Ce vers est encore cité par le Muhit al-muhît, 1 , 1 99 , y/ ^ji , avec
la variante c:>Jai comme dans le Tddj , et de nouveau par SîiiAWAini, op. cit.,
Il,3i8.
'^' Sans yâ final au mot >xj'-
'■^) Qoran, lv, a/t. Les commentateurs ne sont pas d'accord sur le sens du
mot cyLiJUI que d'aucuns prononcent cifUiJU! . Voir les différentes explications
proposées par le Mit/tît a/-'"?'/»'?, H, C-v^iV/ Lio. Aussi, Tddj al-'arûs, môniu
racine-, Baibâwî, II, p. 3o2.
MÉLANGES'.
NOTE
SUR LE LIVRE DES 101 NUITS o.
Ce recueil de contes, qui était peu connu, a une importance
particulière. Son titre semble indiquer qu'il s'agit d'un Livre
(les Mille et une Nuits en réduction. L'auteur anonyme du
manuscrit s'est évidemment inspiré du titre de la collection
célèbre; il en a également emprunté le cadre, c'est-à-dire
l'histoire liminaire et la conclusion dont le sujet est trop connu
pour être rappelé ici; mais les deux ouvrages sont indépen-
dants l'un de l'autre, «les deux collections ne dérivent pas
immédiatement d'une source commune'-^?. Cette constatation
montre l'intérêt que présente la traduction de cet ouvrage
arabe pour les études de folk-lore comparé.
Cadre à part, le livre des Cent et une Nuits se compose des
dix-huit histoires suivantes : I. Histoire de Mohammed hen
'Ahd Allah el-Oairouani et de sa désobéissance aux dernières
volontés de son père; IL Histoire de Vainqueur du Sort, de
sa fdle. Joie des Palais, et de ses aventures avec Wadah le
Yéménite; IH. L'ile du Camphre; IV. Histoire du vizir Barmé-
kide et de son fils, de leur fuite et de l'alchimiste; V. Histoire
du jeune marchand du Caire et de Merveille de Beauté; VI. His-
loire du roi et de ses trois fils; VIL Histoire du jeune homme
aux colliers de perles; VIII. Histoire d'Ktoile de Lumière, (ils
(le Maître du Pouvoir; IX. Histoire de Soléiman hen 'Abd el-
Mélik hen Mervva'n; \. Histoire des quatre compai^nons; XL
Histoire du roi, des sept vizirs, de la favorite, du hisdu roi et
<"' Les Cent et une Nuits, Irad. de l'arahc par M. GAiiDKFnoY-DKMOMnYNKS. —
Paris, l*]. Giiilmolo, in-H", \v-3.')îi paf[es, ii|i i , S IViinc';.
"^) P. i3 el ^x^-'^(\.
310 MARS-AVRIL 1911.
du sage Sindabad; \Ii. Histoire du roi et du dragon; XIII.
Histoire du cheval d'ébène ; XIV. Histoire de Zafer ben Lâhiq;
XV. Le jeune marchand et sa femme; XVI. Les quatre hommes
et Haroun ar-Rachid; XVII. Histoire de Maslama ben 'Abd
el-Mélik; et XVIII. Histoire de la ville de Cuivre et des flacons
de Salomon.
L'histoire de l'île du Camphre f*^, que j'étudierai seule en
détail, est, dans le présent ouvrage, le pendant des voyages de
Sindbad des Mille et une Nuits. L'auteur des Cent et une Nuits
a fait plusieurs emprunts à des ouvrages géographiques, et ces
emprunts sont de telle sorte qu'il est facile de retrouver les
textes qu'il a presque littéralement reproduits. Voici, au reste,
l'histoire de l'ile du Camphre :
Un vieillard se présente à la cour de Kesra Anouchirvan
et raconte au roi de Perse ses aventures. rt[Je viens, dit-il,] du
pays de Sind et de l'Inde et de la terre de Chine. Je m'appelle
Sâ'da ben Amalek al-Asghar, et j'ai trois cents ans : il n'est
point sur la mer une île où je n'aie abordé; il n'est pas sur la
terre un pays que je n'aie parcouru; je vais sans cesse de con-
trée en contrée, d'île en île, et c'est ainsi que je parvins en
Chine. J'arrivai tout d'abord dans une ville que l'on appelle
al-Barka (la brillante *2^) et qui est la première ville de la Chine.
En nous apercevant, le peuple vint a notre rencontre avec des
massues et des lances, et nous entendions dans la ville une
immense clameur. Nous approchâmes de la ville, dont la gran-
deur nous émerveillait, et l'on nous conduisit au palais du roi
qui s'appelait Hamdân. Nous marchâmes longtemps dans cet
'') P. 68-77.
(-' Cf. L'Abrégé des tnerveilles, traduit de l'arabe par Carra de Vacx, Paris,
1898, in-8°, p. 38-39. «Dans la même mer (de Sanf= Campa) ost al-Rar-
râka (sic), la luillanle; c'est une ville superbe en pierre blanrlie (Vlatantc; on
y entend des cris et des chants, et l'on n'y voit pas d'habitants. Les marins y
sont parfois descendus et ont pris de son eau; ils l'ont trouvée blanche, lim-
pide, douce au {joût, avec une senteur de camphre.»
f
MELANGES.
311
édifice dont ia splendeur défie toute description, et les gardes
nous amenèrent enfin à une porte qui donnait dans l'enceinte
réservée du palais, qu'entouraient de hautes murailles et d'im-
menses bâtiments. (Suit la description de l'intérieur du palais.)
Le chambellan nous laissa seuls un instant et alla demander
au roi l'autorisation de nous introduire; l'ayant obtenue, il
nous fit entrer. r>
Le récit qui précède a été emprunté soit à Abu Zayd Hasan
de Sirâf, soit à Mas'ûdî, qui rapportent ainsi le voyage d'un
Arabe en Chine :
ABU ZAYD.
Il '"' y avait , à Basra , un homme
(le la tribu des Koraysites appelé
Ibn Waliab, et qui descendait de
Habbâr, lUs de al-Aswad. La ville
de Basia ayant été luinée , Ibn Wa-
hab quitta le pays et se rendit à
Sîrâf.
En ce moment, un navire se dis-
posait à partir pour la Gliino. Dans
de telles circonslances, il vint à
Ibn Waliab l'idée de s'end)arquer
sur ce navire. Quand il fut arrivé
en Chine, il voulut aller voir le roi
suprême. // se mit donc en route
pour Khomd(l)i''\ et, du porl de
Khânfil''' à la ca[)itale, lo li'ajel dit
de deux mois.
MAS^ÛDÏ.
A '*^ l'époque où se passa à Basra
l'aventure du chef des Zandjs, dont
tout le monde a eu connaissance,
un Koraysite noble et riche, des-
cendant de Habbâi-, lils de al-As-
wad , se rendit à la ville de Sïrâf.
De là, il s'embarqua pour les
mers de l'Inde, et, après un lonjT
voyage par eau et par terre, il ar-
riva endn à la Chine, et alla à
Khânffi*^'. Ensuite, la fantaisie lui
prit de visiter la résidence roijalc
qui était alors Haindân, l'une des
cités les [)lus considérables de ces
pays.
('' Bclatioii des voyafri-it faits par les Arabe» et les Persans dans l'Inde et à la
Chine dans le ix" siècle de Cèvi' chvélienne . . ., traduits cl annolés par IJkinaiîd,
Paris , 1 8^1 .^) , t. I , p. 7()C Le texte de Al)ri Zayd est du conunencfineut du \° siècle.
(^' Si-njjan-fou.
(') Hoii{jkon{j.
<*' Les Prairies d'or, texte arabe et traduction par Haiiiiiki\ de MerNAnn et
Pavet de CoiiRTEiLLE, Paris, i86i , in-H", t. 1, p. 3i2-3i.H. Lo* Prairies d'or ont
été écrites vers q'io. ^
(*' Tcxluolleineul : trOe là, il s'embarqua à dcsiinalion de la mer do l'Inde.
312 MARS-AVRIL 1911.
«Il lui fallut attendre longtemps à la porte impériale, con-
tinue Abu Zayd'^', bien qu'il s'annonçât comme étant issu du
même sang que le prophète des Arabes. Enfin, l'empereur fit
mettre à sa disposition une maison particulière, et ordonna de
lui fournir tout ce qui lui serait nécessaire. En même temps, il
chargea l'officier qui le représentait à Khânfû de prendre des
informations et de consulter les marchands [arabes] au sujet
de cet homme, qui prétendait être parent du prophète des
Arabes, à qui Dieu puisse être propice! Le gouverneur de
Khânfû annonça, dans sa réponse, que la prétention de cet
homme était fondée. Alors l'empereur l'admit auprès de lui... jj
Gomme l'a montré Reinaud'-J, Mas'ùdi a reçu cette informa-
lion et quelques autres de Abu Zayd Hasan. Mais la phrase que
j'ai souHgnée par des italiques dans les trois récits, semble
indiquer que l'auteur des Cent et une i\uits a plutôt copié
Mas'ûdî que Abu Zayd. La leçon fautive yi<>^^ Hamdôn pour
^jlo^5^ kliomdân, dans les Cent et une l\itits et les Prairies d'or,
me paraît tout à fait démonstrative à cet égard.
r^Le souverain, assis sur son trône, continuent les Cent et
une Nuits, avait l'aspect le plus imposant; quarante jeunes
femmes, rangées à sa gauche et à sa droite agitaient des éven-
tails de soie légère; le roi portait une couronne d'or rehaussée
de perles, de pierres précieuses et de rubis; ses épaules étaient
couvertes d'une robe brochée d'or; devant lui, ses esclaves
étaient rangées, semblables à des gazelles. >5 Ce passage, qui
ne figure ni dans Abu Zayd, ni dans Mas'iidi, est une interpo-
lation manifeste. Il me paraît pouvoir être rapproché de cet
extrait de Kazwinï : «; Mûsâ ben al-Mobarak de Siràf prétend
Il accomplit son voyage en Iransliordant d'un navire dans l'autre, [voyageant
sans interruption] d'un pa)S dans un autre. Après avoir traverse les royaumes
di- rinde, il parvint à la (iliine.??
<') MasTidT s'exprime dans des lermos »peu près identiques.
^> Helalinn, t. 1, p. \vi-\\i.
MELANGES. ;^13
qu'il u pénétré [dans les îles Wâkwâk qui font partie du Zâ-
badj] et qu'il a vu [la reine] assise sur un trône, complètement
nue, ayant une couronne d'or sur la tête, entourée de quatre
mille jeunes fdles esclaves, également nues'^^» A la nudité
près de la reine et de ses suivantes, la scène est identique; la
concordance partielle du chiffre de ces dernières, quarante
dans un récit, quatre mille dans l'autre, est aussi à noter.
«Le chambellan, continuent les Cent et une Nuits, fit devant
lui les salutations, que nous répétâmes; le roi nous répondit
des paroles de bienvenue que nous ne comprîmes point; puis
il s'entretint longuement avec son chambellan qui, se tournant
enfin vers moi, me demanda qui j'étais, d'où je venais et quel
était le but de mon voyage. Je répondis que j'avais entendu
vanter la justice et la magnificence du roi, et le bonheur dont
il faisait jouir ses sujets; j'avais ainsi souhaité de voir cet heu-
reux pays et d'avoir part aux générosités du souverain ; je
retournerais ensuite dans ma patrie, s'il plaisait à Allah.»
Dans Abu Zayd et Mas'ndi, ce passage se trouve à la fin du
récit de l'entrevue de Ibn Waliab avec le roi de Chine. Voici
comment le raconte Mas'fidi : «11 [le roi] me demanda ensuite :
«Pourquoi as-tu abandonné ton pays dont le séjour et la po-
rt j)ulation ont plus d'analogie avec toi que n'en a le nôtre?» Je
lui racontai les événements de Basra, et comment j'étais arrivé
à Siràf. «Là, contiimai-je, je désirais te voir, ô roi! car j'avais
«entendu parler de l'état prospère de ton royaume et de la pcr-
«fection d'un gouvernement qui régit à la fois tous les sujets.
«J'ai voulu voir cet empire et le connaître de mes propres yeux.
«Maintenant, s'il plaît à Dieu, je retournerai dans mon pays,
'') kilnh 'adjâiji/i nl-makklïthât , Livre dos inorvoillos dos créatures, p. |.\ ,
dont le loxlc arahc a ôlé puhliô par l*". Wisthnkeld (Giilliii{{oii, iS'h), in-.S")
sous le litre de Zal.arijd lien Muliainmcd lirii Maliinitd rl-dnziriiii's KnmiKijrra-
pkia. Kazwïnï a reproduit celle liisloire dans sou Allutr dl-hilnd , Le'^ nionu-
uieuls des p(i\s, ('(lil. h". VVisTKNi'KLD, <i6llin|{eii , iS/iS, iii-S", p. f-f.
3U MARS-AVRIL 1911.
«dans le royaume de mon cousin; j'y raconterai ce que j'ai vu
IX de l'état florissant de cet empire, de sa vaste étendue, de
td'équité de l'administration, qui s'étend à tous, et de tesgran-
^des qualités, ô excellent prince! Je répéterai chaque belle parole
«et j'y vanterai chaque bonne action '''. n
«Le chambellan, continuent les Cent et une Nuits, me dit
alors que le roi me faisait demander si je connaissais le plus
puissant des rois de la terre. Je répondis qu'il y en a cinq :
« Celui dont les domaines sont le plus répandus est le roi de
«l'Irak, car il est au milieu du monde et les autres rois font
«cercle autour de lui. — Cela est vrai, dit le chambellan, c'est
« ce que nous trouvons dans nos livres. — Ensuite, continuai-je,
«vient votre roi, que voici, et qui est surnommé le roi des gens
«civilisés. Il est suivi du roi des Turcs, qui est surnommé le roi
« des bêtes féroces , c'est-à-dire des bêtes féroces humaines ; vient
«ensuite le roi de l'Inde, surnommé le souverain des éléphants;
«puis le roi de la sagesse, qui est le souverain de l'Egypte, car
«c'est de ce pays-là que vient la sagesse; enfin, le roi des
«Roums, qu'on nomme aussi le roi des hommes, parce que les
«hommes de son pays sont plus beaux et de plus agréable figure
«que ceux d'aucun autre pays. Tels sont les principaux rois; les
« autres sont au-dessous d'eux. 11
D'apri^s Abu Zayd et Mas'ùdi, le roi de Chine interroge le
voyageur sur les Arabes et lui demande comment ils ont pu
renverser l'empire des Perses. Mais on se rappelle que le narra-
teur des Cent et une Nuits est à la cour de Kesra Anouchirvan;
le passage en question a donc été supprimé. Dans la relation
des deux géographes arabes, le roi de Chine demande à Ihn
Wahab comment il classe tous les souverains du monde. «Je
n'en sais rien», répondit le Koraysite. Là-dessus, dit Mas'ndî,
le roi s'adressant à son interprète : «Dis-lui que nous comptons
'■' Les Prairies d'or, t. 1, p. 820.
MELANGES. 315
cinq rois; le plus puissant de tous est celui qui gouverne l'^'lrâk,
car il occupe le milieu du monde et les autres puissances l'en-
tourent; aussi le nommons-nous le roi des rois. Après cet
empire vient le nôtre; nous le regardons comme celui des
hommes, parce qu'aucun royaume n'est mieux gouverné, ni
plus régulièrement administré; nulle part aussi les sujets ne
sont plus obéissants, et voilà pourquoi nous sommes les rois
des hommes. Après nous vient le roi des bêtes féroces; c'est
notre voisin, le roi des Turcs, qui sont parmi les hommes ce
que les bêtes féroces sont parmi les animaux. Il est suivi du
roi des éléphants, ou celui de l'Inde, que nous reconnaissons
comme le roi de la sagesse, parce que la sagesse est originaire
de ce pays. Le dernier enfin est le roi de Rùm, que nous
regardons comme le roi des beaux hommes '^', car aucun pays
ne possède des hommes d'une taille plus parfaite et d'une
figure plus belle. Tels sont les principaux rois; les autres sont
au-dessous d'eux, w
Gomme l'a fait remarquer M. Gaudefroy-Demombynes '^',
Sâ'da annonce qu'il y a cinq grand rois et en nomme six. Le
sixième est le roi d'Egypte auquel l'auteur des Cent et une l\uits
a donné en attribut la sagesse, enlevée au roi de l'Inde qui
n'est plus que le roi des éléphants. L'emprunt de ce passage
aux Prairies d'or est aussi évident que les précédents. Enfin,
dans les Cent et une Nuits, c'est le voyageur arabe qui parle,
alors que dans Abu Zayd et Mas'udi , le koraysite n'a pas pu
répondre à la question du roi de Chine.
«Ouand le roi connut mes paroles, continuent les Cent et
C Les édili'urs de^'' ftainex d'Ov ont traduit inexactement JL^JI par /«ri-
lassim. Reinadd (Relation, t. I, |i. S fi) l'a rendu par lieaux Ixnnmeit et fait
jtislomenl romanpier en note (t. II, p. 45, note 157) que «dans le liln» donné
à l'empereur do la Gliine, le mot homme (dans le texte arahe ^UJt) (li'>si<Tiie
l'espèce et ré|)ond au homn des Latins-, ici (texte jU^jJI), il .s'a|;it imiipietiieat
du sexe. C'est le vir des Latins».
O Note de la |iaife 7 i .
316 MARS-AVRIL 1911.
une Nuits, il les approuva fort, et il ordonna que l'on me
donnât une hospitalité magnifique. Le chambellan me condui-
sit aussitôt dans un palais qui allait être ma demeure, et où
je passai un mois entier sous l'hospitalité royale. Au bout d'un
mois, je voulus prendre congé; le roi me fit remettre des
cadeaux magnifiques. . . ^i
On comprend mal, d'après les Cent et une Nuits, l'appro-
bation du roi de Chine que Sâ'da n'a mis qu'au second rang
des grands rois du monde. C'est que ce passage n'est pas à sa
place. Il suit dans Mas'udi le pompeux éloge que vient de faire
Ibn Wahab du souverain, de l'administration et du pays de la
Chine"'. ^Le roi, ilatté de ce discours, dit Ibn Wahab dans
les Prairies d'Or, me fit donner de riches présents et de magni-
fiques vêtements; on me conduisit par la poste à Khânfû, et le
roi écrivit à son gouverneur de me bien traiter, de me mettre
au premier rang parmi les personnages distingués qui l'entou-
raient, et de me combler de faveurs jusqu'à mon départ. Je
restai donc auprès de lui, vivant dans l'abondance et dans les
plaisirs jusqu'au moment où je quittai la Chine '-'.71
Dans les Cent et une Nuits, Sâ'da demande au roi de la
Chine de lui fournir les moyens de se rendre à l'île du Camphre
«voisine de la Cliinew, qui renferme les trésors du grand
Amalek. Le roi fait équiper un navire; on arrive à l'île du
(^amplire, mais il est impossible à l'Arabe d(3 soulever la pierre
qui recouvre le trésor. Sâ'da retourne alors en Chine et supplie
le roi de l'aider ç^à soulever cette pierre 5;, Celui-ci équipe une
seconde expédition et désigne deux cents hommes pour accom-
pagner le chercheur de trésors. Au bout de dix jours de navi-
gation, l'eau venant à manquer, ^^on aborde dans une île afin
de renouveler la provision de l'équipage. On y trouva en
'■' Vidf! supra, p. 3i3.
(-' T. I, p. 3ao-3ai. Cf. (•{ralomont IhlaUnn, t. 1, p. SS-8(), on Alm Zayd
sVxprime en tonnes i(lcnli(pios.
MELANGES. 317
abondance les fruits et les fleurs exquises de l'Inde; des ruis-
seaux leur fournirent l'eau à profusion. Cependant le vieillard
[Sâ'da] contait à ses compagnons qu'il y avait dans les parages
de cette île une population d'anthropophages, qui après avoir
mangé leurs victimes, embaument leurs têtes avec du camphre
et des plantes odoriférantes, les suspendent dans leurs maisons
et les adorent, car ils ne connaissent point Allah, le vrai Dieu.
Quant ils ont une résolution à prendre, ils se prosternent
devant ces têtes et les interrogent; celles-ci alors se mettent à
parler et répondent à leurs questions par la voix des démons
qui les habitent». Ce passage est emprunté presque mot pour
mot, à Ibn al-VVardi, qui s'exprime ainsi:
«On exporte de l'île de Salâhit^'' le sandal, le nard et le
camphre. Les voyageurs rapportent que, dans les îles à cam-
phre, se trouve un peuple d'anthropophages. Ils prennent les
crânes [de ceux qu'ils ont mangés] et les remplissent de cam-
phre et d'aromates; ils les suspendent ensuite dans leurs
maisons et les adorent. Lorsqu'ils ont l'intention d'entreprendre
quelque chose ou quelque affaire, ils se prosternent devant ces
crânes et leur demandent conseil et avis; et ils en reçoivent
une réponse qui leur dit si [l'entreprise projetée] réussira ou
non (2). jj
O (tCette île [de Râmnî=Sumalra], dit Sulaymân, est mouillée par deux
mers: la mer de Harkand [{jolfc du Ben{>ale] et celle de Salâliil {Relntiini ,
t. I , |). 8).n L'île de Salâliil ou Saiâhit, d'où la mer de ce nom, nVsl pas encore
idenliliée; mais elle est évidemment à rechercher dans kvs parajjes du détroit
de Malaka.
'-' Kitnf) kharldat al-adjâxjih wa farhlal al-gharâyi!) , éd. du flaire, ia8o =
i8()3, in-S", |). frr in fine.
L'auteur anonyme du MoLlitassar al-' mljinjU) , Iraduil par M. (iuuiv di: Vaix
{UAbréfri' dex merimllns, Paris, 1898, in-8", p. 70), rapporte le même fait
eUmoji|'aplii(pie dans des termes idenlitjuos cl l'a sans doule aussi empi-uiit('' à
Ihn al-Wardï.
J'arrête ici les comparaisons. La iiii ileriiisloire île l'île ilu tiaiiiphi'e na plus
aucun rapport avec l'objet spécial de cette note.
318 MARS-AVRIL 1.911.
Ibn al-Wardî a vécu de 1290 à 18/19. L'emprunt évident
fait au Kharïdat aJ-ndjâyih par l'auteur des Cent et une Nuits
date, par conséquent, ce dernier, ouvrage. Dans sa forme
actuelle, il n'a pas pu être rédigé antérieurement à la seconde
moitié du xiv" siècle^ mais les manuscrits utilisés par le tra-
ducteur sont certainement moins anciens, sans qu'il soit pos-
sible de préciser davantage.
Les dix-sept autres histoires sont du domaine du folk-lore
pur. Les folk-lorisles sauront le plus grand gré au savant pro-
fesseur d'arabe de leur avoir rendu accessible le Livre des Cent
et une Nuits dont j'ai indiqué déjà l'importance. Elle apparaît
pleinement dans les notes étendues qui suivent chaque conte :
la note du conte sur la ville de Cuivre, par exemple, a vingt
pages en petits caractères.
La version française du Livre des Cent et une Nuits est élé-
gante et fidèle, ainsi qu'on l'attendait du traducteur. M. Gau-
defroy-Demombynes a dédié son livre à M. René Basset, doyen
de la Faculté des Lettres d'Alger. L'œuvre est digne du maître
des études arabes et folkloristiques en France.
Quelques corrections :
P. X, 1. /i , lire occidentales au lieu de orientcdes; p. xii et 66
en note, lire Ghazâli; p. 3, note, au lieu de op. laud., lire
Le prologue-cadre des Mille et une Nuits, les légendes perses cl
le Livre d'Lùlher, in Revue biblique interna lionale, janvier et avril
1909; p. 69, lire Sada; p. 72, note, au lieu Aq plomb, lire
élain; p. 169, note, lire ghec; p. 268 , lire moueddhin; p. 3 1 3,
note, hre le Zendj au lieu de le Zend; j)assim, à a été fauti-
vement imprimé pour â.
Gabriel Ferrand.
MELANGES. 319
NOTE
SUR LE PROLOGUE DE LA DIDASCALIE ARABE
ET SUR QUELQUES APOCRYPHES ARABES
PSEUDOCLÉMEiVTL^fS.
La rédaction de la Didascalie arabe insérée par Abou-Maqâ-
rah dans son recueil '^^ était caractérisée par un prologue et par
quelques chapitres additionnels ^2). Dans le prologue on trouve
la phrase suivante ^^' sous laquelle nous mettons les deux tra-
ductions de M. Funk :
Und die Anagnoslen als Léser, uud die Psalteu als singend mit Ver-
slaiidnis, iind die Taklunisen, und die Steher, uad die ïibrigc Ciemeinde.
Anagiioslae ut iectores, psaltae ul cantantes cum intelligentia , olîiciosi
et osliarii et reliquus populus.
Le mot inconnu est souvent écrit ^^^j^^JL}] dans les ma-
nuscrits; on l'a presque toujours traduit par « acolyte «, mais
M. Funk a fait remarquer que les Eglises orientales ne connais-
C Elle fait parti > ilo la coUoction canonique compilôp au commcnconiont du
XIV* siècle par Abou-Mafjàrali, clans les monastères de Scété et au Caire, et
conservée en particulier dans les manuscrits arabes a5i et 3 Sa de Paris.
(^) M. Funk a traduit deux fois ce prolojjue et ces chapitres, d'abord en alle-
mand, dans Die aposlnlischon Koiistitiitioiien, Roltonburj; ani Necknr, 1891,
p. 917-921, QaG-ïiSt)' puis en latin, dans Didascalia et Consul utiones Aposlo-
lorum, t. II, p. 190, Paderborn, 1905.
f^) Editée [)lusieurs fois, nous utilisons Th. 1^. Platt, The Ethinpic Didascalia,
Londres, i83/i, p. xiii, elle ins. aAS de Paris, fol. 97. Les quatre premioi> nmls
sont cités par Ihn el-Assal (d'après la rédaction Maip'uali). (il. I. GuiDi, Fellm
Nagast. VIII, 3, Irad., p. 90, 1. 7-8, et le tout est cité ibid., p. gC), 1. in-i3.
320 MARS-AVRIL 191 1.
soient pas cet ordre mineur et a proposé k portier w; on a songé
aussi, avec encore moins de succès, aux exorcistes et aux
diaconesses ^^K . .
Une autre version arabe (?) de la Didascalie, faite sur le copte
et traduite ensuite en éthiopien, ne porte pas ce mot et tend
donc déjà à montrer qu'il a été introduit à tort. On lit en
effet (2) :
Et les lecteurs aussi et les chantres avec art et les Nipilôbânôs et le
reste aussi du peuple ...
Une version arabe, encore inédite, fait reconnaître dans
Nipilôbânôs une simple transcription du copte ni-philoponos^^',
les (pikoiiovoi, que M. Funk a traduit par ojficiosi. M. Funk
a cru que ce mot correspondait à Taklunisen, mais il corres-
pond plutôt au suivant iUylîî. En tout cas l'un des deux mois,
qui reste sans parallèle, a toute chance d'être superflu. La
solution nous est fournie par la version syriaque récemment
éditée ^^' :
Et les ivTyvwal a.1 comme lecteurs, et les ^^aAraj comme chantres avec
intelligence et avec constance, et le reste des peuples. . . .
Le mot arabe inconnu Tahlôn ou Nahlôn est la transcription
du syriaque Saklon qui a été traduit et transcrit (peut-être par
(" Cf. Funk , loc. cil.
(-) Cf. Platt, hc. cit., p. 1 , et ms. Abbadic n° 79, fol. 1.
(•''' Le copte forme le pluriel des noras grecs en mettant l'article ni devant
le srnjfulier.
<'"' Cf. M. D. GiBSON, The Didascalia Apostolorum in Syriac, Londres. i()o3,
p. 1. Ce prolo'fue ne figure que dans im manuscrit syriaque, il manque iii par-
ticulier dans rOdition Paul de Lagarde.
MELANGES. 321
deux hommes différents) pour en faire dans le second cas une
sorte de pluriel analogue aux précédents. De même le mot
syriaque suivant JUoauar>o est plutôt transcrit que traduit par
le mot arabe, peu usité en ce sens, A^yiJU . L'inconnu Talduniscn
n'est donc plus qu'une ditlograpliie.
La discussion précédente, un peu longue, a du moins l'avan-
tage de nous conduire à un essai de classification des versions
de la Didascalie.
Le texte original*** pouvait porter que chacun devait remplir
la fonction à lui confiée :
Avayvcjjcri (XI d)s dvayivciaxovrss , \|/aXTa: côs il^aXXovTSs auve-
TÙOS^-^ KO.) (plXoTTOVCOS , Kai TO XoiTTOV TOV XiXOV . . .
Le grec a été traduit littéralement en syriaque; il a été tra-
duit aussi en copte avec quelques simplifications et l'introduc-
tion des (piXoTTovoi «les zélés 55, très célèbres en Egypte vers la
fin du v" siècle-'^', en place de l'adverbe Ç>iXo7r6vMs.
Plus lard, le syriaque a été très mal traduit en arabe (Di-
dascalie d'Abou-Maqârah); le traducteur a' transformé les deux
derniers adverbes en noms communs et s'est à peu près borné à
les transcrire, comme il l'avait fait auparavant pour a^j^^ûais^)
et a&^ai3. On a ajouté encore la traduction du premier mut
(dittographie).
Le copte de son côté a été la source d'une nouvelle version
<'' Il no s'aj^it pas lU^ la Didascalie primitive, car l'ancienne version latine —
(l'aecord ;i\cc la vci-sioii sjriaijuc cl les Constitutions apostoiiipies — inonlre
qu'elle n'avait pas de ])r(ilo{jiii'. 11 ne s'ajjit donc ici ([uc d'un ii'iiiaiiicnuMit
intermédiaire entre la Didascalie et les Constitutions.
'*' Cf. Ps. xLvi, 8. Quant au mot suivant, M. Tunk a aussi écrit dans sa pré-
face [Didaxcalia, t. 11 , p. xwii) c[u'il pr(T(''rail , après réllexiun , remplacer o(ficl-t:<i
par (piAoiiovo}s.
'•^' Voir la ]ir de Sévèi'e d'Aiitiorlir dans l'nind^ric orionliilr . I. I. p. -l'i.
(j'csl vers celli' cpoipn' «'l peu après (pu- ri']j;li>-(' jaccliilc (raduis;iil les (iu\ra"es
\\vws en co])te.
XVII. o I
t^rniurnir >Mt.i*»ir.
322 MARS-AVRIL 1911.
arabe (?) qui s'est bornée à transcrire ni-philopo?ios «les philo-
ponoi» parce que ces f^ zélés w n'existaient plus depuis long-
temps*'' et que ce mot n'avait plus' de sens pour le traducteur
arabe. Enfin cette seconde version arabe a été traduite en
éthiopien et ce dernier traducteur a conservé le mot ni-philo-
ponos.
A un point de vue plus général, la collection canonique
arabe d'Abou-Maqârah renferme, entre autres documents,
rOctateuque et la Didascalie, ouvrages dont la rédaction est
attribuée à Clément de Rome. .11 a été démontré que les deux
premiers livres de l'Octateuque sont une traduction du sy-
riaque'^', et nous avons pu constater que les six derniers
livres étaient aussi un décalque du syriaque conservé'^'.
Pour la Didascalie, nous savons que ses caractères littéraires
sont les mêmes (aussi mauvais) que ceux de l'Octateuque *'*';
on sait encore que ses chapitres additionnels, dont on a long-
temps ignoré la source, sont empruntés au Testamcntum
syriaque*^'; puisque nous venons de voir que son prologue est
<'' Une traduction arabe n'a été faite, en effet, que l'an inii des Martyrs
(1294). Cf. Raumani, Testamentiim, Mayenee, 1899, p. xiv; A. Baumstark,
Oriens christianus ,^ome , t. III (1908), p. 201.
'^^ Cf. P. DiB, Les versions arabes du Teslainentum, dans Revue de rOrient
chrétien, t. X ( igoB), p. /ii 8-^28. Voici les caractères de cette version : trC'est
une traduction servile, au style aussi peu châtié que possible, confus, obscur...
Les phrases ne sont pas bien liées entre elles et sont très souvent incomplètes.
Quant aux règles de la grammaire, elles y sont méconnues presque à chaque
ligne. Aussi a-t-on beaucoup de peine à comprendre cette traduction si l'on ne
se trouve pas aidé par un autre texte." lùid., p. iaS.
(3) Ibid.
'*) Car nous avions songé à en faire préparer une édition pour la Patrologie
orientale, mais celte traduction de la Didascalie a été caractérisée aussi dure-
ment (pi(! celle du TeslanienLuin (livres I cl II de l'Octateuque); voir la note
anléprécédenle.
^*' Cf. FuNk, hc. cit. Les chapitres xxxv, xxxvi, xxxvii, xxxix de la Didascalie
arabe son l les chapilies 1, 19, 20, 22", 28 du Testatnentnm. Le chapitre xxxviii
correspond à 1, 2 2\ 28" interpolés.
MELANGES. 323
traduit du syriaque, on peut supposer, avec grande vraisem-
blance, qu'elle a été traduite tout entière (avec plus ou moins
de liberté), sur un texte syriaque. Ce texte-ci, à cause des
additions et suppressions de l'arabe, ne paraît identique à
aucun des manuscrits syriaques conservés, c'est pourquoi la
démonstration de la dépendance ne peut pas être faite avec
rigueur, comme pour l'Octateuque de Clément, et reste une
hypothèse ^^l
En somme, les deux ouvrages pseudo-clémentins , désignés
sous les noms d'Octateuque de Clément et de Didascalie d'Abou-
Maqàrah, sont à ajouter, à notre avis, à la liste des ouvrages
arabes qui sont traduits du syriaque.
F. Nau.
UNE Sï/VNCE JAINA ET BOUDDHIQUE.
Il y a un joli vers dans le Résumé des sue systèmes, ouvrage
jaina dont M. Luigi SuaH nous donne une édition très soignée,
avec toute la diligence où condescend la Bibliotheca Indica^-' :
paJisapâto na me Vire na dvemh Kapilâdisu [
yukùmad oucanam yasya tasya kâryah pariijrahuh ||
C'est-à-dire : kJo n'ai pas de préjugé en faveur de Ma-
'"' La Ncrsiiin aral)« Burg. Siro Go, fol. !>3o, dont M^' Graflîn vit>nl de
nous romottrc une reproduction, porte : ^^ ^ i : (j-JUy» ^^y;^^>.»«>sJaa.-ill
x«^illj „j^3_LjLI! . Elle ne rorrespond pas ici à Tétliiopien. (domine elle date
soulemonl do lagi, on peut suj)posor peul-ctro que cette plirase est moins
une traduction du copiée (prune adaptation de l'autre Iraducfion arabe dis-
cutée plus liant. On eu retrouve tous les mots, a\ec rouiplacement du mol Al~
TaLliiiiixi'ii pai' M-jilohitiKDi. — La niarrlie in\erse n'est pas im|iossilile à cause
des lunlaisies (pie les copistes arabes se permettent tinp smnent.
'*' Saflilayçnnasnnniccaijah satikah by Haril)lui(lra. . ., p. iio. Le premier
fascicule est de i^oT); le second de 11(1)7; le troisiiMUe existe en épreuves jus-
ipi'à la pajje a 56 (()•.! pajjes eu ti'ois ans).
ai .
324 MARS-AVRIL 1911.
hâvïra, ni d'aversion pour Kapila et les autres : il faut, en
effet, adhérer au [maître] dont la parole est justifiée en rai-
son. »
C'est un des propos les plus raisonnables qu'aient tenus les
Jainas. Mais il est possible que les Jainas aient démarqué une
formule bouddhique.
En effet, Maiïjughosahâsavajra, l'auteur du Siddhânta dont
Wassilieff a donné un admirable sommaire ''', explique fort
bien que la pure raison {^prajnà^ doit guider le philosophe, et
il n'est pas en peine de citer des autorités. Les SiUtântas pour-
raient le servir; il se contente d'alléguer les Stotras, les
K Hymnes».
D'abord le Viçesastava''^' : «J'abandonne les autres maîtres et
j'ai recours en toi, ô Bhagavat. Et pourquoi? Parce qu'il n'y
a pas en toi de défaut, parce que tu possèdes [toute] qua-
lité. V
Ensuite le Devâtiçayastolra '^^ : «Je n'ai pas de partiaHté en
faveur du Bouddha, ni d'aversion pour Kapila et les autres;
celui dont la parole est justifiée en raison, il faut le prendre
pour maître. »
La première ligne se rétablit aisément et sûrement :
paksapâlo na me Bitddhe na dvesah kapilâdisu.
La seconde correspond moins exactement au texte jaina et
('' Buddhisnius, p. 988 (261). — Le Dsham-jang-hschadim du texte alle-
mand correspond à Q £_54 ■ ï^^^^' "^raz"^' = hjam-dbym'is-bshad-pa = Manju-
jrhomhâsa. Mais le D' P. Cordier s'est assuré que le vrai nom de cet écrivain
contient une imale en ? " ^ ' , °vajra.
^^) C'est le premier stotra du Rstod-tshogs. La correction sujjjjérée par le
D' P. Cordier dans son merveilleux catalo{jue du Tandjour, viçisia", ne parait
pas nécessaire. Voir Târanâtha, p. 65. Il s'agit de la supériorité ( Von-ang) du
Bouddha.
(''' Quatrième stolra du Bstod.
MELANGES. 825
la traduction en est peu assurée; du moins nous donne-t-elle
jjuhlimadvacana et parigraha'^^K
On lira avec intérêt dans Târanâtha^^^ l'histoire de l'auteur
du Devâtiçayastotra, un brahmane çivaïte, converti au Boud-
dhisme par Mahâdeva lui-même, mais préparé à cette évolu-
tion par la recherche philosophique.
Louis DE LA Vallée Poussin.
C Los lectures du Btsod sont, m'assure M. F. W. Thomas, celles de mon
édition du Siddhânla (un xylo{;raplic d'Ourjja?) :
bdag ni saiis rgyas pliyogs mi hdzin |
I ser skijn sogs la mi sdaii yan |
I gan shig ^ngs par Idan pahi tshig |
j de nid ston par yons su hdzin |
(2) Târanâtha, p. 6.5.
COMPTES RENDUS.
Les Psavmes de Salomon , introduclion, texte grec, traduction et notes, par
J. ViTEAu, avec ies principales variantes de la version syriaque, par
F. Martin. — Paris, Leiouzey et Amé, 1911 ; un vol. in-8° de i3o pages.
Jérusalem à l'époque des Hasmonéens entre i53 et kS avant J.-C, la
lutte des partis, l'intervention de Pompée et la prise du temple en 63,
voilà le cadre historique où il faut replacer ces dix-huit psaumes. Ils sont
l'œuvre d'un Juif pieux de Jérusalem qui y a enfermé, avec l'écho des
événements contemporains, ses idées, doctrines, sentiments et espé-
rances. Témoin important de la vie des Juifs d'alors, il est aussi le der-
nier des psalmistes.
Le texte he'breu original est aujourd'hui perdu. C'est de la version
grecque que M. Viteau nous donne ici le texte et la traduction appuye's
sur une étude complète des manuscrits. La version syriaque ''', découverte
et publiée en 1909 par M. Harris, d'après un manuscrit sur papier qui
doit provenir des environs du Tigre, n'est elle-même qu'une traduction
du grec, mais ses variantes sont nombreuses et importantes. Son texte
grec ne devait pas être complètement identique à celui de nos manu-
scrits. M. Martin donne ces variantes en français.
Seules, en elïet, les traductions en français devaient entrer dans la
collection de Documents pour l'étude de la Uiblo , publiée sous sa
direction. C'est ce qui a eu lieu pour les trois premiers volumes , Le livre
d'IIénoch, Histoire et Sagesse d'Ahikar l'Assyrien et YAscension d'haïe.
L'impression des textes éthiopiens , syriaqnes ou autres de langue
orientale dépasserait les liiniles de la collection. Mais désormais les
textes grecs ou latins des originaux ou des anciennes versions y seront
admis. C'est une heureuse innovation.
Plus de hoo pages pour 18 psaumes, c'est un cliilVre élevé. Aussi
bien M. Viteau a-tril cherché h rendre son édition complète : analyse
des psaumes: résumé commode fie l'histoire juive de l'opoipie d'après
Josèphe, et en regard la date de composition des psaumes de ()9 h '17 ;
caractère artificiel du recueil, constitué après coup, sans resj)ect pour
C The Odes and Psalms (if Snhunnii , (Inmbridgc, iyog.
32S MARS-AVRIL 1911.
l'ordre des événements et de la composition, mais s'ouvrant par la
guerre malheureuse qui cause la chute de la royauté pour se fermer
sur une vision messianique; surtout, étude des doctrines sur Dieu, les
anges, l'homme, le juste et le pécheur, les fins dernières , .l'état politique
et religieux du pays , et le messianisme.
M. Vileau se souvient quil était l'auteur d'Etudes sur le grec du Nou-
veau TesUnneiU plus de dix ans avant les Théories d'Adolf Deissmann, et
son chapitre sur l'histoire du livre contient une étude très détaillée de la
langue grecque employée par le traducteur. Proche de la langue des
Septante, elle doit représenter le grec courant d'Alexandrie.
La bibliogi-aphie raisnnnée qui s'étend dans les chapitres vi à viii,
aussi bien ([ue les notes nombreuses et la table alphabétique font de ce
volume un bon instrument de travail.
L. Legrain.
MÎRZÂ MehdÎ-KhÂn. The MabÂni 'l-lvghat, beiug a grammar of the Turkt
language in Persian. Texte persan pubiié par E. Denison Ross (Bibliotheca
Indien, new Séries, n'isaS). — Calcutta, igin; in-8°, xxiv-iia pages.
Dans la préface de son Dictionnaire turk-oriental (qui paraît complè-
tement inconnu à l'éditeur du Mabdni'l-loghat, puisqu'il ne trouve pas
le moyeu de le citer une seule fois), Pavel de Courteille a attiré l'atten-
tion sur le dictionnaire appelé Sanglàkh et dû à la plume de Mîrzâ Mehdî-
Khàn , rhistorien de Nàdir-Châh. Gel ouvrage est excessivement rare et
Pavet de Courteille n'en a connu qu'un abrégé, le Khoîdçè-ï 'Abbdsi,
manuscrit de la Bibliothèque nationale, également rare. Plus heureux
(jue le savant français, M. Denisou Ross a acquis d'un Persan, il y a
quelques années, une co])ie du lexique de Mehdî-Khân, laquelle est
devenue ensuite la [iropriétédu Gibb Mémorial Fuitd et forme, avec celles
(hi lUilisli Muséum et de la Bodléïenne, le troisième manuscrit connu.
La grammaire du turc-oriental que nous avons actuellement sous les
yeux constitue l'introduction de cet ouvrage, et nous devons savoir le
plus gi-and gré au directeur de la iimdrassah de Calcutta de nous la com-
nuini(pier, en attendant la publication intégrale du Sanglàkh.
On ne sait presque rien de l'auteur: on ne connaît ni la date de sa
naissance, ni cello de sa mort; il est né à Astéràbâd, et s'appelait pro-
prein(>nt Nizhâm-oddin Moliammod Il<t(h. 11 écrivit en iidi (17A7)
Ihisloiro de Nadir-Chàh, qui l'a renthi ((•ièbre; il a composé également,
sous 11" lilrc (le Ihyiirni-i Nndirl, un lotir de forrc liltérairo à l'imilalion
COMPTES RENDUS. 329
(le l'histoire de Waçcâf. Secrétaire particulier et chroniqueur du couqué-
raut, il fut par lui chargé d'une mission diplomatique auprès du sultan
de Turquie ; il prêta son concours aux prêtres arméniens chargés par
Nâdir-Châh de préparer une traduction de la Bible en persan. Le Sanglàhk
lut terminé par lui en 1 172 (lyôS-iyoQJou 1 173(1759-1760), caries
dou-v dates coexistent dans le manuscrit.
Admirateur passionné des œuvres de Mir 'Alî-Chîr Névâyî, Mîrzà
Mehdî-Khân a consacré son dictionnaire à l'explication des mots difficiles
qui se rencontrent dans cet auteur, et sa grammaire est naturelle-
ment celle du dialecte dont s'est servi le grand ministre-poète. La liste
des ouvrages de ce dernier qu'il donne (p. h) n'est pas tout à fait com-
plète, car, en outre des quatre divans (n"' i3-i6 de la liste de Belin,
Journal asiatique de 1861, t. I, p. 234), on n'y retrouve pas les n°' 1.
A, 18 (le Mohàkèmel ul-loghaléïn publié par Quatremère et analysé par
M. Bouvat), 24, 25 de la liste de Belin et les ouvrages signalés à la
page 2 36, loco citato. Le W aqj'-ndme-ï mèdrèsè-ï ikhidçiyyc doit être le
même que le *joLs^ (n" 23). Le titre de caU.U>« n'a pas de correspondant
sur la liste de Belin. Le iitre du troisième divan Ix«<jJl ^j^j doit
être lu I:l.u.jJ! ^I>>o comme dans la liste et sur le titre d'un manu-
scrit de ma collection; de même, p. xix, l. h, il faut corriger Badi 'ul-
Wust (sic) en Badd'ï' ul-wasat.
Une analyse du contenu (p. viii et suiv.) peut servir de table des
matières et facilitera singulièrement l'usage de la grammaire.
Dans les notes et corrections (j). xviii et suiv.), je ne comprends pas
très bien pourquoi l'éditeur remarque que tfthe use of (vt after lughdl is
peculiam. Voici la phrase incriminée : pJLi.» yT(^sJJL.« ^S'LcaUj^t t^jiSïj
jjjij^\:>^j.j yTySjvj s:>^ S^l^- sù^^j u^-^} ff Simulant l'ignorance delà plu-
part des mots dont ils ne comprenaient pas le sens, ils ne se sont pas
occupés de les citer n. «^LàJ U ^^yiSl est un complexe syntaxique qui est le
complément dii'ect de s^Sj^ls^- et peut , par conséquent . porter le coefli-
cionl 1. : la remarque est sans ol)jel. ^jxj^l^^ ne signifie pas seuloniciil
ffaclieverr, mais aussi rrs'orcupor de. . . ^ : ainsi ,!^-j,L5^, a[)|>ellalii)n
officielle des consuls do Perse, signilie frqui s'occupe ties niïair(>si. non
ffqui les tei'minefl.
1*. 3, I. 12, Làcl a été mal à |)i'op()s corrigé on joUcI : à su|>primor
onlièroment la romanpie rfwhicli givos uo sonsoi; les dou\ oxprossions
arabes sont synonymes; il fallait conserver la leçon du manuscrit. —
I*. 11. I. 3. Avant do signidor f^guidern, ImMamaij a le sons i\c rrcom-
moncor'" : c'est ce qu'entend Mir/à Mohdi-kliàn par «: sar ifiri/laii ; il
330 MARS-AVRIL 1911.
n'est donc pas exact de dire : rra better translation wouid be rahbar
shudann. Je ne sais pas non plus sur quoi s'apjiuie la réflexion de Tédi-
teur, qiii aflirme que rragain the first meaning of tishlemek is not wlo
seize witb the leethn, but frto biten. C'est plutôt le conti'aire; d'ailleui's
Pavel de Gourteille ne donne à JL«yji-o que rr saisir avec les dents n.
P. 1 3, 1. 3 et 5, L iiy\ yiô^Lii el l^jLs- yi j^Li sont des complexes
régis à l'accusatif par les verbes ^^^et o^jU^i. A la ligne i5 (comparer
p. 12,1. 17), les traductions données par l'auteur pour iirulmaq, nrun-
maq et urushmaq sont excellentes; ce dernier verbe, notamment, étant
le réfléchi de urinnq, est très à propos traduit par yj>^ j^o^îo U. —
P. 32, 1. iG, rr^^ is a misprint for j. , i. e. tiz-rau-^. Quelle est la leçon
du manuscrit? Si c'est p, il est inutile de corriger (de yOo)>>). — P. 35',
1. 8, uyijy' est traduit par ja^-ij.^, j^^-^s: (Pavet de Gourteille : tf pris,
prison nier ri). Je ne saisis pas très bien pourquoi l'éditeur ajoute en note :
fftbe real meaning of Uitghuu is rfhostage'i. — P. 55, 1. 19, huJegetch
est bien traduit par /i7/«Hc/rt-r(/ ; ff ombre ti est gàlge et kulgûntchek n'est
pas attesté. — P. 1 16, 1. 1, yLi-^., lu rukhshan est rakhsân. — P. i39.
L'éditeur a raison de signaler la ciu-ieuse méprise qui fait que l'auteur
ou son copiste a traduit jfb par rr chercher'- au lieu de rr trouver «.
Cl. HuART.
E. Denison Ross. A Collection of poehs by tue Emveiiou Babuh. (Extrait du
Journal de la Société asiatique du Bengale). — Calcutta, Baptist Mission
Press, i9io:in-8°, vi-/i3 pages.
L'empereur Bâber raconte, en ses Mémoires (traduction Pavet de
Gourteille, t. II, p. 387 et suiv.), comment, pour se guérir de la
fièvre par l'intercession du khodja 'Obéïd-AHah (Khwâdja Alirâr), il
résolut de traduire en vers lurkis le Risdlè-Ï WàUdiiji/a composé par ce
saint personnage. Gela se passait en 935 de l'hégire (1628). Cette tra-
duction en vers était perdue; elle vient d'être retrouvée par M. Denison
Ross dans la bibliothèque du Nabab de Rampur, dans l'Inde; elle forme
les quatorze premières pages du Dkvdn de Bâber. qui n'est pas, comme
on le croit communément sur les lieux , un autographe du célèbre con-
quérant. M. Ross a démontré que le colophon, tracé par Ghâh-Djéhàn
en personne, s'applique à un seul quatrain, écrit, lui, de la main même
de Bâber, mais que les relieurs, à force de rogner la tranche, ont fini
par faire disparaître. Quoi qu'il en soit, il est fort intéressant, pour
COMPTES RENDUS. 331
l'histoire de la iiltéralure turque orientale, de voir réapparaître tout à
coup , à côté des Mémoires , un recueil de vers authentiques du fonda-
teur de la dynastie des Grands Mogols.
Faut-il prononcer Ddbèr ou Bdboiir? M. Ross consacre deux pages
de son introduction à cette question , et il établit que la lecture Bdbour
est la seule admissible, pour toutes sortes de bonnes raisons : parce cpie
les habitants de Bokhara et de Kachgar prononcent ainsi, parce que les
copistes des manuscrits, quand ils consentent à écrire les voyelles, le
vocalisent de cette façon , et enfin , ce qui est plus probant , parce que Bàber
lui-même a fait rimer son nom avec la 3' personne du verbe substantif
^^ dur et parce que des vers persans rapportés par le Habib os-siyar de
Khondémir (éd. de Bombay, t. III, 3° partie, p. 291) font rimer le même
nom avec l'arabe A rperle^^. J'ajouterai aux intéressants renseignements
réunis par M. Ross les quelques indications suivantes. Le Loghal-i dja-
ghatâïde Suléïman-Efendi , p. 66, autorise la lecture j-oL? bdbir, car il
dit : ,>^L*« o <^5 jljAotj» l5S ffbête sauvage qui ressemble au tigre
marin 1 (ce sens manque au Dictionnaire turk-oriental de Pavet de Cour-
teille). Il n'y a pas lieu de s'étonner de l'incertitude delà vocalisation,
le turc j^L? babar, babour ou bahir étant tout simplement emprunté au
persan babr n- tigres, qui est bien iranien, quoique son histoire ne soit
pas très claire (le rapprochement avec l'avestique batvri- et le pehlevi
bawrak étant incertain, ces deux mots paraissant désigner le castor).
Quant à la remarque d"Açim-Efendi , le ti-aducteur turc du Borhdn-i
qâti, que les Turcs ont déformé en ^^ bubur (ce mot manque au dic-
tionnaire de Barbier de Mevnaud) le mot [lorsan babar, elle n"a rien à
faire avec le cas présent, celui du mot babr.
Le diwân, écrit en un caractère neskhî assez net, est reproduit inté-
gralement sur dix-neuf planches pholotypiques, à raison de deux
pages |)ar planche. C'est une idée excellente : on a ainsi sous les yeux
une bonne reproduction du manuscrit lui-même, et le contrôle de la
transcription est, par ce moyen, incessante. Les notes paraissent rédi-
gées sous l'inspiration de lettrés asiati(pies, dont il faut toujours se
méfier. P. 7, note 3, dans le vers :
«Ne sois pas un seul instant négligent à l'égard de cette alîaire.
(car) c'est h force d'aller que le diUicile devient facile " ,
contrairement à ce que dit l'éditeur, bâra bâra n'est ])as A l'inïitalion du
|)ersan *i9. jui^ •'^by dcgreesn; c'est une forme grammaticale bien
332 MARS-AVRIL 191 1.
connue des langues turques qui signifie, non pas frpar degrésn, mais
ff à force de . . . " . P. 1 4 , n. 2 , au sujet du vers :
ce (jue dit l'éditeur, à savoir : tr{chkiïlûk= wine drinking, in the second ,
but not in first jtti^rrt'i: 'n'explique pas grand'chose, le mot ickaluk étant
visiblement pris dans deux sens différents : la difficulté est de savoir les-
quels. D'après moi, dans le premier hémistiche, il signifie ffboisson'',
et dans le second ffi\ cesse '^ , de sorte que le sens serait :
rrLe plaisir est pour toi est de manger et de lioire, de te sentir dans
un état agréable et de bonne humeur, (en un mot) dans l'ivresse. 1
Quelques vers sont en persan pur. On remarquera l'étrange vers de la
page 21, mélange de turc-oriental et d'hindoustani (jL rreaufl, jj^
ffpain"); le pays conquis fait déjà sentir l'influence de sa civilisation avan-
cée ; on est sur la voie de Yurdou.
Gl. Hdart.
Dis AsafnÂme des Lvtfî Pascha, herausgegeben und ins Deutsche iibertragen
von D' Rudolf Tschudi. — Rerlin, Mayer et Mùiler, 1910; in-12, xxi-38-
Y'i pages.
La petite bibliothèque turque éditée par M. Georges Jacob , profes-
seur à l'Université d'Erlaugen , vient de s'enrichir d'un nouveau volume
(le douzième) qui contient le texte turc et la traduction allemande
de ï Açaf-nâmh de Lutfî- pacha, pubhcatioa sortie de la plume de
M. R. Tschudi d'après deux manuscrits de la bibliothèque impériale
de Vienne et quelques autres, comparés avec une des copies de Gonstan-
linople conservée dans la bibliothèque de la mosquée de Bayézid. L'auteur
établit deux familles de manuscrits: la première, la seule bonne, com-
prend l'un des textes de Vienne et celui de Gonstantinople; la seconde,
qui présente des traces d'un remaniement postérieur, renferme le second
texte de Vienne et le manuscrit de Dresde, ce dernier tracé en écriture
divdnî. Les variantes orthographiques, très fréquentes, sont indiquées
dans des notes.
En regard du titre, ce ])etit volume nous offre la reproduction d'une
gravure en taille-douce représentant les traits de Luifi-pacha, empruntée
aux Vitae et icônes sultnnorum Tvrciconim de J. J. Boissard de Besançon
(Fi'ancfort-sur-le-Mein, iSgô). Le grand vizir Lutfî-pacha, né peu
après 1A7B, était Albanais de naissance; élevé dans le palais impérial.
COMPTES RENDUS. 333
il occupa divers emplois de l'adminislration , fut gouverneur du sandjaq
de Kastamouni et de la province de Caramanie ; il mena de concert avec
Khéïr-eddin Barberousse l'expédition contre les Fouilles en 1587; il
épousa la soeur du sultan Suléïman en i538 et succéda l'année suivante,
en qualité de grand-vizir, à Ayaz-pacha, mort de la peste le i3 juillet
iSSg. x\près avoir conclu avec Venise la paix de i5ii, il fut, cette
même année, destitué et relégué à Démotika, parla faute de ses mœurs
abominables, qui lui aliénèrent l'esprit de la sœur du sultan et le condui-
sirent au divorce. 11 moiu*ut en exil en i5^3, laissant vingt ouvrages
dont il a donné lui-même la liste, treize en arabe et sept en turc.
V Açaf-nnmè est un petit traité des devoirs du ministre d'Etat. On sent ,
à la lecture, à quelles dilliciiltés se heurtait un homme politique ottoman,
à quelles intrigues il était eu butte, en face d'un souverain omnipotent;
les commensaux habituels du prince, ses compagnons de jeux et de
débauche sont les principaux adversaires du chef du pouvoir exécutif ;
l'auteur admet qu'on ne peut se passer d'eux , mais ils devraient se con-
tenter des cadeaux qu'ils reçoivent et ne s'immiscer en rien dans la
conduite des affaires pubhques. C'est l'idéal : la réalité est juste l'opposé.
Un cm'ieux règlement sur la dévolution à l'ïltat des biens en déshé-
rence a été établi par le sultan Suléïman (p. 11) qui avait prescrit un
délai de sept ans avant que ces biens fussent délinitivement acquis au
domaine public, afin d'être sûr qu'il ne se présenterait plus d'héritier
ayant droit. Ce détail est à ajouter à l'énuméralion ([ue l'on donne à l'or-
dinaire des règlements établis par le sultan législateur. On trouvera,
p. ii-i5, des renseignements intéressants sur les revenus de la charge
de grand -vizir. A la page 18, l'auteur énumère divers rangs de pré-
séance. Le traducteur a mal rendu l'expression fcdj ù'iK^ rrdroi Lander^
qui désigne, non la Roumélie, l'Anatolie et l'Egypte, mais les trois fau-
bom-gsde Gonslantinoplc, Galata, Sculari et lilyyoub; en effet, les juges
de ces trois faubourgs occupent le sixième rang avec le titre de makhvhdj
(d'Oiisson, Tableau de l'empire olhoman, éd. in-8°, t. IV, p. 5/i3); ce serait
trop rabaisser le hach-dej'tcrdar, en réalité le ministre des finances de
l'Emj)ire, que de l'assimiler aux juges des provinces. Les détails sur
l'orgain'sation des camps et de l'armée en campagne (p. 96) sont instruc-
tifs à plus d'un litre.
P. 28, dernière ligne, jL-jj est une faute (rimj)iession pour jlïj_- =
^cljy? frentraven. — P. iUj (tradudion , p. 99), Jj^;^' Jj.5'j,T est une
allusion an pi'overbe y^-Jjl ^^1 (j>— 'V )î fM|ue ce soit peu, pourvu «pic
cela soit bou'i; cf. Cuinâsi et Aitou'z-zivA [Tevli(|-bey |, Ziiroùh-i hillidl-i
'otkindmyijè , 3° ('d. p. tu, n" 1 35 (^ Chinàsi, 1" éd. . [>. 1 o): Muntèkhrbdl-i
334 MARS-AVRIL 1911.
emthàl, [). ih: [Ahmed Véfîq-pacha,] Alalar seuzu, ^i. 8; Barbier de
Meynard, Dictionnaire turc-français , l. I. p. lôg.
Ci. HUART.
Crtr/e des possessions françaises sur le sol de l'Afrique. Une carte géograpliîque
in-f, s.l.n.d.
Le gouvernement générai de l'Aigérie a fait dresser une carte de
r Afrique, entièrement en aralje, où sont indiquées en rouge clair les
colonies françaises et les protectorats relevant de la France, ainsi que
les sphères d'influence délimitées par les traités. Cette idée est fort heu-
reuse; elle initiera les musulmans qui ne savent pas de langue euro-
péenne, soit en Afrique, soit en dehors du continent noir, à la grandeur
de Tœuvre civilisatrice entreprise par notre pays. C'est dans les cercles
qui nourrissent de vagues idées d'un panislamisme futur qu'il conviendi'a
de répandre ce document; rédigé en arahe, il est accessible à tout musul-
man , depuis le Yun-nan jusqu'aux confins de la Sibérie.
Pour la rédaction de la carte , les auteurs anonymes avaient un double
écueil à éviter : il y a, en effet, poui' l'Afrique du Nord et de l'Est, une
terminologie arabe complète due aux géographes du moyen âge; pour
le reste du continent, nouvellement découvert, il n'y avait qu'à transcrire
les noms donnés habituellement en Europe à ces contrées, que ce soit le
nom indigène ou une apppellationfabri(|uée de toutes pièces. Les auteurs
n'ont pas toujours évité certaines inconséquences : ainsi l'Afrique est
JujLjjjI dans le titre et Uj^^I (transcription du latin (?), en Algérie, les
Arabes peu instruits écrivent JwJjji), transcription du français) dans les
expressions ilo-jjJl Lo-jl n- Afrique occidentale n et *!yc*k,i)l la^ IàjjjI ff Afrique
équatoriale.n Le Transvaal est J!^.«.oL:J) avec l'article, la Rhodésia et
l'Orange sont Ji-^-u^^^^ et Â=sr!^jl sans l'article. Le Cap de Bonne-Espérance
porte le nom, traduit littéralement, de ^l^aJI *U. Jl ^L ; Capetown est
j^lJl^joOv-»: je vois d'ici l'embarras de l'Arabe qui, se fiant à sa carte, irait
dcmaudei' à une compagnie de navigation un billet pour cet endroil-là;
c'est comme si un Français, à Marseille, voulait aller «w^ îles avec l'inten-
tion de partir pour Alger. Pounjuoi n'avoir pas rendu J^j^a^t^ n- Libreville 'i
par 6jJi *jlj jvil ? En règle générale , il ne faut pas traduire, sur une carte,
les appellations géographiques; il vaut mieux laisser ce soin au manuel.
yb^^^-Jl rie Soudann est une pure transcription: le nom arabe de la
région est ^J\^y^\ ^iVj rie pays des noirs i^. bLyi Babat (Maroc) est en
COMPTES RENDUS. 335
arabe gjJIbb,, encore en usage parmi les habitants du pays. On ne nous
dit pas pourquoi l'orthographe Syj.y^\ a été adoptée pour le nom arabe
de Mogador, ce mot s'écrivant indilïéremment par un sin ou par un çdd.
ÂjjSlj^ pour l'Algérie et Âs-^-j^l pour la Tunisie sont des néologismes,
traduits du français, jûyj^iii , nom de l'Erythrée. Eritrea, possessions
itahennes de la mer Rouge, sera d'une épellation diilicile pour un
Arabe. Ces remarques de détail n'enlèvent rien à la valeui- instructive de
la carte , qui est réelle.
Cl. HUART.
Cbxtenauio della nascità di Michèle Amari, scritli di filoiogia e sloria araba ; di
geografia, storia, diritto délia Sicilia médiévale; studî bizantini e giudaici
relativi alllLalia méridionale ne! medio evo; documenti suile relazioni fra gli
Stati italiani ed il Levante. — Palermo, Virzi, 191 o ; a vol. iii 8°, c\iu-hli8 et
6^1 3 pages.
C'est un beau monument scientifique que vient d'élever à la mémoire
de Michel Amari, à l'occasion du centenaire de sa naissance, la piété de
ses compatriotes siciliens. On peut dire que non seulement l'Italie, mais
l'Europe savante a prêté son concours à l'édification de cette œuvre gran-
diose. L'Université de Palerme en a pris la direction, par les soins d'im
comité composé de M. E. Besta, Gaetano Columba, G. Nallino, A. Salinas,
G.Siragusa. G. Zuielti. qui sont les professeurs orvliuaires d'histoire du
droit, d'histoire ancienne, d'arabe, d'archéologie, d'histoire moderne et de
littérature grecque. Une table alphabétique contient iénumération des
noms communs et des principaux noms propres ; un index bibliogra-
phique donne en arabe le titre des ouvrages cités dans ce recueil; un
glossaire arabe donne la liste des mots cxpliqtiés. Une autre table ren-
ferme les noms des quarante-six auteurs qui ont prêté leur concours; le
second volume se termine par cinq pages d'additions et corrections, ce
qui est fort peu de chose pour une telle masse de renseignements.
Foi-mé en 1907, le comité n'a achevé sa lâche que trois ans plus tard.
En cet espace de temps, la mort lui avait enlevé trois de ses collabora-
teurs : H. Dcrenbourg, M. .1. d(^ (iooje et K. Vollors. lia veuve d'Aniai-i
elle-même n'a pas vu ra(hè\ement du second volume. Il n'iiiiporlc :
l'Italie peut être (ière que la gloire d'un de ses plus illustres enlanls soit
commémorée par un souvenir international.
M. SniAGiisA s'est chargé d'écrire la biographie du grand Sicilien, ce
(pii n'élait point facile. Né à Palermo, le 7 juillet itSoG, lils il'un conseiller
municipal dont le litre était alors Hhricrc dclla lurola, Amai'i. patriote
336 MARS-AVRIL 1911.
sicilien, se mêla de politique de bonne heure et rêva de contribuer per-
sonnellement à la délivrance de son pays. Il était employé au service de
la santé; à la suite de l'effroyable épidémie de choléra de 1887, il pou-
vait s'attendre à être récompensé de son dévouement : il fut transféré à
Naples en punition des sentiments hosLdes au gouvernement des Bour-
bons, dont il ne se cachait pas. Celait pour lui une sorte d'exil : il en
revint en i84i. La publication de son histoire des Vêpres siciHennes
lui valut d'èlre menacé de prison; il préféra s'expatrier, vint à Paris et y
sentit naître le désir d'étudier l'arabe pour approfondir l'histoire de son
pays au moyen âg-e.
Rappelé en Sicile par l'insurrection de 18 48, dont on sait l'insuccès,
il y joua un rôle politique qui se termina, avant le triomphe éphémère de
la réaction napolitaine, par une infructueuse mission diplomatique à
Paris et à Londres ; à peine de retour à Palerme où la résistance était deve-
nue impossible, il s'enfuit à bord d'un navire anglais. De retour à Paris,
où il séjourna dix ans consécutifs , il reprit ses études , travailla à son his-
toire des musulmans de Sicile, et commença le catalogue des manuscrits
arabes de la Bibliothèque impériale. En iSSg, le gouvernement toscan
le nommait professeur à l'Université de Pise; il rentrait ainsi dans sa
grande patrie pour y coopérer activement au mouvement du Risorgi-
menlo. Sénateur du royaume d'Italie , un moment ministre de l'instruc-
tion publi(iue, chargé d'ans et d'honneurs, il mourut à Rome lo
16 juillet 188g.
La bibliographie complète des œuvres imprimées d'Amari occupe les
dernières pages de l'introduction ; elle a été dressée par M. G. Salvo Cozzo,
bibliothécaire en chef de la ])ibliothèque nationale de Palerme; elle ren-
ferme 3o2 numéros.
Amari avait partagé, le 6 juillet 1869, avec Sprenger et M, Th. Noel-
deke, le prix accordé par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres,
sur la proposition de Reinaud, à l'histoire du Qorân; le mémoire d'Amari
était resté inédit; H. Derenbourg en a extrait une étude sur la bibliogra-
phie primitive du Qorân, qui n'apprendra pas grand'chose de nouveau,
mais qui est moins vieillie que l'auteur lui-même ne le croyait.
M. 0. ToMinsiNi, sénateur du royaume d'Italie, a écrit, sous le titre
de Per la seconda edizione délia nStoria dei Musulmani di Sicilia-^ , la
})réface qui pourrait être mise en tête de cette seconde édition. Peu à
corriger, rien à refaire, tel est le jugement porté par l'homme politique
sur l'une des meilleures œuvres du grand arabisant.
// dirillo di prelazioiie iiei document i blzaulini dcH' Ilalia méridionale est
une étude d'histoire du droit ([). 08). par M. BKA^DILE0^K, profcsseui'
COMPTES RENDUS 337
à l'Université de Bologne; il s'agit de l'obligation imposée par une
novelle de l'empereur Romain Lécapène (922), en cas d'aliénation d'un
immeuble, d'en avertir tout d'abord ceux qui tenaient de la loi le droit
de préférence accordé aux voisins , ce que nous appelions autrefois le
reirait vicinal, le chotij'a du droit musulman. L'auteur cite un grand
nombre de documents qui prouvent que cette loi était encore en pleine
vigueur au xii' siècle.
Dans son mémoire sur GU Alcramici e i Normanni in Sicilia e nclte
Puglte, M. Garufi, professeur à l'Université de Palerme, étudie la fa-
mille des marquis Aleramici dans l'Apidie et la Sicile, ainsi que ses
rapports avec les rois normands, descendants du comte Roger; il est
suivi de documents inédits. Le fameux éléphant de Catane, connu dos
géographes arabes, se rattache curieusement à l'histoire de cette famille
(I,G5).
Le nom de K. Vollers est représenté par un mémoire posthume,
Uber Rnssenfarben in der arabischcn Literatur. On y trouve , sur l'origine
des noms des couleurs chez les Arabes, des étymologies qui paraîtront
peut-être hasardeuses, mais qui, dans tous les cas, ne sont pas appuvées
sur une démonstration solide. En revanche, les recherches faites dans la
littérature sont intéressantes. A rapprocher de l'arabe d'Egypte cs^^J», qui
désigne la couleur de la peau des fellahs , le persan yP p,xlj qui a le
même sens (brun).
M. Enrico Resta, professeur à Palerme, a recherché la confiance que
mérite la CÀvonica trium kiheruarum au point de vue de l'histoire; il
s'élève contre les procédés critiques d'Ughelli et, à sa suite, de Baliil'ol.
Après un examen attentif, il conclut en émettant l'opinion de la possi-
bilité d'une attribution à un chanoine Roger, postérieurement à ii3o,
mais avant 1137.
Un pvii-at doccnt h l'Université d'Hoidelborg, M. Otto Cautklmeri,
écrit en allemand le résultat de ses recherches sur le roi iManfred, fils
naturel de l'empereur Frédéric 11, et l'histoire de la Sicile sous sou
règne.
Les relations entre l'Abyssinie et l'Europe catholique au xiv" et au
xv" siècle ont attiré Taltention de M. N. Jorga , professeur de l'Univei-
sité de Bucharest, qui pid)lie en appendice un itinéraire inédit du
xv° siècle, VItcr (h Vcncliis ad Indiani, qui contient la mention du Presto
Johamios; le texte latin est publié d'après un manuscrit do la bibliothèque
nationale de Florence.
Une autre œuvro posthume, ce sont les huit pages inspirées à
XVII. aa
uriuui Hlr :« mio^ali'.
338 MARS-AVRIL 1911.
M. J. DE GoEJE par la publication du tome P' des Annali dell'Islnm de
M. L. Caetani : La filiation de Mohammed , au sujet de laquelle il ne par-
tage pas l'opinion exprimée par l'arabisant italien, à savoir que la
position du prophète, au milieu de sa famille, était plutôt celle d'un
aflilié que d'un membre. Il fait remarquer également que l'emploi du
nom de Mohammed dans le texte du traité de Hodaïbiya implique la
reconnaissance de ce nom en l'an 6 de l'hégire.
Le D' Luigi Genuardi, employé aux archives d'Etat de Païenne, étudie
ce qu'il faut entendre par les defelari (ou deptari, de l'arabe defter rrre-
gistrei ) normands conservés dans les deux offices appelés duana de secretis
et duana baronum. Ces registres ont été tenus en arabe jusqu'au règne
du roi Guillaume 11; ils sont peut-être traduits de livres cada:,traux
byzantins.
Sous le titre général d'lTaAoeAA)7vtKà, M. Zuretti, professeur à Pa-
lerme , nous donne trois mémoires : La espugnazione diSiracusa neW 88o,
en y joignant le texte grec de la lettre du moine Théodose, publiée
par Hase dans son édition de Léon le Diacre et aujourd'hui introuvable;
une étude sur le Coidmsto fra Taranio c Otranto, pièce de vers en grec
byzantin attribuée à un certain Robert, notaire, inconnu d'ailleurs; et
Un'iscrizione giecadi Bronte de l'an 1121 rappelant l'édification d'un pont
par le comte Roger. Le dialogue entre Otrante et Tarente nous a valu
une note complémentaire du professeur S. Pauareo, du lycée de Magbe
dans la Terre-d'Otrante.
Dans ses recherches sur la Zecca di PaJermo au xv" siècle, M. G. Cosen-
Tixo, des archives d'Etat de Palerme, étudie la frappe des dennrii parouli
ou pichuli, désastreuse pour le marché sicdien, à raison de leur bas
titre.
Abou'l-'Alà el-Ma'arrî continue à préoccuper les chercheurs. M. D. S.
Margoliouth, professeur à Oxford, a consacré un mémoire en latin [hidex
lihrorum Abu'l-Alae Ma'arrensis) à la constitution de la liste des œuvres
du |)oète libre-penseur, d'après l'histoire de Dahabi et les dictionuaii-es
biographiques de Çafadî et de Yâqoùt. On y trouve l'énumération de
soixante-treize ouvrages dont la plupart sont perdus.
M. H. Perez Ghajes , professeur à l'Institut royal supérieur de Florence,
adonné quelques remarques [Appunti) sur les inscriptions judaïques de
la [)rovince de Naples publiées par Ascoli dans son mémoire présenté
au quatiième congrès international des Orientalistes, tenu à Florence
en 1878.
M . Mohammed ben [ Abi] Gheneb , professeur à la Médersa d'Alger, a publié
des Additions à la " Bihliothera arabo-siculan qui se composent d'extraits
COMPTES RENDUS. 339
des recueils biographiques d'Abou'i-'Arab el-Qairawàoi , d'el-Khochanî et
d'Ibu-Farlioûn (vie d'Ibn-el-IIakicàr), suivis d'une notice sur un manu-
scrit des Madàrik du cadi lyâd en la possession de l'auteur.
La littérature aljamia (espagnol transcrit en caractères arabes) n'a pas
de secrets pour M. Zetterstéen, professeur à Upsal; dans cette catégorie
rentre le rituel musulman dont il nous présente une notice, d'après trois
manuscrits delà bibliothèque de TUniversité d'Upsal, inexactement indi-
qués dans le catalogue de Tornberg.
Le directeur de la Bibliothèque khédiviale du Caire, M. B. Moritz, a
extrait du Moghrih fi liolal-maghrib d'Ibn-Said les passages relatifs à la
description de la Sicile, dont il publie le texte arabe: une photographie
de doux pages du manuscrit accompagne ce travail.
M. -Nallino, professeur à Palerme, a étudié les relations entre Venise
et Sfax au xviii^ siècle d"a[>i-ès le chroniqueur arabe Maqdich, inconnu
jusqu'ici, bien que son Nothat el-Anzhdr ait été lithographie à Tunis en
1908. Il s'agit des hostilités entre Tunis et Venise qui durèrent de lySS
à 1792.
La contribution de M. A. Fischer, professeur à Leipzig, consiste en
des \' crhcsneriingen tu Broch's Atisgahe von ai-Zamahsans unmùdag; elle
corrige l'édition parue à Christiania sans date ni lieu, probablement
en i863.
Le premier volume se termine par des f^novi tcsli arabo-stcult étudiés
par AI. Griffixi, de Milan : extraits du Terlib el-Maddrik du cadi Tyàd,
étude sur le Kildb el-Mu'iim do rimâm el-Màzeri (originaire de Mazàra,
nom accentué Màzara |)ar les Arabes), examen des deux épisodes sici-
liens du Pseudo-Wàqidi reproduits dans la Bibliotheca arabo-si'cula ,
d'après une nouvelle rédaction anonyme, extraits de la géographie d'ez-
Zohri qui n'est autre que l'anonyme d'Almeria, suivis d'un appendice
sur l'orthographe du mot djardfujd = ye6oypaÇiioi. et de miscellauées
géogiaplii(jues, description de l'Ftna dans l'ouvrage anonyme J^^Z-Dmit el-
Mandoiid, mention de la Sicile, de la Sardaigne. do Gènes et de Rome
dans un abrégé anonyme de géographie, étude sur le Kitdb el-Afdl du
Sicilien lbn-e!-Qatla, recette de la préparation des encres hibr et midâd
de dilférentes couleurs, donnée par un anonyme sicilien, qui vient com-
pléter utilement les renseignements fournis dans Huart, ('(illigraphcs ,
p. ih et suivantes, et cpii aurait gagné à être traduite; c'est un ensemble
relativement considéiabl»^ et d'intérêt varié.
Le second volume s'ouvre par une étudo sur la géographie maritime
de la Sicile d'aijiès le portulan turc do l*iri-l{éis, par M. Kd. Smiiu ,
professeur à Berhn. Le texte est tiré du manuscrit de Boiiin, confronté
'2-2 .
340 MARS-AVRIL lUU.
avec celui de Dresde ; la carte en couleurs de l'original est reproduite
pholotypiquement, en noir.
D'après un nouveau texte des Annales pisani antiquissimi de Ber-
nardo Moragone, découvert à la bibliothèque de Crémone, M. Novati,
professeur à l'Académie royale des sciences et des lettres de Milan, pré-
cise certains points de l'histoire de la ville de Pise , depuis sa prise par
les Sarrazins en ioo5 jusqu'en 1116, et des luttes des Pisans avec les
Ai'abes.
Sous le titre de The naval policy ofthe Roman Empire, M. John B. Burv,
professeur à Cambridge, traite de la politique maritime de l'Empire
romain d'Orient par rapport à ses provinces occidentales, du vn" au
ix' siècle, et de ses luttes avec les Sarrazins pour la domination delà
Méditerranée, qui avait été paisible pendant trois cent cinquante ans, à
la suite de la bataille d'Aclium.
De Nouveaux textes historupics relatifs à l'Afrique du Nord et à la Sicile
voient le jour, grâce aux infatigables recherches de M. E. Fagnan, profes-
seur à la Faculté des Lettres d'Alger; ce sont la traduction de la bio-
graphie d'Obéïd-AUah, fondateur de la dynastie des Fatiraites, telle
qu'elle est contenue dans le Moqaffa de Maqrîzî . travail commencé jadis
par (^uatremère et resté inachevé; et, comme additions à la Bihliotheca
arnbo-sicula , des extraits de divers ouvrages se rapportant à la Sicile.
M. F. Codera , professeur à Madrid , nous donne , sous la rubrique
Mochéhid, conquistador de Cerdeha, ses recherches sur la conquête de
la Sardaigne en ioi5 par Abou'l-Djéïch Modjâhid el-Mowâfaq, roi de
Dénia et des îles Baléares.
Qu'entendait Amari par l'expression rr Apennins de Sicile n qui figure
au tome III, p. 1/17 de la Storia dei Musuhnani? C'est ce que recherche
M. P. Reveli.i. professeur à l'Institut technique de Milan . dans son article
Gli n Appennini Siculiri deW Amari e V onomastica del rilievo sicUiano. Il
montre qu'il faut entendre par là le groupe montagneux du nord de la
grande île et en particulier les monts Peloritani , Nebrodi , Madonîe.
M. C. H. Becker, professeur à rinslitul colonial de Hambourg, traite,
eu quatre pages écrites en une excellente langue française, de la ghàshiya
(couverture de cheval brodée) comme emblème de la royauté chez les
sidtans mamelouks. Il y voit une survivance du rite qui consiste à voiler
les mains nues, mais le motif donné n'est pas valable pour les musulmans
qui paraissent toujours devant Dieu les mains nues, après les avoir lavées
loi's de l'ablution rituelle. 11 s'agit simplement du service personnel du
souverain, considéré comme un titre d'honneur. Lorsque Ibrahim ben
Alî ci-Firoùz-âbâdî est envoyé en ambassade au Khorasan, le peuple de
COMPTES RENDUS. 3A1
Nisâpour se porte à sa rencontre; i'Imâm el-Haraméïn , Abou'l-Maali
el-Djowéïnî , prend la ghâshhja du cheval de l'ambassadeur et marche
devant lui en la tenant rcommc un domestique et en disant : rr Je m'en fais
gloire^ (Abou'l-Malîàsin Ibn-Taghrî-Birdi , En-Nodjoûm ezh-Zhdhira,
éd. Popper, t. II, p. 278, i. 11). Il n'y a pas là trace d'un rite quelconque.
Dans un article intitulé Ibn-Shadddds Darstellung der Geschichle Baal-
beks im Mitlelalter, M. Moritz Sobernheim s'occupe de l'histoire de Ba'albekk
au xiii" siècle , d'après le manuscrit de Leyde du Kildh harq ech-chdm d'Ibn-
Cheddâd (mort en 68^/1986), déjà utilisé par M. Glermont-Ganneau
qui en a tiré l'histoire de Banias {Revue d'archéol. orient., t. I, p. 253),
par M. van Berchem qui y a puisé la description de la prise de Iliçn-el-
Akrâd, et par M. Sobernbeim lui-même pour l'histoire de cette forteresse
et de celle d'Akkâr. Le texte est donné saris traduction , mais il est
accompagné de notes.
De très curieuses recherches ont été consacrées par M. Eilhard Wiede-
MANN , professeur à Erlangen , aux automates musicaux chez les Arabes , in-
struments à vent mus par l'air comprimé, dérivés de ceux dont on trouve
dt^à la description dans les Pneumatica d'Héron d'Alexandrie.
M. Nahum Slouscii publie le texte hébreu et la traduction française
d'une élégie composée la veille de son exécution par Moïse Rimos,
martyr juif de Palerme, au xvi° siècle. C'était un jeune médecin accusé
stupidement d'empoisonner ses clients chrétiens. Le texte, déjà publié
par Steinschneider et David Cahana d'Odessa, est complété au moyen
d'un manuscrit d'Oxford.
Le titre (\ Amdecta arnbico-ilalica a permis à M. Seydold. professeur à
Tubingue, de réunir une étude sur Abou'Othmân Sa'id ben Sallàm,
mystique sicilien de Girgenti, mort bien loin delà, à Nisàpoùr en Perse
(378-983), à des notes de géograplrie arabe sur la Corse, la Lombardie,
la Calabre, Malte et Galita, et à des corrections orthogra[)hi(jues de
noms géographiques (Baya, Ramelta, Raudàdj, diverses corrections à
Yllalia d'Edrîsi), le tout en excellent italien.
M. Miguel Asîpf Palacios, professeur à Madrid, traite à'Vn faqik xici-
llnno, contradictor de El Gazzdll, cpii n'est autre qu'Abou-'Abdallah de
.Màzara, Mohammed ben 'Ali, et le distingue de son homonyme (|iii n(^
diffère que par le nom de son père. Moslim ou Mosallani: il donne un
ii'sunié de sa réfutation de 1' Ilii/à de GhazAli.
M. Hartwig llnisciiKKi.D, professeur à Loncb-es. publie de nouveau le
texte et la traibiclion du Neir poom allrihutvd lo M Sanian'al (]iii a fait
l'objet des recherches de M. IVIaigitlioutli et de plusi(>urs |)ublications dans
le Mncliriq.
342 MARS-AVRIL 1911.
La Tomba di Sibilla, regina di Sicilia,a attiré l'attention de M. Sira-
GusA, professeur à Palerme, sur la reine Sybille, fille du duc de Bour-
gogne Hugo II et seconde femme de Roger II, morte à Salerne en
ii5o; il Ta retrouvée à Badia di Gava et donne la- reproduction des
sculptui'es qui ornent le sarcophage ; mais il établit que le monument
est beaucoup plus ancien et remonte à la basse époque de l'art romain. La
véritable a disparu dans les remaniements subis par l'église en 1786.
'Afif-eddîn Soléïman de Tlemcen et son fils l'Adolescent spirituel,
deux poètes arabes damasquins du xiu' siècle , ont fait l'objet des i-ecber-
ches de M. CI. Huaut , qui donne la traduction de plusieiu^s des œuvres
de ces auteurs.
M. Biagio Brdgi, professeur à Padoue, s'enquiert du Nome dell'azione
d'après l'opuscule grec De aclionibiis qui traite de la procédure en droit
grcco-romain , héritier du droit de Justinien. L'indication du nom de
l'action, qui doit figurer dans la requête, n'est plus, à cette époque,
qu'une simple formalité.
La novelle de Justinien De prœtore Siciliae est étudiée, tant au point
de vue historique qu'à celui de la science juridique, par M. Nino Tamas-
siA, professeur à Padoue également; l'auteur montre comment des
insurrections fréquentes, piovoquées par les exactions du fisc, avaient
obligé l'empereur de Gonstantinople à envoyer, en qiialité de commis-
saire chargé d'enquêter dans la grande île, un haut dignitaire de sa
cour.
M. BoNELLi, professeur à rinstitul oriental de Naples, publie, d'après les
archives de Venise, le texte du traité fait avec la Turquie en i5/to, avec
une élude sur les modifications et les additions apportées au texte défi-
nitif.
M. Léon Gaetani, prince de ïeano, identifie un manuscrit de la Bod-
léienne avec le Ghorar es-Siyar d'el-Hoséïn ben Mohammed el-Marghanî
(de Marghan, village du Ghoûr, en Afghanistan), et discute l'opinion de
Zotenberg qui, dans sa préface de \ Histoire des rois des Perses, avait
attribué cet ouvrage à Thaalibî.
Le Tratado de paz 0 Iregna conclu en 1 '177 entre Fernand 1" le Bâtard ,
roi de Naples , et AJjou-'Amr'Othmàn , sultan de Tunis, est publié et traduit
en espagnol par M. Julian Ribera, professeur à Madrid.
Une courte notice de huit pages est réservée à des remarques sur le
texte àeVIlinén de Maqrîzî dues h la plume de M. Ignazio Giidi, pro-
fesseur à Rome, à propos des renseignements que cet opuscule donne sur
les différents états musulmans établis au xv*^ siècle au sud do l'Abys-
sinie et sur PAbyssinie elle-même. Les variantes du manuscrit de Leyde
COMPTES RENDUS. 343
sont comparées avec celles de la copie possédée par la Bibliothèque khédi-
viale du Caire.
Quelques points de la topographie antique de Palerme sont étudiés par
M. GoLLMBA, professeui- à TUniversité; il s'agit de déterminer le site et les
confins de la cité de Panormus (Palaiapolis et Neapoiis), sur la base des
renseignements fournis par Ibn-llauqal.
M. Hassen Husny AiîD-i l-Waiiab . professeur à la Khaldoùniyya de
Tunis, nous donne sous le titre de Contributions à l'histoire de l'Afrique
du Nord et de la Sicile, des extraits de VA'màl el-'Alâm d'Ibn-al-Khalib, un
des derniers ouvrages du fameux ministre arabe d'Espagne, d'après le
manuscrit de la grande mosquée Zéïtoùniyya de Tunis, une note de
M. Griflini sur la tombe du jurisconsulte Suléïman ben 'Imràn (mort
en 270-888), découverte à Qaïrawàn en 1907, et dont une reproduction
phototypique est donnée dans une planche, et des échos de la Sicile
musulmane en Tunisie (notes sur la famille de médecins SkoUi = Çiqilli ,
sur le mausolée d'el-Mâzari à Monastir, sur la mosquée d'Asadibn el-
Furât, conquérant de la Sicile, à Qaïrawàn).
Les croisées à vitraux et à cadre de plâtre [trafori e vetrate) des églises
médiévales de Sicile ont attiré faltenlion de M. Salinas, professeur à
Palerme, qui les compare avec les monuments contemporains du m^me
genre au Caire: ainsi la fenêtre de San Giovanni degli Eremiti est presque
identique à une fenêtre de la mosquée d'Ibn-Toùloùn.
Des cartes topographiques et de nombreuses illustrations relèvent
encore l'intérêt de celle très importante publication.
Cl. HUART.
Hamdu 'llah Mustawfi-i-Qazwini. The T\'ni'hir-i-GuzÎDA or Select history,
roprodiiced in far-simile by Edw. G. Browne. Vol. I, ranlaininfj tlio
ioxl [Gi/j/i Mémorial Séries , t. XIV). — Lcydon , Brill ; I^ondon , Liizac , t () 1 o ;
in-8°, xix-Aer-^ pages.
Les lecteurs du Journal asiatique n'ont pas oublié la Description histo-
rique de la ville de Kazvin publiée dans ce recueil par Barbier do Meynard
(5° série, t. X), ni l'usage constant des manuscrits fhi Tdrihii-i Gozidè
de llamd-ollAh Mostaufi fait par Defrémery, au cours de ses recherches
hislori(pi('s. H y a peu d'années, .Iules Gantiii publiait, avec xmo tra-
duction française, le texte du quatrième diapitre consacré aux dynasties
musulmanes de Perse; le douzième chapitre, l'éservé aux Mongols de
Perse, ainsi (jue le chapitre intercalé sur les Mozhallérides, (jui devait
figurer dans le second \()lume. ne vtMia jamais le jour, ce travail ayant
3/i/i MARS-AVRIL 1911.
été interrompu par la mort prématurée de l'auteur. Mais on ne possédait
pas d'édition du texte, conservé uni(]uement en manuscrit. iM, Edw. G.
Browne, en donnant dans le Journal de la Société royale d'Angleterre ia
traduction du chapitre des poètes, avait montré que ia publication de
l'ouvrage était désirable; il vient de réaliser les souhaits exprimés en
nous donnant le texte complet de Thistoire de llamd-oUâh Mostaufî, en
reproduction photographique, d'après un manuscrit copié en SSy hég.
(i653), autrefois en la possession du prince Ferhâd-Mirzâ, oncle de
Nâçir-oddîn Chah, et apporté en Angleterre par Hâdji-Mirzâ 'Abd-ol-
Hoséïn Khân de Kâchân, actuellement député au Parlement persan. La
copie avait été exécutée primitivement pour la bibliothèque de l'émîr
Mobâriz-oddin 'Abder-Rahmàn , fds de l'émir Pîr-Mohammed, par Zéïn-
ol-'Abidin bon Mohammed, le copiste de Ghirâz. Malgré sa date, l'origi-
nal est tout entier tracé en caractères naskhî, et la décoration du titre
est plus arabe que persane. L'écriture est très nette: les voyelles sont
presque toutes indiquées. Le choix de M. Browne a été, pour la repro-
duction, on ne peut plus judicieux.
Une courte préface anglaise, reproduite en persan en tête du volume
(à l'orientale), contient les renseignements essentiels. Le second volume
renfermera des index complets et des extraits détaillés du contenu. Le
savant éditeur nous promet également de discuter les diverses questions
qui se rattachent à celte œuvre historique et à son auteur.
Cl. HUART.
MÉLAyGEs DE LA FAcriTK oniEKTAiE (Université Saint-Joseph, Beyrouth [Syrie]).
— [Beyrouth], 1910; in-8°, h-Sia-igA* (-f 1 feuillet non paginé)
- Lix pages.
Les Mélanges publiés par la Faculté orientale de l'Université Saint-
Joseph en sont déjà à leur quatrième volume ; des circonstances indé-
pendantes de notre volonté nous ont empêché de rendre compte des
tomes précédents; mais pour celui-ci, nous pourrons faire part aux
lecteurs du Journal des réflexions que nous suggère un ensemble aussi im-
portant de mémoires originaitx. LeR. P. Paul Joiion ouvre la marche avec
des notes de lexicographie hébraïque, destinées à préciser le sens de quel-
ques mots hébreux traduits jusqu'ici assez vaguement, et des notes de
critique textuelle, c'est-à-dire s'adressant au texte de l'Ancien Testament.
Sous le litre de Quelques légendes islamiques apocryphes, le Pi. P. Ghéïkho
publie le mémoire dont se souviennent les membres du congrès (h^s
Orientalistes présents à Copenhague en 1908; il traite des traductions
COMPTES RENDUS. 345
de la Tôrah , du Psautier, de l'Evangile , que les musulmans ont pu
avoir entre les mains lors de l'élaboration de la dogmatique de leur
religion, ainsi que des fameux rouleaux [çohof) dont il est question dans
le Qorân, et publie en apjiendice, à titre de spécimen, quelques-uns des
psaumes attribués à David d'après le manuscvit des Zoboûr Ddoud trouvé
à Mossoul et d'ailleurs entièrement apocryphe.
Le R. P, Alexis Mallon nous donne le catalogue des Scalœ (arabe ti,)
coptes de la Bibliothèque nationale , destiné à compléter l'inventaire
sommaire dressé par notre confrère M. J.-B. Chabot. Ce sont des recueils
informes de pièces de toutes soi'tes, grecques, coptes, arabes, dans
lesquels on trouve parfois des détails intéressants, comme cette petite in-
troduction arabe citée (texte et traduction) page 58, où l'on voit les
chrétiens d'Egypte, qui autrefois ne savaient pas l'arabe, remplacer
successivement le grec, langue liturgique, par le copte, et celui-ci de-
venu à son tour la langue liturgitpie, par l'arabe. On sait qu'aujourd'hui
cette dernière langue est la seule comprise des Coptes.
Un autre souvenir de Copenhague, c'est encore l'étude approfondie
oii le R. P. Lanimens traite de la bddia et de la hira sous les Oméyyades ,
c'est-à-dire de cette nostalgie du désert qui, par atavisme, reprenait de
temps en temps ces princes dans leur belle et verdoyante capitale
de Damas, senliment qui disparaît complètement lors de Tiranisation de
l'Empire arabe par les 'Abbassides, flanqués de leurs acolytes persans,
à qui le nomadisme n'inspire plus que de l'horreur. Cela amène tout
naturellement l'auteur à dire son mot au sujet de la (juestion controversée
de Mechattà ; ce lieu est pour lui un palais d'h'wcv où les khalifes oméy-
yades allaient cherchei- la tiédeur d'atmosphère qui attire tant de monde
aujourd'hui sur les bords de la Hineru.
Le même auteur se trouvait aussi, en 1908, présent au congrès des
sciences historiques de Berlin. 11 y a lu son Mémoire sur te ntriuinvirati
Aboi) Bdl.r, 'Otnar el Ahoii 'Obaïda, qui est mis maintenant à la porlée
de tous ceux <|u'inlércssent les |)r(»blèmes hisloricpies. Malgré los cllbrls
du savant arabisant, le rôle d'Abou 'Obéùla ben ol-Djerràh reste bien efl'acé
à côté des deux autres noms, surtout de celui du second, véritable fon-
dateur de l'Etat musulman; l'auteur ne le dissimule pas d'ailleurs, et
compare son rôle à celui du troisième membre des triumvirats romains.
On y lira des passages très intéressants sur les derniers momcnls de
Mahomet et sur les intrigues de ses femmes. L'auteur possède le i-are
talent de rendre vivants à nos yeux les personnages resit's un |)eu |)àles
derrière le voile des annalistes arabes et dans leurs récits bien secs.
En donnant une suite à ses Nolen el lùiidcs d'à rrliéolofpe orientale .\o
346 MARS-AVRIL 1911.
P». P. Sébastien Ronzevalle ëtiidie divers monuments palmyréniens
(textes funéraires au nombre de trente-trois, faisant suite à ses puljli-
cations du Machriq, 1900, et de ia Berne biblique , 1902), Phisloire du
Ijœuf bossu en Syrie et divers nejes rupe.stres ( cippes funéraires et stèles
du Liban et de PAnti- Liban),
Les recherches sur les réserves forestières impériales dans le Liban,
par lesquelles s'ouvrent les Nouvelles inscriptions de Syrie des RPi. PP. L.
Jalabert et Mouterde, sont des plus instructives : ou y saisit l'organisation
des forêts chez les Romains et leur aménagement, et Pou y prend la
conviction que les hauts plateaux des montagnes de Syrie, à une époque
peu éloignée de nous , étaient encore couverts de bois. Des remarques
sur la formation de la province de Syria Phœnice, une nouvelle borne
de la Tétrarchie, une dédicace à Juuon, une inscription grecque du
temple de llosn Niba, et des inscriptions funéraires de provenances di-
verses forment un ensemble imposant d'études épigraphiques romaines
et grecques.
Le Califat de Yazîd 1", par le R. P. Lammens , forme la suite de ses
recherches sur le règne de Moawiya. Les derniers jours d'un grand
règne, la dernière maladie et le testament ^oblique du fondateur de
Pempire oméyyade, le caractère, la générosité chevaleresque de Yazîd,
les raisons de la suprématie des Qoréichites dans l'Arabie préislamique et
leurs droits au khalifat, tels sont les points principaux étudiés dans ces
quatre-vingts pages, qui auront une suite. Ce travail selitagréaldement;
les personnages vivent, agissent; c'est un roman historique dont tous les
traits sont empruntés scrupuleusement à des auteurs authentiques. C'est
la reconstitution de toute une époque; l'iiistorien auquel on peut le
mieux rattacher la manière du R. P, Lammens, c'est Augustin Thierry.
\ient ensuite, avec une pagination séparée, la seconde et dernière
partie de la publication du Ilamdsa de Rohtorî d'après Punique manuscrit
existant à Leyde, par le R. P. Chéïkho, suivie d'une table alphabétique
des poètes cités, avec renvoi à chacune des citations, d'une liste de poètes
ignorés ou confusément cités, et de notes, variantes et corrections di-
verses pour la présente édition; le tout en langue arabe, sauf les notes
et variantes.
De nombreux articles bibliographiques mettent le lecteur au courant
d'une certaine quantité d'ouvrages importants récemment parus. Une
note nécrologique termine le volume et annonce le décès, à Mascate, le
16 octobre 1909, de M. Antonin Goguyer, qui a légué à l'Université
Saint-Joseph vingt-deux manuscrits arabes, dont la moitié environ inédits,
sans compter les ouvrages imprimés qui viennent enrichir les collections
COMPTES RENDUS. 347
qu'offre à ses étudiauls le laboratoire scieutilique qui se dresse siu' les
derniers contreforts du Liban.
Cl. HCART.
Bayuam Khân, Khàn-Kiiânân. Tuf. Pa;îs/av and Tcbki Dfvhfi, edited by E. De-
nison Ross {Bibliotheca Iiidica, New Séries, n''i9^ii). — Calcutta, Baptist
Mission Press, 1910; 1 fasc. in-h° v-1( pages.
En dehors des talents politiques qu'il a déployés au service des
Grands Mogols Humâyoûn et Akbar, et du rôle qu'il a joué dans l'histoire
de l'Inde, Baù'am-Khàn , qui avait été décoré du titre de Khàn-i Khà-
ndnet qui fut assassiné en 968 hég. (i56o-i56i), était aussi un poète :
par malheur, en dehors de quelques citations éparpillées dans YAkbar-
nàme d'Abou'1-Fazl et dans l'histoire de Badaoni, on ignorait tout de ses
productions. Il y a quelques années, M, Harinath De a découvert un
manuscrit contenant les œuvres poétiques de cet homme d'Etat, copié
par le propre fds de l'auleur, 'Abd-er Rahim , en l'année 1 0 1 4 liég.
( i6o5), et il l'a prêté à M.Deuison Ross, qui vient de le publier dans
la Bibliotheca indica.
Ces œuvres se composent de deux dicans, l'un persan, l'autre turc-
oriental. Le premier n'offrait aucune difficulté; le second, au contraire,
en présentait de considérables , à raison de l'ignorance du copiste. Dans
certaines parties, la cause était désespérée, lorsque l'éditeur a eu la
bonne fortune d'en rencontrer un second exemplaire dans une liasse de
fragments de manuscrits i-omontantà l'an 961 (i55/i). Bien qu'impar-
fait, ce second texte avait l'avantage de se reporter à un original différent
du premier. Le divan [)ersan s'étend de la page 1 à la page 5o de la
présente édition; les pièces diverses qui le composent ne sont pas numé-
rotées; il est h peu près de la même longueur que le divan turld, dont les
morceaux sont numérotés en chiffres romains (p. 5 1-91).
La page v de l'introduction contient une liste des principaux mots en
turc-oriental qui ont fait robjel de notes: la phq)arl décos mots et leur
signilicalion sont donnés dans le dictionnaire de Pavel de Courleille : il n'y
a d'acquisition réelle ([ue poiu' les expressions suivantes :
P. 67, JUjj^l injuruhnrh frtonrner autour de. . . -, dans l'ht-inisliclie :
(Mètre ramai.) fOuoi (l'étonnant (pic mon iJmc inq)uissante tourne
autour (le la têle?i^
I
us iMARS-AVRIL 1911.
P. 68, ilik-din barmaq ex[)liqué par le persan ^^ jij.ji 3I fqjerdre la
raisonn et hir yoli par JUi^ rren une seule foisn, dans l'hémistiche :
(Mètre rainai.) ff Lorsque je pris la coupe en main, je perdis la raison
tout d'un coup, n
Aljjb à riiémistiche suivant est pour ^'t^'^' comparatif de c^L, ffplus
vite.
P. 70, n. 1, siiz (lire sôz) qatmaq rrs'encpiërir affectueusement d'une
personne v .
Les indications de l'éditeur ne sont pas toujours aussi heureuses.
P. 52, n. 2, la correction j^l proposée pour j^i du texte signifierait
juste le contraire de ce qu'a voulu dire le poète ; il faut corriger en J^l :
rfEn ce qui concerne son rang, la première place est [encore] trop infé-
rieure à sa valeur.^ — P. 69, je ne saisis pas pourquoi, à la suite de
l'hémistiche :
l'éditeur ajoute en note : «This line neither scans, rhymes nor givcs
sensé n. Il rime parfaitement (lire levend^-ni), est du mètre mozdri : tap-
sah hè I rîj' hir ni | ce rjdr-i le | vend'-ni, et signifie: rf(Boiset renonce
au repentir) si tu trouves, ô compagnon! quelques amis hardis.'' —
Même endroit, avant-denuer vers, dans l'expression r^^u^ yli r-des pleurs
de sangn, il y a forcément uu substantif ^. que présu[)[)ose d'ailleurs le
verbe ^iU-^j rr pleurerai, et qui est à rapprocher de la forme ^^, donnée
par Pavet de Cour teille et Suléïraân-Efendî ; comparer Radloff, Versuch,
1. 111, p. 5o6.
P. 72, n. 1, rfThis line is unsalisfactory, but both MSS. agrée. ^i Le
mètre est le ramai, d'où il résulte que l>«-^ jv^ (au vocatif persan) est
une faute; il est à propos de lire j.^ ,>aj et le sens sera : rrQui se
préoccuj)e de savoir si les conseils de Baïram sont pleins de sens et de
raison?'!
P. 82, n. 1, rrUnintelligible to the editor. « Le vers litigieux est le
suivant :
(Mètre hazadj.) ntim-ni ydr | ' bihnaï j'haïr \ ' den istrr | nismi Baïram
rrMon amie ne sait pas mon nom; elle demande une indication à la
tierce personne, A Baïram! (car [il n'y a en r<'ahl«'] ni nom, ni signe:
miséricorde à mon nom el à mon signe !).n
COMPTES RENDUS. 349
P. 60 , u. îi , on trouve citée une curieuse erreur du dictionnaire de
Zenker; mais Pavet de Gourleilie et Suiéïraân-Efendi ont ia bonne
Iraducliou : J^yj^l ôtriik, ôturulc tr mensonge n (Radloff, Versuch, t. I,
p. 1266, 1 271). — P. 61, n. 2, ^J^l*MJ! ne vient pas deusmafj frcroitren,
mais de iismek JLs>-j!. — P. 62, i^sûrup from siirmaq-^ {^'^) ^^^^ sormaq
fT sucer n qui manque à Suléimân-Efendî . mais est donné par Pavet de
Gom-teille et existe également en osraanli (Radloff, Versuch, t. IV,
p. 549).
Fautes typographiques : p. 5 1 , 1. 11, aLoU^ jOh JjJ , lire : *JLo U.. —
P. 52, un tiret sépare maladroitement les deux hémistiches d'un même
vers.
A un moment où l'étude du turc reprend une nouvelle vigueur grâce
aux récentes découvertes de l'Asie centrale, la publication d'un texte
turlà i)rovenant d'un bon élève de Mir-'Ali-Ghir Névàyî, malgré l'énorme
quantité d'emprunts au persan que l'on y rencontre, vient s'ajouter
heureusement aux documents qui s'accumulent pour attester la singulière
vitahté de cet idiome.
Cl. HuART.
Abu'l-Mahâsin Ibn Tagiirî Binol's Aiuials, cdiled by William Popper. Vol. II,
Part 2, No. 2. — Berkeley, University Press, s. d. [1910]; 1 fasc. in-8",
p. 129-297.
L'Université de Californie continue, au moyen de son imprimerie de
Berkeley, la série de ses publications de philologie sémitique en livrant
au public la suite du texte arabe des Nodjoùm ez-Zdkiva d'Abou'l-Mahà-
sin ben Taghrî-birdi , édité [)ar M. W. Popper. Nous avons déjà eu l'oc-
casion d'entretenir les lecteurs dji début de la publication. Le second
fascicule de la deuxième |)artie du tome 11 comprend les règnes des
khalifes faliiuitcs ezli-Zhàhir 'Ali (/ii 1-/127 bég.), nmrl d hydropisie à
trente et un ans, et el-Mostançir Ma'add (li^'j-hS'])^ son fils. On lira avec
intérêt, sous l'année A i3 , le récit de la fracture de la |)ierre noire de la
Ka'ba par un sectaire, cpilbn-el-Athir [Clirouicoii , t. 1\, p. 234) |)lace
sous ranné(> /iiA; il ost ici plus d/'laillé, Ai)ou'l-Maliàsin donnant le
texte itriniilif d'Abou-'Abdaliali Molianimed ben Ali l'Alidc, ainsi (iiiune
lettre écriti; (l'Lgy})t(; l'année suivante, ra|)p()rlant rt'véncmcnt et trans-
mise par llilàl ben eç-Çàbi' (p. i3i). L'intértU d'un ouvrage de ce genre
repose surtout sur les citations de sources moins connues ou moins acces-
sibles (pi'il p(!ut renfermer, à côté des historiens classiipies (piil n'a fait
(|ue copier. A raison de son origine tiuipie, \bou"l-Mabàsin est fer\iMii
350 MARS-AVRIL 1911.
sunnite, et sa piété s'affirme par un débordement d'injures chaque fois
qu'il est question des Chi'ïtes; ce qu'il a dû souffrir, le pauvre homme,
en écrivant les fastes de la dynastie falimite! Le très long règne du mu-
lâtre el-Moslançii- Maadd, soixante ans, est précisément marqué par un
événement qui aurait pu changer la face des choses dans l'islamisme, si
le seldjouqide Toghrii-beg n'était pas intervenu , au secours des 'Abba-
sides, à la tête de ses fidèles Tui'cs : la révolte , à Bagdad , d'el-Basàsirî
(45o hég. ) qui reconnut la souveraineté spirituelle des Fatimites.
On trouvera, dans ce fascicide, d'ati'oces et curieux détails sur la
grande famine qui dévasta l'Egypte et ne prit (in ({u avec la nomination,
comme maire du palais, de rAi-ménien Bedr el-Djémàli Emîr-cl-Djo-
yoûch; on y rencontrera également la mention de la révolte d'el-Mo'izz
Ibn-Bàdîs dans le Maghreb et de la grande guerre civile entre les Turcs
et les nègres. Mais c'est surtout comme obituaire que la pubhcation de
M. Popper rendra de réels services, en donnant des dates exactes, année
par année, pour le décès des hommes célèbres, avec notices détaillées
et citations de vers des poètes. C'est ainsi que la mention de la mort du
célèbre calligraphe 'Ali ben Hilâl, surnommé Ibn-el-Baw^wàb , sous la
date /n3, me semble faire pencher la balance en faveur de celle-ci,
plutôt que /jaS, cjui parait avoir la préférence d'Ibn-Khalhkân, entre
les deux dates qu'il cite [Biographicai Dictionarij, t. II. p. 983:
cf. HuART, CaUigraphes, p. 8o).
De-ci de-là , on rencontre l'indication de lituialures qui offrent un certain
intérêt, comme page i/n, où Ion voit que, dans la lettre par laquelle le
sultan Mahmoud le Ghaznévide annonçait au khalife el-Qâdir ses succès
dans l'Inde en 4 1 i , il prenait les titres d'esclave et de créature SjuJ^ du
Prince des croyants; et p. i/i5, où il y a une intéressante diatribe sur
la titulature en ed-d'm, adoptée pour la première fois par le Bouide
Béhà-ed-din. Gompai-er M. Max van Bercuem, Z.D.P.V., t. X\I. p. 98,
ici; CI. A., t. I, p. 82.
P, 187, 1. 6, au lieu de *^ijlj*J, lire m^ ziJ J rf seulement il ne
l'avouait ipasv. — P. 226, 1. 18, au lieu de lt^y>\ (faute typogra-
phique), lire Usj-«l frii arrangea ses affaires, c'est-à-dire [celles de]
r'Iràqn.
P. a5i, n. (/. Les manuscrits ont régulièrement yiU-^ poui- ^^y^^l
dans le nom du seldjouqide Alp-Arslan. Il faut lire ruslàn; cette graphie
est influencée par la foime vulgaire de l'arabe syro-égyptien; j'en don-
nerai comme exenq)le le noju du mausolée du clieïkh Ruslàn à Damas,
eu dehois de Bàb-Toùnià: mais la preuve cpie cest une erreur des
COMPTES RENDUS. 351
copistes, c'est que ce nom turc bien connu est e'pelé par l'auteur à la
ligne 1 9 de la même page.
Cl. HUART.
H. H. Spoer and E. Nasballah Haddad. Maudal of Palestiseas Araric for self
msTRDCTioy. — Jérusalem, 1909; in-8°, xii-226 pages.
Les lecteurs du Journal asiatique n'ont pas oublié la notice consacrée
à la grammaire du dialecte arabe parlé à Jérusalem de M. Max Lôhi\ par
notre confrère M. Barthélémy (X° série, t. Mil, 1906, p. 197 et suiv.).
Voici un nouveau document, fait sur place, et qui pomra servir de
point de comparaison pour fixer des vocalisations souvent fuyantes.
M. H. H. Spoer est un savant américain qui a été quekpie temps membre
de l'école américaine d'archéologie et d'études orientales à Jérusalem : il
a été aidé dans cette tache par un savant indigène, M. Nasrallah Had-
dad, professeur d'aralje à l'école normale [tcaclm's scminnrij) rattachée
à l'orphelinat syrien allemand [Sijvisches Waisenhaus) de la même ville.
C'est d'ailleurs ce dernier établissement, dirigé par le pasteur Schneller,
qui a assuré l'impression de l'ouvrage , malgré le rude travail donné aux
jeunes typographes . dont pas un ne savait l'anglais : ceux-ci se sont
d'ailleurs acquittés fort bien de leur tâche; le volume est très nettement
tiré, il a bonne apparence, et les trois pages de corrections et d'additions
indiquent surtout le désir des auteurs de faire bien.
M. Spoer a passé six ans eu Palestine, et son collaborateur est Syrien
de naissance : c'est déjà une garantie meilleure que celle de M. Lohr
qui n'était resté que six mois à Jérusalem. La nouvelle grammaire ne
cite pas les ti-avaux antérieurs sur le dialecte hiérosolymitain, parce
qu'ils ne sont pas écrits en anglais; elle ne parle que des manuels déjà
existants en celte langue, mais qui ne traitent que des dialectes d'Kgvpte,
de Beyrouth et du Liban. D'ailleurs les auteurs se sont proposé de
rem|)iir un but j)Iutnl pratique que scientifique, en rédigeant uu manuel
que le voyageur fraîchement débai'cpié à Jaiïa et ignorant tout de la
langue arabe puisse aisément et rapidement étiulior. La préface contient,
au point de vue linguistique, des indications très justes quand on fait
remanpier entre autres (pie cvowels are not always used consistenlly,
especially ihe oY) sound and short i, which are often interclianged eveu
in the same dislricli. La transcription des consonnes suit le système
a(lo[)té dans la gi'ammaire arabe de ^^ riglil : celle des voyelles ne suit pas
d(î système scicnlificpie, mais a été soigneusemeni adaptée au\ analogies
(le l'anglais, à l'usage de ceux (pii ne sont point pliilologues et veulent
352 MARS-AVRIL 1911,
étudier sans maître. Ce principe une fois admis, les linguistes pourront
tirer parti de ce document, composé sur les lieux mêmes avec un grand
souci d'exactitude.
Ecrivant pour le grand public des toui'isles, les auteurs ont évité de
se servir, dans leur grammaire, de mots rébarbatifs, tels que morphologie.
On n'y trouvera aucun des termes techniques de la linguistique, bien
que M. Spoer paraisse' au courant des diverses questions qui se posent
au sujet du dialecte qu'il traite. A l'instar des Allemands, il transcrit par
i l'e fermé et l'a sourd , malgré les remarques de M. Barthélémy, qui
semblent n'avoir pas été entendues : er-râjobl illi âja rrriiomme qui est
venuTi, lire elli ou dlli (influencé dans ce dernier cas par Vu bref du mot
précédent). Souvent deux lettres servent à marquer une seule voyelle,
comme ee, ëë pour i bref et long, oo, oo pour u l)ref et long; il y a même
un 00 sans signe qui repiésente un u intermédiaire; les auteurs ont été
obligés de tenir compte des habitudes de leurs clients futurs. Dans les con-
sonnes , il n'y a que ^ et j:. qui soient transcrits j)ar des lettres doubles ,
c/î (écossais dans loch) et sh. A propos de la lettre '«m, représentée par
un esprit rude, les auteurs font remarquer que c'est rra guttural for
whicli there exists no équivalent in the Indo-Germanic languages v : cela
trahit l'origine de leur érudition ; il eût été plus impartial de dire imlo-
curopéennes. Pour k et q (^transcrit k), la grammaire indique bien que
le [)remier se prononce parfois c et le second g , mais elle oublie de dire
que ce ne sont pas les mêmes catégories de personnes qui se servent de
ces articulations différentes. Des lettres lunaires de l'arabe littéral, le djim
est la seule qui s'assimile ; ainsi ej-jobch « étoffe do laine, drapn (=ec-
iw;^? les auteurs n'ont pas de signe différent pour dj etj français).
Pour les pronoms personnels isolés, il serait utile de savoir si ce sont
les mêmes personnes qui disent indifféremmnt nahiià ou iliiia, hoomme ou
koYinc; c'est peu probable. De même il y a inconséquence à écrire, p. 6,
il-bakara ffla vacheTi et p. 5 el-hakara rrla bobine^' (du turc maqara, sens
à ajouter au dictionnaire de Bari)ier de Meynard); je ne pense pas qu'il
s'agisse dans ce cas de l'influence de la première voyelle du substantif
sur celle de l'article. Fobrsa «• congé scolaire n est un mot usité dans
toutes les écoles de la Syrie. Fi nish kmmito ne peut pas signifier rrwilh
what did you eut it?i mais rrdans quoi lavez-vous coupé?" Parmi les
néologismes, on remarquera sikkel il-hadeed (p. iia) dans le sens de
ff train 55, de même que nous disons ffle chemin de fer part à telle heures
pour ffle train parti.
P. i83, hoo bi 'aino signifie rrhe liimselfTi, mais non nlit: ho in eijesT,
celte expression est empruntée à l'arabe littéral, oîi 'ain signifie, entre
COMPTES RENDUS. 353
autres, tf identité de la personne ou de la choses. De même, dans 7na
âbrad tfentak ffHow unbearable is your conduct!^ lëentak n'est pas ffyour
mortarii, mais *^^ dans le sens de rr nature innée (de ^^}^ limou ayant
servi à la création de Thomme).
La seconde partie se compose de phrases usuelles et d'un rudiment
de conversation, accompagnés de petites historiettes où revient le tradi-
tionnel Jiha (= Djolià), de chants populaires, de proverbes et dictons,
d'idiotismes très curieux, de cris des marchands dans les rues, d'une liste
de plats nationaux avec une courte recette de cuisine, d'une série de
noms d'animaux et de plantes, et d'un vocabulaire général on trois
colonnes, anglais-arabe, dans lequel, quand l'équivalent manque, on
traduit simplement l'idée, par exemple : cockatoo no min il-hahharàl
(cacatoès, espèce de perroquet). Somme toute, un ensemble considérable
de renseignements qui ne seront pas seulement utiles aux voyageurs,
mais encore aux arabisants.
Cl. HUART.
Alexandre Max de Zogueb. Etudes sur l'.incienxe ALEXiNoniE. — Paris,
E. Leroux, 1909; in-S", 2/1 5 pages.
D'une famille originaire, croyons-nous, du Liban et établie depuis long-
temps à Alexandrie d'Egypte, M. A. M. de Zogheb, membre honoraire
de l'Institut égyptien, a réuni, en un volume, ies conférences et les
mémoires qu'il a eu l'occasion de faire ou d'écrire et qui ont rapport à
l'histoire ancienne de sa ville natale. Il traite ainsi plus d'une question
susceptible de piquer la curiosité générale, telle que celle des tombeaux
desLagidesou de l'emplacement du tombeau d'Alexandre. La découverte
de ce dernier provoquerait l'intérêt universel; il y a tant de siècles qu'on
en parle sans en rien savoir ! Mais il n'y a pas d'espoir que l'on puisse pra-
tiquer des fouilles, sur son era})laccmont présumé, avant fort longtemps :
le sol en est sanctifié par une niosqu('e musuhiiano plan'-e sous l'invo-
cation du prophète Daniel, et jiroti'gi' |iar les tombeaux de plusieurs
membres de la famille actuellement n'gnante; le trésor est mieux gardé
que par les dragons des fabh^s orientales.
Quant à l'emplacement, il ne semble pas y avoir de doute, et M. de
Zogheb est d'accord avec Schliemann et M. Maspero : le cjuartier du
lîiuchium, détruit en 97.^) sous Aurélion, la rue du Srtma (ou Sema)
sont iiidicjui's par les anleiu's anciens, et les t'iudes t()|>«)graphi(|ues
amènent précisc'ment au site de la niosipiée do Daniel. Sous celU'-ci, il
y a des substructions qui ont éti- enircvues par des explorateurs fortuits;
XVII. sB
iMlniamir !«tTlo^Al*.
354 MARS-AVRIL 1911.
mais il n'a pas été possible d'en savoir davantage. D'après notre auteur,
c'est également sur le même emplacement qu'étaient situés les tombeaux
des Plolémées et même celui de Gléopàtre.
Un certain nombre de tableaux chronologiques présentent aux lecteurs
des concordances qu'il serait fort long d'aller chercher dans les ouvrages
originaux : les successeurs d'Alexandre le Grand , la chronologie des
Lagides , celle des préfets de l'Egypte sous l'Empire romain et l'Empire
d'Orient. Celle des dynasties musulmanes , celle des patriarches d'Alexan-
drie et des conciles tenus dans la même ville permettront de se rendre
compte rapidement des vicissitudes éprouvées par Vemporium fondé sur
l'emplacement de Rakoti par le conquéiant macédonien qui projeta un
si fameux éclat sui' l'histoire du monde.
On ne peut pas attendre, d'un amateur comme M. de Zogheb, la pré-
cision d'un homme de science. On ne lui en voudra donc pas de rabaisser
le rôle du célèbre phare rrà éclairer l'entrée assez dangereuse du grand
poiifl (p. 17) tandis qu'il servait surtout à signaler au loin l'appi-oche
d'un refuge sur cette côte inhospitalière , si basse qu'on ne la voit même
pas à courte distance; ni de donner comme unique motif de l'expédition
française les plaintes de la colonie contre les exactions dont elle était
victime (p. i34); il est bien connu que ce ne fut qu'un prétexte, les
causes sont tout autres. L'auteur ne cite qu'en passant les diverses
interprétations données de la destruction de la bibliothèque par les
Arabes; il est d'avis (p. 129, u. 4) que ceux-ci n'ont détruit que les
bibliothèques religieuses des églises chrétiennes, les grandes collections
antiques ayant depuis longtemps disparu dans les désastres amenés par
les guerres civiles. Il rend d'ailleurs pleine justice à Néroutsos-bey et à
Mahmoûd-bey el-Falakî , qui ont travaillé si heureusement à reconstituer
la topographie de l'ancienne ville.
Un plan de la ville antique , une photographie du buste d'Alexandre
le Grand, une vue de la mosquée du prophète Daniel dominée par les
constructions du fort Galfarelli, illustrent heureusement cet intéiessant
travail de vulgarisation.
Cl. HuART.
^liJl ^^.«j^J! Second uecveil. Conférences faites devant l'Assemblée de
rUnivfrsité [égyptienne] au sujet de l'usure. — Le Caire, imprimerie du
Wâ'izh, rue DarL-el-Gamâmîz, sans date [1908]; in-8°, i33 pages.
On sait qu'à l'imitation de la loi mosaïque proscrivant le nechek
{Ex., \xii, 25;Lét'., XXV, 3C). Mahometa formellement prohibé l'usiure,
COMPTES RENDUS. 355
ribd (Qor. , ii, 276). Comment concilier celte interdiction absolue avec
les nécessités de la vie moderne, qui veulent que l'argent prêté rapporte
au prêteur un intérêt qui le dédommage de la peine qu'il a prise en
accumulant ce capital? Gomment, si prêter de l'ai'gent à intérêt est un
péché mortel qui doit être puni de peines éternelles , justifier la création
d'une banque indigène {cj'ySui rr bureau de change»)) en Egypte, qui
serait fondée par des Egyptiens avec des fonds tirés du pays même'? N'y
a-t-il pas là un intérêt national , par crainte qu'au moyen de prêts les
banques étrangères ne deviennent propriétaires des terrains et n'en
évincent les détenteurs indigènes? Il sort chaque année, des poches des
Egyptiens, plus de dix millions de dinars [sic, c'est-à-dire livres égyp-
tiennes, guinées s^=>~) pour payer l'intérêt des emprunts contractés par
le gouvernement et le peuple. Telles sont les raisons qui ont conduit
divers savants égyptiens, tels que le Chéïkh 'Abd-el-'Azîz Ghàouich, le
D' Taufiq-Efendi Çtdqî, llafnî-bey Nârif et autres, à traiter, en neuf
conférences qui ont été réunies en un fascicule, celte question des plus
importantes pour les musulmans en général.
Les conférenciers n'ont pas la prétention de démontrer la légitimité de
l'usure [ribd) interdite par le Qorân, mais ils font remarquer que la pro-
hibition ne porte que sur l'usure telle qu'elle existait chez les Arabes
pa'iens, c'est-à-dire à un taux vraiment excessif (cf. TabarI, Tafsir,
t. III , p. 63 , et t. IV, p. 55); elle ne saurait s'appliquer au prêt à inté-
rêt (so^SUi jal^^l), surtout quand cet intérêt est modéré; celui-ci est
légitime à raison des avantages qu'il offre, et n'encourt pas la réprobation
réservée aux exactions du temps du ])aganisme. Telle est la thèse juri-
dique et théologique soutenue avec talent et en langage fort clair par les
auteurs.
Quelques fautes typographiques sont dues à l'inadvertance des correc-
teurs : on notera, par exemple, p. i25, i. 10, ï^Lb au lieu de s.xjLLj;
p. 197, 1. 19, *>.;«5*.A«iil au lieu de iÇy.Xu,i)!; p. i3i, 1. 19, j.?jIaJl pour
Cl. HuART.
TiiE Dîiviy nt- IIassân isen TiiÂmi (ol>. A. II. ."j'i), odiled l)y llarlwig lliuscii-
FKLD, Pli. D. [Gibb Mémorial Série», vol. XIII). — Lcydc et Londres,
E. J. IJrili cl Luzac, 1910; in-8°, lai-ir pages.
Les récentes recherches historiques sur le plus loint^iiu pa.ssé de l'isla-
misme ont attiré rattenlion sur les poésies de llassAii lien Thàbil, l«
a3.
k
356 MARS-AVRIL 1 911.
panégyriste du prophète, qui s'était attiré une sévère punition pour
avoir douté de la vertu d"Aïcha. Etant donné l'incertitude qui entoure
la plupart des hadilh rapportés de Mahomet, il n'y a que deux bases bieu
certaines pour asseoir l'histoire du rénovateur de l'Arabie : le Qoràn lui-
même et les poèmes contemporains. Ou avait déjà utilisé l'édition de
Tunis, qui remonte à i864, mais qui, n'étant pas vocalisée, offrait à
chaque pas des dillicultés d'interprétation que M. H. Hirschfeld s'est
proposé de lever par la publication d'un texte établi sur des données
critiques. 11 a eu recours au manuscrit de la Bibliothèque nationale,
dont une copie faite par feu Aumer de Munich avait été mise à sa dispo-
sition par le Rév. Straumann, curé de Mutenzpi-ès deBàle, qui avait un
instant songé à cette édition et avait, dans celte intention, interfolié
un exemplaire de l'édition de Tunis où il avait reporté les collations
laites sur les manuscrits de Berlin, de Londres et de Saint-Pétersbourg.
Toutefois ia base de la présente édition est la copie conservée au
Brilish Muséum , d'une écriture nette et d'une grande correction , le texte
d'Aumer sei-vant pour la collatiou.
En passant, je remanpie que l'expj-ession rrbare consonautic lextn
dont M. Hirschfeld gratifie l'édition tunisienne n'est pas adéquate, car
si les voyelles brèves ne sont pas indiquées, les voyelles longues le sont :
il n'y a de textes purement consonantiques que de très vieux textes sur
papyrus ou sur peau de gazelle.
La première question qui se pose en pareille matière est celle de l'au-
thenticité de ces vieilles poésies, cpii, pour être un peu plus récentes que
les Mdallaqa et les autres poèmes anté-islamiques, n'en rentrent pas
moins dans le même cycle de l'histoire de la langue arabe. Nous avons
sous les yeux la recension de Mohammed ben liahib, mort en ^hb heg.,
qui la dicta à son élève Abou-Sa'îd es-Sokkari, mort en 276, jusqu'au
numéro CGI inclusivement; les autres vingt-huit pièces furent copiées
par l'élève sans avoir été dictées. L'éditeur infère de ce fait, constaté pai'
Es-Sokkarî lui-même , que Mohammed ben Habib ne considérait pas ces
dernières pièces comme authentiques : c'est aller bien vite en besogne.
De ce que Es-Sokkarî met en note : *^ /S-' "il ne l'a pas dicté", il est
peut-être un peu hâtif de conclure que son maître n'avait pas voulu
dicter ia pièce de vers parce qu'il ne la considéiait pas comme authen-
tique. Ce qui vient, en revanche, corroborer l'opinion émise par l'édilenr,
c'est (\ue les dernières pièces manquent dans le manuscrit de Berlin. En
somme, tout repose sur la tradition de Mohammed ben Habib. Or Ibn-
Michàni donne d'autres fragments qui ne sont pas dans le Diwân; et
parce qu'ils n'y figurent pas, est-ce une raison pour en déclarer l'attri-
COMPTES RENDUS. 357
bution fausse? C'est faire beaucoup d'honneur à la critique de Moham-
med ben Habib.
La correction typographique n'a peut-être pas toute la netteté de'si-
rable; des voyelles ont glissé hors de leur place, des points diacritiques
ont disparu, peut-être au tirage; je citerai au hasard, p. 58, 1. 17, *^i
pour ^^J4i; j). 69 , 1. 11, ^^t pour ,^!, 1. i3 ^15 pour yli'; p. 60 ,
1. 19, .xl-iJU lire c^J^ls. Une lettre déplacée rend inintelligible un
vers de la page 69 , 1. 1 3 , dont le dernier hémistiche est ainsi reproduit :
c>
Li,!^ yL. 13 [•y'i'l ^'\<i^
Il est clair qu'il faut lire cj^ !>> yi^^ .
Les scolies sont intéressantes. Dans l'expression »jji jL«Ll^(p. 106),
l'annotateur fait remarquer que >.^L.« est ici le pluriel de j--fy« (non
vocalisé), qui signifie rr celui dont on se moquer kj^-^, t^iJl et n'a
rien à fiiire avec iu^^i crfemme impudique^ dont le pluriel est jL»Jy» .
Nous aurions, en ce cas, un emprunt au latin mimus, et les mimes de
Gaza auraient été comparés, pour leur flexibilité, à la hampe en bambou
des lances bédouines.
Ci. HuART.
RlAD GUALI. De t.l rr.ADlTIOy considérée comme SOVIICE DV DROIT MCSULMAN. —
Paris, Arthur Rousseau, 1909; 1 vol. in-S"; vui-J-sig pages.
Le droit musulman représente, comme on le sait, l'oxemple le plus
typique peut-être de la fâcheuse confusion du spirituel et du temporel.
Lejiqh, enellét, répond encore aujourd'hui à la définition que les juris-
consultes romains donnaient de la jurisprudence : Jurisprudciitia cal dl-
vinarum atquc lunnaiiaruin rcruni notitia. . . [Instilut. de Juslinien, I. I,
I. I, S 1). Cette conception de la nature du droit a eu ce résultat que,
chez les musulmans, \q. fiqh a sa base dans la religion, avec laquelle il se
confond d'ailleurs.
Sons rcîserve des controverses qui existent sur ce point, le droit mu-
sulman repose sur quatre hm^cH ou sources qui sont : 1 ' le Qoran, >2 ' la
Soiiiiiia, 3" ïaiialo^ij-ic (ou lo,<iit/iic liuni<ii)ic) cl h" Vticcord[(il-idjm<i').G'oii[
à la seconde de ces sources, la Sotnnui , que M. Hiad Ghali, docteur on
droit de la Faculté de Paris ot avocat à la Cour d'appel du Caire, a con-
sacre sa thèse de doctoral en droit. Le livre de M. Kiad tihali a •> 1 8 pages.
On |i(Mit dire sans exagérer (pi'il ii'(M1 l;in(li;\il pas hciuicoup nutins pour
relever tout ce (pi'il rcnl'criiH' dincMiclilndcs, de mauvaises lianscrip-
358 MARS-AVRIL 1911.
lions, (le noms propres défigures, de fautes de français, d'erreurs dans
la terminologie juridique, tant arabe que française, etc. Des remar-
quables travaux faits en Europe sur le droit musulman, il n'est nulle-
ment question dans le livre de M. Riad Ghali, qui me paraît ignorer tout
de la littérature européenne de son sujet, jusqu'au mauvais livre de
Sawas Pacha sur La théorie du droit musulman, si savamment ciitiqué
par MM. Goidziher et Snouck Hm'gronje. Il s'est borné, je crois, à traduire
tant bien que mal ses auteurs arabes , en les résumant , en y faisant des
coupures un peu au petit bonheur. Il en est résulté un travail plus obscur
que celui des auteurs arabes eux-mêmes , d'une lecture très fatigante, et
émaillé d'erreurs de toute sorte. L'auteur, d'ailleurs, avoue lui-même
ingénument (p. 9) son ignorance de l'histoire, de la biographie et de la
bibliographie arabes. Tous ces noms [)ropres qu'il a cruellement estropiés
— et qui appartiennent à des hommes des plus illustres de i'islâm — il
avoue qu'il ne les connaissait pas et ne savait même pas oii les chercher :
ff cette dilhculté, je l'ai rencontrée sans pouvoir la surmonter. . . " (p. 9).
El là-dessus, M. Riad Ghali préconise une espèce de confédération de tous
les pays du monde pour rechercher les noms de ces hommes introuvables
et les centraliser au Caire, cette ville ff d'où partent les trois rayons de
science qui se dirigent vers les Indes et la Chine, vers la Tripolitaine, la
Tunisie , l'Algérie , le Maroc ; vers la Syrie , la Turquie d'Asie , le Cau-
case". Grâce à ce rfbureau central de bibliographie 1 , on pourrait identi-
fier les auteur cités dans sa thèse et sur lesquels il n'a pu trouver aucun
renseignement. 11 eût été beaucoup plus simple pour M. Riad Ghali , au
lieu d'imaginer ce projet grandiose, d'ouvrir la Geschichte der Ara-
bischen Literatur de M. C. Brockelmann pour y trouver des notices
très substantielles sur tous les auteurs qu'il a cités, avec de très précieux
renseignements bibliographiques. Le Lcxicon bibliographicum de Hadji
Khalfa lui aurait donné, au besoin, des indications sur les œuvres qui
ne nous sont pas parvenues. Quant aux noms des quelques Ashâbs
(compagnons de Mahomet) qui sont cités dans son travail, il eût pu les
identifier — bien qu'ils soient tous très connus — en faisant quelques
recherches dans les Biographies des compagnons du Prophète d'ibn Sa'd,
de Nawaw^i, d'Ibn al-Athîr, d'Ibn Hadjar al-'Asqalâni et, au besoin, dans
le dictionnaire arabe, Tâdj al-'Aroûs. Malheureusement, M. Riad Ghali
ignore jusqu'aux noms les plus illustres de l'Islàm , ceux qui sont connus
même des non-orientalistes. C'est ainsi qu'il déclare (p. 117) qu'ffil est
impossible d'indiquer les biographies d'Ibn 'Abbâs, d'Ibn az-Zoubair et
d'Ibn Vachir (lire Yàisir)^. Quand on ne sait pas qu'lbn 'Abbàs est le
cousin de Mahomet, un des piliers de la science des IJadith, précisé-
COMPTES RENDUS. 359
ment; que 'Abdallah ibn az-Zoubair a été khalife à la Mecque et que
'Ammâr b. Yàsir, un des plus fameux compagnons de Mahomet, fut tué
à la bataille de SifTin, en l'an 87 de l'hégire, on est en droit d'ignorer
les noms des autres. Car on peut trouver pour les personnages susdits
quelques centaines de biographies , et il n'y a pas un seul ouvrage histo-
rique arabe qui ne les mentionne , sans parler des livres faits par les Eu-
ropéens.
On ne peut s'étonner dès lors que M. Riad Ghali nomme Al-Guerd
(p. vu) l'ilkistre historien Ibn al-Athîr al-Dja:arî; ni qu'il désespère de
trouver l'auteur qui se cache sous le nom de Fakhr-ul-hlam (p. 9),
alors qu'il s'agit de Fahhr-al-Isldm Mohammad b. Hosain al-Pazddwî
dont il a mis l'ouvrage si souvent à contribution , et qu'il a même tra-
duit textuellement en plus d'un passage; ni qu'il ignore ce qu'est ce
nChams al-Aemat (le soleil des Imâm)r). encore un auteur qu'il a beau-
coup utilisé et qui n'est autre que Chams al-A'imma Mohammad b. Abî
Sahl as-Sarakhsi, fameux jurisconsulte hanéfite, mort en 483 (^1090;
cf. Brockelmann, op. cil., [, 378), le même que celui qui est cité par
M. Riad Ghali quelques pages plus loin (p. i4) sous le nom mal tran-
scrit de Gharkhasi !
Quant au style, il est trop souvent incorrect et parfois même à peine
intelligible. En voici quelques exemples :
P. 5. En parlant du gouvernement actuel de Constantinople : rrC'est
ainsi que le principe même du gouvernement actuel est légitimé par la
Somma [Tradition) du Prophète; seulement c'était un frein à l'absolu-
tisme du souverain, et il a cru bon de s'éloigner de son modèle. n
P. 8, Le peuple, en Egyj)te, croit que tout a été prévu et réglé par
le Qoran. M. Riad Ghali réfute cette opinion et dit : «Par conséquent,
n'allez pas croire que le Qoran c'est tout! Vous serez chiites (hétéro-
doxes) et le serait-il ?r)
P. 28. tfLe lecteur comprendra facilement (!) que la division dos
sources du droit musidman peut varier à l'infini, selon qu'on se place an
point de vue de leurs sources, de leurs elfets, etc."
Ibid. rrLes privilèges du Coran sont : 1" de ne pouvoir être nié sans
être mécréant; 2" de ne pouvoir être touché en état de souillure corpo-
relle , etc. »
On pourrait multiplier les exem|)les de ce genre . mais ils ne donne-
raient jamais luie idée d(> l'énormilé dos orronrs conuuises au point de
vue aral)C propi-cmenl ijil. Voici, an hasard de la locluio, et sansaiionne
360 MARS-AVRIL 1911.
prétention d'être complet, quelques fautes relevées dans les premières
pagps (nous ne parlons pas de la transcription qui ne repose sur aucun
principe ni sur aucun des systèmes pratiqués jusqu'à ce jour; ex. : Gua-
mé-cl-Gmvamé [p. vn] = ^l^ ^L^ djdmï al-djawdmx; el-Mouhaquak pour
al-mouha(jqlq = jLjsJ! ; plus loin, p. VMi,-le ^ est représenté par c : Abî
Isbac, etc. . . ainsi trois valeurs pour une même lettre : 05 = ^'^ c, q).
P. VII. Mouivala, Vive MotiivaUd ; Nnbahani, lire Nabhdnî et cf. Soyoûtî,
Lobb-al-Lobdb (éd. Weijers), s. v.; Mohamnd, lire Mohammad (partout
M. Riad Gbali oublie de redouljler le mim): mach-hour, lire en un seul
mot; Al-Guerzi, lire al-Djazarî ou, à l'égyptienne, al-Gazarî; Hessein,
lire Hosain.
P. VIII. Bnnnnî, lire Banndnî et cf. Soyoùti, op. cit., et Brockelmann,
s. v. ; Mahali, lire al-MahulU et cf. les mêmes ouvrages, s. v. ; le Hafez
Abî Isliac, lire le HdfizAboù Ishnq; Chntby, lire Chdtibi et cf. Soyoùti, s. v.
P. 1 6, Charhhasi, lire as-Sarnkhsî. — P. qA. Charih, lire Choumih et
cf. Ibn Kliallikàn (éd. Wiistenfeld), notice 289, et Tddj al-'Aroùs, II,
p. 171. — P. 29 Qipassim. El-Amadi , lire al-Amidi et cf. Soyoùti, s. v,
— P. 3o. El-Guabaï, lire al-Djoubbd'i et cf. Soyoùti, s. v. — P. 35.
El-Guerffuawi , lire al-Bjourdjdni. — P. 89. Karahi, lire al-Karkhi. —
P. kl. El-Ghaiati, lire al-GhazdU; el-Dukah , lire ad-Daqqdq; ebn
Kvîg (?). — P. 47. Abd-el-Gmbar , lire 'Abd al-Djabbdr (ou Gabbdr).
— P. 53. Votre, lire notre. — P. 60. Maaz, lire Moddz; Ouba-i-doullah.
lire al-Abâdila et cf. le Tddj al-'Aroûs, s. v. : Ali ben Kaab, lire Obaijtj b.
Kab.
P. 66 elpassiin. rr L'équité, l'équitable^, pour traduire les mots a^Ij^
et Jj^, sont des inexactitudes. En matière de témoignage et de trans-
mission de hddith, la *jlj«^ signifie rrla moralité, riionorabilitéfl et la
J.X£ est rr le témoin bonorable, le transmetteiii' de hadith digne de foi^.
P. 69. Mnsri, lire Misri; Orssoulines , lire OumûHijtjhi; Emul-el Ous-
soid, lire 'ilm al-oii-wnl. — P. 70. Ebn eJ-Mousih, lire Ibn al-Mo}is(nj}jnb ;
Abdallah ben Sarg, lire 'Abdallah b. Abi Sarh. — P. 71. As-Saddiq. lire
as-Siddiq. — P. 77. El-Tibri{l). Vive al-Tabavi. — P. 89. Le mouzal.l.i
n'est pas rrun enquêteur a, mais un rcertificateur de moralité ^ comme en
matière de témoignage.
P. 87. Les Ansârs ne sont pas "les Coraïcbilcs et autres qui (mt sou-
tenu Maliometn. On a admis jusqu'ici que ce sont les babitants de
COMPTES RENDUS. 361
Médine, les tribus d'Aws et de Khazradj. — P. 90 (deux fois) et p. io5.
Samiitdhou frje l'ai eutendun, lire samitouhou; b. Yabki, lire ihn Yabqà;
El-Nacai, lire En-Nasd'i. — ?• 91- Sajiane; ben Ainia, lire Sofyàn; ibii
Omaijjja; Zahri, lire az-Zohri; Abou Nasr el-Sabbagh, lire ibn as-Sab-
bdgh. — P. 98. El-Leissi, lire al-Lailh. ^- P. 96. al-Kagliandi , lire al-
Khoudjandi et ci. Soyoùtî, s. v.
Voilà pour les 95 premières pages. Il est inutile de poursuivre plus
loin, encore plus de discuter le fond de l'ouvrage : ce serait remplir,
sans profit, les pages du Journal asiatique. Malheureusement M. Riad
Ghali nous annonce un travail semblable sur le Qoran. Puissent du
moins ces lignes contribuer à le faire réfléchir avant de mettre son pro-
jet à exécution !
Emile Amar.
MamcpioJbi no n(J3eiiuwecK0My HShmosHumn. \^MatÉriavx de umGVlSTiQi'R
JÀI'IIÉTIQVE.]
1. tLibfl Hkohih. rpYSUHCKiû e.ioccapiù. [Elic Tchkonu. Glossaire géorgien.]
H. II. Mappt». rpaMMamiiKu nancKaio (.uucKueoJ nibina. [N. Mark. Grammaire
de la langue laze.] — Saint-Pétersbourg, 1910.
Sous les auspices de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg et
sous la direction de M. N. Mari-, professeur à la Facultt' des langues
orientales, bien connu par ses études sur la philologie arménienne et
géorgienne, s'ouvre la nouvelle collection des Matériaux de liiiguis-
tique japhélique. Et c'est M. Marr qui la présente dans une introduction
à l'ouvrage de M. Tchkonia cpii inaugure cette série : crLa linguistique
japhétiqu<!, dit-il, est un domaine autonome de la linguistique consacré
à l'étude du géorgien, du svane, (hi mingrélien. du laze et autres
langues. L'autonomie de ce domaine scieiitilicpic est jjasée tant sur le
particularisme des matériaux que sur les particularités et l'intégralité de
leur étude et le système spécial des lois phonélicjues (pii régissent ces
lang\ies. C'est pour servir les intérêts de cette nouvclli' l)ranche de la
scien((î linguistique que parait la série présente.^ M. Marr se j)jaint de
voir depuis de longues années la langue géorgionuc laissée de côté par
les bn};iiistes et attribue à cette cause les lacunes des (hctionnain^s géor-
giens et l'ignorance où l'on est vis-à-vis des trésors lexicographicpics dos
dialectes géorgiens. C'est pour cond)ler ces lacunes qu'il a eu l'heureuse
idée d'entieprendre la publication d'inie collcclion de reciierches sur les
dialecics du [[éorjjifn el d(>s langues qui lui sont apparcnlc-es.
liiinportaiice de cette collection u i-chapiMMa à personne el l"(i'u\r<>
362 MARS-AVIUL 1<J11.
que M. Marr entreprend sera bien accueillie, notamment de ceux qui
s'occupent, à quelque litre que ce soit, des langues caucasiques, et aussi
de ceux qui s'inte'ressent aux problèmes de la linguistique générale,
puisque la place des langues caucasiques semble encore à trouver, ou tout
au moins à démontrer : M. Marr a, en eftet, lui-même h ce sujet une
tbéorie bien arrêtée dont il n'a jamais fourni la démonstration systé-
matique, et nous lui devrons d'avoir attiré l'attention sur une branche
importante et encore neuve de la linguistique , et mieux encore : d'avoir
fourni des matéi-iaux pour l'étude scientifique des langues caucasiques
du Sud.
I. Le Silfjms-kona de M. Tchkonia (exactement Cqonia), glossaire
géorgien des mots qu'on ne trouve pas dans les dictionnaires de Saba-
Soulkban Orbeliani et de David Tchoubinov sera un supplément pré-
cieux à ces dictionnaires, les seuls existants. Dans ce glossaire sont
expliqués plus de i.5oo mots qui n'avaient trouvé place encore dans
aucun ilictionnaire ou d'anciens mots dans des acceptions nouvelles. Le
mot expliqués semblera peut-être un peu ii'onique : sauf l'introduction
en russe, l'ouvrage est complètement en géorgien, mots étudiés et com-
mentaires, mais ces commentaires auront un intérêt (pour l'étude des
synonymes, nous dit M. Marr, qui aurait ])ien dû s'inspirer de sa re-
marque et l'appliquer à son ouvrage sur la langue laze, le n° II de la
collection, où cela aurait eu un intérêt ])ien jilus grand de comparaison).
La signification des mots est illustiée par des phrases typiques et parfois
des dictons, des proverbes. Explications ethnographiques, mots dialec-
taux : gouriens, iniéréthiens, kharthaliniens , pchavo-khevsoures et
autres , mots puisés dans les vieux textes géorgiens nouvellement édités ,
noms populaires d'hommes et de femmes , noms d'animaux à leurs dif-
férents âges, voilà d'après M. Marr, bon juge en celte matière, les
nouveautés de ce travail austère d'un ff provinciale d'Aiexandropol.
II. M. Marr a fait récemment un voyage au Lazislan et sa grammaire
laze, avec chrestomathie et vocabulaire, est un des fruits de cette expédi-
tion, décrite par lui dans le Bulletin de l'Académie impériale des sciences,
lyio, p. 547 à 670 et 607 à 682 , sous le titre ; Hst. nots^Ku b-b Type-
HKiS ^lasHCTaH-b (BneHaTjtaifl 11 HaôjiOAenifl), et rrpi-ovoquée par le hiil
que les matériaux dont on disposait sur la langue laze étaient non seule-
ment rudimentaires , mais, ce qui était inquiétant, évidemment sus-
pects n.
Conformément aux idées reçues, M. Marr place la langue laze (qu'il
veut appeler tchane d'après le nom géorgien des Lazes) à côté du min-
grélien , du svane et du géorgien. Bien que reconnaissant sa parenté plus
COMPTES RENDUS. 363
étroite avec le mingrélieu , il n'accepte pas l'idée d'Erckert qui la consi-
dère comme un dialecte du mingiélicn, mais il fait du mingrélien et du
laze un groupe qu'il appelle tubal-caïnique. Et à ce propos nous remar-
querons que M. Marr, lompant avec les dénominations en usage , veut
enrichir la nomenclature scienlifique moderne d'un assez grand nombre
de termes nouveaux; si la Bible ne suffit pas à lui fournir un vocabu-
laire assez complet, elle y contribue pour une bonne part. Nous ne
suivrons pas M. Marr sur ce terrain , et , pour ce qui est de ses théories
sur les langues japhéticpies et les divers groupes de langues qu'il veut
faire entrer sous cette dénomination, nous les laisserons de côté tant
qu'il ne nous en aura pas donné l'exposé, avec arguments à l'appui,
dans un travail d'ensemlde, comme il nous le promet p. xxii : tfSous le
tableau 11 est indiquée la généalogie des langues japhétiques telles que nous
nous la représentons après ce que nous avons pu tirer de nos recherches
sur la langue laze. 11 va de soi qu'ici nous ne donnons que des résul-
tats généraux. Pour ce qui est des détails, fondés sur les matériaux
recueillis et présentés dans le travail actuel , ils sont réservés pour une
étude consacrée spécialement à l'étude comparative des langues japhé-
tiques. Naturellement nous désirerions pendant ce tem})s, personnelle-
ment ou par l'intermédiaire d'autres, com])léterou corriger les données
rassemblées et surtout augmenter le nombre de nos textes lazes.^
En ce qui concerne la langue laze elle-même, dans l'étude de M. Marr
nous trouvons une classilication des quelques dialectes observés tant
par l'auteur que par ses devanciers, Klaproth, Rosen, Peacock,
von Erckert et Adjarian '"' , qu'il maltraite tant soit peu. Tous à des
titres divers s'étaient occupés de la langue laze , mais M. Adjarian avait,
comme le fait maintenant M. Marr, réuni dans une étude conqiilative les
tiavaux de ses prédécesseurs et les siens propres, et composé un vocabu-
laire suivi d'une grammaire et de quelques textes. M. Adjarian (que
M. Marr, à l'imitation de M. Schuchardt, tient à nommer Atchareau bien
que la transcription qu'il a lui-même adoptée poui- son nom soit fondée
sur la prononciation de l'arménien occidental'"^' : M. Adjarian est Armé-
nien de Cousiantinople) est cité fréquemment, mais sans indulgence et le
plus souvent à piopos de ses erreurs ou inexacliludes. Les langues cau-
''' AnjAuiAN, Kliidf xnr la langue laze (Exlrnil dos Métnoirex de la Société de
Liiiguislifjue de /V/mx, iSi)(), t. \).
'*' II. Maim'i.. OiiKiniiiiiii iii(i(j.iiui.i>i ;•?. riia.\iMiiintu,ih ()ju'nnr-:j)Y-iUHCKa<^o n.ihiuii
r?. t)nr()it<iniiiii(:iiiniiiM7i cootfiii.cHic.»!?. a podcinnib epy,iaHCK(un ii.mKfi rh rcMumtiHc-
cKtiMU. Saiiit-l'élorsljoiir};, 1908.
36A MARS-AVRIL 1911.
casiques du Sud ont une série aspirée de consonnes ph, th, kh, qu'il est
assez délicat pour une oieille non caucasienne de distinguer soit de la
série sonore b, d, g , soit de la série sourde p, t, k. \]\\ Arménien de
Gouslantînople, qui a dans sa langue des consonnes que nous pourrions
comparer aux consonnes allemandes h, d, g-p, t, k, était le plus mal
placé du monde pour observer cette séi'ie aspirée, et eu fait M. Adjarian
a indifféremment transcrit p, t, k, les deux séries^, t, k, et ph, th, kh.
Evidemment M. Marr a pu constater sur place au Lazistan que la notation
de cette nuance manquait dans la transcription de M. Adjarian et aurait pu
s'en douter auparavant, sachant bien lui-même combien elle est parfois
difficile à saisii'. Le géorgien lui permettait de rétablir à coup sûr la
plupart des formes; il est clair qu'il y avait là ou une ftiute de transcrip-
tion ou bien dans la langue laze une perle étrange d'une série de pho-
nèmes caucasiques. Or, Erckert avait noté des aspirées : elles avaient
donc échappé à M. Adjarian. C'est ce qu'avait découvert déjà et signalé
M. Schuchardt dans le compte rendu de la Wiener Zeitschrijt fiir die
Kunde des Morgeidandes (t. XVI, p. 879 h àok) qu'il consacrait à l'ou-
vrage de M. Adjarian, et oii il a relevé la plupart des défauts de ce livie
avec sa simple connaissance du géorgien; il lui repi'ochait notamment
(p. 387) de n'avoir pas conservé au moins les aspirées indiquées par
Erckert: « . . .der Verfosser, der ja im allgemeinen die Schreibung seiner
Quellen wiedcrgil)t. mussle das auch hier und besonders hier tun. Al-
lein er wandelt aile kh, ph, th Eickerts in À-, p, t um und zwar auch
wenn die betroiïende Forni nur aus Erckert belegt ist, so bat er z. B. ,
kviiici, pirpili , lutaKxv Erckerts khvinci, phirphili, ihulha. Das ist um so
wunderbarer als er bei den Aifrikaten den Unterschied aufrechl erhidt ;
er schreibt hier Erckert nach, j,. B. , dckemi, tctina ohne daraus je eine
sicli darbietende Nulzanwendung zu ziehen.'"
11 n'y avait pas lieu d'accabler M. Adjarian à ce propos; M. MaiT
aurait pu signaler une fois pour toutes la tianscription défectueuse des
aspirées p/<, th, kh, sans y revenir pour chaque exemple particulier, car
l'ouvrage de M. Adjarian est très honorable et le premier de son genre.
M. Marr n'est cependant pas sans lui reconnaître des mérites; il nous dit,
mais comme à regret, dans un chapitre spécial sur la rr littérature delà
question 1 (.InTepaTypa npeAMexa) p. XXV et xxvi : rr Tout cela cependant
en son temps n'a pas empêché le travail de M. Adjarian et de ses prédé-
cesseurs de me rendre un grand service. Quoi qu'il en soit, c'est là-dessus
qu'avant mon voyage j'ai fait le schéma (nt.ipaôoTaj'h oômyio cxcmy)
d'une graniniaire de la langue laze, et c'est grâce à eux que je suis
arri\(' au l^a/istan avec une certaine pi-i'paralion. Spécialement, le travail
COMPTES RENDUS. 365
compilalif de M. Atljarian, particulièrement son dictionnaire, m'a servi
de questionnaire (onporHWM-b .uictomt,) tout prêt pour la lexicographie,
questionnaire qui e'videmment se corrigeait et se complétait de mes
observations personnelles, n
Il faut en effet rendre à M. Marr cette justice qu'il a ajouté de nou-
veaux textes aux anciens repris et corrigés par lui. Le lexique s'en est
trouvé augmenté d'autant, et les matériaux plus sûrs permettront une
interprétation plus exacte des phénomènes linguislicjues. En outre, on ne
peut que féliciter M. Marr d'avoir laissé de côté les transcriptions en
caractères latins (et notamment la sienne) tant qu'il n'y aura pas eu une
entente sur ce point , et d'avoir adopté ici l'alphabet géorgien dont ou
ne saurait trop vanter la commodité pour la notation des langues cauca-
siques.
M. Marr aurait facilité singulièrement la tâche de tous les lin-
guistes européens qui poun-onl avoir à se servir de son ouvrage, en
indiquant au moins les rapprochements géorgiens des faits lazes. A
leur défaut, un commentaire géorgien des mots et la traduction eu géor-
gien des textes qu'il a traduits en russe auraient pu être d'un certain
secours Mais, dans la grammaire comme dans le vocabulaire, s'il a in-
ique quelques rapprochements géorgiens, l'auteur semble s'en être tenu
aux plus suspects.
Nous signalerons enfin le chapitre du verbe qii'il a mis au point,
donnant des préfixes et des préverbes une analyse exacte et complète.
Mais tout cela, il faut le dégager dans chaque chapitre, des para-
graphes où M. Marr donne ses aperçus , ses théories personnelles et des
résultats auxquels il est arrivé, sans rien pour les expliquer. Nous l'avons
vu insister sur l'aulnnomie du groupe japhétique (svane, la/e. niingré-
lion, géorgien) dans linlroduction âv. l'ouvrage de M. Tclikonia, et sur
frle système spécial des lois |)lionétiques qui le régissent'^. Si c'est
frd'a|)rès ces lois spéciales dans un groupe de langues indépendant de
la science linguistique générale n , que M. Marr a lire ses conclusions,
puisque d'autre part il ne vouliiit pas nous donner dans sou élude les faits
correspondant aux faits lazes des autres langues de celle famille, ni s'ap-
puyer sur des exem])les, il aurait dû s'abstenir (Tiulioduire à chaque
page tout l'appareil de ses théories pour le moins discutables qui ren-
dent la lectui'e du livre fatigante et n'éclairent en rien le lecteur, à moins
(|u"il ne se résigne à cioire aux allirinalions df M. Marr sans les con-
trôler. C'est ainsi rpie, p. <) et lo, poin- les voyelles finales des dé'sineuces
rasiielles e, i, o, il restitue respecliveineut '«, "//, ''a, sans autre e\|)lica-
tiou, sans renvoi (je ne saclie |>as (pi'il en ait parlé par ailleurs). A
(I
366 MARS-AVRIL 1911.
maintes reprises il déclare que tel mot, telle forme sont réguliers (aaKOHHo-
Mibpuo) ou que ce n'est pas là ce qu'il attendait , mais sans dire pom^quoi.
Il fait aussi part de ses hypothèses : notamment p. /i2 et 43 où il traite
des auxiliaires. 11 \eu[ envisager la racine r du verbe substantif comme
une racine hvl: en passant, nous remarquerons que M. Mair considère
toutes les racines verbales comme «-triconsonantiquesn, dominé qu'il
est par son idée de rapprocher les langues japhétiques (d'où la dénomi-
nation) des langues sémitiques; ceci ouvre d'ailleurs un vaste champ à
ses hypothèses, car les racines verbales des langues caucasiques sont
extrêmement réduites et disparaissent parfois complètement comme il le
constate lui-même, et on a beau jeu pour reconstituer tout ce qu'on veut;
pour le cas particuher du verbe être r<.hvl, M. Marr est moins pru-
dent que d'habitude puisqu'il énonce : r tubal-caïnique [laze-mingrélien]
est l'équivalent de / géorgien (KapxcKiB), une loi phonétique pour justi-
fier son hypothèse. On a en effet des r lazes correspondant à des / géor-
giens, mais le phénomène ne semble pas général et paraît se ramener à
des cas particuliers. C'est donc une hypothèse étayée sur une deuxième:
l'édifice est fragile. M. Marr nous en dit trop ou pas assez au point
de vue comparatif; trop de théories sans faits les appuyant. 11 nous a
privés de ce qu'il aurait pu nous donner en toute compétence et en toute
sécurité : les formes géorgiennes correspondant aux faits lazes.
En résumé, l'ouvrage de M. Marr dans sa partie descriptive apporte
une importante contribution à l'élude de la langue laze et, par là, à
l'élude générale des langues caucasiques du Sud où tant de questions sont
encore à élucider. Mais , à notre avis , il faudra pour l'utiliser et en faire
état, faire soigneusement le départ des théories de l'auteur, de son idée
directrice et de sa solution déteiminée à l'avance.
J. Reby.
Le laze est l'une de ces langues sans littérature qui ne sont étudiées
que depuis le xix° siècle. Klaproth (iSsS), Rosen (i843), Peacock
(1887), ^^^ Erckert (1896) sont les premiers savants qui s'en soient
occupés; j'ai aussi publié une étude spéciale (voir M.S.L., t. X) où j'ai
recueilli tout ce que mes prédécesseurs avaient enseigné. Le travail de
M. MaiT, qui vient de paraître, dépasse, en volume et en qualité, tous
les précédents. L'auteur qui est un spécialiste des langues caucasiques
et qui du reste est d'origine géorgienne , a passé plusieurs mois chez les
Lazes et a étudié leurs différents dialectes sur les lieux mêmes. Son livre
présente une double garantie de com[)étence et d'authenticité.
Dans l'inlroduclion, lauteuc traite du groupe des langues ffnoétiques«
COMPTES RENDUS. 367
subdivisé iui-mêtne en trois branches : langues se'mitiques, langues
japhëtiques et langues kbamitiques. Les langues du Caucase me'ridional ,
ainsi que le laze, appartiendraient à la branche frjaphétique''. U sagit, on
le voit, d'une nouvelle classification de langues, proposée par M. Marr,
il y a quelques années, mais qui n'est encore admise par aucun savant.
M. Marr croit aussi pouvoir faire entrer l'arménien dans la branche
japhétique; il tient celui-ci pour une langue d'origine caucasique, ensuite
indo-européanisée , sousl'inlluence d'une grande colonie indo-européenne.
Pour prouver cette thèse, M. Marr a expliqué, dans une série d'articles
publiés dans le Bullelin de l'Académie de Saint-Pétersbourg , quelques
dizaines de mots arméniens par des étymologies caucasiques. Mais ces
étymologies ne prouvent rien, à notre avis; les unes sont sans doute
fausses ; pour les autres il s'agit de simples emprunts.
La grammaire laze de M. Marr est en général descriptive; pour l'expli-
cation des formes, l'auteur n'entre pas dans la comparaison des langues
congénères (géorgienne et autres). Le mécanisme des préfixes verbaux,
qui restait inexpliqué dans les travaux précédents, trouve ici son explica-
tion claire. Au contraire , les païadigmes des verbes impersonnels , itéra-
tifs, négatifs, passifs et interrogatifs (voir mon étude, p. 88-96) sont
ou négligés ou extrêmement courts. La chrestomathie est riche; mais
les poésies et les chansons populaiies ne sont pas traduites, tandis que les
conversations, formées en général de petites phi-ases rudimentaires, sont
toujours accompagnées de leur traduction russe.
Le dictionnaire laze-russe contient près de trois mille mots, y com-
pris les emprunts turcs qui abondent en laze. Je crois que ces emprunts
n'ont pour la plupart rien à faire réellement avec le laze et cpi'on ferait
mieux de les omettre, comme ce que j'ai fait dans mon dictionnaire laze-
français. M. Marr va jusqu'à donner des mots tout à fait scientifiques,
comme celui de la constitution ottomane (hurnyel) , les noms des signes
vocaliques arabes, etc., qui sont à peine connus de quelques rares lettrés
lazes. Et encore, je ne crois pas que la collection de M. Marr soit com-
plète. M. Marr s'est efforcé d'indiijuer l'origine de ces enqjrunts, mais
il n'y a pas toujours réussi. Conlraiienienl au bon usage des savants
européens, il ne met point la transcription des mots étrangers, et il fait sou-
vent en turc des fautes grossières. Ainsi les formes cj^S^j, (p. 1 45), ^Sj~j
(p. i46), ^s/c.'(p. 197), »j^ (p. i5i), j^-lrf(p. 176), .-Jb(p. 188),
^.^♦■^ (p. Qio) n'existent [las en turc; il faut les corriger v:^^^^ , ^^-j-
(se prononce maintenant tanro, d'où la l'orme laze l'ami que je cite dans
mou étude, p. io4), (^^' -^i-f obL>« *jLb, y~:i^. Le mot svjili s'ex-
plique mieux par sejil, (jue par scjih. Il y a de plus une nuisse de mots
368 MARS-AVRIL 1911.
qui sont clairement des emprunts turcs et que M. Marr n'indique pas
comme tels; ainsi nous avons :
baba «pied de table n< t. bâbà. Ce mot ne se trouve pas dans les dic-
tionnaires turcs, mais il est employé à Gonstantinople au sens du crplus
gros balusLre dans la balustrade d'un escâlier^i.
basiugi rrdotn<t. hâshq ff somme que Tépoux paye à sou beau-père
pour prendre sa fdle en mariage n.
bina -<: av. bina rr construction , édifice i.
boi, dans znga-boi nie long delà meri est certainement t. èô^ rf taille,
longueurs. Cf. yâh-bôijd rr le long de la mem, dcrc-bôijo rrle long du
fleuves , etc.
daraba crmur angulaire n <; t. dial. daraba.
dibcti rr espèce d'étoffe n <: t. dibet.
dncagi rrdais nuplialn <t. duvâq rr voile de la nouvelle mariée^.
duti rrle potageri<;t. duz rrplat^ , dial. rrchampn.
eJmazi<d. eJmds rr diamant 'i.
esin<:t. esre rr signe vocalique de i, a-n.
t'abla rr coiffure de femme «< t. dial. tabla, même sens.
t'avale t.tâva rr poêle à frire n.
t'clilci rr boutonnière n <:(lp/«A: rrtroun (se dit aussi de boutonnière).
t'irt' <c:i. titremek rr trembler n,
t'oxli<:t. àin]. tooclu ncheyresiiin.
k'irez-ay <; t. dial. hirâz-ayd rrjuin^i (lill. mois des cerises).
}eaHçi-<zi. qânja rrcrocn.
kapam-<:t. qâpân rr piège n.
kardala rr chaudière n < t. gerdel rrcuveau^ (?).
kasavi<z^- qâsâjd, dial. yasav rr étrille ".
kisiri < t. qdS9r rr stérile ii.
kopca<:t. qôpca rr bouton n.
kuzi<::t. qûza r agneau n.
kuhima, kukma. <c t. giigihn, gihjiliu rrgrande cruche de bronzen.
legeni<z.\\. legen t. lehen rr cuvette».
Ubadi<zar. libâda rr veste ■«.
makoki , maUok'i, mark'nk'i rr navette de tisserand» ne vient pas de
l'arm. mahnjk rr])arque» mais du t. vwklk rruavette», ce dernier étant
emprunté à l'arménien.
marlini'<.i. mnrtd rr mouette».
mpsli<zL mest rrl)rodequin».
iiirji rraide, secours» < t. dial. mcji, d'où artn. dial. miji rrh'avail ou
cuiHJuun».
COMPTES RENDUS. 369
;ion«<:t. ninc, ncne rrgrand'mère", arm. dial. nan.
nani, nani, hanani<Zt. neimi, arm. dial. nanik aberceuse».
sargana ffanguillen < t. zârgmm.
««/•«//f bouquet de poils du maïsn <: t. saqdl rrbarbc^.
sout'i rr espèce d'arbre 71 <; t. sôgût, sôyiid nsaule».
tabani ■<,[,. daban tr plante du pied».
pala-<.t. pâlâ crsabren ; d'où buyugi p'ala<Z t. pâlâ-boyoq trà longues
moustacbes».
porçuxi<Zt. porsuq n-hyènen.
p'oskoU<z.t. piiskiil rfbouppe".
k'eseri ■< t. keser « doloire i .
Uoça\ù<z «passeport'' <:t. qôcân crsoucbe du registre».
cap' a <;t. càpa ffliouei , de l'ital. zappa «piocbe».
çoxa<ii. dial. cûqa, cfiha, d'où arm. dial. ètiaa « veste».
kalasap'i ff espèce de poire» <; qâbn mp ff espèce de poire dont la tige
est assez épaisse» (de qâbn rr épais» et de sâp rlige»).
cikriki^ci. coqraq irtour, rouet (pour fder)».
caprasù-<.i. câprâst iragrafe», du p. capmst «à gauclie et à droite».
cMce<t.y)ï/e frnain».
xava, hava n'est pas du géorg. , mais du t. hava, heva rrair, temps».
xamia-<.i. hiimnia rr typhus ^^ <ar. huinma fffièvre».
heluUi<:.X. hellak ff exterminé par la fatigue »<: ar. Iialak frmort,
perdu».
Jilisi < t. Jiliz ff bourgeon ».
xartoina<c.t. dial. a:an/«ma (d'où arm. dial. xarUima) ff bardeau».
Le laze, toujours en contact avec le grec, a aussi emprunté beaucoup
de mots à cette dernière langue, dont quelques-uns sont indiqués par
M. Marr, les autres oubliés. Parmi ces derniers, je lais remar(|uei' paii-
kari ff brave garçon» , eh ff viens! » , Icalat'i rrcorijeille» <;gr. HxXi6i((Voh
arm. dial. kalat'), molok'i frespèce de plante» <gr. [xoXô'/yj (d'où arm.
molos ffmauve»), ijcj-oh* '< gr. -crepoûvi (d'où arm. dial. pcron ff four-
chette»), motak'sr , mctak'si , mokdasi ff soie », wesog-o»/ tr lombes», lobya
ff haricot », /«//«nrt, luk'na, nuk'la ff bougie de cire», k'avtali n-papier-,
k'die ffô nile!», papa, papuli ffgrand-père'^ <:gr. -zsi-înros (avm. pap) ,
proskya , praska , prasa ff poireau »< gr. -urpicrtov (t. prâsa, arm. pras),
çap'ula ff espèce de chaussure-.
Le laze a aussi des emprunts européens, la plupart italiens, passés par
l'intermédiaire du grec moderne ou du turc.On peut citer lipnrdc (rhyène»
'<ital. Icopardo, mandili ffinouchoir», iiiiiit'n rr mcn lin; -, /.(f/jo// tf espèce
d'habillement» <c fr. capote, ktikula rrcapuchon- -<lat. cuculla (la forme
XVII. a',
Itintiurmii atTi.i^iir.
370 MARS-AVRIL 1911.
géorg. hunkuli est empruntée à l'arm. kiigid , à cause de l'n), kirali crroin
(cf. aussi le turc qarâl rrroin), kocoporta de l'ilai. porta rr porte, ?««-
nati ff rouble russes <; du russe moncta crmonnaie^i, cigara rrciga-
retten. M. Marr n'indique pas l'origine de ces mots.
En dehors de ces trois catégories de m'ots qui ne peuvent pas être très
anciens, il y a encore un grand nombre de mots lazes apparentés à l'ar-
ménien ancien ou aux dialectes modernes. M. Marr en cite quelques-uns ,
comme tani frpetit-laitn <<arm. t'an, omik'sura, omisura rrcrèche, man-
geoire n < arm. msur, pâli ff morceau de bois» <arm.j9ai/f ffbois» (les
deux premiers rapprochements sont emprunte's de mou ëtude sans la
citer), etc. Le mot laze miurli tfbourdonn est comparé avec une forme
arm. iTJtiuJ-, mais il n'existe un pareil mot, ni dans l'arménien ancien,
ni dans les dialectes modernes.
Dans le dictionnaire de M. Marr j'ai trouvé 80 mots lazes qui ont cer-
tains rapports avec l'arménien ; l'étude de ces mots sera publiée prochai-
nement dans la revue arménienne Avaral.
Le livre de M. Marr est, d'un bout à l'autre, la critique de mon
étude. Tout d'abord, il n'accepte pas l'idée du dialecte de Batoum qui
m'a servi de base, et il l'ajjpelle un ff malentendu 75 (p. xvu). frMes pré-
décesseurs parlent, dit-il, d'un certain dialecte laze de Batoum. C'est
un malentendu , pareil à celui qu'il y aurait à parler actuellement d'un
dialecte laze de Bizé. A Bizé, comme à Batoum, il y a des Lazes, mais ce
sont des émigrants de différentes pai'ties du Lazistaù. '^ M. Marr ignore
que Batoum était la principale ville laze, jusqu'à dernière guerre russo-
turque. D'après ce que j'ai entendu dire, il y avait alors là 5oo maisons la-
zes. Quand la ville tomba sous la domination russe, les Lazes la quittèrent
et éraigrèrent en Turquie. Une Jionne partie de ces émigrants est in-
stallée aux environs d'izmidt (Asie Mineure) où les Lazes ont fondé
plusieurs villages. Les personnes qui m'ont appris le laze à Gonstanti-
nople étaient justement de ces émigrants de Batoum. Comme M. Marr
même a eu l'occasion de le remarquer plusieurs fois, les formes de Ba-
toum sont les plus archaïques, et si l'auteur veut étudier le laze à fond ,
il doit visiter les villages d'Izmidt, pour vérifier et continuer ce que j'ai
donné dans mon étude.
Une autre faute de M. Marr est de ne }>as citer les auteurs qu'il a
consultés ou de les citer fort médiocrement. Ainsi il emprunte des cen-
taines de mots et des centaines d'exemples à mon élude, mais il ne la
cite que lorsqu'il trouve quelque faute. D'ailleui-s je crois qu'il n'a pas
eu sous mains les travaux de Klaproth, Peacock, et von Erckert, qu'il
ne semble connaître (pie par mon livre. Ainsi M. Marr m'attribue toutes
COMPTES RENDUS. 371
les formes données par mes prédécesseurs et toutes les fautes qu'ils ont
commises. Cf. par exemple les pai'agraphes tkebi, xçe, uça, p'orca, gor-
mot'i, ckari, xami, çxvindi, skiri, ça, cindeh'i, etc. et prescpie tout
le catalogue des mots douteux (p. xix-xxx). Gomme chaque auteur
a étudié un dialecte différent, je crois que le meilleur moyen était de
citer, à côté de chaque mot , le nom des auteurs qui l'attestent. J'ai suivi
ce système dans mon étude, où l'on trouve quelquefois des mots cités par
quatre ou cinq auteurs différents. Cette indication est nécessaire surtout
pour les formes du dialecte de Batoum , non seulement parce qu'il présente
les formes les plus archaïques , mais encore parce que M. Marr ne l'a pu
étudier, attendu que les Lazes de Batoum ont maintenant émigré ailleurs.
M. Marr omet même souvent des formes intéressantes données par ses
prédécesseurs, par exemple: pansala (R.) « rate ri , gormot (R. Er. )
ffDieun , tcindi(Tr.) ftnezn , k'eriiidi (Er.) frftuixfl , barhar (Bt.) rradoter»,
xaskakali (Er.), horsakali (Er. R.), xojgagali (At. Bt.), c'est-à-dire xoc-
kaknli crgrêle^ , etc. Pour toutes les formes pareilles M. Marr répète con-
tinuellement : frnies Lazes ne la connaissent pas«; mais ffses Lazesn ne
savent pas non plus compter dans leur propre langue, et selon M. Marr
(p. â3) ffles adjectifs numéraux cardinaux sont employés jusqu'au di-
xième, rarement jusqu'au vingtième, le reste est en turc.
Je reconnais l'exactitude de la remarque de M. Marr, concernant la
prononciation des trois degrés de consonnes : b, p, p ; d, t, t' ; g, k, k';
j> c, ç; j, c, ç. Rosen étant x\llomand, moi. Arménien de Constantinople,
il nous était dilîicile de percevoir la mince différence de ces consonnes,
et il nous est arrivé souvent de confondre b avec p, p avec p , et ainsi de
suite. M. Marr a bien fait d'en tenir compte constamment. En dehors de
ce (jui concerne ces consonnes, je ne reconnais aueune autre faute de ma
notation.
H. Adjarian.
F. H. \Vkissi!A(;ii. DiK KKJLiysciiniFTKN DK/i AciiAiiEfiiUEN {Vordevasiatische
UilAiolheli , 111). — LiMpzijj (cliez Hinricli), 1911; in-8°, Lxxxiv-160 pa<;es.
M. Weissbach. (|iii avait déjà édité avec M. Bang le texte perse des
inscriptions achéménides et seul le texte élaraile, publie maintenant
toutes les inscriptions des rois achéménides dans leure trois textes pei*se,
éianiite et babylonien, en transcri[)lion. eu les accom(Kignant d'une Ira-
diicliou et d'un bi-ef commentaire. Une assez longjic iniroduction (inu-
mère les inscriptions et discute les questions relatives à l'écriture. (Miuvre
a/i.
372 MARS-AVRIL 191 1.
d'un assyrioiogue distingué, cette édition est surtout destinée aux histo-
riens qui y trouveront , sous une forme commode et avec un texte bien
revisé d'après les dernières collations et en partie d'après de nouveaux
relevés, tous les documents originaiu actuellement connus des Achémé-
nides, aussi bien les inscriptions de Gyrus le Grand en babylonien que
les inscriptions en trois langues de Darius et de ses successeurs.
L'ouvrage n'apporte guère de textes nouveaux ayant une importance
pour l'histoire ou la linguistique. La partie la plus neuve, le déchiffre-
ment des fragments nouvellement relevés de l'inscription b de Nakhs-i-
Rustam, a été déflorée par la publication anticipée qu'en a faite M. Tol-
man; M. Weissbach, qui avait communiqué ses lectures à M. Tolraan, se
plaint discrètement de ce procédé; le mérite du déchiffrement, très diffi-
cile, de ces importants fragments revient du reste tout entier à M. Weiss-
jjach , comme l'a indiqué M. Tolman lui-même.
M. Weissbach maintient sa doctrine que l'écriture cunéiforme perse
aurait été inventée sous le règne de Darius; il continue de considérer la
petite inscription de Murghâb : rrJe suis le roi Gyrus, achéménidei ,
comme émanant de Gyrus le Jeune ; ce serait la seule inscription en
perse de Gyrus le Grand, dont on n'a d'ailleurs, on le sait, que le cylindre
bien connu et une petite inscription sur brique. Pour trancher d'une
manière définitive cette question capitale de l'origine des cunéiformes
perses, il fauch-ait de nouvelles données. Il est permis d'espérer que de
nouvelles fouilles conduites non plus à Suse , mais sur le domaine propre-
ment perse , ou dans le nord du domaine iranien , du côté d'Ecbatane , four-
niraient des inscriptions perses. L'absence persistante de toute inscrip-
tion perse de Gyrus serait caractéristique ; et peut-être trouvera-l-on des
textes iraniens en un autre alphabet, ou en un dialecte différent de celui
de la Persis. Quel que soit le résultat des fouilles, et même s'il était pm^e-
menl négatif et n'aboutissait à la découverte d'aucun document perse
notable , il serait de grande importance pour la philologie de l'ancien
iranien, pour la linguistique iranienne et pour l'histoire de l'Iran. On
doit donc souhaiter vivement que la Perse proprement dite ne soit pas
plus longtemps négligée.
La transcription employée pour le vieux perse diffère entièrement de
toutes celles qui sont en usage. La notation de » pour ce que l'on note
ordinairement v a l'avantage de bien marquer la prononciation réelle,
qui était assurément la semi-voyelle w et nullement le v labio-denlal.
Mais on ne voit pas ce que M. Weissbach gagne à abandonner c et/ pour
ic oÀ g surmontés de \ ouf, ^ (ou, si l'on ne veut pas du mélange de
caractères grecs, /), .v pour p, t , k, avec des barres souscrites. Puisqu'il
COMPTES RENDUS. 373
V a une transcription qui tend à se fixer, celle du Gmiidriss de la philo-
logie iranienne, il convient que chacun y sacrifie ses préférences person-
nelles : l'unité de transcription est le plus grand bien, auquel il faut
subordonner le reste.
Ce qui rend précieuse la traduction de M. Weissbach, c'est qu'elle
repose , le cas échéant , sur la comparaison des trois textes : perse , éla-
mite et babylonien; là où il y a lieu, les divergences — assez faibles —
sont signalées en note. Malheureusement, le texte babylonien est très
mutilé, et M. Weissbach n'en indique pas les lacunes dans la traduction ;
on ne peut donc, sans savoir l'assyrien, se rendre compte de ce qui est
contrôlé par le texte babylonien et de ce qui n'offre pas cette garantie ;
ceci ôte beaucoup de son prix à l'édition pour les linguistes qui s'inté-
ressent particulièrement au vieux perse. Le dictionnaire complet du vieux
perse avec indication de l'équivalent élamite et babylonien pour chaque
passage est facilité par le travail de M. Weissbach, mais il reste aie faire.
En attendant, des notes précises comme celles de la page 2 5 sur maskâ
seront très utiles. Et il est intéressant de voir comment par exemple le
locatif draijahijà B. l, i5 est traduit en babylonien exactement pai-
ffdans la mem , comme le dit en note M. Weissbach.
P. Li, l'enseignement donné pourrait faire croire que, si k n'est jamais
écrit devant u, c'est qu'on ne le prononçait souvent pas. L'état de la langun
dans les périodes postérieures montre qu'il n'en est rien, et que h n'a
pas cessé d'être prononcé, ou même est devenu la spirante x devant ti.
Le cas de Aummazdâ- rendu [)ar u-ra-mas-da en élamite et par u-ri-{ra
ou ru)-mi-iz-da en babylonien — et en grec i^pofiâaS);?, Ùpoixi^ys —
que M. Weissbach invoque, après M. Hoffmann-Kutschkc, est à part; il
semble que la prononciation perse ait abrégé la partie initiale de ce
long juxtaposé ; la chute de h serait comparable à celle que l'on observe
dans les mots persans accessoires, et même dans des noms de nombre
comme p. car, cil; il est malaisé de se rendre compte de ce qui s'est
passé, parce que la foi'me savante conservée dans l'Avesta Ahura- a été
restituée et que toutes les (oimes conservées par la suite reposent sur
celle-ci : la forme sassanide é[)i{;ra[)lii(pie qui est 'irliimzdji <>L le groupe
obscur du pehlvi des livres M^y^yk) , (pii doit évidemment se lire
Invhrmzd (ou 'ir}mn:d, puisque le pehlvi des livres confond ' et //)
présentent h nouveau h (pi'on retrouve à l'initiale dans les empriuils: gr.
Ôpfi/o-Sas, syr. Horiuizd, Ilonnazd, arab. llurmii:. Du reste, c'est seu-
lement ù Hebistun que le texle babylonien a V-n-[ra , ruymi (ma) /:-(«:)-
dn ; parloni ailleurs on lil a-hu-rit nm-di-dn , a-hii-urwu-n:-dn , clc. .
37A MARS-AVRIL 1911.
avec lui, ce qui concorde avec ia leçon aveslique. Le très ancien emprunt
ai'ménien Aramazd doit aussi reposer sur Ahuramazdâ-, avec chute
arménienne de u en syllabe inaccentuée. Sans attribuer à la vocali-
sation babylonienne une importance excessive, on notera comme une
chose curieuse que Va final de nhura- était sans doute très affaibli dès
l'époque de Darius, puisque Ton a à la fois m, ri, ru et vr : c'est une
prononciation déjà plus altérée que celle supposée par l'arm. Aramazd. —
L'm- initial de l'élamite ne s'explique pas par la diphtongue an- à en juger
par la façon dont ia diphtongue est rendue ailleurs : Gavbaruva- (bah.
Gu-ba-ru, gr. rcoëpvïjs) est rendu en effet par élam. Kam-bar-ma , et
Gauinâta- [hab. Gu-ma-a-tu) par élam. Kam-ma-ad-da : le second élément
ti de la diphtongue au est rendu par m qui sert en effet, d'habitude, à
rendre le v perse en élamite comme en babylonien. On doit donc ad-
mettre que ahura- de Ahuramazdâ- était fortement réduit dans la pronon-
ciation courante du vieux perse; mais on ne peut faire état de cette pro-
nonciation particulière pour déterminer la manière dont était traité h
devant u.
P. 2 0-2 1. La traduction proposée du mot difficile v'dbiscâ n'est sûre-
ment pas satisfaisante ; le cà est coordonné avec les deux précédents et
n'en saurait être séparé, comme le fait M. Weissbach.
P. 56-67, col. IV, 1. 6, la lecture sis est plus satisfaisante de toutes
manières que sim; et il est important de remarquer que M. King, qui
dans son édition n'exprimait pas de doute sur le m final (indiquant seu-
lement des traces de grattage après) a signalé à M. Weissbach l'incerti-
tude de ce caractère.
P. 66, col. IV, 66. M. Weissbach lit ufrastam conformément à une
indication de M. King, et d'accord avec la lecture de la ligne 38, même
colonne; mais ia note, peu claire, n'indique pas s'il s'agit d'une pure
hypothèse de M. King ou si l'inscription est mal lisible ici. Dans le
premier cas, l'hypothèse serait dénuée de valeur; car ufrastam est incon-
testé Beh,, I, 22; et la tendance bien connue du perse à remplacer si
par st est aussi attestée dès l'époque de Darius par le râstâm de Nr. a. 69.
Tous ceux qui étudieront désormais les inscriptions perses devront
avoir sous la main l'édition de M. Weissbach.
A. Meillet.
COMPTES RENDUS. 375
r. A. XAJATHiiq'b. OiepKT) iicinopiu ApMcmu o& censu ct> oûiu,iiMh xodoMb codbimiû
65 Ucpcdm'u Ajiu. Ucplndh I : ^Ipcenna ucmopia (fasc. xxx des Tpjdbi no
eocmoKoeibdrbHm de l'Inslitut Lazarev). — Moscou, 1910; in-8°, viii -
36o pages.
L'éminent professeur d'arménien de Tlnslilut Lazai-ev, M. Klialatiants ,
a eu l'heureuse pense'e de publier ses leçons sur l'histoire de la nation
arménienne. Il n'existe pas encore une histoire détaillée qui permette de
suivre dans toute son étendue la formation et le développement de cette
nation et qui eu mette en évidence le rôle qu'elle a joué. L'histoire
de Canicean, écrite en arménien à la fin du xviu° siècle, et qui ne
répond en rien aux exigences de la critique historique, n'a pas été
remplacée. Le livre de M. Khalatiants vient donc combler une lacune, et
il est à désirer que la publication des volumes suivants ne se fasse pas
trop attendre.
Ce premier volume se rapporte à toute la période ancienne de l'his-
toire de l'Arménie jusqu'au début du règne de Tiridate le Grand,
premier souverain chrétien de l'Arménie, dont le règne commence en
997. C'est ime période qu'un arméuisant est mal placé pour traiter; car
aucune source arménienne ne s'y rapporte. Avec pleine raison, ]\L Kha-
laiiants laisse entièrement de côté les combinaisons de Moïse de Khoren ,
seules données que fournisse la littérature arménienne pour toute la
période antérieure à Tiridate. Quoi qu'on puisse penser de la date à
laquelle a été écrit le texte de l'histoire de Moïse de Khoren , une cliose
du moins est certaine, c'est que l'autem- n'a disposé d'aucune source
historique arménienne authentique pour les temps qui précèdent le
iv" siècle de notre ère, et M. Khalatiants, qui professe depuis longtemjis
cette doctrine , entièrement conforme i» l'enseignement du rep,Tetté Car-
rière, en tu'c la conséquence en faisant tout son exposé sans utiliser
les soi-disant traditions arméniennes, et en se servant seulement de
documents assyriens, grecs, latins.
On n'a mémo pas de raisons de croire que la langue arménienne, sous
une forme ancienne, ait été parlée, dans le domaine qu'elle occuj)c
maintenant, dès le début de la période historique. Pour anlant qu'on
|niisse les interpréter, les inscriptions cunéifornies en langue locale
trouvées dans la région de Van n'onl rien de commun avec l'arménien.
Et l'essai d'interprétation des inscriptions hittites par l'arménien qu'a
proposé M. Jensen ne semble avoir convaincu personne. Le nom ni^'uie
d'arménien — (jue les ArnKMiiens ne se donnent pas, on le sait —
apparaît pour la première fois à l'époque achérnénidc, siu* l'inscription
376 MARS-AVRIL 1911.
de Behistun et chez Hérodote. Quant à la littérature arménienne, elle
ne commence que beaucoup plus tard , à l'époque clirétienne , longtemps
après Tiridate lui-même, et il n'y a pas apparence que l'arménien ait été
écrit avant qu'on ait essayé de traduire les livres sacrés., ou du moins
aucun monument actuellement connu ne porte la trace d'un essai qui
aurait été fait.
Du reste, l'Arménie n'a pas d'histoire propre durant l'époque aché-
raénide; elle fait alors partie de l'empire perse, dont elle constitue une
marche. A lire M. Khalatiants, on se rend bien compte que la nation
-arménienne s'est constituée peu à peu, après Alexandre, au temps où
recouvrant leur liberté, les habitants de l'Asie antérieure se sont réunis
suivant leurs affinités et suivant le hasard des luttes entre les chefs
de tribus. Le souverain qui a donné à l'Arménie sa plus grande exten-
sion et qui a fixé la mesure de son ambition pour l'avenir a été
Tigrane. li s'agit alors d'une dynastie nationale, que les Romains finis-
sent par supprimer. Mais les Romains n'ont pu faire de l'Arménie une
province romaine, et c'est finalement au profit d'une dynastie parthe,
acceptée par Néron, que les rois nationaux disparaissent. M. Khalatiants
fait commencer la dynastie arsacide d'Arménie avec Tiridate 1", vers le
milieu du i" siècle de l'ère chrétienne. Mais l'infiuence iranienne n'a
jamais cessé depuis l'époque achéménide; elle est révélée par le grand
nombre des enqirunts qu'a faits la langue arménienne à l'iranien, em-
prunts qu'il est difficile de dater, mais qui sont antérieurs à l'époque
sassanide. En revanche, durant toute celte période, l'arménien n'a
presque rien pris au grec ou au latin, malgré les rapports diplomatiques
avec l'empire romain ; les emprunts de l'arménien au grec sont savants
et chrétiens. Il importe de bien insister sur le fait que, durant tous ces
siècles où on ne l'entrevoit qu'à travers ce qu'en disent les historiens
grecs et romains, l'Arménie a été entièrement sous l'influence iranienne:
et les débuts du christianisme en Arménie vieiuient des Araméens plutôt
que des Gi'ecs. 11 est vrai que c'était aussi une période où l'Iran lui-même
n'avait peut-être pas de littérature propre : on sait que l'on n'a pas de
sources iraniennes pour l'épocpie arsacide. Mais l'action de la Grèce et de
Rome sur l'Arménie a été, durant toute cette époque, superficielle. Et ce
n'est pas à ce moment que l'Arménie a pu jouer le rôle d'intermédiaire
entre l'Europe et l'Orient, qu'elle a joué en elfet plus tard et sur lequel,
après beaucoup d'autres, M. Khalatiants se plaît à insister dans son
avant-propos.
.lusqn'ici M. Khalatiants n'a pu que tirer diligemment parti des résul-
tats obtenus par d'autres disciplines que la philnlogif arménienne. Dans
COMPTES RENDUS. 377
le volume suivant, sa connaissance profonde de la littérature armé-
nienne lui permettra de faire œuvre plus originale.
A. Meillet.
F. Macleh. Rapport svn une mission scientwiqve en Arménie russe et ex
Arménie turque (juillet-octobre 1909) [Extrait des Nouvelles Archives des
Missions scientifiques, n. s., fasc. 2]. — Leroux, Paris, 1911; in-8°, i35 pages
et 96 figures.
Chargé d'une mission d'études en Arménie, M. Macler est passé par
Vienne oii il a visité les Pères Mékhitharistes , puis il est allé direcle-
ment à Tiflis et à Etchmiadzin où il a fait un séjour prolongé; il est
rentré par Gonslanlinople. L'objet principal de son voyage était d'exa-
miner les anciens manuscrits de l'Evangile, en vue d'une étude de la
traduction de l'Evangile en arménien classique; mais partout où il a
passé , il s'est attaché à relever les faits intéressants au passage , et l'on
trouvera dans son rapport nombre d'observations très diverses sur la
situation actuelle des Arméniens, ou sur des textes encore inédits ou
insudisarameut publiés, comme par exemple uue inscription latine
trouvée à Etchmiadzin et dont on trouvera ici une reproduction exacte.
M. Macler s'est acrpiitté d'une part très im[)ortante de la fonction des
professeurs de l'Ecole des langues orientales en continuant les relations
établies et en en établissant de nouvelles avec les membres de la nation
dont il a charge d'enseigner la langue.
Sur l'histoire ancienne du christianisme en Arménie, M. Macler
indique surtout les vues de M. Galoust Ter-Mkrttchian, d'Etchmiadzin.
Ce savant, qui publie peu, communique volontiers les idées originales
qu'une longue praticpie des textes- arméniens et un sens critique d'une
rare finesse lui ont |ierniis de se former. Tous ceux qui, comme moi,
ont eu la bonne fortune de rapprocher gardent ineiïaçable le souvenir de
leurs conversations avec ce savant éminent et trop peu connu. Il n'en
est assurément pas un qui n'en ait subi l'inlluence. M. Macler s'est
altacbf! à résumer (id(Mement les idées de M. CJaloust Ter-Mkrttchian ,
afin d'en faire profiler enfin tout le puiilic, et il rend par là un grand
service.
Il convient aussi de signaler une autre partie du rappoi'l (pii apporte
des faits nouveaux et importants, la description du manuscrit de l'IOvan-
gile, dit des Thnr/rmanilc/ilcli , conservé dans la bibliotliècpie des Père>
Antoniens, à Ortakeuy près de Gonslantinople. Le mémorial du début
porte une dal(>, dont l'ère est par malheur incertaine ; le manuscrit
378 MARS-AVRIL 1911.
n'est en aucun cas postérieur au x" siècle, et il est remarquable tant
par son antiquité que par les miniatures dont il est orné, dont M. Macler
donne des reproductions.
On attendra maintenant avec impatience l'étude que promet M. Ma-
cler de l'ancienne traduction de l'Evangile en arménien ; c'est une ques-
tion capitale et dont la solution doit apporter des données nouvelles pour
l'aire l'histoire, encore si obscure, de l'introduction du christianisme en
A rménie.
A. Meillet.
Colonel G. E. Gerini. Researches on Ptolemy's geograpiiy of Eisteh?/ Asi.i.
[Furlher hidia and Indn-Malay Archipelagn) [Asiatic Society Monngrafiat ,
vol. I]. — London, 1909; iii-S", xxn-g^S pages.
Ce volume est une réédition , considérablement augmentée , d'un tra-
vail paru en 1897 dans le J.R.A.S.
Le colonel Gerini qui a, durant ses longs séjours en Extrême-Orient,
acquis le goût des recherclies historiques et philologiques, consacre h
l'élude de la géographie ancienne de l'Indochine le meilleur de son
temps et toute son ingéniosité, qui est fort grande. C'est ainsi qu'il a
découvert en 1896 une méthode qui lui a permis d'interpréter, d'une
manière h son avis définitive, le deuxième chapitre du livre VII de
Plolémée. Ce système a été discuté à l'époque, et il serait inutile d'en
reprendre la critique, si M. Gerini n'avait cru devoir le développer à
nouveau, espérant sans doute gagner à sa cause ceux qui, tel M. Barth,
le trouvaient rrtrop ingénieux pour être toujours convaincant^ [B.E.F.
E.-O., t. II, p. 98, note k).
Le temps n'a rien changé aux idées de M. Gerini et la première partie
de son livre n'est que la réimpression de son article. Mais ses recherches
dans les chroniques locales, dans les textes sanskrits, chinois, arabes,
lui ont fourni un faisceau d'arguments nouveaux en faveur de sa thèse,
frqui est la seule possible non seulement en théorie, mais encore en fait,
car elle est la seule vraie et la seule correcte (p. xix)^. Du coup, l'article
est devenu un gros volume de près de mille ])ages, bourré de faits,
muni d'un appareil critique imposant , et doté d'un excellent index. La
somme de travail qu'il représente et l'intérêt de la question qu'il traite,
justifient un nouveau compte rendu.
ffLa raison, dit très justement M. Gerini (p. 2), pour laquelle la
géographie transgangétiquc de Ptolémée a suscité tant de controverses
doit être cherchée dans les méthodes qui ont été employées. n Celles-ci
COMPTES RENDUS. 379
sont au nombre de deux : d'une part, certains auteurs ont vainement
cherché une formule générale de correction applicable aux coordonnées
dePtolémée, et permettant de « redresser n d'un seul coup sa carte de
Voikoumenc; d'autres, séduits par de trompeuses analogies phonétiques,
ont cru pouvoir retrouver sa nomenclature sous la toponymie actuelle ,
et ont proposé des rapprochements aussi subtils que scabreux. Dès 1887,
M. Gerini avait lait table rase de ces méthodes ffou trop théoriques, ou
trop empiriques , et dans tous les cas trop scholastiques et trop systéma-
tiques (p. 2)». Depuis lors, il s'efforçait, sans y réussir, de trouver sur
la carte de Ptolémée un point de repère à l'est du Gange, lorsqu'un
beau jour, en 1896, l'illumination se produisit : rravec une certitude
absolue (p. 7)n, il reconnut dans Akadra et Pithônobastê la baie de
Koh Tron (le Kadrandj des Arabes) et Bantây-Mâs. M. Gerini aurait
bien dû nous dire comment s'opéra cette révélation qui lui donnait la clé
du mystère , et allait lui permettre , après huit années d'infructueuses
recherches , d'interpréter jusque dans ses moindres détails la géographie
ptolëméenne de l'Indochine. Car je ne voudrais pas lui faire l'injure
de croire qu'après avoir à tout jamais rompu avec la méthode des ff ana-
logies phonétiques" , il n'ait pu résister à la dangereuse séduction d'une
formule d'identité telle que Akadra = Kadrandj — Koh Tron. Toujours
est-il que cette découverte eut pour résultat immédiat la reconnaissance
d'un certain nombre de stations fondamentales (basc-slatiotui), sur
lesquelles M. Gerini put édifier son système de correction.
C'est donc un système de correction ou de re(h-essement que M. Gerini
nous propose, et cela n'est pas sans inquiéter un peu : car on a lu,
cinq pages plus haut, que ce procédé est ^absolument inapplicable 'î
aux pays d'Extrême-Orient. Sans doute, la méthode de M. Gerini est
bien différente, du moins il nous le dit. Au lieu de chercher une
seule l'oriiude de correction pour toute l'étendue de la terre habitée, il
s'applique à planter sur la carie de l'Inde transgangétique une série do
jalons, qui sont ses nbase-staiionsr: , et à calculer les erreurs commises
par Ptolémée entre ces divers points de repère : ainsi une première
formule, déduite du rapjiort des dillérences entre les longitudes vi'aies
et les longitudes ])toléméennos de Kamhrrikinm (estuaire de la IJara-
bangâ) et iï Akadra (—Halien), permet de trouver la longitude vraie de
tous les points situés entre ces deux localités; une autre formule ob-
tenue d'une manière analogue, sert {\ calculer les latitudes vraies entre
Akadra cl A^anagara (=Hauoi); et ainsi de suite. M. Gerini se félicile
ffd'avoii- brisé avec le vieux système (jui consistait A traiter l'ouvrage de
PlolénK'e conmie le résultai d'un Irigonomctrical siircei/, dont le seul
380 MARS-AVRIL 1911.
défaut serait une carlographie viciée par les erreurs de projection et par
des erreui's d'échelle... (p. 26-97)1, et cependant son système ne
me paraît pas radicalement différent de celui-là; il est plus compliqué,
voilà tout. Au lieu d'une seule formule de correction nous, en avons six
ou sept, mais ni dans leur esprit, ni dans leur résultat les deux méthodes
ne présentent de divergences essentielles. A la base du livre VII de la
Géographie, M. Gerini suppose, sinon un canevas géodésique rigoureux ,
du moins un ensemble cohérent d'observations précises et de données
exactes^'', et il aboutit en fin de compte à un redressement automatique
de la carte de Ptolémée. En jouant habilement de ses formules, il ai'rive
par une série de déclanchements à la faire coïncider exactement avec la
carte de l'Indochine contemporaine : lleuves, villes, montagnes, îles,
reprennent leurs places; la Haute-Birmanie, l'Assam, le Tibet oriental,
le Yun-nan , le Se-tchouen , toutes ces régions d'accès si difficile , appa-
raissent comme parfaitement connues des Occidentaux dès le n° siècle, et
M. Gerini n'hésite pas à y dessiner un impressionnant réseau de routes
commerciales ^'\
On se fait volontiers Tu\e idée assez différente et beaucoup plus mo-
deste des connaissances géographiques répandues dans le monde médi-
terranéen à l'époque de Ptolémée. Les marchands étaient les seules
autorités qu'il fût possible d'invoquer, et le géographe alexandrin s'em-
presse de mettre ses contemporains en garde contre leurs exagérations
et leurs mensonges ''^^ Pour gagner la Chine, les routes ne devaient pas
èire fort nombreuses : une voie terrestre à travers l'Asie centrale, un ou
deux itinéraires maritimes qui ne s'éloignaient jamais beaucoup des
côtes et ne permettaient guère aux voyageurs de pénétrer bien avant
dans l'hinlerland. De leurs aventureuses expéditions, les négociants
revenaient la bouche pleine de récits merveilleux et contradictoires qui
devaient jeler les géographes dans un grand embarras. Ptolémée, avec
ses idées préconçues sur la forme de la terre habitée, était obligé de
trancher les questions pour faire entrer des données aussi disparates
dans le cadre qu'il s'était tracé d'avance. Avec une apparente précision
mathématique, il distribuait à la surface de sa carte tous les noms géo-
graphiques qu'il avait pu recueillir. Mais il suffit de parcourir ses pro-
<'' Cf. p. XXI et II. P. 17, M. Gerini dit texliiellcnient qiio, pour ses
stations fondamentales, Plolémée avait des données précises df'diiitos d'i»l)sor-
vations faites avec soin (. . . Plolomy oblained relial)le data dciluced Iroin
accurale observation).
(^^ Voir la carte à la fin du volume.
'•''' I/ivre 1 , \i , 7.
COMPTES RENDUS. 381
légomènes pour apprécier la valeur de sa mëthode , dès qu'elle est appli-
quée aux pays d'Extrême-Orient ''\
Or M. Gerini estime que Ptoiëmée est un grand méconnu, et ilentre-
pj-eud sa réhabilitation. trOn verra, déclare-t-il , combien était grande sa
connaissance de ces contrées éloignées à une époque aussi reculée, avec
quel soin il a mis en œuvre les données dont il disposait, et combien il
mérite j>eu les critiques qui lui ont été adressées par des commentateurs
impuissants à tirer parti des précieux matériaux accumulés par lui ( p. 4 ) ;
... lui qui nous a laissé une description si complète de la partie orien-
tale de la terre habitée telle qu'elle était connue à son époque ; qui a
recueilli avec le plus grand soin toutes les notions acquises par ses
prédécesseurs et par ses contemporains; qui était toujours en quête
d'informations nouvelles auprès des navigateurs et des marchands reve-
nant de l'Inde et de l'Extrême-Orient; et qui, finalement, a légué à la
postérité le traité le plus vaste et le plus complet que le monde grec et
latin puisse montrer relativement aux pays d'Orient, à leurs villes, leurs
nations , leurs tribus , leurs itinéraires , leurs routes commerciales , leur
histoire, leur linguistique, leur ethnologie et leur géographie. A tout
cela nous devons , entre autres importantes découvertes , d'avoir établi
ce lait désormais irréfragable, que le commerce occidental remontait la
côte de Chine au moins jusqu'au port de Hang-Tchéou dès le commence-
ment de l'ère chrétienne, c'est-à-dire beaucoup plus tôt que nos savants
ne l'avaient imaginé ou même soupçonné jusqu'ici (p. xxi).»
Le système de M. Gerini est si bien devenu un dogme poiu* lui, que
la nouveauté et la hardiesse, pour ne pas dire l'invraisemblance, de
certains de ses résultats, bien loin de l'effrayer, l'enchantent; et ses
conclusions , quand elles contro(Hsent toutes les opinions renies , deviennent
incontinent de rr grandes découvertes ^i. C'est là un point de vue auquel
le critique ne saurait se placer pour juger le livre de M, Gerini. Sa
méthode ne s'impose pas avec la force de l'évidence : le point de dé[)art
en demeure un peu mystérieux, et elle n'est pas à l'abri des objections de
principe (juc l'on peut adresser aux autres méthodes de i-edressement.
Je ne veux |)as conclure de Ik ([ii'il faiUe la rejeter sans aulre forme de
procès, et j'estimt^ au contraire qu'elle vaut la peine d'être chsculée.
Toutefois, il est impossible d'aihnettre a priori et de prendre pour base
de la discussion ses formules de correction , car c'est la légitimité même
de ces formules qui est en question. Des calculs, si ing('nieux fussent-ils.
^'' Cf. snrlouL I, xi, d I, xiii, oi'i sont discutés los iliiu'rairos de Baclres à
Sera cl de la Cliersonèse d'Or à Kattijjarn.
382 MARS-AVRIL 1911.
qui ahouliraient, pour l'Inde, à placer PaUmbothra ailleurs qu'à Patna
et Barygaza ailleiu's qu'à Broach, prononceraient eux-mêmes leur
condamnation. Si les identifications de M. Gerini sont convaincantes
ou même seulement vraisemblables , je dirai volontiers qu'il a gagné sa
cause. Il nous assure lui-même à l'avance que wla correction de ses iden-
tifications se trouve, non seulement prouvée matbématiquement, mais
encore véiniiée et contrôlée par tous les témoignages, historiques ou
autres, cpii ont pu être recueillis (p. xv)n. Voyons un peu.
Avant d'étudier l'application de sa méthode à l'Inde transgangétique,
et crafin do montrer la justesse du plan suivi, même sur une plus grande
échelle (p. b)r: , M. Gerini examine (p. i5 et suiv.) ses résultats en
dehors de la péninsule indochinoise.
Sera metropolts vient se placer à Lo-Yang, ce qui est admissible, mais
Lithinos Pijrgos tombe à Khotan, ce qui l'est beaucoup moins. Sur
Liihinos Pijrgos, la Géographie de Ptolémée fournit les renseignements
suivants : ce point est situé dans le pays des Sakai c'est-à-dire à l'ouest
du mont Imaos ; sa longitude étant i35°, il se trouve à l'ouest du caravan-
sérail d'où parlent les voyageurs à destination de Sera tnetropolis
(ôpfi);T>7p/ov Twv eis rrjv 'Eyjpa.v èfXTropeuofxéi'wr) lequel a pour longi-
tude ilio" li'è': enfin, il n'est pas très éloigné du pays des Kômédoi
(I, xn, 7). Si l'on place Liihinos Pijrgos h Khotan, on doit d'abord
supposer que les Sakai occupaient encoi-e à Tépocjne de Ptolémée une
légion quils avaient sûrement quittée depuis plusieurs siècles; il faut
ensuite chercher dans le bassin du Tarini une des plus importantes
chaînes de montagnes de l'Asie centrale, i'Imaos, ce qui est géographi-
quemeut impossible; on est de plus forcé d'admettre que les voyageurs
en partance pour Sera se rassemblaient quelque part entre Khotan et le
Lob Nor , ce qui est hautement improbable ; il faut enfin faire abstrac-
tion du résultat auquel ont abouti Rawlinson et Yule relativement au
pays des Kômêdoi^^\ et qui est dans cette question embrouillée un des
rares points solidement établis. Au demeurant, tandis que Khotan était
la plus grande ville de toute la région ainsi que le prouvent les récentes
découvertes, il ne semble pas que Lithinos Pijrgos puisse prétendre h ce
litre : Ammien Marcellin , (jui qualifie de tirbs et de civitas les localités
telles que Chauriana, Asmira, Essedon, etc. {XXIIl, vi, 63 et 66),
réserve à Liihinos Pyrgos le nom de viens (XXIII, vi, 60). Ce devait
être tout au plus une boui-gade , célèbre parmi les marchands pour sa
haute tour — peut-être quelque sti'ipa — qui était devenue pour eux un
'"././?.G.S., i872,p. cxix. —J.R.A.S., 1878,1.. 98.
COMPTES RENDUS. 383
précieux point de repère. Si des traces en existent encore , c'est dans la
haute vallée de la rivière de ^'akcll , entre Karategin et la passe de Terek
Davan, qu'on aura le plus de chance de les trouver.
Pour pouvoir appliquer ses formules au pays des Sinat, M. Gerini est
obligé de faire subira la carte de Ptolémée un redressement préalable,
(jui consiste à reporter vers le Nord, d'un angle d'environ 60° ayant
Lei-Tchéou pour sommet, le tracé de la côte compris entre Aspithra et
Katligara. Cette opération fait coïncider Rhabana avec Canton, Sinai
mctropolis avec Nankin et Katligara avec Hang-Tchéou. Celte dernière
identification , proposée autrefois par Kiepert ^'', me paraît difficilement
conciliable avec le texte même du géographe alexandrin. rrA l'est du
pays des Sinai, dit-il (I, xvu, 4), se trouve une terre inconnue, cou-
verte d'étangs vaseux où poussent de grands roseaiLX dont les habitants
se servent pour traverser les marais. ... et la route menant de la capi-
tale des Sinai ou port de Katligara est orientée vers le Sud-Ouest. 1 Dans
ce passage, que l'on voudrait encore plus explicite, Ptolémée ne parle
pas en son nom; il rapporte les dires de navigateurs qu'il a interrogés
personnellement. Aussi les termes Est et Sud-Ouest ont-ils beaucoup plus
de chance de correspondre k la réalité que s'ils venaient directement de
Ptolémée dont les théories géographiques ont déformé toute celte
portion de la terre habitée. Il suHît d'un simple coup d'œil sur une carte
pour voir que ces indications, inoxplicablf^s si Katligara correspond à
Hang-Tchéou, se justifient parfaitement si l'on cherche le port des Sinai
dans le delta du Fleuve Rouge, ainsi que l'a fait Richtofen et tous les
sinologues après lui "'. L'argument tiré du paragraphe de Ptolémée n'a
d'ailleurs qu'une importance secondaire, à côté du témoignage positif
des textes chinois qui s'accordent à placer au Kiao-Tche, c'est-à-dire au
Tonkin, le point teraiinus de la navigation pour les commerçants venant
d'Occident dans les premiers sièctes de l'ère clirétienne '**. M. Gerini qui
revient incidemment sur cette question vers le milieu de son livre (p. 3o2-
3o4), refuse de se ranger à l'opinion des sinologues, et cela pour
l'unique raison (ju'elle est en contradiction avec le résultat de ses calculs.
Ce serait parfait, s'il était d'ores et di'jà prouvé que ces calculs sont
légitimes; or j'ai dit que c'était justement la (question, et il faut avouer
O Lehvbuch dvv alten Gen^va'ph.u' , p. l\k.
'■^M^icuniFEN, China, I, p. âoS. — - lIiiiTii, W'rhandl. d. Ges. f. Eidk.
(Berlin), 1889, a" 1 ; cl Chinesischit Slndieit , n\ et suiv. — Pelliot, Dcu.r
itinvraives . . ., li.E. F.E.-O. , IV, p. i'i/i, 1^8. — Cf. au>^si \ii.K, Proceed. nf
tlif l\i»i. Gpnirr. Soc, 188a, p. ()r)8.
'■■*> Cf. Pei.liot, loc. laud., p. i33, l'i'i.
38^ MARS-AVRIL 1911.
que, pour Kailigara, les déductions de M. Gerini ne sont guère plus con-
vaincantes que pour Lilhmos Pyrgos.
Mais ces identifications sortent un peu du cadre de l'ouvrage, lequel
est spécialement consacré à l'Indochine et à i'Insulinde, et Ton aurait
mauvaise grâce à condamner M. Geiini sur deux points qui n'affectent
peut-être pas la justesse de son système.
Voici , dans les grandes ligues , comment M. Gerini interprète la carte
ploléméenne de l'Indochine : le golfe Sarahaque correspond au golfe
de Martahan, la Chersonèse d'or à la Péninsule malaise, le golfe Péri-
raoulique au golfe de Siam, le grand Gap au cap Saint- Jacques, et le
gi'and Golfe au golfe du Tonkin. Ces identifications sont a priori tout à
fait admissibles et cadrent du reste avec les idées reçues. M. Gerini serait
sans doute parvenu à rallier bon nombre de lecteurs à sa théorie, s'il
avait renoncé à vouloir tout expH(juer et à retrouver l'emplacement exact
des moindres localités. Autant son redressement du contour général de
la carte est dans l'ensemble vraisemblable , autant le détail^ de ses iden-
tifications est au contraire décevant et discutable. Mais le livre de M. Ge-
rini est si nourri de menus faits et puise à des sources si différentes qu'il
faudrait, pour le suivre pas à pas, écrh'e un volume aussi gros que le
sien, et surtout manier avec une égale aisance le sanskrit, le chinois,
l'annamite, le malais, le khmèr, voire même l'arabe, et tous les dia-
lectes de la péninsule et de l'archipel. Je me bornerai donc à examiner
sommairement le chapitre relatif au pays des Lêistai; il m'a paru re-
présentatif de la méthode historique et philologique de M. Gerini, il
suflira pour nous former une opinion sur son ouvrage.
D'après M. Gerini le pays des Lêistai comprenait la côte du golfe de
Siam, des bouches de la Ménam à celles du Mékhong, et tout l'arrière-
pays , c'est-à-dire le Cambodge et une partie du Siam et de la Cochin-
chine. Une pareille identification n'est pas dénuée- de vraisemblance et
l'on serait tout disposé à y souscrire, si l'auteur aj)porlait seulement
une preuve sérieuse à son appui. Or il se borne à nous proposer :
1° rrune coïncidence possible méritant considération (p. lôy)" entre le
grec Lêistai (voleur, pirate) , et le sanskrit kamhû, terme de lexiipie qui a
le même sens, et a, paraît-il, donné par dérivation le mot Kamhttjû {sic),
origine du nom du Cambodge; 2° un rapprochement du même genre
entre Lêistai el*La-stieh, forme hypothétique de Stieng (peuplade sau-
vage du Cambodge), rapproché lui-même du sanskrit slyena (voleur),
autre mot de lexique; 3° l'analogie entre la première syllabe du nom des
Lêistai et celle d'une série de peuples aborigènes du Cambodge. Je
crains fort qu'un philologue rompu à la sévère méthode de la linguis-
COMPTES RENDUS. 385
tique moderne ne soit un peu déconcerté en présence de pareilles aflirma-
tions. Mais qu'il ne se laisse pas rebuter, car M. Gerini lui réserve de
nouvelles surprises dans une digression sur la géographie sanskrite de
rindochino d'après le Râmâyana et les Purânas, digression dont je ne
saisis pas très bien le rapport avec le pays des Lêistai, mais qui n'en est
pas moins un bors-d'œuvre assez savoureux. On y apprend que le nom
de ia mer de Kedrendj ou Kerdendj, bien connu par les géographes
arabes, dérive tr vraisemblablement ( p. 166)5) du sanskrit ksîroda (océan
de lait); que le nom de Shalâhit, lequel désigne les Détroits chez les
mêmes auteurs, vient du sanskiit Çn-lohita (mer de sang); que l'identité
du Çâkadvipa avec le Cambodge , la Gochinchiue et le Siam méridional
se trouve ffclairement démontrée (p. i65)ii par les faits suivants :
1" d'après le Visnu-purâna, le roi du Çâkadvîpa s'appelle Bhavija, et
l'on sait qu'il a régné au Cambodge vers 600 a. d. un roi Biiavavar-
mon; 9° deux des sul)divisions du Çâkadvîpa, nommées respectivement
Jalada et Kumàra, rappellent les tei-mes Tchen-la et Koinar, noms chi-
nois et arabe du pays khmèr; 3" parmi les montagnes du Çâkadvîpa,
VAstagiri est à ra|)procher de Lêistai, et le Çijâma de Siam. Conclusion :
toutes ces coïncidences ffqui ne sauraient être fortuites (p. i65)t),
permettent de déduire approximativement la date la plus haute qu'il
soit possible d'assigner au Visnu-purâna, et de la fixer en gros vers
65o A. D. Sans aucun doute, les indianistes sauront gré à M. Gerini
d'avoir réussi à dater d'une manière aussi précise un texte important,
mais peut-être quelques-uns resteront-ils sceptiques devant les arguments
invoqués.
Poursuivons. Selon M. Gerini , Samaradê transcrit très exactement
Sâmaratfhe , locatif de Sâmaraltha qui correspond au sanski'it Çijâma-
râslraei désigne le Siam dans les textes palis. Samaradê (>st donc |)lulôt le
nom du pays tout entier que celui de la capitale; toutefois, si Ptolémée
a voulu, [)ar synecdoche, rapi)li(pier à une ville en parliculiei-, il a dû
avoir en vue la cité qui s'élevait à l'est de Phra-Patliom (province de
Nakhon Chai-Si), et que les annales siamoises ap|)ellent Çrï Vijaya-
râjadhânl. — D'après M. Gerini (p. lyH), les premières meniions en
chinois du royaume de Sien ne remontent pas au delà de ().'h) a. d. ,
et se i'ap|)orlent à un Etat situé dans les monlajjnes du haut bassin
de la Ménam; d'autre [)art, le nom des Si/ani on Sijâm n'apparaît pas
dans l'é|)igra[)hie khmère et chame avant les xi°-xn° siècles. Aussi, la
présence, A répo<pie de Ptolémée, d'une ville ou d'iuie pro\ince
portant ce nom et placée à l'embouchure de la Ménam, ne laisse-l-elle
[)as (pie de surprendre. Au reste, s'il est \rai cpic les termes Sien,
XVlt. 95
ill U I U 1 1 Mil'
366 MAHS-AVRIL 1911.
Syam, olc. s'ajipliqueiit à un peuple <le race thaï, nous nous heurtons
à une impossibilité, puisque, de l'aveu même de l'auteur, l'invasion thaïe
n'a atteint que beaucoup plus tard le golfe de Siam (p. 161). M. Gerini
a bien vu ces dilîicultés, et les a ingénieusement tournées en cherchant
l'étymologie de SmnaratOia ou Çyfnnarâstra dans ce mont Çyâtna que
nous avons déjà rencontré à jiropos du Çâkadvîpa et de la géographie
sanskrite de l'Indochine. Alors tout devient clair : le Çyâma est iden-
tique à la tfGrande montagne noiren d'I-Tsing, et désigne les
hauteurs qui séparent le bassin de la Ménam de "celui de la Salouen
(p. 177), et c'est ff évidemment" de cette chaîne de montagnes que la
région située à l'Est et au Sud , c'est-à-dire le bassin de la basse Ménam ,
a tiré son nom dès l'époque de Plolémée (p. 178). Peu à peu, le to])o-
nyme Çyâma ou Syam gagne du terrain vers l'Est et le Nord , et nous
le trouvons au vu" siècle ajipliqué par les Chinois, sous la forme Sien,
au bassin de la haute Ménam. Quant au terme Tch'e-Tou qui servait
avant cette époque à désigner le même pays , c'est en réalité une trans-
cription de Snkhada (prononcé Sakkadéa , Sakdéa, Sakda) qui est, à ce
qu'il paraît, une ancienne forme de Sukhodayafp. 179). — Peu importe
que l'identité Tch'e-T'ou — Sukhodaya soit philologiquemenl et Iiistori-
quement contestable, pour ne rien dire de plus : puisqu'elle résulte des
déductions que M. Geiini tii*e de sa méthode, il faut qu'elle soit vraie,
comme sont vraies la date attribuée au Visnu-purâna, et toutes ses autres
découvertes.
Je n'insisterai pas sur l'identification de Pagrasa avec Kratt — parce
que Kralt, écrit Krâsa et précédé du préfixe Ba, rappelle de très près
Pa-grasa — ; ni sur celle du fleuve Sôbanas avec une hypothétique
Somanadi; ni sur celle de Pithônobasté avec Bantây-Mâs , où se trouve une
bien savoureuse étymologie du khmèr hantày (forteresse) par le sanskrit
hhikû (mur), pour lequel l'auteur aurait bien dû nous donner une
référence.
On trouve à chaque page du livre des équations du même genre .
et l'on admire l'aisance avec laquelle M. Gerini manie le chinois , le san-
skrit, l'arabe, rapprochant ou identifiant des noms empruntés à des do-
cuments, que leur nature ou leur date sembleraient devoir éloigner à
tout jamais.
Je ne suis pas à même de juger si M. Gerini possède à fond le chinois
et l'arabe, mais je crois que le sanskrit et le pâh ne lui sont pas très
familiers. On aurait mauvaise grâce à le lui reprochei-, comme on aurait
tort de tirer contre son œuvre un argument du fait qu'il n'a pas lu
Ptolémée dans l'original et qu'il s'est contenté de la traduction de Mac
COMPTES RENDUS. 387
Crm(lle(p. 6). M. Geriuiest venu à la philologie par des voies détour-
nées, et il a le mérite d'avoir su ti'avaiiler loin des grandes biblio-
thèques , dans des coucUlious particulièrement défavorables. Mais il aurait
pu montrer moins d'assurance dans l'aflirmatiou , et présenter eu termes
plus modestes une méthode qui ne semble pas appelée à un grand succès.
G. GoEDÈS.
H. MnP0H0BT>. AoKimucmcmii SaMihinmi (Bulletin de l'Académie Impériale des
Sciences de Saint-Pétersbourg, mars 1911).
Sous le titre de Remarques jainas , M. Mironov commence la publi-
cation de notes et notices qui, sous une forme sobre et condensée, pré-
senteront un grand intérêt et contribueront dans une large mesure à
fixer quelques-unes des si nombreuses questions encore obsciu-es et
incertaines dans l'histoire du jainisme.
La première série de ces notes est consacrée à Siddliarsi. M. Mironov
traite d'abord de l'époque à lacjuelie vécut ce célèbre auteur. Il a eu
l'avantage de rencontrer à la Bibliothèque impériale publique de Saint-
Pétersbourg un manuscrit du Sri-Candrakevali-caritra. Cet ouvrage eu
3,086 vers est une version sanskrite faite par Siddharsi d'un original
prâkrit :
Vasvahhesii-mtte 5g8 varse srî-Skldhirfiir (sic) idam mahal \
jjrnk-prdkrta-caritrâd dhi caritram samskrtam vyadhât ||
Comme on le voit, la date de cette ti-aduction est l'an 698 d'une ère
non désignée. Mais comme l'ouvrage fut composé à Anhilvad-Patan,
dans l'Ouest de l'Inde, où l'ère Gupta était fort en usage, M. Mironov
interprète selon cette ère la date en question. La version du Sri-Candra-
/cecali-cartlra par Siddliarsi serait donc de 698 -f 819 =^ 917 a. d., et il
y aurait ainsi concordance avec la date du plus connu des ouvi-ages de
Siddharsi, XUfamilihhavaprapahcd-laithâ, qui fut achevé en 906 A. d.
C'est cette concordance qu'il faut remarquer. Elle légitime l'inféronce
de M. Mironov. Déjà M. E. Leuniann, en 1889 {Z.D.M.G., \Llll,
p. 3A8-3/»9), avait ap[)li([iié im raisoimement analogue et interprété
selon lère Gupta la date lr;i(lilionnelle, Saiiival 585, de llaribliadra
qu'il lait mourir ainsi en 90/1 \. n. On sait d'ailleurs que Sîlàiika, dans
son Àcdra-ljhd , a confondu les ères Gupta cl Saka (voir J. F. Fleet,
LA., W, |). 188), ce (pii l'sl une j)reuve luanilésle que l'ère Gupta
était alors d'usage coiu'anl dans fOuesl de l'Inde.
On objectera d'aiilrt' p;irl qii(> VlipaiiiitihlKdaimiiKiiicd-hatlid esl ihlée
a5 .
388 MARS-AVRIL 1911.
de l'an 962 d'une ère également non désignée. Mais les détails astro-
nomiques de cette date sont donnés, et d'après le calcul de Kielhorn
{LA., XVIII, p. 87 et n. 3) il s'agit bien de l'ère de Vikrama : Samvat
962 = 906 A, D. 11 est vrai que Peterson (IV Report, p. 5), désireux
d'établir un rapport harmonieux entre Haribhadra (Samvat 585, selon
la tradition) et son disciple Siddharsi, interprétait la date de YUpamiti-
hliavaprapancà-kathd selon l'ère de Mahàvira et arrivait ainsi à Sam-
vat 592 (sic). Mais son calcul contient une erreur qui, à ma connais-
sance, n'a pas été remarquée jusqu'ici. En effet, 962 — 527 --= 635 a. d. ,
soit Vikrama Samvat 699, et non 599. Siddharsi aurait ainsi vécu un
siècle avant son maître Haribhadra! L'hypothèse de Pelersou est donc
aljsolument à rejeter.
La seconde note de M. Mironov a pour objet d'identifier l'auleur de la
Nydyâvatdra-vivrUi. M. Satis Chandra Vidyabhusana, dans sou édition du
Nydijàvatdra de Siddhasena Divâkara (Calcutta, 1909, p. v; cf. /./!., sept. -
oct. 1910, p. 601), incline à attribuer ce commentaire à Candraprabha
suri qui fonda en Sanival 11 59 la secte Puinimâ. Avec la plupart des
savants indigènes, M. Mironov pense, au contraire, que fauteur eu est
Siddharsi.
M. Mironov étudie d'abord les colophous de trois manuscrits de cette
vivrtti. Toutefois il ne leur attribue qu'une importance secondaire, car
ces coloplîons ne permettent pas une opinion certaine! A sou avis, le
vers final du commentaire est déjà plus probant sans l'être tout à fait.
Mais il fonde surtout sa conviction sur trois passages empruntés au
fippana de Devabliadra. Ce Devabhadra, avec le surnom de Maladhârin,
appartenait à la secte Harsapurîya. Il était le disciple de Candra suri,
qui écrivait en Samvat 1222 , et sur le Ksetrasamdsa duquel il composa
un commentaire en Samvat i233. 11 vivait donc environ deux siècles et
demi après Siddharsi, et son témoignage sur ce dernier mérite par là
d'être pris en sérieuse considération. 11 faut savoir gré à M. Mironov de
l'avoir mis en lumière.
A. GuÉRINOT.
CHRONIQUE
ET fVOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
La traduclion anglaise de la n Somme médicale « attribude à Garaka , la
Carakasnmliitâ , commencëe en 1890 parle Kavirâj Avinash Candra Kavi-
ratna, n'a pas été, comme on pouvait le craindre, interrompue du fait
de sa mort survenue en igoS. La publication a été continuée par les
soins de son jeune fils , le Kavirâj Pareshnâtli Sarma Khavibhûsau : en
janvier 1911a paru le L\' fascicule, donnant la fin du Cikksitaslhàna ,
la thérapeutique, la 6" et la plus considérable des 8 sections [sthiina) de
l'ouvrage , dont elle forme à elle seule la bonne moitié , et les deux der-
niers slbânas [KaJpa et Siddhi)^ l'un et l'autre de bien moindre étendue,
suivront à bref délai. La traduction, qui est en réalité l'œuvre de Kisori
Molian Gauguli (le même qui a traduit le Mabâbhârata pour Pratap
Candra Roy) et que celui-ci avait eu le temps d'achever (juand il est
mort à son tour eu janvier 1908, n'est pas, depuis cette date du moins,
la reproduction pure et simple du manuscrit laissé par le défunt: à
partir du 26" chapitre du Cikksitaulhâna , elle a bénéficié d'une révision
soigneuse de la part du gendre de feu Kaviralna, Manmathanâlh Ban-
dyopâdhyaya, qui l'a notablement améliorée en appelant l'allenlion du
lecteur sur certaines particularités du texte que le premier traducteur
avait un peu négligées. On sait en effet que, comme toutes les oeuvres
anciennes , la Carakasamhitâ ne nous est parvenue qu'après avoir subi de
nombreux remaniements, ijue les recherches de Palmyi' Gordier el sur-
tout de Hoernle ont mis en belle lumière : quel({ue pari enlie le va' et
le xr siècle notamment, ceux du Gashmiricn Dridhabala, qui est l'au-
teur du dernier tiers de la Sanihitâ actuelle et qui en a plus ou moins
interpolé le reste, et, plus récemment, en 1879, ceux qu'elle a subis
dans l'édition, plusieurs fois reproduite depuis, de Gan{;ri(Iliara. (Vesl
sui' celte édition, la moins autorisée en sonune, qu'a ét(' laile la traduc-
tion et, à cet éganl, M. N. nandyopridiiyâya n'a pu que se conformer an
choix de son prédécesseur. Mais, sans entrer dans le détail de ces ques-
tions d'autlienticité, ce qui eut entraîné une revision r(Hrospeclivo el
n'eût pas été à sa vraie place dans une simple traduction, il a nolé' les
additions, avouées du lesle par la tradition, ainsi ipie les variantes des
390 MARS-AVRIL 1911.
éditions, el il a placé à la fin du Cikitsitasthâna uu tableau comparatif
de l'ordre des chapitres de cette section dans la vulgale et de celui qu'y a
introduit Gangâdliara. La traduction qui est en train de s'achever n'est
donc pas une version critique de la Samhitâ, mais, dans sa dernière
pnrtie du moins, elle en approche et, dans l'ensemble, elle est soignée
et solide; elle donne à peu près tout ce qu'on peut attendre d'une tra-
duction. Aussi rendra-t-elle d'excellents services et fait-elle dès mainte-
nant grand honneur aux ouvriers ainsi qu'aux patrons de cette utile
entreprise.
Ceux qui voudi-aient acquérir cette traduction et ceux des souscrip-
teurs qui n'auraient pas reçu la suite régulière des 60 premiers fasci-
cules devront s'adresser à Kavirâj Pareshnâth Sai-ma Kavibhtisan. Garaka-
samhitâ Kâryâlaya, 200, Gornwallis street, Galculta. A. Burth.
— L'infortuné voyageur J. W. Brooke, massacré en décembre 1908
par les Lolos, a laissé un journal de voyage, qui a été mis par sa famille
à la disposition de M. Fergusson , missionnaire au Sse-tchouen. M. Fer-
gusson a eu également entre les mains les notes de M. Meares, compa-
gnon de Brooke , aujourd'hui membre de l'expédition antarctique du
capitaine Scott. Il a compilé, à l'aide de ces matériaux et de ses propres
observations , un livre instructif, mais qu'on apprécierait davantage si
M. Fergusson avait compris autrement sa tâche d'éditeur : Adventure,Spo}i
and Travel on ihc Tihelan Steppes, by W. N. Fergusson, London, Gon-
stable,8°, 16 s.
— La Société de Géographie a décerné le prix Pierre-Félix Fournier
à notre confrère M. A. Gabaton pour son ouvrage intitulé : Les Indes
ISéerlandaises (Paris, Guilmoto).
PÉRIODIQUES.
Anthropos, vol. VI, fasc. 2 ;
P. Aloys SciioTTER. Notes ethnographiques sur les tribus de Kouy-
tcheou (Gbine). — .lac. van Ginneken. Sprachwissenschafllicho Ghronik.
Impérial and Asiatic Quarterly Review, April 1911 :
J. Knowles. The battle of the characters, or an impérial Script for
India [sur un projet d'écriture commune aux diverses laiiguos de l'Inde].
— E. MoNTET. Report on Semitic Studiesand Orientaiism. — G. M.Sai.wev.
Japancse monographs : Tho Ainu, past and présent.
CHRONIQUE ET NOTES lUBLIOGRAPHIQUES. 391
Indian Antiquary, February 1911:
R. Narasimhachar. The Ghalukya Genealogy according lo the Kannada
poet Ranua. — K. B. Patuak. Mallisliena-Mahapurana. — G. R. Kaye.
Old Indian numerieai Symbols. - The Asoka Numerals. — A. Govinda-
CHARVA SwAMiN. A Lacuna in the Harivanisa. — W. Crook. Songs
abolit the King of Oudh. — V. A. Smith. The earliest Saka date. —
SiTARAMAiYA. The plant Kuringi (Strobilanthus) and the worship of
Kattaikkavalar.
March 1911 :
W. Irvine. The Eraperor Aurangzeb Alamgir, 1G18-1707. — V. A.
Smith. The «OutHersi of Rajasthani. - Discovery of the piays of Bhasa,
a predecessor of KaHdasa. — T. A. Gopinatiia Rao. A note on the word
Balgalchchu. — W. Grook. Songs from Northern India relating to the
Enghsh.
Journal of the American Oriental Society, vol. XXXI, fasc. 2 :
Franklin Edgerton. The K-Sutlixes of Indo-Iranian. Part I. — K. Asa-
kawa. Notes on Village Government in Japan after 1600. — R. Rlakr.
Vocalic r, l, m, a, in Semitic.
Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and
Ireland, April 191 1 :
A. VON Le Coq. Dr. Stein's Turkish Khuastuanift from Tun-lmang,
being a Confession -prayer of the Manichaian Auditores. Edited and
translatcd. — T. Grahame Bailev. Kanaurï Vocabulary. — G. D. Blagden.
A proliminary Study of the Fourlli Text of the Myazedi Inscriptions. —
L. A. Waddkll. Ancicnt Histoiical Edicts at Lhasa. — G. E. Gerini.
Chincso Riddlcs on ancicnt Indian Toponyniy. — A. F. Rudolf Hoerm.e.
The ffUnknown Lauguagesn of Eastern Turkestan. — J. F. Fi.eet. Tho
Kaliynga Era of n. c. 3 102. — R. Galtiiiot. Note sur la langue et IW-ri-
ture inconnues des documents Stein-Cowley. — Miscellaneous Communi-
cations : G, A. Jacob. Scraps fi-oni the Saddarsana. — J. E. Fleet.
Brihaspati and Tishya. - The Use of the Abacus in India. — V. Ven-
KAvvA. Vëlnrpâlaiyam Plates of Nandivarman III. — J.D.A. Tlic Origius
of Bengali. — J. Kirste. Ilero and Rao. — A. II. Francke. Tlio Dalai
Laina's Seal.
392 MARS-AVRIL 1911.
Le Muséon, vol. XI, n°' 3-4 :
Th. Lefort. Théodore de Tabenuèsi et la lettre pascale de saint Atha-
nase sur le canon de la Bible. — A. Roussel. Râmâyana. Etudes philo-
logiques {suite). — Léon Maes. Lettres ine'dites d'André Schott. — L. de la
Vallée Poussin. Madhyamakâvatâra. Introduction au Traité du Milieu de
Gandrakïrti, avec le commentaire de l'auteur, traduit d'après la version
tibétaine [suite).
Rivista degli Studi oriental! , vol. III , fasc. 4 :
G. GoNTi RossiNi. Studi su popolazioni dell' Etiopia. — E. Griffini.
Lista dei mss. arabi , nuovo fondo délia Biblioteca Ambrosiana di Milano
(suile). — Bollettino : V. Asia Centrale c Estremo Oriente. — Addenda
et Index.
Wiener Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes , vol. XXIV,
fasc. 4 :
J. Gharpentier. Zur Geschichte des Gariyâpitaka. — J. Hertel. Litera-
risches aus dem Kauliliyasâstra. — D. H. Muller. Zur Reihenfolge der
babyl.-assyr. Planetennamen. — II. Torczvner. Der Name Sanheribs. —
M. SciioRR. Die ailbabylonische Rcchtpraxis.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
SEANCE DU 10 MARS 1911.
La séance est ouverte à h lieures et demie , sous la présidence de
M. Senart.
Étaient présents :
MM. Ghavannes, vtce-préstdent ; Allotte de la Fuïe, Avmonibr ,
Bacot, Basmadjian, BoivAT, A.-M. BovER, P. BoYER, Cabatox, de Cha-
RENCEY, Decourdemanche, Delaporte, Deny, Devèze , Fevret, Fixot.
DE FoNTAINIEU, FoUCHER , GAlDEFaOY-DEMOMBYNES, GaUTHFOT, DE GeNODIL-
lac, Geuthner, Ismaël Hamet, Huart, Mayer Lambert, Lang, S. Lévi ,
I. Lévy, Mazon, Meillet, Nau, d'Ollone, Paulhan, Pelliot, Périer ,
R^SKÉ, Reby, Sciiwar, Vinson, Vissière, membres; Thureau-Dangix,
sec7'étaîre.
Le procès-verbal de la séance du i o février est lu et adopté.
Les ouvrages suivants sont offerts à la Société :
Par M. Gaidefroy-Demombvnes : Les cent et une nuits (traduit de
l'arabe): — par M. Basmadjian, une bistoire résumée de l'Arménie.
Par i3 voix contre i à M. Casanova, i à M. Guieysse, i à M. Isniaol
Hamet , S. A. le prince Roland Bonaparte est élu membre du Conseil on
remplacement de M. Mondon-Vidailbet, décédé.
La proposition de M. Gauthiot, relative à la présentation et à l'élec-
tion des nouveaux membres ''', revient en discussion. M. Vinson de-
mande le maintien du statu quo. Une proposition transactionnelle de
M. Dei.aporte, à lacpielle se rallie M. Gaulbiot, est adoptée par i3 voix
contre a : rr A l'avenir, les noms des membres présenl(^s et ceux de leurs
parrains lif^^urerontà l'ordre du jour, sur la letlie d iiivilation,»!
Conformément à une proposition faite par M. Df.laporte, le Conseil
(') Voirie procès-verbal do la .séance du lo février.
394 MARS-AVRIL 1911.
décide que la durée des communications ne pourra excéder vingt mi-
nutes et sera, autant que possible, limitée à un quart d'heure.
M. Mayer Lambert étudie la prononciation de Ya et de i'o en syriaque
(voir l'annexe au procès-verbal). M.Huart signale des faits parallèles en
persan.
M. Gauthiot démontre qu'un manuscrit rapporté par M. Stein et ré-
cemment publié par M. Gowley est rédigé eu langue sogdienne.
La séance est levée à 6 heures lo.
ANNEXE AU PROGÈS-VERBAL.
DE LA PRONONCIATION EN (l ET EN 0 CHEZ LES JUIFS ET LES SYRIENS.
On sait qnn chez les Juifs il y a deux manières de prononcer la voyelle
qame^. Dans l'Orient ''', sm" le littoral sud et nord de la Méditerranée, on
la jirononce a , tandis qu'en Russie , en Roumanie , en Autriche-Hongrie ,
en Allemagne, dans le nord de la France et en Angleterre (à part quel-
ques coramuuautés d'origine espagnole), on la prononce o. Il ne faut
donc pas distinguer entre les Juifs orientaux et occidentaux, mais entre
les Juifs méridionaux et septentrionaux. Pour les temps anciens , nous
savons que les Juii's d'Egypte prononçaient en a, puisque la Septante
emploie V alpha dans les mots ponctués plus tard avec un qames. Mais
les divers systèmes de vocalisation, dont le dernier, celui de Tibériade,
paraît avoir été fixé au viif siècle, sont conformes à la prononciation en o
aussi bien dans la Palestine que dans la Babylonie. Il n'y a aucune raison
de croire que dans les écoles de Tibériade on lisait le qames a, comme
l'a pensé M. Bâcher ''^ Les systèmes de vocalisation employés en Ba-
bylonie et en Palestine se correspondent exactement en ce qui concerne
le qames. En outre, on a le témoignage du grammairien Ibn-Ezra, qui,
encore au xii° siècle, affirme que les gens de Tibériade et des savants
d'Egypte et d'Afrique savent prononcer le qames, en lui donnant un
son intermédiaire entre le palah et le holem'''K On voit que, d'après lui,
('' D'aprèi? Jacob Sapir, Ehen sappir, 5'j b, les Yémcnitcs prononceraient le
qames o commi' les Juifs du Nord.
'^' Die hphrdische Sprarhwissenschajï, p. 7; Die Anfcinge der hehrmschen
Grammatik, p. 1 9.
(•■') Sahnt, éd. Berlin, 1769, p. 3 h.
SOCIETE ASIATIQUE. 395
dans la Palestine du Nord les gens prononcent en o, dans le Sud il n'y
a que des savants qui le fassent.
On a voulu établir un parallélisme entre cette double prononciation de
l'hébreu et celle du syriaque chez les Syriens orientaux et occidentaux ou
Nestoriens et Jacobites, les premiers prononçant le zeqàfd a, les der-
niers 0. Si nous consultons les grammairiens modernes nous v trouvons
des indications assez confuses : HoOmann''* croit que le nom de zeqdfà in-
dique l'élévation du son, donc a (!); mais il pense cpie le peuple pouvait
pî-ononcer un son intermédiaire entre a et o. Uhlemann <'^ admet que cette
voyelle est quelquefois prononcée n chez les Nestoriens. M. Nôldeke^^^ suivi
par M. Nestlé (i 888), voit dans le zeqdfà un a long, tandis que M. Rubens
Duval'' y voit un a obtus opposé à un a aigu, mais sans dire ce quil
entend par a obtus et a aigu.
Ces assertions des grammairiens s'appuient sur l'autorité d'Assemani,
qui, dans sa Bibliotheca orienlalis, t. III, p. ii, p. 879, déclare c[ue les
Nestoriens prononcent le zeqàfd a et les Jacobites 0. Assemani est assuré-
ment digne do foi pour l'époque où il écrivait, c'est-à-dire au commence-
ment du xvni" siècle, et la différence de prononciation entre les Orientaux
et les Occidentaux est attestée de nos jours dans les dialectes néo-sy-
riens'°^ Mais cette différence existait-elle à l'époque où les points-voyelles
ont été introduits et même plus tôt? C'est ce que nous désirons exauuner.
Dans les Evangiles, i'araméen est prononcé en a, mais le dialecte est
celui du Sud, et non pas du Nord.
Assemani, en se fondant sur un passage de Bar-Hebneus , a cru que
jusqu'à l'épo(|ue de Joseph d'Ahwaz ( vi' siècle) les Nestoriens prononçaient
comme les Occidentaux. Mais dans le passage en question il s'agit de
l'accentuation et non pas des voyelles*®). Dans une récente communication
faite à la Société asiatique, M. l'abbé Nau a cité une phrase syriaque tran-
scrite en caractères grecs par Léonce, évoque de Néapolis en (^hypre (lin
du m" siècle) et dans laquelle la négation là est rendue par Aa, et il se
demande si l'on ne doit pas conclure qu'à ce monicnt-là les Occidentaux
prononçaient le zeqdfà a. Il est à notci- que M. Duval*'' pose une fjuestion
('' Grammnlica Si/riaca, 1827, I, p. <)'j.
(*) Grniniiialil, àcr sifrischen Spracke, 1867, P' ^^•
(') Syrische Grammatik, 1880; 9° ôdit. , 1898, p. 7.
**' Traité de. frvnmmaivp ayriaque, 1881, p. lih.
(*' Noi.PKKK, GtaiDinalih dor upii-aiivinchon Spraclir, p. 7.
<"' Voir Mi:iiv, llistorin nrtis fp-n>tnnnlira> npud Si/roi , p. n8; R. Dlval,
Ijilléraluro mjriaquv, p. 70.
*'' Traité de fçi-ammaire syriaque , p. /i5.
396 MARS-AVRIL 1911.
semblable à propos de Jacques d'Edesse (même époque). Celui-ci avait
inventé un système de voyelles imité des voyelles grecques , dans lequel
le zeqâfà était exprimé par Volaf. Celte lettre ne devait-elle pas répondre
dans la pensée de Jacques d'Edesse à Yalphael par conséquent à imsona?
M. Duval ne le croit pas ''', car on ne comprendrait pas un cliangement
brusque de prononciation dans un intervalle de deux siècles à peine.
Selon lui, le zeqoj'â étant intermédiaire entre « et o, on pouvait le traiter
comme un a, si l'on envisageait sa valeur grammaticale, ou comme un
0, si l'on cherchait à en exprimer la prononciation exacte.
Cette ai'gunienlation très judicieuse s'applique également bien au do-
cument signalé par M. l'abbé Nau, d'autant plus que l'évêque de Néapolis
a pu se conformer à la tradition des Evangiles, sans cliercher à rendre
phonétiquement la prononciation usuelle. On peut donc admettre que la
prononciation des Jacobites était déjà ancienne, quand les points-voyelles
furent introduits, mais on doit aussi se demander si à cette époque les
Nestoi'iens eux-mêmes ne prononçaient pas en o. C'est une thèse que
M. l'abbé Martin a émise dans son article sur les Syriens orientaux et occi-
dentaux'''. Voici les raisons sur lesquelles il s'appuie: i°les ])oints-voyelles
ont passé des Nestoriens aux Jacobiles ; or ceux-ci ont adapté au son o
le signe nestorien ; 2° Bar-Hebrœus témoigne que les Nestoriens emploient
quelquefois le son 0 ''' ; 3° les Néo-Syriens possèdent encore aujourd'hui
un son qui en approche.
Assurément les arguments de l'abbé Martin sont contestables: 1° en
ce qui concei-ne l'introduction des signes nestoriens chez les Jacobites,
ceux-ci pouvaient conserver la valeur grammaticale des signes sans en
adopter la prononciation (cf. R. Duval, Traité de grammaire suriaque ,
p. 59, note 1): 2° pour le témoignage de Bar-Hebrœus , personne ne
paraît avoir remarqué que le grammairien parle de la prononciation du
petâhd et non de celle du teqâfâ ; or, c'est la prononciation du zeqâfâ qni
'•' M. Duval aurait pu renforcer la question en observant que Jacques
d'Edesse distingue quatre couples de voyelles; il semble donc bien que, chez
lui , il y ait deux a, un long et un bref. Mais la réponse de M. Duval garde
toute sa valeur.
<^) Journal asiatique, 1H72, I, p. 'lig et 653.
'•'' Dans le passage en question [Ketoho desèniké , 1, p. iSa, Bar- Ilebrieus
dit que les Nestoriens prononcent , dans les verbes à la forme pa'el avec deu-
xième radicale ris ou 'ai/n, la soyeWe petfihri commis si c'était un zeqlijd. Ailleurs
{op. cit., II, p. 7) il dit que les Nestoriens confondent le petâhâ avec le zeq(]f'"t,
là où il n'y a pas redoublement de la consonne, par exemple zar'^n «semence*'
avec znr'n te semeur».
I
SOCIETE ASIATIQUE. 397
est eu discussion; 3° si les Ne'o-Syriens prononcent dans quelques mots le
zcqclfd 0, ils le prononcent en général a. Il y aurait donc plutôt pré-
somption en faveur de la prononciation en a.
Mais la thèse de l'abbé Mai'tin nous paraît pouvoir être défendue à
l'aide d'autres arguments plus solides. Tout d'abord le nom même du
zeqâfà, usité chez les Orientaux comme chez les Occidentaux, indique
nécessairement, quoi qu'en dise Hoffmann, le son o, car il signifie pp re-
dressement (de la bouche)". Donc, les Orientaux devaient, quand ce nom
est entré en usage, prononcer le zeqàfà o.
Ensuite, tandis que les Jacobites transcrivent la diphtongue au avec un
petâhâ les Nestoriens l'écrivaient presque toujours avec un zeqàjd. Or
l'emploi de cette voyelle ne s'explique que si elle se prononçait o , le son
de Va dans au se rapprochant de o sous l'influence de 1'?^.
Enfin si le témoignage de Bar-Hebraeus ne peut être invoqué direclement
puisque cet auteur parle du peUlhd et non du zeqàfa, indirectement il
prouve que cette dernière voyelle était prononcée o, tout au moins dans
l'opinion du grammairien. En effet, celui-ci reproche aux Nesloi-iens de
prononcer quelquefois le pctâhd comme le zeqdfd. Donc le zeqcîfd était
prononcé o par tout le monde. Nulle part , d'ailleurs , que nous sachions ,
Bar-Hebrœus ne fait allusion à la prononciation du zeqdfd en a.
D'autre part, le rapprochement même que l'on a fait euti-e la pronon-
ciation de l'hébreu et celle du syriaque peut servir à démontrer que les
Syriens orientaux ne devaient pas prononcer en o le zeqdfa au moment
où leur système de vocalisation a été introduit, c'est-à-dire au vui' siècle.
A la même époque remonte le système de points-voyelles usité à Ti-
bériade ; or, ce système , qui est adapté à la prononciation en o , puisque
le qamesi est employé pour l'o bref, présente sept voyelles tout comme
le système des Nestoriens, et, bien que les signes soient différents, les
voyelles se correspondent exactement. Il est donc très vraisemblable que
le système des Syriens orientaux indicpie pour le zvqdjd le son o.
En outre, chez les Juifs, comme nous l'avons dit plus haut, on pro-
nonçait en 0 dans le Nord et en a dans le Sud. Les Nestoriens et Jacobites
étant tous dans le nord de la Syrie, il serait étonnant qu'ils n'aient pas
eu la même manière de prononcer que les Juifs de la même région.
Donc, bien que le zeqdfd provienne d'un a piimilif, il est probable
(jue bien avant l'invention des signes des voyelles , les Syriens du Nord
lui donnaient le son o ouvert, c'est-à-dire un son intermédiaire entre l'a
|)ur et l'o fermé. Plus tard, sans (U)ule sous l'inlluence de l'arabe, les
Syriens orientaux ont lelransformé la [)rononcialion du zoqdfd , qui est
ainsi revenu à sa valeur oiiginelle, tandis que les Syriens occidonlaux
398 MARS-AVRIL 1911.
continuaient à le prononcer o. Au vui' siècle la différence était devenue
tout à fait tranchée. Peut-être à l'époque de Bar-Hebrœus (xiii° siècle) le
régression du zeqâfà avait-elle déjà commencé chez les Nestoriens et la
distinction des voyelle /)?/«/*« et zeqdfd u'était-elle plus très nette. Bar-
Hebraeus, partant de l'idée que le zeqâ/'d était o, a pu se méprendre sur la
prononciation des Nestoriens et accuser ceux-ci de confondre r« avec l'o,
alors qu'en réalité c'était l'o qui tendait à retourner vers Y a. Mais si, de
son temps, les Nestoriens avaient prononcé le zeqâfà tout à fait a, Bar-
Hebrœus ne s'y serait pas certainement trompé.
En résumé le son a, qui s'était transformé en o chez les Syriens sep-
tentrionaux, est revenu ensuite à sa valeur primitive chez les Orientaux.
On en conclura que les modifications phonétiques ne suivent pas toujours
la même direction , mais peuvent présenter des mouvements rétrogrades.
Mayer Lambert.
SEANCE DU 12 AVRIL 1911.
La séance est ouverte à h heures et demie, sous la présidence de
M. Senart.
Etaient présents :
MM. Allotte de la Fuye, Amar, Bacot, Basmadjian, Bloch, Bodrdais,
BouvAT, A.-M. BoYER, Gabaton, de Gharencey, Ddssacd, Fevret, Gau-
THioT, de Genouillac, Hoart, Madrolle , d'Ollone, Pelliot, Périer,
Reby, Schwab, Theillet, memhves.
Le procès-verbal de la séance du lo mars est lu et adopté.
Lecture est donnée d'une lettre du Ministère annonçant l'ordonnan-
cement du deuxième trimestre de la subvention pour 1911.
Sur la proposition de MM. Senart et Bouvat, la Bibliothèque Vaticanc
est admise comme membre de la Société asiatique.
I^a Société décide d'accorder à M. Geuthner l'autorisation de i-éim-
pi'imer, à ses frais, la traduction de la Description de l'Afrique d'El-Beicri
par M. de Slane, publiée dans le Jour mil (isialique.
M. le commandant d'Ollone présente son ouvrage récemment paru :
J^cs (leritins linrlmros, et fournil quelques détails sur la collection des
SOCIETE ASIATIQUE. 399
publications scientifiques de sa mission; il est remercié et félicité par
M. le Président, Parlant des ouvrages musulmans chinois . au nombre de
36, qu'il a rapportés et qui peuvent être considérés comme constituant
le fonds de toute bibliothèque musulmane en Chine, il annonce que ces
ouvrages, étudiés par M. Vissière et destinés à la BibUothèque natio-
nale, sont mis dès maintenant à la disposition des ti-availleurs. M. le
commandant d'Ollone démontre ensuite que le nom de Houei-Houei,
donné aux musulmans en Chine, n'est autre que la déformation du mot
ouïgour : un texte rapporté par lui ne laisse , à cet égard , aucun doute
(voir l'annexe au procès-verbal).
M. DE Charencev étudie le nom de la feuille dans divers dialectes
ougro-linnois (voir l'annexe au procès-verbal).
M. Allotte de la Fuve signale l'importance de quelques publications
assyriologiques récentes, et, notamment, d'un texte anzanite publié par
le P. Scheil.
M. Pelliot attire l'attention de la Société sur deux documents du
xni' siècle retrouvés en Chine par M. Chavannes, qui contribuent à
élucider les origines de l'Islam dans ce pays, et sur une lettre de mar-
chand musulman datant de 1207 ou 1208.
M. DE CuARENCEV fait quelques observations sur les rapports des
langues sémitiques avec les langues chamitiques, à propos du livre de
M. Reiuisch, Dus IWsônlichfûrworl und die Vevhaljlexion in den chamilo-
semilischcu Spraclien .
M. DE Genocillac annonce l'apparition de la Grammaire sumérienne
de M. Langdon, et signale l'importance de cet ouvrage pour les études
assyriologiques.
M. le coniniandaul d'Ollone insiste sur cette considération qu'il
importe, au [)oint de vue de l'histoire de l'islamisme en Chine, de dis-
tinguer soigneusement entre la présence leni|)()raire ou localisée de
musulmans étrangers sur la crtte et la difl'usion de l'islamisme à l'inté-
rieur cl parmi la population chinoise. H estime que c'est par la voie de
terre qu'a du se produire cette pénétration.
de Chareivckv et Pi:i,i.i(ir fnnt ([ueliiues remaripies sur les colonies
juives en Cliine.
ZiOO MARS-AVRIL 1911.
M. LE PnÉsiDEPîT souhaite ia bienvenue à M, le professeur Martin
Hartmann, du Séminaire des Langues orientales de Berlin, qui assiste à
la séance.
Deux membres inscrits pour d'autres communications se trouvant
empêchés , la séance est levée.
ANNEXES AU PROCES-VERBAL.
DU NOM DE LA FEUILLE DANS PLUSIEURS DIALECTES OUGRO-FINNOIS.
Le nombre des emprunts lexicograpbiques faits par les dialectes
ougro-finnois à ceux des idiomes germaniques ou letto-slaves fut, on
le sait, très considérable. Dans plusieurs d'entre eux, l'élément adventice
surpasse notablement l'élément indigène. Le présent travail en fournira,
ci'oyons-nous, une preuve nouvelle.
Les populations ougro-finnoises désignent la feuille par des termes
souvent fort différents et ne se rattachant pas à une racine identique.
Plusieurs de ces derniers accusent visiblement une origine indoeuro-
péenne. Certains autres, en revanche, sont peut-être originaux.
Citons d'abord le suami lehti frfeuillei , que Castrea [Elenienta Graiii-
ntaticae Tscheremissicae) rapproche du tchcrémisse listns. La mutation
do la sifflante en h s'expliquerait difficilement. On aurait donc quelque
lieu d'admettre que ce terme lehti n'a point été pris à un idiome
étranger.
Nous n'oserions en dire autant du morduin lopa (même sens). 11
rappelle trop, et pour la forme et pour ie sens, d'une part, l'allemand
laiih ; moyeu-haut allemand loup, loith ; anglais kaf; hollandais looj;
gothique laufs, au pluriel, laubôs; et de l'autre, le lithuanien lapas
où, par exception, la diphtongue germanique se trouve représentée
par un a; sorabe ou wende lapena, lepen (voir Bogumil Linde, Siowmk
jçzyha Pohlàego, Lvov, i855, et Miklosich, Diclionnaire abrégé de six
langues slaves, Wien, i885).
Ce nom de la feuille était-il , dès le principe , commun aux Germains
et aux Letto-Slaves , ou bien a-t-il passé du vocabulaire des premiers à
celui des seconds? Nous n'oserions rien affirmer à cet égard. Ce qui nous
paraît clair, c'est que le morduin lopa, assez isolé au sein du groupe
ougro-linnois, rappelle plus le lithuanien et le wende que l'allemand ou
le gothique.
I
SOCIETE ASIATIQUE. 401
M. Kluge [Eujmologischps Wôrterbuch der Deiitschen Sprache) signale
une parenté, au moins possible, entre ces termes et le grec Aiira»
trécorce, pelure, peaui.
Nous ne nous hasarderons pas, d'ailleurs, à soutenir que i'ostyak
libet fffeuillen, le magyar lécel aient rien à faire avec le vocable mor-
duin. Cependant , ils s'en approchent beaucoup phonétiquement et veulent
dire juste la même chose.
Par exemple, l'emprunt fait au slave ou, pour être plus exact, au
russe, ne semble guère contestable, en ce qui concerne le lapon lasta,
fffeuille" et le tchére'misse déjà mentionné listas, zyriène lis. Cf. russe
.iHCT-b liste, list "feuille 51, et au génitif .mcTa ; polonais //sV (même sens);
tchèque list, lislj ; wende hjst ou list, synonyme de lapena ; bulgare et
serbe jhct list, etc. Ce n'est sans doute d'ailleurs pas au seul point de
vue du lexique que les Ougro-Finnois ont dû subir l'influence de voisins
plus civilisés qu'ils n'étaient eux-mêmes.
C" DE Charencey.
COLLECTION D'OUVRAGES MUSULMANS CHINOIS.
DE L'OniGINE DU NOM DE HOUEI-HOUEI PORTÉ PAR LES MUSULMANS CHINOIS.
On ne connaissait guère jusqu'ici la littérature des Musulmans chinois,
sans laquelle pourtant il semble difficile d'étudier la situation et les ten-
dances de l'Islam dans l'Empire du Milieu. Une vingtaine d'ouvrages
seulement avaient été signalés : des analyses et des extraits de plusieurs
d'entre eux avaient été donnés, surtout par Vassiiiew, l'archimandrite
Palladius, Dabry de Thiersant, Wylie, Hogg, la Revue du Monde musul-
man, mais des autres on ne connaissait guère que les noms.
Ma mission a rapporté trente-six ouvrages qui comprennent à peu
près tous ceux qu'on avait signalés antérieurement, et en outre la
presque totalité des autres ouvrap,cs musulmans chinois, du moins de
ceux qui sont répandus et estimés. M. Vissière a bien voulu analyser
cette collection dans le numéro de janvier 1911 de la Revue du Monde
musulman, où il déclare qu'elle constitue rrune mine de renseignements
dont quebjues filons seulement ont été explorés^. Cette mine sera doré-
navant à la disposition des travailleurs, car nous deslinons ces ouvrages
à la Bibhothè(pie nationale.
Dès maintenant je crois utile de signaler un point qui, grâce à eux,
me semble acquis à la science. On sait que l'introduction et la dilVu-
sion de l'Islam en Chine sont fort obscures. Les légendes mises à part,
.Wll. îl(>
/i02 MARS-AVRIL 191 1.
on ignore la date de son entrée, les noms de ses propagateurs, les effets
de leur propagande durant des siècles, ou du moins on ne possède sur
ces points que des données fort controversables. On ne sait même pas
l'origine du nom de Hoiiei, ou Houei-Houei , ou Houei-tseu que portent
les Musulmans chinois, à l'exclusion de tout autre. Ce point a une
importance particulière. Puisque cette religion , venue d'ailleurs , a dû
se présenter d'abord sous un autre vocable, un nouveau nom ne lui a pas
été appliqué ainsi qu'à ses sectateurs sans aucun motif, sans même qu'on
se soit aperçu de ton apparition. Il y a donc dans cette dénomination
une énigme qui touche étroitement au développement de l'Islam chi-
nois : c'est pourquoi tous les auteurs se sont attachés à l'interpréter.
On s'en est tenu longtemps à l'explication que donne un petit livre
musulman extrêmement répandu, le Houci-Hoiici yuan lai rrDe l'origine
des Musulmans n , explication que donnent d'ailleurs sans hésitation tous
les Mahométans interrogés : le caractère [Hl Houei signifiant rrretourTi ,
ce nom symboliserait le retour des Chinois à la vraie rehgion , ou encore
le retour sur soi-même.
Une autre exphcation plus vraisemblable se piésenlait cependant à
l'esprit de ceux qui ont étudié l'histoire chinoise : ils constataient que les
Ouïgours ou Honei-Hoii, interposés entre la Chine et le monde islamique ,
s'étaient en majorité convertis de bonne heure à la foi musulmane, et
que, pour les Chinois, c'est eux qui sans doute avaient longtemps
représenté l'Islam : de là à appliquer leur nom à tous ceux qui
embrassaient la même rehgion il n'y avait qu'un pas. Mais il n'y avait
aucun texte à l'appui de cette hypothèse, contraire aux affirmations des
Musulmans eux-mêmes.
Or l'un de nos ouvrages, le TcJiou Tien ta tsan isi kiai rr Recueil de
commentaires sur la grande louange, prière au Ciel" , contient un cha-
pitre, Hoitei-lloiici chom ff Discours sur les Musulmans i^, dii à Lieoutche,
le plus estimé de tous les auteurs mahométans, et dans ce chapitre le
texte suivant (p. 89 r°) :
ffLa doctrine du saint Mou-han-mo-to (Mohammed) se répandit de
l'Ouest h l'Est, en passant par le pays des Houei-Hou , limitrophe de l'Em-
pire du Mdieu et de T'ien-Fang (Arabie); nos coreligionnaires furent eux
aussi appelés Mouci-Hou. Sous les Song et les Yuan , les lettrés d'Arabie
arrivèrent en grand nombre, et, considérant que les deux caractères
Houei Hou n'avaient aucim sens, ils les remplacèrent par les deux carac-
tères Houei Houei, dont le sou était voisin des deux premiers et dont le
sens était plus profond . . .
ff C'est à tort que bien des gens ont donné des acceptions perverses au
SOCIETE ASIATIQUE. 403
caractère Hoitei. Tous les sens ([u'on peut attribuer à ce caractère sont
très beaux. fl (Capitaine Lepage, trad.)
Ce texte si net nous donne à la fois l'étymologie historique du nom,
qui n'est autre que celui des Ouïgours étendu à tous leurs coreligion-
naires, et en même temps l'origine des sens mystiques qu'y ont intro-
duits plus lard ceux (pii, après la destruction des Ouïgours, ne savaient
plus le rôle qu'ils avaient joué dans l'islamisation de la Chine,
En même temps il éclaire d'une vive lueur le problème de l'introduc-
tion de l'Islam, qui, selon lui, n'est pas venu par mer et ne s'est pas
répandu dès la dynastie des T'ang, mais (pii s'est propagé par terre chez
les Nomades et ne s'est installé dans rEnq)ire, avec le concours d'apoires
venus de l'Occident, que sous les Song et les Yuan. C'est d'ailleurs ce qui
résulte de tous les documents que nous avons recueillis et que je vais
publier très prochainement.
Commandant d'Ollone.
NOUVELLES ACQUISITIONS DE LV BIBLIOTHEQUE
(1)
I. L
IVRES.
Anu Zaïd al-AnsÀui'. Kiltlh al-Ham: , traité pliilologi(pie inédit, éditée
par le P. L. Cheikho S. J. (Extrait). — Beyrouth, kji i ; ia-8°. [Dir. |
Ai.LOTTE DE LA Fv\E. Monnaies incertaines de la Soijdiane et des contrées
voisines. Première partie (Extrait). — Paris, 1910; ia-8°. [A.]
Annual Progrcss lleport of thc Supcrinlendent of the Arcliœological Snr-
vcy, Northern Circle , for ihe ijear endivg 3ist Mardi i<)io- — Lahore,
Puiijab Econonn'cal l'iess, i<)ic): in-l"ol. [(îouvernement de l'Inde.]
Basmadjian (K. J.). Histoire d'Arménie, 2° année. — Constuntinople,
1910; in-16. [A.]
Bi:u<;.STBÀssKK (Cotlhelf). Die Negalionen im Kur'dn. Ein Beitrag zur
historischen Gramuuitik des Arabiscbeu (Inaugural-Dissertation). —
Leipzig , August Pries, 1911; in-8°. |A.J
(') Les piii)licalii)iis mnr(|ii(''('s d'un aslôiùsipic sont celios qui sont reçues par
voie d'éclianjjc. Les noms di's (ionaloiirs sont indiqués à la suite des titres :
A. r= aiiteiM'; luL = t'dilenr; Dir. — Direction d'uno SocicUé savante, d'un
établissement sc'ientiliipie ou iruiie revue; M. I. I'. - Ministère de l'instruction
|iiilili(|iie.
404 MARS-AVRIL 1911.
Blbliotheca Buddhica. X. Saddliai-inajninfldrika , cdiled by Prof.
H. Kern and Prof. Bunyid NvNjio,/r. — Wl.Tisastvustik, ein iu liïrkischer
Sprache Ijearbeiteles buddhisliclies Sûlra. ïranscriplion tind Ubersetzung
von W. Radloff .Bemerknnfjen zii den Brâliniï Glossen yon Baron A. von
Stakl-Holstein. — XllI. Mahdvijiilpdlli, publ. par J. P. Minaveff:
9''('dilion, ])ar N. D. Mironov. — Saiiil-P('lersl)0Tn'jO-, iç)io; in-H°. |Aca-
déaiie miijcriale des Scieiicos. 1
Bibliothèrjue de l'Ecole praliijuc ârn Hautes Eludes. Sciences liisloricpes
el philologiques. Fasc. 1S9 : Les comles de Savoie et les rois de France
pendant la guerre de (lent ans (^ i3tig-i3f)i), par Jean Cor.DEV. — Paris,
Honore Champion, 191 1 ; in-8°. [M. I. P.]
Carias de Affonso de Alhiiqiicr(juc , segnidas de documcnlos que as
ehicidam, publicadas de ordem da Academia Real das Sciencias
de Lisboa, e sob la direccâo de Raymondo Antonio de Bliloào Pato.
Tonios I-IV. - Lisboa, 188/1-1910; 3 vol. m-h". | Dir.]
Castagne (J. A.). Antiquités des steppes hirghizes et du pays d'Oren-
hourg (en russe; forme le tome WII des Travaux de la Commission
scientifique des Archives d'Orenbourg). — Orenbourg, KérimofT, lluseï-
nofiet G% 1910; in-4°. [A.]
Charencev (C'° dk), lùijniologies euskariennes. — Paris, Honore Gliam-
pion , 1 9 1 1 ; gr. in-8°. [ A. ]
CnAVANNES (Edouard). L'Inscription funéraire de Ts'ouan Pao-Tscu.
Rëponso à M. Farjenel ( Extrait). — London , Royal Asiatic Society, 1 9 1 1 ;
in-8". [A.]
GoEDJîs (G.). Catalogue des pièces originales de sculpture hhnière con-
servées au Musée indochinois du Trocadéro cl au Musée Guimet ( Extrait).
— Paris, Ernest Leroux, 1910; in-8". [A.]
— l^es deux inscriptions de Vat Thîpdèi, province de Sieni fiâp
(Exti-ait). — Angers, s. d.; in-8°. [A.]
Collection d'un amateur. Objets d'art de la Corée, de la Chine et du
Japon, dont la vente aura lieu à Paris, Hôtel Drouot, du lundi 27 au
jeudi 3o mars, à 2 heures. —Paris, Ernest Leroux, 1911; ia-4°. [Ed.]
*E. J. W. Gibb Mémorial. Vol. XVII : Kashf al-Mahjùh, by 'Ali
lî. 'Utiiman Al-Jii.labi Al-IIuwi'ri'. Translaled by R. A. Niciiolson. —
Leyden, E. J. Brill; London, Luzac and Go., 1911; in-8°. [Dir. |
Ecole pratique des Haules Etudes, Section des Sciences religieuses,
La Section de 1886 à nji 1 , son histoire, son œuvre, par M. J. Toi tain,
précédé d'une j)réface de M. A. Esmein. Avec un rapport soinmaii'e sur
SOCIETE ASIATIQUE. hOb
les conférences de l'exercice 1909-1910, et le programme ries confé-
rences pour l'exercice 1910-1911.- Paris , Imprimerie nationale , 1 9 1 1 ;
in-8°. [Dir.]
Etlmofjropliic Sifrveij of ludia. — A Prabhu Marriage. Cttsloiiiarij and
religions C.crcmonics peifoniicd in ihr Marriogp of a Member nftitc Chan-
(Irnscni Kfiijasth Prabhus of lionibfiij, hv R;ii Behadur B. A. Gi pte. —
Calcutta, Superinteudent Government Prinling, 1911; in-S". [Gouver-
nement de l'Inde.]
Fergisson (Jarnos). Ilistonj nj thc Indiaii and Easlcvn Archileclure ,
revised and ediled, wilh addilious. . . by James Burgess and R. Phené
Spiers. — Londou, John Murray, 1910; 2 vol. iu-8°. [Don de M. J.
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Gaudefrov-Demomby.xes (M.). Les Cent et une Nuits, traduites de
l'arabe. — Paris, E. Guilmolo, 1911; in-8°. [A.]
Gazetteers. Bengal District Gazetleers , vol. XXIII : Burdivan , by J.
(". K. Peterson. — Vol. XXIV : Nadia, by J. E. H. Garrett. — Calcutta,
1910; 9 vol. ia-8°.
District (razctlcers of thc United Proeinces of Agra and Otidli , vol. VI;
Aligarli, by fl. R. Nevill.— AUaliabad, F. Luker, 1909; 111-8°.
Herrmann (Albert). Die altcn Seidenstrassen zwtschen China und Sijricn.
— Berlin, Woidmonnsclie Buchhandiung, 1910; in-S". [Ed.]
IliNKE (.1. W .). Selected Babijlonian Kudiirru Inscriptions. — l^oidcu ,
liile K. .1. Brill, 1011: in-i(). [Ed.]
HRïsiiikiîSA Sâstrî and Siva Giiandra Gi i. A Descriptive Catalogue of
Sanskrit Manuscripls in llic Lihrari/ of thc Calcutta Sanskrit Collège,
N" 'J 2-0,3. — Calcutta, J. N. Banerjee and son, 1906; in-S". [Dir.]
IIiiNT (Arthur S.). Catalogue of ihe Greek Papyri in thc John Rjjlands
Librarij, \tanclicstcr.\o\. l,Lilerary Texls(Nos. i-Oi), with ton Plates.
- Manchester, al the Univorsity Press, 1911 ; in-/i°. [Dir.]
Kr. usz (Dr. Joseph). Die Cotlernamen iuden habijlonischen Siegetcylin-
dorlf'gciiden , 7Ai!^iimm(iufrcsU'\\{ uml j;(\irlieitol. Mit /ahireichen Roitrligen
\on Prof. Dr. Vr'\i/. Mommel. — Leipzig, Olln llarrassowit/ , i<)' • ; in-8°.
Dus kudatku Bililc îles .In^uf Chass-lladschih aus lîdlasagun. Te\l lUld
IJbersel/.ung nach den llaudschrillcii vnn \\ icn und Kairu, hei'ausgo-
{jeben von Dr. \V. Radi.oki--. - Saiut-Pé'lersbourg, 1900-1910; 2 vol.
in-A". [ Académie impiriale des Sciences.]
/,06 MARS-AVRIL 1011.
Lekrhiiclter des Scminars fur Orientaliacho Sprachen in BrrJin. — Baïul
2 3 : Karl Meiniiof, Lohrbnch drr Nama-Spmche. — Band sh : Ilerniann
ToNJES, Lehrbuch der Ovamho-Sprache.Oslknanjama. — Band 9 5 : licr-
maiin TuNJES, Wôrtcrbuch der Ommbo-Spvachc. Osikiimijaimi-Driilsch. —
Band qG : Hermanii Nekes, Lehrbuch drr Jnunde-Sprachc . — Berlin,
Georg Beinier, 1909-191 1 ; k vol. petit in-8°. [Dir. j
LoiSY (Alfred). .1 propos d'histoire des religions. — Paris, Emile
Noiirry, i9ii;in-i8. [A.]
LoREiMzo(G. de). Indin, e Biiddhisino antico. Seconda edizione. — Bari,
Gius. Laterza e fig^li, 1911 ; pet. in-S". [Kd.]
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Mission française de Chaldée. Inventaire des tablettes de Tello conservées
au Musée Impérial Ottoman. Tome I : Tea-les de l'époque d'Agadé, par
Fr. Thureau-Dangin. Tome II : Textes de l'époque d'Agadé et de l'époque
d'Ur, par Henri de Genoiillvc. — Paris, Ernest Leroux, 1910; 2 vol.
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SOCIETE ASIATIQUE. 407
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Yaçorijaiia-jainn-<jrantha-mâlâ. — a. Partie périodique, n"' i-i5.
b. Gollection de volumes :
t" Pramâna-nnija-lallrâbdiâlatjilcâra , par Guïvâdidkvasïiri; •?." Hainta-
liiigânuçàsannm , [)ar llEMACAiNhRA ; 3" Siddha-hema-çabdânuçâsanam , par
le même; h" (lurvavati, \u\v Grimunisuisdauasuri; B' Pramâna-naija-
idllvdvalolùilamhârasija pariccliedadvai/am , par Grïvâdujevasuri; (">' (-Vî-
siddha-hema-sûlrapâlha , par IIkmac^mhw: 7' Jaina -stolra-snnifjraha ,
/i08 MARS-AVRIL 1911.
Pt. 1; 8° Mudrila-kumuda-candra-prakaramin ; ()" Javm-slolrn-snmgraha ,
Pt. H; io° Kriyâralaasamticcni)a , par (juïGUNARàTNASÛRi; 1 1" Çri-
siddha-hema-sûtrapâthasija ahâràdijanitkramanikâ ; 1 2° kavikalpadruma ,
par Çrîharsa.ki'lagaîs'1 ; i3° Sammntijfd'htja-prnkaranam, par Çrîsiddha-
senadivâkara; i5° Çriçàlibliadracaritnin , pardKÏDBARMAKiiMÂRA; 16° Porra-
hnlhilsnnifjraha, Pt. I. [Dir. ]
Zaïdan (George). Mèdèniijèt -i Isldinli/ènin Tarckhe [HIsloirc de la civi-
lisation musulmane, traduite en turc par Zékî Molghàmiz), t. I et II. —
Constanlinopie, Imprimerie de i'Ikdam. iSaS-iSag hég-. ; 2 vol. iii-S".
[Éd.]
II. Périodiqces.
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novembre-décembre 1910, janvier 1911. — Paris , Alpbonse Picard et fils ,
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*L'Asie française, février-mars 1911. — Paris. 191 1 ; iu-4°.
*Atti délia R. Accademià dei Lincei, Notitie degli scavi di antichità,
Vil, 9-10. — Roma, 1910; \\\-h\
*Azgagrakan Handess, tome XX, année 1910. — Tilhs, 1910
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*Baessler-Archiv. Beitràge zur Vdlkerkunde , herausgegehen aus Mittcln
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Le gérant :
L. FiNOT
I
H'^
JOURNAL ASIATIQUE.
MAI-JUIN 191 I.
■o^a-
INSCRIPTIONS DE MlUAN,
PAR
M. A. -M. BOYER.
Les inscriptions dont suit l'étude sont une parcelle du riche
!)ulin ('pigraphique recueilli par M. Stein au cours de sa se-
conde expédition en Asie centrale. Leur découverte est de celles
(pii ont notablement reculé vers TEst les limites de l'aire connue
de la kliarosthï. Elles furent trouvées à iVliran par l'énn'nent
explorateur dans les ruines de deux sanctuaires de même type,
c'est-à-dire consistant l'un et l'autre en une rotonde renfermant
un stupa'". M. Stein désigne ces deux temples par les no-
talions M. IN, M. V. Du premier j'ai seulement à dire que les
fouilles ont mis là au jour de-s fragments de soie inscrits en
kliarosllii : je parlerai de ces épigraphes en df^rnier lieu. Le
second porte sur ses murs deux inscriptions également en
kharostlii, et voici dans (juelles conditions.
La principale frise d'' la rotonde y est couverte d'une
fres(pie, représentant la scène suivante. Un éléphant richement
harnaché est conduit par un personnage princier cpii porte
une. aiguière de sa main droite, et de sa gauche soutient la
" Sur les foLiilIcs à Miraii, voir .M. Aiirol Stkin, l'JTiiliiralions in (Icnlial
Asid , Kjod-S, |i. 3() cl siiiv. (licpiinted from the «GVo^'Trtyj/u'cvi/ Journal r) far
Jidy niid Scptcinhrr. t ifini).
XVII. tji^
ùlh MAI-JUIN 1911.
trompe de l'éléphant. Viennent à la suite, montés sur un qua-
drige, une reine et deux enfants; puis, terminant celte pro-
cession, encore un personnage royal, qui passe à cheval sous
la porte d'une ville ou d'un palais! Je donne cette description
d'après les détails que je dois à M. Stein, n'ayant pas eu entre
les mains les photographies de la fresque entière. lAlais je puis
ajouter que le très hahile inlerpiète des scènes buddhiques
qu'est M. Foucher a eu l'occasion de les examiner et veut bien
me permettre de dire qu'il ne conserve guère de doute sur le
sujet traité par le peintre : nous avons à voir dans notre fresque
la figuration d'un jâtaka, celui de A'isvamtara. Je ne saurais,
pour ma pari, que m'associer à cette opinion.
Des deux inscriptions en question, l'une est peinte sur le
train de derrière de l'éléphant, l'autre, également tracée au
pinceau, se trouve au linteau de la porte oii passe le personnage
à cheval, el, par suite, immédiatement au-dessus de lui. Mon
déchiffrement repose sur les photographies prises à Miran par
M. Stein : les conditions défavorables de lumière et de position
où se trouvait l'opérateur ont fait obstacle à la netteté de celle
de l'inscriplion sur porle, et elle laisse plus ou moins douteuse
la lecture des cinq dernières syllabes, sauf cependant la partie
consonantique des deux dernières [p, tr) qui est parfaitement
certaine; mais j'ai pu assurer la lecture de l'inscription entière
grâce à un dessin que M. Stein en a fait sur place, et qui permet
heureusement de démêler les traits propres aux syllabes peinles
des traits adventices que la photographie ne saurait différencier.
Avec son obligeante autorisation, je reproduis ici ces deux
photographies.
Inscriplion de l'êléphaiU (cotée M. v. ail), 201). — Quel-
ques points qui semblent intentionnellement marqués au
pinceau, et ont été notés par M. Stein dans un dessin qu'il
a fait de cette inscription, se trouvent ainsi disposés : un au-
InSCRII'IION.S de MlKAN,
^
I
INSCRIPTIONS I)K MIRAN. 415
dessus de l'extrémité gauche de la courbe supérieure du s, à
la première ligne ; trois accompagnant le dernier caractère de
l'inscription et placés l'un au-dessus de lui, l'autre au-dessous,
le troisième au milieu même du caractère; enfin un dernier
point situé sur la prolongation de la troisième ligne, fort au-
dessous du k qui termine la seconde. Je ne tiens pas compte
de ces points, dont j'ignore le but, et qui, en tout cas, ne
doivent pas modifier essentiellement la lecture. Je transcris, en
renfermant entre crochets deux aksaras de leciure moins cer-
taine :
1 litasn esâ gliali
2 haslakrica [fÀumitia\ka
3 «3 1000
em. — Je considère comme notant la longueur de la voyelle
le trait qui tourne à droite au pied du h. Les documents de Niya
marquent \a long par un trait généralement incliné ou vertical;
mais il est aussi des cas où la direction de ce trait se rapproche
fort de celle d'une parallèle à la ligne d'écriture : on en
peut voir des exemples dans N. XV, i5/i reproduit à la
planche XCVII de Ancienl KlioUm.
fjliali. — En dépit de hi brisure qui détériore le dernier ca-
ractère de la première ligne, la lecture h nie paraît extrê-
mement probable, pour ne pas dire assurée, llien ne s'oppose
à l'équivalence ghtdi = kh<uh. Or, en marâthi, khadt (cf. le
sanskrit Lluift rr craie 57) signifu;, entre autres cboses. d'après le
dictionnaire de Molesworth (pii donne ces acceptions en pre-
mière place : et une sorte de stéatite employée poui- blanchir
les murs 55, aussi : «une composition (de talc, gomme etc.) pour
exécuter des figures sur étoile; et aussi l(^s ligures ainsi exé-
culéesw. Je ne crois dniir pas iinprudeni de doniKM" à irhuh le
sens de « fres(|ue5i.
37.
416 MAI-JUIN 1911.
krico. — Saiisk. hrtyn. Le premier aksara ne comporte
guère d'autre lecture; la courbe inférieure serait bien courte
pour un /'. La tête du second, en, est quelque pçu fantaisiste:
j'en considère le dessin comme le résultat d'un tracé cursif, qui
a bouclé les deux extrémités supérieures d'ordinaire séparées. —
hnstnkrica ^^ ayant pris possession de, ayant reçu?'. Le sanskrit
connaît, de son ccHé. luislr l.r.
[hluiijiniay.a. — L'interprétation ici présente d'autant plus
de dlfïiçullés que le mot est traversé par la brisure déjà ren-
contrée à la première ligne. Le premier aksara semble, avec,
au pied, une courbe d'anusvâra, un blia ou un tsa, tracé obli-
quement, comme l'est le gli/i placé au-dessus de lui dans la
ligne précédente. Ramené à la verticale, il ne présente pas tou-
tefois complètement la forme normale de l'un ou l'autre de ces
deux caractères: je mettrais volontiers cette déformation au
compte de l'obliquité du tracé.
Le second aksara semble le reste d'un ma. La photograpbie
pourrait donner à penser que la courbe de cem^^ est reliée par
un trait à l'extrémité mférieure de l'aksara précédent : j'ai
appris de M. Stein que ce trait n'appartient pas au dessin de
rinscrq)tion, et la copie qu'il a faite de celle-ci ne le contient
pas. Le troisième aksara, bi, se lit sans difFicidté.
En définitive, j'ai adopté, avec doutes, la lecture bliamninl.o.
On peut noter (ju'il serait permis de voir dans ce terme un équi-
valent du sanskrit bltarnuin, pour lequel la lexicographie admet
le sens de pièce de monnaie. J'mdirpio d'aillem's ce rappro-
chement sans y insister, n'ayant rencontré ni dans la littérature
ni dans les inscriptions la preuve de l'emploi usuel de bliarmnn
dans ce sens. Mais ce que semble assez nettement indiquer le
texte de notre inscription, toi que je le comprends du moins,
c'est que le mot de trois syllabes qui nous occupe, quelle qu'en
soit la lecture vraie, désijpiail réellement une pièce de monnaie.
INSCRIPTIONS DE MIRAN. 417
1000. — La lecture du signe correspondant est assurée
par ies documents Stein où on le trouve doublé du mot
salidsra.
Je traduis: «Cette fresque (est l'œuvre) de ïita, qui a reçu
3ooo [bhammajkas. »
L'inscription nous donne ainsi le nom du peintre et le prix
de son œuvre.
Les résultats de ce déchilTrement communiqués à M. Slein
lui ont suggéré de voir dans le nom de Tita celui d'im Titus, ,1e
suis heureux de mentionner ici cette très intéressante obser-
vation, que son auteur appuie sur le caractère même des
peintures de Miran. Ces fresques, me dit-il, sont si classiques
quant au style et au traitement technique '^^ qu'il n'y aurait
rien de surprenant à ce qu'elles fussent dues au pinceau d'un
artiste provenant des provinces asiatiques de Rome. Sur ipioi
je remarquerai que, admise l'identification Tita = Titus, nous
aurions peut-être là une exphcation des irrégularités d'écriture
signalées plus haut, je dis celles qui concernent le tracé des
aksaras c/i et [hlinm]: l'auteur de l'inscription étant, il n'y a
pas lieu d'en douter, l'auteur de la fresque elle-même, elles
seraient attribuables au fait que cette inscription fut tracée par
un étranger, doublé d'un artiste.
Insrriphoii dr la porte (cotée M. v. '>.à(>, '2?>->.). — .le lis, en
complélaut . conmie je l'ai dit plus haut, la photographie par
le dessui de M. Stein :
rsr isldiilc liujlinniijiiilrc
Traduction : ^Celui-ci est Isidata, le lils de liiqliaini. >5
'•' Cf. Ea^ploraliims in (lentrnl l»iV(, p. ',\\.
^18 MAI-JUIN 1911.
La désinence e au nominatif masculin singulier est assez in-
téressante. On peut la regarder comme une forme réellement
dialectale. Mais ne pourrait-elle pas aussi provenir de l'intention
de figurer, avec les moyens de la kharosthi ordinaire, le pho-
nème noté ailleurs par le point double en forme de tréma. Car un
tel phonème n'est pas complètement étranger, semble- t-il, nu
langage des documents en kharosthï découverts par M. Stein.
Je crois pouvoir dire ici, en ell'et, qu'une tablette trouvée à
Endere au cours de sa seconde expédition offre plusieurs
exemples de la consonne surmontée du double point, et,
ce qui importe au cas présent, sûrement là où il s'agit d'un
nominatif masculin singulier, par exemple : asti mayi utn
i^uta = mtray
ùidata est natiu'ellement rsid/ilUi. Quant à hujhami, je ne
vois aucune conjecture qui lui retrouve, d'une manière satis-
faisante, un représentant sanskrit.
L'inscription étant placée au-dessus du personnage à cheval,
c'est lui clairement que désigne ew. Maintenant, ainsi que je
l'ai noté plus haut, la scène, de l'avis de M. Foucher, repré-
sente en toute probabilité le jâtaka de Vessantara, et c'est Ves-
santara que figure ce cavalier. On connaissait déjà Vessantara
sous les noms de Sou-ta-na, Siu-ta-na, Sudamstra. Il n'y a
guère de difficulté à lui concéder en plus celui de Isidata. Bu-
jhami deviendra, comme conséquence, un nom nouveau de
Sanjaya (ou de Phusati?).
Inscriptions sur soie (cotées M. ni. oo i 5). — (îes inscriptions
sont tracées à l'encre noire sur soie de couleur crème, me dit
M. Stein. Certaines difficultés d'exécution ayant jusqu'à ce jour
fait différer leur reproduction photographique, je donne mes
lectures d'après un calque sur gélatine que M. Stein a fait
tracer par son habile assistant M. Droop. Ayant lieu d'espérer,
toutefois, (ju'un fac-similé mécanique dosdites inscriptions sera
INSCRIPTIONS DR MIRAN. h\9
publié par la suite, je ne crois pas à propos de donner ici la
reproduction de ce calque : du reste le texte n'ofl're pas de dif-
ficulté, sauf en deux ou trois points que je mentionnerai à la
suite de la transcription. Je numérote ces inscriptions d'après
l'ordre dans lequel, séparées les unes des autres, elles se suc-
cèdent sur le calque. Sont renfermés entre crochels les carac-
tères dont il ne demeure qu'un tracé incomplet.
1 [gha]dachinae hluivadu
9 asagomsfi saparivarasa arugliadachinae bliavaihi
3 friijanae arughadachinac bhmadii
h frinae arughadhachinap hhavadu
5 carokasa arughadacfiinue bliavadu
() samanayasa sap<irivara.sa ariighad/iachinao hliaradu
7 intlruliasa .sa[p(iri]
8 [bhnva]du
9 k'ihhUnsa saparivarasa \arii\
Beaucoup de caractères portent à leur pied un crochet qui
les fait paraître marqués d'un anusvâra, et que je considère
comme une fioriture. Il faudrait lire, en elFet, dans >? par
exemple: sunipamrimvamrdmsam : ce qui est inadmissifile.
Je trancris par /'dans 3 et k le caractère discuté T, lu d'or-
dinaire ph; que M. Senart, avec toutes réserves, a lu hit dans
sou édition des fragments Dulreuil de Rhins: et dans lequel
plus récemment (y.//./l. 5., i^oç), p. fiby etsuiv.) M. l.iiders
a proposé de voir un vh. jja transcription /est celle de M. 0.
Franke, que, jusqu'il ce jour, je considère comme la jdiis
probable.
li'aksara transcrit /// est ^ . La voyelle paraît sûre : la con-
sonne ressemble fort à un caractère qui revient çà et là dans
les documents de Niya, et dont l'exacte déterniinatiou n'est pas
encore établie.
Le caractère que je lis dn dans hlitinidii est tracé d'après le
type d'im nu et se tient, par suite, fort loin de la forme nor-
/420 MAI-JUIN 1911.
maie du tu : mais il n'est nullement impossible que, dans l'in-
tention du scribe, il fût destiné à exprimer cette dernière valeur
syllnbiquc.
Dans tous les eus où elle se rencontre ici, la nasale se-
rait linguale en phonétique sanskrite. Je dois noter que son
tracé, tel qu'il se présente, pourrait être interprété comme
celui d'un )i; il ne me parait pas, toutefois, assez caractérisé
dans ce sens pour que je croie devoir transcrire par la liii-
guale.
Dans mitrnkdsn, le trait de 1'/^ d'après le calque, ne descend
que très peu au-dessous de Vm. Je ne doute guère, cependant,
que nous ayons à lire là //// plutôt que me.
Ces remarques faites sur la lecture de notre texte, quelques
mots relatifs à son interprétation.
Je regarde aruglta comme l'équivalent de ârogi/ti : une équi-
valence dont peut rendre compte la série de formes successives
(Irogga . 'Iniggd, ârûg/i, ârngJia. Ou bien le mol, mais c'est,
dans le cas, peu projjable, représenterait iirog/i substantif.
Dans nrufijui, gh pour g, comme dh pour d dans dluicliinae (/i
ot Q'j = dnh.sinâyai (^a côté de dachinae, 1,2. 3 , 5 ). Nous avons,
par contre, g pour gh dans nsagosasa.
Je comprends comme d smt les noms propres (laissant de
côté le nom incertain contenu dans f)): tisngosa = asroglio.yi ;
cfiroLa = cârukfi ; Hdindnnijd = sranidndkd. Restent milrtilxo, qui
s'explique de soi, et les deux noms féminins de o et h. De
Friijdnd le rapprochement s'impose avec Fri/diia, bien connu
pour être dans l'Avesta le nom d'une famille touranienne; et
Firind . comme nom, semble bien venir aussi des alentours de
l'Iran, sinon de l'Iran même.
La traduction (pie je donne de ces épigraphes est fondée
siu" Iciu- c(»nq)araison avec d'autres inscriptions du même genre
de l'Inde. A ne considérer (pie nos textes, on pourrait être
tenté de prendre nruglid pour sujet <lr la phrase. Mais les in-
INSCRIPTIONS DR MIRAN. 421
scriptlons dont je pai'le nous montrent ârogija et (h(hmiâ comme
termes d'un composé dans des formules exprimant, comme
évidemment les nôtres, les intentions attribuées à des offrandes
pieuses: mena hid(ihnmdena mtdiamjnrnjatirajdlioresl.asn^^^ agra-
hliagae hhnvdlu . . . sarmsatrnnn (irogddadiinae bhavtitu (vase de
Wardak, J.R.A.S., i8G3, pi. A); /mena deijndhtirmmopai'Ui/n-
gena sarvvemmpralumlkânnm ârogij/ultiLsinâye hhuvatu ( inscription
de Mathurâ. n" 126 d(; la liste de M. Liiders'-^); âlmanasi/a
ârogijadaJihimi mflt[â]pilintii!i . . . sarvnsntrântnn ca In'tnsuLliâiilni
(inscription kusane éditée par D.R. Bhandarkar'-'*,/. B. B. R.A.S.,
XX, p. 269); sans doute aussi l'inscription du piédestal de
(Ihàrsada : sanighamilrnsa^'^^ mmantisa dinvnnukhe hudliorumdsn
(') Ma raison de transcrire sa est que la forme du caractère me pirait d'un
\y[)o (celui du sn dans lilaan) que l'on trouve dnns le ms. Dutrenil do Hliins
et dans les documents Stein non seuleuieni à la linale du génitif masculin sln-
njulier, mais fréquemment aussi là où il est impossible de lire autre chose que sa.
Dans sa transcription de celte partie et d'un autre passage de l'inscriptloii do
AVardak, M. Lùders a donné au caractère eu question l.i valeur .si/a (J.H. !..*>'.,
1909, p. 661 et 66b). On doit reconnaître que le pied de ce caractère re-
seiiilile grandement à la forme, assez particulière du reste par le retour à droite
du Irait final, du ya certainement souscrit dans sahi/amum à la ligne 1 de la
même inscription. Et à ne prendre que l'inscription de Wardak, sans tenir
compte des documents dont je viens déparier, je serais porté à lire, avec M. Lii-
ders, si/a. Aussi j'admets comme possible que, dans le cas particulier do
AVardak, le caractère dont il s'agit ait réollemont cette dernière valeur, el nnn
Cille de ce an auquel je l'assimile. Si, de fait, nous avions ici uif .si/« , il serait
alors permis de se demander si le dit sa ne fut pas un si/w à son origine,
tout ceci soit dit, bien entendu, en supposant l'exactitude du fac-similé, dans
laquelle malheureusement on ne peut avoir une confiance absolue.
- .1 lisl (ij Hrâlnui iiiscriptunis fnnii ihi; cai-lirxl limes etc., l'j.L, \. La lecture
ci-dessus est celle, que je ne puis qu'adopter, donnée en dernier lieu par
M. Liidcrs {LA., XXXlll, p. i,">.5).
''' Je reprodu's la lecture de l'éditeur, qui n'a pas publié de fac-similé.
"'' M. Vogel, qui a le premiei- publié la lecture et l'inlerpretaliou Complètes
de cette inscription, transcrit -Diilnisyd. VA il faut avouer (pie le Irnct- du sa
s'écarte des formes ordinaires. Mais il m'est bien ditlicile de reconnaître au
pied de Ys la forme, entière ou cursive, d'un tjii. Sil y avait lieu de cem[)arer
le caractère on question avec un dos types de la talile de Hidder \ Ind. l'ai.},
je Noudiais, plutôt cpie de lui chercliei-, comme l'a l'ait M. \ o;;e| , une .uialogio
422 MAI-JUIN 19 11.
nfOgnda[clii\ . . "' (cf. \'oQe], Arcliœol. Survet/ of Imhn, it)o3-
1 90/1, p. 9 5o , et pi. LXVII. 1 : LXX, /i). Il semble ainsi que
le com|)Osé ârogijndnhmiâ fût usuellement employé dans
l'énoncé des profits souhaités par lés pieux donateurs ; et c'est
lui sans doute que nous retrouvons ici. Je n'ai aucun indice
pour conjecturer à quelle œuvre méritoire se réfèrent les pré-
sentes formules; peut-être forment-elles la suite d'un texte
perdu qui en contenait l'énoncé : je ne puis en tout cas que les
prendre comme elles se présentent et les traduis ainsi :
9,. ttOue cela soit pour le don de la santé à Asagosa avec
son entourage, w
' Et ainsi de suite.
J'ajouterai ici, en manière d'appendice, une note dont la
forme du ch dans dnchimie de nos inscriptions, laquelle est
constamment Y, nie fournit l'occasion.
avec le sya XII, 36, le mettre en regard du sa X , 36. Dans co dernii^r
exemple, l's ressemble fort, si elle ne la représente pas, à celle qui se voit à
la seconde syllabe du mot wr^sr/.'iyff dans l'insciiption de Sue Vihâr,!. 1 (/. .4. ,X).
(-ette s et l's du mot divase à la ligne 2 de la même inscription peuvent cHre
analysées conjointement comme il suit : la tête, suivie d'un trait plus ou
moins vertical, suivi lui-même d'un élément qui s'écarte d'abord vers la
droite pour revenir à gauche. Notre sa serait de même type, avec une exagé-
ration, assez bizarre à la vérité, de ce dernier élément. Et, pour le dire im-
médiatement* c'est une forme encore du sa qui se présente, à mon avis, dans
B. 1. 9, aksara 4, et dans G, I. 1, aksara 6, des épigraphes du chapiteau
de Mathurâ , que je dois citer tout à l'heure. Voir la planche II de l'édition que
M. F. W. Thomas a donnée de ces inscriptions dans E.I., IX. Dans les deux
cas le savant éditeur a transcrit si/rt. Pour ma part, je crois bien que les don\
caractères ainsi transcrits ne sont rien autre qu'ime graphie plus lâche de la
forme qu'aflecte le m final de sagbasa dans A, 1. i5 {ihid.). INous avons là
simplement une vnriété de l's de Sue Vihâr ri-dessus mentionnée.
Je dois ajouter que le sa, final du génitif ou non, des épi<;ra|)hes de Mirnn
en question porte dans nombre de cas (non dans tous) un crochet analogue à
celui du sa de Chârsada , comme le font dans ces inscriptions d'autres carac-
tères encore, ainsi que je l'ai remarqué plus haut : j'ai dit pourquoi je ne con-
sidère pas là cet appendice comme une notation.
''^ 1. e. : -dacliinao.
INSCRIPTIONS DE MIRAN. 423
Gomme on le sait, le c aspiré est habituellt-Qient repré-
senté en kharostliï par deux formes : -f- (forme ancienne,
plus tard le trait horizontal s'inllécliit en arc) et Y. Or, en
étudiant les documents de Niya, j'avais été frappé de ce fait
(jue les formes du ch y semblent généralement employées non
au hasard, mais d'après une loi qui fait correspondre une
forme plutôt que l'autre à un phonème sanskrit déterminé.
A un ch sanskrit originel (c'est-à-dire ne provenant pas
d'un s en com!)inaison) correspond un ^ : à un ks sanskrit
correspond un Y (que l'on trouve généralement surmonté
du trait horizontal qu'emploie dans certains cas le ms. Du-
Ireuil de Rhins). Et je dois ajouter, selon toute justice,
que mon savant ami M. Rapson avait, indépendamment de
moi, fait une observation pareille, que l'on trouvera con-
signée dans sa notice On the alphabet oj the Kharosthl documents
(p. 8-9)").^
Mais le fait me semble présentement encore plus général:
il paraît s'étendre à tous les textes kharoslhi, et c'est ce
que je voudrais indiquer dans cette note. L'insulhsance d'un
certain nombre des reproductions publiées, notamment en ce
qui concerne les édits d'Asoka, ne m'a pas permis jusrpi'ici
d'établir une enquête aussi complète que je l'aurais souhaité.
Telle que je la présente, je crois cependant qu'elle affirme
trop souvent le fait dont je parle pour qu'il soit l'œuvre du
hasard.
Le fait est donc celui-ci: dans la kharoslhi, en règle, un cA
correspondant à lui ch sanskrit originel s'exprime parf^ ; un
cil correspondant à un hn sanskrit s'exprime par Y-
Je ne prétends pas, toutefois, (pie la réciproque soit tou-
jours vraie : à un f^, par exemple , dans^w/m du ms. Dutreuil
C' Kxlriiil (lu litiue 1 des Aclex du \/l'" (^iinjjn'.i iiilenialimial ilm Oiii'iila-
lislrs.
liU MAI-JUIN lOll.
de Rliins A-, 3, correspond un se sanskrit'"; dans michn-
(^Ibid., 2), un thy.
Des mots contenant un c aspiré correspondant à l'un ou
l'autre des phonèmes sanscrits susdits, ch originel et ks, voici
ceux que j'ai pu jusc|u'ici relever sur les fac-similés. Suivant
la noiation adoptéepour la transcription des documents de
Niya, je désigne f^ parrA. Y par r/?'.
SuÂHBÂzGARiii. — Fac-sim. Uidiler, éd. VII, Z.D.M.G. , XLIII;
éd. Xil, E.I.,l. — Ed. VII, 1. i, ichati (^Icclfy, 1. a , icliinnti
(^îcch"); 1. 3, -chamdo (chamlay, éd. XII, 1. 5, cli'annti (/.•.<?««);
1. 'y, icha (^iccliây, 1. g, -acli'a- {^(ikm^ '-'.
Manseiira. — Fac-sim. Senart, J.A., 8*" série, XII. — Ed.
V, 1. 93, moch'ai/c [moLm); éd. VII, 1. 82, iclittli {icch°); 1. 33,
-ch(ide(^rh(tii(l(iy, éd. Vlll, 1.3(), -paripuclui (^-prccli/1 )\ éd. Ml,
1. G, iclui {ùrliâ'j '•*'.
Taxila, tablette. — Fac-sim. Buhler, E.I., I\ . L. 1
et h, (li'fitnipasa {l..yilrfij)(iy, 1. G, cluilrupn^^K
('1 Dans les documents Stein, on trouve le phonème correspondant à se
sanskrit représenti' par un c non aspiré surmonté du trait liorizontal. (i'esl
unenot;tion ([ui, jusqu'à ce jour, leur appartient exclusivement, et je ne
m'en occupe pas ici.
("-' I^our les autres édits de Sliâhhazgarhi, réduit aux fac-similés de Cun-
ninjjham, je puis dire seulement (jue ces fac-similés, là où ils donnent e\ac-
tem;nt. un c aspiré, confirment la dislinctiou en question : le ch dans ir]t(ih
(éd. X , 1. a-1 ; éd. XIII, I. 8)-, le ch' dans ch'amitaviya-, ch'amanaye (éd. Xlil ,
1. 7); ach'ali {ibid., I. 8).
■'' Ce sont là les mots dans lesquels j'ai pu constater avec certitude sur les
fac-similés la forme spéciri([ue du c aspiré. Je n'ai guère di' doute sur celle (jue
la reproduction lui suppose, savoir ch', dans -ach'a- {al.-sa), éd. Xll, 1. 8.
Cependant le caractère apparaissant comme endommagé, je n'ai pas cru devoir
citer ce mol dans mon texte.
'"' De plus, 1. 1 , ch'ahara, et 1. 9, ch'euia, noms propres, dont le dernier
impose le souvenir du sanskrit hsema.
INSCRIPTIONS DE MIRAN. 425
Mathcua, chapiteau. — Fac-sim. Thomas, E.I., IX. —
A,l. 1, m(ihncli'(itrarasa;B,\. $ ,ch'atrave;G,L i, mahacliata-
vasa '^'; 1. 2 , cli'atavasa '-1
Manikyâla, pierre. — Fac-sim. Senart, J.i., 9" série,
VII. - L. h , ch'atrapftsa ^^K
Mamkyala, cyhndre. — D'après hi planche de Dowson
(^J.H.A.S., i863, pi. IV, fig. ^),ie titre ilinlnipa deux fois.
De même, ch'atrapo dans l'inscription du cachet f?/7?r/. ,
Tamla, vase. — Fac-sim. Lûders, E.l.^ VIII. — siliara-
''^ Je me suis expliqué plus liant (p. '121, n. h) sur la dornirro syllalic d<;
ce mot, que AI. Thomas transcrit : mahachliatavasya. Le caraclèi-c ([u'il lit ici
/rt avait été lu tra par Bhagvanlâl Indrïïjï et Biiliier (/./?. .1.6. , 189^). Je
donue pour ce caractère, dans ce mot et celui dont je le fais suivre, la lecture
de M. Thomas, sans l'intention toutefois, je dois le dire, d'affirmer par là que
je regarde comme induhilable dans ces deux cas la valeur la. Les épigraphes
du chapiteau de Matluirâ offrent, en eflet, en ce qui concerne le caractère en
question et ses additions, des particularités au sujet des(|uelles les fac-similés,
tels qu'ils se présentent, ne me permettent pas de me former un jugement suf-
fisamment assuré.
'^' Le titre se présente plus souvent dans ces épigraphes : je ne cite ici
naturellement que les cas où le fac-similé m'a permis une vérification de forme.
11 ianl ajouter le nom pro[)re lu Uiph'ila [= tâhmsila, lîiililer) ou larli'ila
(Thomas) dans H, 1. Ce dernier vocable pourrait correspondre à un sanskrit
raLxita.
■^' 11 semble bien cju'il faille lii'e, 1. 11, ndcli'aKoiin , où M. Liiders voirait
l'équivalent du sanskrit .srtcc/u(.s«/(r( (././{. .1 . .S'. , ignç), p. 6.")9). (iellc é(|uiva-
leiice ;i(liuise, lec aspiré sanskrit auquel correspondrait cli' proviendrait d'un
.s' en comhinaison, et le cas ne serait plus de ceux qui nous occupent.
*'' C'est avec doute que je transcris -iki. M. Liiders a transcrit -im . cl il >e
peut <|u'il ait raison. Il est clair que la lormi' du caiTiclère appelle celte der-
nière lecture. \l;iis le Iracé de f/i est sujet ii se déluruier et jus([ii'à se rappro-
cher tellement de celui de ;/ ([u'il ne me semble pas qu'une forme de h im-
pose nécessairement dans tous les cas la lecture de celle linguale. Il est vrai,
comme le l'euiarqne M. Liiders, roiuparaiil li-ès juslemcnt celte épigia|ibe à
elle (le la laltlettc tle Taxila, que celle dernière distingue très clairement /* et
426 MAI-JU1N^1911.
BiMARÀN. — D'après le fac-similé publié par Dowson
(^J.R.A.S., i863, pi. m, tig. 3), les inscriptions tracées
sur le vase provenant de cette localité contiennent deux l'ois
le mot swarach'it(isn^^\
Zeda. — Fac-sim. Sr'nart, ./..!., (S* série, \V. — L. i ,
ch'unanù (^ksana) ^^K
Ara. — Fac-sim. Banerji, I.À., XXXVII. — L. 3 , -cli'umnni.
De même, dans l'inscription d'Ohind, cli'imami , d'après le
fac-similé de Cunningham, À. H., V, pi. XVI, n" 2. Aussi pro-
bablement ch'unainmi, dans celle du vase de Hidda, si l'on en
peut juger par le dessin donné face à p. 2 G a de Ariana An-
liqua.
Sui"; ViHÂR. — Fac-sim. Hoernle, 7.4., X. — L. 2 , hliicl/itsi/d
(hlùkm) (3).
n et donne un « à sakamunuo , où /* répond à un ?t sanskrit. Et c'est ce ([iii
aurait lieu dans i'inscriplioii dn vase. — Mais, par contre, la tablette de
Taxila, sur sept nasales lisibles corrosj)ondant à n sanskrit, attribue le signe
très nettement tracé de n à six de ces nasales; le cas précité faisant seul excep-
tion. Il y aurait là plutôt un indice qu'à Taxila la nasale corn^spondant à n
sanskrit était n, non n. Et, pour ce qui est de Texception elle-même, je rap-
pellerai à quel point le tracé de " portant la voyelle e peut prendre, sans
doute par raison de grapliie, la forme de «. Que l'on compare dans la table de
Kidiier {hid. Pal.) ne III, i() et ne III, sfi. On peut bien se demander si le
Hî dans sakamunisa de Taxila (et, soi! dit en p;issant, aussi des padukàs, a\ec
ici, de plus, le i/i de padaiji) n'est pas simplement un ni dont la forme est
tracée à l'instar de cette forme du ne. Sous ces considérations j'ai donc préféré
la dentale : dans ([uelle mesure, je l'ai dit au début.
('^ Je mentionnerai aussi l'inscription dont le fac-similé est donné à In ithmciie
L\\, 8, de A.S.I., i9o3-i()o4, où ^\. ^ogel lit budharachidaxa. Le fac-similé
fait cette lecture possible, le c aspiré serait encore ch'.
'-' De plus, si mon interprétation est correcte [J.A., 10" série, III j, nii nom
propre, ch'alapa.
^') La lecture Liclinhini (1. 3) donnée par M. Iloornle a été modiliée par
Rnliler en l.iiluhini (r]'. Tml. l'ai., $ 13).
INSCRIPTIONS DE MIRAN. 427
Wardak. — L. 3, -dach'imie [(laksinà), d'après le fac-similé
tic \)o\\son[J.li.A.S., i8()3, pi. X).
11 semble aussi que la reproduction donnée par M. \ ogel
dans A.S.I., 1900-190/1, pi. LXX, à, de l'épigraphe inscrite
sur le piédestal de Chârsada invite h lire -dach'\[n(ie).
Il se peut que le ch' se retrouve encore à la troisième ligne
de l'inscription de Dewai, dont le fac-similé a été publié par
M. Senart [J.A., 9" série, IV, pî. V, \f 3/i). Mais la lecture
du caractère et celle du texte auquel il appartient est trop peu
sûre pour être utilisée ici ^'\ — De même, l'inscription de
Maira, d'après les fac-similés donnés par Cunningham (/I./it. ,
V, pi. XXVIII) semble contenir le ch' : malheureusement l'in-
suffisance de ces reproductions n'en permet pas ici l'emploi.
('^ M. Senart a proposé avec les plus {{randes réserves {a. c. , p. ôia-SiS) ia
lecture )iagachalra (i.e. : nagach' alra) , et, avec les mêmes réserves , rapproché
ce mot (lu »(nnaiiaflialra (i.e. -cli'a-, puiscjuc, comme je vais le dire, -nm- est
plus vraisemblable) lu par Hiililer dans l'épif[raplie E du chapiteau de Ma-
[\iuv {J.R. A. S., 189A, p. .536). Mais il semble que ce satuaiiarlialra n'existe
pas: Bhagvïïnlâl avait lu sfiinandiiiolva , reconnu d'ailleurs possible par lUiliIer
(ihid., n. 5), et ^1. Thomas, affirmant la non-e\islence du <: asj)iré (le fac-
similé ne donne pas cette partie de ré|)igraphe), lit sa{!iam?)manftiiinln et .su, «^jf ère
même -mata.
Avec toutes les incertitudes qu'impose la graphie de cetti> troisième ligne,
voici conmicHt j'en comprendrais actuellemenl la lectur(\ D'abord nojiocli'axa.
en admettant (|ue le troisième caractère représente un r aspiré, cl rejjardanl
dès lors comme adventice la fine courbe inférieure de droite, symétri(|uc à
celle ai' gauche, qui donne au caractère l'aspect d'un huit, et jiomrail le faire
lire « : cf., par exemple, Vu de uilaga dans N. X\, 122, .!/«•. hlml..
pL XCVII. (hi aurait dans nnjracli'ana le nom du donateur au gé'nilif. Puis,
avec la Noyelle linale incertaine, (iojaiimlihn : un compose'; qui se place entre
iU'ijudlud iint cl dânainukha. Des deu\ alvsaras suivants je lirais le dernier : la;
dans le jnemicr on pourrait |)eul-rlre à la rigueur reconnaître im ce très déli-
guri'. Ainsi cela : ce sei'uil l'objet ollerl, dé-montré pai' mxi (|ui >uil et semble
lernn'ner la ligne. Le mot serait à comparer au prâkrit caïUa . cpii a le sens do
(7n/i/(f , (|u'ii y corresponde eflectivcmenl (cf. Hemac. , a, i3)ou (piil soit,
comme le voidail Pischel (Gnnii. diu- l'n'il:. Sjir., S 281) l'equiNalent de cailia .
dans le sens de (■ailiiti. A nairnrh n coi'i'es|)ondrail en sanskrit in'ij'riLsd.
A'28 MAI-JUIN 1911.
Monnaies. — Leurs légendes fournissent les vocables sui-
vants : cli'nliripn, muhnch'ntrapa (passim) ; pracach'n (^pratynh.sn),
(cf. en particulier Gardner, Catalogue, pi, X, lo; pi. XI, 3);
ch'aharala (^Lmharâta^ [cf. Rapson/Cq/. of Indian Coins, pi. IX,
237 ; 2 4 3 et suiv.].
Ms. DuTREUiL de Rhins. — Fac-sim. Senart, ./. I.. 9" série,
XIP'^ — A\ 9, adinkncliati {gaccli^y, 3, ch'aya; 6, -cli'nije ; -y,
-cli'mji (^kmyay — A'^, 5, bhich'ari (Mî/.'.vm); anurach'adlia{rak.sy,
8, -cli'oiinsa (^hema); Fra^m.. clin. (^chandaY^K — A^ , 3, ca-
cli'uDKi iycahmmanl) ; 1 4 , rach'ati(^rnks'j ; 1 ^^ , avech'iti (iks). — B.
20, nndlnhachali (gaccli"); 26, -ch'aije [kmya); 26, bhicliati
(^hliiLsy, 00, 3i, adhikacin (gacch°y, 35, chelva (cJiidy, o'j,
clima (^cliid^ ; 5 3 , hhicli'nve{J)hihm)\ 5 /i , ch'irn- (kslray^K — C r",
2 () , /r//m [{ccJi°y, Il 1 , -c//^[yfl] (^hmija). — C v", (^.rach'a (^vrhso)''^^ ',
l 'j , 18, -cli'emu (^l<semay, 32, -pamorli'u (-mokmy, clnlmna ;
33, cli.lrana (^rlndj; hi , îfA<^f (iccli").
On le voit, la distinction énoncée à propos des docunienis
Stein se maintient ailleurs avec une persévérance où il me
semble dilficile de ne pas reconnaître l'expression d'une loi. ¥A
c'est justement cet emploi constant de la forme ch' pour repré-
senter un r aspiré équivalent à l.s sanskrit Cjui fait que l'on
pouvait dire avec Biibler, jusqu'à la découverte du ms. l)u-
treuil (le Rbins, que tous les types du c aspiré postérieurs à
l'époque d'Asoka ne laissent voir que cette forme (^Ind. Pnl. ,
$ 12). En fait, l'autre forme ne se présentait pas parce qu'aucun
C' (iettc lisli' (li's mots en c aspir('' vérifiublt's sur It'S fac-siinih's reproduit
ios locluros de Al. Senart, sauf deux légères diverjjences portant sur les voyelles:
i pour /' ( Liulers) dans !î, .')/! : a que je crois devoir lire plutôt qui- u dans
^: V", 3-i.
^-' D'après ridentification de M. LinKits, BciiierLungen :it ilcin hharosllii
Manuxcripl des Dliawmapada , G.N., i8Q(),p. /176.
W Cf. LiDKr.s, o.c.,].. /i83.
C'' Sknap.t, j). 28.'5: LiJDicns, a. c. , p. 'kjo.
INSCRIPTIONS DE MIRAN. fr29
(les mois contenus dans les inscriptions à nous connues ne de-
vait l'y amener Souvent, par contre, le c aspiré y correspondait
à un /.v} sanskrit : cliatrapa, ch'unnmi, dach'inae, etc. Maintenant,
si deu\ formes différentes furent constamment employées pour
fijj^Lirer, l'une, le c aspiré qui correspond au ck originel sans-
krit, l'autre, celui qui correspond au Ly. nous ne pouvons
guère nous soustraire à la conclusion que les deux c aspirés ne
se prononçaient pas d'une façon identique '•'. Et ainsi, à moins
(" A consulter les fac-similés du ms. Dutreuil de Rhins, il semble que ce
ms. fass:.' aussi une distinction entre le t aspiré correspondant à sf, slli sanskrit
et celui qui correspond à s//i (auquel il faudrait joindre st . mais les exemples
font dé(aiil). On sait que le ( aspiré est représenté en kliaro>ihï par deux formes.
Désifjnons l'une, 7 5 par 0' , l'autre, '-J , par //('. On a dans le ms. Dutreuil de
Riiins :
A-, a, -ilillti ; .\'\ li, alhagio, selhu (s fois); G, ulithn (écrit très probable-
ment pour -thc, Senart); \(x,écfhi; A\ 2 , -dithi-; B, 12, l 'i , prarilliam;
(ir^ 33, rniha; C\°, i 9. , dilho , dilJin ; où ih représente «f, respectivement «f/i , de
ilixti . (i!i{a, srestha, ulllsthet, srestliiii , j)r,n-isla . rdstra, drsia. De plus, fragm. 2
à jjaiiclie de A', cilhalu [tisllia-, cf. Liiders, «. c, p. '176).
Mais : A', 7, ulh'niwiia; 8, uth'aaaiiialo; 9, ulh'niie [ni; pour na, faute de
scribe, remarque M. Senart; de même, dans l'exemple, pris au même vers,
qui suit, [h'e, car l'c me semble certain, pour lli'a); anuth'ehalu; 16, piava-
Inlh'o, /iliuitnilh'a; C r", 2A, dhamath'o; dont les équivalents sanskrits sont en
{x]ili , ailt. Il faut y joindre 0 v", 5, th'i- (sthii-a, Lidf.hs, o. c. , p. i88).
De même, dans les inscriptions postérieures à celles d'A.-'oka, nous trouvons
un certain nombre de mots contenant un / aqjiré correspondant à un x( ou xlh
sanskrit; là, autant que j'ai pu le cunslalor, la jjrapliie est encore fh : Sué
Vibâr, ii'iljil (iinsli , Hoernie); Haslitna|;.ir, pivlhavddasa (praiislliapada);
Taxila, tablette, «f/ia («sfa); Matluirâ, y>/-rt/i//ifli'(<o, et autres. — Mais c'est
un iji' qui correspond au x^ sanskrit dans th'uvam (Manikyïïla), ih'npa (d'après
mou inlei'pr(''talion, Zcda ).
Il faut roniarquiT, par contre, que dans les inscri[)lions dAsoka, lesquelles,
à le conclure des renseignements donnés |)ar Biililer, ignorent le f/i . on trouve,
éd. n, à Sliàbbûzjjarbi, 1. 10, an'iji'iiin (IJfiii.tr., /..D.M.G., \LI11, p. i3o),
et aus-i :"i Mansebra, 1. 17 , sref/i'c, connue seudile l'indiquer le fac-similé
publié par M. Senart. Kt, pour expliquer cet emploi du ih' dans les cdils
d'Asoka , j'Iiésiterais à supjioser la formation plus taidive du caractère ih :
riiMi ne pron\e, ce me send)le, que ce caractère n'existait pas dès lors, et que
la kliaro-lliT ne possiklail pas les deux formes du ( aspiré, comme elle possé-
dait les deux formes du c aspiré.
XVII. qS
430 MAI-JUIN'19n.
de supposer (jue cette double prononciation fût propre aux dia-
lectes écrits en kharosthi, celle-ci, dans sa fonction d'exprimer
le langage, se sera trouvée sur un point du moins un instru-
ment plus délicat que la brâhmï.
En outre, dans les documents Stein, il est des points qui demeurent
encore obscurs relativement à l'équivalence du t aspiré aux {çroupes sanskrits.
Je ne puis donc, en ce qui concerne l'emploi de ses deux formes, apporter pré-
sentement quelque conclusion générale, mais il m'a semblé que les faits ci-
dessus exposés méritaient néanmoins d'attirer l'attention.
ETUDE
DES DOCUMENTS TOKHARIENS
DE LA MISSION PELLIOT,
PAR
M. SYLVAIN LÉVI.
I. LES BILINGUES.
Les fouilles de l'Asie centr;ile ont, on le sait, ressuscité plu-
sieurs langues disparues depuis longtemps de la surface du
monde. Une d'entre elles, étiquetée d'abord comme la langu<f I,
a reçu de M. F. W. K. MiUler un nom de baptême que l'usage
a consacré; c'est le «tokharien». L'expédition allemande de
Toiirfan avait recueilli des fragments de trois manuscrits ré-
digés en langue I et qui portaient le titre de Mnilrei/a saniiti
iiâlham. Parmi d'autres morceaux de la même provenance,
M. MûUer a su reconnaître le colopbon d'une version turque
du même texte r compilé i^yaratinis) de la langue indienne
i^àmtkàk) en langue tokharienne [to^r'i) par le Vai])liâsika
Aryacandra, et traduit (^a<iUinnïs^ de la langue tokliarienne en
langue turipie (/«r/.) par Prajnâraksila ?5. M. Millier eu a inféré,
avec beaucoup de vraisemblance, (pie rinlerin(''(liaii"(' tokba-
rien était représenté par les manuscrits en langue L'^ fje nom
des Tokhares est connu de l'aiitiipiité classique (7W/^///j, des
auteurs sanscrits (Tulilulra) et des finnois (Tuii-lm-loY Au
vil" siècle ils occupaient l'ancienne Bactriane. M. Mùller avait
cru pouvoir établir une relation entre la langiif tokbariemie et
les traducteurs venus en Cbine du [)ajs des Yue-lclii; mais il
'■' F. \V. K. MiLLKii, liviho'i- zm- irciiain'irn liisliiiiiiiitiiir dev uiiOcl.aniiU'ii
Spiachcii MtUelasiuim. (Silniiii'sOuiiclitv ilcr k. pr. AI., il. IliAfi. , 11)07, P- 9*^>^"
•j8.
A32 MAI-JUIN 191 1.
s'était garde de rien préciser. MM; Sieg et Siegling, (|ui ont
les premiers reconnu et défini les caractères linguistiques du
tokharien , ont été plus hardis; ils ont inscrit, en tête de leur
mémoire i^SiUungsher. Ahad. d. Wiss. Berlin, i-goS, XXXIX,
p. 91 5) : Tochansch , die Sprache der IndoshijOten «Le tokha-
rien, langue des Indo-Scythes». C'est aller un peu vite, trop
vite peut-être. La question des ïndo Scythes est assez confuse
déjà [)Our qu'on évite d'y grefler encore une hypothèse inuùle.
D'autre part, on ne peut manquer d'observer qu'aucun des
textes reconnus juscju'ici en tokharien ne correspond aux tra-
ductions chinoises (hies à des moines du pays des Yue-tchi.
Le fait assuré, suhdement établi par MM. Sieg et Siegling,
c'est (pie le tokharien est une langue indo-européenne. Elle se
présente en deux dialectes, fortement différenciés, et dési-
gnés provisoirement par les lettres A et B. La plupart des
textes recueillis par l'expédition allemande dans la région de
ïourfan sont écrits dans le dialecte A. Au contraire, toutes les
pièces de la mission Pelliot, qu'elles proviennent de Douldour-
A(jour ou de Touen-houang, sont écrites dans le dialecte B.
(l'est aussi dans le dialecte B qu'est rédigé le traité de médecine,
acquis en partie par M. Weber, en parlie par M. Macarlncy,
et magistralement édité par M. Hoernlc dès iqoi dans le
Journal of tlie Asialic Societij of Bengal^^K Les manuscrits de
Toiu-fan portent fréquemment des gloses en sanscrit; c'e.^t elles
qui ont permis à MM. Sieg et Siegling d'aborder l'étude de la
langue; mais on n'y a pas jusqu'ici signalé de bilingue. L'ex-
pédition russe de M. Berezovski a rapporté de Koutcha un
fragment de feuillet du Dharmapada, où le texte sanscrit est
suivi, pâda par pâda, d'une traduction tokharienne en dialecte
B. Ce feuillet a été publié par M. N. D. Mironov dans les Izvestta
<'^ Co travail seia ullérioiirement indiqué ])ar la lettre H; je ne préciserai
les réiérences (|uc pour les mots qui ne paraissent pas sous leur i'oime intégrale
dans l'utile Index que M. Hocrule a joint à son édition.
DOCUMENTS TOKHAIUENS DE LA MISSION PELLIOT. hU
de l'Académie de SaiiU-Pélersbourg (1909, p. ô/iy). M. Pel-
liot, plus heureu.v encore, a trouvé à Douldour-Aqour un
autre feuillet bilingue du Dharniapada, et à Toiien-houang
trois feuillets d'un traité médical en sanscrit et en tokharinn.
Ces documents permettent d'aborder l'étude grammaticale de
la langue, en même temps qu'ils étendent notre connaissance
du lexi(jue. Pour permettre d'apprécier le progrès accompli,
je reprendrai tout d'abord le feuillet Berezovski au point où
M. Mironov avait pu le conduire.
J'étudierai ensuite le feuillet Pelliot (l'WISrt). Dans un
autre article, qui paraîtra prochainement, je donnerai les
bilingues médicaux (35 10. 46, 4 7, 48). A la suite de ce
travail, nous comptons, M. Meillet et moi, réunir dans une
esquisse d'ensemble les données grammaticales dégagées de
ces textes'^'.
C' I*our les si<jiies nouveaux propres à l'alptiahet tokharien, j'ai adoph'' li's
caractères de transcription proposés par SS. Nous nous réserxons, M. .Mcillcl
et moi, do discuter dans un arliclc prochain la valeur exacte do ces sifjncs.
l/aipiiabet lokharien, comme les écritures de l'Inde (|u'il imite, n'isole
(|u'exceplionneilement les mots. Le déchiffrement se heurte ainsi dès l'abord
à une {jrave difliculté. On me pardonnera, j'espère, si des rectifications nllé-
rieures viennent à modifier parfois l'analyse des mots telle que j'ai pu la faire.
J'ai recouru au signe souscrit . . pour réunir les groupes de leUres (pie le
tokharien forme soit par supi'r|'osition , (/•^c, écrit \ ) . ^"it pai' liaison
(tvadh éciit mr ,, , ! ■'' /
^ ^^=^ ^(Ik ).
11 importe de signaler dès maintenant (jue ranusvâra (m) noie régulière-
ment, dans Talpliahet tokharien, la nasale dentale à la fin des mots sanscrits.
Au reste, dans les combinaisons de lettres, l'anusvïïra réparait sons la l'orme
d'un II : hein ffla leri'on; heiiiw «sur la terren.
La confusion absolue de 1'/* et du t dans les groupes laisse la lecture de ces
groupes toujours douteuse-, seuls des s|)éciiiiens calligraphiés pennetlnuit éven-
tuellement d'opter avec confiance entre les deux possibilités.
Je me servirai dans le cours de ce travail des signes sui\anls :
Bm. — l"'i'uillot Her<'Z0vski provenant di' Koutcha. Dliarinapada.
FM 8 a. — i^'euillet Pelliot provenant de Dnuldour-Atpjiir. Dharniapada.
11. — Ms, VVeber-Macarlney. Texte médical. Kd. Ilorrnie. ./. I. S. //. , 1901.
/S34 MAMUIN 1911.
I
Feuillet Berezovski (Bm.).
a
1 . naksentr âm assencai • nandanii bahubhâninam • naks-
2. sl.i lokpsr aninditnh ma nesani caisse ne anâkatte • lio 5-
3. praçanisitah soino kalymi wadhpapâiau • nâhhnd bluw'mjali-
h. (n())nak. kalpâslr ho 6 yan lu vijùâ pruçamsanti ■ kuce no-
5. sa sa saiiidkhijàtà ' pâlalyne su weweûu " ua tv ajnair y-
0. (sso)adhaya . .e nipa Yiiios^ lirâjmm çîlesu samvrt{am') kha-
1. (sdhâ) kns ta(m) ninditum urhali ' kuse eau nâktsi arcantr ko 8 ç-
2. ma wa(s)kanti; ' emun mndâpraçamsâbhih mattrâkka nâkalyne-
3. sya inûJtun ksitau nâsii ' kete Avitsako ken ne ma nesain ' pnma-
h. eau khaçamoiu sanmau mem tsalposo ' ko nu ninditum arhati'-
5. niânam parikhan ca yo nivrltah serke tsrerme spa kuse kakiau-
6. devako pi lokah ma khacdhr çleùukciye rano caisse 5o i ya-
La découverte de la recension sanscrite du Dharmapada et
la publication par Pischel du passage qui correspond à ce
fragment ont déjà permis à M. iMironov de combler les lacunes
du texte sanscrit dans l'original. La portion conservée, am-
putée à ses deux extrémités, ne représente guère que les deux
cinquièmes du feuillet total, qui devait mesurer environ ho cen-
timètres sur (j 1 millimètres de bauteur.
m. — Feiiillels en tokharien communiqués ))ar M. lioernie.
SS. — Sieg et Sicgling, Tocharisch , Die Sprache dev Indoskythen.
35io. 46, 47, /i8. Feuillets Pelliot provenant de Touen-liouang. Bilingues
médicaux.
Les autres cotes se rapportent toutes à des documents de la mission Pelliot,
cités d'après leur numéro d'inventaire.
Les mots suivis d'un astérisque sont ceux dont il est parlé dans les Be-
mar(|ues linguistiques de M. Moillel {infra, p. Ii'\() et suiv,).
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 435
a
1 . nnhsmh* (== nindnnli). Troisième personne du pluriel du
présent de l'indicatif, sJnnk. (]{. infra nôktai, anôkatle,
nâkahjne. Tje thème présente ici une extension en a de la
racine.
âm (= tusnïmy
nssencai* i^-= âsinam) . Participe présent en "sencai^d. 35 lo.
66 « 9 : nf'iksencti ("glmnniy, h i : kausencn (^="ghnam)\
FM 8 rt 4 : Ikâssei'tcatVi l^ = "darcinahy "sencai se termine
par une désinence d'accusatif.
2. ma ( = ««). Négation.
imam* {^ = astiy Le thème nesa se retrouve dans 35 lo.
/l'y a -A : nesalne {jiesa-\-lne affixe de mot abstrait) y sert
à rendre le sanscrit bhnvn; et aussi réuni avec la néga-
tion 7nâ, ibid. b 3 , où mànemJne traduit le sanscrit
ahhâva. Dans ces formations secondaires, s se substitue
à s de nesnm. Pour la désinence de la troisième per-
sonne du singulier en am, cf. H. naksam «détruire 55;
yamassam de sjynm refaire 51.
ça'me ne (= /o/.y.sii). caisse = loka était déjà fourni par les
gloses de SS. (p. 917); SS. donnent la forme cor-
respondante du dialecte A : çosi.
ne est rallixc du locatif.
nnâkalio {^^ nn'mdiUilj). a privatif -|- /««A-a/^^. verbal de
yJnnk. Le verbal en °lte n'est pas une forme 1res usuelle;
nu moins j'ai rarement réussi à en reconnaître dans les
textes (pie j'ai copiés, .le signale ici, pour v revenir
ailleurs, rallernance du /■ et du /. dans nalùsentr, nâkisi
et anûhiUc.
3. snnif) hnlymi* {^ = rknni(im^. Le mot est pr()bal)leuieut à
anaKseï" en anmo-j- kalynti. kodio = cloi serait iimiarcnti'
à3G MAI-JUIN 191 1.
à spinse (SS. 926, n. 2), ordinal de se ç<;un». J'ai re-
trouvé encore ailleurs h(dymi==auta (?); le fragment de
SïEiN, Anciprit Khotaii , pi. (^IX, 1. 5 donne le dérivé
kalymu'me.
wadh (= vfi). Le mot est souvent réj)élé après les divers
ternies de l'option; p.?r exemple 35 10. C)b a a : ivaisn
wacllt malkivrrsa ivatlli rou avec de l'eau ou avec du
lait?5.
papâlnu {=pr(iramsiUih). Participe passé, tiré du thème
du parfait à redoubloment papal, K/paL La racine
donne directement le mot pâlnlj/ni' {^pmcaujsô) à la
ciiKjuième lij^ne.
/i, /V//,-. {--=otarhi). Le mol est à rétablir sous la forme htihe* .
Il se retrouve naturellement dans la plupart de nos
textes; par exemple 35 1 0 , 66 A /i : nnke hliïUaUtinr ivoûau
« maintenant je vais énoncer le bhutalantra 75.
kalp/lalr* (^ = vidyatp). Troisième personne du sinjjulier du
passif v/Aï///; «obtenir 55 (SS. 901). La même racine
reparaît souvent, comme on peut s'y attendre : M. 777.
3 />3 : çivdtsi kalpâ^ ril obtiendra ... à manger 15; /196.
39 n k : pudmilii' mpa hdlpf'maiji ^\\ obtient. . . avec
Bliagavatw.
Iqicc {=yam). Accusatif du pronom relatif, au masculin
singulier. Le nominatif ?e retrouve deux fois sur le
verso du feuillet : knje = y((h (et aussi comme interro-
galif = /,Y///, /) 1). et aussi le génitif hele = ynsy(i , h 3.
no = iu, particule d'opposition.
5. pâlalyfir i==prar<imsâ). Substantif abstrait tiré de s^j pu!
ç? vanter 55 (supra 3) au moyen du suflixe "///r/r, généra-
lement réduit à "Ihc (^"lunc en dialecte A).
.sH*=.sy7(Mironov lit à tort su). Nominatif non masculin d'un
DOCUMENTS TOkHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. /i37
pronom ilémonstrulil" t[ui alterne avec des formes en f :
35 10. !\-jaC) : toi/(i = Plâiii , nominatif pluriel neutre;
ibid. : lutlse = int'\ génitif singulier neutre; FM 1 1 r" 3 :
lu hohJijauHormem trayant entendu cela?', où tu est l'ac-
cusatif singulier neutre; lumoiii {^tnsinât) Kcnsuiten.
wnvenu (^=samâkijhâta). Participe du parfait de K/irefi
«dire» (SS. 926), au nominatif singulier (le masculin
est en -au).
0. (sso)n(llini/a . . . c {= modhâvinam vrttwy
mpn. Postposition (pii exprime l'union, la combinaison, et
(pii rend l'instrumental sanscrit dans sa valeur de so-
ciatif. Voir des exemples supra s. v. halpâslr {^k) et
infra 35 10. k'^ h l\ : mawnunc mptt ritlos t^afTecté de
dyspepsie» {=(ummvUamy, k() h \ : calâwuri mpii . . .
IxiLsalle «à cuire avec de l'asperge» {^=rnlârit)-thhih . . .
siddhum).
rittos(=yul,ianij. Accusatif masculin singulier du participe
passé du verbe yrill; cf. supra s. v. injxt. Le participe»
futur du passif rittusle (^= ijojijam) se rencontre 35 10.
kdn^. [C'est sans doute le même verbe qui reparaît,
en dialecte A, dans le colopbon du Mdilrcija-saniiti-
nôlLrini (SS. ()a<^ et ikj : nnjumndrcs rui-ilwunfJJi;
le mot rurilivundji serait le participe à redoublement
(|ui correspondrait à ijuhta , fuiinijuLlu: il cai'actériserait
donc bien un travail de compilation, d'arrangement,
comme fait (au témoignage de UadloiV, Izroslui , icjOcS,
p. 13-71) son é(juivalent i/anituiU dans le colopbon
turc]
b
1. Icuse (=l>as). iNominalif masculin singulier du pronom
interrogatif. (il. I.uic. supra u h.
438 MAI-JUIN 1911.
eau* (^=tam). Accusatif masculin singulier d'un thème de
démonstratif ce.
nnktsi[=nmditum). Infinitif de \Jnah, voir supra a i. L'in-
finitif se forme en +lsi, exemple : yâmtsi t faire 57
H. ho h h.
nrcantr (^ = arhati). Troisième personne du singulier du
présent de \/arc. Le mot arhat est transcrit arhanto,
bien que le tokliarien ne possède pas l'aspirée //.
2. mn (^==nny Négation,
wn(sjk((ntr* (^=praLrimpy(ite). Troisième personne du sin-
gulier du présent de \/iva(^s)k oii le groupe sk constitue
sans doute une caractéristique verbale.
mnttrâkhn i^=eimmy Adverbe et conjonction; ce mot sert
aussi à rendre taihâ 35 i 0. /l'y è 6.
nâknlyne [=innda). Nom abstrait, tiré de ynak «blâ-
mer 7) (voir supra n 1), au moyen du sulïixe "lyne; cf.
supra ah.
3. kete (^ = yasyay Génitif du pronom kuse, voir supra a k.
îvitsako* (^=midâni). Nominatif singulier. L'accusatif sin-
gulier ivUsakai se trouve infra FM 8 è 3 , et le dérivé
ivitsakani dans l'expression witsakaaibaj = niûllb/ilâ,
35 10. à& b h.
km ne (ksitauy ne est l'afïixe du locatif. Le substantif sans
affixe s'écrit keni (=/t'm) : Hl. iA(j. 5 a 5 : kem teksa «il
touchait la terre 5?.
ma nesam {==nâstiy Voir supra a a.
[\. eau* (^=tamy Voir supra b 1.
'■^^ khacamoiii* (^= dinramy Accusatif masculin singulier d'un
mot dont le nominatif pluriel khaçaumyi se rencontre
"' La valeur réelle de la Itittre que je triinscris. après Mironov. par /./< me
parait très incertaine; il se peut (|iril s'a[jisso d'un son tout dillérenl.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 439
3 b 1 0 . lin a 3 : iveskem kliaçaumyi == vadanti tajjnâh et
ibid. 5 wenâre khaçaumyi , même sens. Le mot est dérivé de
sjkhfç « connaître 55 , dont ia troisième personne singu-
lier présent est khaçdhr = vijânâti ^i\ sait5>.
sanmau mom (^= hmidhmiàt). Le mot sanmnu «lien 55 est
suivi de l'atïixe mm qui exprime le rapport d'ablatif.
tsalposo (=-mukam). Accusatif masculin singulier du par-
ticipe en os de \/tsalp «sauver». Cf. ^96. 3c) h 3 :
samsarmem tsalpamtr «sauvent du sarnsâra» et, pour la
forme, yâmosa infra FM 'è a ^.
5. serke (^^ sarntânam) «descendance».
tsrerme (^= pankhnm'j «fossés'.
spa* (=crt). Enclitique, qui peut se réduire à sp. par
exemple 35 10. k^.a'ù.
kuse (^=yahy Voir supra b 1 .
kakiau [= nin-ttah) Participe formé par redoublement (cf.
papâlau supra a 3) de \/kl?
6. mû (=«rt). Supra a 2.
khnaihr [=vijânâli). Troisième personne du singulier du
présent de ykliaç. Voir siipra Içhaçamom b k.
de (^=sa') exprime l'union.
mkriyc (^"(kv/iknli). Adjectif tiré du substantif /7///iy/A « dieu 55.
La dentale finale s'est palatalisée au contact du sullixe
à palatale initiale "yr, "l'yc.
rano* {^=api) «même 55.
çamr i^=^lok(ij. Voir supra n 'i.
II
Pelliot km H«.
Le feuillet bilingue rapporté par M. Pelliot provient, comme
le leiiillel Rere/ovski, (le l'oasis (le Kdillclia. Il a él('' trouvé à
440 . MAl-JL l,i\ 1<)1 1.
Douidour-Aqour, où tant d'autres fléhris importants ont él''
recueillis; ses dimensions sont : o m. 35 de largeur et environ
0 m. o8 de hauteur; le format est donc inférieur à celui du
fragment Berezovski (hauteur om, ot|ij. Au verso, sur le
bord de la marge, on lit très nettement le symbole de la pre-
mière dizaine; au-dessous on reconnaît la trace d'un aulrc
cbiflVe caractérisé par une longue tige verticale, et, au pied
de la hampe, une courbe revenant sur la droite : très proba-
blement le chiffre 7. Le feuillet contient environ deux vers
et demi; comme il débute avec la (in du vers hi du premier
chapitre du Dharmapada, il est certain que le manuscrit ne
conlenait pas d'autre texte avant ce recueil.
Le feuillet est malheureusement un peu mutilé; un tiers en
a été arraché sur la hauteur de deux lignes. Par une rencontre
non moins regrettable, les vers conservés ici ne se retrouvent
pas dans le Dhammapada pâli. Du moins nous en avons la
version dans l'Udânavarga libétain el dans deux des Dharma-
pada chinois. J'ai de plus retrouvé dans d'aulres recueils des
rédactions parallèles, que j'indiquerai plus bas.
a
1 m • jnrâ tiirtijur en m(tr[<J(i-) •
ktsailsanne srûkalyne spa melyem 60. 1
a samâhitâ ' lusâksa sek ompals-
kofifie ne wïna yâmosa
3. kakraupasam ' âtâpino jnùjarântadarçiiKih ' etsar kallecri cmclle
Ivlsaitsanne Itse â
h. ke Ikâsseûcana ' nulrant .sasnlnyovi nhhibJditja hklLsarnli ' niaram
çlerelke onisap tatâkarmeiii samâiii
b
1. bhavelu jâtimaranasijd julrafrfih lâkoycer cmelie srùkalle tlse toi
ne ynûcana ho. >2. || aniUj<t
it. cargah ma sekaiïûesse kraupe || || l.fniid jâiiûini te niiihnn ' yçelnie
klial>eraar tanïi wilsa
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DOCUMENTS TOKHARIKNS DK LA MISSION PELLIOT. '-Al
o. kai ' (s.) - / se' palskalyne mem yrelma
Hliatmasdhar ' un Ivilm mmkalpaijhydmi'
l\ tnmem ni ma lâkaflh ' i
kâmohhyo jâyale çokak ' ycelmen meiii fjha
V aniiya-varga r le chapitre de l'Impermaiience 55 , qui s'acliève
au recto du feuillet, est le premier chapitre du Dharmapada
sanscrit. Il ne subsisie que le d(>rnier quart du vers /ii , qui cor-
respond au vers ko de la recension tibétaine, oii Rockhill
le traduit ainsi :
Sucliand such actions are a source of felicity, which I, liaving: [)er-
loi-med tliem, will acquire. He who prépares himself in lliis nianner will
overcome âge, disease, and death.
Le Fa-kiu-p'i-yu-king rend tout autrement ce vers (éd.
Tôkyô,XXlV, G, p. (]5'') :
Voilà mon affaire ; voilà ce que je ferai ; il me faut agir pour arriver à
ct'la. li'lionime qui s'excite et se presse ainsi foule aux pieds les douleurs
de la vieillesse et de la mort.
La traduction revisée ([ue donne le Fa-tsi-yao-song-king
donne une tout autre version :
Ainsi les créatures s'agitent, convoitent, s'enoi'gueillissont, se ré-
jouissent. I/inipermanence, la vieillesse, la maladie 1rs envahissent ; sans
qu'elles s'en aperçoivent, elles enfantent des passions.
I. klHdilHnmle (=^j(irâ^ r^ vieillesse w. Le thème est Lisai;
"Isaiific est un sullixc (pii sert à former des abstraits;
cf. infra 35 10. /jy ^/ ■? : i/oloivcrclsdiiiiiiic ^= (hiurudiulln/ti
w puanteur 55; h : l<niin((r(sainHÙe=gurulrti «loin'dcur'*.
sriiLnlyi'ic^ (^= inrlijiili ) f< mort 55. Mot formé au moyen du
sullixc d'abstrait "liji'ir; cf. suj.ra Mm. ti 5 : pâlnhiûe. Le
mot est écrit srâlcalne 35 1 0.^1 '1 n 1 , et si-tilùiliie A linb :
Llsdilsdiiiic tel>i snihnh'ir et vir'illesse, maladie, nuirt^n
spa (=frf). Coptdalive enclitKjue.
hà2 MAI-JUIN 1911.
meJyem* {mard-). L'original sanscrit est incertain. Le tibé- |
tain et ie Fa-kiu-p'i-yu suggèrent mm-dilah « foulé aux i
pieds 55: mais ie Fa-tsi-yao-song indique mardnti
«foule aux pieds 55. De fait la finale semble exclure le
verbal; °em est une des désinences de la troisième per-
sonne du pluriel. Cf. infra 35 10. li'j h : yanetn
= samj)rityâ\ii\u. La racine serait K/mehf «foider aux
pieds iT.
Le vers ht}, est mutilé; le premier pâda manque. Il corres-
pond au vers ki de l'Udânavarga que Rockhill rend ainsi :
Give yourselves up ihen to ihe unceasingjoyof nietlilalion(sainâ(:lhi):
see the end of birlli and âge in the birlh of diligence; oveicome llie
hosts of Mara and the Bhixus shall pass beyond birth and death.
Le Fa-kiu-p'i-yu-king porte :
Sachant cela , il peut se calmer, et ainsi il voit les naissances s'épui-
ser. Le Bhiksu subjugue farmée de Mâra, sort des transmigrations el
atteint l'autre rive.
Et le Fa-tsi-yao-song offre une tout autre version des deux
premiers pâdas :
Quand on a les cheveux rasés, quand ou est devenu bhiksu, il faut
pratiquer l'arrêt (çamatha) et la contemplation (vipaçyanâ); Mâra ne
peut plus vous surprendre; on franrhil les naissances et l'on arrive à
l'autre bord.
Le pâli possède la stance correspondante, mais il ne l'a pas
recueillie dans le Dliammapada; elle paraît dans l'Itivuttaka,
lasinâ sudd jluliiaraln miimliitâ
âtâpino jdlildinijantarldssino
màravi saficnam nhliihhuyi/n hliiLkltaro
bhavctlia jdlimarunassa 'pârai'û.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 443
L'Itivrttaka sanscrit contenait aussi cette slance; on la
retrouve dans la traduction chinoise de ce recueil par Hiuun-
tsang, le Pen-che, éd. Tôk., XIII, 6, p. Syi, col. 18, où elle
est insérée dans une suite do vers.
2. tusâlîSd (= tasmât) ^ donc v. Le mot s'analyse en tu-{-sa-{-ha.
tu est un des thèmes du pronom démonstratif, cf. supra
Bm. fi 5 ; Vi est l'affixe de l'instrumental; cf. infra
35 10. lii h 6 : nvfnitsatmii yoksntma sa = annapânaih
ç^avec des ahments et des boissons 5\ L'élément /.'s^' est
une particule qui se joint auv pronoms pour leur donner
une valeur indéfinie; cf. infra 35io. ^17 6 i : misa =
kdçcit «quelque 7^.
.SY'A* (^=.sodn) (t constamment». Le mot reparaît dans le
colophon du chapitre infra b 2 : ma seLnilnpsse= anityn ,
où l'euphonie intérieure a substitué le /*• au k implosif
final de sek.
ouiprilskoi'nw* {=(lhj(lna\ Le mot est dérivé de palslo
(écrit -Auss,! pdhko) =^ manas rr esprit». SS. indiquent
d'après une glose des manuscrits de Berlin le sens de
vijnâna ; mais c'est là un sens spécialisé. La triade hli/n-
vâl'-manas est rendue par hektscn reki palsLo, par
exemple D. Aq. i^b h : oni est un prélixe qui reparaît
dans oiii-sap = abhi tt supérieuremiMit » infra a h , l't aussi
dans oinposdhnni ^^paçcôl « ensuite ^i. Le suHixe "mlr sert
comme "lue °lym à former des abstraits.
no. Sudixe du locatif.
mrui yàmom* i^=r(itnhy Le traducteur a paraphrasé le
verbal y7//«// «se plaisant à» par l'expression : -faisant
[leur] plaisir à», w'iwi , substantif == «plaisir», iplmosit
est le nominatif pluriel masculin du parlicipr de V ,'/"'"
«faire»; thème yâinn «faisant» ou «fait». Le mot sui-
vant présente la même désinence : Lakniupiistiiu. L'accu-
'4l\lx MAI-JUIN 1911.
salif singulier a déjà p iru lîm. (t 6 : rillo.^ , et, peul-ètrc
avec une finale einpliatujue, ihid. h. h : tsalposo. Le nomi-
natif pluriel non masculin paraîtra infra SBio./cyi i :
ijfmmwa = krtâm.
3. IdLnnipd.^ain* (^= santûhitâlj) c. recueillis w. Nominatif pluriel
mascuhn (cf. supra yâmosaj avec une nasalisation finale
(lu participe passé à redoublement (cf. supra Bm. n3 :
papâlau^ de sjkraup fs^vénmYr). Lemoivargn « chapitre 5i
est traduit infra h -2 par Iraupe.
ctsar (= (ly Particule dont le sens précis reste encore à
élablir.
biliccci* (= tnpiiiah). Nominatif pluriel en "cci- (cf.
/kjG. dQ (I i : Inieriliiecci no mnsLeiilr; lih'2 h i : nhnUicn
IreltawKi niem skloLacci p; étant embarrassés» dans Hl.
i/ig. béa) d'un mot dérivé de \J lidll «être chaud îi;
cf. infra 35 i o. A y h (\ : billotui = mna « chaud w.
anellc' (=jâti) «rnaissancei^. Forme secondaire tirée du
thème cinel (SS. 917).
lilsiiilsmuie. Voir supra 1 .
he. Affixe du génitif.
/|. (ll,c' {=(nUa\ «finw. Cf. D.Aq. i3 (i h : po ijolauieUn /.s âlc
"la fin de tous les péchés ?5.
Iblsseiicfmn* {= ânrçinah^ «voyant 71. Nominatif pluriel du
participe présent de v/^/.- ////.' «voirai. Cf. supra Wm.a 1 :
(isseilcai , accusatif singulier masculin, cf. infra 3,5 10.
M) h 1 : Lauscùca = "gluiain, accusatif singidier non
masculin.
nuiidiji (= mârdijt). Transcription du nom sanscrit du
démon. Il convient d'observer que la longue du sanscrit
n'a pas été représentée dans la transcription.
çJc (= V^j. (;f. supra lîni. Ml.
vetLe {= sdiuya) c armée 75. f^a Iccluie de la seconde syl-
DOCUMENTS TOKFlAIÎlKNS DE LA MISSION PELLIOT. hàô
Ia])e est douteuse ; le trait au pied de la hampe du k
remonte et se recourbe.
omsnp* (^=abhi) ^ supérieurement 35. Pour le premier élé-
ment, cf. supra a a : ompalshoîinc, et, pour le sens, H.
i/iQ.5/> 1 : omsap yâmiv "m" pnsseiica «^si on fait plus
[que la mesure permise] il y ^ faute ?5.
laUlkarmem (^=''bhûya) frayant été w. Absokitif parfait, avec
redoublement, de K/tâk et être»; cf. infra A /i : tâhodh^
sjtâk est le verbe le plus usité pour exprimer l'exis-
tence; la langue dispose concurremment de plusieurs
autres verbes, par exemple sjnes, supra Bm. ^ 9 , et
voir mdskedhar, infra 35 1 0./17 b 1. L'absolutif en ''vmem
a déjà été signalé par 8S. y^G n. 2.
^amàni (= bln'Lsavah). .\ ocatif pluriel. Le singulier est
mmâne. L'emploi de celte désignation en tokbarien pour
les moines bouddhiques donne une valeur saisissante
au témoignage d'Alexandre Polyhistor (cité par Cyrille,
Contra Jidian., IV; c'est à Lassen, Ind.-.ilt.-, 1092 , n. 1 ,
que revient le mérite d'avoir recueilli ce passage qui
avait échappé à l'éditeur K. Mûller) : xa) éx BaxTpwf
Tuv Hspa-ixciov '^ix[xavouoi xct) -crapà Ylépcrais ol Mdyoi xai
zscipoL \vSoU 01 Tv(xvoac(^i(Tloit. On avait cru pouvoir
tirer de ce passage des conclusions sur le développe-
ment du bouddhisme indien vers le milieu du i*'" siècle
avant l'ère chrétienne. On avait établi un contraste
entre les "Eapixaves de Mégasthène, qui représentent le
sanscrit rmmr/mf et les Sa/wavaro* d'Alexandre Polyhistor
011 l'on reconnaissait le pâli sumann. Il en va tout au-
trement, et ce texte, lu à la lumière des documents
nouveaux, dégage à son tour d(^ nouvelles clartés.
Alexandre Polyhistor distingue formellement lîactres
et rindc; pour les sag(>s de Tlnde, il garde la dési-
XVII. L>y
IMrniurnir Mti.t^Mi.
446 MAI-JUIN 1911.
gnation consacrée de ccGymnosophisles»; il réserve au
domaine bactrien le terme de çç Samanéens •>). Sous
cette forme, nous retrouvons maintenant le tokharicn
saiiume. Le local du tokharien se précise par ce trait.
Le sogdien a emprunté à son voisin la même dénomi-
nation, qu'il transcrit à la manière sémitique èmn (lire
sanuiny L'est-iranien (turkestani ou nord-aryen) a un
mot tout différent : âsiri.
h
1. tâLoijccx (^== bhavela) c^vous pourrez êtrew. Deuxième per-
sonne du pluriel de l'optatif de ytfik «être 75; voir su-
pra a h : iatâharmem. L'optatif en "oy" se trouve fréquem-
ment dans nos textes; je ne citerai ici qu'un exemple :
35io./i3/'3 : pehnknesse câhharse ivaJke siamoyâ ^ que la
connaissance (?) de la loi dure longtemps! 55.
anelle (=jâtiy Voir supra « 3.
srûkoUe i^= mnrana). Voir supra « 1 : srûkalyfie.
ise. Aflixe du génitif.
lotnc" (^ = pâra"^ «l'autre bord??, ne est l'allixe du locatif.
Le mot qui correspond h pâni est donc tôt (^todh).
ynîicmu* {='g(lh') « allé 55. Nominatif pluriel masculin du par-
ticipe ynn de \/ ynu « aller w; cf. infra SBio./i'y A i :
y(i>icni = s(iinprni//lti. Pour la désinence, cf. supra n 'i
Ihâsseiicnna.
m
âsckafiùc.sse { = (imty(f) <;ule l'impermanence^''. Le mot
s'analyse en quatre éléments : la négation mû (^a");
l'adjectif ^eh «constant, perpétuel 55, auquel s'ajoute,
pour former un substantif abstrait, le sullixe ''(uine
(développement du suffixe "m de même sens); enfin le
sullixe "me qui sert à tirer du substantif un adjectif
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. hàl
dérivé; cf. supra 6 i , s. v. tàhoycer, l'adjectif j^e/a/Arwme
dérivé de pelaihne = dharma.
kraupe (= varga) <x chapitre v. Substantif dérivé de Kfkrnup;
cf. supra a ?> : knkraupnsam.
Le premier vers du Kâmavarga, qui vient ensuite et qui
termine le feuillet, n'a pas de correspondant dans le Dham-
mapada pâli. Deux des pâdas manquent en sanscrit; pour re-
trouver les équivalents de la version tokharienne. nous
pouvons du moins nous aider de la version tibétaine et des
versions chinoises. Pour le tibétain, je reproduis la version de
M. RockhiU :
AH indécision produces désire; it is called the root of désire; sup[)rcss
indécision and (désire) will ai'ise in thee no more.
Je n'ai pas à insister ici sur l'inexactitude du mot «indéci-
sions que M. RockhiU a adopté pour rendre kun rtog l'équiva-
lent régulier en tibétain du sanscrit snmkalpa « combinaison de
l'esprit». LeTchou-yao king (éd. Tôk., XXIV, 5, p. ^9^) et le
Fa-tsi-yao-song qui le copie littéralement, traduisent ainsi :
Amour, je connais ta racine; l'esprit en pensant à loi le produit; je
ne pense plus à toi, et alors tu n'existes plus.
J'ai retrouvé sur un menu fragment le troisième pâda, ([ui
correspond très exactement à la version chinoise : ndnil.dlpâl
lidniK jâi/nsc. Les diverses traductions permettent de restituer
par hypotbèse le dernier pâda : ttilo me lui hluirisi/asi.
La stance entière figure dans le Sutra en /i!i articles, ([ue
les d(uix premiers missionnaires du bouddliisuie nidicn, ka-
cyapa Malafiga etTchou Ka-lan, apportèrent, dit-on, m (ibine
et traduisirent en (J5 ap. J.-C. Kilo y est rapportée (l\j. ()78;
éd. Tôk., XXI\ , 5, tid, col. I A] commo une stance duc au
Bouddha kacyapa, le prédécesseur (bi Bouddha (iakyamiuii.
•21).
MiH MAI-JUIN 1911.
Les éditeurs de Tôkyô l'ont, par mégarde, imprimée comme de
la prose au cours du récit. De quelque côté que provienne
l'emprunt, il est intéressant de constater que ,1a traduction de
la stance est littéralement identique à celle du Tchou-yao et du
Fa-lsi-yao-song; c'est là une donnée qui ne sera point à dédai-
gner pour la critique du fameux Sùtra (cf. H. Maspkro dans
Le songe et l'ambassade de f Empereur Muig, B. E. F. E.-O. , 1910,
P-97
yçehnc (= hâma\ r^imourw. Vocatif singulier. Le mot re-
paraît au môme cas, infra 3, sous la ïorme y çel ma ^ et
infra /i, devant i'afïîxe de l'ablatif "mem, sous la forme
yçelmen-.
IJuihemar {^= jânâmi) r je connais??. Première personne du
singulier du présent, indirpiée par la désinence "/«ar;
cf. 35 io.kk ak '. yamimar ç^je fais??. La racine verbale
est probablement la même qui paraît dans hh^ÇÛ]^, su-
pra Bm. h 6.
laji(i (=/^) «de toi??. Génitif du pronom de la deuxième
personne du singulier ou plutôt adjectif possessif; cf.
iâ'i en dialecte A, SS. 92/1, et d'autre part le possessif
de la troisième personne du singulier son//' ^^isonw [.s«/
dans A.SS. 'lhid.^^ , et d'autre part cf. vi , infra h.
witsahai (mfdam^ k racine 57. Accusatif singulier du mot
wilsaLo, voir supra Bm. A /i.
3. 'pah!;(dyiîe 1^= samhalpa^ w imagination 1). Mot abstrait tiré
au moyen du suffixe "lyne (^\o\v pàlalync supra Bm. ^/ 5)
du substantif yM/s/.o « esprit w.
meni. Allixe de l'ablatif.
yçelma (= hfnna). Cf. supra h 2.
dlia(mas(jhar {=jâyase) «tu naisr. Deuxième personne du
singulier du présent du verbe dlialin. (jui est sans
DOCUMENTS TOKHARIENS DR LA MISSION PELLIOT. /i^9
doute une forme à redoublement de \Jcm; cf. cmelle,
supra a 3.
tnnietn (^=^ tas mât , tatah^ r<:donc, ensuite??. Ablatif du dé-
monstratif tu; cf. infra 35 lo. h^ h i : tuttse=laf.
ni* (=/Me). Possessif de la première personne du sin<ju-
lier.
mû {=nay Négation.
tâhndh* (= bliavinyasi) «tu es, lu seras??. Deuxième per-
sonne du sin^julicr de \Jtâ1i, supra a h. Pour la dési-
nence, cf. la forme dhatmasdhar, supra b 3.
REMARQUES LINGUISTIQUES,
. PAR
M. A. MEILLET.
L'interprétation qu'on vient de lire est indépendante de
toute bypothèse sur l'étymologie et fournit par suite au lin-
guiste une base aussi sûre qu'il est possible en l'état où se
trouve actuellement le déchiffrement'^*. Il n'a pas semblé
inutile d'y joindre quelques remarques linguistiques destinées
à faire entrevoir les origines de la langue, mais qui n'ajoute-
ront rien ni à l'exactitude ni à la précision ni à la sûreté d'une
interprétation à laquelle il convient de maintenir son caractère
tout objectif.
Le moment n'est pas venu de faire la théorie linguistique
'•' Le lokliaricn étant ccril on nu ai|)Iialpot indien, il est nalniol di; conserver
la transcription en nsa<[e pour le sanskrit. C'est ce qui a été fail ci-dessus par
M. S. Lévi, et qui sera fait ici. Le c, par exenqde, a donc la >aleur qu'il a en
sanskrit.
450 MAI-JUIN 1911.
du tokharien; trop peu de textes sont encore interprétés et
publiés. Du reste, la théorie ne pourra être fondée que sur
la comparaison des deux dialectes; or, on ne connaît encore du
dialecte A que ce qui se trouve dqns l'article plein de choses,
mais très court, de MM. Sieg et Siegling.
Même quand on disposera d'un nombre appréciable de
textes solidement interprétés dans les deux dialectes, la diffi-
culté demeurera très grande pour le linguiste. A en juger par
ce qu'on sait dès maintenant, le tokharien est, de toutes les
langues indo-européennes, celle où il s'est produit le plus de
confusions de consonnes et où par suite une consonne donnée
admet les origines les plus multiples , où elle est le plus
ambiguë étymologiquement. Les quatre espèces d'occlusives de
l'indo-européen : sourdes, sourdes aspirées, sonores, sonores
aspirées, sont réduites à une seule série : p^, t, k. Les deux
sortes d'occlusives gutturales : les prépalatales et les vélaires ,
se laisseront peut-être distinguer en certains cas, mais appa-
raissent à première vue presque entièrement confondues. La
palatale c n'est qu'une forme prise par la dentale t, sans doute
devant les voyelles prépalatales et devant y, mais sans qu'il
soit aisé de déterminer en chaque cas les conditions du phéno-
mène. Sans doute, la langue distingue deux séries d'occlusives :
p, t, k eij), dli (qu'il conviendrait d'écrire /, car c'est aussi la
notation d'une sourde, parallèle à p et k) et h; mais cette dis-
tinction paraît reposer sur des faits de prononciation résultant
du développement interne de la langue et n'a pas de valeur
étymologique actuellement appréciable. L'origine des con-
sonnes tokhariennes présente donc un degré d'indétermination
qui dépasse de beaucoup tout ce que l'on observe même dans
les langues indo-européennes où l'indétermination est le plus
grande.
Le vocalisme est toujours plus difficile à poser que le con-
sonanlisme , surtout dans une langue dont l'évolution est
REMARQUES LINGUISTIQUES. 451
aussi avancée que celle du tokharicn. Les alternances vocnliques
de l'indo-européen sont cause que le point de départ même
est souvent incerlain : si l'on a affaire à des voyelles radicales
distinctes dans des formes aussi évidemment apparentées que
latin pedcm, grec -nro^a (= arménien otti) et gotique folu, on
voit combien il est malaisé de déterminer, dans un cas donné,
de quelle voyelle indo-européenne on doit partir. Et l'on sait
d'autre part combien les voyelles sont sujettes à évoluer : il y
a loin par exemple de lat. /^' à fr. toi. En fait, les voyelles indo-
européennes semblent avoir beaucoup changé leur timbre en
lokharien B.
Ve, sans doute fortement yodisé, est devenu en général "^n ,
d'où «, à peu près comme dans les parlers orientaux du litua-
nien, ou comme 'e tend à devenir io , o en certaines conditions
dans les dialectes slaves. Mais il y a aussi des c représentant
sans doute d'anciens e, sans qu'on voie encore la raison de la
différence.
L'o passe à e le plus souvent, par un intermédiaire diliicile
à préciser : comme l'ont déjà indiqué MM. Sieg et Siegling,
B nem «nom?? répond à A nom; cf. gr. ovofxa, got. nanio; le m
montre (jue l'o de A ne repose pas sur un o indo-européen
simplement conservé, mais sur un -a, sans doute altéré de "'o;
on entrevoit ici une évolution complexe. Or, on sait que s a
passé à .s aussi devant r représentant sans doute i.-e, o ;
A senea <^ils sontr, cité par MM. Sieg et Siegling, répond pro-
bablement à lat. suni , v. si. sntû ; le suffixe de participe présent
^■senca, cité ci-dessus, a évidemment la même finale que
j;r. -ovT-, got. -and-, lit. -ont-, v. si. -ni-, etc. Le groupe du
mut «unn B :V^'('«)- r<.'pose sur *som-; c'est à ce groupe (|uc se
rattache évidemment le mot ;seÂ; «constamment» cité ci-dessus.
— Le timbre o ne parait s'être maintenu dans le dialecte B qu'en
(les circonstances spfV.iales, ainsi, sans doute par dilli'rencia-
lion, devant / ou y. dans les optatifs en -o//- comme trihoi/rrr.
hb2 MAI-JUIN 1911.
cf. gr. -01-, got. -m-, V. si. -è-. Mais ces circonstances sont
pour la plupart encore indéterminables.
En empruntant son alphabet à l'Inde, le tokharien a main-
tenu la distinction graphique des- longues et des brèves. Mais
il suffit de voir les transcriptions tokhariennes des mots san-
skrits pour se rendre compte que les notations ne répondent
sans doute pas à des différences de quantité; car les longues et
les brèves du tokharien ne répondent pas aux longues et aux
brèves des mots sanskrits transcrits; la ïorme maram qu'on a
vue dans le fragment Pelliot FM 8 n, h en est un exemple
entre beaucoup d'autres. Comme le montrent du reste immé-
diatement les rapprochements déjà faits dans la publication de
MM. Sieg et Siegling, il n'y a pas de rapport entre les longues
et les brèves de l'indo-européen et les notations de longues et
de brèves des mots tokhariens.
Enfin l'un des principaux mo\ens de preuve dont on dis-
pose en matière d'étymologie indo-européenne, à savoir l'ob-
servation de concordances grammaticales, ne s'applique guère
au tokharien où les formes sont gravement altérées et renouve-
lées en grande partie. On en est réduit à peu près entièrement
à rapprocher des éléments radicaux, et non des mots entiers.
Les concordances possibles se limitent donc, pour chaque mot,
à un tout petit nombre de phonèmes dont l'origine est, on l'a
vu, extrêmement ambiguë.
Dans ces conditions, il convient de ne rien athrmer, et c'est
seulement à titre d'hypothèses provisoires que les explications
données ci-dessous sont proposées. Malgré ces difficultés, on
verra qu'il ne manque pas de rapprochements évidents, qin
peuvent dès maintenant servir de fondements à une phonétique
comparée du tokharien.
On aurait une base plus solide si l'on pouvait déterminer à
(|uel groupe de dialectes indo-européens appartient le tokharien.
Mais on n'a pas encore le moyen de le faire.
REMARQUES LINGUISTIQUES. 453
Le simple fait que les prépalutales indo-européennes sont
représentées par /.■, comme dans le type de lat. cenlum , et non
par des silïïantes, comme dans le type de skr. çatdm, ne suffit
pas à faire classer le toivharien parmi les dialectes occidentaux :
jjrec, italo-celti([ue et germanique. Car le stade de la pronon-
ciation sifflante où sont parvenues, pour ces consonnes, les
langues orientales : indo-iranien, slave, baltique, albanais et
arménien, ne représente pas l'état de la période commune
de ces dialectes; les formes skr. y. arménien c par exemple
montrent assez que la langue était tout au plus parvenue au
stade de la prononciation rai-occlusive, et le plus probable est
que l'état commun des parlers orientaux était sans doute la
prononciation prépalatale un peu mouillée : //, g, etc.; une
régression de // vers k était donc possible. — Pour établir
que, en ce qui concerne les gutturales, le tokharien appartient
au groupe occidental, il faudrait d'ailleurs y montrer les traces
de l'élément labio-vélaire de la série de lat. quid , et c'est ce
qui ne s'est pas rencontré d'une manière sûre dans les textes
publiés jusqu'ici. L'interrogalif Av/s^ ri^quiw est écrit en un seul
groupe dans les textes en dialecte B (on en trouve un bel
exemple à la première ligne du verso du fragment édité par
M. Mironov, hrrslija de Saint-Pétersbourg, i ()0(), p. ."îGa) et,
suivant une indication de M. S. Lévi, compte en vers pour
une syllabe; mais le dialecte A a hu; il est provisoirement
impossible de faire état de cet u qui, en A, est une voyelle
isolée et dont la chute en B n'a rien que de normal. Dans un
fragment médical qui sera prochainement édité, M. S. Lévi a lu
Livnrm traduisant skr. giilmn- ctenllure»; mais si le mot est
indo-européen, on pourra tout au plus rapprocher l'élément
l,iv- de gr. [3ovSoôv, skr. ffarluL et le ir représentera un u dis-
tinct de l'élément labio-vélaire de la gutturale; l'exemple n'est
pas probant. I^n revanche, la racine i.-e. *h"'rl- k tourner»
semble lij'in'cr dans le liap-nitMit Pclliot édili' ci-di-ssus sous la
454 MAI-JUIN 1911.
forme hiklau (voir p. A 60). — Le seul fait acquis, tout négatif,
est que le tokharien constitue un groupe indépendant de tous
les groupes dialectaux indo-européens connus jusque-là, indé-
pendant en particulier de l'indo-iranien. — On a rapproché la
finale -r, qui figure fréquemment à la fin des formes verbales
tokhariennes, de IV du passif italo-celtique et du déponent
latin et irlandais; mais on en peut rapprocher, avec autant et
plus de vraisemblance, fr qui figure dans les deuxième et troi-
sième personnes du singulier de farménien : mi herer «ne
porte pas 55, herer «tu as porté 55, herêr «il portait r. Et l'on
aura occasion de signaler, dans un article ultérieur à l'occasion
d'autres textes, une formation dont l'arménien seul fournit
jusqu'ici l'équivalent. Les participes en -/- qui ont joué un
grand rôle en tokharien ne trouvent d'analogues exacts qu'en
slave et surtout en arménien, au moins en tant que participes.
— La négation mû n'a de correspondant, on le sait, que dans
indo-iran. ma, gr. yi-n, arm. mi et ne se trouve dans aucune
autre langue indo-européenne; l'emploi général de cette néga-
tion, qui n'était jusqu'ici connue que comme la négation pro-
hibitive, est sans aucun analogue. • — Le participe sason/ii
« ayant semé v , que cite M. Schrader ( Die Indogermanen , p. 160)
d'après une indication de MM. Sieg et Siegling, paraît montrer
que l'idée de « semer w n'était pas exprimée en tokharien par
la racine "sô- comme en slave, en baltique, en germanique et
italo-celtique; le tokharien concorderait, à cet égard, avec le
grec, l'arménien et l'indo-iranien.
On se bornera donc ici à quelques rapprochements dont
plusieurs sont incertains et à quelques remarques provisoires.
Les formes grammaticales, qui doivent faire l'objet d'un article
spécial, ne seront pas examinées systématiquement cette fois.
On se bornera à l'étymologie et aux observations phonétiques
qu'elle appelle. On n'a cité que quehjues formes caractéris-
tiques des mots indo-oui'opérMis rapproch('s; il sera aisé de
i
REMARQUES LINGUISTIQUES. 455
compléter les rapprochements à l'aide des dictionnaires étymo-
logiques du sanskrit, du grec, du latin, du germanique, du
slave, etc. — On ne s'est nullement proposé d'expliquer tous
les mots. Etant donné l'état d'indétermination où est actuelle-
ment la phonétique comparée du tokharien , il aurait été facile
de proposer des étymologies pour des mots qui ne sont pas
expliqués ci-dessous; on a cru devoir s'en tenir aux rapproche-
ments les plus naturels, et peut-être quelques personnes pru-
dentes trouveront-elles déjà bien incertaines* beaucoup des
explications proposées. On n'a fait usage que de mots indo-
européens dont l'antiquité est étabhe par ailleurs, et l'on s'est
complètement abstenu de rapprocher les mots tokha riens de
mots attestés jusqu'ici dans une seule langue indo-européenne.
I
Bm, a.
I. titiLsenlr «ils blâment n. La racine nah- f- détruire ^i rap-
pelle skr. ndçyalt ^A périt 51, lat. neXj noced, etc.; Va
précédé de n, et non de n comme dans nem c^nom»
représente sans doute un ancien e. — L'élargissement s
a une valeur désidéra tive en indo-européen : et ceci
exphque assez bien le sens de « blâmer w de nah-H-;
mais ce sens apparaît aussi sans s dans anâhalle «anin-
ditah«. — On notera que, après /••, la sifflante est ici
de la forme s et non pas .s; ceci distingue le tokharien de
l'indo-iranien, de l'original du slave, et sans doute du
balli(|ue et de l'arménien (où diverses traces indiquent
fjue, à une époque préhistorique, */>s avait la forme
âinm^oncni. Si la coiq)e est exacte, on pensera pour <is- à
skr. aalc , gr. i^crlai. Vê indo-européen sérail rendu
par II, coninie dans la ni'gation ni/l (abstraction laile de
ZiôG . . MAI-JUtN 1911.
la nuance inconnue cjuindiquc la (litférence entre n
et «).
2. nemm « il est ri. Les formes qui signifient « être v sont multiples
dans le dialecte B; dans le fragment publié ci-dessus
Pelliot FM 8 , on a tâkoijcer wbhaveta^?; talâhro-mem
«ayant été» et tâkndh «tu es». Ceci suggère l'idée
qu'on aurait affaire à des verbes exprimant le devenir,
le mouvement, à peu près comme le français devmir ou
l'allemand werden ; on songerait donc à rapprocher
ne.wni (et tout son groupe) de skr. ndsate «il revient 57,
gr. véofxai , etc. , et tâliOjjccr de zd tncaîti « il court 55 , v. si.
teka, lit. iekù, v. irl. tccliim. Dès lors il n'est pas exclu
que l'autre forme qui sert pour «être», mashedhar «il
estw (citée ci-dessus p. 4/15), appartiendrait à la racine
de gr. yiévoi), lat. manêre; la nasale serait tombée devant
le suftixe verbal -sk- fréquent en tokharien ; l'idée de
«être» aurait été exprimée à l'aide des notions oppo-
sées de «aller» et de «rester». Ve de nesam serait un e
indo-européen dont les conditions d'apparition restent
à déterminer.
anàkdUe. La forme de la négation au premier terme des
composés est a-, et il n'y a pas lieu d'attribuer l'absence
de n en ce cas particulier à Xn initiale du second terme
du composé; cf. gr. à-, lat. m-, got. un-\ cette forme
ne concorde pas avec le traitement de la nasale voyelle
dans le mot kanle «cent».
3. somokfdijmi «ekânta-». Le premier terme somo- «un» du
composé est de la famille de i.-e. "sent-, *somo-', le
maintien de 0, et par suite de s qui précède, par con-
traste avec se. est à remarquer. — Le second terme
-ktilymi «fin» peut, sous toutes réserves, être rappro-
REMAlinUES LINGUISTIQUES. 457
ché de V. si. glnva, russe golovd, Ht. gakà [accus.gtiirtj),
V. pr. gollû, et sans doute de arm. glux «têtew. Le sens
admis ici est confirmé par le mot kahjmmm «qui est à
la tête dew qu'a relevé M. S. Lévi. Mais le vocalisme n
diverge entièrement, car il semble supposer soit "-ê-,
soit *-"/- (/ voyelle devient voyelle). L7 mouillée notée
hj reste aussi à expliquer; peut-être supposc-t-elle la
chute d'un u, comme on le verra ci-dessous, p. /iG3,
et ceci appuierait le rapprochement de v. si. glava, etc.
ivadh (c'esl-à-dire mii; car dit sert assez souvent à rendre
le t sanskrit dans des transcriptions) «ou??. Cf. skr. va,
gr. -Fs, lat. lie, plus une particule, qu'on peut rap-
procher du -t de lit. he-t, ne-t, du -ta de skr. u-ld,
V. perse ti-tâ , etc.; on pensera particulièrement à lat.
cm-t, osq. nu-ti, ombr. o-te. Le mot ^et» se compose
aussi de deux éléments, comme on le verra ci-dessous,
p. ''iGo. Néanmoins ces mots demeurent enclitiques. Du
reste, on a vu ci-dessus que ivn(^ est écrit en un seul
groupe; la voyelle devrait donc être très réduite.
papillau rc célébré 57. Un du redoublement peut être un an-
cien c, normal dans le redoublement du parfait; mais
surtout la voyelle concorde avec la voyelle radicale; il
en est de même dans wcwcnu, où la voyelle a le
timbre c. Ce type bien connu maintenant (voir S. S.,
p. 926) de participes passés est remarquable : il semble
que, en tokliarien comme en slave et en baltiquc, il ne
soit resté du parfait que le participe. — La racine y;^/- peut
être rapprochée de v. pr. hillu «parlera, lit. hylà ^ pa-
role ^j, Ixdsds «voix», et sans doute de skr. hhminli ^\\
parler (^i\e*l>lirijnli . représentant *hliln<'-).
f\. l'iala'. Les mots indo-européens (pii sigiu'fient r mainte-
nant u commencent par */;-. ainsi gr. yvv. Mais le reste
458 MAI-JUIN 1911.
de la forme n'a pas de correspondant. — Plus loin
on trouve no, qui sert de particule d'opposition, et
qu'on ne saurait séparer de la grande famille de v. si.
nu «mais 75, lit. net ^^mais^i (voir Leskien, /. F., XIV,
m et suiv. ; à couper ne-t)^ lat. nem-pe; il n'y a pas lieu
de chercher ici en quelle mesure ces mots peuvent
être apparentés au groupe de skr. nu «maintenante,
gr. vvv.
hnlpâstr. La racine a l'air indo-européen; mais elle est
indéterminée. Le rapprochement avec lit. gJébm «j'em-
brasse», lat. glêba, etc. est trop lointain pour le sens.
5. su, cf. skr. sa, gr. )), got. so; mais ceci ne veut pas dire
que u représente directement â ici; -u est la finale du
féminin , ou du moins une finale distincte de celle
du mascufin, dans weivenu, comme l'a fait remarquer
M. S. Lévi.
b
1. eau. Le dialecte A connaît aussi le démonstratif en e-\ on
peut se demander si le c ne serait pas dû aux cas où le
vocalisme était e, cf. got. ]}is; mais, comme il y a deux
systèmes, l'un en /-, l'autre en c-, il est plus vraisem-
blable qu'il s'agit de *itjo-, cf. skr. iyd-; le slave a de
même un dérivé en ^-yo- dans si, gén. sego, et le litua-
nien dans (ils, gén. (M, en regard de arm. .w-yn,
so-r-in, etc. — On suppose que c représente une an-
cienne dentale; peut-être faudrait-il aussi considérer
l'hypothèse que c représenterait en certains cas *l;y par
exemple.
nrcmtlr ^\\ mérite». Le mot ne peut être le correspondant
tokharien de skr. trrhnti . puisque la racine du mot a / en
indo-européen, gr. i\(pdvsiv , lit. ''('/''• et que de plus le e
REMARQUES LINGUISTIQUES. A59
serait surprenant. Mais on ne voit pas comment annnlr
aurait pu être emprunté au sanskrit, comme l'a supposé
M. Mironov; le c ne saurait s'expliquer en partant de
skr. h. Le mot s'explique bien en revanche comme un
mot emprunté à l'iranien : zd nrdja'ili «il vauti', pers.
<u'Z,arzân, arz'tdan, sogdien 'rz (lire «rz ou arz) «valeur,
mérite''' 55; ce mot iranien a eu un rayonnement au de-
hors et a été emprunté par l'arménien : nrzmi. «cjui
vaut?5, ai'zc c^il vaut 55. On ne peut décider actuellement
si c'est la forme *arjân qui aurait été empruntée, et dont
on aurait tiré directement une forme verbale, ou si -/ra-
serait un suffixe verbal du tokliarien comme dans le
verbe suivant.
2. iv(i(s)Lnntr fdl tremble, il est ébranlé?:. On pensera à la
racine de skr. vdncati, lat. uacillâre , con-iiexus, avec
le suffixe -si,-, fréquent en tokharien B, et un second
suffixe -an- [cf. le type arménien horamel '^interrogera,
avec cette même accumulation de suffixes).
/i. hjiriduoiji «celui qui sait ■'5. Le r est l'altération d'une
gutturale comme le montre la première personne
hhtihemar «je connais::, citée p. kàS. L'opposition de
Ijhjikemnr c^je connais n et de hhncàhr (c'est-à-dire Ijhnrix)
«il connaît:: rappelle le traitement r de /.devant ^dans
le nom de nombre B çtiver-, rlwar- «(|uatre::, cf. skr.
caimrah, lit. hctun, etc. La consonne r a donc deux
origines connues : une dentale mouillée par 1'^' suivant
dans (Vf/.- «dix:: et une gutturale dans les exemples cités
ici. — On est tenté de supposer que le signe transcrit
par /.// représenterait puIIiumN* -f-/^ et de partir de la
c Forme ilonni'c piir des miuuiscrils im-dits de la missidii l'clliol; com-
Himiicntion (1(> M. W. (iiinlliiol.
hm MAI-JUIN 1911.
racine "^"«-j *gnô- de lat. (jj-JHdscô ; mais il est acliielle-
ment impossible de contrôler cette hypothèse qu'il sudit
d'indiquer. Ceci est d'autant plus incertain que le seul
moyen qu'on entrevoit de rapprocher iveii- ^ dire w de la
racine \.-e.*ivek"'- (lat. uôœ, skr. «Wr/m,etc.), c'est de
partir de *ivek"'-n-, avec un suffixe de présent généralisé.
D'ailleurs M. S. Lévi considère comme incertaine la
Iranscription par kh , et l'existence d'un hh entre mal
dans le système phonétique du tokharien , tel qu'il
apparaît maintenant.
3. iriisaLo ca'acine?). Tout le monde pensera à got. iraurts,
lat. rdàlx; ïi n'a guère de chances de représenter le
traitement normal de*y(ou de *r); mais le grec a aussi
un / énigmatique dans [F)pi%a.
5. ;S/>^/. sp «et)\ Le mot c^et?? étant çLaii) en A, on est conduit
à couper s-i)[n^. Le^w rappelle l'élément pa (pi'on a dans
la particule mpn , cité p. /iSy, qui exprime l'union, la
combinaison. On peut aussi penser à la particule *pe de
lat. qin'p-pe. lit. knî-p. Le ç de A ç-k/ini étant identique
à celui de A çhvar «quatre», on est conduit à rappro-
cher skr. ca , gr. t£, lat. que; cf. l'observation sous
Llidçnmom, p. /i5fj. Mais il ne suit pas de là que le fi
de s-pa soit une altération d'un ancien ç.
hdhJfiii « nivrttah 71 : cf. la racine de skr. câr<iti, cahrdh ,
gr. xiiuXos, v. si. kolo «roue», etc. Il n'y a pas trace
de la prononciation labio-vélaire du */."' initial de cette
racine; or, cf. hom. tséXoixai , •zsepiTrXéfxevoî, 'SepiTs'X'XS-
(xsvos, Cretois Ts^o^ai «je serai », etc. qui supposent */."'-
initial.
G. raiio «mcmc?5 : cf. lit. ir «et, aussi» et gr. âp, pa, apa.
REMARQUES LINGUISTIQUES. 461
II
Pelliot FM 8. a
l . Idsdilsannc ^ vieillesse n. L'élément radical ne ressemble pas à
ceux qui servent dans les autres langues indo-euro jiécnnes
à désigner la vieillesse. — Le suffixe , dont l'élément essen-
tiel est -ûe, rappelle -?me (aux cas obliques -uncy-) de A
(SS., p. 922). On ne peut s'empêcher de penser au
type slave hlngipiji k bonté 55, dont on a rapproché lit.
rirpûne fxsomw.elv, lat. pecûnûi (Sghulze, Lai. Eigen-
namen, p. /jyo n.; Brugmanm, Grundr., IL-, 1, p. 9i5
et suiv.). Ce suffixe -ne (de -une) s'ajoute souvent à
d'autres suffixes, notamment à /, ainsi dans le mot
suivant srûhalyne.
srfil.ahjne (aussi srtdalne) c^ mort 75; le nom indo-européen
n'est pas employé; il a élé j^ans doute remplacé par un
euphémisme; on songe naturellement à rapprocher skr.
srârati «il coule 51, gr. pew; le /.• serait un élargisse-
ment.
mrJijeni ^[\ foule aux pieds w; cf. peut-être arm. mnJem
«j'écrase 55, got. mnhna « sable j', got. mnio et v. si. nioli
«mitew, et tout le groupe de lat. mohre.
"2. Insàksa adonc 75. Le sens indéfini de -hnd rend probable que
le /.■ est celui de l'indéfini indo-ouro[)éen en */■:"■-; toute-
fois l'ambiguïté du /.• tokiiarien permet de penser aussi
à un mot de la famille de lat. -ce, gr. xe, etc. — Le
suffixe -sn d'instrumental peut être une ancienne par-
ticule de la forme *sm. *s"ni-, cf. gr. ôîfxa, etc.
.srl{; do la famille de *,seni- ixunv, connue lat. seniper: cf.
ci-dessus, p. /i5 1 .
ompdlshotliic. La qualité labiale de la nasale peut être due
XVII. '.^0
Ivrnmritir svrto^ttr.
462 MAI-JUIN 1911.
à la labiale suivante; cf. omap; et l'on est tenté de
rapprocher gr. dvci, éol. ov, skr. dnu, etc.
wina « plaisir w; cf. peut-être gr. Fh^ai «je désire?), skr.
véti cul recherclie, il poursuit 5\
yâmom. La racine ynm- ç^ faire 55 n'a naturellement pas de
correspondant en ce sens dans les autres langues; on
sait que chacune des langues indo-européennes s'est
créé à elle-même indépendamment le moyen d'expri-
mer cette notion abstraite.
3. hakratipasnm. Les racines qui signifient «prendrez pré-
sentent en partie une gutturale et r, souvent avec des
élargissements, ainsi gr. àysipoo et v. si. grûstï — skr.
hdrati et gr. )(^elp — skr. grhhnati et v. si. grabiti — got.
grcijmn et lit. grcbiii. La racine a une allure indo-euro-
péenne sans présenter de correspondants exacts.
kallecci «chauds», cf. lat. cnled, lit. filllns «chaud». Le //;,
qui se retrouve dans le pluriel kallomt cité ci-dessus,
doit représenter / -j- un sulïixe commençant par den-
tale : /, d. n?
anelle «naissance»; la forme dhatmdsdhar (c'est-à-dire
tnlmnstar'j du même fragment h 3 semble indiquer que
le c représente une dentale ancienne, comme d'ordi-
naire, et que la racine est tm-, l'élément -el- de cinel-
(A cmol- SS., p. 917) étant suffixal; pour ce -cl-,
cf. peut-être yçclma , yçclme «amour», dti fragment
Pelliot édité ci-dessus dont l'élément radical ^c- demeure
obscur. Le tokharien est, avec le ballique, le slave et
l'albanais, l'une des rares langues indo-européennes
011 la racine de gr. yévo$. etc., ne persiste pas pour
exprimer le sens de «naître».
f\. aie «fin»; cf. gr. àx.)î , àxpos. lat. ilcer, skr. dçrtli, etc.
ILû,smiC(md «voyant»; la racine doit avoir perdu un 11; on
REMARQUES LINGUISTIQUES. 463
sait que les chutes de u sont fréquentes dans le dia-
lecte B; cf. gr. Xsvacroj, lette lûkôt «considérera, v.
pruss. Imtlât «chercher», skr. lokale «il regarde 57, lo-
cayali «il examine 5\ La variante lyk- est intéressante,
et l'on peut s'en autoriser pour établir la chute d'un u;
car on a de même dans les abstraits -lyne (et -lue) qui
répond à -lune du dialecte A; on est conduit à se de-
mander si Vu du tokharien n'aurait pas eu une pronon-
ciation analogue à celle de i'u français; car ly semble
indiquer une prononciation mouillée de /.
omap «supérieurement»; le sens de «dessus» vient sans
doute de o/m-, cf. peut-être gr. àva, voir ci-dessus,
p. 661 et suiv.
1 . lolne «à l'autre bord ». L'idée de «autre » s'exprime souvent
[)ar le démonstratif de l'objet éloigné. On a donc sans
doute affaire ici à un dérivé du démonstratif /o-, dont on
connaît les représentants tokbaricns; la ressemblance
— problablement fortuite — avec russe lot «celui-là»
est curieuse. — Le sufïixe -ne du locatif rappelle le
groupe de prépositions indo-européennes connues, gr.
sv, etc. C'est -ain qui est la caractéristique du locatif,
au singulier et au pluriel en A, d'après MM. Sieg et
Siegling.
ynûcafiti «allé^\ Le [)lus naturel est de ra])procli(M' la ra-
cine de skr. éli, etc.; cf. du reste ynins «nous allons» en
A, chez SS., p. 996; mais la formation (>st obscure
(on pourrait songer à un siillixe *-nc- de présent com-
parable à celui de lit. rinù «je vais», ou de arm. dnnn
«je pose», et à une généralisation de ce sullixe: cf.
peut-être le cas de iven- cilé ci-dessus, p. 'i(')o), et le
3o.
àU MAI-JUIN lui I.
groupe yn- pourrait faire penser aussi à gr. (2aivw, lai.
nenu). Non iiquet.
h. ni «mon»; cf. ni rtmonw dans A., cf. SS.,p. 92^. Aulant
est clair le pronom de deuxième personne dont on a vu
le génitif /^?/M à la ligne 2, autant est mystérieuse cette
forme ni; la comparaison de ni rrmonw, tni «ton 77 et
mi «son 75 du dialecte A semble indiquer que ni est ic
suffixe et que par suite ni «monw représenterait *mni.
Les adjectifs possessifs ne sont formés au moyen d'un
suffixe comparable qu'en germanique, ainsi v. h. -a.
mm, dln, sln. Le génitif taùii présente le même suffixe;
le cas est donc tout comparable à celui des génitifs lat.
meî, lin, suJ, got. nienia , ])cma, sema, etc. La forme tni
de A a évidemment perdu un u entre / et fï; Va du
groupe tmtï n'a pas de valeur étymologique; ce ne peut
être qu'une brève résonance vocalique développée entre
l et n.
lâkiidli r. lu es, tu seras 5). Une désinence en -/ de deuxième
personne du singulier peut s'expliquer soit par le rap-
prochement des désinences du parfait : skr. -tha, gr. -Ba,
got. -/, ou de deuxième personne moyenne : skr. -ihâh ,
V. irl. -the-r, soit par raddition du pronom enclitique de
deuxième personne, comme dans le type allemand i^du^
bis-l.
PROLEGOMENES
À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES
PAR KHALÎL IBN AIBAK AS-SAFADI,
PUBLIÉS ET TRADUITS
DVVPRÈS LES MANUSCRITS DE PARIS ET DE VIE^^E,
PAR M. EMILE AMAR.
(suite.)
(') P a en plus i. — C"' 'ol^.
SECTION TROISIKMK.
Sur 1(1 manière d'écrire ht date.
Pour dix et ies nombres inférieurs à dix^", vous direz
LIkiI/iiviui (tant de nuits é tant passées de. . .), car le nom de la
chose nombrée est un pluriel^'-^, et le pluriel est féminin. Au-
dessus de dl.r, on dit hlxdnl et mndat (tant de nuits étant passées
'■' Pas Ions los iiDiiihiM's c<'|i('n(laiit, car on no [«Mit ('iii|)loy<'P i^i^^, «jui osl
un ft'iuiiiiii [iliirii'l, ijuaml il s'a{jit (Vune ou de tieii.v nuits sculcuiciil. 1,<' |»lini<'I
on arabe ne counucncc eu cllft, iju'à partir de Iroix.
(*' JLJ (rnuitsi sous-entendues.
/i66 MAI-JUIN 1911.
iX-ij ^x)l5' ^î l^/nib v^^iJI ^j_jXj ^I jUvs^^i) »2l/iJ! laib jjb" (jAJb
[au singulier féminin]), car on a en vue un spécificatif au
singulier^^'. Après vingt, vous direz • //<îV'" 'In haqama (neuf
nuits restant, s'il en reste neuf)^'-^', et thamân"' 'in baqaina (huit
nuits restant, s'il en reste huit)'^' en employant une expression
dubitative, étant donné que le mois peut être incomplet ou
complet'^'.
Abu 'Alî al-Fàrisî-^' — qu'Allah lui fasse miséricorde! —
défend qu'on écrive lihnial"' hhahtl (une nuit étant passée), de
f) »XJ crnuit".
<-^ Pour exprimer la date du 21.
'^' Pour exprimer la date du 22.
('') Les musulmans ayant adopté le calendrier lunaire, leurs mois se trouvent
être tantôt de 29 jours, laiilôt de 3o.
(5) Abu 'Ali a!-Hasan L. Ahmad b. 'Abd al-Gbaffàr al-Fàrisî, grammairien
de l'Ecole de Basra, disciple d'Ibn as-Sarràdj. Né à Fasà en 288 (900), il
mourut à Baghdàdz. Sur sa biograpbie et son œuvre, cf. Brockelmann, op. cit.,
1, 11 3. — La citation dont il est question au texte est extraite de son Kitàb
(tt-tadzhira (cf. Brockemmann, op. cit., 1, iii) et a déjà été reproduite par
IlAnîni, dans sa Duriat al-ghawwàs (cf. Sacy, Antholoirie grammatical p, arabe,
p. p>i et 90). Voici ce passage, où l'opinion d'Abù 'Aiî al-Fàrisî est exposée
plus clairement que par Safadi : y3Ja-U^^j*i.JI J.^-»»« y^^'i ^j* |*>j J^^ U^V"^i
^^ Le"! jy^ji! u*^ ^^ (J-^ t^^i *-'7^ i ^;'-*-'> J-^ j-?' »^ ^ J-c *:>*
i^C U i)i J^ftx*-^ ^5;^ yl ^i aLJJI JJ.:-- i i)l J4x*^< JUb yl ^s*aj. ^ S-ù^^
xi^c:^!^ *M-? j' *->*^j' ..^.-a-Ji Jjb ^j5^. aOn dil, en parlant du premier jour
d lis, mustaluill ai-ialir (l'apparition do la nouvelle lune du mois), mais
PllOLKGOMKNKS \ L'RTUDE DES HISTORIENS ARABES. 467
'Il fa
j.>JLLU *LjJI^ J-a^aW ^j_^Ji Jjc^' ^J\ ;Uic' tjv^^î^ j^-'S^^^
même qu'il interdit d'écrire, dès le lendemain matin de cette
nuit, (il-mustahaH (à l'apparition de la nouvelle lune), car
l'apparition de la nouvelle lune est déjà passée, et, dans ce
cas, il indique qu'on doit dater en se servant des expressions
aivival as-sahr (le premier du mois) ou bien lilai/lut"' lilialat min
(une nuit étant passée de. . .).
Al-Harirî^' a dit dans sa Durrat nl-ghaivwâ-s'^' (la Perle du
plongeur) : «Les Arabes emploient de préférence le nàn (c'est-
à-dire le pluriel féminin^ quand le nombre est petit, et le ta
(c'est-à-dire le féminin singulier j quand le nombre est grand.
Ainsi, ils disent : li'arba'" Lhahnvna (quatre nuits étant passées
lavec le verbe au féminin pluriel]), et li'arbrni asnila hiilnl""
c'est une faute d'après ce que dit Abu 'Ali ai-Fàrisî dans sa Tudzkint. La raison
qu'il en donne c'est que la nouvelle lune ne s'aperçoit que pendant la nuit, et
j);ir conséquent le mot iiiustalutll ne jieut être utilenicnt employë qu'en parlant
de cotte nuit, et l'on ne pont s'en servir que pour dater ce qu'on écrit cette
nuit même. Abu '\li ne permet pas de dater ce qu'on écrit cette nuit-là en di-
sant : une nuit {de tel moù) élanl passée, parce que la nuit n'est pas encore passée;
de même (|u'il défend de dater ce qu'on écrit le liMideniain malin de ci'llenuit,
par les mots muslalndl ak-sahr (à l'apparition do la nouvelle lune ilii mois^
parce qu'alors le temps où l'on aperçoit la nouvelle lune est déjà passé. Il indi(|m'
donc qu'on doit dater aussi [ce qu'on écrit ce jonr-là] : /c pif min- du imiix.
ou : ou ciiiiiDinnceiiieiU du mois, ou eniin : uni' niiil du imns lilant /ki.s-.vc'c».
'•' (ir. BnockKi.MANN, I, •:<■".
*^' (]etle citation se trouve dans Svcv, Anlluduij^ù' jjruui., p. 'i(i.
/i68
MAI-JUIN 1911.
JlaXxJ! ^^Â y^r*^3 ^^b *W J"^^'
>^ u' -^^^
^ _-«—♦..*»
Uil
5 ï
v,>J^!^ *^-^' i»L;.-J! jj^w ^A,*-«c>3 (jJ^A.aJ i^y^\*i j^^^L) -^^j^ill
oLJyi J->JUU! ^A ,^Àx^ lyiil ^ri:^.! î^^lx^î JJJk^^ l^yJ3
W P^j^l. — (') Çora;*, IX, 36.
/.7/r//rff (quatorze nuits étont passées'" \^anc le rerhe nu snignlwr
féminhiYj.
«Les Arabes, dit-il, emploient aussi de préférence le pronom
aflixe [féminin singulier] qui se compose d'un lui et d'un
('lif (\j>) pour le pluriel de grande pluralité, et le pronom
alïixe [féminin pluriel], qui se compose d'un lia et d'un iinii
redoublé ((Çj^K pour le pluriel de petite pliu'alité. C'est ainsi
r, que le Ooran'-^ dit : ç^Le nombre des mois aux yeux d'Aliali,
«tel qu'il est déterminé dans le Livre d'Allàb, au jour où il
«créa les cieux et la terre, est de douze mois, parmi lesquels
«il y en a quatre qui sont sacrés. C'est la vraie religion : ne vous
«faites pas de tort à vous-mêmes pendant ces [quatre] mois, ii
Le pronom qui se rapporte aux [quatre] mois sacrés est [au
pluriel] avec lui et nihi f"^), à raison de leur |)etit nombre,
tandis que le pronom qui se rapporte à [tous] les mois de
l'année est [au singulier féminin] avec hà et élif (1jî>), à cause
de leur grand nombre.
<") Dans ce passafjo, los mois c>-U. ot yp^i- ont été traduits à tort |»af Sary
(lue. cit.), par : ri'slaitl , alors (|iic cela si<;nilie au coiUraire : s'élitiil i-couli-rs.
(•-: u, 3G.
PROLÉGOMKNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 469
»;>-**' «i^ ' si^iXx^ I^IjI iiî ^Uîî IxZéJi ^ I^U^ ày^JI »;^*" i >^^
W Çoj-rtn, II, 7Û. — C") Oorrt/i, m, 28. — « S XJy*J.
«C'est ainsi également que les Arabes préfèrent employer la
terminaison du féminin pluriel [^\) pour les adjectifs se rap-
portant à un pluriel de paucité, et, en conséquence, ils disent:
«Je restai des jours comptés [avec la terminaison du féminin
K pluriel , ci^S , pour dire quelques jours \ . v Par application de celte
règle, on trouve dans la siindr intitulée la Vnchc^^' : «Ils ont
« dit : Le feu ne nous touchera que pendant des jours comptés w
[avec la terminaison du féminin singulier], tandis que dans la
la sùrale inliluléc in Famille de 'Imràn, on lit : ^ . . . que pen-
«dant des jours comptés w ;avec la terminaison du pluriel fé-
minin]. 11 semble pur là cpie [ceux dont il s'agit] ont admis
d'abord [qu'ils demeureraient au feu] pendant un temps long,
et qu'ensuite, revenant - là-dessus, ils aient abrégé ce laps de
temps. Il
Il faut dire, [pour dater un écrit] du premier du mois :
lilnilfU'" Llialal (une nuit [de tel mois] étant passée), ou
llgliurndi. . . (à la nouvelle lune de. . .), ou limuslalialh . . .
(à l'ajjparilion de la nouvelle lune de. . .).
Lorsque vous êtes sur que c'est la fin du mois, vous direz
(') Qor((ii , II , 7'i.
'^' Saoy, AiitholojiH' , |i. pv, a ;nlti|(li' la Icrtm : lj_x-a>lj:'.
A70 MAI-JUIM 101 1.
Jo c^-A-ï c:>^_A_w L»._g„jlj c:*ii.>! IjyJUw' ^^^ ^ï? ^J CS*^^^ Uv' Jkiillj
Aj-Si v-^c (^V «^ U U^-5 ^-''^'-' j4^^' (J.^^ u' J'""*^*»'-*^ '>*^-=*^
f- i
msilâhha ou salkha (à la fin de. . .) ou'âkhirn (au dernier jour
de...).
La manière la plus élégante d'indiquer la date consisle,
d'après Ibn 'Usfûr'^', à dater au moyen de la période la plus
courte, qu'elle soit déjà passée ou à courir; e1 , lorsqu'il y a
égalité de part et d'autre, vous avez le choix entre l'une et
l'autre. Pas tout à fait, ajouterai-je, car si l'on est au quinze
du mois, on doit dire muntnsif (au milieu de. . .) ou Lhànus
"asar (le quinze. . . ). C'est plus exact, car il se peut que le
mois soit incomplet. Mais si l'on est au quatorze ou au seize,
vous indiquerez simplement ces dates
Observation utile. — J'ai vu de bons auteurs qui écrivent,
pour certains mois, nu mois de. . . ', tandis que pour d'autres
mois ils omettent ces mots. J'ai cherclié quel était le motif par-
ticulier de cet usage, et j'ai Irouvé que ces auteurs n'emploient
le mot mhr (au mois de. . .) que s'il s'agit d'un mois dont le
''' AI)!! 'l-llusiia Ali 1). MiTuilii, dlL lltii lîsfùr, ijramiiuiiricii and.nlou, iikmI
on 66G ( 1270). Cf. IIadji-Kiivi.fv, II, d:'!."); h, :58; V, ^119; VI, 81 cl pnioiiw.
PROLÉGOMÈNES \ L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 471
IjLi SiLnJî ei5v-^^ ^jxJJlI! ^^ ^^-4^ ioÇ^ljS'sJ^awl^ ^5!^ UTj'^J
(■") V s j.;y^. — C) V ^^. — M P l^yi,
nom commence par la lettre râ, tels les deux mois de fiabf
(f et if ) et les mois de Radjah et de Ramndân^^K Je ne vois pas
quelle en est la raison, ni le motif de cette corrélation. En
effet, il eût été plus convenable de supprimer le mot sahr
(mois) dans toutes ces locutions, car il y a rencontre de deux
râ; or les grammairiens évitent ces rencontres et écrivent
Dàirud (^Da\\à^ , nàwus (cercueil) et tâwus (paon) , avec un seul
ivâw, parce qu'ils n'aiment pas la rencontre de deux lettres
scmblahles^^l
L'usage s'est établi de dire pour le mois de Muhairaui : nu
mois de Dieu [mulunTnmy, pour le mois de Radjab : (tu mois de
Ihitljfd) l'iitiique, ou le sourd, ou le très pluvieux ; pour le mois de
''' Je lioii\(' dans les jtIoscs (iL^La.) tl' \I-Klii(li'i (sic, Lu/)!», Siipi)! , p. 8-j
s. V.), sur io Commentaire dTbn 'Aqîl à VAijiyijn dTbn Miilik (éil. arabi' de
Rouh'iq, i."5oi3 H.), doiixi^mo partio p. i/ia, que d'après le grammairien li)n
ilisi'im (ci. BnocKKI,MA^N, op. cit.. Il, p. 98) le mot -^ ne |)eiit acconipajjner
que les noms de Ramadan etdes deux /{«/n, tandis que Soyùti rapporte, d'après
Sîhavvailii. (|ii'il est permis d'accoler le mot j^ aux noms de lous les mois.
*■' Getle ii'niar(pie. ainsi (pie les exenq)les cités, sont em|irnnli's à lludiu,
Durrai uI-^Ikiwivi'is , ajHiil Su:v, Anlli. frrani., p. 11 de lu paille iiralie et 117
du la Iradiiclion.
/i7-2 MAI-JUIN 191 I.
li^ A-ià.x-Ll ^lAà^r (jUi/oj j,^ r»>Xii ^JLA~x•w (jUx^ ^^ c^-^-o^i 3! AA£>i)i
j*j^ i^ ^^i (jj/>t'j^ >^^^' 'N^ J|y- J^' Ij^I^^^ tiJ^Uli J|>*« J'J^
/v_xJ» >{{.«^Ji !_5>StX) m' U>^^^ "^ piyjiwli («^^j-^J SjMviLs.^ j^Lsij.*<jb'
x-AÔ^^ Oi-^-J Xwkàl^-i^ ij^'*? li 45^ *^^^ iùjMtJi vSi ^j./» vXi iJ
C) ^^Ui . — e*^ V. Les liiiit mots précédents manquent. — '•"'> P. Dans ce
manuscrit les cinq mots précédents sont rejetés, sans raison, deux lignes plus
])as.
Sa'bân : Sahân le très honoré; pour le mois de R;ima(jàn . Rama-
dan le très respecté; pour ie mois de Sawwâl : Sawwàllo béni.
On indique la date du premier Saivwâl par les mots 'îd aJ-fiir
(la fête de la rupture du jeûne); celle du hiih Dzà 'l-lndjdja
par : i/awm al-tarwiya [\e jour de l'abreuvement); celle du
neuf de ce même mois par : tjaivm "Arafa (le jour de [la station au
mont] 'Arafay, le dix de ce mois par : ^id an-nalir (ie jour [de la
fête] des immolations]; celle du neufmuharram par : ijawm
tàsna (le jour de tâsua)\ celle du dix de ce mois par : ynwm
Wèùra (le jour de Uimra), sans avoir besoin [dans tous ces
cas] de mentionner le mois; mais il est indispensable d'indi-
(pier l'année"'.
On trouve parfois, dans certains passages [d'auteurs] les
mots : naifijif eX biif, comme lorsqu'on dit : naijijif nuéisrln
(vingt et au delà). Ce mot iiayifijdoïi avoir le tasdid (le signe du
('' Tout le paragraphe suivant est emprunté à la Doiirva de HAniiti. \oir
S. DK Sacy, Aiilhologic gr(i)jtiiiat. arabe, p. i>v^ ot traduction p. io3. Mais,
selon riiabitude des auteurs arabes, Safadi se garde bien d'indicjuer sa source.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 473
x-A-Xfi o^l îii pt^viJî J^ cibl (j^ ^^Jùi^JO làiDi !»Xi>^ ^sL dU jo
Jj—'j <^_;__«^ L^wjcXg Oj-îJL5 *jLU; ylS'j^o^-.ijtli Jt^ :>iv U l^lSol
redoublement) sur le yâ. Celui qui prononcerait naif -Asac un
_y(^/ quiescent commettrait une faute de langage. Ce mot est
dérivé du verbe anàfa qui signifie dominer quelque chose. On
dirait^" que le nombre, étant supérieur à vingt, est considéré
comme dominant la vingtaine. De là vient qu'un poète a dit :
Je me suis établi sur une colline dont le sommet domine [naifyij)
toutes les autres collines. [Mètre moînqdrib. ]
On n'est pas d'accord sur la quotité exprimée par le mot
nujpjif. R C'est, dit Abu Zaid*^', l'intervalle qui est entre deux
dizaines ?5; selon d'autres'-^^, c'est seulement depuis un jusqu'à
iroxH. (^ette dernière opinion esl peut-être la plus rapprochée
de la vérité.
Ouant au mot but, comme dans cette locution : dix cl
quelques (bid') années, il est le plus souvent employé pour
C' Il l'uLit ajuuliT ici les mots xilCi. Cf. Sacï, loc. cil.
'-' Abu Zaid Sa'îd b. Ans al-Ansàrî, rélèbro jibilolu^jui' di- Basra , f •.! i /|
(899) ou 9i5 (83o). Sur sa liiographic cl ses ouvrajjos, voir les sources indi-
quées |)ar RuooKHi.MANN , i>p. cit., 1, 10^1. On Ironve nns>.i une notice sur cet
auteur dans b; nis. n° aoOA du fonds arabe de la Ribliolliè(|ue nationale,
fol. i3i.
'■^' Cette opinion est celle des granuuairiens de Bosra et de Kùla. (il. Tddj
al- a ni s, sous 1/ oU .
hl!i MAI-JUIN 1911.
JLaô p(^^! <ii J^iJÎ J^iiS î^jyî ->^^ JoixJl oïaoj y^i U ^iû ^ J^^
(")
V s »^l. — C") V *Vyi. — W Qoran, xxx, 2. — C'' S Ijjj^..
exprimer un nombre depuis trois jusqu'à dix. Selon d'autres,
il s'applitpierail seulement à un nombre inférieur à la moitié
d'une dizaine. On appuie la première opinion sur un Ijfiditli
du Prophète, relatif à la manière d'expliquer ces paroles
d'Allah — qu'il soit exalté! : et Quant à eux, après avoir été
vaincus, ils vaincront à leur tour dans quelques (è«/) années"'.»
Voici le fait. Les Musulmans désiraient que les Grecs triom-
phassent des Perses, parce que les Grecs étaient sectateurs d'un
livre [révélé]; les Polythéistes, au contraire, inclinaient vers
les Perses, parce que ceux-ci étaient idolâtres. Lors donc que
Dieu annonça aux Musulmans la bonne nouvelle du triomphe
des Grecs dans l'espace de quelques aimées, cette nouvelle causa
une grande joie aux Musulmans; et Abu Bakr s'étant empressé
d'aller trouver les Ouraisites polvthéistes, leur fit part de la ré-
vélation (|ue les Musulmans avaient reçue à ce sujet. Alors
O Qoran, x\\, a; il. un j);iss;i{ji' iniporUuit de lÎMiilui, (miii.. Il, loa.
y
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTLDE DES HISTORIENS ARABES. Mb
Il ^ * i~
" , " w 'il':
V- s ''
LjL_;kX_Aii-j jUJl J-:i-!^î ^LbAjl Juï (j^jl-lb j^^ Ji '^Vii -jiiili /vaJCJUw
(«) p y^lii, _ C) p. Manque. — ('^ P i^r' • — <''^ P *i<Ji •
Llbavy ibn Klialaf'^^ lui dit : c^ Veux-tu parier avec moi?r Abu
Bakr engagea avec lui un pari de cinq chamelles, en lui fixant
un délai de trois ans [pour l'accomplissement de la révélation].
Après quoi, il vint trouver le Propliète et lui demanda quelle
était la quotité exprimée |)ar le mot hi(f. «C'est de trois à dix »,
lui dit le Prophète. Et Abu Bakr lui ayant fait part de son
pari avec Ubayy ibn Khalaf, le Prophète lui dit : «Quel motif
vous a poussé à fixer un terme si court? — C'est, répondit-il, hi
pleine confiance que j'ai en Allah et en sou Apôtre.» Alors lo
Prophète lui dit: «Relournez auprès des Quraisilos et, moyen-
nanl une augmentation de l'enjeu, oblenez (W'xw une prolon-
gation du terme fixé.» Abu Bakr ajouta deux chaniolles à
l'enjeu, et obtint des Qurai.silcs une prolongation de deux ans.
Avant l'expiration (hi deuxième délai, Allah accorda aux Grecs
'■' Quraisitc païen, lue par Mahomet liii-niènie à la Itataillf (l'Uliud
(7 Sawwiil, ann(''i' III de riié;;ire = a;} levrii'i- (Ja5). \oii' Misnil itl-ntaxtilnli .
I, i3o; Prince di: Tkano, Aniuili dcll' Isliiin, I, p. 1)53, n° ÔGf). LIni)) était un
lies adversaires les plus ;i(liarnés de Malioniet. Voir le Commentaire du Qurau
par Rmilunî, surate viii, vei sot 17: (i.vissiN dk Pki\c,i;vai. , AWi, III, lotJ-ioy.
476 MAI-JUIN 1911.
J^_*M^ ^ j_s>. ^jw-« ci>U «Xs ^i tj^^ ''^-*^ '*^' is*^) y- Ù^ Vr'^X'ijJ
* ' frli
>! J^"i)i^ ^juw^jjiy» Lcl ,.5o bl ^li. ^^i! J^s^ ;l^Ji
k_/
*
<°) P ,j>JLJ. — '' s jr ^' — '^ l*- Les i3 mots précédents manquent.
— (■') S jUiJ! .
l;t vicloire sur les Perses, confirmant ninsi l'évaluation du délai
fi.xé par Abu Bakr'i).
Or IJbayy était mort des suites d'une blessure (jue lui avait
faite le Prophète''^*; Abu Bakr reçut alors le montant du pari
des héritiers d'Ubayy. Le Prophète lui dit de le distribuer en
aumône, bien que le pari eut eu lieu avant l'interdiction des
jeux de hasard. Selon d'aulres auteurs, celui qui avait parié
avec Abu Bakr était plutôt Abu Sufyân; mais la première
version est la plus exacte.
SECTION QUATRIÈME.
\j^ellml(juc est du nombre des choses que l'historien est
obligé de connaître. En conséquence, je dis : Le nmah (etlini(|uc
ou adjectif relatif) est un rapport d'annexion, car il consiste à
annexer une chose à un nom de ville, ou de bourg, ou de
''' Ici s'arrèlo la cilalion (]iio Saladî a faite de Harirî. \oir Su;y, .l;i//io/o^i'e
(yrain., ]). oa.
<*' A la bataille d'L'huil. Vuii' Ihn Ai.-Vniiii, Clironicnn, IL ô/i.
PROLÉGOMÈNES À L ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. !xll
métier, ou de doclrine, ou de croyance, ou de science, ou de
Iribu, ou d'un ancêtre, comme dans les exemples suivants :
umri (Egyptien); mizzi (de Mizza)'''; manàjam[\ (fabricant de
mangonneaux) -'; mjii (adepte de la doctrine de Sâfi'î); mu-
tazill (qui partage la doctrine des Mu'^tazilites); nainvî (gram-
mairien); zuhri (de la tribu de Zukra h. Kihib h. Murray^'';
J,hnli(li (qui descend de Khalid). Or celte signification n'est pas
autre chose qu'un rapport d'annexion. C'est pour cela que les
anciens grammairiens intitulaient cette matière t chapitre du
rapport d'annexion 55 (^'. Je ne l'ai nommé mimh que parce
qne vous le connaissez sous ce nom, de même que vous recon-
naissez un individu par les [noms] de ses pères.
On n'a ajouté une lettre (le y«) à l'ethnique qu'à cause de la
signification nouvelle qui lui est donnée, par application ana-
logique de la règle suivie en matière de féminin, de duel et de
pluriel'^*. Si vous demandez pourquoi on a choisi de préférence
''^ Bourg près de Damas. Cf. Sovîti, Lttbb al-lubàb , éd. VVkijkus, p. ►'l'I*.
'-' (lomp. yiayya.viKvv. S. FmuNKKi, , Die nraiiulischcii Freiiidii'oiier iin ara-
bischcn, |). /i3.
'^' Cf. Sdvi'tî, Liibli al-litbilb ôtl. VVkijkus, |i. ir^ .
•''' il en est ainsi notanimcnt cIic/. Sir. n\ \iiii -, cl. l'odilion H. DKRKMioriKi ,
t. 11, p. (i'i.
'■'' Dans ces trois cas, les siifTixcs », y! ri y^ iiulicpuMit Tidôc houncHc (pii
vioni s'ajouter au masculin sin[|ulier', considéré comme la forme la plus ;iim[tle
(lu mol.
XVII. 3i
l^irnmrHtr :iitio> ti.R.
478 MAI-JUIN 1911.
iUiJiXJJ !_5i^K^3 ÀjLoilJ /j< ^5^15 vj |Àbî tjAAJAjJi (jiJ oJj c-.«-»«jJ!
le ijà, à l'exclusion de ses deux sœurs, les lettres ivàiv et â'if,
alors que toutes les trois sont des lettres de prolongation et
des consonnes muettes faibles, je réponds : w C'est parce que
l'cllinique, comme il a été établi précédemment, consiste dans
l'annexion d'une chose à une autre, quant au sens. Or, l'in-
fluence de l'annexion sur le deuxième terme se traduit par le
génitif; et la voyelle /resrfl [i) étant de la même nature que le
]f(\ , il est devenu plus conforme d'ajouter [à l'ethnique] le xjà ,
que le w&w ou XéUf. Sachez-le. it
Si vous demandez pourquoi on a redoublé le yà de l'ethnique,
je réponds : «C'est parce que le sens de l'ethnique a plus d'in-
tensité que le sens dérivant du rapport d'annexion. 55 On a donc
redoublé la lettre yà pour indiquer cette nuance. C'est ainsi
qu'on dit: mrmra H-bâzî (le faucon crie], mais sarni 'I-djunditb
(la djundub'** crie). «Mais, direz-vous, pourquoi a-t-on donné
"' ?rCh(>z le viiljjaire, sorte d'oiseau qui saule beaucoup, qui ressemble
beaucoup à la saulerelle, et ([u'on appelle aussi bj4* " {Muhit. aJ-intihû, sous
y i-j,XJL:^). D'après Sibavvaihi, le y est étranger au radical (iùi<L), conimo
dans les mots *J.>ia;-c, ~«iJLc, ^j-o, j..« àt. , parce que le paradigme J-ii»
n'existe pas. Cf. Tddj al-'arùs, y i^y<^.l\ s'agit, bien entendu, d'un mot
ayant (juatrc radicales difTérentes, car l'on connaît des mots à racine bilitère
de la forme JJJti. Exemple : .Xiâo^jû la huppe (oiseau).
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 479
ij-À-i! ^'liLlJî .<y.^«Jî rrfwilî <JI OyLAwJ li>l^ l.g^.À'^ /w« îii l^JLo U
(j^j-j ^jjw» !^t^ dLîi Î_j-Ljtj Lf I^ ^yi_5 *OJI^ (:r^'-5 (*^' d^^^
W V ilby;. — C") P. Ce mot manque. — W P J^JUà. — (') P S J^j.
-(«)P^.
la voyelle hesra à la lettre qui précède le ijâ? )i Je réponds :
«C'est pour préparer à la prononciation du ijâ et par considé-
ration pour cette lettre, cai* le yâ ne peut être précédé que de
la voyelle correspondante. 71
Lorsque vous voulez former un ethnique d'un nom sain,
trilitère, au singulier, vous maintenez ce nom dans sa forme
(en lui ajoutant le y<\ du relatif), et vous direz, par exemple :
Bahrl (descendant d'Abù Bakr)'^', ou 'Omarî (descendant de
'Omar); à moins, toutefois, que la deuxième radicale du mot
(dont on veut tirer le relatif) n'ait la voyelle kesm, au([uel cas
vous direz namari, mdadi, ihali^^^ et du^ali^'^ comme re-
latifs formés de Garnir (nom de tribu), mdida (estomac), 'ibil
(chameaux [coUeclif]) et Duil (tribu issue de Kinâna). Dans
ces mots vous donnerez la xoyeWc Jallia au inhu (de Namir), au
W« (de ma'ida), au bn (de 'ibii), et au wàiv (de Du'il). On n'a
('^ Dcscciidant d'AliTi Bakr, ou d'uno des tribus siiivaiilcs : Hnkr li. W'à'il,
Bakr li. 'Alid Monàl, Bakr b. '\ul', liakr I). Kilàh. Cf. Sovrri, Liih/> al-lii/>,ih,
éd. Weijkiis, |). fy,
''^' On j)(Mil dire aussi ibili, car le mot couuncncc [lar dcuv Icllics avant la
voyelle bosni. (if. Sacy, Gratn., I, 389.
'■^' Il ne faut pas lire 3, comuie dans Svcv, (irain., I, 33iî. CI. SoYi'Ti, l.ubb
al-luhdb , s. v. Jp .
3i.
/i80 ■ MÂl-JUlN, 1911.
o-jLj ^jL» J^^wj.-»*!^ iX.^! <JI iùj<*3 ij^jx**!^ (S'^y*'^ Jy^j^ t;Av«*uJI
o»A.ï (jj«.>Jjw«j (_>-_*^^ tJwCo} (-.wLxJj ,_|i^ Sy^M*S>A ^sy' uyt:^
i*.Iii-« .^Cijl i».>.-l! 4X.A.£^ <X.>jLj yM*S^ ^j-M,^^ r^yÀ^^ /^>_AJ^ C^"^-*^
(<fc-?)^ ^^^1 J^JLJo A..L< 0«X^ L« i\ <wA-«fcjJI jj liLjoy &à^Js«s2
(°) P^yL?. — C") J^J.J.
subslitué ainsi \\\\ falha au Âesra que pour éviter la succession
des kesra.
Lorsque vous voulez former un relatif d'un nom de quatre
ou de cinq lellres, vous maintenez ce nom dans sa forme et
vous lui ajoutez le ya du relatif. Ainsi vous direz ahmacU et
safardjalî, comme relatifs tirés de Ahmad (nom propre) et de
safardjnl (coing). Si, dans le quadrilitère, l'avant-dernière ra-
dicale a la voyelle hesra comme dans les mots Taghlib (nom
d'une tribu), ïathrib (autre nom de la ville de Médinc),
mafrhrih (Occident) et masriq (Orient), vous direz taghhln,
ij<ilhrdn , nuiplinln elmasriqt, avec la voyelle kesra à la troisième
lettre. Selon Al-Mubarrad , la prononciation avec \efatha (à la
troisième lettre des mots précédents) est régulière, tandis que,
d'après Sîbawaihi'", l'usage en a seulement été noté.
Lorsque vous voulez former un relatif d'un mot défectueux,
dont la dernière radicale est retranchée, vous devez la rétablir
au relatif. Ainsi vous direz : akliaivi, nhmvt, dzawawi, "amawi,
'■' SiuAw.uiii, éd. Dehkndoluc;, l, 11. ji. iv, et Kuiimi, '/^i. tuml., Il, i^T,
PROLÉGOMKNKS À L'KTUDE DES HISTORIENS ARABES. /i81
,^.v_s».Lw» 4^v_fcC ^:>^ <->i_5 ^1 Ji i»-s«*J ^£yJ^3^^ (_g:^<X£j t^^^^ t5^^-^^
yLxl^^ yî^î^ ul>^' iLxJ.JLxJI j^ l_^JLs ,t>-p^ ^^*5 t5*^^^ (»^^
C)
P yLSj . — '') P 83^ . — (''' V. Les trois mots précédents manquont.
''tidaivi'^\ \i{jawi, comme relatifs tirés de : akh (frère), ah (père),
iJzH ayant le sens de possesseur de . . . , \im"' (insensé), W<'-'
(nom de plusieurs ancêtres de tribus), de "ida^^^ (mensonge),
parce que, au duel, on dit ahhawàni, ahmvmii ei^ainayàni. Mais
si le mol dont on veut former le relatif ne reprend pas au duel
la lettre [faible] qui en a été retranchée [au singulier] vous
avez le choix de rétablir cette lettre ou de la supprimer, à votre
gré. Ainsi, vous direz yadl (manuel) et damî (sanguin) ou
yiidaivi et damaivl, comme relatifs tirés de yad (main) et dam
(sang), parce que, au duel, on dit ijadâni et dnmàni.
Si le mot (dont on veut tirer le relatif) se termine par un
ta sulTixe, ou commence par un hamza de liaison, vous retran-
cherez l'une ou l'autre de ces deux lettres et vous direz, par
C' l'ciit-iHre faiidrait-il lire plutôt ^^^.Xj:, relatif de okj= au lieu de ^>^ . En
effet, ce paraj^raplie est consacré aux relatifs tirés des mots déiVctuouv dont
la dernière lettre est retranchée; or dans <^jv^ le yd n'a pas été supprimé. C(.
SiBAWAïui , éd. H. DKivKxnouno, l. If. y. vi. Mais voir Kiiipni, ii, vp.
(-) Voir la note précédente.
(•'*) La véritable troisième radicale serait un ). (A. Tùdj al-'arÙH, ^/^^ïlc, et
SiBAWAIIK , t. Il , [1. vv.
482 MAI-JUIN 1911. "
iy^i L$j_5(X-« jj ocAj» Lx (jj5^ ^^^^-"^^ owsfc.1 J) iu^wj tk?^^ t5>^^
*_*Ji u>^Aw..\.4l yL5 yL» (^-^^"'^ (_g^-fW5 j^_^_Ljj ^_yÀj! JjJùi ld>i^
dU jL^ (;)-^-^ ^T"*^ jl-i-Jî (jj-^ yù^ l-^y-î tiJb il (j^js*-
ovJ«>^-jÎ_j cÂ-Çj-Ai t-xJ! ^jvxUî ôjj»- u''^U^^^ *^ <-^' ^>v*o t$X?^^
(°) V ^yi. — '*') On s'attendait plutôt à »^^ , mais les trois mss. sont d'accord.
— c^) PyU^. — C) S jU-. — C) P L^.
exemple, «Mrtw;*'^' et banawî, comme relatifs tirés de ""m/.V/^
(sœur) et hint et V6?< (fille et fils), comme au masculin. Ouant
au hnmza de liaison, si vous ne le supprimez pas, vous devez ré-
tablir la lettre faible [finale] qui a été supprimée; mais si
vous ne le supprimez pas, vous ne rétablissez pas la lettre
faible [finale]*-*. Ainsi, vous direz 'ibm ou banawî (filial) et
samawî ou 'ismi (nominal).
Si le mot dont on veut former le relatif n'a que deux lettres,
sans troisième possible, il vous est permis de redoubler [la
.deuxième lettre] ou de la laisser telle quelle. Ainsi vous direz
hamî ou kammi , avec un mîm simple ou redoublé, comme relatif
formé àekam (combien). Si la deuxième lettre est faible, il est
obfigatoire de la redoubler; vous direz fiwi et lawawî, comme
relatifs tirés de/i' (dans) et laiv (si).
Si la lettre faible est un élij, on la redouble, et la deuxième
'■' C'est facultatif, et l'on peut dire <^i^I . Cf. Sacy, Gi-am., I, 336.
'^' Parce qu'il y a compensation, le mot ayant un hnmza de liaison à la
pl;w(' (le la lettre failde finale dont il a été privé. Com|). Sacv, (Inttn., I, ^'Mi.
PROLEGOMENES À L'ETUDE DES HISTORIENS ARARES. 483
(des lettres semblables) se change en hamza, qu'on fait suivre
du yà du relatif. Ainsi vous direz lat, comme relatif formé de
1(1 (non). Il est permis aussi de convertir ce hamza en wdw et
de dire làivî.
Lorsque vous voulez former le relatif d'un mot dont la pre-
mière radicale a été supprimée, mais dont la radicale finale est
intacte, vous ne rétablirez pas la lettre qui a été retranchée, et
vous direz : sifî et Vf/?, comme relatifs formés de .sZ/a'^) (des-
cription) etVf/rt^^' (promesse). Mais vous avez le choix, lorsque
la première radicale est intacte, et vous pouvez dire balliî et (jal}
ou balhaivî (qui loue fréquemment) et qalaivi (frit) de la même
façon que vous traitez le mot dam (sang).
Si le mot provient d'une racine défectueuse, il est indispen-
sable de rétablir la lettre retranchée, et vous direz ivisairl et
Inraljt (avec la voyelle kcsra (/) sous le wâw et le fatlia sur le
sin) comme relatifs tiré de siya (bigarrure)*'^' et Ijir (parties
(') De vJLoj .
(5) Deo^cj.
<•■'' Racine <^j . Cf. Sîhaw \iiii , II, ji. ^i\ Miiln'l, II, rît^f);"), (|ni (Idiiiie
i^y^ji t't voir Qiiraii , ii, (i('>.
/i8/i MAI-JUIN 1911.
^ S« y I-
';^
(f)
(") p ^.. - c) p ^^. - ;-; p *.--.u_,. _ (•') p /l. - "^) p c5^,.
_ (f) p /u. — (S) P,UU.
naturelles de la femme)'"; vous direz aussi, comme relatif de
lugha (philologie), hirrU et highaivi (philologue).
Lorsque vous voulez former un relatif d'une racine sourde,
vous ne dédoublerez pas les deux lettres semblables, et vous
direz, par exemple, rahbî (seigneurial) et non rahabl, ainsi
que cela est indiqué par Sîbawaihi.
Lorsque vous formez un relatif d'un mot terminé par un
éhj bref, vous supprimez cet e'/îj quand le mot est de chuj lettres
ou plus; vous supprimez aussi cet eV?/ lorsqu'il est quatrième
[et dernière] lettre du mot , à la condition que la deuxième
lettre du mot où il se trouve soit royellée. Ainsi vous direz :
hubârî^'-^ et djamazV'" (^relatif à une chamelle légère à la course).
Mais, si \('Hj bref étimi quatrième (et dernière) lettre du mot,
la deuxième lettre de celui-ci se trouve quiescente, vous avez le
choix de supprimer cet élij bref ou de le convertir en mUv, qui
précédera immédiatement le yâ (du relatif) ou qui en sera
('' Le véritable radical serait ^ : •'^- Cf. Tàdj al-'mùs y/ rr^ '^^ Sir..t\v\iiii.
éd. Derknbourg, t. 11, p. vi . On peut dire aussi c5y^> ibidem. Cf. Mtihit aî-
iniiljil, I, p. .870''.
'-^ Par application de la première règle, t^^^-^^ ayant cinq lettres.
'^' Par application de la diuxième règle, i^v*=w ayant une voyelle sur la
deuxième lettre et n'ayant, en tout, que quatre lettres.
PROLÉGOMKNES À L'KTUDE DES HISTORIENS ARABES. /i85
I . tt 1" "'' tî - . - 1 ?-- " ''."-' r -- M " • " m" -"
^ x ^ ^ ^
(J_^_)Li Jj,.Ji-;Li !^l_5 oi)i)i oy-^-» (VjJ^S i^iXl Jî cl\>.**j iiî_5 Jj^!iii
iX-jwwwjwJ ^^Os-aLx.^ (JJ.J^_1.J l<X£LAa* <!>v>wk<vx>lrw ojIj (jI 8ïVj oOvX;^.
jIJ^-JLS'IjÎ^ Lg-wS-^J»} L^^X-i^ 3'"^ *"*-?^ ovio yli tXXR.0 Jl
("' S t^y^^. — e*' P ylS^. — (") p. Les trois mots précédents manquent;
séparé par un f'Iif. Ainsi vous direz : huhU, huhldivl et huhUivt,
comme relatifs formés de huhlA (femme ou femelle enceinte);
(hiiiijaivi et dumjàivl'^\ comme relatifs formés de dnmjà (ce bas
monde). Mais la première formation (sans l'élif de prolonga-
tion) est la meilleure^-'.
Lorsque vous formez un relatif d'un trililère terminé par un
('llfhrcf, vous devez convertir cet élifcn ivâw. Ainsi vous direz :
t^afiuvl, rahaiv), 'asaœl , conuue relatifs tirés de qafà (nuque);
rahà (meule); \isà (balon).
Lorsque vous voulez former un relatif d'un nom apocope,
vous en relranchcz le ijà final, quand le mot est de nnq lettres
ou plus, et vous direz, par exemple; mutacVi, comme relatif
formé de imiUad'" (injuste). Si le yâ est quatrième [et der-
nière] letlre du mot, il est permis de la supprimer ou de la
convertir en ivàn\ comme lorsque vous dites (jmll et (jàilairl,
*'' On peut dire aussi ^]y-o^ , selon la n'{^le énoncée. CI. Sacy, drain., I,
.'i3'i, et SiBAWAïui, édit. DEnENriouno, il, p. v.
'-^ Peut-être poiu* éviter la confusion entre le .f^^JL» et le .n.joS: on ain-a
ainsi réservé W'Iif do prdloiijjalion à ce dernii'i'.
486 MAI-JUIN 1911.
(b) .» "^ • "^x '' ;i
adjeclifs relatifs de ^ar/'" (juge), mais la suppression est préfé-
rable. C'est ainsi que le poète a dit, avec la forme con-
vertie :
Et comment pourrons-nous boire, si nous n'avons point d'argent
avancé au cabarelior [hànawî]"^ ni de quoi payer comptant?
[ Mètre laxvll. \
Quant à la forme qnàaxv'i que les gens emploient, elle ne
)-entre pas dans cette catégorie ; c'est un adjectif relatif formé
du mot iiaàà (sentence), terminé par un éltfbref.
Lorsque vous voulez former un relatif d'un trililère apocope,
vous ne pouvez que donner la yoyeWc fathn à la deuxième radi-
cale et convertir le yâ [final] en wâw. Ainsi, vous direz sad-
<') D'après AL-KHn_)Ri, dans sa glose sur le commentaire cI'Ibn 'Aqîl à
VAlfiyya (éd. Boulâq, i3o2), II, p. (V-i, le mot ^y>^ est un relatif formé
de JÇoU^ cabaret. — Dans SîiiAWAiiii, éd. Dbrenbouro, II, iv,on trouve la
variante J^'j»> au lieu de f~à>\y^. Cet auteur ajoute que la forme normale eût
été (pUl. Le Tddj al-'arûs W ^-i^. cite ce vers avec les variantes vJUJTj et
^I5J> (sans t^), et ajoute que ce relatif sembli» tiré de iCoU». , forme que ne
ronnaissail pas Sîbawailii. Cf. Sîbawaiiii, II, *tv .
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. hSl
-' . ^ -' •^ #
^^<N^«w« (Jî c:* — * — «M—j îi!^ <xjj ^ Jî aa.m*j <^_5*>^^ t^^ Jy'j" '^'^
pljJ (Jl iL-SkMJ 45->^T* CiiAjli Ci\,fc*-»« pîJij iCA^AC)! âL<y]l OJO jjL»
u'
» S *lyLl. — C' V xlw. — f') P ^; s UX — (") P yL^'; s
iL^,
^'«tr/'" et naàawi, comme relatifs de saJ/'"'" (triste) et ««r/'"
(humide).
Lorsque vous voulez former un relatif d'un mot termiiK' par
un élif-iiiadda, si le hamza (qui suit) est radical, commo dans
le mot qarrn (lecteur du Qoran), il subsiste sans transfor-
mation, et vous direz qarrai, comme adjectif relatif formé de
(jfirrn, car le duel est ffarrnnni: mais si le hamza tient la place
d'un élif, signe du ftmiinin, on le convertit en wniv. Ainsi, vous
direz sahrâwî . comme relatif formé de salira' f désert). Enfin,
si ce hamza provient d'une permulation avec une lettre radicale,
ou a été ajouté pour adapter le radical au paradigme, il est
permis de le conserver tel quel ou de le convertir en ivàiv.
Ainsi vous direz lasnî et hisâwî, comme adjectif relatif de klsà'
(vêtement), parce que le duel est kisnâni ou h-isàwàni.
Si vous formez le relatif d'un mot tel que ma (eau) ou m
(') SiBAwiiiii, é'A. Dkiikniioi nii, II. iA ; de im'ino le Tiiilj nl-'nrùs sons
\' ^jsc', ol II' Miihil nl-iniiliil ; Kiniiiiî. nji. laniL. Il, i^r.
/j88 MAI-JUIN 191 1
-^ fd)
\ù\S^ oiJi «X_x_j xILm ^i^ »-i^) Uw« l^^j^^ ï^\jUu J! o-s**^ iiî^
W P. Le i manque. — ('■' S J^L,. — (') P *3l^l. — C*' P L%^j.
(brebis) ''^, vous convertissez le hamza en w^/w, et vous direz
niAwi et sV/w«, Vous direz d'un poème rimant en yâ que c'est
une qaHt(hy(iwiyyn''-\ C'est ainsi qu'iin poète '^^ a dit :
[Ce jour-là], la brebis et les trois pierres ■'"' ne serviront à rien au
possesseur des nombreux lroupeau\ de brebis. [Mèlre j-adjaz.]
Lorsque vous formez l'adjectif relatif d'un mot comme snijâ-
iva (misère), où le ^vùw est consonne forte et vient après un
('lif [de prolongation), de même lorsque vous formez le relatif
C' Au pluriel.
(-' On peut (lire aussi Yaiyya. Cf. Ibn al-FÀkid, éd. Marseille, p. 10, 1. y.
'•^^ Ce poète est Al Mubassir b. Hudzail b. Fazâra. Cf. Tddj al-'anh sous
v/ »^ et sous \J y.f^>^ .
('' Je substitue sSLc (pierre aplatie) à »i.>l (instrument), qui no donne pas
de sens satisfaisant. D'ailleurs, tous les textes où ce vers est cité sont d'accord
sur cette leçon. Cf. le Muhit (d-muhît 1/ Syii. Le Tàdj al-arûa cite ce vers a\ec
la variante »2X.c et ajoute riiémistlclie suivant : xjUj cioycïl L_(è5A..c lil. A'^uir le
Tàdj \J »j-i. Il faut aussi substituer 8!,L^, au duel, à »rL^, d'après le pas-
sa<je précédent du Tddj, et surtout d'après l'explication que donne de nouveau
le Tddj sous 1/ j-*^=^ , et le Mahît al-muhû sous la même racine. Les y!^v
sont deux pierres sur lesquelles on en met une troisième aplatie pour sérlier
le lait caillé.
laii)! *:Jj; L-i-LsT' b'SVxJI (J<\^J Jtï»; yà'' y^ ^W-'-c tr^-ui-s^ U^y^
«Et le vers signifie que la sécheresse sera telle que le possesseur des brebis
no pourra plus en tirer profit, car elles n'auront plus de lait'i. Cf. aussi Tddj
sous \J ^X^ , et Muhit, même racine. Voir aussi le Lisdn al-'arab sous \J jLi •
PROLÉGOMÈNES À L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. ^89
^_>i> )«Xjd /j^ ù\.*m^ *.>jy«^ ^s^juk^a^ <Ji x^-»*fcj cir*^ C^^T^ Jj-*-^
^^P_X_<^ ^:^^J3 J^Ji_Xj OmSj ^î *LJ\ OvJ<>es^ CJUp' '*'^^ <-^"^
(") >iJb. — « P o.^^. — W P V s »b. — C) P V S c:^J.^,. —
(0
P VS <^.>^. - (f) p c5jêv — ''' S *LJt. — (•') S ^IJ\.
d'un mot comme siqâ(ja (coupe à boire) ou hawlàyâ (nom d'un
])ourg)''*, dans lequel le yà n'est pas la troisième lettre, vous
direz : mqàwi , siqul et haivhhvl.
Lorsque vous formez le relatif d'un mot du paradigme
fuaUa, vous en supprimerez le yà et vous donnerez la voyelle
falha à la deuxième radicale du mot. Ainsi vous direz âjuhmn et
muzani , comme etliniques formés de Bjiihama (nom d'une tribu)
et Muza'ma (nom d'une tribu). Font exception à cette règle
les formes radhii^-^ et '^amirï, comme relatifs formés de Badina
(nom d'une femme) et M////m^'' (nom d'une fraction de la tri-
bu de Rabfa)'
Si vous formez le relatif d'un mot au féminin, qui ne soit
pas du paradigme ci-dessus, vous supprimerez le Ui partout
uii il se rencontre. Ainsi, vous direz: tallii, mahid, ha.srL 'nd-
(') Piovincc J'An-Nabrowàn. V,\'. Titdj al-ari'is \J Jj^.
('-' Lo Tiidj (d-'anis ro|rrclt(' que ro mol n'ait pas été voyelle par rauli'iir du
Qdmiis. Dans les copits, il l'a trouvé sous la forme ^j^.'^), f^cc qui est une
faute; il faut lire ^^,:>) ", mais il ignore les deux premières voyelles. Lo Muijil ,
I, 77(5 (lit que *SjSJ est le nom (l'uiio lonnuo (|ui exerrait avec son mari le
nK'licr (le rodri'sscurs de Innées, cl (s-*^.->^ est un relatif tiré du nom (\o celle
iennne, qui est devenu un sul)slanlil pour dt'-sijjner une lance (-*>). De même,
le Tddj , IX, p. 91 A i II fine.
*■') SiiiAWAiiii, éd. l)Kin;Ni)oiini'. , H, ii , el Tddj <il-'aii'is sous y t*' •
490 MAI-JUIN 1911.
(s-^^ UlS'yl» (^UJT (_si (jj^-xll ^^ *^îî ^^ J^i)^ jj (jjlrJ ! j-»**.^^
(°) P. Ce mot manque. -^ C"' P iu-^Lj.
y«ki;, safardjnli, comme adjectifs relatifs formés de Talha (nom
propre d'homme), Makka (nom de ville), Basra (nom de ville),
'adjùzà (vieille femme), mjardjnla (un coing). A moins, mon
Dieu! que le mot ne soit du paradigme /rt^7a, avec la voyelle
fatha (a) sur la première lettre. Ainsi vous direz : dirham hhali-
Jaû (un dirliem frappé au coin du khalife), comme adjectif
relatif formé de kJiaUfa (khalife)'^'.
Lorsque vous formez le relatif de mots de la forme fui et
fuail (avec les voyelles /r/iA^ [a) et liesra (/) pour les dou\
premières lettres du premier mot, et avec les voyelles (Jainiitti
(u) (il fatha (rt) pour les deux premières lettres du deuxième
mot), si leur troisième radicale n'est pas une lettre faible, la
forme régulière de l'adjectif relatif sera ""aqW et %i,qailî, pour
M(y«/(nom propre d'homme) et 'Uqail (nom d'une tribu). Ce-
('' Il est à remarquer que i'on ue trouve pas d'autres exemples, pour il-
lustrer cette prétendue règle, que le mot iuLJ^; partout ailleurs, les mots de
la forme ii^n^ perdent leur » au relatif. Exemple : (^j^x^ de *^^^ , cyj^-»'
de ÀJLJLw. Je suis donc porté à croire ([ue le mot ^.iAs^, qui fait déjà ex-
ception à la rèjrle du pluriel (puisqu'il fait au pluriel *IjLL=^, forme inap-
plicalile au féminin *J^j<j; le pluriel normal eût été vJui*^) échappe ici aussi
aux règles sur le relatif. Peut-être cela tient-il à ce qu'il est masculin, tout
en ayant la forme féminine. Cette foruie est d'ailleurs considérée conmie un
liarliarisnio. V. KiiiDiii, II, i^i; Osmînî, éd. du Caire, i3i'i, IV, p. m, etc.
PROLEGOMENES \ L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. ZJ91
ià-"^ JjJLj L^-^Jv^-i^ pLxJl Axaj Ifj^^ (J^ '•«y^ S-^. '^} J-^*^3
f^ i J i y >
cJ-^ ^aJ'^ ^-sJCjjj *UaJ! 1^ ^y^^ îsjr^i l^â^^^ «j-*-^' fi^
dUjsS^ (J^,^^ cj^^'ï^^ Jy"^* (j' t-îîy!aJi^ OUJCVÀXJi dii SAAjLX-yy^
pendant, on forme parfois de ces mots des relatifs sur les para-
digmes ^11 ail et Jaaii (avec les voyelles y^/Aa et damma sur la
première radicale). Ainsi vous direz : thaqaji (de la tribu de
ThaqiJ) et hudzali (de la tribu de Hiidzailj.
Si vous formez le relatif de mots comme 'Uniaytja'^- (nom
propre d'bomme) ou Tuhcnjija (nom d'une fraction de tribu )^-^,
vous direz 'umaivl ou 'amaivî (avec le àamma ou le falhi sur le
hamzn^ et tuhnwi ou tahaiii (avec le (lamma ou le /Î7///a sur
le /«). Dans ces deux cas, Wjàlha est anormal.
Si vous form(»z le relatif d'une racine sourde, par exemple
d'un mot comme (IjnJila (noble), ou [d'une racine concave]
comme le mot ùmnln (longue), vous ne retrancliez pas le i/n ,
car si vous le retranchiez, vous seriez obligé de dire djalili et
((iirifl; or le dédoublement des lettres semblables est d'une
prononciation dure. La bonne manière est de prononcer (IjtillU
C C'est-à-diro du paradijjiiio JU.~«, a\L'c une lettre faible comme troisième
radicale.
'■') La lilliii (le Tamim. Ci". Siim'îI, LuIiIi al-liiliill> , p. 171.
A9'2 MAI-JUIN 1911.
o<-.X-J»j »,-X. ■♦—41 >vX-v£i (_^! o*. *..jM.-i if^.Ajjti ixA-ijr t-^5jJL) yO ^Ls
»-_^,_^^ y-iJ kLjLJ Jl .x-iwM^j j_^3^ <i^-^^ Cs*>*^ cs'^^
M p ^u.;-^. — (") P ^^b. — f') P ïJjj. - ('') I» ^,. — « Paji;.
-.(opss^orv
et fminli. De même, des mots Salûl (nom propre d'homme) et
'^nfliuviv (ennemi), on forme les relatifs sulûH et "aduwivL
Si vous voulez former un adjectif relatif d'une proposition
verbale'", vous le tirerez du premier mot de la proposition;
ainsi vous direz : tanhhatj, haraql , huntî et kûnî, comme adjec-
tifs relatifs formés de : Taalxitln sarra" (nom d'un poète arabe
antéislamique), de Baraqa nahruhu (nom propre d'homme)'-'
et kniitu'-'^ (j'étais).
''^ SiB.vuAiHi, 11, Ao, a[ipolle ce gt^nre de relatif: AjLi^ Jl JCsLoill rrraii-
nexion à la cilalion exacte".
■'-' Cf. SiBAWAïui, II, <51. Cf Tâdj al- arù S souiu ysr, et Muhit al-muhi{ sous
\J ^jjjj et ~sr'. Saoy, Grain, arabe, I, 3ùi, écrit j>à.
'^' Ce relatif s'emploie pour désigner un homme qui dit souvent t^iJ^ j'étais.
Sur les distinctions et les diverses formes employées, voir Tddj al-arûs, sous
\i' y>J, ]). rfi, dernier paragraphe. Cf. aussi .SiBA\\Aiiii, II, '^i, où la forme
j^, (tininie relatif, est justifiée par ce fait que le nùn est nnï, ce qui a rendu
possible le r(''tal)lissement de la lettre faible nmai. Le Muhit al-muhit, sous
\J y^5, cile, outre Jli5, la forme (J-:^, adjectif qui se dit du vieillard,
jiai'ce qu'il répèle souvent cfdans ma jeunesse, j'étais ceci ou celai. Il cite ce
vers, d'après Djauharî [mètre tawîl^ :
tfJc suis devenu vieux et j'appuie mes mains par terre pour me lever; et le
pire défaut de l'imitune, c'est d'être vieux et d'être obligé d'appuyer ses inainn
0~Km*J
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. -493
3UJL OjJtJCj J^i)!^ XA.n ULiw^ Ijlkii^ 'r^^V^' (J u'-^ ooLi^
A^^j^^^Oo iLf^lfy ioiAvaJ U^aJÎ C>.>.*wj juilj J^j^i "-Àir*^' »^^-»<a^
'"' P. Ce mot manque. — C"' P JU..-J. — (') PS *j^.
Si le mot composé csl formé de deux termes en rapport
d'annexion, vous formere;? l'adjectif relatif du deuxième terme,
en supprimant le premier. Ainsi vous direz : hakn, zuhairi et
hurai, comme relatifs formés de Abu Bnhr (nom [)roprc
d'homme), ô^lbn a:-Zuhair (nom propre d'homme) et (Xlbn
kum (nom propre d'homme). Mais si les deux termes du mot
composé ne forment qu'un [seul mot] comme Z/^//<^/ (nom propre
d'homme), sans qu'on ait en vue de déterminer le premier au
moyen du second, vous formerez l'adjoclif relatif des deux à la
fois, au moyen d'une forme quadrilitère, empruntée [pour la
moitié] à chacun des deux mots, c'esl-à-diio composée [de
l'un et de l'autre]. Ces formes ont été notées d'après l'usage
des Arahes; elles ne sont pas normales^". Ainsi, vous direz :
•par terre pour se lever. ri Ce vers est également cité ibid.. sous y/^j ■£. Cf.
aussi le Tdilj al-'arûs et le Lisdn al-'arab, sous v/7Z^. Tous les deux donnent
la varianlo : (.i^acyâ^ au Hou du dcuxiônio ci^^s-ol^. Voii- d'aulres variantes et
plusieurs autres vers où ce mol est cmpioyi', dans lo Tdilj sous » ' y^5^ p. rcp
(/( Jiiic.
'■' Cf. SiuAWAiHi, II, Ao ot \f, et llxiiini, Dnrral al-irhnwwàs, apud Sacv.
Aiillif)}. [I. r)5-, SoïÙTÎ, Midliir, rtl. du Caire, 1, aS^i.
XVII. 3a
Itiraiumit MATioii&Lt.
494 MAI-JUIN 1011.
i") *
CJ
:^î
-«, ^ 3^-^'^ i'-^*-^^ Jt-^' J^-*-^ viob oLàx> *XAfi.^ (j*y^'
— (f) P V (^y, ^y. — (8) P J.*-.
'abdarî, '^ahmm, tahnalî, \ihsam\ et hadrnmî, comme relatifs
tirés de '^Ahd ad-Dâr (nom propre d'homme), \ibd al-Qals (nom
propre d'homme), Tann al-Làt (nom d'une tribu arabe), Whd
Sams (nom propre d'homme) et Hadramaut (nom d'une pro-
vince de l'Arabie méridionale).
Toutefois, si vous craignez la confusion, comme dans les
noms 'Imru-I-Qals (nom pro))re d'homme) et 'Abd Manâf'^^
(nom propre d'homme), vous direz 'imnî et manâfï. Al-Djar-
mî'^^ autorise la formation du relatif de l'un ou l'autre terme
du mot composé. Ainsi, vous pouvez dire hadarî ou niatili
(comme ethnique de Hadramaut).
Si le mot composé est formé par combinaison intime ^^' (ou
agglutination), vous le traiterez comme les mots de la pre-
mière catégorie [dont il a été parlé ci-dessus]. Ainsi vous direz :
hall, madî, khainsl, comme relatifs formés de Baldbal.ku (nom
'•' Cf. Sh!.U\AlHI, II, AO.
(*3 Lexicologue t 225 (889). Son nom entier est : ^i^l ^^ ^La j*^ y:\ .
Cf. l'àdj (il-'arùs sous \/ py^; Ir.N Khallikân, Wafnyàt , éd. \\ i stenff.li),
notice 298; Dic Hammek, Littcral.-Gesch. der Araher, III, 826; Soyi'tÎ, Muzliir,
11, âSâ,
(3) VoirSACï, Grain., I, adH.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 495
^^ ^
iL_j*,_^yô 'i. — K A\ \ — ^ — i. — ^^V-
f-
(=•) . " r
(') P J.aJL,.
de ville), M^V/î A'rtnT» (nom propre d'homme) et khamsata
^nsara (quinze)'^'. De même qnli sera l'ethnique formé de Qnli-
Qaln (nom de ville). Il est, pourtant, des auteurs qui forment
le relatif des deux termes du moL composé à ia fois. C'est ainsi
qu'un poète a dit :
Je l'ai épousée, elle Ràniienne-Hormuzienne (c'est-à-dire native de la
ville de Uàma-Horniuz), grâce à ce qui m'est resté de l'arg-ent que m'a
donné l'émir'''. [Mètre tniviL\
Le poète a formé l'ethnicfue de Rntiia-lIurmuz^^K
'*' Cf. Sacv. Gram., I, 34o; SiBAWAnii, 11, a^. Cependant JlAiiiui, dans sa
DuiTUt al-ghawwiU {apud S.icv, Anthol. gram., p. 55), observe, avec juste
raison, qu'il est impossible de tirer un relatll" d'un mol composé de ce genre,
comme jii.£ .x^l, parce que, dil-il, c_^~jJLi x«.L>jJi) *Jj! J! u-^-^j yi 'ya?. il
'-^J (i'est ainsi que je comprends ce vers; mais S. di; Sacï [A»lliolo{rie ,
grniii. av., p. loo), traduit : «Je l'ai épousée quoicpi'elle iVil R:uuienne-Hor-
mouzienne, en favoiir de l'argent qu'a donné l'émir."' J'entends dilléroiyment
le mol J.jiii et j« crois (pie le poêle veut dire (pie, ffr;ic(> à la gém-ro^iité de
lémir, il a eu de (pioi payer la dol d'uiu' belle lille du Kliniizistàn. l,i'
7a'.'//, sous y/ y«v^, cite ce vers sans coniiiientaire, avec j_^^l an IIimi do v^--«l ,
ce (pii intî l'aiail être une inainaise Narianle.
*•' llAniui, dans sa DiinnL iil-jiluiivifiiii [upnd Sm:\. Aiiliinldjria grain, ttr.,
p. lOo), condamne celle formation. Il conseille, d'autre pari, pour le relatif
3a.
i96 MAI-JUIN 191 1.
J^-3La_9 c-*_*w._a_jI ^L_j L^.jlX-« Jmsa.^ c^sitXi îiN^Uai ^xj]\ c^Ajb
. t-l x- X y r '') ~ '-0^ , •• . >> ?.. , W,'', .. .1.,,
W P x^b; s *:,Jb jb; V *:oL, jb. — (•') S AX--b; P^!j. — <'^' P <Siy*.
— C) S \à^\i.
Si vous voulez former un relatif d'un mot terminé par un
yà comme celui du relatif, et si ce yà termine un mot de
quatre lettres ou plus, vous le supprimerez et vous mettrez à la
place le yà du relalif'^l Ainsi vous direz snjti, comme relatif
formé à'Aè-Sàlrt (un des quatre grands docteurs de l'Islàm).
C'est ainsi également que vous devez traiter, d'après la meil-
leure opinion, les mots tels que marmî (jeté), bien que le
deuxième yà \ qui termine ce mot] soit radical. Il est cependant
des Arabes qui en suppriment le premier yà' et convertissent
le deuxième en imiv, après avoir donné la voyelle y^^/Z/rt (a) à la
deuxième radicale. D'après cela, vous direz : marmawï et saf'airî.
Lorsque vous voulez former le relatif d'un mot au pluriel ,
si le pluriel est brisé et ne comporte pas de singulier dérivé
de la même racine, comme les mots 'ohàdki (dispersés de tous
côtés), samàtit (même sens), vous direz : 'abàdîdl^^^ ei samàljtî^'^'.
dit cj^i?^ , c'est à-dire formé des deux termes d'un mot composé, de s'en
tenir à ce qui est autorisé par l'usage (ibid.),
<'' ha vérité est qu'il n'y a aucun changement à faire, si ce n'est que le yd
change de fonction, et encore! Cf. Sacï, Gram., I, 336.
(^) Cf. Si.tAU.UHI,lI,AV.
(■'*' Cf. Tddj al-'unh sous v/ Wi, p. ivi. D'après Al-Farr;V, les autres mots
do cette forme, qui n'ont pas de .singulier, sont J-obI et yj^^*-^ (ibid.).
PROLEGOMENES A L'hrrUDE DES HISTORIENS ARABES. /i97
u ^ u* fa) ^ ^
^^l*ai!^ ^jl-jfl c>_A_s iX_A^x5^ (J^ '4*'^ (j'^ ^^ Alàxl /w4 iXs».!^
u'^ *u3!^''''3 (^!^X-lï^ jL>Aii)!^ _)LcS)î <Ji ^u^-j cJ3ly*j '2^^!<xJ«^
w, ^ • w • -f • , ... (P) , It ^ ^^ * I I ^-l 1/
(J^-\\^ l^.J<>y^ C;a-\_X9 SfcXiwlj (Jl CUXA«0 AÀAJt5^ ,^£ '■^*''^ M^
(g) nt- M^ (^^ Hr '=< ^
W S *^5r. — e*' S ^3!^^. — M P ;j:?;l3-<â. — C*' S ju>.xîr. — ("' S
ï;s=Ji. — (^) V S ^JUi. — W S ^.
Si le mot au pluriel possède un singulier, mais que celui-ci
n'ait pas le même sens qu'au pluriel, vous direz, par e.xemple,
anmàri, amàrï, madainï, liawâzinl , comme etlini([ues formés
de : inmàr (nom de tribu) ''^, Anmr (les auxiliaires de Maho-
met), Madain (nom de ville : Ctésiphon) et Haivàzin (nom de
tribu). Mais si le mot conserve le même sens qu'au pluriel,
vous formerez le relatif du singulier. Ainsi vous direz Jaratjl
(versé dans la science du droit successoral) et radjud (versé
dans la biographie des hommes qui sont cités comme aulo-
rilés dans les traditions), comme adjectifs relatifs tirés de :
fnt'uiil (science des successions) et y vV/yVj/ (science de la biogra-
phie des traditionnistes). On trouve cependant, en poésie,
contrairement à la règle, ce vers du poète :
Laid de physique, il a un caractère de chieu'*', [Mètre hnsil.]
("' Nom d'un Arabe, Cf. SiB\\v\iiii, II, w; mais voir Sovrtî, ]j\ibli al-luluHi,
éd. Wkydrs, I». 9 1 s. V.
("-' l^itl(''raK'iiiont : il osl canin dv (■aravli-re. Le n-iatil' csl lire du [liiiiiol.
h98 MAI-JUIN 1911
yO Lo <Ji <x.ï^i>^ ,^-^4^ octÇT yU k^^^ yb (ji ii+^-J ^Laâ^^ l5y-*j
^ -^ o^ yy 0* il,
w U 'f' ..y U. . w K » "t • ■" • I • t • ■ ( •• 1
t^j-v*_i îU«J^ *J-*^ d^ <^^ (•!>*' à>i iSy^ y^^ <J J>*^ *^*
(") Cf. SÎBAAVAiHi, texte arabe, éd. Derenbourg (Paris i885), t. II, p. 8G,
lignes 10 et 19. — ""^ P J>-M.
[avec kilâbî], au lieu de kalbî, qui eût été la forme normale du
relatif tiré de kilàb (chiens).
Al-Khalil''' prétend '-^ que pareille est la formation des rela-
tifs mismdî de Al-Masàmia (nom d'une tribu arabe) ''^^ et mn-
hallaln de Al-Mahàliba (nom des descendants d'Al-Muhallab'''.
Si le mot n'a pas de singulier ^'*J, vous en formerez directe-
ment le relatif, comme lorsque vous formez les relatifs nnfa7'î
et rnhfj, de /îo/r^r (petite troupe) '^^ et raht (famille, tribu) '^'.
Si vous formez le pluriel des mots de ce genre, vous construisez
[le relatif] en rétablissant le singulier, et vous direz : nafarî de
anfâr (individus), (jawmi de aqwâm (peuples), niswt de nistva
<') Sur ce fameux grammairien t 176 (791), voir Brockelmann, I, p. 100.
f-' Aimd SiBAWAiiii, éd. Dkbenbourg, II, p. ai, i. 10.
(3) (^f f^^j al-'arûs, sous \J *^ et i_J>j6 . Les relatifs sont certainement
tirés du singulier; cf. Soyôtî, Lubh al-luhdb. s. v. i^J-^ et j^<v*.« .
''' Ces mots sont évidemment des collectifs, ou des noms de pluriel ( j^^ (<v.!
et ,t.^ («~l). Cf. Al-Khidrî, sur Ibn 'Aoîl, II, 1^1, et Sibawaihi, éd.
Derenbourg, II, ^i.
<••' Composée de trois à dix ou de sept à dix , ou de moins de dix seulement.
Lut)p ne s'emploie pas quand il y a des femmes dans la troupe; cf. Muhît al-niuhîl
\^ Ssuit-j el Tddj , s. V, Cette opinion est également rapportée par Habîrî,
dans sa Durrnt al-ghatvwds , apud Sacy, Anlliolng. gram., p. fy, de la partie
arabe ot 85 de la traduction, mais il ajoute que, d'après Ibn Fàris (gram-
mairion t 390 ou •^7")), ce mot se dit aussi jusqu'au nonibri' il(^ quarante,
conmie Jg..fi» .
PROLEGO^MENKS A L'ETUrJE DES HISTORIENS ARABES. A99
^A-jixJ j^-s owX_9_^ dUij djj^b (!^^ vl)-^'^ cj'^'^ t^ Jy^^
ij>!^ dL] j^^ cr-^J dr*-''^ (^^*^4J' (J^ ^1 (^ iJ aj^^^î u^ <^*i'
>t_-«— s^ ^L^ ^1^ ^_A;>i)i ^_^-£ S5j.=s.Lï (^_^-o c>As (j*#)L9 *Lo! (Jî oyuw*3
et nmï (femmes). De même de mahâsin (beautés) et aWih
(Aral)es), vous formerez les relatifs mahàsini et (n-nbi, car si
vous (lisiez ''nrabî, la signification changerait, vu que le mot
ar/ihî ne s'applique qu'au héchuin^^^; il n'en est pas de même du
moC nrnln'^'-K Pour former le relatif de 'abnâ 'fdris, vous direz :
han/nvî. Ce mot a été traité conformément à sa racine.
Dans le cas du pluriel sain, s'il s'agit d'un pluriel qui n'est
pas considéré comme un nom propre, vous retrancherez les
deux lettres formatives'^' (wâiv einâiij. Ainsi, vous direz zaldt,
comme relatif tiré de zaidin. Mais si ce dernier mot est un nom
propre, vous direz zmdhv. ILen est de même du duel''^'. S'il
s'agit d'un [véritable] duel, vous direz zaidî [en formant ce
mot du singulier]. Mais si ce duel est un nom propre, vous
direz zaidanî. Si le nân du pluriel est traité comme loltre sus-
('> Môme argumentation dans Sîuawaiui, H, '>^i,datis Ai-Kiiidrî, s(ir Iun
'Agir, sur VAIfyija (I'Ibn M'vlik, II, 1^1, et Tàdj al-'arùs, sous y'^ ^7^' l'" ^^''
(^) Siiivw.uiii, II, VA. Voir aussi IiiN Khallikân (éd Wïstenfeld), notice
(j/i'i , p. '^ï•>, I. 3 et suiv. : vt*-" tj* i^- -^ <jli Qî-^ yO lil Ci.'j-s' ■^^)>
''' 11 vaut mieux lire ^^^'^1^1; i-W Siiu\v\iiii. éd. Dkuknium lu; , 11, '^r,
(*) or. SiiiuvAiiii, 11, Ar.
500 MAI-JUIN 11)1 1.
w. ^ r.. **' . ^^ "^ . / ^ \ .. \ \ ^' • -^ • }\ i -*
^^iî cjLfijiî (Jî iLA_*«wjLJi (^ |>-5'^3 (0-*-i' i^y^'*>^. (Sy^ o«A'â 1x5^
(■' P <^JL>-yAaj. — '^" P jU^ . — '"' P. Les trois mots précédents manquent.
— c^) PSc^Lcol.
ceptibie des flexions désinenlielles, vous direz : misîbnù , yahrlm
et qinnasrhn'^^\ comme ethniques formés de Nmibhi (nom de
ville), Ynhrhi (nom de ville) et Qin/Kisrhi (nom de ville).
Il en est de même du mot sinhi^-^ (années). Si vous le con-
sidérez comme un pluriel, à la manière de musliinhi (musul-
mans), vous direz [en formant le relatif] sfui/ihl, snnaivl g\ si)u.
Mais si le ?iihi final y est considéré comme une lettre susceptible
de prendre les flexions désinentielles, vous direz sintni
S'il s'agit d'un pluriel [féminin régulier], formé par l'ad-
jonction de ïélifei du ta, en supposant que vous donniez à un
homme le nom de Thamnvàl (des fruits), vous direz, comme
adjectif relatif tiré de ce mot : thninari, avec la voyelle fatlja (^/)'^^
sur le )nm. Mais, s'il s'agit d'un [véritable] pluriel, vous direz
tlinmri , avec un mhn qiiiescent. Pareillement, on a dit n(]:rn cl
'■' Cf. SiiivwAïui, II, ■'^r : rCclui ([iii dirait [au nominatif] yjj-Li5 dirait,
comme relatif (^,-»»JLi>.'? Parce qu'il cansidèic le mot comme un M-rilahle
pluriel.
(■'' Cf. SiiawMiii, II, vv.
'■^'' M. Derenbourg a imprimé tliamri, cf. SimwMiii, 11, ^r, I. i .">.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 501
■yis^li:^ (;;^AÀXJl jLii. J) >.*«J "y-S^l— K_^ CiV---*'^ ^^iXXi Ov.*«J^
e) J
^g!^ . — '' P. Ce mot manque. — <"' P j>U .
%}ni, comme relatifs formés de WdzruH (nom de vilie de la
Syrie)''^ d'Anal (nom d'une ville sur l'Euphrate)'-'.
Quant aux relatifs irréguliers, ils se divisent en /ro/.s- classes.
La première classe comprend les relatifs qui auraient du subir
un changement, et cjui ne l'ont pas subi. C'est ainsi qu'on dit :
sdUfjl de sdllqa , \imfrl de 'nmtra , saltml de mlima , ImmnYl (avec
un lumiza) de Ijamra, haldlxikhi de Btilabahk (ces deux der-
niers relatifs sont rap[)ortés par les grammairiens de Kufa),
hunium de kiuilu. C'est ainsi qu'un poète a dit :
Je lie suis ni vieux ni infirme: or les pires hommes sont les vieux et
les infirmes ■^'. | Mètre UnvU. |
*'' Sic SînAwAïui, l'd. DKnENiiouiiG, 11, ^r, 1. i8; cimlru Soïi'tî, IaiUi
«/-/ni»'/», s. V. (^^ii)! , ([iii donne le fntlin an ni; de nu^nit' le Ti'ulj al-'arih,
sons v/ ^>3, p. rrp, cl le Miilji'l (il-nntljit \.^ e-^i . Les deux fornios scraionl
possitilcs, parce que caLc^i! est prononœ indilTcremmonl avec h Jalha ou lo
l.rsra dn rd. (^.epemlanl DiAiimii, dans le Suhdh , n'admet que la prenilire
lecture. Cf. aussi Sacy, Clireslli. arabi> (a" édition), II, i!^5.
(«) Cf. SoïiiTÎ, Ijuhb, p. ivr.
(*' Comp. aufnn , p. 'i()-.î , un vers analojjne. La confusion de V^l-c avec
(W^Lc est facile ol d'ordri' tout à lait |)ali''0|jrnj)lii([ue. !■'.!!<' nie parail ii-i
502 MAI-JUIN 1911.
iC*'j-^^ i^^-X.* X-ffljw:^ -!A_\,_*j (jio-îj (<SAâ (J)^ (|_git>*w_j <J<Xd> /<vAawj
viÛiXJI^ ^.§w*«Jî (Jl^ pLOÎj »V.<yJ) >**tS^ <^-A^^ (^WA^S àwka-Jlj
jf • ^ . Oui ji'Ù "^ U J
jL-^.>â^^ j)^^^ jl^ (:^^^^^=^^ (jr^rfr^b C:j!ir^' S^ ts;^^^^ J-^
La deuxième classe comprend les relatifs qui n'auraient pas
dû subir de changement, et qui l'ont subi. Ainsi, de Hudztiil
et Sulaim, on a formé lindzalî et sulmm; de Fuqaim . Qiiraiè et
Miilmlj de Kluizaa, on a formé fuqfinû , qurau et inuhihl: tandis
que du Fuqaim de Dnrim etde Malaih àeKhuzama, on a fornu'
fuq :imî et mulaihu De même, on a formé de 'am.s/ (hier) et do
7^/.«Y< (nom de ville) : 'imsî et hisrî, avec un A-p.s/'rt sous le
lianiza (du premier) et sous le bâ (du second); à\il-Bnhrnm
An-Nalirain et Al-Hipuiin : hnhrdm, iiahnhù et hisnânî, pour
distinguer ces relatifs de ceux formés de bahr (mer), nahr
(fleuve) et hisn (citadelle). C'est ainsi également que des par-
rerlaine. Voici d'ailleurs un vers presque identique , que donne le Tâdj al-'on'is
sous ^^ p. rrf :
De môme, le Sahdh de Djauharî, cilé par Muhît al-muhît sous \J ij-^,
explique ainsi le mol ^^Ic ; ^^.i !f_^5^ jo^i)! J._c *j.>>^-;^-r )>x-«^»-* jà^ o^»
(j.:si.Lc , et il cite le vers suivant :
Ce môme vcm's est de nouveau cit('' par le Mitljil sous y/ ^J^^.
I
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 503
(d) " w ^^ ■^ '*
i^_<yj! -îi-À-i ^^5 t>-»^5 i 1>-^^J V^b *^-^-s5^ J' »_.vw.ÀÀJ iUll;^
C) P J.ly:i)l. — '*•> P <5;Uill^. _ M P s jUilj. — C) P ^b. —
'"' P jvi.. — (') P V S joîr et ^^.n^. — W P V S *Ulj.
lies du corps on a formé les relatifs : rawâsî (qui a une grosse
tête), safahl (lippu), niiàdx (qui a de longues mains), djum-
mnm ((jui a une grande chevelure), raqnhmi (qui a un gros
cou), lihyâni (qui a une grande barbe), mrâm (chevelu), en
parlant d'un homme qui a ces parties du corps très déve-
loppées.
On a suivi, pour ces relatifs, une règle contraire à celle
d'après laquelle on forme les ethniques et les patronymi(pies.
De 'uj'uq (horizon), on a formé 'afaqi, avec la voyelle /«7///r;
sur le hamza et sur le pi ; de talh (acacia), lulâliî^^^; de Khurà-
snn (nom de pays), Lhurâsi et khursî; de hamâ (plante amère
et salsugineuse), hamn(]î^~\ avec la voyelle /?7//w sur le mim; du
haram (territoire sacré de Makkah), hirmi, avec la voyelle
hesra sous le hâ et un râ quicscent; de rahi (printemps) et
/c/wri^ (automne), riUî et hhirfi, avec la voyelle hesra sous le
ra et le khâ, suivis le premier d'un hà , le second d'nn rn
<"' La forme réjjiilièrc (m'iI ctô ^ilb; rf. Tii dj sou^ i/Âb.
'■^' li Inul corrijjcr ainsi lu leçon ja^ dn (oxto, sur l;i(|ii('lli' les Irois nianii-
scrils sont (l'acoord. Cf. Siniw miii . iWl. DKRKNiioiiui . Il, ii^; Mulji'l nl-ntiiln'l sons
y jii^', Tddj nl-(ivûx sons la lur'ine racine.
504 MAI-JUIN 1911.
^\r^. 4^^ iy c^'-*} ^^Pi uk^ çj-^ iUl^^ (^.<rv!tj ^Li^î! i^ J!^»
i^iy-^^^l yl.^ji)l j.^À i Jlij i)^ ;>*'^^ (:>?' J^'* tsjb^ <i)^y tky^^
'>-*—*—*—* ^ÎY-A—*-* r-^^*--''-'' ^y-^ ^?y^ i-*'*-^:? m' "i^^-^s^ m'^^ L* «.ïaJuJi
« P ^L^. — C) P ^-Lç. — (=' P ^,^1 . - ^'') V S ^V^. — ('i S
qiiiescents '•'; de ^«/a (nuque), qafi; de SVfm (Syrie), de Yamini
(Yémen) et de Tihmna (province de l'Arabie), mnr, yatiimC" et
Idliàin'" '-'. Il en est aussi qui disent èàml, yaniàn), iihàml, comme
si c'était un relatif tiré d'un autre relatif; der(i/< (ame, esprit),
rnhâm ; de Marw (nom d'uue ville du Khorasân) et de /«\y//
(nom de ville), niarwazî et ?7m'^J; d'après Ibn 'Usfùr, quand
il ne s'agit pas d'être humain, on ne peut plus employer
que ninrivi.
La troisième classe comprend les mots qui, devant subir un
changement déterminé, en ont subi un autre tout différent.
C'est ainsi qu'on a formé de zaJnnn (grossièreté) ''), zabàm ; de
llhd (nom de ville) et de Tnyij (nom de tribu), hàri et tai.
O Contormément à colle Iratluction, je corrige le lexle ainsi : *)Jl j-~C.>
*)J!j XJI {^i^i *^j' La leçon des manuscrits esl, jjramraalicalemonl parlant,
imjjossilile. On ne peut avoir ici deux rd et un hhà quiescents.
'^' Avec \m fatha sur le ta. Cf. Sîbawaihi, II, M>.
'^^ Cf. SoYLTÎ, Muzhir, éd. du Caire, II, 182,
^''' Le mot n'exislo pas. SinvwAiHi, II, il et \f, le suppose, on partant i\(^
iy Cf. aussi Tùdj al-'arûs y/ (j?) ol Miilnl al-mulnl, même racine.
!
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 505
Jl^ X>J1^ XI ^J jil ;L^iJi t^^ Jlii 4^ Jl^ J!J>J!^ ^4
jj^^_^_5 jLx-À-AO} jl—a».^^^ jl^-_X-wi îiv6^_5 îl*-»-»^^ '^^^^^)i îi_j. **«.:>
Aa^^ iilol JI3 Ijji:?'^ iiT^J'J^ *^y4-^ ^b-J/*" <^'-5 J^ t^^'^*^^;3
C) P^!. — C") Cf. SÎBAWAiHi, édit. Defenbourg (Paris, i885), t. II,
p. 82. — M P S à^i)> .
«Je pense, dit Sîbawfiihi, que les Arabes n'ont dit /«'«, comme
ethnique de T''^yy, que pour éviter la rencontre des yrlf'-'i;
de %î!iija, \ilirt ; de bàdii/a (campagne), h/nlaivl; de èità
(liiverj. sntîvî; de Bann WhhJa. 'iihu(ll'-\ avec la voyelle
(Inninia sur le ^ain et le bâ; de Djndzhna (nom de tribu), djjtd-
zinni''-''K avec la voyelle (Jawnui sur le djhn et le (/«/; de lianù-J-
Ijiihlà, tribu parmi les Amars, liuhuU'^'^K avec la voyelle dnnimn
sur le Ac/ et le bn; de Dnstaim' (nom de ville). IhindnV . Sanà'
et Bdlira , dnslatrcmi , ran-hàm , mnàni et b/ihràni , et aussi
rdirJjnirî^-'''; de Hdrùm et Djalàla (noms de villes), liarùil cl
djfdi)ll; de 'imayija et Tult/ii/i/a (noms d'hommes), 'ainaivt et
(" Sir.vw \iiii, H, ^►', s'exprime ainsi : ^^^ l^iy. i)! ^«Lb yU> j^l^i i)^
ljj_'j *L.Ji yLC» i_>Jil| t_>^*^ jfr^jJJj j^JÎIa Lô»j.xi:^ ïs^r^ 0*'-;^-*-'' u'^ (î-*4^
. jL^ ioLo^ J !^li LC i.>vja J^ j^.iJI
<-^ M. Derenl)our|j a imprimé dans SiuAuAiiii, II, if=, deux foist5^4^' ; •' *'<"il
fallu une lois jÎ^X-^c .
(■'' Sii!A\\ uiii-Di-.iiKMioiiK; . Il, iF : ô«i^^.
'*' Sîbawahii-Dkhknuouhg, II, 10 : J-<^rl.
'*' Rapporté pai' \miiiis, dans SiiiAwuii:. I 1 i<?.
506 MAI-JUIN 1911.
4r^'^ .^psri;^ S^ f-^^ {jy^^ ^UoJîj, i-y^]\ ^Cij isy^^ 1sy>\
t(ihwi''^\ avec la voyelle /«///<'/ sur le hamza et le _<à et un ha
(de Tahwi) quiescent; de Darâbadjird (nom de ville) et d'/w-
rw^ l-Qnis (le poète), darâivardî et mirqnsi; de Sùq-Màzm (nom
de localité), snqzunî; de 5?)^ a/-/m7 (nom de localité), suqnli ;
de 5?î(y nl-ntns (nom de localité)'^', suqusî; de Sîiq-Yahyà
(nom de localité) '^', suqidiî; de Dâr-al-bittîkh (nom de lieu)^'*',
darhdhhi.
('' Sîbawaihi-Derenbourg, II, 1*5 : <5;^4^.
f"-' C'était un marché ilc Bajjlulàdz, situé sur ]a rivo orientale du Tijire,
cl bàli sous le rèfjne du khalife Mahdî : «C'est, dit Yàqùt, un des plus j;rands
endroits de Bajjhdàdz, sur la rive orientale, entre Rosàfa et Nahr ;il-Mo-
'ailà. Sa'id al-Khursî le bâtit pour ,AIahdî et y attira les coninacrçanls afin
qu'ils désertassent le Karkh. Lorscpi'ii IVut terminé, .Mahdi lui dit : rfNomme-
le Soûq ar-rayy«, mais le nom de Sùq ai-'alas l'emporta. Al-Khursî était
chef de la police à Baghdàdz. Le commencement de Sikj al-'atas se reliait à
Suaiqat al-Khursî, à la maison de ce dernier et aux fiefs que Mahdî lui
avait donnés là. Tout ceci est maintenant ruiné; il n'en reste plus aucune trace
ni pei'sonne (jui se souvienne de son emplacement." Mudjam, III. p. 19A; cl.
G. Salmon, Inlroduction lopoi^mplnque à l'histoire de Bnghdddz, p. lati, où
celte description de Yàqùt a été éjjalement traduite.
W Autre marché de Baj;hdàdz, situé sur la rixe oi'ientale du Tijjrc ci dé-
truit à répoqM(? où les SeldjTKpdes entrèrent à Ba{>hdàdz. Cf. \Â<ii'T, Mit'djdin,
III. igS; G. Sai.mon, op. cit., p. 65 et index.
'''^ Marché aux fruits de Baghdàdz. Voir les références dans ma triiduclion
du FaLbri, p. A."! 9, n. 1.
PROLEGOMENES A L'ETLDE DES HISTORIENS AHARES. 507
(■) Pi«JL4l. — C) PS ^^-^ V^!^!.
Avertissement. — On a parfois ajouté [aux mots] un yâ,
semblable à celui du relatif, pour renforcer le sens. C'est ainsi
qu'on a dit almarî (très rouge) et dawwân (très changeant).
C'est ainsi cpi'un poète a dit :
Et le temps inflige sans cesse à l'homine ses vicissiliides ^'^\
[Mètre )■«//«:.]
Ce ifà ajoute la même nuance que le là mavbùta («) dans
'allàiiia (très savant) et nassùbd (très versé dans la science des
généalogies).
De même qu'on a établi un rapport, au point de vue de
l'intensité du sens, entre le iâ marhàUi (») et le (jà du
'*' Cet hcinislichc est cité par le Tàdj al-'arùn sous v/ i^-> et sous \J y^ ,
comme étant de ^^J' • Ce serait le premier liémisticlie du vers suivant :
ffLe temps infli[;e sans cesse à l'homme ses vicissitudes: il a anéanti les
siècles, mais sxihsislc lui-même malgré sa décrépitude. n
Mais le Miilili al-inuljù cile lui aussi deux lois cet liémisticlie. sous
v/^^^et jy comme faisant partie du vers suivant :
fflVu\-lii le réjouir, lui (jui t> de (Jinnasrin , aloi>- ipic le temps, elc.li
La traduction de cet iiémisliclie (st conliruiée par Texplicalion (jue l'on en
trouve chez SiciwAïui (éd. UKiiKNiJotm;, 1, p. l'i:!) : vjla^'l ^!jl U'L». Voir
aussi ibid., p. 635.
508 MAI-JUIN 1911.
(2^y-4s t^;!^-^" ^^3^ *-^U>s »^^j'3 4^^^ yt^ ^Ajîj! Id^^iij *xï^ T**^^
\'f^)] jAli*}\ J^xS' iL^j^is. »iL?3^ cS*/$ (jy^^
W V ^l;j. - i''' P ,ju^^; S,^i. — i^' s ^^1. - ('•) P ^\jli; V
bl^l ; s a!^! .
relatif'^^, de même on a établi un rapport entre ces deux lettres,
employées comme signes servant à distinguer le pluriel du sin-
gulier ■-'. Ainsi on dit : Jjnhnsi (tin Abyssin) et Jiabas (des Abys-
sins) •,:(im]jl (un Etbiopien) el :andj (des Etliiopiens); lurkt (un
turc) et liirk (des turcs), de la même façon qu'on dit : thamara
(un fruit) et lliamr (des fruits). naLlihi (un palmier) et nnl.lil
(des palmiers), hnsra (une datte non mûre) et Imsr (des dalles
non mures).
On a parfois ajouté le ijà obligatoirement sans que rien ne
soit venu s'ajouter au sens'^', comme dans les mots : Ijaivârt
disciple d'un propbète), hardi (papyrus), buhhtl (cbameau à deux
bosses , propre aux voyages d'été et d'hiver) . kursl (siège , chaise).
Parfois aussi, le ijà est ajouté accidentellement comme dans
ce vers du poète :
Tel l'Euplirate "i' lorsqu'il déborde. . . [Mètre radja:.]
C'^ Siii' le ijà employé pour rinlcnsilé, ajUL^J ^^..-^.J! *L>, voir Baidvwî, éd.
l'^i-EiscnKR , 1 , 63 , 1. 2 5.
'-' C'osl-à-clirc que le ^ iiuli(|uc le sinjjulicr comme le ï indique le nom (ruuité.
'•'' Soyi'tî, dans son M«z/u>, éd. du Caire, II, i3i, a consacré un chapitre
à ceUe caléjjorie de mois, où l'on trouve la plupart des exemples cités par les
j^rammairiens : tj^*..jm làJJ Jw£<-l2>.Lo t_>lj,
''*' Cctlc liadiiclidii nie scndilc |ilaiisiiil('. à cause du vcilie Mi. ipn, dans ce
f
PROLEGOMEiNES A L'ETUDE DES HISTOHIENS AIUBES. 500
(j^-x-Ji (j(3_j-)i i»x-^ (j^r-^ <x-3j i^LjLAwj v-^^^ ^Us^j J*-^^ ^^^^
Jl_<wÀJ (w*aJ^ «..Àa^ C»*^ (J**^''^ *:' <^-^-*-"-^* ^) t^*^? (J**^^
Jk_^ i^X-iû (_^c^ Jh^ <_A:^Uai j-rf^^^ L,À.A.A« t-Aii^Uaj {_y*-f)^ 8 Lut*
Appendice. — On s'est parfois dispensé d'ajouter le tjâ du
relatif, en employant la forme fa%U^^\ comme dans les mots
bazzàz (marchand d'étoffes), '^ati/ir (marchand de parfums),
luimmAl (portefaix), l'Ii/^ii/yf'if (couturier), hallàh (homme qui
nourrit ou entretient des meutes de chiens) ei safja (porteur
d'eau). (îe paradigme s'emploie aussi, dans certains cas, avec
le sens de : te possesseur de. . . v. C'est à cette catégorie que se
l'apporte le vers d'iniru' l-Qais :
Il lia pas de lance pour m'en porln- un coup, pas plus qu'il n'a de
sabre ni de llèches'"^'. [Mètre taivil.]
C'est-à-dire qu'il n'a ni sabre m' llèchcs.
vers, t'xi|i(' pour Mijcl un nom de llciivi'. (rosi [{éiK-ralenicnt à rEiijiliratc dclior-
ilitnl (|ii(' l'on compara la {jénwosilé tlii pcrsonnnjjc doiil on \cul faire le pané-
{jyi'iipie. Voir un hon oxempin do ceUc coni|)arais()n dans le iiornu' de Xàltijjlia
Dzol>\àni. (M., par exemple, Sacy, (Ihreslomalhie tu-.. H, j». if=^ cl /io :
rrl/EnpIiialc, alois que ses Ilots coiivrenl l'nnc cl Taulrc ri\c...n"esl pas
plus jj(''n(''icux ([ue lui (le roi No'mân). . . -^
'' Cl. VAIjiijijn d'IuN MÀi.ik. pni- \. TioGi YKU. \ers 8<So,el Ai.-Kim>ni sur InN
'Aoir,, II, |vc.
(-j (le vers osl cité dans Sinvu viiii-Di-ivKNnniiRC , 11. ''"^. {'A', aussi T<i<lj al-
'ai-i'ix, sous \ J.^ (pii a la \;u'ianle : (^-Ui^i "poiu' tiic tuer-? au lii'U de :
ffpoiu' ni'cu |inilcr un coup".
wii. 33
l^irnluriiir iMilo^ALt.
QÏO MAI-JUIN l'Jl 1.
^j*».-aJ »U^^ 0.X3 Jl)t) »X1\ »^^ dUL» ^ tX.«.^ (i)^»^^' J^ iA-iJi
<3Lji) JuL*^ <_jL.ii^ Vl?-^ UJjJO HJ^ AxîLJti iiÀ^ («'^-'M '^^ ^^ c5*^
jLnJ' jfcJaJI ^^Jia,/» ^ l^^^ (^ f^^? ^ (fc^iàJi jj AjfeJLi^ '^^■^^ '■^î
(") Oomu, xLi, /iG. — C*) PS U--.
C'est dans ce sens que les vérificateurs*'^ interprètent ces
paroles d'AIlàli (qu'il soit exalté!) : «Et ton Seigneur n'est pas
injuste i^zallàm) envers ses serviteurs w, c'est-à-dire [qu'il n'est
pas] auteur d injustice. Telles sont les paroles de DjaniAl ad-
dui Muhammad ibn Malik '-l J'ajoute que cela veut dire sim-
plement que [DieuJ n'est pas injuste; et l'on ne doit pas en-
tendre ce mot comme un adjectif d'intensité, de la même
manière que nous disons (larràb (qui frappe beaucoup), sarràb
(grand buveur) ou (jattâK^tres meurtrier). En effet, même lorsque
vous excluez du mot injustice l'idée d'intensité, il ne s'ensuit
pas (jue vous excluiez par là même l'injustice d'une façon abso-
lue. Or AUàli est trop haut pour commettre la moindre in-
justice. Il est, au contraire, le Juge équitable par excellence*-**.
Pareillement, on s'est dispensé du yâ du relatif, en em-
ployant la forme /r/'// avec le sens de : «possesseur de . . ?5 **l
<■' Sur le sens tic ^iis:, voir De Slane, Prolég. d'iBN Khald. , 1, i()0, n° 1.
'-' L'auteur tl(> VAlfiinja; cf. Ibn 'Aqîl et le commentaire (VAl-Khidrî, II,
'•'' Même (iliscrvjition et même exemple dans HAniiù, Ditrral al-ghaww(k,
apiid Sacy, Anlltologie frram., p. jsa de la partie arabe, et p. 98 de la traduction.
''*' Cf. SoyCtî, Muzhir, éd. du Caire, II, 1 ^3, et SiBAWAiiii, éd. DKiiENnoiii(;,
II, ]). 8(S, ([ui donne pour A^i) et If^, le vers suivant d'al-Hulara :
[Mètre kc'nnil .]
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 511
^ <* X ' ^
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r^il 'S^j-^^**' SvNJijl j^W' Jy> <>-»-«^ J5 i^i^
->. ,.*
!Xxj! A^. JjJJi îiii iJ w^ iS^^ (1-4^ «^^^^
w pvs^^wLs;.
I
C'est ainsi qu'on a dit làhm, ta un, tâmir, kâs'", râmilj , avec le
sens de : ç^qui a du lait 71, «qui a de quoi se nourrir îi, «qui
a des fruits», «qui a un vêtement i^. «qui a une lance n.
Parfoi^on se passe du yà du relatif", en employant la forme
fnil. Ainsi on dit taini, lahis, '^amil avec le sens de : «qui a de
quoi se nourrira, «qui a un vêtement w, «quia du travail j5.
C'est par application de ce paradi<^me qu'un poète a dit le
vers suivant, cité par Sîbawaihi ■'' :
Je ne suis pas nocturne, mais diurne [nahir, c'est-à-diro j'ag-is en
plein jour); je ne voyage pas avec la tombée de la nuit, mais je me
lève avec Taube du jour. [Mètre radjaz.\
'i Ed. H. DKnKNBouiui, II, ^\\ cf. aussi Ibn 'Aqîl sur VAIfqiyu iI'Ibn Mîlik,
11, 1^^, cl Tddj al-'ari'ix sou^ \J ,^, p. «51 1 . Il cilc ;iii>si (/V;/(/('//i) le vors
suivant :
'rSi lu opères la nuit, nidi j'opôi'c on jiioin joiu'; dès ([uc j'aperçois la claiiè
du matin, je n'attends plus i [inètii- nidjaz]. Voir ce inèiue vers dans
Miiln'l al-miiln'l , sous 1/ y^ . (\\ sont des vers des l'arueuv poèle-.-l)ri}jands de
l'Arabie païenne. Sur le sens de -l^] opposé à 451 ffvovajjer à la lin de la luiil- .
voir Ihuîiu. Diinat al-irhuwwdx , apitd Sacï, Aiitlml. jii-nin., p. r\> .
33.
512 MAl-J.LIN lyi 1.
Le poète a voulu dire : je suis diurne (nahârij, c'esl-à-dire :
j opère le jour.
Chez les Arabes, tout artisan se nomme 'isktlf'^^K Témoin ce
vers du poète ^'-' :
. . .Et deux monlanis de selle de cliaraeau en bois de maï.s, tailles
par un menuisier ('isLaf) '^'. [Mètre radjaz.]
c'est-à-dire par un menuisier.
De même an-nâ.sili signifie «le couturier 55 ; an-tmàh rrle fd?';
al-liàdjirî «le maçon ^1 ; aJ-hàlihî crie forgeron 57, car le premier
(' Les loxicojjraphcs et les grammairiens ne sont pas d'accord sur la sijjni-
lication de ce mot. Pour les uns ciLiT^,! est seulement le cordonnier; pour
d'autres, c'est tout artisan, sa?*/" le cordonnier; enfin d'après une troisième
opinion, celle rapportée au texte, c'est tout artisan, y compris le cordonnier.
Voir le résumé de ces oj)inions dans le Tiitlj al-'arùs et le Listîn al-'arab, sous
v/oiJ1m. D"aj)rès une auliv opinion, rapportée par le Muliil al-nntln't sous la
iiiême racine, tjLd/I ne se dit (pie de l'artisan (jui travaille avec un oulil en
fer (»s>oOvjr cjLo J5). (If. aussi TdJj, loc. cit., et Fraenkel, Die aramuischen
etc. p. 2.") G.
('-) As-Sammàlîli ; peut-être celui (pu est connu sous le nom d'Ibn Diràr.
Cf. Tddj sous \j' iJLilw et g-i , et Aghdnt, t. Vlll, p. 101-108.
('^ Deux autres liémisticlies, qui explicpient celui du texte, sont rapportés
]>ar le Tddj , loc. cil. :
etc. Lx^x..ij
PROLEGOiMENRS A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 513
^"^ jiyiji L^i:k:kj]y ;L«.-fwJi j.^\^ Ai[^\ jo^ J* i^ j;i U^
'"' ^lydl M\^ .UU ^U!^ l«lb
;jLfi iO>.><<^iLÎI x^ diJi o<.->o'o a^aSj wolU!^ A,*j;xJi^ jtot5! (jLo 3
("' P J\-yxJ\ . — '» s ^'L^xJlf. — M P J^.. — C) P v^:^'- — '"^ P
L^ . _ (f) P ^; V ^^-.Jjo. — (") p ^^1 .
r qui a travaillé le fer est Al-Hâlik'^^; as-saflr «le courtier'^;
(il-<imih «le fileur55 (ou le marchand de til); al-tjtisàiiil . celui
qui plie la pièce d'étoffe pour la première fois, afm (ju'elle
fl'arde ce pli; (il-iiidsil.lù ^-^ et al-inàsiiji «le fabricant d'arcs».
SECTION CINQUIÈME.
Explication des règles concernant le nom propre, le surnom
palronymique [hinii/<iy le surnom et la manière de disposer
ces diverses parties du nom, avec l'ethnique dans les divers
cas.
'"' Al-Ilàllk II. 'Ami' II. \^;i(l ii. Kliii/.aima. \ oir les réféivnn's tlaiis le Tddj,
sous \J K:iXti, [». i<\-\.
'-) Ce mol vieiulrait du nom d'un \iali(' : \iil)aisa li. Vl-llàrilli surnommé
Màsiklia. Il (Hail des Banù Nasr b. Al-A/d cl lialiilait iid pays aliondaiil i-n
liiiis à arcs. \oir délalls dans 7V/'(// , stiiis y vr-*.
51/4 MAI-JUIN 1911.
C)
P Ô^Â^y
Sache que le nom qui indique un individu déterminé . sans
le secours d'aucun autre élément du discours ^^\ peut : ou bien
être précédé de abû (père de. . .) ou de umm (mère de, . .).
comme dans Abû Bakr, Abu l-Hasan, ou Umm Kulthûm , Unim
Salnnta ;
Ou bien indiquer l'élévation du rang de la personne nom-
mée, comme dans les noms Anf an-Nâqa{\e nez de la cha-
melle)''^*, Mulaib (d-asinna (le jouteur de lances)^^*, 'JJrwa as-saâ
C' C'est le sons ici de LiLUa.*. Cf. AL-KmDni, sur Ibn 'Aqîl sur VAlfyiia
d'IcN Màlik, I, marge p. ir*.
(^' Ce nom a été considéré comme un sobriquet injm-ieux par Ibn 'Ac[îl. sur
rAlfiiiija d'iBN Màlik, I, p. lo. Alais Al-Kliidri raconte (ibid.) l'événement à la
suite dmiuel ce sobriquet est devenu un surnom lionorifique de Dja'far b.
(Jurai', ancêtre d'une fraction de. la tribu de Sa'd b. Zaid Monàt. Voici le vers
d'Al-IIutal'a, qui à fait d'Anf an-Nàqa un surnom honorifique.
, , >
L^JJI AiUJI iJUb (S^'^. (j*> (^T^ Z>^6^\j i^Jill *? |._jj>
•rCe sont des oensqui représentent le nez, tandis (jueles autres représentent
les queues; et (pii donc pourrait considérer comme d'éjjale noblesse le nez de
la cliamelle et sa queue ?n Cf. Muhit al-muMl et Tâdj al-arùs sous y t_iJl .
f^' 'Amir b. VlÀlik Abu Barà, Arabe païen des Banù 'Amir b. Sa'sa'a. Il était
l'oncle du poète Labîd. Voici le vers qui lui valut ce sobriquet :
t- ^ - - f- ^
i^l *>-oJ3! V\-^ fi ^\ji ytle. Ji^^\ (Jlvbl Ç^^i
w'Amir se joua de la pointe des lances, et le butin de l'escadron lui revint
tout entier.51 Cf. Caussin db Perceval, Essai, H, Afiti; 111, 119 et suiv.; Ibn
QoTMKi, Kitdh as-si'r Ole. , i5i; Titilj ni- arih cl Mithù \^/ >.^}: K'ttnh nlajrhàtii,
index, p. 'i:».H, et siu' son surnom , (. XIV, ((.3.
PROLEGOMENES \ L'ETUOE DES HISTORIENS ARARES. 515
jLrjTj iL]^ Jji k>wAia£.^ isJ^jJl OÏA-Mi»^ j.A»LJ!^ yûllali_5 ,^J«l5^1_5 t^i'jJ'^
yi Lol^j aL^\JI jiXJiy j«!5\-u(i)l <>L^^ /y-XJ^lii f»U!_5 /vj«xJ!jlc5 /jjvXJi
///«■ ('Urvva des pauvres)^'', Zaïà nl-Kliail (Zaid des clievaux)^-',
Ar-Ra^id^^^ (le juste), Al-Mamûn'^'^^ (le digne de confiance),
Al-Wàthiq (celui qui met sa confiance [en AHâh])^^', Al-Muh-
tdj'i (celui à qui il suffit [d'avoir Allàh comme protecteur]) ^^',
i4r-Zrt/«r (celui qui triomphe [grâce à l'aide d'Allah]) '5', An-
Nâsir (celui qui fait triompher la religion d'Allah]) ■'''. Saiff
ad-daida (l'épée de l'empire) ^^^, '^Adud ad-daula (le hras de
l'empire) ^''^ Djmnàl ad-dhi (la beauté de la religion) ''^^ '^Izz
(id-dîn (l'honneur de la religion)^'*', îmâm al-harnmnin (l'imam
(') Surnom do 'Urwa h. al-Ward, poète brigand de l'Arabio païenne, (pii
réunissait les misérables chez lui et les faisait vivre du fruit de ses rapines.
(]!'. Miihù ol Tddj al-arûs sous y'JJjuo; Caissin, Essai, II, 538; Rnonkici.-
jivNN . I.itl., I, 26, on Von trouve les prinripales indications i>i!)lioijrnpliiques,
reproduites dans le Journal asiatique, 1907, p. 66, par VI. Rarbier de Mey-
n:ird.
("^' Zaid ^. ÎNIuhalhil an-Nal)hâni, de la tribu de Tayy, poète et {guerrier
valeureux, qui se convertit avec sa tribu à l'islamisme en Tannée 9 de l'hégire
(6!5o-63i ].-(].). On sait que c'est en ce moment-là cpio Mahomet, frappé do
la noble attitude du guerrier arabe, lui dit : «Tu t'a|)pelleras désormais Zaid
al-khair (Zaid i\n hien).;: CÂ. Ajjlulin, XVI, p. li'j ; Iii\ Qotaiiu, Kitilh aH-si'r
(éd. i)K GoKJi:), p. i58; (Iaissin, Essai, II, 63r> et sniv.; Prince ok Tkano. Aii-
nali, II, 338.
W Le fameux khalife Hàrùn.
(*) Fils du précédent.
■■'*' Surnouis lioiioriiifpies portés par les khalifes 'abhàsidos, lalimîdes,
umayyadcs d'Espagne, etc.
("' C'est notamment le surnom du célèlire prime hauid/ànitc MuV bllasan
'\li, le protecteur du poète Motanabbi et d'\vicenne, et ([ui inouriil on 356
liég. =:()67 de .l.-(]. Cif. Si'AMi.KY Lank Poolk, The Mohaïuiitiidan Diiiiaslies ,
1 12.
('^ Surnom du fameux prince buwaihidi' du Ears (t 873 — *)8!i). (if. Stvn-
I.EY Lank Poof.i: . op. cit., ihi.
"*' (les laquli ont étt! p(M'ti's, comme on le sait, par un ntunbre (-(msidi''-
rultle de docteurs, de qàilis, etc. Ils sont itien plus répandus en (Irient <|uo
516 MAI. JUIN 1911.
des deux Villes saintes)"', Hndjfijdt nl-ishhn (l'argument décisif
de l'Islam)'-', Malih an-nuljàt (le roi des grammairiens)'^';
Ou bien le nom indique une qualité'''' [bonne ou mauvaise]
chez la personne nommée, comme dans les noms : Hadjî
(connaissem* en. . . )''^^ Sailàn 'it-Tàq (le Démon du Tâq)''^',
dans ]'Afri(nio septentrionale (sauf TFlffypIo), si liicn que les écrivains du
Maghreb disent d'un des leurs qui prend un de res laqnb , généralement à la
suite d'un voyage en Orient : *^.,>i4l (_>LL'i)L .iJLki .
C' C'est sui-lout Abu '1-Ma'àlî '^Abd al-Malik b. Abi .Alubammad 'Abd Ailàli
...al Djouaini (|ui est connu ])resquc exclusivement sous ce surnom (t 4^8
=:io85). Voir biograpbie et l)ib]iograpbie dans Brockelmann, Litt. Gesch.,
I, 388 et suiv. On peut y ajouter le ms. arabe de la Bibiiolbèque nationale,
n" 2oG6, fol. 260 r", où l'on trouve une notice sur ce docteur.
'■-' Porté aussi par plusieurs docteurs, ce titre est devenu pour ainsi diro la
propriété exclusive du célèbre tliéologien et pliilosopiie Abi\ Hàmid Muliam-
mad al-(jbazàli (t ôoT) =1111), sur lequel on. trouve tous les renseignemenis
désirables dans BROckiiniANN, op. cit., 1, il 9-^26. J'ajoute (jue plusieurs des
ouvrages indi(|ués par ^I. Brockelmann comme étant encore conservés en
manuscrits ont été imprimés depuis lors en Eg\pte, tels les manuscrits indi-
qués sous les n°' 9, i3, 28, h'è , 54 et 59, que le Kimiyd as-sa'dda (n° ^9 de
la liste de Brorkelmann) aurait été Iraduit du persan en arabe par le fameux
'Imàd ad din ai-Isfaliàni, en 5^(5 de l'Iiégire (1180 de J.-C.) par ordre du
qàdi al-Fàdd (Buockelmann, I, 3i()). Je trouve ce renseignement dans le Kitàb
ar-raufhilaiii d'Anî Sàma, éd. du (laire, 1287 bég. , t. Il, p. 20, 1. 2g. Knfin
parmi les autres manuscrits, quebpies-uns se trouvent aussi à l'Escurial et à la
Bibliothèque royale de Madrid.
<•'*' C'est le surnom du grammairien et jurisconsulte Abu Nizàr h. Sàfi
(t 568 hég. = 1 173 de J.-C). Cf. Iln Kiiallikàn, trad. de Slane, I, 389.
'■''' Je propose ici une conjecture (jui me paVait }iresque certaine. Elle con-
siste à lire JCjua; (de ^}) au lieu de ^jL^j. Ainsi (ji^\ HJlj^; fait antithèse
a\ec <^^i! *«j^ donné plus haut, p. 5 1/1.
(*) Cf. Tddj, sous y/>:S-.
'"' Le Tiu| est 1(! nom d'uni' litadelle du Tai)arisiàn , où habitait le chef des
Khàridjiles, Muliammad ii. an-Nn'inàn. ipii lut nouuué, pour (fia , le dènion
PROLÉGOMÈNES À UÉTUDE DKS HISTOHIENS ARABES. 517
Jl>Ljo tow-^ iLxJi'^_^ jiJiï i^^ks. (^v^l Jo U.^>^ Jv2».|^ >-«*<*J ^ »X.»j
(°) P ^oJi . — (•■) S ^^..Ja^j. — (^:' s s;^j .
ahn l-ahar [l'homme aux larmes)'^, Djahza ((jiii a les veux
à fleur de tête et saillants) '2'. Al- A1;awivah (le trapu) '^l
Parfois le nom n'indique ni le rang ni une qualité de la
personne, mais se trouve accoUé à celle-ci, à la suite d'un évé-
ment (dont cette personne a été le héros). Tels sont les noms
de : GhasU aJ-mahYikn (celui qui a été lavé par les an<fes) ^'''.
Hfnnî ad-iJahr (le protégé des abeilles)'^', Mnlfiiji/tiii (l'Iiomme
(lu 'j'àq. CA. Tddj al-'arÙH sous v/ i5>^i P* ''38. On a donne aussi ce sohri(|ii('t
à un traditionnisle, du nom crAliù' l-'Abbàs Alimad 1j. Hàrùii as-Sarniadi. (!t".
Rahiîiku de Meïnard, dans le Jniirn. asiat. ign^, t. \. |). 6i. Sur nn |i(ièlo,
surnommé pLiJI yLL^ trie déniun de ia Syrien, et conlomjiorain d'IuN Kiim.-
i.iKÂN, voir celui-ci, fVaJayàl, notice 5(i'i. infnn (éd. Wi stenkem) ).
C' C'est le surnom d'un poêle hoiillon, dont le nom est Aliù 'l-'Abl);\s Ali-
mad 1>. Mulianunad li. Vlnnad aTAiibàsi al-llàsimî, né en 170 de l'Iiéj^ire.
Sa bioj[i'a|)liie est doiint-e pai- le KiliKi ni aghdnî, XX-Sç)-g3. Voir aussi Ir.N
SÀKIK Ai,-KiTLBÎ, Faivàt, II, 917; T(i(lj , 111, 377; DzAiiAiiî, Mustnhijt , 877.
'-' C'est le surnom d'un |)oète musicien, Abu' 1-Hasan Abmad, arrière-pelil-
lils de Yaiiyà le Barmécide. Il mourut dans dans la misère cil 826 (937),
cL Ir.N KiiALLiKÀN. éd. WilsTKNFKi.i), Hotice 5/1; kildb al-ai>luln{ [éd. Roulai]),
V, 8a; Laluif al-ma'drij' [('d. de Jonc), p. 85. OzaiiabI, dans son '/'«"riV./i al-
inhliii, ms. de Paris, n" i58i, fol. la'i", le lait mourir en 3 2 A, selon une opi-
nidii (pii est égalemout rapportée par Ibn Kliallikàn, Inc. cit.
'■'' C'est le surnom du poète '\ii ii. Djabala, (pii In! mis à mort par ordre
d'al-Ma'mùn en 9 1 3 (828 dt^ .l.-C.). (il., pour les références bio}jraphi(pies et
biblioj;raplii([ues, Riiockelmann, Litt. Gosch., I, 78; et DKlhM>iKH, l.itt.-
(iesch., III, 701.
('"' Surnom de llan/.ala b. Abî 'Amir ai-Ràbib, tin'" à la bataille d'i'luul
((»25 de J.-C.). En ap|)renanl sa mort, Maliomot s'éciia : «En vérité sou r^rps
sera lavé par les anges. '1 Cf. Kilti/i al-airliiinî, XV, iG5; '{'admiI, Aiiiinlfs ,
1"' série, p. 1 '1 1 o ; Prince m; Ti:»no, Aiinali drll' Ixliiin, 1, 5()3 , u" a5.
(^' (i'est le surnom de ' \sim b. 'riiàbil alAusàrl. Cf. '/(»<// s.nis i/^,^. p. 1 do.
518 MAI-JUIN 1<J11.
w V c:.L.j. — f*-) P _Hi-^lj. — W P J^ jo^.
éclaboussé de boue) ''', S^/îV/ djazara (Sàiil.i la brebis grasse)^'''',
Tliàhil Qutna (Thâbit, l'homme au tampon de coton ) ''L Al-
Mubarrad (le rafraîchi)'*^, Dltn ' r-Rumma (^['homme au bout de
il fut lue traîtreusement à la journée de Radjî', en l'année k de Tliégirc
(695-626 de J.-C). Il dut son surnom à ce qu'un essaim d'abeilles défendit
son cadavre contre les ennemis <jui voulaient le mutiler. (If. Caussin, i'ssrt/,
III, 117-
'•' Surnom du traditionniste Mul.iammad b. 'Abd Allah b. Sulaimàn al-Hadra-
mî, qui vivait à Kùfa. Son surnom doit être prononcé d'après le paradi/;mi' 0^
{Titdj , 111, p. 35o) jiour ne pas le confondre avec 'Abd Allàli b. Muliammad al-
AIulay\in (comme ii>.xs:), autre traditionniste, maître d'Ibn Manda; dl'. Tàdj,
IX, p. 870.
<-' Surnom du traditionniste Abu 'Ali Sàlih b. \luliammad b. 'Amr al-I5a}i|i-
dàdzî. Ci'. Tàdj al-ariU, III, p. 97. II mourut en 29^1 (906), cf. Ibn ai.-Athîu.
Ckronicon , VII, p. 38a.
(') Surnom d' Abu' l-'Alà Thàbit b. Ka'b b. Djàbir b. Ka'b al-Alki, sur-
nnnnné (hilna (tampon de coton), poète el {juorrier du Khoràsàn. Dans une
liiUaille. celle de Samarqand, dit-on, il eut un œil crevé, qu'il tamponna avec
un llocoii de coton, d'où son surnom. (A. Tàdj nl-'arûs, IX, p. 3ia, Dzmimiî,
\liislabih, p. ^28, et Soyiitî, Mnzitir, éd. Caire, II, gi8, qui le nomment 00b
^kJ9 ^ji, d'après le KitdO al-oghdnî, XIII, 49-6^; voir aussi Ibn Ai.-ATiiin,
Cliroiiicoii , V, p. 109-112.
(*) On connaît le fameux philologue et historien qui porte ce sobritpiet. Ues
sources de sa biographie et la bibliographie sont dans Brockki.m ann , op. cit., I,
108-109. J'ajoute seulement (|u'en ce qui touche l'origine de ce sobriquet, on
peut consulter Ibn Kuaclikân (éd. Wûstknfeld) , notice 667, trad. Slane, III.
35; Tua'âlibI, Latd'if,\u 33; SoyCtî, Muzhir (éd. Boulàq),lI, 216. Je prolilc
(II' ce qu'il est question ici d'AI-Mubai rad pour signaler l'exislence à la Biblio-
thèque nationale, d'un abrégé de son Muqarrab, dans le manuscrit arabe
/i8i5 r". Il porte ie titre de vr*^' '-:^f-f^i et a pour auleiu- Abu Hayyàn
\Iuliammad al-Andalusi (voir Biuxiki.i.M \n\ , II, loc)). (if. Hài)ji-Kiim,k\ ,
VI .'83.
PROLÉGOMÈNES \ L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 519
L_iJ!y5 iJ^3 jj,-.^^ Oov^ Jptil |^iJl_^ ili^ (_,U]i)i ^^j aS-^I
corde) '^', A.ySrnq (l'homme étourdi par le fracas) ^'-^^j Surr
Durr (sac de perles )^^^ Hais Bais (désarroi)'*'.
Ces trois catégories constituent ce que l'on appelle les alqdb
(^rognomen). Tout ce qui est en dehors est le nom proprement
dit, comme Zaid, \imr; c'est le nom fvopre Çalam). Celui-ci
peut être simple, comme dans les deux exemples précédents,
ou composé — soit d'un verbe et d'un sujet '^', comme Taahlmta
Sarr"" (il a mis un [instrument de] mal sous son aisselle)''' et
('i Le poète qui porte ce sobriquet est trop connu pour qu'il soit besoin de
donner sa biograjtliie. Je renvoie, pour l'indication des sources, à RRitcKFLMANN,
op. cit., 1.5^, auquel il faut ajouter Iiin Kuallikàn, éd. Wlstknkki.i), notice
n° 534; Khizdnat al-adab (éd. Boulàq), II, /*5i; Ibn Qotaibv, Kitd/t ai-iir,
p. 334.
■-) Surnom d'un guerrier arabe, dont le nom est Kliuwailid b. Nulail b.
'Anir b. Kilàb; cf. Tddj al-'arùs, VI, p. 4o8. Le traditiounisfe Abu Y;di\ii
Muliammad b. 'Abd ar-Raiimân al-Bagbdàdzi, un des maîtres d'AI-Bukbàri,
portait le surnom de iuLclo rria foudres. Cf. Barbier dk Mkïnari), Jauni, (imat.,
1907, t. X, p. 62; Ibn al-Atiiîb, Chrnnicon, I, !i\'j.
'•■'' Surnom du poète Abu Alansùr 'Ali b. Al-Hasan (t A65 H. = lu;:- de
.!.-(;.). Cf. BnocKKLMANN, op. cU. , I, sSi. Le père de ce poète était si avare
(pic ses contemporains l'avaient surnommé Ju ^ rrsac de crottin-', i.i. Iiin
KiiALi.ihÀN, éd. WûsrKNKELD, ooticc 4K5.
"" Surnom du potMe Abu' 1-Fawàris Sa'd b. Mulianuiuxi . . . b. as-Saifi
al-Taniinii (t 67^ — 1178). L'origine de ce surnom vient de ce qu'il
avait dit, un jour, en voyant les gens de Bagbdàdz aller et venir très aiïairés :
ja^ jo^î^ i o"^-*^ '-• f Qu'ont-ils les gens pour être ainsi dans le désarroi ?-i
(]f. Ii!N KiiAi.i.iKÀN, éd. WisTENKEM), notice «07, et Aiii Sv»n. kità/i nr-rttu-
ildliiiii (('(1. Bouli'iq), I, p. i35; Ibn ai.-Atiiîb, Clininiron , XI, ((i- i (i(»-'.n K-3«)(».
('•' El d'un C(UupirMuenl.
'-'■ (if. KliOlkKI.M \NN , /,(//. (Ifsrll., I, !l.'l.
520 MAI-JUIN 1911.
»X.^.^O JfcJuL* /rfvui (J^^^ ^'"«'^ >^lx5 (^IsU^I^I J-»À95 »X)Ia«^S riX»^^
ol*-*ij J^xAjaÀj Joui (j-^^î tXxwjî^ >Xî»-o JjLAàÀï Jjtît (>^^^ :>_jjtv*.^^
(il) "" -> ^^ X "^
4XJ5 J-^i v-A-iXii _^^3 Jj-^^j <_j^A,Lallj jillaî! ^y>^^ cj^iN.)! _j.sû^
Baraqa Nahruhu (sa gorge a brillé)^", — soit de doux noms
qui ont été combinés et qui sont considérés comme un seul
nora, i^ Sihawaihi^'^\
Pour ce qui est du nom simple, il peut être, ou improvisé ''^\
c'est-à-dire un nom qui n'a jamais été employé que rouune
nom propre, tels Madzhidj (nom de tribu) et 'idad (noiu do
tribu), ou truitspcyrlé , soit d'un inasdar (nom d'action) comme
Sdd (félicité), Fadl (abondance), soit d'un participe actif
(ou nom d'agent), comme ''Amir (qui vit longtemps) et
SâUlj (qui convient à...), soit d'un participe passif (ou
nom de patient), comme Muhammad (celui qui est comblé
d'éloges) et Masùd (heureux, fortuné = Félix), soit d'un
nom formé selon le paradigme «/^'/ de W'iatif, comme Aljiiiad
(le très digne d'éloges) et Âs'ad (le très heureux), soit d'autres
formes de l'élatif, comme Thnqîj'^'^\ qui se dit de celui qui
s'entend à une chose et sait arriver au but, Salûl (celui qui est
(') Voir ci-dessus, p. hg'i, et SiBAWAiiu, éd. Derenbourg, II, ]>. 5/i.
(^) Voir sur la composilion de ce nom, Ibn Khalmkàn, éd. WïiSTKNFKi.n,
notice 5i5 in fine; Sacv, An(h. grammal., p. 4i, et Debenbouro, l'n'Tacc de
l'édition de SIbawaihi.
''^ Cf. Sacy, Grani. ar., II, 2G8.
'*' Ou thifiqt/. (]{'. r«rf; '^ous ^/oUlS .
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 521
<J (a.) 0 ^ Q jf
jXci-)^ <^.-?rP ?^L»ix«> j_|x» ^j^ ^)^J..ç^ii5 (juO
y_jXj Lûiw**fci oJiUI^ Aaà53Îj jt^ii ovi^ *Xâ iil 4_»jAiail l*X;& 5-t
'") S. Les huit mots précédents manquent.
très maigre ou phtisique). Le nom propre est transporté, tantôt
d'un nom concret, comme Asad (lion), Saqr (sacre, oiseau de
proie), tantôt d'un verbe au prétérit, comme Aban (il a séparé
ou manifesté), Saniniar (il a retroussé), ou à l'aoriste comme
Yazid Ç\\ ajoutera ou il augmentera), Yaskiir (il manifestera
de la gratitude).
Utilité de ces questions. — Maintenant que vous savez ce
que signifient le '^alam, la kunija et le laqab , la disposition de
[ces diverses parties du nom] a lieu d'après un ordre déter-
miné. Vous mettez le laqab (surnom) devant la hunya (surnom
[)alronymique)^", celle-ci devant le "alam (nom propre), et
enfin la nisba ou relatif, tiré du nom du pays (ethnique), de
l'origine, du rite secondaire, du rite dogmatique, de la science
[cultivée par la personne], on de sa j)rofession, ou de sa
" Que le laqah suive ou précc'do la kuinjit , ri'ln osl indilloiï'ul , (Taiirès les
oonunonlnlours de XAIfifiifa dTiiN .Mvi.ik (cf. litN 'A(.)ii, ol Ai.-KiiiiMii , éd. iJou-
liK], il5o2 ,1, |). 05). \u coiiliairc, Ibn Màlik (vers 75) et ses comnienlalcurs
sont (raccord [loui' dire que le laqab doit être placé après le nom propre,
coulrairemont à l'opinion d<' Sal.\di. Il est vrai (|UP dans IVxeniple qu'ils
donnent : *s'^l Jiji ^J"-»^' ''^- '"'/«/' c'sl un vérilaido sobricpicl, cpi'il eût été
dilliciie de mettre devant le nom propre, .limaffinc cpi'on lui a donné celle
place parce <pic cela rovicnt à cette construction : Dja'far dit (c o^^l) tU-
ne/, de la cliami'ilo".
522 MAI-JUIN 1911.
u'
A-zfc-Lo ^^^i)| --cl-ÀJi (jj-*-J^ ''*^-*^ U>_i (^iî»NjtJ! i^U (wo wwwJ *xJj
^^UJt x'iÀi f-^T*J' ^ o»^*>«-«v ij^ij^ t^Y***'^' JI^Li.]! (j**J<Kji)|
(") p_j. _ (b) p jji^. _ (Cl jjiij. _ (.1) j^, _ M p ^^^i, _ (f) p
qualité de khalife , ou de sultan , ou de vizir, ou de qàdî , ou
d'émir, ou de saïkk, ou de pèlerin, ou enfin de son métier.
Toutes ces parties du nom se mettront avant tout le reste.
Ainsi, s'agit-il d'un khalife, vous direz : le Commandeur des
Croyants An-Nasir lidln AUdh Abu l-Abbâs Alimad as-Sàmni
(s'il est né à Surra-man-ra^â) al-Baghdàdzî (pour le distin-
guer d'An-Nâsir l'Umayyade, le souverain de l'Espagne)
asSnfiî al-As'^arî (s'il suit, quant au fuvu, le rite juridique
d'As-Sâfi'î, et s'il s'incline, quant au dogme, à la doctrine
(l'Al-As'arî), et vous ajouterez ensuite : aJ-Quvaèl aJ-Hùiimî
al- Abbâsl.
S'agit-d d'un sullau, vous direz : As-Snitdn al-Mahl,- a:-
Zâlnr linLn ad-din Abu l-Falh Hadmrs as-Sàhhi (comme rclalil
• • • \
tiré du nom de son maître Al-Malik as-Sàlil.i) at-Tindà al-
Biuuhqdàr ou bien as-Sdàljdàr.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 523
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*U^!!i! i J>-«^5 J.JOÙ IX t^àUJ! >j->»#.j^ (^oJî (jU» i5-<«UJi dUJs^
(e) ^ •^ '*- (il) . fc)
*X)uli>^yà.i)l Jx*^' (ji Jî ' ^IJî :>->s«.J^ (^r!*>^î' IJ^'^J-*^^^ dUtXS'
Jyi:>^ l-S^^j (;5i>LJi ^i ^;-il4I JcLo «^iJI J^o 1^ ov*,^ u^^^^
i^jAôiJlj AA.^ (*vi^ yi <il ^U^i à^-w*J^ -^yÀJl ^5 -?-^' ^' -Loi)i
jXjç,^ -^^--^^ (ijj*>^' (j^ ^^4 v'^^' a Jyi-j^ t^>^' ^' er-*-^' ^'
("' P JjJLrfj. — (*') P tdJJJ. — (°) P. Los 11 mots qui procèdent man(|iicnt.
— C) P Jo^ç. — (^) V *xJUL.v — (') Pi.— '"■' P ^. — "> V
S'il s'agit d'un vizir, vous direz : A ad-dm Abu X Un lel el
vous disposerez le tout comme il a été dit, [)uis vous ajoutez :
luzii' d'Un tel.
S'ugit-il d'un (pidî, vous direz pareillement : Le Qàill A ad-
dîn et vous disposerez tout le reste comme il a été dit précé-
demment.
Pour les émirs, vous direz de même: l Emir A ad-dln et
vous disposerez toutes les autres parties du nom de façon ;i
mettre en dernier lieu le litre de fonctionnaire sous lequel il
était connu avant de devenir émir, comme nl-Djàsinhlr, ou aa-
Sùqi, ou tout autre titre.
Pour les docteurs, vous direz : nl-idlàma ou (d-hnji: . ou
nl-nuisnid (s'il s'agit d'un docteur très vieu.x et cpii a rapporté
beaucoup de Ixidlllis) ou (d-wu)m, ou ns-snil,li , on (d-fiujih,
(puis vous indiquerez le reste, pour clore le tout par :) td-
'asùli (le savant versé dans la connaissance des 'usai), ou al-
manli(fi {\q. logicien), ou ^m-«r/A/n (le graumiairien).
524 MAI-JUIN 191 1.
ls-1 Liojï y^ t^T^^ cs'fy^' ^*JiJ! od* «.is aMI ^^^^ ^^jv-dJijio
^i i^^ v^JUs ^1 ^ ^J^ (Jl (--v*>*-Ji y'5'^!_5 jl^juj! ^_^iJÎ ^Y*^'
aMI ^^> A^i» Jî <_/<.A«jJî yl^y'_j ^^j^' ^^l-^J' (5^Y^^ ^^^ *^
(") P. Les 2 1 mois précédents manquent. — '"*' P, Ce mot manque.
Pour les hommes qui ont un métier, vous direz : al-hnzzàz
(le marchand d'étoffes), ou al-nll(ir(\e marchand de parfums),
ou nl-l,li(iijijnt (le couturier).
Si la généalogie [de la personne | remonte à Abu Bakr as-
Siddîq — qu'Allah soit satisfait de lui! — vous direz : Al-
Qiiraèi at-Tnimi al-Bahn , car la tribu de Qurais est trop vaste
pour que l'on soit nécessairement Taimite et l'ethnique Tnimilc
est trop général pour que l'on soit nécessairement un descen-
dant d'Abû Bakr — qu'Allah soit satisfait de lui !
Si la îîénéalome remonte à 'Omar ibn al-Khattâb — qu'Allah
soit satisfait de lui ! — vous direz : (il-Qurasi al- Adam
al- Oman.
Si la généalogie se rattache à 'Othmân ibn 'Atïân — qu'Al-
lah soit satisfait de lui! — vous direz : al-QurasI al-Umaivi
al-Olhniâni.
Si la généalogie se rattache à 'Ali ibn Abî Tàlib — qu'Al-
lah soit satisfait de lui ! — vous direz : al-Qurasî al-Hàsuttl
al- A la ai.
PROLÉGOMÈNES A L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 525
^jl (jJ ^Xaw (J! w-«iV*jL!l (jO ^J\^ (^r*^'J^ ^»X*«i)l ;S*T*^' CA-Lï Aj-fi
<5oL£ aMI j_jAsn Cij^ ^ (:^T^' *^'î^ ti' 'r*'-**^^ y^ u'^ (^^ '"^ *^'
'"^ p. Les 12 mois précédents manqucnl. — C") P V (^~,_jfJ\ . — ("- V. Les
1 o mots précédents man(|iient. — (''' P. (ie mot manque.
Si la g(;néalofTie se rattache à Tall.ia — qu'VIlàh soit satis-
l;nt (le lui ! — vous direz : nl-Qarosi al-Taiml al-TnIln.
lia {généalogie se ratlache-t-clio à Az-/ubair — i|u'Allàh
soit satisfait de lui ! — vous direz : al-Qurnu al- Asadl az-
Zulxnri
Si la généalogie remonte à Sa'd ibn \\n VVaq(|as — qu' Al-
iàli soit satisfait de lui ! — vous direz : nJ-Qnmsl <i:-Znlirl
(la-Sd'di.
Si la généalogie remonte à Sa'id — qu'Allah soit satisfail
de lui ! — vous direz : nl-(Jnr/ièî nl-Adtiwl as-Sakli. Mais on
ne sache pas que quchju'un ait fait remonter sa généalogie jus-
(lu'à lui.
Si la généalogie remonte à 'Abd ar-llahmàn ibn 'Vuf —
([u'Mlàh soit satisfait de lui! — vous direz : (il-(Jiinisl a:-
/ulirl fil- An/ i, des dcsccndaiils de Whd ar-li<iliiiiàn ihti Wiif.
Si la généalogie remonlc à Vbù 'Obaida ibn al-Djarràh.
vous direz : (d-Qiiniii}. des desccnd/oils d'iln'i 'Ohaldti, si ce n'est
([lie celui-ci n'a pas laissé d<; postérité.
XVII. . 3/»
lymiuriitR siThikktK.
526 MAI-JUIN 1911.
■^ w *
Ce que je viens de dire ici constitue la règle connue, la
roule fré([uentée et babituelle des hommes de science, bien
qu'on trouve au cours de ce livre, dans certaines biographies,
des éléments de noms qni ont été avancés ou reculés, contrai-
rement aux règles précédentes ; ce sont des lapsus aiîami ou
des fautes d'inattention de l'esprit. Du reste, je n'ai établi
la règle ci-dessus que pour qu'on y ramène les noms qui
seraient disposés différemment. Et c'est d'Allah [qu'il convient
d'implorer] l'assistance !
AvEnTissEMENT. — Plus VOUS rcmoutez dans la série des
noms et des ethniques, plus vous en tirez profit et évitez la
confusion. Voici, en effet, ce qu'on raconte '•' : cçAl-Mu'alâ ii)ii
Zakariyyâ' an-Nahrawani ^^^ a dit : «Une année que j'accom-
'■' Cette anecdote est raj)portée aussi |iar Ibn KiiALi.ikÀN, éd. WCstknfki.i),
notice n° 786, avec ([ueiqiies variantes dans les termes, sans {grande impor-
tance.
'-' Sur cet auteur t iigo (1000), \oir Bikickki.mann, Liu. dexch , l, 18^1:
Ibn Khalmkân, Ioc. cit., à la note précédente; Ibn ai.-Atiiîh, CIn-onicon, IX,
|j. 1 16.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 527
jUCi Axi oJjJ (jv-i^î' (j^^rô-* (j-* ^iLljtJ JUii «XM U li bî bû ciJJii
plissais le pèlerinage, je me trouvais à MinA durant les [trois]
jours du tahri(i ^^^, lorsque j'entendis quelcpi'un qui appelait :
k() Abu' 1-Farudj \r. C'est peut-être moi qu'il domaudo, me
dis-je; mais, ajoutai-je en moi-même, dans la foule il y a l)ien
des personnes dont la hunjn (surnom patronymique) est AbiV
1-Karadj, et je ne lui répondis pas. 11 appela de nouveau:
1:^0 AbiV 1-Faradj Al-Mu'àfâ ! -n Je pensais lui répondre ipiand je
me dis : il se peut que cette personne se nomme Al-Mu'àlâ.
et ait pour /.//«yrtr AbiV 1-Faradj, et je ne lui répondis pas. Mais
l'hûmme appela d(î nouveau : ciO AbiV 1-Faradj Al-Mu'afà,
"(ils de Zakariyyâ ! ?5 Je ne lui répondis j)as encore. Enfin
riiomme appela : ^^ Abu' l-Faradj \l-iVlu'àfà, (ils de Zal<a-
«riyyà, de Nahrawàn I ^) \lorsje me dis : il ne resie |)lus aucun
doute que c'est moi (pi'il appelle, puiscpi'il a iii(li([U('' ma bini/n.
mon nom, le nom de mon pèr(> et celui de ma ville, oi alors je
ré'poiulis : «Me voici ! Oue me voulez-vous ? — Vous êtes pro-
«bablemeut de Nahrawàn d'Orient 1 me dit-il. — Parlaileuienl,
") Trois jours (|iii sium'uI li- jour des iiiiinolatious, c'est-à-dire li- i i, i u ol
i3 Dzû-l-IIidjdja.
36.
528 MAi-JUIN. 19 11.
^ fl)') fa] -"
(»' P a icijj-. — C") P vj»-"-
«l'c'pondis-je. — Nous cherchons au contraire [un homme
wde] Nahrawân d'Occident. 55 Je fus émerveillé de cette coïnci-
dence, w
l^a même confusion se produit entre Al-Hasanb. 'Abd Ailàh
al-'Askari Ahù Ahmad. le lexicographe, l'auteur de Kitâb nt-
idshlf^^'i (le livre des fautes d'orthographe) '-' et Al-Hasan h.
'Ah(i AHAh al- Askari Abu HilAl, l'auteur de Kitûh al-mv(fih'l
('' Sur cel ouvrage et son auteur t 388 (998), voir Ibn Khallikân, ccI.
VVè.steî;fkld , nolicc 1 63, et la note 3 ci-dessous; cl'. IIamver Litt.-Gesch., V, 53 i .
C'est (le ce kitâh at-lasluf qna HAdji Kh.u.fa, à l'article lai^ (^(t- ^^'i P- *'''^)i
a tiré les élémonls de son étude sur l'origine des points voyelles en arahe.
Voir aussi 1b> al-\tiiîr, Cliroiiicon, IX, 9'y; \àoÎt, Irchàd ( Gibs Al), 3, p. laC).
'"-' Surtout celles occasionnées par le rh-ingcment des points diacritiques.
'^' Sur l'œuvre et l'auteur, voir Hammkr, Lilt.-Gesch., V, 678 et VII,
1121, et BnocKELMANN, uj). cit., I, 196; Yàqît, op. }aui}.,y. i35; Encydoféihe
ilrs sciencpx iiiusKlinanes , s, v. Askari. J'ajoute que ie Kitàb a.s-mna alain ul-
hilàl/a M'f/s-si'r (n° 2 de la liste de IJiockdinann) a été pul)lié au (iairc
par Muliaunuad Ainîn al-lvliànigi , et, ce qui est plus important, que le
kitàb at-lasljif (n" 9 de IJrockeluiann) est l'œuvre de riiomouyme de notre au-
teur. Sur cet ou\rage, voir en dehors des renseignements fournis par Bnoc-
KELMAXN, loc. cit. , la dissertation de Al. Brônlf, dans les Actest du Congrès
dos Oricnlalislrs de Boiiic , III, fî" partie, p. 6-8. H faut j)eut-ètre aussi
enlèvera Ahù Hilàl, pour l'attribuer à Abu Ahmad, la paternité du Rildli
Djainharal al-aintlull (11° 1 de Hrockelmann) et du Ritdb az-:awddjir wcd-mu-
ird'iz (n° 6 de Iji'ockelmann), conformément au témoignage d'iBN Kiiai.i.ikân,
éd. WCstenfei.d, notice i (io et surluut 1/18 (celle d'A!-Haddjàdj b. Yùsuf),
p. 79, I. 1, où fou trouve une citation du Kkdb al-la.sijif, d'Auû Ahmad Al-
'AskAiù. Je termine celle note, en signalant l'existence du Kitdb al-awd'ih
dont RiciiAiii) (îosciiK regrettait la porte dans sa dissertation : Die Kildb
alawd'il. Eine liUerarhislorisclic Stiidir (Halle 1867), p. aa. En effet, l'œuvre
Pr.OLK(iO:\IKNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. r)29
s-
(*\*j^^ /<vui)l ^ Ui-oL» <xjL«\Xj^ /wocwfcj^ (j*^ *■''■»*• li ''^.^r'^j^ (j'"^ ci'-^'j
("' P. Les 1 1 mots précédents manquent.
L'un et l'autre s'appellent Al-Hasan b, 'Abd Allah al-'As-
kan, mais le premier est mort en 882 (=()()!2 de J.-C),
tandis que le second était encore vivant en 3g 5 (= ioo5 de
J.-C; cette date serait celle de sa mort d'après Brockelmann,
op. cit., I, 126). Ces deux auteurs ont donc eu de commun le
nom, celui du père, leur nom propre, et ils ont vécu approxi-
mativement à la même époque. Il n'v a que le surnom patro-
nymique qui les distingue, car la Luni/a du premier est Ahn
Aljiiitid, tandis que celle du second est Abu Ililàl. D'autre pari,
le premier est fils de \[hd Allait, 111s de Stnd, fils (YLsniall .
tandis que le second est [fils de] \Al)d Allait, fils de Sahl , fils
de Sa'id. C'est d'ailleurs pour cela que beaucoup d'hommes,
versés dans la science de l'hisloire, ne les di>tinguent pas
l'un de l'autre et croient qu'ils sont une seule et mrme personne.
Nous verrons, s'il plaît à Allah, les biographies de ces deux
honnnes en leur lieu et place.
(l'Ai-' Askiiii si^ liouvf dans le ins. .")ç)8t3 df lu Rililiolliè(|ue nationale (collft lion
Scholer). (il. II. Dhiikniioukc, Len maiiiiscrils arabes ilr la cullirliim Srlu'/W à
la Hiltli/itliètjiic iKihiiiKilc (tijuTi, |i. i i ; !•". Ri.ocukt, Calaloirur di' la ùtUi'ction
di'K inaiiuscrilu nnciihiu.r iiralii'x , prrstiiis cl liirrs , fiiriiirr par M. dliarles .S'c/ic/l-r
fl acquise par l'Klat (l'uris, 1900) n° r)M()0 do lu partie aralie.
530 . MA1-J[J1N 1911.
0»X-:^i ^^AjijJi L$(X.i».i ,j..jjj^-g-i.Jil (jmL<>)}\ ij^ ijpùi-4 /*JS-*-4^
<_^-*.l-«> A_^JiiJi y^^\^ Y+'N^^' JIÏ.AÎL) Ojv»iS -fil-jj! (^_ycUl ijj^'j)!
(a) ->
C) *.-L.^ . — C") p. Ce mot manque. — ''^ P c:>L«oJai .
Il en est de même d'Abû Bakr Muliammad b. 'Alî as-Sâsî
as-Sâfn. Dans ce nom, la kunya, le nom, celui du père,
l'ethnique et le relatif tiré du rite, tout cela est commun aux
deux fameux imâm , dont l'un est le jurisconsulte, le savant
dans la science des usûl, le lexicographe et poète, qui est
connu sous le nom d'Al-Qafîàl al-Kabîr (l'aîné ou le grand) ''^,
tandis que le second est le jurisconsulte, le chef de la doctrine
sûfie bien connue. Le premier est mort en 365 (=976 de
J.-C.) ^^', tandis que le deuxième est mort en 485 (== 1092) '^'.
En outre, le premier se nomme Muhammad b. Ali h.
Ismâ'îl, et le second Muhammad b. 'Ali b. Hàmid.
^'' Voir sur cet auteur, Ibn Khallikàn, éd. Wijstenfbld, notice 58fi, et
DE Hammer Litteraturgeschichte der Araher, V, j). 196.
'■-'> Cette date n'est pas certaine. Cf. Ibn Kuali.ikân, loc. cit., dans la précé-
dente note. Cependant Dzauabî, dans son Tanhh al-IsJdm , m$. de Paris i58i,
loi. .'^09, dit que cette date est certaine et rejette celle de .336, indiquée par
Abu Isliàq as-Siràzi dans ses Tabaqnt. En outre, Dzahabî ajoute [Inc. cit.),
d'aprc's Nawawî, ([uc loi-squ'on rencontre dans une citation le nom d'Al-
QaÎTàl as-Siîsî, il s'agit de l'aîné (y^^l), mais si c'est \1-Qaffàl al-Marwazî, il
s'ajjit du jeune (j-Jt^i), qui est surtoul jurisconsulte et dont la liiojfraphie
est donnée par Ibn KiiAr.i.iKÂN, n" 33().
J'HOLKGOMKNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 531
>" , , ^ ÎTi i''J ..'^i • (■'i tu
Il en est de même des deux Muhammad b. 'Ali, qui ont tous
deux commenté les Séances de Harîrî. L'un d'eux se nomme
Muhammad b. 'Ali b. Ahmad Abu Abd 'Allah et est connu sous
le nom (Uhn Hamida al Hilli^"; il mourut en 5o5 (= i i i i).
L'autre s'appelle Muhammad b. 'Ali b. 'Abd Allah Abu Sa'îd
nl-l)ja\vànî al-Halwî*'^', et sa mort eut lieu en 56 i (= 1 165).
Vous verrez d'ailleurs au cours des biographies contenues
dans ce livre, en fait de noms, de hunya, d'elhnic|ues, de
rites, de métiers et d'autres choses encore, de quoi être émer-
veillé.
(A suivre.)
"' Cet auteur est mort en 55o (ii55), d'après Hadji-Khalka, VJ, p. ()o,
I. 9. Cf. aussi Icstoiuos II, 6^8; III, 5o(); V, 87, 111, i3o, ?^'.^'^.
'^) lladji-Klialfa (/oc. cit.) lui donne le même elliiiique qu'au précédent,
c'est-à-dire al-llillt. Voir aussi les toinos II, 186; IV, /ii5; V, 5i/i,et VI,
3îi3. Tandis que dans le tome VI (p. ()o), H-Kb. adopte la date donnée par
Saliuli, dans les tomes II et \ {loc. cil.), il dit que cet auteur est mort dans
les environs de Tu o.
582 MA1-JI]IN 1911.
ERRATA
POUR LA PREMIÈRE PARTIE DES PROLÉGOMÈNES
(/.!., ri° mars-avril i-gii, p. a5i-3o8").
P. •25/i, 1. i5 , lire : princes. — P. 3 55 ,1. Q2 , lire : :a^. — P. '25(>,
1. 10, lire : jjjjJLs:; 1. i i , lire : (j^-1 »j--^. — P. 208, note 0, lire : -i^i
(858). — P. -2 Go, 1. 5 [Le pèlerinage de l'adieu): noie G, (d-iiiiidi'a.
— P. 262 , 1. 5, hijfe: : lionoriliqiie. — - P. 268, 1. 1 et 2 , lire : ^'-s' et
traduire : ff la construction de la maison sainte par Abraham-. — P. 271,
i. i,^^^--; 1. h, traduire : \%''^ rfpai' soustraction-" (Snoiick-IIurgronje).
— P. 273, note 7, lire: 3Gi jours; 600 ans. — P. 278, 1. 5, lire:
j.Li.j6 ^^\ *U..j et traduire : ff alors arriva i'époque de Hisàmi. — P. 279,
1. A, iu^y^. — P. 281, 1. /i, ù^jii.j. — P. 28/1, 1. h, U>.-^; »^U.
— P. 285, 1. /., l^S^l; 1. 5, s^ioJI. — P. 286. 1. 3, ^y.!. — P. 387,
1. /., ^L^. — P. 289, I. 1, J^. — P. 398,1.8, JJi.L^. —P. 295,
1. 2 de la traduction, lire : al-aiifusa. — P. 996, noie 2 : le hesra. —
P. 297, 1. 9 et 3o3, 1. 5 , ^ysi. — P. 297, I. G, ^k. — P. 3o3. noie 1,
troia îuiiis. — P. 3oA, 1. 5, j>!j^£i)l: 1. G, 'Slv^. — P. 3o5. 1. 7 do la
traduciidu : daràhimu. — P. ooG. 1. 7 <le la IraductitDU : darahiiiia. —
P. 307, I. 7, ylot^. - I*. 3o8, 1. 5, ts-i^-^i qui est le pluriel de *^Ij,
doit èlre traduit par reiisanglanlées, saignantes-. Je dois à l'obligeance
de mes savanis confrères MM, Snouck Hurgronje et W. Marçais d'avoir
attiré mon attention sur ce point.
Après un nouvel examen du vers isolé cilé dans celte page (3o8), je
crois devoir modilier comme suit la traducliou que j'ai donnée du second
hémistiche: ffdont les pattes ensanglantées battent la semelle-. En efiél,
^j^ est synonyme de Joiil jLx.:' rr semelles appliquées sous la plante des
pieds des chamelles^. D'après une autre opinion, g:^^ désigne les frcour-
roiesfl {-^y^) qui servent à attacher les semelles en question. Le Tàdj al-
'arûs (III. iG3, 1. 1 ) donne ces explications d'après Ibn as-Sid [sic; cf.
sur cet auteur Ibn KhallikÂn, éd. WisTi;Nri;i,u, notice 354), qui cite
précisément notre vers à l'appui de son opinion dans le ^3-ijl <_.U5'. fiO
plupai't des grammairiens arabes ont composé des petits ouvrages le\i-
cogiaphiques intitulés j-jUI (_.U5^ Sur celui qui est attribué à Al-A.sma'i
et qui est aujourd'hui publié, voir D. II. Mllleu, Kitàb al-FarJc cou Alas-
ma'l, Wien, 187G (Tir. à p. des Sitziiugsh. der A. Alndem. der II /v-
scuscli.).
COMPTES RENDUS.
MiSSIOy tlHMJ.lISE DE CllALDKE. l.WEM Air,E DES TABLETTES DE TeLLO COXSEIIVÉES
iU Musée impÉi'.ial ottoman. Tome I : Textes de l'époque d'Agadé (Fouilles
d'Ernest de Sai-zec en i8gô), parFr. Tuuread-Dangin. -Tome II, t "■ parlie :
Textes de l'époque d'Agadé et de l'époque d'Ur [Fouilles d'Erueat de Sarzec
en i8()//), par H. de Gesouillac. — Paris, 1910.
On ne pouvait songer h publier clans leur ensemble les milliers de
tablettes provenant des fouilles de Tello, et cependant il était liés dési-
rable de connaître leur contenu. M. Tbuieau-Dangin s'est cliargé d'inven-
torier les textes recueillis en iSgS; M. de Geuouillac a analysé ceux qui
furent mis au jour l'année précédente.
Dans son volume, M. Thureau-Dangin étudie une collection bomogène
de A37 documents, cotés loAo h lAyô, tous de l'époque d'Ap;adé, qui
(■laient jetés et entassés sans ordre sur les restes d'un pavage en hricpies
cuites; il en publie plus d'une centaine en autograpliie.
Nous n'avons pas la prétention d'analyser cet inventaire. Qu'il nous
suHise de signaler <]uelques-unes des données qui s'en dc'gagent jimir
l'interprétation des textes sumériens. Le signe a + Itfi (/?. /'A (!. , A7 1 ) si-
gnilie rf fugitifs el s'oppose h //7//;-/>^f Tprésenf'^ et à :i[g')-{><i (rabsenl du
sorvioen (p. 2, u. -i) lorsqu'il s'agit d'ouvriers ( littl). (leux-ci (-laienl
groupés sous la direclion de conlremailros (p\) auxquels commandaient
des préposés (»«-/>«HWrt). J.a tablette i^ig porte le dénombrement des
liommes de trois ««-/»««(/«: le ■jjiemier on dirige 173 placés sous les
ordres de neuf pa parmi lesquels il est compté lui-même; les deux autres,
respectivement locj et l'iy. Dans un autre texte (^11 /•()), un int-hmida
coiiiniaude à 8 l'A et à ])lus de :îoo lionunes. lie pa recevait les objets
destinés aux kaJ [\'î\o) et son traitement était double de celui de ses
lionimes.
Le signe vw a parfois une valeur ék (toOG. 119.0); le signe /.//•, ^«".v
[li.EJ]., 189) sert à désigner la génisse ou la jeune vaclie (^ p. i(),n. a);
pour uz-tiir" , M. Tliureau-|)an{;in revient à lliypotlièse de Jenseu et
pense que cet oiseau de basse-cour pourrait éti'e le canard ^^ p. 10,
n. -?.)\ iiuini:, dont le sens général est «•progéniture", dt'signe certai-
nement r^ceuf" quand il s ajfil des oiseaux [\). i'\. n. a).
(luii "régii'" [idiX'j) ('\|iiimi' uni' idci' (le di'pendaiicc cl s'oppose h
bU MA1-JU1,N lUU.
à-niin ([ul implique lidre de propi-iélé; ku-agi-a ne doit pas se li'aduire
ffreiidrei, mais bien rrlivi'eri (p. 19, n- 7); i^a- Tdonnei'w doit se distin-
guer de sum rr remettre» (p. i5, n, 1); jm'-ko signifie : ffii a pris en
charge- (p. 6, n. h). .
Le nom de mois transcrit précédemment gu{d)-(lu-ne-sar-sar puis hàr-
râ-ne-sar-nar est à lire hàr-râ-nc-mù-mù (p. 9, n. 95) d'après la tablette
AO 3fi3(), alors inédite et actuellement publiée par M. Tliureau-Dangin
[Revue d'Assyviologie, t. VIII, fasc. 1-2, p. 87).
Le relevé des longueurs des diverses sections d'un canal (n° 1 175),
permet de déterminer la valeur de da-na : 1800 gar-dc ou 1 kas-gid.
Un mémorandum relatif à des briques (i338) fait attribuer la valeur
6000 au chiffre 600 gunijié , puisqu'il y est suivi de 6x600 et par con-
séquent ne saurait correspondre lui-même à 3, 600. Le NiGi(iy) est tantôt
la moitié et tantôt le tiers du dig; par conséquent il avait une valeur
fixe de 10 qa, le dlg étant de 20 ou de 3o qa.
Un certain nombre de tablettes mentionnent des offrandes faites aux
dieux: l'une d'elles fixe quels étaient sous le patésiat de Lugal-usumgal
les (T présents de noces « de la déesse Ba-ù, ce qui permet une intéiessante
comjîaraison avec les présents en usage au temps de Gudéa d'après les
inscj'iptions des statues E et G de ce prince.
La publication de M. deGenouillac comprend l'inventaire de /i29 ta-
blettes de l'époque d'Ur, cotées 617 a io38, accompagné de 78 planches
dans lesquelles sont autographiés des textes décrits dans ce demi-volume
ou qui seront analysés dans la suite de l'ouvrage, et trois planches d'em-
preintes de sceaux reproduites par l'héliogravure.
Ces documents nous renseignent sur l'importance des pratiques reli-
gieuses à cette époque: l'activité des fonctionnaires des temples s'y
manifeste; les princes divinisés Dungi, Bùr-Sin, Gimil-Sin, Gudéa,
avaient des chapelles, et dans les temples du dieu Ningirsu, de la déesse
Ba-ii , avaient placé leurs statues aux(|uellos on apportait des offrandes à
la néoniénie et au quinzième jour du mois (856, 881 , 970. etc., et
surtout 793).
Une autre série de pièces méritent de retenir l'attention : ce sont des
jugements [di-til-la). M. de Genouillac a eu i'hem'euse inspiration de
les grouper dans un article de la Reoue d'Assijriologie({. VIII, 191 1, p. 1).
Un nouveau patési d'Adamdum — Ra-a — et deux patési de Sabum
— Abum-iliim, Ghnil-Sin-hàni — sont mentionnés dans des documents
sans date (677, 6Zio, 773, etc.).
Le prix d'iui esclave mâle était d'environ i.t sicles; une femme se ven-
dait do 3 à 5 sicles; une famille entière, une demi-mine. Ad-tah n'est pas
COMPTES RENDUS. 535
le "brancard'^, comme ou lavail sii[)|)03é, mais le Irait, car au u'Sôg
sont mentionnés des ad-tah en poils de chèvre. Le signe, R.E.C., /i66,
correspond à deux signes modernes : ziLum (Brimnow, n° 1021 5) et str
(Br. , n" 10227).
La glyptique s'enrichit de données nouvelles : un troisième sceau du
patési Arad-Nannar (n° gSy); le cachet d'un fils du roi Bûr-Sin (n" 95/1,
pi. J) et celui d un sei'viteur d'Arad-iNanuar (95a). Deux autres intailles
présentent la très cui'ieuse particularité d'a[)partenh* en même temps au
père et à son fils ( 768 , 960 ) dont les noms sont unis dans la légende. Mal-
heureusement les graveurs ne variaient guère les sujets : c'est prescjue
toujours une scène de présentation, soit que le personnage introduit en
présence de la divinité se tienne debout, la main droite posée dans la
main ou sur le poignet gauche, soit — ce qui est beaucoup plus fréquent
— qu'une déesse le tienne par le poignet.
Ces quelques remanjues n'ont d'autre but que de faire apprécier
l'utilité de ces volumes d'inventaire. Les sumérologues y trouveront une
quantité de nouveaux matériaux d'autant plus importants ({u'iis pro-
viennent de fouilles officielles, d'un endroit bien détei'niiué.
L. Delapoute.
Sepiieii m ZoHAR {Le livre de la Splendenr), Doctrine éaotèriquc des Israélites.
Trudiiil puur la première lois sur le texte clialdaïque et accomi)a[jné do
ndies par Jean de Paulv. OEuvre posthume entièrement revue, corrigée et
Cduiplétée; publiée par les soins de Emile Lafdma-Gikaud, t. VI (1" et a').
— Paris, E. Leroux, 191 1 ; grand in-S", i52 -\- a-f et iOg pages.
Félicitons avant tout notre collègue, M. Lafuma, d'avoL- mené à si
bonne fin une œuvre considéralde; il a parcouru une très longue voie
en un espace de temps relativement restreint, à peine plus de dix ans.
Il ne s'est pas laissé décourager, ni détourner de son chemin, par les
avis pessimistes des craintifs et des scepti([iie>!. Onfossons-le : lorsque le
généreux éditeur littéraire nous a fait l'honneur de nous consulter sur
l'opportunité de son projet de publication, nous n'avons pas caché à
M. Lafuma nos craintes de voir l'œuvre s'arrêter en route, vu l(>s dilli-
cullés de toute nature qu'elle conq>orte. C'est nous (jui avons eu lorl.
el nous nous empressons de b; reconnaître.
En ell'et, s'il est ditlicile de traduire en français un loxie oriental
(pielconque, combien ci' labeur est aggravt" I()rs(pie trop souveni
comme c'est ici le cas — le texte est volonlaii-ement obscui-, d'iinr andii-
guïté cbercli('e, intenlionnellenKMil pou compn'bensible. Au Iniid, je
530 MAI-JUIN l'.ill.
Zohar est un commentaire biblique, et il serait excessif de dire —
comme ie prétend à tort Gustave Garpeles ''' — qu'il est conçu sans
ordre ni méthode, puisque ce iivre suit à grandes iigues les divisions
essentielles du Pentateuque. Mais il offre un singulier amalgame, où l'on
côtoie tour à tour l'exégèse, la Kabbale, le Midrasch, les philosopliies
néoplatonicienne, gnoslique et même aristotélique.
Longtemps on en avait attribué la paternité à l'un des rabbins du
f siècle de l'ère chrétienne, à R. Simon ben \obaï, qui vo'cut à une
époque des plus cruelles pour sa nation, qui eut des aventures roma-
nesques, qui est considéré par conséquent comme le fondateur de la
science mystique, mais qui cependant n'est l'auteur d'aucune œuvre de
longue haleine. L'attribution fantaisiste de l'écrit pseudépigrapliique lui
valut d'être entouré d'une profonde vénération , et actuellement encore
les Juifs orientaux se plaisent à en recommander la lecture aux fidèles,
même (disent- ils naïvement) si on ne le comprend pas. L'attrait du
mystérieux qui entoure le Zoliar, son solennel langage aramécn. sa
forme fantastique expliquent sa faveur et son inlluence auprès de toutes
les générations rêveuses, surtout lorsque dans leurs souffrances elles se
consolent par l'espoir d'un avenir meilleur.
Cependant, depuis un siècle, des doutes ont été élevés sur l'ancienneté
de ce livre, et de nos jours on a victorieusement démontré qu'un
ouvrage connaissant les écrits de Gabirol et mêlant des mots espagnols
au texte araméen, ne pouvait remonter à l'époque des Tanna'ites, rédac-
teurs de la Misrhnâ, de ce noyau du Talmud. Les défenseurs de l'an-
cienneté du livre prétendent, il est vrai, que le compilateur a recueilli
et utilisé un grand nombre de documents d'époque très reculée. S'il en
était ainsi, il serait étrange que, pendant mille ans ou plus, ces docu-
ments eussent passé inaperçus des savants, durant diverses périodes
de la littérature juive. Aussi, est-il généialement acquis aujourd'hui que
l'auteur du Zoliar est Moïse ben Schem-Tob de Léon, qui vécut à Gua-
dalaxara, en Espagne, dans la .seconde moitié du xui' siècle, ville où il
est décédé en 1287. Au reste, du vivant même de cet écrivain pasticheur,
l'antique origine de sou livre fut contestée, et l'on sait que, malgré le
serment de l'auteur d'avoir reçu miraculeusement, dans sa maison,
le manuscrit écrit jadis par Simon ben Yoliaï, il fut convaincu d'im-
posture par sa propre famille. De même, il n'y a pis de longues années,
un certain M. Goldschmidt, savant hébraïsant, a publié un conunentaire
C' Hiittoiir (II' In liuévalure juive, trailiiclion Is. Br.ooii cl Kniiie Lévy,
p. 377.
(COMPTES RENDUS. 537
l)i!jli([iie analogue, qu'il disait avoir tiré d'un manuscrit inconnu. Les
critiques ont surgi à ce propos, les uns pour, les autres contre lui.
Après avoir assisté impassible à ces tournois, M. Goldschmidt a fini par
reconnaître sa supercherie littéraire, au grand désappointement des uns
et des autres.
A part cette question de date et des considérations historiques qu'elle
entraine à sa suite, l'intérêt qui s'attache au Zohar n'en est pas restreint ,
sinon pour le fond, du moins pour la forme de l'œuvre examinée an
point de vue philologique.
Par conséquent, il n'est pas étonnant que chaque siècle ait vu naître
plusieurs éditions de ce livre fameux, depuis celle de Mantoue en i558,
jusqu'à celle d'Amsterdam, 1906, en trois gros volumes, dont la pagi-
nation a été successivement maintenue conforme à l'édition princeps.
Jamais on n'avait osé aborder le travail immense de traduire un^ telle
série de commentaires. 11 appartenait à un Français de commencer et
d'achever cette œuvre, et à un autre Français de la publier, n'hésitant
pas dans son enthousiasme à lui consacrer une aussi belle part de son
temps et de sa peine.
l"]videmmont , dans cette pénible marche ascendante vers le but, l'un
et lauli'e ont été soutenus par la foi , par leur zèle . par leurs convictions .
par leurs sentiments religieux, dont il serait injuste de méconnaître les
heureux effets. On en retrouve conslanmient l'écho dans les -Notes- du
traducteur et du publicaleur, qui, se suivant parallèlement et se sou-
tenant réciprocpioment, constituent la plus forte part du dernier volume,
destinée à nous (aire connaître et lire le Zohar. En les suivant, on oper-
çoil dans quel état d'espi-it les annotateurs ont saisi la pensée dominante
du Zolinr, comment ils l'ont comprise, au point de supposer ou d"ima}|iner
des allusions à des doctrines qui étaient certainement très étrangères à
ré(ri\;tin juif, (juel qu il fût, soit de l'antiquité, soit du moyen âge.
L(H'sque, par exemple, .lean de Pauly allirme''' que, par rdomuninauté
d'Israël" le Zohar entend désigner l'Église, il aiu-ait fallu le démontrer.
Sui' ce détail de théologie, il n'y a pas lieu dinsister ici : imii liir mil
lociis.
Cependant, dans les f Notes»), h défaut (riulroduclion générale, on
peut démcMer les opinions mystiipies de nos ('crivains, surtout au sujet
de la rédaction du Zoliar. 0\\ dans une lettre adressée au P. Hardi ^*',
écrite pai- Hicliard Simon, celui-ci parle du livre -de M(>sser Léon- , en
'"' T. VI . •_!'' parlie, |). 1 (|.
(-> Citée t. VI, -j" |)nrli<-, \k /i-j.').
538 MAI-JUIN 1011.
le qualifiant de -ffaiixi. L'annotateur de la traduction du Zohar tire de
ce fait la conclusion suivante : puisque la Iradiiion parlait d'un faux
Zohar, il y en avait un vrai, le nôtre, et ce vrai n'était pas l'œuvre
de Moïse de Léon, à qui la tradition attribuait le faux. Quelle logo-
machie, ou plutôt quel amour du syllogisme, à prémisses discutables!
Pour échapper aux objections élevées contre l'ancienneté du Zohar,
nos écrivains ont recours à un procédé moderne, qui consiste à supposer
des interpolations, plus ou moins développées, postérieures au texte
fondamental. Ainsi, à propos du nombre de tours (6 et lo) à établir
dans l'enroulement des Tsilsiih (franges à l'étole d'oUlce cultuel), notre
annotateur admet sans peine que cet usage cabbalistique ne remonte pas
au delà du xni' siècle (p. A 35), mais que ce sont là des arguments
récents, qui auraient été intercalés plus tard. C'est une simple hypo-
thèse que rien ne vient confirmer.
M. de Pauly va jusqu'à descendre au delà du xiv' siècle (p. A/i6),
sous prétexte que, dans les premières sections du Zohar sur le Deulé-
ronome, l'on trouve des idées et même des passages tirés de certains
auteurs du xiif et même du xiv' siècle. Il n'y a pas lieu de suivre sur ce
terrain le trop subtil traducteui-, puisqu'il corrobore son avis en citant
n. Beliaï, ou lîahya ibn Pekouda, auteur du n"i3n'?n m3'n (Dcrnirs des
cœiir.s), qui est du xi' siècle, contemporain d'Ibn-Gabirol , côte à côte
avec le Ba^aJ ha Tourim, très postérieur.
Plus loin, il discute la fréquente remarque, rappelée par Munk et
par d'autres, que des mots espagnols figuraut dans le Zohar contribuent
à le dater : il lui objecte (p. kho) que le Talmud contient également
des mots d'emprunt, étrangers au langage rabbiniqne, des mots latins
et persans, on peut ajouter aussi des mots grecs, sans nuire à raiithcn-
ticité du Talmud. C'est vrai; mais ces mots sont tous contemporains de
ce livre, et leur présence y est chronologiquement exacte. L'argument
est topique, et, appuyant notre avis, il s'oppose à l'opinion adverse.
Puis viennent des critiques contre des auteurs de nos jours, qui ont
analysé le Zohar. Le traducteur a beau jeu de redire (pi'A*!. Kjanck,
très peu hébraïsant, nullement versé en littérature araméeune ponr lire
les originaux rédigés en cette langue, n'a pu connaître le Zohai' (pie de
seconde main. Mais c'est une inexactitude de prétendre (p. liliS) (jue
M. Karppe soit frincapable de déchillVer un seul mot du Zohar ". <'.e
lettré a donné les preuves de sa capacité et de sou profond savoir en
hébreu.
Mais appartient-il à M. de Pauly de re[)roclicr aux antres leur igno-
rance de l'hébreu? En feuilletant son œuvre, cueillons la note 1597,
COMPTES RENDUS. 539
ainsi conçue : "Aïn signifie Rien. Aïn est le nom de la lettre y et signifie
d'il, source. n Pourquoi ne pas ajouter qu'entre les deux mots transcrits
Aïn il n'y a aucune corrélation de sens, mais une coïncidence de
simple homonymie? Le premier est riiéhreu |\v, le second est pi', et
jamais ils n'ont été rapprochés sérieusement. — Pour le terme lalmu-
dique ]D1p"'DN {Mifichiia,X, 6), J. de Pauly suppose (p. 386, note i/iaS)
que Pétymologie n'est pas hien étaWie. On sait que c'est le mot è-^{xo[xov
ff desserti'.
Encore une observation à rectifier siu- la disposition matérielle du
Zohar, siu* sa contexture. Des passages manquent, dit ramiolateur
(p. 636, notes 1689 ^^ ^•^9^)- La remarque est exacte; mais ces
lacunes sont seulement apparentes, et les diverses éditions, depuis la
première jusqu'à la dernière, ont soin de dire à l'en<lroit voulu que ces
passages se retrouvent plus haut : la lin des Nombres, depuis la section
Pinhas jusqu'au bout, est au tome I", préface à la section Bcrcscliilli ,
foi. 10 b; la section Deharim, première du Deutéronome, se trouve au
tome ni, section BaJaq, fol 186 rt-199 b; la section Reéh est au tome II,
dans la section Qedoschim', fol. 80 /», et la fin de la section 5c/<o/////t
constitue la fin de la section Jinlaq pi'écilée, fol. 220 a.
En fait, le qualificatif "obscur'-, signé ((1.) G;iilé, placé à la lin dime
remarque, est aussi bien applicable à des milliers d'aulres. Donc, le
savant éditeur littéraire de ces fNotesT-, heureusement inspiré, a bien
fait de prévenir ies lecteurs qu'à ses yeux ces interprétations du Zohar
ne sont pas des résultats acquis cl certains, mais de simples conjectiu-es.
qu'il considère comme vraisemblables.
IMus la tâche était ardue, plus le m(-i\lc est grand de l'avoir accomplie
si largement, avec une ardciu' iidassable. IVut-cUn; M. Lafunui voudia-l-il
revenir sur les points contestés, puisqu'il se propose d'établii- et de
publier un jour la Table g-éuérale et analyliipic des madères contenues
dans le Zoh.ir. A col cflel , il pourra prendre comme modèle llndex fait
sur le texte oi'igiiial, sous le litre de inî" nnr?û. Tic sera le couroii-
ni'inenl d(> rimmensc travail de publicalion ^\^' la traduction ([\\ /oliar.
qui, avant même d'élre achevé, a (''l('' conioimé h juste titre par l'Aca-
(b'tuie des Inscriptions et Melles-Leltres. Puisse cet hommage public,
l'cndu à noire collègue par une lelle .uitorili' . lui xaloir les ap|)laudis-
scments des savants compétents du monde eriliiM- !
Moïse Sciiw \n.
blii) MAI-JÙIN 191 1.
Ag.nks Smith Lewis. Tue old Syriac Gospels, or Evangelion ila-Mrphai-icghr,
hoiiij; tlic Icxt of llic Sinai or Syro-Anlioclicne palimpscst, inclucHiifT llie
latost additions and emcndations, willi Iho variants of tlic Curetonian
Icxt, corroboralions from many other MSS., and a iist of -quotations fiom
ancicnt authors, witli four fac-similés. ■ — Londres, 1910, William et Nor-
gato; in-4°, Lxxviii-334 pages, en plus deux appendires (IV et V), de xi et
VII pages; 2.5 sh. net.
L'évanjjéliaire syriaque palimpseste (Es), découvert au Siiiaï, en
février 1899, par M'"' Lewis, a déjà eu en 189^ une première édition
complétée en 1896. Depuis lors, en 190 A , M. Grawford Burkitl a encore
donné sa collation dans les variantes de son édition de l'Évangéliaire
Cureton (l^c). La présente édition qui donne rÉvaiigéliaire du Siuaï [Es)
dans le texte, et celui de Cureton (Ec) dans les variantes, présente ce-
pendanl encore de nombreux résultats nouveaux, car elle repose sur une
nouvelle collation du manuscrit faite au Siuaï, lors d\m sixième voyage,
par M'" Lewis, et elle corrige, en plus de trois cents endroits, les leçons
que M. Iknkilt avait cru pouvoir déduire de l'étude des seules photo-
gra[)liies">. Cette excellente édition servira de base à l'étude et à la clas-
silicalion des anciennes versions syriaques des évangiles. Voici les textes
en présence'""' :
1° Le DiatessaroH, sorte d'histoire continue du Christ, écrite jiai'
Talion vers l'an 170. Cette histoire, qui supprimait les répétitions des
quatre évangiles lorsqu'on les lit l'un après l'autre, et qui les complé-
tait l'un par l'autre, était si commode pour les lectures liturgiques,
qu'elle semble avoir été lue, du m" au iv" siècle, dans la plupart des
]''glises syriennes. Nous le désignerons par la lettre T;
a" Les deux anciens éraiigéliaires , (Uls l'un de Cureton et l'autre du
Sinaï ou de M'"" Smith Lewis [Ec et £".5). Ils sont déjà réuuis par un
litre commun : Evangch'on da-Mepharreshé n-évangiles qui sont di\isés
ou séparés^. Ce litre, qui rappelle les Pharshiyôl, ou divisions litur-
giques du Pentaleuque pour la lecture dans les synagogues, désigne
C Les deux spécimens reproduits par M'"" Lewis ne sont guère lisibles (|u'en
marge. Dans un cas analogue, on nous a blâmé d'avoir fait reproduire la page
la plus lisible {Pair, orientalis , t. IV, fasc. 5, spi-ciincn du ms. palimps\ste
n" 170/1 de Chartres) parce que nous laissions croire ainsi que notre travail
avait clé facile: nous espérons que M"" Lewis au contraire a reproduit l'une
des plus mau\ aises pages, sinon les détails ortliograpliiques seraient poui' la
plupart sujets à caution, car l'édition serait surtout une reconstilulion.
'^ Voir la l)il)tiogrnj)Iiie dans Riibons Duvm,. La lillrrnliiri' sijrKKjuc , Paris,
1907.
COMPTES RENDUS. 541
iiussi en syriaque des évaiigéliaires et des psautiers divises soit enleroDs,
soil simplement, à l'aide de points, en versets ou stiches, pour Tusage
liturgique. Dans le cas présent, où nos évangéliaires devaient remplacer
le Dialessaron dans les lectures liturgiques, ce mot a prêté au nouveau
sens — nullement en contradiction avec le précédent — d'évangiles
rr(pii sont séparés « ou écrits à la suite les uns des autres, par opposition
aux évangiles 'tqui sont mélangés n ou réunis en une seule histoire
continue dans le Diatessaron;
3° La PcschiUo (P) , conservée encore dans des manuscrits du v" siècle ,
et qui est restée identique à elle-même depuis cette époque jusqu'à nos
jours.
Jusqu'à la découverte des évangéliaires Ec et Es, la Peschitto était
sans conteste la reine des versions : identique chez les nesloriens et cliez
les jacobites, on croyait la retrouver ;ussi chez saint Ephrem et ou
croyait pouvoir la faire remonter au ii" siècle, sinon au i", antérieure
toujours au Diatessaron. La découverte des évangéliaires a obligé à leur
('aii'c aussi une place au soleil, et la tendance, conforme aux sentiments
tics pères envers leurs derniers nés, a été jusqu'ici de la leur faire large.
Pour M. lîurkitt, le Dialessaron (7') de Tatien est la forme la plus an-
cienne de l'évangile syriaque. 11 a été écrit primitivement eu grec, pro-
bablement à Romo, et traduit on syriaque vers l'an 170. Le texte des
é\ang('Iiaires (Ec) et (Es) peut avoir été apporté d'Antiochc par Palout,
évêque d'I'^desse au commencement du nf siècle, mais il a trouvé le Dia-
tessaron en faveur et il n'a pu le i-emplacei'. Ces évangéliaii-es traduisent
donc un texte grec du u" siècle et l'enqîloi du Dialessaron par le traduc
leur a introduit des leçons qui appartiennent eu réalilé aux textes occi-
dentaux (''; Ec représente d'ailleurs un texte revisé en partie sur des
manuscrits grecs postérieurs. Enfinia Peschitto (P) est une revision des
évangéliaires précédents ayant pour but de les conformer au texte grec
lu à Antiochc au commencement du v" siècle. Elle a été préparée par
llabboida, évé((ue d'iviesse de ^i 1 à h',V.\, et elle a été promidgiiée |)nr
son autorité [)0ur être substituée au Diatessai'on.
M'"" Lewis se rallie volontiers aux couclusions de MM. Merx el lljt'll ,
antérieures au travail de M. Hurkilt , (jiii fnni de /'.v, dit-elle, une
traduction du n' siècle, antéricinr mi Dititcssuron.
''' On appelle occiciciilaiix ii^s textes a|jpareiil<''s à /); mais on ne rroit plus
maintenant que /) est un protlnit de l'Orcidont , car, vers (itG, Tlioinas de
llai'kcl Mfiiiso à Alexandrie des maniisirils de la famille /'. Si relfe lamille
est im prodnil de rOricnt. il n'e>t pins nécessaire de faire venir le Dinlc^stirou
d(> liomc [)iinr explifpicr li"; pin-nlés.
XVII. 35
Iwritiui mi
5^2 MAI-JUIN 1911.
Les laits sont peu nombreux. Les manuscrits Ec et Es peuvent
avoir été éciits à la fin du v" siècle; nous avons des manuscrits de la
PescluUo de la même e'poque. Tous les manuscrits de la Peschitto sont
identiques, taudis que Ec et Es ep diffèrent beaucoup et difiercnt
encore beaucoup entre eux. D'ailleurs Ec et Es présentent de nom-
breuses omissions (surtout Es) et additions; ils se rapproclieut souvent
du Codex Bezac (/)) tpai est l'un de ces textes signalés par Eusèbc et
par saint Jérôme comme corrompus par rinfluence du Diatessaron ''.
Les citations des auteurs du iv" siècle, Aphraate et saint Epbrem, ne
concordent textuellement ni avec la Peschitto ni avec Ec et Es; d'ail-
leurs le premier a commenté le Diatessaron et le second l'a utilisé,
leurs citations semblent donc devoir être toujours influencées par lui.
Tout le reste n'est que théories basées sur des faits groupés de ma-
nière systématique : ou suppose en général que Es, Ec et F se dé-
duisent l'un de l'autre par voie de revision successive; ceci admis, leur
classification s'impose, mais le principe est contestable, car les diffé-
rences entre P et E sont si nombreuses que ce sont là sans doute deux
traductions indépendantes (reliées tout au plus par le Diatessaron)'''.
(') Cf. H. J. ^0GELs, Die Harmonixlik im Evangelien Texl des Codex Canta-
brigiemis {!)), Leipzig, 1910.
'-' Pour montrer que la Pcscliitto et les cvangéliaires Gureton et Sinai sont
des traductions indépendantes, nons donnons ici l'apparat critique que lis
fournit à la Pescliilto (éd. Gutbir) pour Luc, xxi , 18-96, passage qui cor-
respond au fac-similé de Ec donné par M""" Lewis :
i3. (1. Ji.o«) )o«l: (I. |lojot.«i>.) jLojcx*». ■ — ih. (1. ^j a'so*») Q^.mo;
(I. a.:i.=gi>.j>) yog.» ->%->; (L yoowl) vo>&s»oo>. — 1 5. ya3a^2>o,ris. yaaoo-ûJj ^^.*<">j»v
(L «àir^^aja^ y^javTv yo.—- 21-*-»). — l 'i. (1- ^j) •«î^^ onaet o y&a.o*..:»);
aj. (ap. ya.j3,J._J) v.QJi-jkJ?o. — 17. (I. ^ajj'^o) ^i':>..'). — 18. Aj. (ap.
)i(s>iaoo) |«M et (ap. ^) ji.vA>; (f. xixaA^i ) yo '\ m.h ; (1. -fi»)l) y^U • - if)-
(1. ^.j yx-ala-<w.a«jaaa:s ) v«:^)laJ«.ja..rf<>n,-* ; (1. yo-r^^^J ) yo..a^.Aaj . — ;!().
(1. yo^.JL-.; ^,) ^-? yo^-.)U.♦; om. ^**«. — 21. om. ^-o»; (1. ,-ï>-l ) ^^lo;
(i. «a.^? ,-!>-|o) «a.^?o; "in- \ajl î ('• \aO'»^^-') o*"° yojaaj ; i.ïaja.»î ^2ï^?o
(i. lLVoXO»o). — 93. Aj. (in.) IL^: om. ^w, (1. JLso) jo^. — i!.*?.
(I. )£^bca- vOJo»;») yaJ« )^^a-:=>; om. jL^^A. — 9^1. (1. )L=>v-.?) L=>»a-?;
(I. )_*_JL^_ao) ILa—jA^-so-, aj. (p. ,_so) yowJi^-a. — ao. J.v»JLs Ij>.oIo
{]. U>'ol KiLso); om. JL^aï^i.? ; (I. y*.a3o) "^^oio; aj. (ap. JL».|) JLaa^û^j;
om. H«ol ^; (I. Jlo? ) lUo. aC). (1. goa;»*) ^.aPUo ; (i. JUi-o..»}) Ulj] >*is>y,
(I. ^a.^.)l;^.Jo) yaVoJUo.
COMPTES RENDUS. 543
On suppose aussi que les manuscrits bibliques qui diilèrent beaucoup de
la Vulgale latine sont nécessairement d'anciens manuscrits, lorsqu'ils
peuvent n'être que des copies ou traductions relativement modernes cl alté-
rées d'anciens manuscrits: c'est ainsi qu'en l'an 6iG Thomas d'Harkel
utilisait à Alexandrie, pour ses notes marginales, des manuscrils de la
famille du Codex Bezae (D). La famille est ancienne , mais c'est en 6 1 6
que Thomas en utilisait des représentants. Enfin celte famille ancienne
[D) n'est encore qu'une altération des évangiles sous l'influence du Dia-
tessaron. c'est- une famille dévangéliaires , à usage liturgique aussi,
avec additions, omissions et transpositions. Eusèbe et saint Jérôme, pour
qui les manuscrits du iv'' siècle étaient des contemporains, connaissaient
cette mauvaise famille de manuscrils (D), ils connaissaient aussi les ma-
nuscrits modifiés par les hérétiques et ils les ont rejetés à bon droit.
Lorsque nous trouvons des textes étranges dans des manuscrits du
Les versets i.3 à 26, dans Es, contiennent \l\o mots et nous trouvons ainsi
que leur apparat critique renferme quatre interversions, dix mots omis, sept
mots ajoutés et vingt-huit mots -modifiés, c'est-à-dire porte sur rinquante-trois
mots (en comjitaut cliaquo interversion pour deux) lorsque le texte n'en
contient que cent quarante. Nous arrivons au même résultat pour Ec et P. Le
texte de Et- reproduit en /ac-simi/e'p.ir M"" Lewis, p. 192 (Luc,\xi. 12 i-aôa),
renferme cent trente-neuf mots et son apparat critique par rajtport à la Pes-
ciiiito en renferme quaranlc-ncul; la proportion est encore des deux cin-
quièmes. Si nous comparons Ec et Eh, l'apparat critique de l'évangéliaire
Cureton renfermera seulement deux interversions, neuf mots omis, quatie
mots ajoutés et treize mois modifiés, soit tnMite mots en tout lorsque le texte
on contient cent trente-neuf; les différences sont donc près de moitié moins
nombreuses. Ajoutons que si Ec est d'accord dix fois avec la Pescliitto contre
Es, celui-ci au contraire est d'accord six fois avec la Peschilto contre Ec.
Pour apprécier ressemlilances et dilférences à leur juste valeur, on peut
montrer encore que pour une langue aussi pauvre (jue le syriaque et pour un
sujet aussi simple (ju'une traduction d'évangile, les ressemblances sont la règle
et les différences l'exception. Il sulVit de remarquer les ressendilances nom-
breuses qui existent entre la Pcschitto et la syro-palestinieunc qui sont écrites
ilans deux dialectes dijjérents. Si deux versions indépt-ndanlos. dans dvu.i-
dialectes différents, présentent tant de points de CDulact, il est facile de
conclure «jue deux versions indépendantes écrites daiM le même dialecte --ce
<|ul est le cas de la Peschilto et des évangéliaires l\c et An doivent se ren-
contrer en général, et nous serons surpris, non [)as de voir des mots communs
à Pet à E, mais d'y trouver tant de dillercnces. Pour expliquer celles-ci. il
nous faudra supposer des fautes de copistes et des dilVérences dans les ma-
nuscrits traduits de manière indt-pendimle. car le même texte très simple,
(évangile) traduit à l'aide de la même grammaire (^méme dialecte), et d'un
35.
btih MAl-JilN 1911.
v° ou du vi° siècle, il est à craindre que nous ayons seuienieul une pro-
génilui'e d'un manuscrit dédaifjue' par les critiques du iv° siècle, mieux
placés que nous pour voir qu'il y avait chez les Latins autant de textes
que d'exemplaires et, chez les Grecs, de nombreux manuscrits modiliés
par les hérétiques et par leurs possesseurs; chacun de ceux-ci se con-
stituait plus ou moins son petit Diatessaron.
vocabulaire peu volumineux (langue syriaque) doit conduire des élèves de
même intelligence aux mêmes mots et aux mêmes formes.
Voici, comme cvemple, Matth., ii, 22. Nous tirons le verset syro-palcs-
tinicn de Coder Climaci rescriplus, Cambridge, 1909, p. io :
K {eC KT es). PESCBITTO. SïnO-PiLESTINlEN.
^.So..^ ( /si' aj. «oo»*^) '■ ,.010-3^ us>«o93« >°i^ » *^^...»* >.o r>l .ca-«io)oi
(Ec : "^fij») ^lUdi». jl y» ->> ^-3 CH.>» -i-Uo '^li-.? Jba^» — ^ e^::^
(£(;:)o)Lt3 ojk. -.)L.l)o)
Voici une (|iialiième version, i'héracléenne, laite sur le grec en .jo8 et re-
visée sur des manuscrits grecs en 616 (m. 5.") de Paris, fol. 8) [H] :
,r- 'y f
^ij.'^î^ ^^w) ■..3aJ>| .fiOtto».) iSl"^,.. toeund .^viv .cdoU-.3U? ^? ^^ojk ^.3
Tout le monde admet que les trois rédactions E , syro-palestinienne et H sont des
traihicliiins fnilc'i flirectement, sur le grec et non des i^visions les unes des autres;
il eu est donc de môme de la Peschitio P, car elle est aussi éloignée de E —
sinon plus - que les traductions syro-paleslinionne (dialecte diflerent) et //.
A nolcr les deux concordances ^j xiw^jk. et '^(istî:»» de H avec E; elles
montrent (]uc beaucoup de ressemblances de détail peuvent être un pur cITet
du liasard. L'addition et les deux corrections de Ec rapprocbent en fait Es de
la Pcschitto, mais peuvent cependant provenir directement d'un texte grec et
non d'une collation de la Peschitto, sinon le correcteur aurait sans doute pris
aussi le mot Jbrï^.a3: les formes communes ne sont pas des plagiats, mais ont
été imposées par la pauvreté de la langue syriaque, comme le montrent les
autres versions.
Nous sommes donc vraisemblableraeul en présence de quatre traductions
faites directement sur le grec : l'cvangéllaire (forme pure Es ; forme corrigée
Ec): le N'ouvea\i Testament dans la version Peschitio, le leclionnaire syro-pa-
leslinien et le Nouveau Testament dans la version liéracléenne.
COMPTES RENDUS. 545
Pour abaisser la composition de la Peschitto jusqu'au temps de Rab-
boula ( lii 1-^33), ou utilise : i° une phrase de la vie de cet évéque di-
sant Tqu'il a traduit (ou qu'il a expliqué) le Nouveau Testament du grec
en syriaque, à cause de ses dilTërencesi; et a" l'un de ses canons por-
tant : ffLcs prêtres et les diacres auront soin qu'il y ait dans chaque
église un évangile da-MepImrroslœ et qu'on le lise ■''.i
Il est invraisemblable que Piabboula ait pu imposer un travail person-
nel au\ nestoriens comme aux jacobites , car sa volte-face, cpii l'avait con-
duit, à Ephèse, du parti des Orientaux au parti de saint Cyrille et, plus
tard, sa campagne contre Théodore de Mopsueste, avaient suscité trop
d'aniniosilés contre lui pour qu'on eut accepté et canonisé aussitôt une
nouvelle traduction qu'il aurait faite'"'. 11 faut entendre le texte ci-dessus
d'homélies (explications) qu'il aurait basées sur le texte grec ou d'un
travail ébauché el perdu (comme il est arrivé aussi à Mar Aba)ou bien,
tout au plus, d'une révision de Vécangéliaire da-Mephaivesliê : puisqu'il
en recommandait la lecture , il est asaez, naturel qu'il ait voulu en corriger le
texte qui est hérétique dans Es: on peut donc, avec quelque vraisem-
blance, lui attribuer la revision Ec; il aurait fait des retouches volontai-
'"' Cf. F. Nau , Lus caiii>:is et les résolutions canoniques de llab/toula , Jean de
Telia, Çjjriaque d'Amid, Jacques d'Edesse ... .Paris, Lethielleux. 1906,
1>- 90-
•^' Cf. C. Lupus, Variorum Palruni epistolae , Louvain, iCiHa.ciiap. xi.in ,
\Liv (AJANSt, Concilia, t. V). André, évéque de Samosale. étrivait : «(ioiix
(|iii Iravaillcnt pour la vraie loi m'écrivent d'Edesse que Rabhoula s'est écarté
très évidommeni des dojjnics de la vérité ot poursuit les défeuseurs de la \raio
loi, au point d'avoir O'^é atiatliéniatisor dans l'éjjlise io hienlipureux Tiiéodoïc
(de Mopsueste).. . Il aurait anatliématisé ses écrits et les nôtres, et ceux (pii
viennent sans apporter un uianuscril"^de Théodore pour le brûler, et ceux (]ni
pensent autrement qui^ Cyrille; on dit qu'il prêche qu'il n'y a (pi'une nature
dans le (ihrist el (pi'il cliasse violemment ceux qui disent autre chose. . . Il me
parait raisonnable i|uc nous aussi nous luttions ouvertement contre celui (|ui
agit avec impiété sans contrainte et qui a répudié tous les Orientaux. ^ Dans
la pièce suivante, Jean, patriarche d'Anlioclie, écrit aux évè(|ues de TOsmëne ;
«Nous avons appris d'iiommes nombreux cl dijjties de loi qiu» ji' 1res honorable
Rabboula trouble Kdesse et tous c<'ux qui liabiU'nt les provinces voisines, . . en
chassant ceux qui cboisisscnt de penser sainement. . . Si cela isl vrai, tenez-
vous écjirlés de sa conuuimion juscju'à ce que nous le couvo(|uious pour tlis-
cuter entièrement ce (pii li- concerni' . . . r) Les Orientaux l'a; |»elaient «le tyran
d'Kdcsse"; il seud)le impossible (pi'il ait pu bmr im|)oser une nou\elle ver-
sion, tàclic iléiiciile où saint .li'ri'iuic , malgré l'appui du [lapc Damase, a failli
échouer.
546 MAI-JUIN 1911.
rement insuQisantes pour ne pas changer les habiludes prises, comme
saint Jérôme a dû le faire pour le psautier. Il ne faut pas s'étonner non
plus de voir un évangéliaire avoir coui's à côté de la Peschitto, car le
domaine de la langue syriaque allait jusqu'aux portes d'Antioche et l'évan-
géliaire a toute cliauce d'être un produit de cette région et de provenir
(l'un disciple de Paul de Samosate ou de Théodore de Mopsueste; d'ail-
leurs les églises semblent avoir joui d'une certaine latitude dans le choix
de leurs évangéliaires, car nous voyons les jocobites et les nielkiles transcrire
jusqu'au \if siècle des leclionnaires héracléens et syro-palestiniens à côté de la
Peschltio. 11 y avait donc place aussi, à côté d'elle, pour les évangéliaires
da-Mepharreshc.
Lorsqu'on fait remarquer que le canon de la Peschitto, qui omet quatre
épîtres catholiques et l'Apocalypse, semble indiquer le ii° siècle plutôt
que le commencement du v% on cite toujours un texte de la doctrine
d'Addaï disant de fr lire les évangiles, les lettres de Paul, les actes des douze
aj)ôtres et aucun autre livre n; on en conclut que tel était le canon de
l'Eglise syrienne au iv'' siècle et que Rabboula a assez fait en lui ajoutant
dois épitres catholiques au \°. Cet argument n'aurait de valeur que si
l'on montrait que la doctrine d'Addaï a joui à Edesse de quelque aulo-
rité; or c'est le contraire qui semble exact : elle comprend en effet deux
parties : i" la correspondance du Christ et d'Abgar et la conversion des
Edesséniens, qui étaient déjà connus d'Eusèbe par d'autres documents
officiels que la doctrine d'Addaï: 9.° un grand nombre de détails acces-
soires, comme l'invention de la croix par Protonice, les discours d'Addaï
et le prétendu canon de l'Eglise édessénienne ci-dessus, qui ne semblent
pas avoir joui de grande considération à Edesse, car Jacques, éceque
d' Edesse, interrogé au vu' siècle sur l'invention de la croix, dit que
Socrate seul en a parlé ''' et parait donc ignorer complètement l'existence
de la doctrine d'Addaï. Mais il y a encore mieux : il existe une autre
doctrine d'Addaï, au moins aussi ancienne que la précédente, car elle
est conservée aussi dans un manuscrit du v'^ au vi" siècle (add. i/i6/i6),
et elle a joui d'une grande autorité puisque les canons qu'elle contient
ont été adoptés par les jacobiles , les nestoriens et ics melkites. \oici
ce qu'on lit dans Cureton, Ancient Syriac Documents, Londres, i86/i:
texte, p. 3-2; traduction, p. Sa : fr(Les successeurs des apôtres) ont
transmis à leurs disciples après eux tout ce qu'ils avaient reçu des
Apôtres : ce que Jacques arait écrit de Jérusalem, et Simon de la ville de
Rome, cl Jean d'Ephese, et Marc d'Alexandrie la Grande, et André de
(" Cf. Reme de VOnvnl chrétien , t. XIV (tgoc)), y. /j37-438.
COMPTES RENDns. 547
Pln'ijgic, cl Luc de Macédoine, cl Jii(hi.s-Tlwnins de l'Inde; que les lettres
de l'Apôtre soient reçues et lues dans toutes les églises en tout lieu,
comme sont lues leurs belles actions écrites par Luc , afin que par là les
apôtres et les proplièles soient connus (et qu'on voie) qu'une seule
vérité a été prêchée partons, qu'un seul esprit a parlé chez tous, (celui)
(lu Dieu unique que Ions ont adoré et que tous ont prêché. -
D'après ce texte, — au moins aussi ancien que le texte unique dont
on se servait jusqu'ici , et dont l'autorité a été plus grande — ■ le canon
édessénien comprenait la lettre de Jacques, celle de Jude (identifié à
Kdesse avec Thomas Thaddée)et même un apocryphe altrihué à André ^'^
Il ne nous reste plus qu'à faire connaître la principale particu-
larité de Es qui porte, Matth., i, 16 : ff Jacob engendra Joseph: Joseph,
dont la Vierge Marie était l'épouse, engendra Jésus qui est appelé
(ilirist.'î C'est là une faute'"', car le même évangile porte, deux versets
plus loin, comme la Vulgate : nAnlequnm convenirent, inventa est in
utero hahens de Spiritu Sanclo. r On a voulu entendre ce passage de la
|)ateruité légale, ou invoquer une faute de traduction, mais cette faute
a chance de pi'ovenir du texte grec et d'être systématique, car Ks porte
encore au verset 28 : rf Joseph prit sa femme et elle lui enfanta un fils'^;
landis (|ue tous les textes portent : rrAccepit conjugem suam, et non
cofrnoscebat eam donec peperit fihum suum.-^
Nous trouvons dans Es les tendances des hérétiques pour les([uels le
(Christ n'était qu'un homme favorisé de la grâce, comme Paul de Samo-
sate et. plus tard, certains nestoriens outrés sont censés l'avoir dit.
^ous pouvons en somme proposer la synthèse suivante. Le Nouveau
Testament entier (hors l'Apocalypse et (ptatre épilres catlioli(pies) a été
traduit à Kdesse, dès le n' siècle, aussi bien que l'Ancien. ("iClte traduc-
tion (peut-être remaniée en quelques détails) a constitué plus tard la
Peschilto de l'Ancien et du Nouveau Testament. C'est plus tard que Ta-
tien a rédigé son Diatessai-on, traduit ensuite diiectement sur le grec
avec influence indirecte de la Pescliillo: il mettait les é\énemcnls dans
leur ordre logitpie sans répétition , et cet ouvrage a eu le plus giaud suc-
cès comme livre d'ojjice. Les Diatessarons grec et syriaque ont uu'me in-
"' Il laiit [jout-olrc aussi faire une distinction culro les livres lux <laiis tes
(////(•('.s, (•( Irx livicii cunoiiifjiirs ; on a pu s(t lioriior lonjjlemps à Uro lo jlialt's-
saioii seul aux otilcos ot avoir cciicndanl à côti" un Nou\eau Toslanionl cl dos
a|KKry|ili('s. Vax d'autres tonnes, toute arjjumontation basée sur des omissions
est sujette à caution : qui ii'oinot rien, si ionjf (|ue soit son article?
'-' l'n pa|iviMis. sans douli" du m'' siècli', osl (railleurs venu enrore con-
liriner la leron tr^diliounelle . cf. t'ntr. (hii'nl(dis . I. I\. 11. i'i/j.
548 MAI-JUIN 1<.)1 I.
Hue sur les ëvan{>'Hes séparés, car, à cello époque, chacuu constituait et
modifiait assez librement sou exemplaire. Eusèbe a donc dirigé un mou-
vement de réaction contre ces évanjjiles grecs mêlés qui corrompaient le
lexle des évangiles séparés; plus lard, au commencement du v" siècle,
dans son diocèse de Gyr (Cyrrlius), entre Antioclie et Mabboug, Tliéo-
dorel a fait brùlei- plus de deux cents exemplaires syriaques des évan-
giles mf-lés et Rabboula, à lùlesse, a recounnand(! d'utiliser les évangiles
Hcparés. C'est dans ces conjonclures qu'est né le texte de l'évangile sépai'é
(da-Mepliarreshê), pour remplacer, co/««ie lirre d'njjicc, le Diatessaron.
Un Syrien de la région d'Antiocbe a traduit un manuscrit, plus ancien de
un ti deux siècles, mais qui avait été corrompu (peut-être par un pauli-
nieii) pour suggérer (jue le Cbrist était fils de Josepb et par suile un
sinqde liomme. Le traducteur, qui pouvait appartenir au parti avancé des
disciples de Théodore de Mopsueste et de Tbéodorel, avait peut-être
choisi ce manuscrit grec à dessein. Gomme il possédait sans doute le
Diatessaron syrien. par cœur, on on trouve des ti-aces dans sa traduc-
tion'''.
Les évangiles séparés ont été portés, comme lirre d'office, jusqu'à
Ldesse, oii Rabboula, devenu l'ennemi de Théodore de Mopsueste, a
signalé leurs fautes et en a corrigé peut-être quelques-unes. Leur em-
ploi a été éphémère; Ils (iraient été traduits et transcrits du côté d' Antioclie
et de Cyr pour remplir l'espèce de ride causé par la suppression brusque
de centaines d'exemplaires du Diatessaron et on les a remplacés à leur
tour par un extrait tiré d'abord de l'ancienne version édesséniemie (Pe-
schitto) et, plus lard, de la version héraclécune; les Grecs melkites nul
même créé un nouveau leclionnaire (syro-paleslinien) et révangéliair<^
da-Mephari'eshê n'a laissé aucune trace, sinon un exemplaire récrit près
d'Anlioche, au sud de Gyr, à Ma'arrat el-Misrin, en 779 (Es); un autre
offert au x'^ siècle au monastère des Syriens à Scété (Ec) et un troisième
connu au xu" siècle de Denys bar Salibi.
Denys écrit en effet dans sou commentaire sur Mattli., xxvii, i() : rrGe
Barabbas était appelé Jésus, c'est éci-il ainsi dans l'évangile da-Me[)har-
l'eshê'"'." Es porte bien : ff Jésus Baiabbas»'. Gelle phrase qui manque
'■' La leçon l>a.^i Ht.»» . Mallli., m, /i (cf. Lewis, p. Soa), provioiit du
Diale.ssnro:! comnK! Isho'dad l'indique lui-m6mo, cf. Hjei-t, IVa Alinijnxclw
l'AHiiiirplien Ui'licrsielzung, p. 3a. Denys bar .Sa!ii)i a eujpi'iinlé ce dolaii à
Islio'dad, mais a rompiaci'' le mot )>a^ parl^^j, ms. 67 de Paris, fol. /la v".
'-' Ms. {')- de Paris, loi. 1 (In \" -. \.^^:i<» .\.z>]\.^ \j<» )o« Jvfi;to3 v5.aji<
COMPTES RENDUS. 549
dans 1(^ plus ancien manuscrit (nesloiien ) du iexique de Har-Baliloul,
se trouve ensuite dans les manuscrits jacobites de cet auteur postérieurs
à Deiiys bar Salibi ''' à qui on l'a sans doute eaiprunlée. Nous avous ainsi
l'explication des concordances relevées par M'"" Lewis entre E et Denys.
Quant aux points de contact avec saint Eplu'em, Aphraate et Isho'dad,
qui sont bien souvent incontestables, ils s'expliquent par l'usage com-
mun du Diatessarou : le traducteur de E , ([ui voulait le remplacei-, le
savait par cœur, «aint Ephrem et Aphraale l'utilisaient (le premier l'a
même commenté), enfin Isho'dad en a connu un exemplaire, car il cite
des leçons du Diatessarou.
Si l'on trouve qu'il existe des relations directes et non accideiilellos
entre les évaugéliaires et la Pesclnllo, le Diatessarou, nous l'avons dit,
est l'intermédiaire indi([ué pour les expliquer; car le traducteur du Dia-
tessarou possédait l'ancienne Peschitto par cœur et le traducteur des
évaugéliaires possédait de même le Diatessarou; il nous semble cepen-
dant qu'on peut regarder ces deux versions comme aussi indépendantes
(|ue le sont l'IIéracléenne, la Syro-palestinienne et la Pescliijto.
Ces questions seront sans doute longtemps encore ('tudiées et résolues
on sens divers: l'édition de M"" Lewis lournira une i)ase solide à toutes
ces études.
F. Nau.
l'i'iodricli Scimji.ïiikss. kH.ii.i i;\ii /^/i/vi, svriscli iind diMi'scli. — nciliii,
nciiucr, 1911; 3 vol. in-8°, \vi-i()(S ol xxvni-'j'it) pajjos.
L'ancienne version syria(pie de ces fables a (^é cdilt-e en' 1 S'y!) par
M. Ci. Mickell. d'après une copie du manuscrit uni([ue conserve ;i Maidin.
M. Sachau s'est procuré' depuis lors (1881 à i883) trois nouvelles
copies du même manuscrit et c'est d'après ces quatre copies ■ — ■ le ma-
nuscril de Mardiii élant , dil-il, huiccossihlc — que M. F. Scliulliiess a
douni' celle iu)uvelle ('ditioii. L'Académie royale prussienne des sciences
a d'ailleuj's consacre ffune somme considi'rable'^ à son inqiression (\(tir
l'inlrod. au lexle, p. xv).
Il a comni aussi l'addition i|m' Kr fait à Mallli.. 1, 1 (J : l^^t w»^ „*o£>»jk.{
U-30 . .^ i 'i'^vi )jtvJ^"l ^J::k.c»:^ >}JLci>o ■ U»^'^ ^ .a^>^j« tr''-^ L<iaa>. Und.,
loi. 1 1 V ".
'' Kilo luaiHpic dans un uis. nesloiien (li> l'an \-nh l'I se trouxe dans un
ms. occidental de imS'i (D.'nys l'-lail niorl en 1 1 - 1 ). (/'. ICdilion de ci«
lexique donnée par \\. Dnval; l'aris, 1 S((() , col. h-yS.
550 MAI-JUIN 1911.
Les variantes fournies par ces quatre copies (a, b, c, d) d'un même
manuscrit sont assez nombreuses et occupent souvent de cinq à neuf
lignes au bas des pages. M. Schulthess en a conclu avec grande justesse,
Inlrod. au texte, p. xi-xiii . que le manuscrit original devait être mauvais;
il était donc ou mal lu, ou corrigé fie manière différente, par chacun des
copistes. Ces imperfections font regretter d'autant plus l'absence du ma-
nuscrit original ou d'un autre manuscrit ancien qui vienne le corriger.
M. Schulthess a raconté, Z.D.MJi, t. LXIII (1909). p. k-]'i-h']h,
comment il a fait rechercher et transcrire à Edesse un rr Livre des
renardsî^ dans l'espoir d'y trouver un nouveau manuscrit (hi Kahla et
Dimna. Son espoir a été déçu et il a (hi se borner, dit-il, à éditer le
texte syriaque d'après les quatre copies du manuscrit inaccessiblo de
Mardin.
Il amait sutlî cependant à M. Schulthess de par'courir les tables du
Joiu'iml (matique pour y trouver trace du manuscrit original ffinacces-
sible'i de Mardin : IX" série, t. XX ( 1 902 ) , p. ^455 . sous le mot Kaldn , à
côté du renvoi à une note intéressante de M. René Basset, on lit : 7>c
manuscrit original du texte sijria//ue présenté à la société par M. (irafjin ,
(fui annonce son intention d'en donner une nouvelle édition, V, 3/io. En
se reportant au tome V, on y lit que M*'" Grallîn avait alors en sa possession
une photographie du manuscrit original de Mardin. Il a acquis depuis lors
le manuscrit lui-même ot — pour qu'on ne l'ignore plus — nous
l'avons présenté à nouveau à la Société asiatique et nous en donnons une
description dans la Revue de l'Orient chrétien , 191 1, n" 2. Si nous avons
un peu insisté sur cette mésaventure du snvant professeur de langues
sémitiques, le plus actif des syriacistes allemands, c'est pour excusei-
])ar avance les éditeurs qui pourront se trouver dans un cas analogue.
D'ailleurs, pour diminuer ses regrets dans une large mesure, M''''Grallin
nous autorise à écrire que le manuscrit original est à sa disposition s'il
veut en donner une édition définitive dans la Palrologie orientale.
M. Schulthess a d'ailleurs tiré le meilleur parti des quatre co|)ies qu'il
possédait et des conjectures de MM. Bickell, Blumenthal, Nôldeke: il s'est
aidé des nouvelles éditions du Paiicatantra (J. Hertel) et de la version
arabe (Gheïkho). Le manuscrit (fol. 54 v°) porte p- 87g : |itw«a^o cl
p. 87,^ : )Kal^.»o au lieu de )^--i3o et l^^^o. On lit aussi, p. 87,,
dans le manuscrit : o.s«iA»- laoo» 0-^0 -« mais, de première main, le mol
cH^ojk.» est surmonté d'un élif et le mot Uaoi d'un beth pour montrer
f|ui[fanllesinterverlii', on peut donc dire que le manuscrit porto : «x^ -»
Aiaoi oi'iciA.t 'f ce chat nomme Houma-o. Deux cn[)istes (a, c) ont omis
COMPTES RENDUS. 551
>.♦, un troisième (^6) a t'crit : oti-a^^ Jiioo«» a^ -«, il a conservé l'in-
terversion et a ajouté une consonne. D'autres fois les copistes semblent
avoir été unanimes à corriger certaines fautes, car au lieu de )--* I?
87^1 et ofii^Jlîd^ 87j2 ({iii sont imprimés sans variantes, le manuscrit
porte : y- f? et oft^i-^tv. De même , au lieu de l.3.^^v.» ^a-.a (jui figure
sans variante 87,3, le manuscrit porte : i-r^^rSK-v^ o»,-i.->^va ^j-Ls.Anoler
aussi cpie JU^>*c> r-je me détourne. 87^, est écrit dans le manuscrit
.ar^. entre deux points et renversé, car le scribe y a peut-être lu
ffSatann. Cette étrangeté nous explique pourquoi le copiste b a omis ce
mot. En d'autres endroits c'est b qui a copié le plus lidèlement; par
exemple, ?U^-ik.)j<, 87^, est la lecture du manuscrit et du copiste h,
tandis que les autres copistes ont écrit : ♦lU)?' [a, c) et : pol^j».)») (</);
y^l^œj. 87,, est encore la leçon du manuscrit et de b.
Il sullit de ces remarques, faites sur la page 87^'' de i'édilion de
M. Schulthess, pour montrer l'importance du manuscrit original; nous
regretterons seulement en terminant que les éditions des textes orientaux
continuent d'être si uniformes et si denses. Le manuscrit de Kalila et
Diniiia présente des divisions et des noms à l'encre rouge qui servent de
points de repère, tandis que l'édition est en lui uniforme eatrangbélo,
avec peu d'alinéas , et rend assez longue la recherche des passages corres-
pondants. On ne peut, sans doubler le prix du tirage, eni|)loyer l'encre
rouge dans nos éditions, mais il est facile du moins d'employer des ca-
ractères de même corps, mais différents, pour produire dans les textes
orientaux l'effet des caractères gras ou italiques dans nos impressions oc-
cident<iles. M"'Grallin, à qui l'on doit déjà tant d'heureuses initiatives. a
encore eu celle d'employer un caractère eslranghélo gras, mélange' an
'') 11 est inutile de dire que le style est mauvais , car il on ost ainsi dans
])resquc toutes los tradnriions. (le nous est une nouvelle raison pour croire
(|ue le texte syiiaqiio du dialnijue des Ijoix dp» jmijs de Rardesane n'est pas
une traduction , car la langue est excellente et les (piel(|ues licllénismes que
l'on piMil y relever prouvent uniquement que le grec, à la lin du n° siècle,
n'élail |ias inconnu des lioinnies instruits, à Edesse. Le contraire serait plutôt
étonnant. Rarfle?ano dit (pi'il a compare- les livres des (llialdéens et des
Egyptiens, Vatr. Si/r., H, fjSi» : il y a bien des chances pour (pi'ii n'ait
connu les derniers (|ue par des écrils grecs. Jusqu'à nouvelle déco n ver le. nmis
n'avons donc rien à changer à ce que now^ avons écrit supin, \° série,
t. \VI. i()ni. p. r>t()-siK; cf. Z.D.M.G., I. LMV, p. 7/ir)-7.'')o. Car l'exislence
d'un texte grer dillV-renl de cchii ([ue nous a conservé; Eusèhe est trop hvpo-
Ihétiepie.
552 MAI-JUIN 1911.
caraclère jacobile, pour compose!' les mots écrits en roiijj'e dans le ma-
niisci'it des hymnes de Sévère d'Antioche'''.
F. Nau.
Tue soyo of sonos, acconted In accordance witli tho poetic svst(>ni. Willi a
rli\lniic Iranslatioii, ty G. A. Nûves, (loi. (lato) R. A. — London, Liizac
and C° (s. d.); in-i°, 92 pagos.
Ti'ois livres bibliques, les P.minncs, Job et lus Proverbes, renferment
une accentuation spéciale, que Ton a dénommée poétique. Ces accents
dits poétiques ne se retrouvent nulle part ailleurs dans la Bible.
M. Noyés s'est amusé à imprimer le texte hébreu du (juiti/jim îles
Cantiques, en l'ag-rémentant de Taccentuation poétique, conformémenl
au système de Wickes, Hebrew jjoetical accents.
Dans une préface d'une page, l'auteur expose que le Cantique des
Cantiques est un poème djamatique. Il s'avise de découvrir que ce livre
biblique, essentiellement poétique, a été pourvu par les massorèles de
l'accentuation en prose et il adapte au texte hébreu du Canlicpie le
système d'accentuation des trois livres poétiques.
C'est une distraction typograj)bique que peut s'accorder quiconque
est un peu versé dans les choses de l'hébreu. M. Noyés prali(jue abon-
damment le système d'une dichotomie qui nous paraît arbitraire. Il ne
se contente pas d'aller à la ligne chaque fois qu'il rencontre un alnn h
dans le texte massorétic|ue : il coupe encore ces divisions du demi-verset
cl il en arrive forcément à faire un usage presque immodéré du niuqqeph.
11 conserve souvent Vatiia'h, alors que, ])our bien faire, il aurait dii
employer le merlea mahpacatnin qui remplace souvent ïalna'li dans les
livres poétiques.
Il y a, en outre, quelque danger à adapter à un livre bibli<jue un
système nouveau d'accentuation alors que les massorètes ont si soigneu-
sement accentué leurs livres sacrés. C'est ainsi rpie, dans les livres dits
|)oéti(jues et dans les autres, l'accent sert quelquefois à disliuj;uer des
mots de sens divers, par exenqde : T}2'C [Zacharie, viii, 3). signifie :
je reviens, et Tl^vi' (Ps. xxiii, (3), signifie: wioji f/eme«rer. Dans de pareils
''' (11'. E. W. Brooks, The hii>ini.s of Severua of Anlioch and dlhrrs in llte
Syriac version of Paul of Edessa as revised by James of Edcssa, dans Patro-
Injpp orientale, t. VI et VII, Paris. 1911. Nous avons déjà signalé, Revue de
l'Orient ehrélien, t. XVI (kji 1), p. io.^>, qu'on trouve dans c»t ouvrage [Patr.
or., Vil, 796) une citation des versets 1 à 6 du Ps. ni de Salomon.
COMPTES RENDUS. 553
cas, comnionl fera M. Noyés pour ne pas prêter à confusion, s'il Irans-
poilo raccenluation poétique dans des livres que les niassorètcs ont
accentués prosaïquement? M. Noyés accompagne sa disposition typogra-
|)lii(|ue du texte hébreu d'une traduction anglaise linéaire. Il a omis de
traduire le titre, de sorte que nous ne savons pas comment il entend le
laiiird (|ui précède le nom de Salomon. Est-ce un lanml audovia? Est-ce
un livre écrit ^mr Salomon, ou contre Salomon, ou />o«/-. Salomon?
Combien d'ouvrages, dans la littérature profane, respirent une poésie
d'une rare intensité, bien qu écrits en prose, et qui perdraient à être mis
en vers ! Le Cantique des Cantiques a , lui aussi , sa poésie que n'atténuera
ni n'augmentera un dispositifnouveau d'accents dits poétiques. C'est pure
distraction de dilettante.
F. Macler.
The lidMMKM.iiiY <tf Hiiini Meyi.has b. Elijaii i).\ iiie I'entatevch. Kdili'd, lor
tlie lirst llnio, from llie unique MS. (Add. 19970) in the Briti^li I\Iusouin ,
hy A. \V. GnEEVUi'. • . and (•]. H. Titoerton. . , : Genesis. — I^ondoii , 1909:
in-iC), i3i pajjos.
On cliercberait en vain une notice l)iogra|)hique sur 1 auteur dans
rEncyclopédie juive. On en chercherait surtout inutilement dans un
avant-propos quelconque des éditeurs. Toute explication, loult; iudi-
Ciilion, toute bio-bibliographie fait déffuit. Il est vrai qu'on ne nous
donne ici que le commentaire sur la Cenèse; on a encore quain; chances
sur cinq (pie notre relijjion soit éclairée sur ce mystérieux commen-
laleiu' nommé Meyuhas b. Elijaii.
Le volume débute bien par une préface (nDlpn) de a pages non
paginées et j'espérais qu'elle étafl due aux savants éditeurs. Nullenieul.
C'est un simple avertissement de l'auteur sur la nécessité ([u'a la
Sainl(! Ecriture délie conlinuollement étudiée par les c(mimenlaleurs et
oii il fournit (|iiol(pies explicalions exégétiques.
Ce (pii fait l'iniporlancc d(; Me\ uhas b. l'ilijaii, c'est (piil (>sl un des
l'ares counnonlateurs juils de 15y/ance. L'école exégéli(pie biblique com-
mence dans remj)irc byzantin, dans la seconde nioili(' du vi' siècle et se
continue justpi'au xvi' on wn' siècle. Le commentaire de Meyuhas est
rempli de gloses greccpies cl il scr.iil pciil cire du \u' siècle el peut-être
du wi' siècle.
(^ics renseiguemcnis inlcressauls, cl bien d autres encore, dont nous
devrions élre re<lcvaliles aux éditeurs, sont fournis par M. Sanuid
Poznanski, au compte rendu (h'-UiilIc diupicl il snllir;i de rcuvoyi'r le
554 MAI-JUIN 1911.
lecteur jtoui' plus ample information, dans la Rcmc des Etudes juives,
igio, ]). i5/i et suivantes.
F. Macler.
Codex Ciimaci itEScniPTUs. Frafjments of sixth centur\ Palcstinlan Syriac texis
of the Gospols, of the Acts of liie Apostles and of St. Paul's Epistics. Also
l"ra[;ments of an oariy Palestinian Icclionary of ihe <)id Testament, etc. Tran-
scribed and ediled hy Aji[ncs Smitli Lkwis. . . With S(nen facsimiies (llorac
semilicae, n° Vill). — Camliridjjc, al Itic Universily Prcï^s 1909; in-4°, \xm,
201 pages. Pri\ : 10 sh . (i p.
C'est une im|)orfante et intéressante contribution à la littérature syro-
palestinienne, qui comprend des textes rédigés dans le parler de Pales-
tine à l'époque de Jésus , de telle sorte que certains savants ont tenu ce
dialecte ])our la langue maternelle du Christ et de ses disciples. 11 est vrai
que les fragments ici publiés remontent au vi" siècle ou sont peut-être
plus anciens, suivant que Ton admettra que les melkites, après s'êire
séparés des monopbysiles à la suite du concile de Chalcédoine (/i5i ),
exécutèrent pour eux-mêmes une version des livres saints dans le parler
palestinien, ou adoptèrent une version déjà existante.
A un autre poiut de vue, les fragments que nous oH're Mrs. Lewis
intéressent le monde savant à un haut degré, puisqu'ils offrent des
variantes que l'on ne rencontre pas dans les autres textes syi-iaques, ce
qui permet de supposer, jusqu'à ce que la preuve matérielle en ait été
fournie, variante par variante, que parmi les textes syriaques actuelle-
ment connus, les uns représenteraient une version exécutée sur l'hébreu ,
tandis que d'autres découleraient de la Septante. C'est une voie nouvelle
qui s'ouvi'e aux exégètes et aux philologues.
F. Macleu.
*L)LLJI JoLw^ Petits tiiaitÉs des avtevus éwqlexts, publiés dans la revue
El-Mo(jlnbas par Mohammed Kuud-'Alî et réunis en volume. — Le Caire,
imprimerie Zhàliir, 1826 ( 1908); 1 vol. in-8", <^ -|- 100 pajjes.
Le rédacteur bien connu de la revue arabe El-Moqlnhas a eu l'idée
excellente de réunir en un volume la publication (pi'il avait faite dun
certain nombre de petits traités inédits dus, les uns à la plume du célèbre
Ibn-el MoijaHa', le tiaducleur de Kalîla et Dhnna, les autres à celle du
Ldùb Abd-el-l laniid ben Valiya. Celui-ci, d'abord simple niailie décole à
Koûfa , devint l'ami du khalife oméyyade Merwàn II el-Dja'di avant sa
promotion à la diguit(' suprême de l'empire arab(>: il fut ensuite son
COMPTES RENDUS. 555
secrétaire, et, lidèle dans ia bonne comme dans la mauvaise fortune, il
accom])agna son maiti-e quand celui-ci fut poursuivi [)ai' les Abbassides
triomphants. Livré au préfet de police d'Es-Saflàh , il périt dans les tour-
ments en iSa de l'hégire. Ou dit aussi qu'il fut tué en l'Egypte. Masoùdi
prétend avoir vu de ses descendants à Foslâl ; on les appelait lîanou'l-
Moliàdjir: quelques-uns d'entre eux étaient secrétaires des Toulounides.
Cf. Linr lie rAvciiisucini'iil , trad. Carra de \ aux, [). l\'2li.
Les traités d'Ibn-el-Mocpilfa' contenus dans ce volume sont : i" El-adab
cç-çagldr, copié sur un manusci'it de l'an h-2o (io:hj), faisant partie
d'une collection particulière à Baalbekk, et publié par le chéïkh Tàliir
el-Djézàïri; 2° Ed-dorral el-yalbna; 3" une seconde ^rt^î//i« fort courte, de
la même provenance que le n° 1 (2 pages): U" des apophtegmes
(•->. pages) exiraits du ms. arabe n" 119 de la Bibliothèque klié-
diviale du Caire: 5" ies Compagnons du Khalife, extrait du ms.
arab(3 u' 687 de la même bibliothèque; 6" un Talmid ou recueil de foi'-
mules varices à la louange de Dieu; 7" de petits traités abrégés sur
divers modèles de salutation épistolaire, sur les condoléances, les remei-
ciemenls, la manière de réclamer pour ses besoins, c'est-à-dire la rédac-
tion des requêtes et suppliques; 8' un traité adressé à Vahya lien Ziyàd
el-llàrilhl sur la confraternilé, et 9" la réponse du même Vahya ben
Ziyàd.
Mais ce n'est pas fini. Nous avons encore : 10" des conseils à l'héritier
[)résomplirdc renq)ire et des réflexions sur la tactique de l'armée, achvs-
sés à Abdallah ben iMcrwan quand celui-ci se metlail en campatjne jiour
condjattre le kluuidjite Ed-I)aliliàk ben Qaïs ecli-Cheïbàni qui se révolta
à Koùfa et \\àsil en 127 (7^6); 1 1" des lemnrques sur le jeu des échecs
et 19" sur diverses questions; i3" un traité adressé aux cxpédilionnaii"cs
des administrations j)ubli(pies par le hàtib 'Abd-e'-Ilamid ben Vahya.
reproduit d'après l'édition de Boulaq des Prolégomènes d'Ibn-Kbaldoùn
et confronté avec deux manuscrits appartenant, riiii à Ahmed /('ki-bev,
l'autre à Ahmed Tîmoùr-bey.
Le passage inintelligible de la page O7, ligne i5 , signalé par un point
d'iuteriogat ion entre parenthèses, doit être corrigé ainsi : '^4^ o'J^*^ ^
js^l ï 1 jjiG ffKt ([uand o\\ s'y tient (à la sagesse) on n'attaipie la sécu-
rite (le personne."
Lue picfate de 10 pages i-enf(Minc les r<Miseignemenls essentiels se
rapportant à la biographie des deux auteurs dont on |)id>lie les petits
traités. iM. Kurd-'Ah' a lendu un grand service ii la litti-ralunNuabe dont
il fait connaître des documents peu utilisés jusipi'ici.
Cl. lllAUT.
55() MAI^JUIN 1911.
N. 1. Mark. Li:s srRoi>m:s imthi.es et fikàles du rrCuEVMiEii a h peal w:
i'\MnÈRE-n DE CiiOTA UovsTii AV Éi.i . TcxIl' géorgien, traduction russe et com-
mentaire, précédé d'une étude : Sur l'amour courtois et la chevalerie itans
le jioènie (le Cliola ( Textes, et recherches de philologie arménienne et gêor-
l'ienne, vol. XII). — SainI- Pctershourg , 1Ç)10.
(je nouvel ouvrage. «lu professeur Marr comptera parmi les plus iiilé-
ressantes publications du savant orientalisie df Saint-Pelershourg. Le
volume conlieiit, outre un essai de reconstitution du texte do Gliota,
une étude approfondie sur certains motifs de l'ancienne poe'sic géor-
gienne, élude d'autant plus précieuse qu'elle contribue en même temps
à l'histoire comparée de l'amour courtois, de la chevalerie et de la féo-
dalité.
L'étude en question est divisée en douze paragraphes, que l'on pour-
rail groupei' en deux grands chapitres. Dans les paragraphes 8-7, l'auteur
passe en revue tous les points essentiels du code amoureux et chevale-
resque, tels que nous les trouvons formulés dans la poésie géorgienne
des xii' et xni" siècles; les paragraphes 8-12 sont consacrés à un examen
critique des fadeurs principaux qui ont créé l'idéal de l'amoui- courtois
peint par les poètes de l'ancienne Géoi'gie.
(Jet amour idéal est un des thèmes cardinaux du Prologue de Chota et
un des motifs principaux de son poème. La femme, c'est le centre lumi-
neux vers lequel gravitent toutes les pensées et les intentions du héros. La
lémme, c'est son vrai seigneur; il la sert (str. 1 29 , éd. de Caritchachvili ,
Tillis, 190.3); il accomplit en son nom des exploits qui les couvrent de
gloire lui et elle ( 36 ^ , 9 ). Le vrai amant vénère sa bien-aimée ( 1 3, h):
l'amour le fait beau, large el gai (/loo), chaste et loyal (i(3): il lui in-
spiie l'éloquence, la sagesse el la patience qui lui permet d'endurer tous
les maux et toutes les peines amoureuses (i''i). Celui qui aime de celte
façon idéale est un vrai serA'ileur de sa dame et, en même temps, un
vrai Ihna (•p^). Tout ceci ra|)pelle bien les idées de l'épopée courtoise
i'uro|)éenne. L'analogie est incontestable et d'autant plus iusiruclivc
([u'olle lelie deux séries de faits absohimcnts indépendantes l'une de
l'autre, mais se rattachant à la même époque. Plus nous les examinons
(!e près plus nous y trouvons de poinls <le contact élargissant l'analogie
dans un sens nouveau, bien qu'inlimement lié avec le point de repère.
Pcrjirit (uunthr, pour parler avec les anciens poètes de la Provence,
est un vrai liina , guerrier, héros. Or ce hmi apparaît au xi" siècle, et
même plus tôt, avec la signification de rmnal, A\n\ homme rallaché à
■son sii:enii'i (en géovgicn patron) par ilrs lienx (Vinicrèt foncier. Mais les
recherches de M. Mai-i- nous permetlenl d'aller plus loin el de \iiir dans
COMPTES RENDUS. 557
ce liina réquivalent de chevalier, sans que les termes soient, lonlefois,
absolument identiques et que les notions qu'ils expriment coïncident
jusqu'aux moindfes détails. Selon M. Marr. Icma aurait le sens de chevalier
dès le xii° siècle, kma sert son patron et fait tout pour répandre la
l'cnonmiée de son seigneur. Entre tous les autres, les /./«rt-»/ excellent à
accomplir des exploits militaires (p. xvii-xx); mais ils se distinguent
aussi par toute une série de qualités paisibles : ils sont larges, désin-
téresses, toujours prêts à aider les faibles; ils se font remarquer par la
compassion envers les malheureux et par leurs dispositions esthétiques
(p. XX etsuiv. ).
Les liens qui attachent les lima-ni entre eux sont ceux du compagnon-
nage ou de fraternité llctive. 11 est intéressant, à cet égard, de signaler
le terme mo-km-e rrcompagnon " qui apparaît bien souvent à la place du
V
lima. On appelle aussi les meilleurs parmi les chevaliers géorgiens dmobit -t
ou dma-d naÇ>i6-ar-i [àe dîna rf frère i*), frères-compagnons ou compagnons
jurés, qui lappellent vivement les frères et les cumpainz. frère des chansons
de geste. Les rappoils entre' Tariel et Avtandil sont d'une rare inli-
Miilé et correspondent parfaitement à ceux de Roland et d'Olivier, compa-
;;nons célèbres de l'épopée française (i 3 m,i; i52/j,3, etc.). Malheureuse-
ment le poète ne nous donne pas de renseignement précis sur la cérc-mouie
ipù accompagnait le contrat du compagnonnage: Tariel et Avtandil
s'élaient voué leur foi par un pacte soleimel, qui consistait en une énu-
méralion des engagements qu'ils prenaient l'un et l'autre en les plaçant
sous l'invocalion divine, et un serment qu'ils se prêtaient mutuellement
((i/i6. 3-/»; G47, 2, etc.).
Dans les plus anciens monuments de la litléralure profane géorgienne
nous rencontrons à côté de /.«uf, et dans le même sens J ah iil,-i , [k^^-^-^n).
Les deux termes apparaissent, par exemple, dans ïAmiraïularédJaniani.
Aux yeux de l'auteur de ce dernier [)oème , tahuk-i c'est le type du guer-
rier idéal, imprégné de l'esprit du Icma di> l'épocjue classique. A ce ([u'il
parait, le lerme avait été coinui dans celle acception dès le viii-ix° siècle
(p. xx\ et suiv.).
Si (ont ce que nous venons d'evposer rapidement nous permet de
conslater dans la vie iiiili(aii'(; et sociale de rnncienne (li'or«>ie des rap-
porls foil inq)orlanls au |)oinl de vue sociologiipie el . dans sa liltiTalure,
l'exisleiice d'un idéal ainouieux el clic\alires(pie analogue à celui qui
s'est développé dans la poésie europceniif iiK-diévale, la (erminologie
citée plus haut nous amène ui'ressaiieuKMil à Kupieslioii de chronologie,
el des (irij[ines.
xvn. 3(}
lutRiMrnir nhTlusàLk.
558 MAI-JUIN 1911.
La Inf'iucalion sémasiologique de Icina (guerrier, chevalier; vassal,
serviteur) |)eut être considérée au ])oiiit de vue logique : i" comme
le résultai de révolution du sens primitif du mot kma fradolescent- :
9" comme rellet de deux termes sémasiologiqueraent distincts , mais ]dioné-
tiquement i(leutiqu<>s. M. Marr sup])ose à côté de lima un *lctnad hyp'^-
thétique, dérivé de là racine liind , sémit. kbd (cf. arabe .xJLc frserviteiir,
esclave 1; hébreu Ipi' rresclave, seii'^ : celle intéressante étymologie fera
l'objet d'une prochaine publication de M. Marr). Ce second lima nous
expliquerait alors la signification ^vassal, serviteur n.
Quelle que soit l'origine de lima, il est évident que lima et tabuh-i
ont été entraînés, à un 7noment donné, dans une évolution des rap-
ports sociaux, qui leur a imposé' le sens de chevalier. Je suis enclin à
admettre que lima, qui signifiait aioi's rr adolescent , brave, vaillante, a
été le premier parmi les termes analogues à réagir sur ce nouvel ordre
de choses, qu'il a reflété, par conséquent, plus profondément (cf.
inoliiiip). De quelc|ue manière que l'on s'explique lima, il est certain que
la crise mentionnée n'était pas de nature exclusivement économique.
Les relations personnelles ont été en Géorgie, comme jadis en Europe, la
base essentielle des rapports entre le vassal et son seigneur : les lima-ni ,
liés les uns aux autres, comme compagnons jurés, par un serment
solennel, rattachés à leur patron par des rapports personnels, c'est le
vieux clan dont une nouvelle organisation sociale s'est emparée plus
tard. C'est aussi dans la vie de ce clan primitif qu'il faut chercher les
germes de l'idéal chevaleresque des lima-ni du xn' siècle. Telles sont les
conjectures que suggère l'étude de M. Marr. Des recherches nouvelles de
l'infatigable auteur nous feront sans doute connaître de plus près le rôle
joué par les lima-ni dans l'histoire de la Géorgie. L'idéal de Chota est
celui du groupe qui dominait à son époque; reste h savoir si cet idéal
s'appuyait, et dans quelle mesure, sur une base nationale. M. Maii-
signale les mots lima et inohne, avec le sens de rrguerrier, paladin w, dans
les chansons populaires de la Géorgie (p. xxxvin: voir les chansons
pchaves). Un poète contemporain, Vaja-Pchavéla , qui a traité ce thème
dans ses vers, le qualifie de motif po])ulaire khevsour (p. xxxvui). 11
serait intéressant de savoir c^ (pi'on ])oiuTait, dans tout ceci, mettre sur
le compte de l'ancienne tradition populaire, et ce (jui est le résultai de
l'inlluence aristocratique.
La question des origines de l'amour courtois est de beaucoup plus
compliquée. Comment s'est formé C€t idéal cuiieux? Est-ce par évolu-
tion graduelle de tendances purement locales ou par adaptation d'idées
eni])runlé(>s à un iiiilicu édangi-r? Chota s'est servi pour son poème
COMPTES RENDUS. 559
d'un conte persan; cet onginal du Clievulier à la peau de panthère ne nous
est pas parvenu , ce qui nous empêche de nous rendie compte de la
façon dont ie conleiu- persan avait traité l'amour de ses héros. Toutefois
il parait probable qu'une tenHance ide'aliste dans la peinture des amours
n'était pas étrangère à la poi'sie persane. R. A. Nicholson (1 Ihovanj
histonj ofihe Arabes, Londi-es, 1907) essaie d'établir toute une série de
points de contact entre les traditions chevalei-esques des Arabes et la
poésie coiu-toise de la Tfancc au moyen âge. Mais , même si nous étions
renseignés mieux que nous ne le sommes actuellement sur les poèmes
romantiques persans du siècle de la reine Tamai-a et du précédent, si les
analogies entre l'idéalisme erotique des Géorgiens et des Peisans étaient
frappantes , la question que nous venons de formuler n'en restei-ait pas
moins entière : i'empiunl suppose un choix et, j)ar conséquent, une
évolution parallèle dans le milieu qui (emprunte. Le pioblème, à nos
yeux, ne peut être résolu d'une façon satisfaisante qu'après des re-
cherches minutieuses dans le domaine de la poésie populaire, des inœui-s
et usages locaux (voir, par e\om|)le , les ('-tudes de A. W' iîsselofskv. Tri i^Ha-
rij, p. io3, et un article dans le Caucase, 1897, n° 162) et de riiistoire
de la femille et de la société géorgie,nne au xu' siècle , ainsi que de sa littéra-
ture écrite. Loin de nous donner une solution déliiiilive, M. Marr s'en tient,
dans le chapitre linai de son étude, à ces deux derniers points. Il attire
notre attention d'abord sur le néoplatonisme, un des facteurs les plus
impoilants de la culture morale de la (léorgie des \'-xn' siècles, (ie mou-
vement a contribué puissament à étendre le cercle des coiniaissauces mo-
i-ales et philosophiques de la socii'té géorgienne et îi faciliter la \ ulgari-
sationdes idées religieuses et littéraires inspirées du dehors (voir Maru,
Jean de Petrilz, néoplalonicien fféorgien des \i'-\if siècles , dans les ^ie-
vioires de la section orientale de la Société arcliéolotrique, Xl\, 1909,
p. .S3 et suiv.). L'inilueuce des anachorètes (p. l et suiv.) doit être,
selon nous, malgré ce qu'en dit M. Marr, écartée absolument : entre la
fuite du monde et la morlilicalion de la chair d'un côté et l'adoratiim de
ffla femme divinement belle '^ de l'autre, il \ a tout un abîme. L'extase
mystique, qui distingue ces ardents serviteurs de Dieu ne nous sert de
rien, car elle fait rentrer la (piestion dans les limites du mysticisme,
cette lois-ci du mvslicisme |jrali«pie.
Dans la seconde partie de son livi'e M. Marr essaie de reconstruire le
Prologue du Chevalier. Au moyen de quelques transpositions légères,
le docte auteur a réussi à rendre intelligible et lo|;iquement harmonieux
ce Prolofiue, que l'on était tenté de proclamer apocry|)he: le résultat qu'il
a obtenu suivant celle méthode ;uuude eu majeiut* partie les principaux
36.
560
MAI-JUIN 1911.
argmneiils de ia critique radicale. L'ordre des couplets propose par
M. Marr est le suivant :
EDITION
EDITION
.
EDITION
de
' de
cic
CiUlICHACIlVlLI.
CAItlTCHACHVILI.
DAIIITCIHCHVILI
1..
. . . . 1
IL.
18
21.
23
•J. .
. . . , O
12..
9
22.
2/1
3..
. . . . 2.'3
1 ;5 . .
. . . . ] 3
/f
36
.5
H..
15..
16..
. . . . 8
. . . . 10
. . . . 11
/y.
i5
0 . .
13 .
27
(i. .
(28
•^ /
!..
— 17
17..
... 19
i3.
.3.
(i3,
8. .
... l(i
1<S..
... 20
3
0, 1 '1
y..
6
19..
... 21
16.
29
10..
7
20..
... 22
Le texte est accompagné de nombreuses notes e'clair-cissant toute
une se'rie de passages o])scurs du précieux monument de Tanciennc
poésie géorgienne.
Tels sont, somme toute, les résultats les plus importants de l'étude
de M. Marr. Preuve nouvelle de son zèle int'atigal)le, la publication dont
nous venons de rendre compte traduit |)arfailement le caractère des rc-
clicrchcs de rorieulaliste russe <|ui Iraie des chemins nouveaux dans
réludc de la linguistique, de l'histoire et de la littérature des peuples de
langues ai-ménienne, géoigiennc et autres idiomes apparentés (groupe
japhétique d'après la terminologie de M. Marr).
V. GHlCnM\I\£F.
C.iSTKs AM) TniiiEs or Soi ni hitu. ^ladras, (joxornmont Press, 1909;
7 vol. 111-8" : 1, .\-B (xn)-397 pages; 11, C-J (vi)-5oi liages; 111, Iva-Kor
(iv)-5o3 jiagcs: IV, Kori-Mara (iv)-5oi pages; V, Marak-Pal (iv)-/i87 pages;
VI, Palli-S (iv)-/i57 pages: VII. T-Z (iv)-^i3g pages. Bel ouvrage illustré
de nnml)t'eiises photographies.
Le nom dcxM. Thurston est une garantie certaine d'exactitude au point
de vue purement anthropologique, mais l'ouvrage traite aussi et surtout
de rt'lluiographic du Sud de l'Inde. L'auteur a dû souvent recourir à
des collaborations diverses et il s'est aidé de documents olliciels, ou de
notes privées émanant de sources très différentes. Beaucoup de ces con-
tributions viennent de personnes bien intentionnées mais peu au courant
des nK'lhodes scientifiques ; ces notes manquent fréipioinment de pré-
cision et rorlhograplic des noms indigènes y est vraiment tro|> irrc'gu-
COMPTES RENDUS. 561
lièie, de sorte que les mêmes mots se i-eiicontrenl plusieurs fois, écrits
(le manières différentes. D'autre part il semble qu'on ait \oulu donner à
l'ouvrage une apparence plus importante que celle qu'il a réellement,
l'impression est larp;e et les sept volumes pourraient être facilement ré-
duits à trois ou quatre. En revanche il est rej^rettable que M. Tliurston
n'ait pas joint à son ouvi"aj<je, sinon un index général, du moins une liste
des articles qui aurait tenu peu déplace et faciliterait singulièienient les
recherches.
Prenons un article au hasard, par exemple Velldia qui est le nom de
la caste la plus importaiito du pays tamoul.
M. Thurston cherche dabord l'étymologie du mot. Les 1 cJlàla , ou plus
exactement \ clldia (^ prononcé sur la côte ^ olj/ijn), qui varie en ] l'Idla ,
sont généralement propriétaires agriculteurs; ou dérive cemot Aevelldnmoi
ffmoissonn, qui serait composé de vellam rreau" et ««;««' trarrangement».
Ces explications sont tout à fait inexactes , car ce n'est pas vclldia qui dé-
rive de vdlàmnei , mais vel/dnmcl qui dérive de voUdla ou plus exactement
veUdlan : an est la terminaison masculine relativement récente; «'/ qui
s'emploie aujourd'hui en tamoul pour rr individuel était primitivement
ffhommei, signification qu'il a gardée en toda. Que signifie vcl ? Nous
trouvons dans les vocabulaires les mots vedi f peur, tonnerre, explosion,
se feudrei , vedil ^mauvaise odeum, toduhku frcolèrei, votham -rcrainte,
honten, vethu rravoir honte", velju f couper, tailler^ , cettei ^rchaleur, rase
campagne", ven rrblancheui-n, cclj ^air, plaine, explosion, colère",
vcljci ffblanchcur, ('cui'euiN , eoliru rtignorance, blancheur", cellum
fflorrent, inondation", vclli fcargent, la planète Vénus" ; on peut en
rapprocher /)/(/« rf quitter, laisser", oin rrair, cieh , tj//rt/.7i-« (prononcer
rdiiLliit) flampe, lumière", et vt'Ivi ff sacrifice", vêiidu rr désirer e- , cêl
trjeune homme", nom donné aux tlieux Kàma et Subrahmanya, etc. il
lésulle de ce lableau une racine exprimant un mouvement avec la nuance
d'un développement, d'une extension, d'un éclat; dans vclldl par consi--
quent <W indique probablement le travail, l'activité et par suite le mot
prend la signification de frhomme laborieux'', ap|)ellalion (jui convient
paiticulièroment aux cultivateurs. M. Thurston doiuie ensuite deux ou
trois lég(;nd(>s raconlanl l'origine de la caste, dont l'une est évidenunenl
traduite du félinga: elles sont relijjieuses, modernes, sans aucun ron-
dement histori([ue, par consé(]uent sans intérêt.
Les Vellâja, connue nous disons à Pondichéry, prétendeni dailleurs
élre une caste noble; ils appartiendraient à une division de la troisième
caste brahmanique, dite lihùvAiçya mégocianls propriétaires de lerrains
cultivés"; ces prétentions sont absolument inadmissibles, car lors de
562 MAI-JUIN 1911.
l'invasion et de la civilisation aryenne qui s'opérait par les guerrière
suivis des brabmes , tous les liahitants du pays furent assimilés au\ Sudras.
Les Vellàja d'ailleurs prétendent aussi que plusieurs d'entre eux ont été
rois dans le pays, mais cela n'est pas prouvé. Les Vellâja sont de toutes
les populations de la pointe méridionale ceux qui parlent le tamoul le plus
pur; on ne constate chez eux aucune coutume qui les distingue de leurs
congénères ; ils se divisent en plusieurs catégories :
1° Tondninaudalavpljàln , qui viennent du pays des Pallavas, entre
Madras et Pondichéry, qui ajoutent à leurs noms personnels l'appellation
de MiiddJi (prononcé Modely) ffchef, prince^ ;
9° Çôjii/aroUn/n, originaires du Çôja, ancien royaume du Tanjaour,
qui s'appellent Pillci (prononcé Poulie) rrenfantr) ;
3° Pàiidiyavr/ldja , qui habitaient le Maduré;
h" KongaveUàjn , primitivement natifs du Goimbatour, ces derniers
prennent le titi'e de Kavundan (de kundo rr puits n ?) tandis que les Pand iyas
ont celui de PUJii;
5" Les Tuluvas (occidentaux):
6° Les Kondeikani rrqui ont les cheveux longs, attachés en chignon'» ;
7° Les Veihutçptti rr marchands^ :
8° Les Agamudoiydn frpropriétaires d'une maison», et beaucoup
d'autres que nous ne pouvons énumérer ici.
On peut ajouter à ces détails que dans les fêtes publiques les Vellàja
arborent un drapeau blanc avec l'image d'une charrue traînée par deux
bœufs; ils sont çivaistes et appartiennent à la main droite.
Celle division des casles du Sud de l'Inde en main droite el en main
gauche est extrêmement importante; la main thoite est caractérisée par
ie drapeau blanc et la gauche par le drapeau rouge. Chaque main re-
vendique des privilèges parliculiers comme celui de porter des babouches,
de sonner de la tronque dans les cérémonies ])rivées ou publiques, de
faire passer des [»rocessions religieuses dans certaines rues, etc.; des
querelles très vives éclatent souvent enli-e les castes de lune el l'autre
main qui dégénèrent en véritables combats et nécessitent l'intervention
de la force armée. Les deux mains prétendent à la primauté , mais leurs
prétentions ne reposent que sur des traditions sans fondement réel.
Cette division ne |)araît pas très ancienne , car aucun auteur important
n'en fait mention. 11 n'est pas difficile cependant d'en établir l'origine: si
Ion dresse le tableau général des castes du pays tamoul, on voit que la
main droite comprend surtout les cultivateurs, les jardiniers et en gé-
néral les ti'availleuis des champs, tandis que la main gauche est compo-
sée des commerçants, des artisans et des ouvriers manuels. M. Thurslon
COMPTES RENDUS. . 563
ne semble pas s'en être préoccupé, flu moins je n'eu ai trouvé dans son
livre que de très rares mentions et c'est une lacune assurément très re-
grettable.
11 convient de remarquer que les Parias, qui forment dans le Sud de
l'Inde une caste parfaitement définie, prennent le titre de ValangainaUdr
c'est-à-dire VcdnhgeimugaUdr, qu'on peut traduire "-ceux qui sont en
avant, au premier rang, de la main droite^. Ce sont les descendants des
premiers propriétaires du sol, des premiers habitants du pays.
Julien ViNsoN.
L. GaDIKRE. MONOORAPUIE DE LA SEMI-VOYELLE LAlSl.iLE fc.V .SVrtV;- lAiV 1 1//7 /•, ET
EN ANaAMiTE. Essui (le phonétique comparée de ces deux langues (Extrait du
Bulletin de l'Ecole française d'ExIrèine-Orient, 1908-1910). — Hanoi,
Imprimerie d'Extrême-Orient, 1910; }jr. in-8°, 3't2 pages.
Je me rappelle avoir vu, quand jetais jeune étudiant, un ouvrage
intitulé : De parlicuJa àv libri (juatitor ; je ne l'ai jamais lu et j'ai oublié
le nom de l'auteur : le titre m'avait sulli. Gomment M. (iadière a-l-il
bien pu remplir 3^2 grandes pages en ti-aitant de la semi-voyelle labiale
en sino-annamite et en annamite?
A la première page il nous annonce (jue sou ouvrage se divise en
fpialrc parties, selon que la semi-voyell<' labiale se présente : 1° sous la
forme d'une consonne labiale: 9," sous la forme sourde; 3" sous la
forme sonore; fi° sous la forme vocalisée. Or il n'i pas de semi-voyelle
labiale sourde en annauute ni en sino-«nuamite.
Si l'on [)arcourt rapidement l'ouvrage, on i trouve (jue des formes ffunn ,
o/, iiiiil , Iruc, liiin, vi, cup, pliuong, xe , etc., se correspondent et sont
le même mol. Tout coiTes|)ond à tout. Un mot peut se présenter sous
toutes les fortnes imaginables. L'auteur propose les ra])procliemenls les
plus inalleiidus et fait pressentir qu'il i aurait l;i l'indice d une (droite
|)arenté entre l'annamite et le chinois. Le même procédé m'a servi un
pm' (Hovue des langues romanes, XLV, p. 607) à montrer par plaisan-
l(n-ie que nond)re de mots de la langue évé (Guinée septentrionale)
rappellent d'une manière frappante des vocables grecs de nuMue signi-
fication. La ressemblance sautait aux ieux, ce (pii n'est j)()inl le cas |Mtni'
les formes annamites et chinoises raj)porlées plus aut.
Voilà donc un livre qui s'annonce mal et si j'étais encore TJeune l'Iu-
dianti) j(î ne le lirais pas. Mais j'ai |)romis d'en faire un conqile r,iidu
r'I je ne suis pas de ceux qui rendent conqite d'un livre .sans l'avnii- lu.
Je viens donc de l'examiner très soigneusement, e| je nTen félicite.
bU MAI-JUIN 1911.
Si l'élude de la semi-voyelle labiale (c'est-à-dire du son w) a pu rem-
plir un p;ros livî'e, c'est que l'auteur nous donne beaucoup plus que le
titre ne semblait promettre. 11 examine toutes les catégories de mots
dans lesquelles le son ir appgrait et toutes celles qui ie\\v seiidjlent appa-
rentées. 11 recherche dans ces dernières les traces plus on moins latentes
du IV et il est obligé souvent pour arriver à les détcrminei' d'analiser
toute la constitution foulque des mots. Il en résulte qu'en délinilive ce
livre nous apporte, comine lannoiicait trop discrètement le sous-titre,
une bonne partie de la fonétique annamite et de la fonétiqiie chinoise,
l'ime étant constammeiil comparée à l'autre.
Si l'auleur parle de semi-voyellcs labiales sourdes, ce n'es! pas à la
suite d'une erreur matérielle qni serait grave, c'est sinq)lement qu'il
emploie un vocabnlaire tecnique défectueux. 11 s'en explique lui-même,
mais un peu lard, dans la noie de la page 2'i5. 11 appelle sourds des
fonèmes qui sont sonores, il nonuiic tonifiés des fouèmes cpii n'ont pas
de ton; ce sont des maladresses qui agacent le lecteur, mais la (l'oi-ie
générale n'en est pas atleinte.
Enfin si les formes comparées jurent d'être l'une à côté de l'autre
quand on les dispose connue nous l'avons fait plus aut, il n'en est plus
de même lorsqu'on rétablit les intermédiaires. La plupart des rappro-
chements sont évidents et les mêmes séries de correspondances fonétiqiies
se reproduisent continuellement.
Pénétrons au cœur de l'ouvrage. L'annamite et le sino annamile sont
des 1 ngiies monosiilabit[aes. Chaque monosillabe conlient nu élément
vocali(pie, qui en est le noyau, et qui ])eut constituer le monosillabe à
lui seul : k "obscurci, é rr fatigue^, â rrlaid-, mais qui peut aussi être
précédé et suivi d'e'lémenis cousonanliques ou sonantiques. 11 sera donc
commode poiu' l'étude et pour l'exposilion d'examiner à part l'initiale,
le centre et la (inale. Naturellement s'il i a un ;r dans le mot, il appa-
raîtra devant le noyau vocalique; mais il pourra se présenter sous Ions
les aspects, depuis l'état zéro jusqu'à l'état voyelle.
r L'iitiiiiilc. — Nous trouvons à l'initiale les correspondances nm''^\
va, viia , lui, hiKi , )iia , iiiiiii , jiii , pmi , iiha , phiia, ca, (jiin , fjn , [fiifi ,
hhii , kliiiii , lia, liiui , iigd , ugim . rlui , cliiiii, su. sua , .m , œiia , ijn, yiifi ,
(lu, (liia , gin , .l'iiiii , Ira, Iriia , iihii , nhna , iiu , iiiiii, la, liia, ihi , iliia ,
tha , lima, la, laii . ra , rua, etc.;
a" Le ci'iilrc. — Au centi-e, nous avons ira , a, ?r«, o, //, etc.;
'"' Nous luisons suivre les élémciiLs iinliaiiv iimfornii'iiu'nt de la voyelle a.
pour que l'cxiiosition soil pins claire.
COMPTES RENDUS. 565
o" La Jliuilo. — i^a linale e.4 ni, o, oi , iil , /, un, al, ac , acit , aii^r^
aiih, ain, ap, nu, etc.
S'agit-il la de simples correspondances fouétiqaes? On ii'i voit rien ([ui
paisse surprendre un fonéticien : au surplus, quand on sait que v. irlandais
//et sanskrit puniJi sont le même mot, que arménien erkii et latin duo sont
le même mot, on est prêt à ne s'étonner de rien. Toutes les corresjnin-
dances (|ue nous venons de sig-nalor, on peut les retrouver sans chercher
Itoaucoup dans nos langues indo-européennes. En voici quelques cas
j)our mémoire : wa-a, français nm [roi) - dialect. ru; a-o , i'v. Jain
[femme) - dial. /o«; wo-u, dial. bwôn - fr. bùn [bonne); ii-o, fr. nti
[nous) - dial. no: ai-e , anc. fr. niai- fr. me [mai); e-i , fr. rho: - dial.
ci; c-a, fr. cer - dial. ca ; e-wa , fr. cerre - dial. vwar ; tra-o. fr. mwai
[moelle) - dial. mol: ira-u, fr. niva [noix) - dial. nu, etc.
Voilà pour le vocalisme, sans sortir de France. Pour les linales. un
seul mol en dira assez long-, sans sortir de France : fr. r/idleau - dial.
caslel, caslhu, casiel , castels, caslex, castech, etc.
Enfin , voici quelques exemples pour l'initiale : wn-va, anp;l. waggon-
fr. vagon; tva-nva , fr. oiiale - dial. viral; qua-ca, espagn. cualro-
cnlorce; ca-ga, provenç. vat - espagn. galo; ca-clia , provenr. canicl-
fr. chameau; wa-gua-gn-viva , germaniq. ivardan — ital. gunvdare - fi-.
garder - fr. dial. eiraihi ; qua-pa-ba , ital. quallro - roumain palrn —
sarde ballor; qw-l , latin que - gr. ts; h-iv , gr. jSopâ - latin uorare;
l-s, gr. Tti-o-û; ni-n, latin mespilu - fr. né/le; n-l , provenç. nircl-
livel ; l-r, anc. fr. husignol - fr. rossignol; c-h, latin rolluni - allem.
hais; l-p, gr. T£T7apis-7rj(Tiipi's; d-b, {jr. hépeOpov-^OLpoLOpov; qir-L-
b-iv : V. aut.-allem. queinan - allem. hommen - gr. jSa«V« - laliu uenio;
liir-iv-v, goliq. hweila - v, aut.-allem. wila - allem. iveile ; />/'-//-- . p;^'.
(pàvo? - V. irland. gonim - v. slav. i^ena ; ph-b , gr. (^ôêos— lituan. bègu , etc.
Aucune objection de princi])!' ne saurait donc être élevée contre une
léorie (pii attribuerait à de simples évolutions fonéticpies les dilltTences
([ue l'on remarque entre nos formes annamites et siuo-annamiles. Mais
s'il est sûr que certaines de ces dill'érences sont puroniont lonétiqnes,
il est possible que d'autres soient morfoloji'iques. L'évolution fomUique
peut transformer, contracter, simplilier, détruire même divers éléments
d'un mot; elle peut aussi les diftnnguer, les dédoubler, les dt'velopper.
en faire sui-gir de nouveaux. Mais (piand on trouve dans une lorme un
lonème dont il n'i a pas trace dans une l'orme parente, ou cpiand ou ren-
contre à la même place, dans deux formes parentes, deux lonêmes diiïé-
renls (pii n'ont pas continue de sortir I iiii de l'autre, on a le devoir de se
demander si Ton n'est pas eu présence de uu)rfèmes a|<uilt''s à r<''lémeul
566 MAI-JUIN 191 1.
iondaraealal du mol. TNous ne manquons pas dans nos langues indo-
européennes de préfixes, de suffixes, d'infixés, d'élargissements de toute
nature et de toute forme, et il n'i a aucune raison a priori de croire
qu'il n'en soit pas de même dans les langues monosillabiques.
Sans parler des mélanges de mots, l'évolution fonétique et les addi-
tions morfologiques peuvent rendre compte de toutes les différences qui
apparaissent entre les vocables d'une même famille. Mais parce qu'une
évolution fonélique ou une addition raorfologique est possible, ce n'est
pas un indice qu'elle ait eu réellement lieu. Précisément parce que tout
peut correspondre à tout, les explications isolées sont condamnées
d'avance. Il faut que les explications soient fondées sur un certain
nond)i-e de rapprochements certains, et qu'elles se présentent par séries,
formant un ensemble coérent.
La majeure partie des rapprochements proposés par M. Gadière sont
indiscutables, et les correspondances fonétiques qu'il signale reviennent
toujours les mêmes.
Qu'est-ce qui manque h son travail '! Ce qu'il a eu raison d'éviter avec
le plus grand soin d'un bout à l'autre : l'istoire. 11 s'agit de remplacer
les correspondances empiriques par des correspondances istoriques, il
s'agit de savoir, non plus si telle forme équivaut à telle autre, mais si
celle-ci est sortie de celle-là.
Mais ce travail n'est pas encore possible aujourdui. L'istoire et la
cronologie de la langue annamite sont encore à peu près incoimues.
Il i a on annamite un nombre considérable de mots qui ont été emprun-
tés au chinois à une date relativement récente, et qu'il est en général
assez facile de reconnaître. Il faudrait d'abord les mettre à part. Après
cela, un certain nombre de monografies analogues à celle que nous
avons sous les ieux et portant sur d'autres points seraient nécessaires
pour établir nettement les règles de correspondances et d'alternances
fonétiques. Nul nest mieux qualifié que M. Cadière pour mener à bien
ce travail préliminaire, qui en définitive pourrait être exf^culé assez
rapidement. Alors on sattaquerait à la langue annamite débarrassée du
chinois récent, et l'on rechercherait si elle est relativement inic, ou si elle
contient, à côté d'un fonds indigène, une large part empruntée au chi-
nois à date très ancienne. On déterminerait ainsi si l'annamile est oeigi-
nairement apparenté au chinois ou s'il en est indépendant, on en dres-
serait la cronologie linguistique, on en ferait la grammaire conq)arée.
Si ce n'est pas M. Gadière qui accomplit ce grand et beau travail, il lui
restera toujours TtHnienr d'en avoir jeté la première base.
Maurice Grammont.
COMPTES RENDUS. 567
PUBLICATIONS RELATIVES A L'INDOCHINE FRA\(;AISE.
L'Indochine, qui n'occupail jadis qu'un des plus étroils comparti-
ments de l'orientalisme, élargit sa place d'anne'e en d'année. Depuis que
l'Hlcole française d'Extrême-Orient a institué une enquête permanente sur
riiisloire, l'arche'ologie, la linguistique, l'ethnographi'^ de la péninsule
et qu'elle suscite autour d'elle les travaux et les découvertes, la produc-
tion scientifique n'a cessé de s'accroître. L'importance de ce mouvement
se mesure non seulement au nombre, mais à la qualité des publical ions.
Un courant d'esprit scientifique se fait sentir dans des études trop long-
temps stagnantes. La phonétique expérimentale, la dialectologie, la so-
ciologie ne sont plus ignorées. L'histoire documentaire élimine peu à
peu les fables des chroniques indigènes. Avec une méthode plus sûre,
des matériaux chaque jour plus nombreux, des résultats qui s'enchainent,
l'ffindosinologie" n'est plus isolée dans son coin : elle participe à l'œuvi-e
générale de reconstitution historique qui nous révèle progressivement le
passé de l'Asie orientale. Sans |)rétendre dresser ici l'inventaire complet
des travaux de cet ordre qui intéressent l'Indochine française, nous
nous proposons de signaler les plus importants de ceux qui ont paru en
1910'".
Bibliographie. — Au seuil de toute étude est la bibliographie des bi-
bliogra[)liies. Cette introduction a été écrite par M. Gh. Maybon, qui s'y
montre, comme d'ordinaire, un guide siir et parfaitement informé'"'.
La bii)liographie des voyagfs a tenté M. Antoine Brkiuon, ([iii nous
donne le finit de ses recherches en un volume imprimé à Saigon'''.
M. Brébion que ses fonctions retiennent en Cochinchine , loin des grandes
bibliothèques oii se conservent les livres rares, a du prélever sur les loisirs
bien gajjnés d'un congé en Fiance le temps de rassembler les éléments
de son oiiviage. (lotte circonstance explique — et excuse — les lacunes
et les inexactitudes (|u'oii y a relevées'''. Les travailleurs apprécieront
néanmoins l'avantage de trouver sous la main un giand nombre d'utiles
^'' AitHKViATinNS. fi.K.F.E.O. — Itulletin tlv l'Ecitlc Jraiiçaim' (l'Iùtrèiiif-Orieiit ;
ïi.S.K.I.C. =- llullcliit lie la Snciéli; ilcx rliidi-n lii(li>chin<iiseii; — l{.].('. =
île V ue in (loch i noise .
'^' (il). |{. \! VYIIDN. Noif sin- /('S Iraimii.r hihliiii'p-apliujHi's nmci'niiiiit l'imh)-
chiiiP l'i-fiiicinar. H.Fj.F.E.O. , \, ^()f) ss.
'■''' Anldiiii' HiiKiiiON. IUI)li(ifirapltii' di's rdiiaj'cx dans rintlnclniu' fiançai ne du
i\' (111 r;r' sirclc. - Saïjjon, F. H. Sclincidcr. ii)io. in-S°, vi-:i((9-\i.iv pp.
W Cl,. Mavik.n. dans B.E.F.E.O., \, MUu
i)
68 MAI-JUIN 19 1 1.
reiiseijOP.ements; il esf. à croire, nolarameiU, que la menlion des cotes de
la Bibliothèque Nationale leur épargnera quelques recliorclies fasti-
dieuses. Un appendice, publié depuis, a corrigé un certain nombre de
fautes et réparé diverses omissions'''.
Le même auleui* a consacré un Livre d'or à la gloire des Français
d'Indochine, de ceux du moins qu'il a jugés dignes d'y figurer : car
M. Bi'ébion est professeur et il ne s'est pas refusé le plaisir d'une distri-
bution de prix. On eût préféré un modeste dictionnaire biographique
à ce singulier palmarès'^'.
M. le capitaine Baulmost a dressé une liste de livres anonymes sur
l'Extrême-Orient avec l'indication de leurs auteurs'^'.
M. Henri Cordier avait donné dans le T'oungPao, de décenîbre 1908
à mai 1908, une bibliographie de la Birmanie et de l'Assam''', détachée
d'un ouvrage plus considérable, qiii, pour faire pendant à la Bibliotheca
siiiica, devait porterie titre de Bibliolliecn iiidosiuica. Nous sommes heu-
reux d'annoncer par avance que ce répertoire si attendu , et dont le nom
de l'auteur garantit l'excellence, est actuellement sous presse et formera
les volumes W à XVll des ffPublications de l'Ecole française d'Extrême-
Orient •«.
HiSTOU'.E. — En 1679, la Compagnie anglaise des Indes Orientales
fonda au Tonkin une factorerie qui dura jusipi'en 1698. Les documents
relatifs à cet établissement, conservés parmi les Records de l'India Office,
ont été inventoriés par M. Ch. Mwbon, qui a enrichi ce catalogue de
notes très instructives'^'. lia également réédité dans la Revue indocliinoiso
'"' Bibliographie des voyages dans F Indochine française du ix' au if.i" siècle.
A|)|KMKlic('. (SijTné : Ant. Brébion. Fév. 1911.) — (Saigon,) in-8°. Pajjiné
3oi-3!i2.
<-) Antoine Brkbion. Livre d'or du Cainhdoge , de la Cochinchine el de
l'Annani, i(Ja')-i()io. Biographie et l/ihliographie. — Saïp,on, F. H. Sclinoidor.
1910, in-S", 79 jip.
'^' (Capitaine Baulmont. Livres anonipnes sur l' Extrême-Orient. R.I.C., \ll
( 1910), |i. 1 i5 ss.
''■' Bibliotheca indosinica. Essai d'une bibliographie des ouvrages relatifs it la
jnesqu'ile indochinoise, par Henri Cordier. l^remièrc partie : Birmanie et
Assam. - Leide, E. J. Brill, 1908. in-S". 969 pp. (Extrait du T'oung Pao.)
'•'"' (lli. B. Maïron. Une Jactiirerie anglaise au Timl.in au x\ if siècle [iCjâ-
l6()j). Inrenidire des itocunienls manuscrits île t'inilia (iljice. B.E.F.E.O. , X,
l59-20i'l.
COMPTES RENDUS. 569
la partie de la Relation de Marini qui concerne le Laos, précédée d'une
notice biographique et bibliographique " . Au sujet de l'édition de Venise,
de i6(i5, M. Maybon a remarqué que les bibhographes , Briineten tête,
ne parlent que d'un seul volume, et il se demande à ce propos s'il n'au-
rait pas été publié la même année deux éditions, Tune en deux volumes,
l'autre en un seul. Il est plus simple d'admettre que ces bibliographes
n'ont vu que le tome l". 11 n'y avait rien dans le titre qui annonçât
l'existence d'un tome II, excepté la mention m due parti : mais on pou-
vait croire que ces deux parties étaient les deux livres qui composent le
tome 1", et qu'ainsi l'ouvrage était complet.
La même revue a publié des extraits des Lettres édifiantes sur l'Iiido-
cliine de 1789 à 1786''*.
M. Henri Cordier, à qui nous devons de connaître les importants do-
cuments conservés au Ministère des Colonies sur la mission en France
de l'évêque d'Adran '', a commencé dans le Toung Pao un nouveau
travail abondamment documenté sur la politique du Second Empire en
Indochine; il y raconte la mission de M. de Montigny au Siam et en
Annam; la persécution qui s'ensuivit; l'exécution de l'évêque espagnol
José-Maria Diaz , la mission du comte Kleczkowski au Tonkin, enfin les
eirorls de l'abbé Hue et de 1\I°' Pellerin à Paris, en 1807, pour provo-
quer une expédition en Cochinchine ' .
Avec le nouveau livre de M. Jean Dipuis'°\ nous passons aux ori-
gines de l'occupation du Tonkin, dont il fut le hardi promoteur. A la
vérité, lorsque, le 9 novembre 1879, M. Dupuis parut devant (Juang-
yen avec sa pi'lite lloltilic pour réclamer le libre accès du Fleuve Ronge,
il ne prévoyait pas les péripéties du drame qui allait suivre. de|)uis la
mort de Francis Garnier jusqu'au guet-apens de Hué en i885. Ce qu'il
('- (lli. B. Maïbos. g. F. de Marini. Notice biojfraphiqite cl bibU<niraphiqiic.
l\.L(]., XIV, 1910, ]>. lo-tîS. — G. F. DE Marim. Uclnliiiii nnuri'llf et ciiriensv
du viiyautnv de Lai)s. Iliid. , XIV, p. i.5f! ss. , 357 ss. , .'5ô8 ss.
(■^) ï)i)CHnienls sur l'état du llambdoijc, de la Qicliincliiiiv cl du Toul.ni de
tj8a à i-jSG. n.LC, XIII. upo, p. ."jol^-Sai); Xl\, |.. /i3-5'i.
'■'' La f!niTcsj)findaiicc jrrncralc de la f!iicliiiicliiiic ( t jHi)-t'jf)t ), |iuli|i(<<> |inr
Henri (Ioiidikii. Touiijr l'an, noI. \11 cl \\\\.
(*' La l'idiliquc coloniale de la France au dvbul du Second Empire, hittocliine
{t85a-i85S). Tiiunii Pao. mars i()0()-mars 1 1) 1 1 .
(•■' .Icaii DiiMis, i'\|)liiriiliMii' du IIciim' nitiijjc Le TmiLin de tS-ju à iSSIl.
Ilistoiie et pidilique. l'aiis, A. liliallaiiiç! , ii(io, iu-!S'.
570 MAI-JUIN 1911.
attendait, ce qu'il voulait, c'était, comme suite au refus probable des
autoiite's annamites, un soulèvement général du pays, avec le concours
ou la neutralité bienveillante de la France, aboutissant à la restauration
de la dynastie nationale des Le sous le protectorat français. Ce plan
échoua devant l'obstination du gouverneur de la Cocbinchine, Taniiral
Dupré. On sait de quels sévères réquisitoires \l. Dupuis a poursuivi ce
politique malavisé. Ni les années écoulées, ni le recul de faits main-
tenant enti'és dans l'histoire n'ont entamé la force de sa conviction ou
atténué l'amertume de son ressentiment. Aujourd'hui que le pionnier du
Tonkin se repose, comme un sage raandai'in d'autrefois, rreiitre la mer
bleue et la montagne verte 51, il a voulu, embrassant la suite des événe-
ments de 1879 à 1886, condamner une fois encore l'erreur fatale (pii
coûta si cher à la France. Considérée ainsi à la lumière du passé, la
thèse de M. Dupuis semble incontestable; mais il convient, pour être
juste, de lappeler que la question se posait avec moins de simplicité
devant l'amiral gouverneur. Requis d'opter entre une intervention ouverte
et une complète abstention, il devait se trouver fort embarrassé pour
[)reudre l'un ou l'autre parti. Contre l'intervention il y avait les ordres
formels du Gouvernement : «Sous aucun prétexte, pour quelque laison
que ce soit, n'engagez la France au Tonkin. n (dépêche du duc de
Brog-lie, 17 juillet 1878); contre l'abstention, le dangei* d'une entrée
des troupes chinoises au Tonkin, qui pouvait avoir pour l'avenir de la
France dans ces régions d'incalculables conséquences. Entre ces deux
écueils l'amiral se crut obligé de trlouvoyer': ; c'est une manœuvre dif-
licile, il n'est que trop certain qu'elle fut mauquée. Encore faut-il savoir
gré à ce frmarin perdu dans la politique^ du scrupule qu'il eut de con-
cilier l'obéissance du fonctionnaire avec la prévoyance du patriote. iM. Du-
puis lui-même n'hésite pas à reconnaître que ffsi l'amiral Dupré n'avait
pas craint d'être désavoué par le Gouvernement, il eut adopté uue ligne
de conduite plus franche et qui eiit assurément donné des résultats plus
appréciables" (p. i45). C'est là un jugement équitable et (|ui a chance
d'être celui de l'histoire.
En cours de publication dans le T'otmg Pao (mars 1910 et suiv.) est
une étude historiipie de M. Georges Maspkko sur l'ancien royaume de
Champa, où toutes les sources accessibles ont été mises à contribution'":
nous en parlerons plus en délai! après son achèvement.
''^ Le lloiiaiinie de (Ih(i)njia. par (î. M aspkbo. Toiiui; l'iio , \l (ic)i<i),
j). 1 2.5 ss. (en cours).
COMPTES RENDUS. 571
Dans la même revue M. Pierre Lefèvre-Pontalis a retracé ihisloire
(hi royaume tai de Laii-ua^'\
Enfin nous nous bornerons à rappeler les litres de quelques ouvrages
dont il a e'té rendu compte ici même : les Tr.rtes d'auteurs grecs et latins
relatifs à l'E.rtrémo-Orient de M. G. Cot;Di:s (/. A., XVII, 167), les
Bcscorche.s on Ptolcmi/s Geographij du colonel Gerim (ib.. 07^) et
VHisloircde la Cocliincliinp de M. P. Cdltru (ib. . XV, 557 ).
Gi-oGUAi'uiE. — La géographie historique de l'empiie d'Annam est
mal connue avant le xv° siècle. Le travail de M. Henri Maspero dont le
Unllelin de l'Ecole française d' Extrême-Orient vient de commencer la pu-
blication fournit les renseignements les plus intt^ressants sur la géogra-
phie de l'époque des T'ang^^-.
MM. H. RussiER et H. Breniek ont donné, sous le titre de Vhulochiuv
française'^^\ une nouvelle édition remaniée et augmentée de leur Géogra-
phie élémentaire de r Indochine (Hanoi, 1909). Le caractère de l'ouvrage
est resté le même, mais il s'est enrichi de renseignements variés : statis-
ti(pics, graphiques, cartes nou\ elles, etc. Il faut louer particulièrement
la bibliographie très soigiu'e ([ui permet au lecteur de corapléler suis
jjeine sou inlonuation sur les sujets qui Tintéressent. Les auleiu's oui
condensé dans ce volume de 35o pages une masse de données précieuses
dispersées dans diverses publications. Réserve faite de quelques assertions
un peu risquées sur les origines ethniques des populations indochinoises,
leur documentation est de première main fl mérite toute confiance. H
est regrcltaiilc que ce texte excellent soit illustré de simili-gra\mvs si
médiocres (une transposition des ligures •>,() el -i"] a eu pour résultat de
présenter le temple de Po Klong Garai h Phanrang comme la tour
d'Angkor Vat et réciproquement\
Un petit livre du même genre, jiar le capilaine M\(;nabai., a fait l'objet
d'un compte rendu du lieutenant-colonel l}ouil"ac\ [IkE.I'.E.O., \,6i7)
auipu'l il sidiil de renvoyer.
'" Lv rinjoniiii' dr Imii-iki iiii ilr i\ijir. |iai' l'icr'i'i- I-ki-m llK I'dntams. Vniinir
/'«", M ( i() 10), I». io5-i a6 , cl \11 , (1. i77i()t>.
'-' IjC in-iili'ctoral général d'Annam saint les T'iuif^. Kaai de jrcujrraphie hislit-
rîtiue, par II. Maspeiio. H.K.I'.I'j.O., X. 539-58^1.
''' H. Ml ssiKii ('! II. HiuiMKii. I.'liiiliirhiiir fraitraisr. Paris. V. floliii. i()ii,
iii-iX.
572 MAI-JUIN 1911.
ETUNtKiRAi'iiiE. — M. Ailhéniîu' Leclèriî a décrit la Iribu des Saniicli,
rëduilc aujourd'hui à un frioupe niiuusculo de 7.5 individus habifanl le
villajje de Sararong, dans la presqu'île de Veal Renli, province de
Kanipol (Cambodge)'''. - '
M. J. Kemlin a acheyé dans le Bullelin de ri'Jcole française sa subslan-
lieile élude sur les rites agraires des Reungao'"' et analysé les idées de
la même peuplade sur la nature et la signilicalion des songes'^'.
M. PiîzvLLSKC a expliqué avec son ordinaire sagacité la cérémonie
annamite appelée (tniig tho'''''; ce rite, qui se célèbre au début de l'année,
aurait pour but la désécration de la terre et la nouvelle investiture du
dieu du sol.
Le colonel Bo.mfacv, à qui la [dus dure campagne ne saurait faire
oublier ses [)rénccupations scientificjnes , a profilé de ses opérations
contre le Dê-Tbam pour recueillir les traditions d'un cullc que le vil-
lage de Huông-thu'O'ug, dans la province de Thai-x\guyen, rend à deux
serpents, qui sont naturellenient des génies de la pluie et des eaux ■^'.
M. J. Pouc.iiAT a commencé In publication d'une série de notes sur les
croyances annamites relatives aux plantes el aux animaux'"'.
M. L. CiADiiîUE a communiqué à VAnihropos des observations faites sur
un groupe annamite au cours d'une épidémie*''.
M. Paul Macev a décrit les pi'océdés de la médecine laotienne
(S)
''' Acili. Leclkki:. Les Sùaucli. U.S.E.l.d., 11° r)7, j). 98-11/1.
<"-' hilps agraires des Reungan, par M. ,1. Kkmlin, vi-ix. B.E.F.E.O., X, i3i-
i58.
'■*' J. Kkmi.in. Les songes et leur iiiterprélalio» cJiez les Beaiigao. B.E.F.l'i.O.,
X, 507-538.
''■' Les rites du dông tho. Coiilrilnitioii ii réluile du culte du dieu du sol au
Tonkin. pnr \I. .1. Piizvluski. B.E.F.E.O., X, SSg-S/iS.
'■'' A. BoMFACV. Les génies ihérioniorplies du .rà de Ifunng-lliuvivig, B.E.E.EJ).,
X, 393-/100.
'"' .1. PouciiAT. Supeislitinns ainiainilcs relatives aux plantes el aux aniniuur,
B.E.F.E.O., X, /101-/.08.
*'' L. (].\Dn\nE. Sur (juehjues faits religieux ou magi<jnes ohservès pendant
une épidvniic df cliidrra en Annani. {Aniliriipos , V, a-3 cl 5-G.)
<*'' l'.Hil \Iai:i:v. L'art dv guérir au Laos. l'i.l.C, XII (1910), p. '189-502.
COMPTES RENDUS. 573
Linguistique. — Le colonel Diglet, à qui nous étions déjà mle-
vables d'une l'ùudc de la lan'jue taï (Hanoï, 1890), vient de la coni-
j)l('tcr ])ar une étude de la lanjjue Thô <'\ La première était consacrée au
[)arlcr des Taï de la Rivière Noire; la seconde s'occupe des Taï qui lia-
l)iloiit la frontière chinoise de Monkay à Laokay. Elle débute par tin
vocabulaire synoptique contenant les mots communs à deux au moins
(les quatre langues : annamite, thô, taï, siamois; viennent ensuite des
éléments de grammaire (90 pages), enfin un vocabulaire français-tliô.
C'est une très utile contribution à l'étude des langues indochinoises, où
ou regrette seulement l'emploi d'une transcription qui, dans le louable
but de rendre les mots plus faciles à prononcer, n'aboutit en fait qu'à
les défigurer.
M. L. Gadiîîre a terminé sa copieuse et savante monographie de la
semi-voyelle labiale en annamite, qui a été apppréciée ici même [supra,
p. 563) par M. Grammont'"^'.
M. S. Tandart a fait inq)nmer à Hong-Kong la première partie d'un
dictionnaire frauçais-cainbodgieu'''. Cette première partie (A-K) com-
j)i-cnd 1106 pages in- 4°; l'ouvrage entier en aura vraisemblablement
5,000. On voudrait se persuader que l'utditéde ce colossal \ohime sera
en proportion du travail qu'il a coulé. Mais quel est Thomine singulier
qui éprouvera jamais le besoin de traduire en cambodgien des mots tels
que : ahloca , abslèinc, ahulevger, accouple, acescent, alianer, aléser, alestcr,
alsophlle, elc. ? L'auteur eût été mieux inspiré en se bornant aux mots
usuels. Sans doute, il ne faudiait pas trop se idaindie d'une (elle sur-
abondance de richesses, si ell(> ne ris(piait de retarder d'aulantla publi-
cation (lu dictionnaire camboilgien-l'rancais que nous promet M. Tandart
et que nous attendons avec impatience. A en juger par celui que nous
avons sous les yeux , le suivant marquera un progrès considérable de la
lexicographie khmère. Nous espérons que cette œuvre de patience et de
di'voiiement sera conduite à bonne fin |)ai- le savant missionnaire (pii l'a
si courageusement entreprise.
''' Col. E. OiGiiKT. Ehiili' ilf lu Iniijnii' thi'i. - Pni'is, A. Cliallamol, i<)iii,
in-8°.
'-' ]j. C.VDiKnK. Monoin-ajiliif ilr lu xriiii-i'Ojii'llc labiale en siiio-iinnniiiilr ri m
aiiiiai)iilr. — Hanoi, 1910, 3'ii pnjjcs. Exliail citi H.E.F.K.O.. 1 ()()8-i()io.
'■'' S. Tandaiit. Dlclidiniairr français-cniiilioduirii . Pri'inii'-n' |iai'li(', A-k.
— It()nj;-k(iii|r, iiii|tr. do Na/.arctii , tt)ii>, iii-'i".
wii. Wrj
lurHIUrilIX XATIilkAtB.
574 MAI-JUIN 1911.
M. Maurice Grammont a ëtudié expérimenlalemont, avec l'aide d'uu
jeune Cochincliinois, M. Le Quang Trinh, le timbre et la notation mu-
sicale des monosyllabes annamites *'\
Mentionnons enfin, dans le même ordre de recherches, un essai sur
la phonétique annamite, par M. Ddbois*^'.
Archéologie. — L'inventaire descriptif des monuments chams de
l'Annam , par M. Parmentier , est en bonne voie d'achèvement. Le
tome I" a paru en 1909 : il a été complété par un album de 1 14 plan-
ches contenant les plans , coupes et façades des principaux monuments
avec d'excellentes cartes archéologiques ''' : il sera suivi d'un dernier
volume , dont la préparation est 1res avancée. Cet ouvrage résume les
travaux que M. Parmentier a poursuivis pendant dix ans en Annam
avec une admirable activité et un succès éclatant : la restauration de Po
Nagar de Nhatrang , les fouilles de l>ong-du>o'ng et de Mïsoni , la décou-
verte de plusieurs édifices nouveaux et d'une quantité d'inscriptions,
l'étude approfondie d'une école d'architectui'e qui, avant lui , n'était
guère connue que de nom, sont autant de titres à l'estime et à la gr;ili-
titude des archéologues.
Les monuments du Cambodge ont été inventoriés par le commandant
LuNBT DE LuoNQuiiîRE. Deux volumcs ont déjà paru ; le dernier, qui
est sous presse, complétera cet utile catalogue, qui sera désormais
le point de départ nécessaire de tous les travaux sur l'art cambodgien.
Ainsi approche de son terme cet Inrentnire nrcliéologifpie de l'Indochine,
qui fut le premier but de l'Ecole française d'Extrême-Orient, et qu'elle a
atteint eu dépit de fous les obstacles.
L'(euvre de l'Ecole a trouvé un puissant concours dans la Commission
archéologique de l'Indochine instituée par arrêté ministériel du 18 jan-
vier 1908 et rattachée au Comité des Travaux historiques et scienti-
fiques. Cette Commission publie un Bulletin dirigé par son secrétaire,
C' E. (iiUMMO.NT. Recherches expérimentales sur la prnimicialinn du rnchiii-
chinois. [Mémoires de la Société de liiifruixlKfue , XVI, 69-86.)
'-> Amainilv. et français. Essai de j)ii(>nétiqiic pratique, par M. DuBtiis.
n.U:., Xtl (1910), p.'a75-3o3 et /taS-iDo.
(■') Inventaire descriptif des monuments rums de l'Annam., par H. ParmisN-
TiEn. l'Ianchcs d'après les relwés et les dessins de l'auleur. Paris, Ini|). nal.,
1909-
COMPTES RENDUS. 575
M. Foucher, et où paraissent des documents et mémoires variéh relatifs
àrindochine. L'année 1909 contient une excellente bibliogr.iphie raison-
née de l'archéologie du Cambodge et du Clianipa , par M. GœDÈs. M. de
Lajonqcière y a donné les résultats de sa mission au Cambodge, au Siam
et dans la péninsule malaise eu 1907-1908.
En 1910, nous y trouvons un catalogue des sculptures cambodgiennes
du musée du Trocadéro et du musée Giiimet par M. Coedès, un relevé
archéologique de la province de Tày-ninh par M. Parmentier, une nou-
velle carte archéologique du Cambodge par .M. de Lajonquibre , un essai
d'interprétation des bas-reliefs de Bapuon , d'après des photographies du
général de Beyiié ■''. Mais l'œuvre capitale delà Commission est la publi-
cation des bas-reliefs du Bayon.
Le Bayon est un grand lemple qui occupe le centre d'Angkor Thom,
au croisement des diagonales menées des quatre angles de l'enceinte de
la ville. 11 se composait de deux étages de terrasses caiTe'es bordées de
galeries ; une troisième terrasse en croix avec galeries axiales et nombre
de tourelles portait le soubassement ovale sur lequel s'élevait la tour
centrale. Les murs des deux pfeinières galeries sont ornés de bas-reliefs
représentant des délilés militaires, des batailles, des scènes religieuses
et profanes. La mission Dufour-Carpeaux avait photographié celte longue
série de sculptures, dont le développement atteint environ 800 niètrCvS
ce sont ces photographies que la Commission vient d'éditer en un ma-
gnifique album de planches numérotées 1-1 35 poui" les gaieries inlc
rieures, 1-128 ponr les extérieures ^"^^ Les collections de la mission Du-
four étaient complètes quant aux galeries intérieui-es (sauf un numéro
inanquaul : i3i), mais elles présentaient quelques lacunes dans la série
extérieure, et il a fallu, par suite, laisser vacants un certain nombre de
''* Bulletin de la Coininùsinu archéologique de l'Indochine, Paris, Ini[t. nat. ,
in-8*. Année 1910 : ji. 19-69, G. Coedès, Catalogne den pièces orijrinale» de
sciilplnre lihmiTe conitervéox au muHee indachiiioin du Tmcadéri) et au musée
Cuiniel; p. G^-Gi , V. Cloknet, Les Chain de Tày-ninh; |i. Gâ-S^, II. Parhen-
TiKB, Relevé archéologique de la province de Tày-ninh; p. 88-93, Id. , Décou-
verte d'un twuveau dépôt dans h temple de Vo Nagar de Nhalrang;^- iao-ia8,
L. DK Lajdm^uikre, Une nouvelle carte archéologique du Caniliodge ;y. 1 /ly-i ,^)/i ,
L. FiNOT, Inscriptions du Siam et de la péninsule inuldisc (Mission L. de l.ajiin
qiiière); p. i55-lGi, Id., Les bas-reliefs de liapuon.
'-■' Le Hayon. d'AngLor Thoni. lias-reliefs publiés par les soins de la
Coiinnissimi iirchéologique <lc l'Indachine d'après les documents recueillis par la
Mission Henri Oujour avec la cullaboralion de Charles (larpeaux. - Paris,
E. Leroux, 1910, in-Zi".
••^7.
576 ■ MAI-JUIN 1911.
miméfos : 8, I9,i5, 18-91, 88-100, 108-107, 116-1-20. Les planches
niam{iiaiiLes seront publiées iilténeureraeut, dans un fascicule supplé-
mentaire qui comprendi-a en outre une introduction et un plan. Les ar-
chéologues auront ainsi sous les yeux l'œuvre entief" des imagiers du
Bayon et les moyens d'en tenter Tinterprélation. Jusqu'ici , le sens de
ces scènes n'a pu être exactement déterminé; l'ordre même dans lequel
elles se succèdent est incertain , on a pris le parti de commencer à la
porte principale, celle de l'Est, et do faire le tour du monument dans le
sens de la prndnksind.
Il reste deux autres séries de bas-reliefs qui ont été photographiées
par les soins du général de Beyiié : ceux d'Angkor Vat et de Banteai
Climar '*'. Il est à espérer que la Commission archéologique les prendra
en main après l'achèvement du Bayon : aucune œuvre ne serait plus utile
aux progrès de l'ai'chéologie indochinoise.
M. J. CoMiMAiLLE, conservateur des monuments d'Angkor, a donné à
la Revur iiidochiiioise une suite de notices sur cette perle de l'art cam-
bodgien qui, grâce à lui, sort peu à peu de sa gangue''-. Il a sous
presse un (riiidc à Anghor, qui mettra à la portée du gi^and public et des
touristes les notions indispensables à une juste appréciation de cet art
encore trop peu connu.
DivKRS. — Ou sait que l'histoire du droit annamite a été renouvelée
par la découveite de deux textes importants : la grande compilation juri-
de Phan-huy-Chii, intitulée Lkh tricn liié'ii citwo'iig loqi chl , et surtout
le Code des Le, retrouvé par M. Maifre en 1908. Le Bulletin publie,
depuis 1908, une traduction de ce Code (correspondant aux livres
XXXlIIà XXXVIII de Pban-huy-Gh.i) due à M. B. Delodstal (''.
L'astronomie cambodgienne était jusqu'ici fort mal connue : on sa-
vait seulement qu'elle reproduisait dans ses grandes lignes le système
hindou. M. F. -G. Faraut, pour l'étudier, s'est astreint, comme il nous
l'apprend, à rf suivre un véritable cours d'astronomie khmère 1 sous la
direction d'un liora renommé, spécialement attaché au service du roi.
('' Sur CCS derniers, voir H. Pahmentikr, Les bas-reliefs de Banteai Chmar,
li.E.F.E.O., X, 2o.5-a22.
'"^' J. CoMM.uiXK. I.i'n Moininicnts d'Aiigl.nr. li.I.C, XII-XIV.
'•'' Im .IiisIicc (laiiH Cancirii Annaiii. Tradiiclioii cl coiiiineiilairc du 0>de des
IjC, par Al. n. Deloustal. B.E.F.ILO. (eu cours depuis 1908).
COMPTES RENDUS. 577
C'est le résumé de ce cours qu'il vieut de publier*'' et son exposé, en-
core quil ne soit pas exempt de quelques obscurités, est extrêmement
intéressant et instructif.il eût été bon de donner en caractères cambod-
giens la liste des termes techniques, dont la forme originale est à ce
point déformée par la prononciation khmère qu'ils sont souvent mécon-
naissables. M. F. a cru pouvoir appliquer les formules des lioras mo-
dernes au calcul des dates fournies par les anciennes inscriptions du
Cambodge et du Champa et il en a tiré des conséqtiences chronologiques
assez inattendues. Quand il voudra bien tenir compte des données cer-
taines de l'histoire et de la paléographie, il sentira lui-même la nécessité
de modifier sa méthode et ses conclusions.
L. FiNOT.
'•' F.-G. Faract. Astronomie cambodgienne. — Sajfjon, F.-H. Schneider, 1910,
in-8°.
I
CHROAIOUE
ET NOTES BIBLIOGRVPHIOIES.
Le Catalogue des manuscrits sauskrits de la Bibliothèque de .Aladi-as
progresse régulièrement grâce à ractivité du curateur de ce riche dépôt,
M. Rangâcârya. Les trois volumes sui* le Dhanna, publiés en 1909, ont
•Hé promptement suivis de trois autres comprenant les divisions Avtha ,
Kâtna et Philoso[)hie. Les deux, premières ne sont représentées que par
un assez petit nombre de manuscrits. L'Arthaçâstra (où on lemarque un
commentaire partiel du KautUlijam Arthaçâstrain récemment publié par
R. Shama Sastri) comprend l^ numéi'os; le Kâmaçâstra, 7 ouvrages et
ùk manuscrits. Les systèmes philoso[)lu(|ues au contraire occupent une
place d'honneur dans la collr'clii)n ; si le Vaiçesika fait assez pauvre,
tîgnre avec un unique manuscrit, le Kaiiâdanaya-bhûmuam , par conti'e
le Nyâya en compte iai, le Yoga 60, la Mlmâmsâ 110, el le Vedânta
609. Le Gouvernement de Madras mérite la gratitude des indianistes
pour la publication de cet utile inventaire.
— M. Pelliol a ("ait à l'Académie <h's Inscriptions, dans sa séance du
5 mai, une conununication sur les apocryphes chinois en Asie centrale.
Depuis le premier calfdogue dos éciilures bou(hllii(|ues chinoises qui
nous soit |)arvenu, au moins par fragments importants, et qui date de
874 A. D. , jusqu'au catalogue de l'an 800, tons les grands calalop;ues
du Canon consacrent une rubri(|ue spéciale aux œuvres douleuses ou
apocryphes. Jusqu'à présent cette littérature est fl'autant moins connue
(jue les condaianatious mêmes [)orlées contre elle l'avaient fait presque
complèlemeut disparaître. Toutefois MM. Chavaones et PeUiol s'étaient
occupés de (quelques passages du plus fameux de ces textes, le ffSûlra de
la conversion des lloui qui narrait le voyage fabuleux de Lao-tseu en
Asie centrale et dans l'Inde, où il devint le Bou<ldlia. Cesiiti-a apocryphe,
rédigé au iv' siècle par un taoïste, avait ét<'' condannu' par l'empereur au
xui" siècle et avait complètement disparu. M. Pelliol a relrouvi' à 'l'ouen-
houang deux chapitres dt! ce texte, et d'autres fragments dans les manu-
scrits acquis en cette même localité par le D' Slein. En outre il a dejA
reconnu, tan! dans les manuscrits Slein cpie ibins les siens, une ijemi-
580 MAI-JUIN l'.)l 1.
douzaine de textes dénoncés comme apocryphes par les catalogues du
vni° siècle.
Dans l'ensemble, il s'agit d'œuvres de religion populaire composées
en Chine même. Mais pour certains textes, il semlde bien qu'ils dérivent
de ia littérature bouddhicpxe qui, du f au x' siècle de notre èi-e, se dé-
veloppe de façon autonome au Turkestan chinois et indépendamment
parfois du bouddhisme hindou.
Parmi les langues disparues que les missions d'Asie centrale ont fait
revivre, le sogdien occupe une place importante. Mais faute de bilingues
étendus, le déchiffrement de cette langue iranienne restait héi-issé
d'obstacles pratiquement insurmontables.
M. Pelliot a rapporté de Touen-houang, entre autre textes sogdiens,
un manuscrit dont il a retrouvé depuis lors les versions chinoise et tibé-
taine. C'est le rrSûtra des causes et des effets du bien et du mal". Or
c'est là un apocryphe dénoncé dans les catalogues du vm" siècle. 11
semble que ce soit le sogdien qui soit la langue de la rédaction originale
de ce texte. M. Pelliot a montré, par quelques passages des manuscrits de
Touen-houang, le grand rôle liistoriquc et économique que les Sogdiens
ont joué au Turkestan chinois. Les textes sogdiens sont en général des
livres de dévotion populaire, des recettes de longévité, des charmes pour
écarter les dangers , etc.
En somme, bien plus que par les œuvres canoniques, c'est par ces
apocryplies très populaires que le bouddhisme a gardé une certaine in-
lluence sur la niasse chinoise. Il a duré en se déformant. A ce titre, cette
l'ésurrection de toute une section inconnue de la littérature bouddhique
de la Chine méritait d'être signalée.
— Dans la séance du 3o juin, M. Clément Huart, professeur à
l'Ecole des langues orientales, a analysé le déchiffrement commencé ])ar
lui de l'un des manuscrits rapport(*s par la mission Pelliot. C'est un
cahier, comprenant /io feuillets de pajiier, de o m. 09 sur cm. 18.
portant 7 ou 8 lignes à la page. 11 contient un texte tui'c oriental,
transcrit en cai'actères ouïgours, dérivés de l'écriture sogdienne. Le
vocabulaire en est des j)lus curieux : il est certainement antérieur au
xuf siècle et s'apparente avec celui des inscriptions de l'Oikhon. du
vui" siècle et des textes manichéens et chrétiens étudiés et publiés par
Radloiï, F. \V. K. Millier et von Le Coq. M. Huart pense que ce texte et
sa transcription elle-même doivent remonter au x' siècle. Au i)oint de
vue lilt(*raire. ce manuscrit renferme un récit édifiant, écrit à l'usage
des bouddhistes, ou se trouve racontée l'une des aventures du Bouddha
CHRONIOLE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 581
dans ses existences anlt^rieures : il vivait dans le royaume de Bénarès et
on raconte son expédition chez le roi des Dragons, Naanta, au delà des
mers, |)Our conquérir la perle précieuse que celui-ci possédait.
— L'Académie française a décerné un prix de la valeur de 5oo Irancs
sur la fondation Monlyon à noire confrère iM. Cabaton pour ses Indes
néerlandaises.
— Notre confrère M. Paul Pelliot a été nommé professeur triiistoire
et langues de l'Asie centrale au Collège de France.
— Un Comité s'est constitué à Grenoble pour élever un monument
à la mémoire de notre regrelté confrère le général de Beylié. Les sous-
criptions sont reçues par M. Xavier Roux, trésorier, receveur municipal
à la Mairie de Grenoble, et à Paris, par M. Dupr»', directeur deflmpii-
merie Nationale, 87, rue Vieille-du-Temple.
PKRIOniOl ES.
Al-Machriq, année 191 1 :
Janvier. P. E. Doiimet. Le Sanctuaire de sain! Etienne à Jérusalem.
' — GiiEiKii J. Gemayel. La Culture des tabacs turcs dans le Liban.
Février. P. L. CiiErKiio. Une homélie sur la Purilicalion attribuée à
saint (jyrille de Jérusalem , éditée. — Oosta-ben-Luca. L'àme et l'esprit,
traité de philosophie platonicienne. — CiiEikii J. Gemavei.. La Culture
des tabacs turcs dans le Liban (suile). — P. Fr. Drankei,. L'Edhr'iniyeh
ou la grotte de Jérémie et le sépulcre de Gordon. — P. L. Chkimio.
(îhristianisme et lillératiu-e avant l'Islam (suite).
Mars P. L. CiiKiKiio. C()d(; du Grand \i/iial |)ar Lniitli Paclia , édité.
— P. F. Hakkoi ciiK. Excursion dans les dislricls libanais de kharroub
et de Clionf. — P. L. Ciieikiio. (îhristianisme et litteraliu'c avant l'Islam
[suite).
582 MAI-JUIN 1911.
Avril. Abbé Louis Malha. La première station des Hébreux après le
passage de la mer Rouge. — H. F. Bachxlam. Récit d'un émigrant au
Brésil. — Cheikh J. Gemayel. La Culture des tabacs turcs dans le Liban
(suite). — P. L. Cheikho. Les Sciences arabes et l'incendie de la biblio-
thèque d'Alexandrie. — P. Séb. Ronzevalle. La Statue de Jupiter Héiio-
politain à Sokhné.
Mai. Cheikh J. Gemayel. La Culture des tabacs turcs dans le Liban
(suite). — P. L. Cheikho. L'Enseignement des religieux en Orient; Les
Sciences arabes et l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie (fin).
Juin. P. L. Cheikho. Les récentes fouilles de Samarie. — A. M. Raad.
L'Armée éthiopienne. — Abbé J. Harfouche. Elégie populaire sur ja
prise de Tripoli en 1989, publiée. ~ P. Fr. Toirxebize. Une nouvelle
histoire de l'Église arménienne. — P. L. Cheikho. Christianisme et litté-
rature avant rislani (suite).
Al-Moktubas, vol. V, 11° 1 1 :
Les Biographies du ix' siècle de l'hégire (Etude sur un manuscrit (hi
célèbre historien arabe Al-Sakhawi). — Les poids, les boisseaux et les
espaces, au point de vue de l'Islam (Manuscrit du xi° siècle de l'hégire
publié par M. M. Cbukri Al-Aloussi), — Abddl-Kader Al-Moighrabi.
Comment nos ulémas forment leui's fds. — Zakhem. La Presse arabe et
la Presse de l'Amérique du Nord. — Le Kerak (étude historique, géo-
graphique, économique).
Vol. V, n' 1 2 :
Elude sur un manuscrit du x' siècle do l'hégire (Les Biographies mu-
sulmanes d"AI-Gliazi). — Les poids, les boisseaux et les espaces (^suitc).
— Zakhem. Les Syriens aux Etats-Unis. — Ahmed Bey Kamai,. Les
Tombeaux et les obsèques chez les anciens Egyptiens.
Vol. VI,n° 1 :
Le Livre du Puits d'ibn Al-Arabi (Traité de lexicologie commenté et
annoté par M. M. Clinkri Al-Aloussi). — Dans la Galilée. — Les Forêts
de la Syrie. — La Nation ai^abe se traîne ! — Al-Moughrabi. La Chasteté
chez les anciens Arabes.
VoLVI,n°2:
Cheikh Djemai. Al-Kassimi. La Fehva dans l'Islam. — Dans la Galilée
(suite et fin).
CHRONIQUE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUEvS. 583
Vol. VI, n" 3 :
Cheikh Djemal Al-Kassimi. La Fetwa dans l'Islam (mite). — Les
mots d'origine étrangère. — Etude sur le Kitab Al-Moudhich du célèbre
auteur arabe Ibn Al-Djauzi.
Vol. VI, n" U :
Satsana. Les Borgans ou Varègues. — Cheikh Djemal Al-Kassimi.
La Fetwa dans l'Islam {fin). — J. A. Al-Malouf. Les Métiers chez
les Arabes. — Cheikh Saïd Al-Khouri Al-Chartodm. Quelques termes
arabes.
Anthropos, vol. VI, fasc. 3-4 :
Prof. Sprater. Das Problem einer internatioualen Lautschrift. —
E. VAN Orrergex. Deux illustres pagodes impériales de Jehol { Mongolie
orientale). — M. Bittner. Die beiden heiligen Biicher der Jeziden im
Lichte der Textkritik.
Archiv fur Religionswissenschaft, vol. XIV, fasc. 1-2 :
1. Scheftelowitz. Das Fisch-Symbol im Judentum und Christenliim. —
H. Grimme. Das Alter des israelitischen Versohnungstages.
Bulletin de l'École françause d'Extrême-Orient, t. \, n" 3,
juillet-septembre 1910 :
R. Deloustal. La justice dans l'ancien Annam [suilc). — Kkmlin.
Les songes et leur interprétation chez les Reungao. — H. Maspero. Le
protectorat d'Annam sous les T'ang, essai de géographie hisloriqne. —
î^oles et mélanges. J. Pouchat. - Superstitions annamites relatives aux
plantes et aux animaux, n.
Epigraphia indica , vol. X , pari v :
21. HiRANANUA. Machhlishahr j)late of Harischandradeva. — 22. E.
Hi LTzscH. Gadval plates of Vikramadilya I; a. d. 676. — 23. R. D.
Baxerji. New Brahmi inscriptions of the Scylhian Period. — 24. R.
Skwem,. Dates of Cliola kiiigs. — 2."). R. Sewei.i.. Dates of Pandya
kings.
Part
VI
H. LiiDERs. A List of Braliini inscriptions froin ihe earliesl limes lu
aboul A. i>. 4oo, with the exception of tliose of Asoka [suite).
58/i MAI-JUIN 19 11.
Indian Antiquary, Aprii 1911 :
E. HiLTzscH. Gritical notes ou Kalhatia's seventh Taranga. — A. M.
Fergisox. Donald William Ferguson. — R. A. Tiopinatha Rao. Five Rana
inscriptions at Gudiniallam. — W. Grooke. Songs from Nnrllioi-ii
Inflia. - Songs of the Mulny.
Keleti Szemle , tome XI , 1910:
J. Marolardt. KapfXTraAoOx, (1er frskylisclie'' Name der Maiotis. —
Bâmnt Hôman. Zeitalter der orientalischen Quellen zur l rgeschichte der
Ungarn. — Julius Germanus. Osmanische Piiristen. — S. Patkaxov, D.
R, Flchs. Laiit- und Formenlehre der siid-ostjakischeu Dialekte (V).
Supplément :
H. Vâmbéry, Jusuf und Ahmed.
Revue africaine, 55' année, n° 980, 1" trimestre 1911 :
Paysant. Un Pre'sident de la Société historique algérienne. - Lau-
rent-Charles Féraud. — Saïd Roilifa. Nouveaux documents archéolo-
giques découverts dans le Haut-Sébaou (Kahylie). — A. Sicard. Pra-
tiques médicales, superstitions et légendes delà commune de Takitounl.
— Ed. Destaing. Notice sur les manuscrits arabes de TAfrique occideu-
tale. — Riarxay. Etude sur les Ret't'ioua du Vieil-Arzeu (suite).
Revue du Monde musulman, XIII, 1, janvier 1911.
Germain Martin. L'Université égyptienne. — A. Vissière. Etudes
sino-mahométanes. — A. Cabaton. Pays Malais : Une Histoire critique
du Sultanat d'Acheh écrite par un Javanais. - A travers les Indes Néer-
landaises, — Fraxchet d'Espérev, Jllien Vinso.n, N. s. Notes et Do-
cuments : Les Musulmans en Thessalie. - Les Musulmans du Sud de
l'Inde. — Les Traditions littéraires de Taucienne Perse dans le monde
musulman. — S. R. Section Russe : Les Ichàns de Tachkent.
XllI, 9. février 191 1 :
Michaux-Bellaire. La Guelsa et le Gza. — A. Cabaton. Pays Malais :
La Société des Arts et des Sciences de Ratavia. - L'épitaphe de Malik
Ibrahim à Gresik. — Le catalogue des manuscrits malais de la Société
des Sciences et des Arts de Ratavia. - Une conférence du docteur Kern. -
Arabe et Malais. - A travers les Indes Néerlandaises. — ■ Section Rtsse :
CHRONIQUE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 585
EiKjuêle sur les Vakoufs dn Turkestan. — M. Pavlovitch. Affaires per-
sanes : La Révolution persane. - Le Caucase et la Révolution persane.
— Su;\RD. Au Maroc : Situation religieuse des tribus traversées parla
nielialla.
XIII , 3 , mars 1911:
A. Cabato.v. Abdullali Wm Abdul Kadir, Munshi. -Notes et Documents.
— Ed. Miciialx-Bkllaire. Lo droit d'intervention du nadir des liabous,
de l'amin el moustafad et du pacba, dans les transmissions d'immeubles.
— P. Paqiigno.n. Le monopole du tabac au Maroc. — A. Pkretié. L'or-
ganisation judiciaire au Maroc. — Le môle de Tanger sous l'occupation
anglaise (1661-1686).
XIII, Il , avril 1 9 1 1 :
Ismaiîl Hamet. La Civilisation arabe en Afrique centrale. — Notes et
Documents : R. Vadala. L'émigration maltaise en pays musulmans. —
E. Blochet. A propos du hizb.
T'oung Pao, vol. XII, n" 1, mars 191 1 :
Alfred Liétard. Essai de dictionnaire lolo-français, dialecte A-bi. —
Henri Cobdiep.. La politique coloniale de la France au début du Second
Empire (Indocliine , 1 802-1 858 )\ suite]. — Georges M vspeuo. Le royaume
de Cbampa [suite).
N" a , mai 1 9 1 1 :
Continuation des articles de MM. Liétard, Cordikr. Masi'ero. —
Pierre Lekèvre-Pontalis. Les Vouues du loyaimic de Lan Na ou de Pape
(Jln). — E. Hemscii. Brucbsliickc aus der Gesclucbtc Chinas unicr dcr
gegenw l'irligen Dynastie.
"Wiener Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes , vol. \\\ ,
lasc. 1 :
J. Hertei,. Einzclbcmerkuiigen zu den Texlen des Pancatanira. —
M. Wintehnitz. BoMicrkun{|('n zimi Tanlrâkbyâyika. — X. RiionokA-
NAkis. Zur seniiliscben S[)ra('b\vissenschaft. — K. Inostrwc.ev. Arabiscb-
persiscbi' Miszellen zur Bedeutung dcr Iliunneisgegondcn. — J. IIektei..
Tanlra crklnglieilslalN.
586 MAI-JUIN 1911.
Zeitschrift der Deutschen Morgenlàndischen Gesellschaft,
vol. LXV , fasc. 1 :
J. Hertel. The Story of Merchant Gampaka , critically edited. —
A. Fischer. Das Omen des Namens bei deu Arabeni. — A Winsche.
Die Zahienspmche m Talmud und Midrasch. — J. H. Mordtjiaivn.
Beilnige zur osmanischëu Epigraphik. — Paul Haupt. /mmerMfrSchafn,
und ûrv. (tPfeixln. — G. Roeder. .lahrcsbericht : Aegyptologie.
NÉCliOLOGlE.
BIBLIOGRAPHIE
DES PUBLICATIONS DE M. RUBEAS DU VAL,
PAR
M. J.-B. CHABOT.
Les éludes orientales viennent de perdre en France un de leurs repré-
sentants les plus éminents en la personne de M. Rubens Duval, pro-
fesseur honoraire du Collège de France, décède' k Morsang-sur-Seine
le lo mai dernier. Nous nous proposons de consacrer à la vie et aux
travaux de cet érudit une notice plus développée que ne le comportent
les limites du Jounud asiatique. Nous nous bornerons donc à donner ici
provisoii-ement (juelques indications biographiques et la liste complète
de ses travaux.
Paul-Uuhens Duval naquit à Morsang le aB octobre 1889. Au retour
d'un voyage en Allemagne, où il avait suivi pondant deux ans hs cours
d'Ewald (iHGy-iSOy), il se consacra entièrement à l'étude des langues
sémitiques, et pai-ticulièremerit de l'araméen. De 1886 à 1893, il fut
attaché, en qualité d'Auxiliaire de l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres, à la préparation de la partie araniécune du (lorpus iiiscriptionxm
scmiticarum. Nommé professeur de langues et littératures ai'améennos au
Collège de France en 189!), il occupa cette chaire jusqu'au moment où
la maladie l'obligea à démissionner (1907). Il appartenait à la Société
asiati(pie depuis 1879, et faisait paitie du Conseil depuis i88'i. Il oc-
cupa les fonctions de bibliothécaire et de secrétaire adjoint de 1889 à
189*1, époque à lacpielle il devint gérant du Journal asiahqm'. Elu vice-
président en 1908, il n'accepta qu'à regret cette charge dont sa santé
ne lui pciincttait pas de remplir toutes les (ddigalious. Il donna bientôt
sa (lé;iiission, et la Société, eu reconnaiss;tnce îles nombreux services
(piil avait rendus, lui décerna le litre de pré^iditul honoraire dans la
séance du 1 1 novembre 1 1| t o.
588 MAI-JUIN 191 1.
li élail aussi membre du (lonseil de la Société' dos Eludes juives ,
membre du (lomilé des publications de la Société de Linguistique de
Paris et membre ordinaire de la Société orientale allemande.
Rubens Duval emporte lès regrets unanimes de ses disciples, de ses
collègues, de tous ceux qui l'ont connu; il laisse le souvenir d'un liomme
de bien dont toute la \ie fut un admirable exemple de labeur assidu, de
probité scientifique et de désintéressement personnel.
I
Traité de Grammaire syriaque. Paris, Vieweg, i88i: in-8", \l-
/i/t7 pages. [1]
Recensions : Revue critique, i88i, II, p. 433-443 (H. Derenbourg); —
Gmiplex rendus de l'Acad. des Iiiscript., i88i, p. io8 (J. I).); — Revue de
Liniruistiquc , iSjanv. 1882 (E. Dr.otiNj.
Les dialectes nco-araméens de Salamaa : Textes sur l'étal actuel de la
Perse, et contes populaires; pu])liés avec une traduction française. Paris,
Yieweg, i883; in-8°, ix-i/16-89 pages. [2]
Recensions : Zeitschr. der Dcutsch. Morgeiil. Ges., t. XXXVII [1 883],
p. 598-609 (Th. jNoldekk); — Uev. des Etudes juives, t. VII [i883],
p. 295 (I. Loeb); — Revue crit., i884, I, p. i8i-i83 (J. Halévï);
— Deutsche Literaturzeituiig, 188^1, col. 388-890 (E. Phym); —
Comptes vendus de l'Acad. des însrr., i883. p. 6o'i (.1. Deresboij-rg):
— Athenaeum, i884, p. 396 et suiv. ; — Osterreicliische Monatsschrift
fur dcn Orient, i885, p. 261 et suiv. (Imm. Lôw); — Cf. Mnnats^cl r.
fiir Gesch. nnd Wiss., i884, l. XXXIII, p. 466-468 (J. L.).
Le.ricoii sijriacum auctore Hassaxo Bar Bahlvlk, roces mjriacas fjrac-
casquc aim fflossis sijriacis et arabicis complectens , c pluribus codicihus
edidil ri iiotulis imlruxit R. D. Parisiis. e Reipublicae typograpbeo,
iiDcccLxwvm-MDcccc; in-i", xxxix-266 pages et 3098 coll. [3]
L'ouvrage a paru en 6 fascicules, respect, en 1888, 1890, 1892, 1894,
1897, »9"0-
Recensions : Journ. asiat. , VHP sér., t. XIII [1889I]. p. 28'i-29^i
(P. Martin); — Alhenneutn, 3i août 1889; — Giornale delta Socielà
asial. Ital, t. III [1889]. !'• J^^' ''l '• ^' [1892], p. 220 (I. Guini);
l. Mil [1894], p. 189 [F. Lasi.mo]; — Journal des Savants, 1891,
NECROLOGIE. 58U
p. igà-igô; — Gottinfpsche Gelehrle Anzeigen , 1898, p. 969-1010
(A. Rahi,ks). Cf. la réponse de Duval , /'(«»;*. as., IX' sér. , t. III [189 4-],
p. i/i2-i56; — Revue Critique, iHgô, I, p. 4i; 1909, 1, p. '.ili-2
(J.-B. Chabot); — Catholic University (Washinjjton) Bulletin , t. VIII
[1909], p. /(SS-^gS (H. HYVEnNAT). — Conip. S. Fraenkel, Beitrage
zur Krklaniiij; (1er Glossen des Bar Baliiul ( Wiener Zeitsch. fiir (He
Kitiule des Morgcnl. , t. 111, p. 172-187, aii-aôS).
r
Histoire politique, religieuse et litléraire d'Edesse jusqu'à la première
croisade. Paris, E. Leroux, 1899; 3o2 pages. [4]
Mémoire couronné par l'Acad. des Inscript, et Belles Lettres. Extrait du
Journal asiatique, VIII' sér., t. XVIII, p. 87-188, 201-978, SSi-'iSg,
et t. XIX, p. 5-102. — Recensions : L'Université catholique , mai 1892
(J. Tixeront). — Rev. de l'Hisl. des Religions, t. XXIV, p. 385 et suiv.
L'alchimie syriaque, comprenant une introduction et plusieurs traités
d'alcliiviie syriaques et arabes d'après les mss. du Britisti Muséum et de
Cambridge. Texte et traduction. (Forme le tome II de La chimie au
moyen âge puliliée par M. Berthelot. ) Paris, Imprimerie nationale,
1893-, m-k", xLviii-/io8 pages. [5J
Les lillénitures araméennes. Leçon d'ouverture faite au Collège de
France ie 28 avril 1895. Paris, E. Leroux, 1895; in-8°, 3a pages. |6|
La littérature syriaque (Bibliollièquc de l'enseignement de riiistoire
ecclésiastique. Anciennes littératures chrétiennes, II). Paris, LpcolTre,
1899; xv-/i9i pages, avec une carte. [7|
9' édition, 1900; wi-lihh pages.
3"^ édition, 1907; xviii-A3o pages.
Recensions : Rev. de l'Orient chrétien , I. I\, p. :>.i)i-.293 (J. Parisot); el
t. XII, 882 (F. Nau); — Rev. intern. de Théologie, VII, p. 6o8-()io
(E. Miciiaud); — Journ. asitit., t. Xlll [1899], p. 5'i'i (E. Droiin);
Rerliner philolog. Wuvhcnschrip . 1899, p. i()i9-i()i6; eligoo,
p. 88() (Eb. Nestlé); Rullclin critique, 1899, p. 366-373
(F. Nau); — Université catholique, noiiv. sé-r. , t. XXXl. p. 63a-63'i
(.1. Tixeront); Revue critique, i S99 , 11, •(97 (J.-B. Chabot); —
Alhvnaeuni , n sept. 1899; - Rev. de l'inxlruction publique en licl-
gique , t. XLIII, p. 826-898 (A, Kugeneh); — Rev. d'HixIoire erclés.,
1, [). 99-101 (P. Peeters); — American Journ, of Setnif. long, and lit.,
l. XVill, p. 58-6o(B. (Jottiieii,); Thcol. Quarlahchrift, t. LXXXIV,
p. 287 cl suiv. (F. X. Fink): Duhlin licrieu', n" 126, y. 179 et
xvu. 38
590 MAI-JUIN 191 1.
suiv. (E. (J. R.): — Zeilsclir. fiir Latbolische TIteol., t. XXIV, j). 72/1-
737 (G. Hf.ller); — Ret\ de l'Hist. des Religions, i. XLI , [>. •j.'j'i
(F. Macler); — Deutsche Literaturzeitung , 1908, p. 987 (G. F. Skï-
bold); — Analecta Bollandiana , J. XXVI, p. /i6i^4(i3 (P. Peeters).
IsoYAiiii III Patriarcha. Uhcv Epistularum. — Textus. Paris, iQo'i:
ia-8", '^9^ pages. [8]
Versio. Paris, 1906; ln-8°, 226 pages. [9]
(Corpus Script. Christ. Orient., Scriptores Syri, Ser. II, t. LXIV.)
Recensions : Jonrn. asiat., X" sér., l. IV [190^^], p. 5^5-55o (J.-R.
Chabot); — Zeitsch. der D. Morg. Ges., t. LX [1906], p. 383 et suiv.
(G. Rrockelmann); — Allgenieines Literatnrblatt , t. XVll, p. 102 et
suiv. (G. Gkaf); — Literaturzeitung, 1907, p. 768 et suiv. (Schwallv);
— Polyhibliim, t. CVII, p. 898 (J. Labourt).
Les HoMiLiAE CATHEDRALES de Sévère d'Antioche. Traduction syria([iie
inédite de Jacques d'Edesse : Homélies LU à \N\l. (Patrologia (3rien-
lalis, t. IV, fasc. 1.) Paris, Didot, 1907; gk pages. [10 1
Recensions : Journ. of tlieolog. Sliidins, t. VllI, p. Ii65-I\6'] (R. H. Con-
nolly); — Bijtantinischc Zeitschr., t. XVII, p. 53G (G. KRiJGEu); —
Besmrione , l. XI, p. 3 08.
II
TRAVAUX DIVKRS.
[Nota. — La plupart ilrs ai'ticlos puhlips ilaiis Irs pi'iioiliijm's , on parlù-iilicr coiix qui ont
paru dans le Journal asiatique, ont aussi été lires à pari ii 5o excraplairfs , gcuéialcmi'nl sans
modiCcalion.]
Journal asiatique (Paris, Impr. nationale) :
Notice SU)' le dialecte de Maloula. — VIP série, t. XIII [1871)'],
p. /156-/175. [111
Communication sur la loi fiscale de Pahmjrc. — VI IP série, t. Il
[188?.;], p. ï^'^r^-h^. ' [12]
Lettre à M. Barbier de Meyiiard (au sujet delà publication du lîi'é-
viaire neslorien, parle Père Bedjan). — T. 111 [188/1'], p. 106-108. [13 1
Notice sur la contrée aiqielée pays siipéiieur par les Ic-ricographcs
sijriaijues. — Ibid., p. 277-^79. [14]
NECROLOGIE. 591
Notice sur deux docteurs de la tradition monophysite syriaque. — Ibid. ,
p. 560-562. ' [15]
Inscriptions syriaques de Salamas en Perse; reproduction d'estampages,
texte, traduction et notes. — T. V [i885\], p. 89-62; 3 pi. [16]
Recension : Osterreichische Mnnatsschrift fur den (hient, 1 .t avril i885,
p. 9^-95 (Th. Noi-dekk).
Ètymohgie des vioUs araméens ithz^-nn. et N^rU^N'. — T. Vif [1 886' ] ,
p. 559-560. [17]
Le patriarche Mar Jabalalia II (lisez : III) et les princes mougols de
FAdhnrhaldjan. — T. XÏÏI f 1 889 ' ] . p. 3 1 3-3 5 4 . [18]
Les Actes de Scharbil et les actes de Barsamya; légende sur les origines
de rÉgUse d'Édesse. — T. XIV [1889'], p. 4o-58. [19]
Notice sur l'article déterminatif dans les inscriptions arabes d'cl-OEla.
— Ibid., p. 596-533. [20]
Observations sur dewr mois nabatéens (n'?^ ou "•'73 et N~3CtDV —
T. XV[i89o'], p. /I80-/.82. [21]
Note sur l'origine grecque du mut arabe vj^ t lutin, farfadet". —
T. XIX [1892'], p. 1 56-1 59. [22]
Noies de lexicographie syriaque rf arnhc. — IX° sër. . I. il |i893'].
p. 2yo-3()i. [23 1
Remarques sur l'édition du lexique de Bar Bahloul. — T. 111 [189'»'],
p. i/i9-i56. "[24]
Note sur la métrique syriaque. — T. VII [1896'j, p. 162. [25]
Notes sur la poésie syriaque. — T. X [1897' |, p. 57-78. [26]
Le Testament de saint l'jphrem. Introduction, lexlo et Iradnclion. —
T. XVIII [1901^], p. 23/1-819. [271
Cf. Rev. sémit., {. Xl\, p. i^i4-i/i(i (J. Halbvy).
Le double point syro-palestinien. — X" si'ric. I. I | 1 9t>o ' |, p. 8S2-
38/i. ' |28|
38.
592 MAI-JUIN. 191 1.
Journal des Savants (Paris, Hachette) :
r
Hisloire de V Eglkv nestorteuiie (d'après le Si/nodicon orientale, édité
par J.-B. Chabot). — Nouv. série, t- II [igoAJ, p. 109-118, iSi-iqo.
[29]
Mémoires de la Société de Linguistique de Paris [E. Bouillon,
éditeur) :
EUjimlogie (lu mot araméeii Nriîî^l2")D ou NriU^IDD. — Tome VI
[1889], p. 58-6i. ' ' ' ' ' ' [30]
Notice sur les dialectes néo-oraméeiis. — T. IX [1898 |, p. iâ5-io5.
[31]
Orientalische Studien Theodor Ndldeke . . . ge widmet ( Gieszen ,
1906) :
Notice sur la Rhétorique d'Antoine de Tagrit. — P. 679-/186. [32 1
Revue d'Assyriologie et d'Archéologie orientale (Paris, E. Le-
roux, éditeur) :
La dhne à Teinta. — T. II | 1888], p. 1-3. [33]
Revue des Études juives (Paris, A. Durlacher, éditeur) :
Origine et formation de la conjonction talniudicjue trilinalê-n. — T. IV
[1882], p. 268-273. [34]
Etymologies araméennes : les particules ni?' DID' nDD et DDKD. —
T. V [1882], p. 106-108. [35]
Le passif dans l'araniéen biblique et le pahnyrénien. — T. VIII [188Û],
p. 57-63.' [36]
Notes sur la Pesckillo : I. Edom et Rom: 11. Le fils du loît; 111. Le
Semadar [Cant., u, i3, i5; viii, i3; Is., xvii, 11). — T. XIV,
[1887], p. /.y-5A; 277-281. [37]
Le mot aruméen "inî^D. — T. XXIX [189'! j, p. 290-292. 138]
NKCPiOLOGIE. 593
Revue sémitique d'épigraphie et d'histoire ancienne (Paris,
E. Leroux, éditeur) :
Noie sur le monument funéraire appelé Z'Zj. — T. H [iSgi], p. 269-
963. [39]
Une découverte de livres hébreux à Jéricho (d'après le pali'iarche ueslo-
rien Timothée I"). — T. X [1902], p. 17/1-179. [40]
III
RECENSIONS D'OUVR\GES.
Dans le Journal asiatique ;
J. Deresboirg, Deux corsions hébraïques du livre do knVildh et Dlm-
ndh. — VIP Série, t. XIX [1882'], p. 547-556.
D. H. Miller, Zur vorgleichonden Semitischen SprachJorsihun<>- ; et:
Ztvei Vortràgc gehalien auf das VI. intern. orient. Congress in Loidcii. —
VIII" Série, T. V [i885'], p. 332-33/..
Liiitfitio Christi , nuiic primum ex latino in chnldaicum idioma Urmiae
Porsidis translata; el : Manuel de piété en lanj^ue clialdéeiine (|)ar P.
Bedjan). — T. VII [1886'], p. 371-373.
Ghwolson .Syrischo Grabinschrijion aus Semirjotsckie. — T. V III [1 880") ,
p. 551-558.
Payne-Smith , Thésaurus sijriacus (fasc. 7). — T. IX [1887'], p. 011-
5i8.
S. Fraenkel, Die aramàischen Fremdwortor im Arabisrhon. — T. X
[1887'], p. i5i-i6o.
J. Wellhvisen, Reste nrabischen Heidenthumos. — T. \I [1888'],
1). 106-1 11.
J. 'Fixeront, Les origines de l'Eglise d'iùlesse et de la légende dWhgar.
— T. XII [1888'], p. 5 18-52/1.
E. KvuTZSCH und A. Socin, Dio Gonosis mil aussoror Untorschoidung dei-
Qurllonschrijton iihorsotzt. — T. XIII [1889'], 118-120.
Alpli. Chabot, Grammaire hébraïque élémrntairo , 3' éd. — T. \I\
[1889-^], p. 193.
M. LoEHR, Grogorii liar Ebraipi in Epistulas Paulinas adnotationes ,
sijriace. — Ibid., p. 373-377.
Ad. Nelbaier, Potito granimairo héhraï((uo provenant du Yémon. —
T. XIX [1891'], p. 1O9-172.
Ph. Berger, Histoire de l'écriture dans l'antiquité. — Ibid., p. 36 1-366.
5y/( . MAI-JUIN 1911.
P. MuLLER-SiMOiVis et H. Hyvernat, Du Caucase au Golfe persiquc. —
T. X\ [1899'], p. 181-18/j.
R. GoTTHEiL, Apollonius de Tyane. — IX' Série, t. I [1898'], p. 178.
J.-B. Chabot, La légende de Mar Bassus. — T. II [1898^], p. BSy-
542.
The Book of Governors : The Histoiia monastica of Thomas, Bishop nj
Mai'ffu, éd. by E. A. W. Budge. — T. III [1894']," p. 373-877.
C. Ijp.ockelmann , Lexicon syriacum. — Ibid. , p. 563-578, et l. VI,
p. 567-570.
The life of Babban Môrmizd. . . , éd. by E. A. W. Budge. — T. V
[1895'],' p. '182-188.
J.-B. Chabot, Hist. de Mar Jabalaha III, etc. — Ibid., p. 871-874.
H, HiLGENFELD, Texlkritische Beinerhungen zur Tasîta dMar Jab-
alaha. . . — Ibid., p. 878 et suiv.
R. Raabe, Pelrus dev Iberer. — T. VI [1895^], p. 218-220.
Alpb. Chabot, Giaimnuire hébraïque élémentaire, h" éd. — Ibid.,
p. 567.
P. Brun, Diclionarium syriaco-latimim. — Ibid., p. 567-670.
A. Loisv, Histoire critique du texte et des versions de la Bible. — T. VII
[189G'], p. 165-167.
J.-B. Chabot, Chronique de Deuys de Tell-Mahré. - — Ibid., p. 359-
354.
S. MiNoccHi, / Salmi tradolti dul testo ehraico. — Ibid., \^. 355.
R. HiLGENFELD, Jahabalahae III calholici nestoriani vita. — T. VIII
I189G'], p. 528.
Histoire de la conquête de l'Abyssinie, tiaduclion française et notes,
par R. Basset. — T. XI [1898'], p. 353 et suiv.
F. E. KoNiG, Historische-comparative Syntax der hebràischen Sprache.
— Ibid., p. 554-556.
The ecclesiastical Historyof Eusebius inSyriac, éd. by W.Wright and
N. Me Lean. — Ibid., p.'556-558.
F. F. Irving, i£*;lj y^; ys-y Oy^s ^IxSr^yxs-^ >j3.>J^_ro_roÀ_^v^
r^vjQûÀ^. (grammaire persane, rédigée dans le dialecte néo-syriaqne
parié à Ourmiah). — T. XIII [1899'], p. 878 et suiv.
Ed. Sachau, Vevzeichniss der syrischen Hniidschri/ien der Kônigl.
Bibliothek zu Berlin. — T. XIV [1899'], p. 56o-568.'
Die sogenannie Kirchengeschichle des Zacharias Bhelor, trad. par
K. AiiRENs el G. Krlger; et:
The Syridc Chronicle known as ihat 0/ Zachariah of Mitylene , trad. par
F. J. ilvMiLTON et E. W\ Brooks. — T. XV [1900'], p. 384-388.
NECROLOGIE. 595
F. C. BiiKMTT, Ephiaiin (luolations Jrom the Gospels. — T. XVIH
[1901^], p. 569-563.
Tetraevangelmm sanctum, éd. Plskv et Gvvilliam. — Ibid., p. 563-
564.
A catalogue of the Sijriac maiiuscripts «/' the Unicersitij of Cam-
hiidgc , by \\ . Wright and St. Arth. Gook. — Ihid., p. 56^1-566.
Liber superioriim seii Historia monnstica, auctore Thoina ep. Mar-
gensi. . ., éd. P. Bedjan. — Jb'uL, p. 566-568.
Ant. Badmstark, DiePetriis- toid Paulusacten m der litterarischenUeber-
lieferung der syrischen Kirche. — T. XIX [1909'], p. 38 1-383.
J.-B. Ch\bot, Chronique de Michel le Syrien. — T. XX [1902"],
p. 396-33Zi (t. I et l. II, fasc. 1); — X" série, t. I [1903'], p. 076-
578 (t. II, fasc. .3) ; — t. IV [i9o4'-J, p. 177-184 (t. II, fasc. 3); —
t. V [1905^], p. 557-559 (t. III, fasc. 1); — t. IX [1907'], p. 35/1-
356 (t.'lll, fasc. 9).
S. Martyrii, qui et Sahdona , quœ supersunl omnia , éd. P. Bedjan ; et:
llomiliae S. haaci Syri Antiocheni, éd. P. Bkdjan. — X" Série, t. I
[1903'], p. 166 et suiv.
Three letters oj Phdoxenus . . . , éd. by A. Vaschalde. — Ibid., p. 168-
170.
The sixth book of the sélect letters of Severus . . ., éd. and transi,
by E. W. Brooks. — Ihid., p. 170-17?!.
J. B. Chabot, Sijuodicon orientale. — Ihid., p. 172-1 7/1.
The historiés of liabban Uôrndzd the Persian and fiabban lim-'fdlil . . . ,
éd. by E. A. w! Budgi;. — Ibid., p. 578-580.
. J. Labourt, Le christianisme dans l'empire perse sous la dijnasiie sas-
sanide. — T. V [1905'], p. 173-177.
J. Larourt, De Tiniolhco I Nestorinnormn patriarcha. — Ibid., p. 177-
179-
Krangclion da-Mepharresho , éd. by F. C. Birritt. — Ibid.. |». i83-
190.
The Peshiita Psalter according lo the West Syrian texte, éd. I»y W . I'].
Barnes. — Ibid., p. 190-191.
T. W. Davies, Ileinrich Kwald. — Ibid., p. 366-368.
M. BrrTNKR, Der von llinunel gefallenc lirief Christi. — T. Vil | 1906'].
p. i'i7-i5o.
Dainysius bar Sulibhi. The Ireatise against ihr Jeirs , cd. b) .). i>i':
ZwAAN.'— T. Vlll [1906'^], p. 378-380.
[jC lirre d'Ilénoch, tradnil sni' lo texte ('lliiopien par l'\ Mvirm. —
Ibid., 1». ;!89-38/i.
o
96 MAI-JUIN 1911,
Dans la Revue critique d'Histoire et de Littérature (Paris, E.
Leroux) :
Année 1878 :
H. ZoTENBERG, Calaloguc (los maiiHs'crits clhiopiens de la Bibliothèque
nationale. — T. II, p. 177.
Année 1881 :
E. Prym et a. Socin, Der JSen-aranidische Dialeld des Ttir 'Abdin. —
n, 195.
Année 1882 :
A. SociN, Die Neu-arainui.sclieii Dialehle con Urniia bis Mossal. —
II, l'ii.
W. WiUGHT, Tlie Ckronicle ofJoshua thr Sti/Iile. — II, /joi.
Année 188/4 :
H. ZoTENBERG, (Jlivonique de Jean, éoeque de Niliiou. — I, a.
S. Preiswerk, Grammaire hébraïque. — II, 117.
Fr. Baetugen. Vragmeiile sijrischer und arabischer Hisforiher. — II,
973.
Fr. ScERiu), (h-('sloma:ia cbraica e caldaica. — II, 385,
Année i885 :
W. Wright, The Bool; of halilah and Dimnah. — I, 91.
H. Deremsolrg et J. Simuo, CJnesloautlhie arabe. — II, 9/j5.
Année 1886 :
A. Soci\. Arabie Graiiniiar. — I, Ai.
J. koHLER, Moderne Bechtsjrai>en bei isbimilischen .luristeii. — l. 1)8 1.
C. y Oh\.r.RS , Penlaleiiehus Samarilaiius (fasc. iv : Nuineri). — H, Ai.
J. HoRST, Elias cou ISisibis. Huch rom Beiveis der Wahrheit des Glau-
bens. — UJiSi.
Année 1887 :
E. A. W. BoDGE, The liooL- oflhe Bee. — l, 387.
E. Ledrain, Diclioiniaire des noms propres palmijrêniens. — 11. () 1 .
A. L. Frotiiinghui , Stephen l>ar Sudaili. — II, 295.
Isr. Lévi, Le roman d'Alexandre. — 11, 377.
Année 1888 :
.1. Deremioi i\r. . .lohaiinis de Capua Direrloriam rilœ humanw (1). — I ,
101.
NKCnOLOGIE. 597
D. MvRGOMOiTii, iiKilovdi orioiildliii ad Poelicam AviHlotekaui. — I.
Ad. Nelbvier, Mediœi'ut Jeirish chronicles. — 1, kk^.
Ad. Mer\, Chreslomathia Targumica . — II, 3o5.
Eb. Nestlé, Sijrlsche GnimmalU,-, a' éd. — II, 807.
H. Strack, Abodn Zara. Der MIschnatvahiat « Golzendiomt -n , — U,
3o8.
G. Bezold, Die Schalzhiihh , nach dem syrischeti Texte. — II, 333.
Année 1889 :
H. Strack, Grammaire hébraïi/ue, trad. par Bauragartner. — I. 581.
Fi". Scerbo, Grammalica délia lingiia ehraica. — I, 281.
G. Jacob, Arahiache lUbel-CJireHlomalhle. — I, 281.
H. Strack, Die Sprikhe der Vàter, 9' éd. — I, 28^.
E. Lamdad, Die dem Raiime enUwminenen Synonyma Jlir Gotl. — I.
091.
G. Bert, Aphrahal's llomilirii, nus demSijrischem iiber.selil. — 1 , 3/i 1 .
Ad. Harnack./)(> i 1,1 en .des Karpus, des Papylus uitd der Agathouile.
— 1,349.
Notice nécrologique sur \V. Wright. — 1, ^79.
G. Snouck Hlrgronje, Mehka. — II, 916.
J. GoiiN, Das Biich lliob i'ibers. und erki. von Gaoïi Saadia. — H. '109.
B. DE Slane, Catahgue des mnnmcrih arabes de la liibliotlièt(iie nalio-
vale [fasc. 9). — II, h^"].
Année 1890 :
J. Dërenbourg, Joannls de Capua Direclorium (II). — I, 91.
Eb. Nestlé, De saiieta Grure. — 1, Gi.
II. W. Brandt, Die Maiidaisrhe lleliginn. — 1, 101. (Gf. |). '\?>-j l;i
lettre de W. Brandi sur cet article.)
Ad, Hoenk;, Die Opkiteti. — I, loi.
M. Metzger, Le livre des parterres fleuris d'Abou'l-Walid [ir^àneûon).
— I,38i.
D. S. Margolioi'TH, I Gomnienlari/ n/ llte hooh of Daniel lnj .Irpliet ibn
Ali. — I, /,/,!.
J. Edkin'S, The Erolulion uf ihe Hebreir langnage. — I, ôoi.
R. (). Bestiiorv, IbnZaiduni (vila et episl. ad Dschalivarum). — Il . 1 .
Année 1891 :
K. Albreciit, Die ini Tahhemoni vorhommenden Angaben itber llari:is
Leben. — 1 , 9 '^9,
59S MAI-JUIN lUll.
J. B. Akhiîloos, Acta Mai- Kardaghi ; et :
H. Feige, Die Geschichte der Mar Abdischo und. . . Mar Qardagli. —
l,36i.
A. Amuud, La légende syriaque de saint Alexis. — I. 363.
(P. Bedjax), Acta Martijnim et saucturuin (t. I). — I, 364.
H. L. Strack, Hebràische Grammalik, 3" éd. — II, 69.
A. LowENTHAL, Pseudô-Aristoleles iiber die Seele. — II, i5/i.
J. GuTTMANN, Verhàltniss des Thomas von Aquino zum Jadenthum. —
. Il, i56.
G. Hoffmann, lUob. ■ — II, 179.
S. Et RiiNGER, J)ie Masoratexl des Knheleth. — II, 180.
G. VoLLERS, Pentaleuchus samaritnnns (fafic. v : Deuteroit.). — II, -253.
Année 1892 :
Notice nécrologique sur Paul de Lagarde. — I, 99.
G. Jacob, Ein arabischer Berichteistatter . . . iiber deutsche Stiidte. —
1, 161,
E. MuNK, Des Samaritaners Marqah ErzàJilung iiber den Tod Moscs.
1 , 2-21.
M. LiJHR, KhgeUeder des Jeremias. — I, 281.
Ad. Bl CHLER , Untersuchungen zur Entstehung und Entwichelung der
hebràischen Âccente. — 1, 3 90.
K. Ahrenh, Das Ihich der Naturgegenslânde. — I, 443.
E, G. Browne, a IraveUer's narrative written la illiistrate tfie épisode uf
ihe Bdh. — II, 77.
J.-B. (jHAbot, De sancti Isaaci Ninivitae vita , scriptii et doctrina. —
11,367.
Année 1893 :
L. Hallier, Untersuchungen iiber die Edessenische Chronik. — 1. 4 80.
J. B. Harris, The Apology of Aristides; et :
Bich. Baabe, Die Apologie des Aristides. — I, 5o5.
J. Perruohon, Vie de Lalihaln ; et :
J. Perrdciion, Les chroniques de Zar' a Yaeqôb. — II, 101.
Année 1894 :
The Palestinian Version of ihe llohj Scriptures , éd. by G. H. Gwili.ivm.
I, 125.
B. Basset, Les Apocryphes éthiopiens (l-II). — I, 198.
M. LiDZBARSKi, De piophelicis, quae dlcinilur, legendis arabicis. — I.
292.
INKGROLOGIE. 599
R. RvABB, Die Gosciticlitc dos Dominas Mûri. — I, -ihi.
H. Grihmb , Def Stroplieiibau in den Gedichten Ephrànis des Syrers. —
1,277.
K. Kayseu, Das Buch von der Erkenntniss der Wahrheit ( traduction ).
— 1,421.
D. S. Margoliouth , Arabie papi/ri of tlie Hodlcian Librari/. — 11, 1.
E. A. W. BiDGE, Tlie Discourses oj Philoxcniis bislaq) oj Mabbôg
(vol. 1). — 11, 121.
R. Basset, Les Apocryphes éthiopiens (111-lV), — 11, 870.
Année iSgS :
A. Bahmstark, Lucubrntiones syro-graecae. — I. 62.
D. Herzog , Maimonides' Couimentar lum Tractât Penh. — 1 , 8 1 .
Patrohgia syriaca , accurante R. Graffin (t. 1). — l,i2i.
G. Dalman, Gratnmatik des jûdisch-paJàstinischen Aramdisch. — 1,
lia.
I. GuiDi, // Ubro dei verbi di. . . Ibn al Qûtiyya. — 11, 466.
R. Raare, Pelrus der Iherer. — 11, 668.
Année 1896 :
M. Saineaxu, Limbile seinilice. — I, ia5.
R. Basset, Les Apocryphes éthiopiens (V-VI). — I, r)6i.
A. Mever, Jesu Muttersprache. — I, 44 1.
G. H. GwiLMAM, F. G. BuRKiTT and J. F. Steivnipjg, Biblical and Pn-
tristic relies of thc Pnlestinian Syriac literature. — 1, 44a.
A. Nei bauer, Mediœval .lewish chronicles (II' série). — I, 48i.
H. Reckendorff, Die syntaklischen Verhàltnisse des Arabischen (fasc. i).
— II, 102.
E. A. W. Budge, The lifc and exploits of Alexander the Great. — il,
162.
D. II. Mi'i.r.KK. Die Propheten in ihrer itrspr. Farm. — II, 33o.
II. GisMONDi, Maris, Ainri etStitme,de Patriarchis nestorianornm rnui-
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G. Stedernagel, Uebràische Grammatik. — II, 221.
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Année igoA :
H. Pognon, Une rersion sip-iaifue des Apliorismes d'Uippocrate, 2' p. —
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M. A. Kicener, Vie de Sérère par Zacliarir le Scltolastiiinr. — I. ilKi.
\V. Engelkemper, Die Beligionspliilostipliisclir Lelire Saadia (inons. —
I, ahi.
H. Hii.GENKi:r,i). iusgerrdlilte (lesUnge des Gin'argis ron \rbvl. — 11,
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H. (ioLL.wcz, l'hr elliH-al treatises 11/ lieracliya. — 11. ili'i.
Th. Noi.DEKE, Beitn'ige zur semitisriien Spracliirisscn.schajl. — II,
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G02 MAI-JUIN 191,1.
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F. ScHULTHESS, ChriNlHcIt-palàstiimche FragniPiiU' dus ilei- Oinajjadcn-
Moschee zu Damaskus. — 1,9,
M. Lewin, Die Scholien des Tkeodor Bar Kôni :ur Patriarcheiiffesckichte
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G. Steuernagel, Hebràische Grammalik , 9° éd. — 11, 3iO.
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R. H. Gharles, Tlie Ethiopie eersion of tJie Book of Enoch. — 1, i-ji,
H. L. Strack, HebniiHche Grainmatih , 9" éd.; et :
— Hebràisches Vocabnlariiiin, 8" éd. — I, hoi.
P. ScHWEN, AJrahat. — II, /181.
R. DissAUD, Les Arabes en Syrie avant l'Islam. — 1. ^89.
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H. Ram, Qissat Mâr Elijd. — I, 801.
Ax. MoBERG. Biich der Strahleu des Barhebraeus. — I, 39 2.
H. L. Strack, Einleitung in den Tahiiud, /i' éd. — 11, ZiaS.
Année 1909 :
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NECROLOGIE. 603
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Histoiro de Joseph de S. hphrem, éd. par P. Bedjan. — T. WII
[1888], p. 81-87.
F. Mvci.ER, Histoire de S. AtataïJ. — XLVll [lyoS], hoo-koh.
SIR ALFRED LYALL.
La mort de Sir Alfred Lyall ne prive pas seulement l'Empire anglo-
indien d'un fonctionnaire éminent; elle frappe aussi les études orien-
tales. Né en i835, Alfred Lyall arriva dans l'Inde en janvier 1806. Un
an plus tard, la révolte des cipayes lui donna l'occasion de montrer son
courage et sa décision. Sa carrière fut dès lors rapide et Itrillante :
en 1878, il est secrétaire des affaires intérieures auprès du vice-roi;
en 1878, il csl secrétaire des a flaires étrangères: en 1 881, il est nonuué
lieutenant-gouverneur des !\orth-^^ estern Provinces. Il prit sa retraite
en 1887; rentré en Angleterre, il devint membre du Conseil de l'Inde,
et, par un lionneur exceptionnel, il fut mainteiui cpiinze ans dans cette
fonction. En i<)09. il enira au Conseil privé. Entre temps, il publiait
dans des revues une stû'ie d'articles (pi'il réunit plus tard en volume sous
le titre iXAsintic Studies. L'ouvrage a été traduit en franrais [par M. II.
deKerallain] : Eludes sur les mœurs religieuses , juridi/fues et sociales de
l'Extrême-Orient, en 3 volumes, 1885-1908. L'Inde n"a jamais trouvé
d'observateur plus sagace, plils pénétrant, plus équitable, ni mieux
informé. L'auteur a regardé sans prévention, noté avec synipalhie, et
réfléchi en pleine indépendance, lin sens aigu de la vie praticpie féconde
et anime la pens(''e. Le livre est un véritable bréviaire de l'Inde, utile
aux l'rndits autant (ju'aux fonctionnaires. La même puissance, la même
domination des fails s'allii-me dans Uise and E.rpnnsion 0/ fhe llritis/i
Dominiitii in liidia. V.w i8()i, l'Université de C;uiibridgi' lavait clioisi
pour donner des confértuices [lïede Lectures) sur l'Iiisloire des religions.
Cet lionuiie d'I'llal, ce philosophe, ctail aussi un poêle. Ses I erses'
nrillen in India, publiés en ii)oi, évocjuent dans leur variété pillorestpie
le ffl'ays des Uegrels-. Sir Alfred Lyall s'est éteint à l'âge de 70 ans,
le 1 () avril di inicr. il.uis la maison du fils de Teunysou.
Sylvain Liivi.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
SÉANCE DU 12 MAI 1911.
La séance est ouverte à k heures et demie sous la présidi'ucc dt
M. Senart.
Étaient présents :
MM. Chavannes, vice-président ; Allotte de la Fdïe, Amar, Barkigub
DE FoNTAINIEU, BaRTHKLEMV, BaSMADJIAN , BlANCHET, BlOCH , BoLLARD,
BOUBDAIS, BODVAT, A.-M. BoYER , P. BoYER , CaBATON, DE ChARE.\CKY,
CORDIEP. , DEl,APORTE,DEviiZE, DlSSALD , Fl.NOT, FOSSEV, FoUCHER, GaUTHIOT,
(iElTHNER, DE GoLOLBIEV, GuiMET, HaI.ÉVï, HlART, LvjiG, LeKEBVRE DES
NoËTTES, S. Lévi, I. Lévy, Liber , Macler, Massignon, Mazon, Meillet,
Nau, Paulhan, Reby, PiEviLLOUT, RoESKE , ScHWAB , ViNSON , membres;
Tiil:reai;-Da?(Gin, secrélaire.
Le procès-verbal de la séance du 1 2 avril est lu et adopté.
Le capitaine Rolx, présenté par MVL Vinson et Bevilloul, est reçu
membre de la Société.
M. Schwab présente au nom de M. Lafuma-Giraud I»; sixième et der-
iiifM' volume du Scpher ha-Zoliar traduit par Jean de Pauly.
M. F. Nau oITre un volume intitulé : Ncstorius (J'aitrrs les sources orien-
liiles. \ l'occasion de rédilion récente du Ktilihi cl Diiniifi syiia(pit'''\
i\L ^au présente à la Société un manuscrit dt- M-' Grallin ipii nés! auli'e
que le fameux manuscrit de Maidin déclaré inaccessible par M. Sclmlt-
hess. Il rappelle que M*' Grafïin a déjà communi(pié à la Société les
photographies de ce manuscrit'*'.
M. Pailuan traduit et commente (juchpies-tuis des hainlemj ou dia-
logues poétiques qu'il a recueillis en pays malgache.
'•' Cf. .vifp'w, janvior-févriiT, ii)it. p. ii(.'>.
(5) Cf. I\" sôrie, l. V, p. iUi.., i-t l. W, p. 6.')5.
XV 11. ;U)
littiiiHtRii: iiktiu>tLI:.
606 MAI-JUIN 191 1.
M. FoucHKR lit une noie de M. Cœclès sur les bas-reliefs d'Angkor-
Vat. M. Cœdès interprète, d'après des photographies rapportées par le
général de Beylié, des séries de bas-jeliel's jusqu'ici ipex])liqués : il y
reconnaît des scènes de la légende krshnaïte probablement inspirées du
llarivaniça, ce qui confirme le caractère vishuouite du monument.
M. FiNOT signale que les bas-reliefs de Bapuon (Angkor), comme
ceux d'Angkox-\'at, font une grande place à la légende de Krshna.
M. Halévv propose une nouvelle prononciation du mot Smner (Suwer) ,
iscute la question de l'ancienneté du cheval en Babjlonie et étudie la
formation du nom de ville Eazrak.
La séance est levée à 6 heures et demie.
NOUVELLES ACQUISITIONS DE LA BIBLIOTHEQUE^^'.
t
1. Li
VRES.
Aniiun^ Administration Report of the Forest Department of ihc Madras
Presidencjj, for the twelive inonths ending 3fl"' Jiine igio. ~ Madras,
Government Press, 1911, in-fol. [Gouvernement de l'Inde.]
Annual Report oj the ArchœoJogical Survexj, Eastern Circle, for igo(j-
igio. —Calcutta, Bengal Secrétariat Press, 1911, in-fol. [Gouverne-
ment de rinde.]
Archœohffical Survey of Ceylon. Epigrap/m Zeijlamm . . . edited and
translated by Don Martino de Zilva Wickremasinghe , 1, 5. — London.
Henry Frowde, 1911, in-4°. [Éd.]
Le Rayon d'Angkor-Thom. Bas-reliefs publiés par les soins de la Com-
mission archéologique de rindochine, d'a[)rès les documents recueillis
pai' la Mission IIenui Dufour, avec la collaboration de Charles Carpeaux.
— Paris, Ernest Leroux, 1910, in-fol. [M. I. P.]
'■> Les publications marquées d'un astérisque sont celies qui sont reçues jinr
voie d'échange. Los noms des donateurs sont indiques à la suite des titres :
A. = auteur; Ed. = éditeur; Dir. — Direction d'une Société savante, diiu
élablisseinent scicnliliquc ou d'une revue; M. I. P. = Ministère de l'Instruction
publi(|ue.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 607
Bibliotheca Buddhica. III. Amdânnçatakn, edited by Dr. J. S.
Spever. I. — IV. Mûhnnadhyamukaknrihâa (le Nâgârjuna, j)nbliés par
Louis DE LA Vallée Polssix, III. — Saint-Pétersbourg, 1902-1906,
in-S". [Académie de Saint-Pétersboui'g.]
Bibliothèque de l'Ecole des Hautes l'Audes , Sciences bistoriques et pbilo-
logiques. 190' fasc. : Mahmjàna-Sûtrôlamkâra , édité et traduit par
Sylvain Lévi , t. II. — Paris , Honoré Champion , 1911, in-8".
Charencey (Comte de). Histoire de l'abhaye de la Grande-Trappe , t. 1
et II, — Mortagne, V" L. Fournier, 1911,2 vol. iu-8'. [A.]
CoRDiER (Henri). Un interprèle du général Jirune et la fin de l'Ecole des
Jeunes de Langues (Extrait). — Paris, G. Klincksieck , 1911, in-6°. [Ed.]
Corpus Scriptorum Christianorum Orientaliuni. Scriptores Syri. — \ II.
Eliae metropolitae Nisibeni Opus ckronologicum, edidit. . . interpi-etatiis
est E. W. Brooks. — VIII. Pars posterior, edidit. . . intej-pretatus est
J.-B. Chabot. — Parisiis, Carolus Poussielgue, 1909-1910, li l'asc. in-8°.
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and IVoperties. — Bombay, 1910, in-i('>. [IHr.j
EuvAD SiiARiABJi Dadabhai HiiARUciiA. Col lecU'd Sanscrit Wrilings of the
Parsis. Part II, Ijisni (ïnsna). Publislictl l>\ tlic IVnslocs of the Pai-sce
Panchayet Funds and Properties. — |{oiuba\, i()t i.in-.S''. |I)ir.|
Gazetteers. liengal District Cazelteers, vol. \\\ : Purnea, bv L.S.S.
O'MvLi.EY. — Calcutta, Bengal Necrelmial Uook Depot, «911, in-8°.
CetUral Provinces District Gateltcvrs , \ol. A : Akola, Uilaspur , Ch/ial-
lisgarlt Ecudalory Slutes. — Vol. B : Akotn, Ainraoli , liuldnna. —
Bond)ay and \agpiu-, 1909-1910, 6 vol. in-8".
Central Prorinces District Gazetteers, vol, B, Addeuda , iNos. «-17, —
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*Al-Mohtal>as, aiiiK'es 11 ol iii,elvi, â-'i.- Le Caire et Damas, 1907-
1911, in-8".
*Polijhiblion, avril-mai 191 1. — Paris, 1911, ln-8".
"Rendiconti délia Reale Accademia dei Liiicei , Classe di scienze morale ,
storiche c filologiche , XIX . 1 1 - 1 9 . — Roma ,1910, ln-8°.
Répertoire d'art et d'archéologie, 1 910 , 4^ trimestre. — Paris, BlMio-
llièque d'Art et d'Archéologie, 1910, m-li". [Dir.]
Revista dei Centro de estudios hisloricos de Granada y sa reino. — Gra-
nada, Iiii|)r. de rrEl Defcnsor de Granada^, 191 1, 111-8". [Dir.]
^Rerae africaine, 11° 980. -- Alger, Adolphe Jourdan, 1911, in-8".
"Revue archéologique, mars-avi'il 1911. Paris, Lrnesl Leroix,
1911, in-8°.
* Revue hihiir/uc, avril 1911. — Paris, Victor LecolTre, 1911, in-8°.
^RevHC critique, 60" année, n"' i5-9-2. — Paris, E. Leroux, 1911,
in-8°.
Revue d'histoire el de littérature religieuses, II. .'». — Paris. Emile
N(uirry, 191 1 , iu-8". [Dii-. J
SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 613
* Revue de riiisloire des religions, LXIII, 1-9 — Paris, Ernest Leroux,
1911, in-8°.
*Reoue de l'Orient chrétien, XVI, 1. — Paris, A. Picard et fils, 1911,
in-8".
*Bevue des éludes juives , n" i-3->. — Paris, Durlaclier, 1911, 111-8".
*Rcvue du Monde musulman, mars 1911. — Paris, Eiuesl Leroii\,
1911, ia-8°.
"Revue liistori(iue publiée par l'Institut d' histoire ottomane, n" 7. —
Gonslantinople, Imprimerie Ahmed Ihsaa et G", 1911, iii-8°.
*Revue indochinoise, août 1910-iiiars-mai 1911. — Hanoï, Im|)ri-
merie d'Extrwne-Orient, 1911, in-/i°.
Revue sémitique , avril 1911. —Paris, Ernest Leroux, 1911, iii-8°.
*Sit:nngsberichte der Kais. Akademie der Wissenschaften in Wien, 16^1,
5; i65, 4; lOG, 6: 167, ^ el 5. - Wien, Alfred Hitldor. 1910-» 911,
in-S".
*Sittungsherichte der koniglich Preussischen Ahadeiiilc der Wissen-
srhaften , 1911, l-XXI. — Berlin, 1911, m-h".
T'oungPao, 1910, /i-5. — Leide, E. J. Briil, 1910. in-8".
"^Transactions of ihe Asiatic Societij of Japan, WWIll, 3. Tok.}ô,
Z. P. Maruya and Co. , 1911, in-8°.
*Universittj ôf Nevada Studies, V, 1" (Bidielin, III. 1). — Ptd)lislie(l
quarlerly by )lie (Iniversity of Nevada. 1911, in-8". |Dir.|
* Wiener Zeitschrijt Jur die Kunde des Morgenlandes, X\V. 1 . - U icn ,
Alfred Hokler, 1911, in-8".
^Yaçovijaija Jaina (Iriinihaniàld , n"' 18-19. ^ Bénarès, i9ii,in-8°.
*ZeitschriJÏ der Deulschen Morgenlândischen Gesellsrhalt , L\\ . 1. —
Leipzig, F. A. Brockhaus, 1911, in-8".
* Zeitsrlirift fiir die aittestamentlirhe Wiasensrhaft , 191 1, \-'?.. - (îiessen,
\llied Tcipelnami, 1911, in-8".
Zeilschri/t fiir helmeische Uihliographie , XV, i->. — Frankfnrt a. M.,
.1. KanlTmann. 1911, in-8".
Ai-Zouhour (fLes /leurs-'. Revue lilU'i'aire. arlisli(|ne t'I scienlilifpie,
II. '2-:\. Le Caire, 1 («i 1 , in-8". [Dir. I
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TOME XVIÏ, X" SÉRIE.
MEMOIRES ET TRADUCTIONS.
Pages.
Les Hyksôs et la restauration nalionale dans la tradition égyptienne et
dans l'histoire ( M. R. VVkill) [suite et fin] 5
Les débuts de l'art bouddhique (M. A. Foiicher) 55
De l'alphabet sogdien (M. Robert Gauthiot) 81
Le calendrier malgache (M. E.-F. Gaotier) 97
Vyuthena 256 (M. Sylvain Lévi) 119
L'âge de Mahomet et la chronologie de la Sira (M. H. Lammkns) 209
Prolégomènes à l'étude des historiens arabes par Khalîl ibn Aibak As-
Safadi , publiés et traduits d'après les manuscrits de Paris et de Vienne
(M. Emile Amar) a5i
Inscriptions de Miran (M. A.-M. Boyer) '11 3
Elude des documents tokbariens de la Mission Pelliot (M. Sylvain Lévi);
- Remarques linguistiques (M. A. Meillet) /i3i
Prolégomènes à l'étude des historiens arabes par Khalîl ibn Aibak As-
Safadi, publiés et traduits d'après les manuscrits de Paris et de Vienne
(M. Emile Amar) [nuiie] h6b
MELANGES.
La divination par fécailli' de tortue dans la haute antiquité chinoise
(d'après un livre de M. Lo Tchen-yu) [M. hdouard Chavannes) iti-y
Note préliminaire sur les documents en tokharion de la Mission Pi'llidt
(M. Sylvain Lévi) 1 3S
Note sur le livre des 101 nuits (M. Gabriel Ferrano) 3o9
Note sur le prologue de la Didascalio arabe et sur quelque*" apocryphes
aiabcfi pseudo-clémenlins ( M. F. Nau) 319
Une stancc jaina et liouddlii(|iie (M. Louis dk la Vallkk Poussin) 3n3
616 MAI-JUIN 1011.
COMPTES RENDUS.
Janvier-février igii : M. Jastrow, Die Religion Babyloniens und Assy-
riens (M. F. Martin). — T. G. Pinches, An outline of Assyrian
Gr:unmar (M. Thuheac-Dangin). — Catalogue of ihe Arabie and
Persian manuscripls al Bankipore. Saddar Nasr and Saddar Bunde-
hesb. E. G. Browne, The Persian révolution of 1900-1909. Ch. Ski-
(JNOBOS, Histoire de la civilisation traduite en arabe. Marlianui l'-'ilali'l-
mu'dila, éd. Denison Ross (M. Cl. Huart). — Liber Axumae, éd.
K. CoNTi-RossiM. Rerum Aelhiopicarum Scriptores, X, 1 (M. A. Gui';-
rinot). — G. A. Grierson, An introduction to tbe Mailhlii dialecl.
D. Braï, The Braliul language (M. J. Bloch). — G. Coedks, Textes
d'auteurs grecs et latins relatifs à l'Exlréme-Orient (M. G. Ferrand). 1^11
Mars-avril 1911 : J. Viteau, Les Psaumes de Salomon {M. L. Legrain).
— MiRZÀ Mehdî KiiÂK, The Mabtàni '1-lugliat. E. Demson Ross, A Col-
lection of poems by tbe Emperor Babur. D' R. Tscuudi, Das Asafnàme
des Lutl'î Pascha. 'SjU ^j *jjL*ol-fJi aJjoJJ ^i cdI jlx*.*U JCkjji.
JCjJLjjjI. Cenlenario délia nascita di Michèle Amari. Hamdu llau
Mustawfi-i-Qazwîni, The Ta'rikh-i-Guzida. Mélanges He la Faculté
orientale de Beyrouth. Ravram Kiiân, The Pei'sian and Turki divans.
W. Popper, Abu '1-Maliàsin ibn Taghri Birdi's Annals. IL H. Spoeis
et E. Nasrallaii Haddad, Manual of Palestinean Arabie for sell-instiiic-
tion. A. i\l. de Zogher, Etudes sur l'ancienne Alexandrie. His^-ts^
iLoUJ) . IL HiRSciiFEi,», The Dîwàn of Hassan b. Thâbit (M. CI.
Huart). — Riad Ghali, De la tradition considérée comme source du
droit musulman (M. Emile Amar). — Marepiajbi no fl*eTn'iecK0My
a3biK03Haniio : I. li.ibôn Mkohih, r})y3nHCKiH ijoccapiîi; II. H.
Mapptj, TpaMMaTEKa «l'ancuaro (jaaciîaro) nsbiua (MM. ,1. Rehv <'t
H. Adjarian). — F. H. Weissrach, Die Keilin^cbriften der Achaine-
niden. F. A. XA-iATAiiq-b, O'iepK-b ucTopiii Apsieuin B-b cnH3u ci.
oôiniiMij xo^oM-b coôbixiîi B-b lIepe4Heïï Aain. F. Macler, Rapport
sur une mission scientifiqui^ en Arménie russe et en Arménie turque
( M. A. Meillet). — Col. G. E. Gerim, Ri'searches on Ptolomy's Geo-
j[raphy of Eastern Asia (M. G. Coedès). — H. MnponoB-b, ^H'nHncxcKifl
BaM-feTKH (M. A. Guérinot) 8^7
Mai-juin 1911 : Mi'^sion française de Chaldée. Inventaire des tablettes
de Tello conservées au Musée impérial ottoman (M. L. Delaporte).
— Jean de Paulï, Sepher ha Zohar (M. M. Schwar). — A. S. Lewis,
The old Syriac Gospels. Fr. Sciidlthess, Kalila und Dimma (M. F.
Naii). — G. A. Noyes, The song of songs. A. W. Greenup and C. H.
Titterton, The commentary of Rabbi Meyuhas b. Elijah on the Pen-
taleucb : Genesis. A. S. Lewis, Codex (]limaci rescripius (M. F. Ma-
cler). — Momammed Klrd-'Alî, *IjoLJ! J4'-«'^ Petits traités des au-
tours éloquents (M. Cl. Huart). — N. I. Mikr, Les strophes initiales
et finales du trCbevalier à la peau de panthère" de Chota Roustliavéli
(V. CnicnsiAREp). — Castes and Trihes of South India (M. J. Vinson).
— L. Cadière, Monographie de la semi-voyelle labiale en sino-anna-
mile et en annamite (M. M. Grammont). ~ Publications relatives à
ITndochine française (M. L. Finot) .' ^t'S',]
TABLE DES iMATIÈRES. 617
CHRONIQUE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
Janvier-février 1911 * "9
Mars-avril 1911 ^89
Mai-juin 1911 -^79
NÉCROLOGIE.
Paul J^iegnaud (M. A. Guérinot) « 77
Uubens Duval (M. J.-B. Chadot) -"iS?
Sir Alfred Lyail (M. S. Lévi) (3o3
SOCIETE ASIATIQUE.
Procès-vorbal de la séance du 1 3 janvier 1911 i^'
Annexes au procès-verbal r Onomastique fluviale suméro-accadieniic
(M. J. Halkvy). — Un exemple de la prononcialioti occidentale du
syriaque au vi" siècle (M. F. Nal) 1 ^5 3
Procc -verbal de la séance du 1 0 février 1911 i8(i
Annexe au procès-verbal : Le pluriel primitif en -m dans les langues dra-
vidicnnes (M. J. Vinson) 187
Nouvelles acquisitions de la Bibliothèque 193
Décret relatif à la Société asiatique et nouveaux statuts de la Société. . . 9oa
Procès-verbal de la séance du 1 o mars 1911 398
Annexe au procès-verbal : De la prononciation imi h et en o chez les Juifs
et les Syriens (M. M. Lamiikut) 39^»
Procès-verbal de la séance du 1 -i avril 1911 398
Annexes au procès-verbal : Du nom de la ièiiille dans plusieurs dialectes
(lujji'o-linnois (G'° dk Ciiaukncky). — (lollecliou d'ouNrajjes musulmans
chinois. De l'orijfine du nom do Ilouei-Ilouei porté par les musulmans
chinois (Commandant d'Oi.i.onh) /loi
Nouvelles acquisitions de In Bibliothèque 'io3
Procès-verbal de la séance du 1 a mai 1 9 1 i ()o5
Nouvelles acqui-^ilions de la Bili!iiillit''i|cii' ()o(i
Le fférant .
|j. Kl^0T.
^
PJ
k
J5
ser.lO
1. 17
Journal asiatique
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